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Catéchèse du 25 octobre 1989
Le premier discours de Pierre à la Pentecôte
1. Nous lisons dans les Actes des Apôtres qu’après la descente du Saint-Esprit, quand les Apôtres se mirent à parler en différentes langues « tous étaient stupéfaits et se disaient, perplexes, l’un à l’autre : “Que peut bien être cela ?” » (Ac 2, 12). Les Actes permettent aux lecteurs de découvrir la signification de ce fait extraordinaire, parce qu’ils ont déjà décrit ce qui est arrivé au Cénacle, quand les Apôtres et les disciples du Christ — hommes et femmes — réunis avec Marie, sa Mère, furent « remplis de l’Esprit-Saint » (Ac 2, 4). Lorsque cela se passe, l’Esprit-Saint, en tant que tel, demeure invisible. Mais il est visible dans le comportement de ceux à travers lesquels il agit. En effet, dès que les Apôtres sortent du Cénacle, leur comportement insolite est remarqué par la foule qui accourt et se rassemble autour d’eux. Et tous de se demander : « Qu’est-ce que cela veut dire ? ». L’auteur des Actes n’oublie pas d’ajouter que parmi les témoins de l’événement il y en avait quelques-uns qui se moquaient de l’attitude des Apôtres en laissant entendre qu’ils s’étaient probablement « enivrés de vin doux » (Ac 2, 13). Dans ces circonstances, une parole d’explication devenait indispensable. Il fallait une parole qui éclaircisse la portée de l’événement : une parole qui fasse aussi connaître à ceux qui s’étaient rassemblés à l’extérieur du Cénacle l’action de l’Esprit-Saint, dont venaient de faire l’expérience ceux qui y étaient réunis au moment de la descente de l’Esprit-Saint.
2. Ce fut l’occasion choisie pour le premier discours de Pierre qui, inspiré par l’Esprit-Saint et parlant en son nom et en communion avec les autres, exerça pour la première fois sa fonction de héraut de l’Évangile, de prédicateur de la vérité divine, de témoin de la Parole, et fut à l’origine, peut-on dire, de la mission des Papes et des évêques qui durant les siècles lui succéderont ainsi qu’aux autres Apôtres. « Pierre alors, debout avec les Onze, éleva la voix et leur parla à voix haute » (Ac 2,14). Dans cette intervention de Pierre apparaît ce qui a été dès le commencement la structure apostolique de l’Église. Les Onze partagent avec Pierre la même mission, la vocation de rendre le même témoignage avec autorité. Pierre parle comme le premier parmi eux, sur la base du mandat reçu directement du Christ. Personne ne met en doute le devoir et le droit qui lui est propre de parler le premier au nom des autres. Dans ce fait se manifeste déjà l’action de l’Esprit Saint qui — selon Vatican II — « guide l’Église… l’unifie… et la dirige avec divers dons hiérarchiques et charismatiques » (LG, 4).
3. Cette intervention de Pierre à Jérusalem, en communion avec les Onze, indique entre autres que le premier des devoirs pastoraux est l’annonce de la parole : l’évangélisation. C’est ce qu’enseigne Vatican II : «Les évêques… sont les hérauts de la foi, qui amènent au Christ de nouveaux disciples, et les docteurs authentiques, c’est à dire pourvus de l’autorité du Christ, qui prêchent, au peuple à eux confié, la foi qui doit régler sa pensée et sa conduite, faisant rayonner cette foi sous la lumière de l’Esprit-Saint, dégageant du trésor de la Révélation le neuf et l’ancien (Mt 13, 52), faisant fructifier la foi, attentifs à écarter toutes les erreurs qui menacent leur troupeau (2 Tm 4, 1-4) » (LG, 25). Également « les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont donc pour première fonction d’annoncer l’Évangile de Dieu à tous les hommes selon l’ordre du Seigneur: “ Allez par le monde entier, prêchez l’Évangile à toute la création” (Mc 16, 15), ils peuvent ainsi faire naître et grandir le peuple de Dieu » (PO, 4).
4. En outre, on peut encore noter, en se référant à cette page des Actes, que les seules « interventions » qui surgissent d’un élan charismatique ne suffisent pas pour l’évangélisation. Elles proviennent du Saint-Esprit et, sous certains aspects, sont un premier témoignage de son œuvre, comme on le voit dans la « glossolalie » du jour de la Pentecôte. Toutefois il est indispensable que l’évangélisation soit aussi faite avec autorité, qu’elle soit motivée et quand il le faut « systématique », comme cela se passe déjà aux temps apostoliques et dans la première communauté de Jérusalem avec le kérygme et la catéchèse qui — sous l’action de l’Esprit — permettent aux esprits de découvrir dans son unité et de « comprendre » dans tout son sens le plan divin du salut. C’est précisément ce qui est arrivé au jour de la Pentecôte. Il fallait que soit manifesté et expliqué aux personnes de diverses nations rassemblées à l’extérieur du Cénacle l’événement qui venait de se passer ; il fallait les instruire du plan de salut de Dieu qui s’exprimait dans ce qui était arrivé.
5. Le discours de Pierre est important même de ce point de vue. Aussi pour cela, avant de passer à l’examen de son contenu, arrêtons-nous un moment sur la figure de celui qui parle. Pierre, avait déjà dans la période prépascale, fait deux fois profession de foi au Christ. Une première fois, après l’annonce eucharistique aux alentours de Capharnaüm, à Jésus qui, voyant s’éloigner de nombreux disciples, avait demandé aux Apôtres : « Peut-être voulez-vous vous aussi vous en aller ? » (Jn 6, 67), Pierre avait répondu avec des mots de foi inspirés d’en haut : «Seigneur à qui irions-nous ?Tu as les paroles de la vie éternelle, nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 68-69). Une seconde fois, la profession de foi de Pierre a eu lieu aux alentours de Césarée de Philippe, lorsque Jésus a demandé aux Apôtres : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ». Selon Matthieu, « Simon Pierre répondit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” » (Mt 16,1~16). Maintenant, en ce jour de la Pentecôte, Pierre, désormais libéré de la crise de peur qui durant les jours de la Passion l’avait conduit au reniement, professe cette même foi dans le Christ, raffermie par l’événement pascal, et proclame ouvertement devant toute cette foule que le Christ est ressuscité ! (Ac 2, 24 s.).
6. Qui plus est, en prenant la parole de cette manière, Pierre manifeste la conscience qu’il a et celle qu’ont les Onze que le principal responsable du témoignage et de l’enseignement de la loi au Christ c’est lui, même si les Onze en partagent avec lui le devoir et la responsabilité. Pierre est conscient de ce qu’il fait quand, avec ce premier « discours », il exerce la mission d’enseignant qui dérive de son « office » apostolique. D’autre part, le discours de Pierre est, en quelque sorte, un prolongement de l’enseignement de Jésus lui-même : comme le Christ exhortait à la foi ceux qui l’écoutaient, ainsi Pierre. Mais alors que Jésus exerçait son ministère dans la période prépascale, on peut dire dans la perspective de sa résurrection, Pierre parle et agit à la lumière de la Pâque désormais arrivée, confirmant la vérité de la mission et de l’Évangile du Christ. Il parle et agit sous l’impulsion du Saint-Esprit — l’Esprit de la vérité — se réclamant des œuvres et des paroles du Christ, qui éclairent l’événement même de la Pentecôte.
7. Enfin, nous lisons dans les Actes des Apôtres que «Pierre… parla à voix haute » (2, 14). L’auteur semble vouloir faire allusion non seulement à la force de la voix de Pierre mais aussi et surtout à la force de conviction et à l’autorité avec laquelle il a pris la parole. Il arrivait quelque chose de semblable à ce que les Évangiles racontent de Jésus quand il instruisait ceux qui l’écoutaient et qui « étaient… stupéfaits de son enseignement parce qu’il les enseignait comme quelqu’un qui a autorité » (Mc 1,22 ; cf. également Mt 7, 29) « parce qu’il parlait avec autorité » (Lc 4, 32). Au jour de la Pentecôte, Pierre et les autres Apôtres, ayant reçu l’Esprit de la vérité, pouvaient avec sa force parler à l’exemple du Christ. Dès le premier discours, Pierre exprimait dans ses paroles l’autorité de la Vérité révélée elle-même.
 
Catéchèse du 8 novembre 1989
Le kérygme apostolique de Pierre
1. Avant de retourner au Père, Jésus avait promis aux Apôtres : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 2). Ainsi que je l’ai écrit dans l’encyclique « Dominum et vivificantem », « le jour de la Pentecôte, cette annonce se réalise de façon très précise. Agissant sous l’influence de l’Esprit-Saint reçu par les Apôtres pendant la prière au Cénacle, devant une multitude de personnes de langues différentes réunies pour la fête, Pierre se présente et parle. Il proclame ce qu’il n’aurait certainement pas eu le courage de dire auparavant » (n° 30). C’est le premier témoignage rendu publiquement et on pourrait dire solennellement au Christ ressuscité. C’est aussi le début du kérygme apostolique.
2. Nous en avons déjà parlé dans notre dernière catéchèse, en l’examinant du point de vue de celui qui enseigne : « Pierre avec les Onze » (Ac 2,14). Aujourd’hui nous voulons analyser ce premier kérygme dans son contenu, comme modèle ou schéma des nombreuses autres «annonces» qui suivirent dans les Actes des Apôtres et ensuite dans l’histoire de l’Église. Pierre s’adresse à ceux qui sont réunis à proximité du Cénacle en les apostrophant : « Hommes de Judée et vous tous qui résidez à Jérusalem » (Ac 2, 14). Ce sont les mêmes qui ont assisté au phénomène de la glossolalie, entendant chacun dans sa propre langue la louange prononcée par les Apôtres des « merveilles de Dieu » (cf. Ac 2, 11). Dans son discours, Pierre commence par prendre la défense ou du moins à préciser la condition de ceux qui « baptisés dans l’Esprit-Saint » (Ac 2, 4), sont suspectés d’ivresse à cause de leur comportement insolite. Et dès les premiers mots il donne la réponse : « Non, ces gens ne sont pas ivres, comme vous le supposez ; ce n’est d’ailleurs que la troisième heure du jour. Mais c’est bien ce qu’a dit le prophète Joël » (Ac 2, 1-16).
3. Dans les Actes, on cite largement le texte du Prophète : «Il se fera dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai mon Esprit sur toute chair. Alors vos fils et vos filles prophétiseront » (Ac 2,17). Cette « effusion de l’Esprit » concerne aussi bien les jeunes que les personnes âgées, les hommes esclaves que les femmes esclaves — elle aura donc un caractère universel. Elle sera confirmée par des signes : «Je ferai paraître des prodiges là-haut dans le ciel et des signes ici-bas sur la terre » (Ac 2, 19). Ce seront les signes du « jour du Seigneur » qui s’approche (cf. Ac 2, 20) : « Et quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Ac 2, 21).
4. Dans l’intention de l’orateur, le texte de Joël sert à expliquer, de façon adaptée, le sens de l’événement, dont ceux qui sont là ont vu les signes : « l’effusion du Saint-Esprit ». Il s’agit d’une action surnaturelle de Dieu associée aux signes typiques de la venue de Dieu, prédite par les prophètes et identifiée dans le Nouveau Testament avec la venue même du Christ. C’est le contexte dans lequel l’Apôtre situe le contenu essentiel de son discours, qui est le noyau même du kérygme apostolique : « Hommes d’Israël, écoutez ces paroles. Jésus le Nazaréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, ainsi que vous le savez vous-mêmes, cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies, mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant des affres de la mort. Aussi bien n’était-il pas possible qu’il fût retenu en son pouvoir» (Ac 2, 22-24). Peut-être que ceux qui étaient présents lors du discours de Pierre et qui étaient venus de nombreuses régions pour la Pâque et la Pentecôte, n’avaient pas tous participé aux événements de Jérusalem qui s’étaient achevés avec la crucifixion du Christ. Mais l’Apôtre s’adresse aussi à eux comme à des « hommes d’Israël », c’est-à-dire appartenant à un monde ancien dans lequel, désormais, les signes de la nouvelle venue du Seigneur avaient brillé pour tous.
5. Les signes et les miracles auxquels Pierre faisait référence, se trouvaient encore certainement dans la mémoire des habitants de Jérusalem ainsi que dans celle de nombreux autres auditeurs qui devaient au moins avoir entendu parler de Jésus de Nazareth. En tout cas, après avoir rappelé tout ce que le Christ avait fait, l’Apôtre passe au fait de sa mort en croix et parle directement de la responsabilité de ceux qui ont livré Jésus à la mort. Il ajoute pourtant que le Christ « fut livré… selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu» (cf. Ac. 2, 23). Pierre introduit donc ceux qui l’écoutent dans le plan salvifique de Dieu qui s’est accompli au moyen de la mort du Christ. Et il se dépêche de fournir la preuve décisive de l’action de Dieu par l’intermédiaire et au-delà de ce que les hommes ont fait. Cette preuve est la résurrection du Christ : « Dieu l’a ressuscité, le délivrant des affres de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 24). C’est le point culminant du kérygme apostolique sur le Christ sauveur et vainqueur.
6. Mais à cet endroit, l’Apôtre recourt de nouveau à l’Ancien Testament. Il cite en effet le psaume messianique 15/16 (v. 8-11) : « Je voyais sans cesse le Seigneur devant moi, car il est à ma droite, pour que je ne vacille pas. Aussi mon cœur s’est-il réjoui et ma langue a-t-elle jubilé ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance que tu n’abandonneras pas mon âme dans les enfers, et ne laisseras pas ton saint voir la corruption. Tu m’as fait connaître des chemins de vie, tu me rempliras de joie en ta présence » (Ac 2, 25-28). C’est une adaptation légitime du psaume davidique que l’auteur des Actes cite d’après la version grecque des Septante, qui accentue l’aspiration de l’âme hébraïque à échapper à la mort, dans le sens de l’espérance de la libération même si la mort est déjà arrivée.
7. Pierre, sans doute, tient à souligner que les paroles du psaume ne concernent pas David, dont la tombe — observe-t-il — « se trouve encore aujourd’hui au milieu de nous ». Elles concernent au contraire son descendant Jésus-Christ : David « a vu d’avance et annoncé la résurrection du Christ » (Ac 2, 31). Les paroles prophétiques ont donc été accomplies : « Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit-Saint, objet de la promesse, et l’a répandu. C’est là ce que vous voyez et entendez… Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié » (Ac 2, 32-33. 36).
8. Le jour précédant sa passion, Jésus avait dit aux Apôtres au Cénacle, en parlant de l’Esprit-Saint : « Il me rendra témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez ». (Jn 15, 36-27). Comme je l’ai écrit dans l’encyclique «Dominum et vivificantem », « dans le premier discours de Pierre à Jérusalem, ce “témoignage” trouve clairement son commencement : c’est le témoignage sur le Christ crucifié et ressuscité. C’est le témoignage de l’Esprit-Paraclet et des Apôtres » (n° 30). Dans ce témoignage, Pierre veut rappeler à ses auditeurs le mystère du Christ ressuscité mais il veut également expliquer les faits auxquels ils ont assisté pour la Pentecôte, les faisant voir comme des signes de la venue de l’Esprit-Saint. Le Paraclet est venu vraiment en vertu de la Pâque du Christ. Il est venu et a transformé ces hommes de Galilée, auxquels a été confié le témoignage sur le Christ. Il est venu parce qu’envoyé par le Christ « monté à la droite du Père » (cf. Ac 2, 33), c’est-à-dire exalté par sa victoire sur la mort. Sa venue est donc une preuve de la puissance divine du Ressuscité. «Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous vous avez crucifié », conclut Pierre (Ac 2, 36). Paul aussi, écrivant aux Romains, proclamera : « Jésus est Seigneur ! ».
 
Catéchèse du 15 novembre 1989
L’apôtre Pierre et le début de la conversion
1. Après avoir rapporté le premier discours de Pierre, le jour de la Pentecôte, l’auteur des Actes nous informe que ceux qui étaient là « d’entendre cela, eurent le cœur bouleversé » (Ac 2, 37). Ce sont des paroles éloquentes, qui montrent l’action de l’Esprit Saint dans l’âme de ceux qui écouteront et recevront de Pierre le premier kérygme apostolique, son témoignage sur le Christ crucifié et ressuscité son explication des faits extraordinaires survenus en ce jour. En particulier, cette première présentation publique du mystère pascal avait atteint le cœur même de l’attente des hommes de l’Ancienne Alliance, lorsque Pierre avait dit : « Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié » (Ac 2, 36). La descente de l’Esprit Saint qui avait opéré ce jour-là d’abord dans les apôtres, opérait maintenant dans les auditeurs de leur message. Les paroles de Pierre avaient atteint les cœurs, y éveillant « la conviction en matière de péché » : le début de la conversion.
2. Le cœur contrit, « ils dirent à Pierre et aux apôtres : “Que devons-nous faire ?” » (Ac 2, 37). La demande : «Que devons-nous faire ? » montre la disposition de la volonté. C’est la bonne prédisposition intérieure des auditeurs de Pierre qui leur a permis, à l’écoute des paroles de celui-ci, de se rendre compte qu’il leur fallait accomplir un retournement dans leur vie. Ils séjournèrent vers Pierre et aussi vers les autres apôtres, car ils savaient que Pierre avait parlé et parlait aussi en leur nom, et que pour cette raison « les Onze » (c’est-à-dire tous les apôtres) étaient témoins de la même vérité et chargés de la même mission. Significatif aussi est le fait qu’ils les appelèrent : « frères », faisant écho à Pierre, qui avait parlé avec un esprit fraternel dans son discours, et qui, dans la dernière partie, s’était adressé à ses auditeurs en les appelant « frères ».
3. Le même Pierre répond maintenant à leur demande. C’est une réponse très simple, qui peut se dire d’une manière lapidaire : « Repentez-vous » (Ac 2, 38). C’est par cette exhortation que Jésus de Nazareth avait inauguré sa mission messianique (cf. Mc 1, 15). Et Pierre la répète le jour de la Pentecôte, avec la puissance de l’Esprit du Christ, qui est descendu en lui et dans les apôtres. C’est le pas fondamental de la conversion opérée par l’Esprit-Saint, comme je l’ai souligné dans l’Encyclique «Dominum et vivificantem»: « En devenant la “lumière des cœurs”, c’est-à-dire des consciences, l’Esprit Saint “manifeste le péché”, c’est-à-dire fait connaître à l’homme son mal (= le mal qu’il a accompli) et en même temps l’oriente vers le bien… Sous l’influence du Paraclet s’accomplit donc cette conversion du cœur humain qui est la condition indispensable du pardon des péchés » (n. 42).
4. « Repentez-vous » signifie, dans la bouche de Pierre : passez du refus du Christ à la foi au Ressuscité. La crucifixion avait été l’expression définitive du refus du Christ, scellée par une mort infâme sur le Golgotha. Et l’Apôtre exhorte ceux qui ont crucifié Jésus à la foi au Ressuscité : «Dieu l’a ressuscité, le délivrant des affres de l’enfer » (Ac 2, 24). Désormais, la Pentecôte est la confirmation de la résurrection du Christ. L’exhortation à la conversion implique surtout la foi au Christ-Rédempteur En effet, la résurrection est la révélation de cette puissance divine qui, par le moyen de la crucifixion et de la mort du Christ, opère la rédemption de l’homme, sa libération du péché. Si, à travers les paroles de Pierre, l’Esprit Saint « met en lumière le péché », il le fait « en vertu de la rédemption, opérée par le sang du Fils de l’homme… La Lettre aux Hébreux dit que ce “sang purifie la conscience” (cf. 9, 14). Et donc celui-ci, pour ainsi dire, ouvre à l’Esprit Saint le chemin qui conduit au cœur de l’homme, c’est-à-dire au sanctuaire des consciences humaines » (Dominum et vivificantem, 42). À ce niveau de profondeur et d’intériorité — comme nous l’annonce et atteste Pierre dans son discours de la Pentecôte —, parvient l’action de l’Esprit Saint en vertu de la rédemption opérée par le Christ.
5. Pierre complète ainsi son message : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ, pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit » (Ac 2, 38). Nous écoutons l’écho de ce que Pierre et les autres apôtres ont entendu de Jésus, après sa résurrection, lorsqu’il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures, et il leur dit : “Ainsi était-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour… et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem” » (Lc 24, 45-47). Se référant fidèlement à ce que le Christ avait établi (cf. Mc 16, 16 ; Mt 28, 19), Pierre appelle non seulement au « repentir » mais aussi au baptême au nom du Christ « pour la rémission des… péchés » (Ac 2, 38). Les apôtres, en effet, le jour de la Pentecôte, ont été « baptisés dans l’Esprit Saint » (cf. Ac 2, 4). C’est pour cela qu’en transmettant la foi au Christ rédempteur, il exhortent au baptême, premier sacrement de cette foi. Puisque celui-ci opère la rémission des péchés, la foi doit trouver dans le baptême son expression sacramentelle, afin que l’homme devienne participant du don du Saint Esprit. Telle est la voie ordinaire, pouvons-nous dire, de la conversion et de la grâce. Il n’est pas exclu qu’existent également d’autres voies, car l’Esprit souffle où il veut, (cf. Jn 3, 8) et peut accomplir l’œuvre du salut par la sanctification de l’homme également hors du sacrement, quand celui-ci n’est pas possible. C’est le mystère de la rencontre entre la grâce divine et l’âme humaine : il suffit de le souligner maintenant, car nous en reparlerons, si Dieu veut, dans la catéchèse sur le baptême.
6. Dans l’Encyclique « Dominum et vivificantem », je me suis arrêté à analyser la victoire sur le péché remportée par le Saint Esprit en relation avec l’action du Christ rédempteur. J’ai écrit : «La manifestation du péché, par le ministère de la prédication apostolique dans l’Église naissante, est mise en relation — sous l’impulsion de l’Esprit reçu à la Pentecôte — avec la puissance rédemptrice du Christ crucifié et ressuscité. Ainsi s’accomplit la promesse relative à l’Esprit Saint qui a été faite avant Pâques : « C’est de mon bien qu’il reçoit et il vous le dévoilera. » Lorsque, pendant l’événement de la Pentecôte, Pierre parle du péché de ceux qui « n’ont pas cru » et qui ont livré Jésus de Nazareth à une mort ignominieuse, il rend donc témoignage à la victoire sur le péché victoire qui a été remportée, en un sens, à travers le péché le plus grand que l’homme ait pu commettre : le martyre de Jésus, Fils de Dieu, de même nature que le Père ! Pareillement, la mort du Fils de Dieu l’emporte sur la mort humaine : « Ero mors tua, o mors », (« je serai ta mort, ô mort»), de même que le péché d’avoir crucifié le Fils de Dieu “l’emporte” sur le péché humain ! Ce péché est celui qui a été consommé à Jérusalem le jour du Vendredi saint, et aussi tout péché de l’homme. En effet, au plus grand des péchés commis par l’homme correspond, dans le cœur du Rédempteur, l’offrande de l’amour suprême qui surpasse le mal de tous les péchés des hommes » (n. 31) La victoire est donc celle de l’amour ! Telle est la vérité que renferme l’exhortation de Pierre à la conversion par le baptême.
7. Grâce à l’amour victorieux du Christ, l’Église aussi naît dans le baptême sacramentel par l’opération du Saint Esprit le jour de la Pentecôte, lorsque ont lieu les premières conversions au Christ. Nous lisons en effet : « Eux donc, accueillant sa parole (c’est-à-dire la vérité renfermée dans les paroles de Pierre), se firent baptiser. Il s’adjoignit ce jour-là environ trois mille âmes» (Ac 2, 41) : « il s’adjoignit », c’est-à-dire à ceux qui déjà avaient « été baptisés dans l’Esprit Saint », les apôtres. Baptisés « dans l’eau et dans l’Esprit Saint », ils deviennent la communauté des « fils adoptifs de Dieu » (cf. Rm 8, 15). En tant que « fils dans le Fils » (cf. Ep 1, 5), ils deviennent «un» par le lien de fraternité nouvelle. Grâce à l’action du Saint Esprit, ils deviennent l’Église du Christ.
8. Il convient de rappeler à ce propos l’événement survenu à Pierre, sur le lac de Génésareth. L’évangéliste Luc rapporte que Jésus dit à Simon : « ”Avance en eau profonde et jetez vos filets pour la pêche.” Simon répondit : “Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais jeter les filets”. Et l’ayant fait, ils capturèrent une grande quantité de poissons et leurs filets se rompaient… et l’on remplit les deux barques au point qu’elles enfonçaient. À cette vue, Simon Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : “Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!”… Jésus dit à Simon : “Sois sans crainte ; désormais, ce sont des hommes que tu prendras”. Et ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent » (Lc 5, 18. 10. 11). Cet événement-signe, c’était l’annonce de la victoire future sur le péché grâce à la foi, au repentir et au baptême, prêchés par Pierre au nom du Christ. Cette annonce devient réalité le jour de la Pentecôte, lorsqu’elle fut confirmée par l’opération du Saint Esprit. Pierre le Pêcheur et ses compagnons du lac de Génésareth retrouveront dans cette réalité l’expression pascale de la puissance du Christ — et en même temps la signification de leur mission apostolique. Ils verront actualisée l’annonce : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras. »
 
Catéchèse du 22 novembre 1989
L’Esprit vient afin que le Christ puisse demeurer dans l’Église
1. Comme nous l’avons vu au cours du développement progressif des catéchèses pneumatologiques, au jour de la Pentecôte, l’Esprit-Saint se révèle dans sa puissance salvifique. Il se révèle comme « un autre Paraclet » (cf. Jn 14, 16), qui «procède du Père» (Jn 15, 26), que «le Père envoie au nom du Fils » (cf. Jn 14, 26). Il se révèle comme «Quelqu’un», distinct du Père et du Fils, et qui leur est consubstantiellement contemporain. Il se révèle par l’œuvre du Fils, même s’il demeure invisible. Il se révèle grâce à sa puissance par une action propre, distincte de celle du Fils, et en même temps intimement unie à elle. Telle est le Saint Esprit d’après l’annonce du Christ, la veille de la Passion : « Il me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera» (Jn 16, 14) ; « Il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il vous le dira, et il vous dévoilera les choses à venir » (Jn 16, 13). Le Paraclet-Consolateur ne se substitue pas au Christ, il vient après lui, en vertu du sacrifice rédempteur. Il vient afin que le Christ puisse demeurer dans l’Église et œuvrer en elle en tant que Rédempteur et Seigneur.
2. J’ai écrit dans l’Encyclique Dominum et vivificantem: «Il existe entre l’Esprit-Saint et le Christ, dans l’économie du salut, un lien intime, par lequel l’Esprit agit dans l’histoire de l’homme comme “un autre Consolateur”, assurant durablement la transmission et le rayonnement de la Bonne Nouvelle révélée par Jésus de Nazareth. C’est pourquoi la gloire du Christ resplendit dans l’Esprit-Saint Paraclet qui, dans le mystère et dans l’action de l’Église, continue sans interruption la présence historique du Rédempteur sur la terre et son œuvre de salut.; c’est ce qu’attestent les paroles de Jean qui viennent ensuite: “Lui (c’est-à-dire l’Esprit) me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera”» (n. 7).
3. La vérité contenue dans cette promesse de Jésus devient transparente à la Pentecôte: l’Esprit Saint «révèle » pleinement le mystère du Christ, sa mission messianique et rédemptrice. L’Église primitive a conscience de ce fait, comme le montrent le premier kérygme de Pierre et plusieurs épisodes suivants rapportés dans les Actes des Apôtres. Au jour de la Pentecôte, il est significatif que Pierre réponde à la demande de ses auditeurs : « Que devons nous faire ?» en les exhortant : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ » (Ac 2, 38). On sait que Jésus, en envoyant ses disciples dans le monde entier, leur avait ordonné d’administrer le baptême «au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit» (Mt 28, 19). Ce jour-là, Pierre se fait l’écho fidèle de cette parole du Maître, et « environ trois mille personnes » (Ac 2, 41) sont baptisées « au nom de Jésus-Christ » (Ac 2, 38). Cette expression, «au nom de Jésus-Christ », est la clé qui permet d’entrer pur la foi dans la plénitude du mystère trinitaire et de devenir ainsi possession du Christ, comme personne à lui consacrée. Dans ce sens, les Actes parlent de l’invocation du nom de Jésus pour être sauvé (cf. 2, 21 ; 3, 16 ; 4, 10-12 ; 8, 16 ; 10, 48 ; 19, 5; 22, 16), et saint Paul insiste dans ses Lettres sur cette même exigence, de l’ordre du salut (cf. Rm 6, 3 ; 1 Co 6, 11 ; Ga 3, 27; cf. aussi Jc 2, 7). Le baptême «dans l’Esprit Saint», conféré « au nom de Jésus », concrétise le don trinitaire que Jésus lui-même a promis au soir de la dernière Cène, lorsqu’il dit à ses apôtres : «L’Esprit de vérité… me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera. Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous le dévoilera » (Jn 16, 13-15).
4. Dans toutes les actions accomplies après la Pentecôte sous l’inspiration de l’Esprit Saint, les apôtres se réfèrent au Christ comme à la raison, au principe, à la puissance opérante. Ainsi, lors de la guérison de l’impotent rencontré « près de la porte du Temple appelée la Belle » (Ac 3, 2), Pierre dit à celui-ci : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche ! » (Ac 3, 6). Ce signe attire sous le portique de nombreuses personnes, et Pierre leur parle, comme au jour de la Pentecôte, du Christ crucifié que «Dieu… a ressuscité des morts, et dont nous sommes témoins » (Ac 3, 15). C’est la foi au Christ qui a guéri l’impotent : « Et par la foi en son nom, à cet homme que vous voyez et connaissez, ce nom même a rendu la force, et c’est la foi en lui qui, devant vous tous, l’a rétabli en pleine santé » (Ac 3, 16).
5. Lorsque les apôtres furent convoqués pour la première fois devant le Sanhédrin, «Pierre, rempli de l’Esprit-Saint », en présence des « chefs du peuple et des anciens » (cf. Ac 4, 8), rendit encore une fois témoignage au Christ crucifié et ressuscité, et conclut ainsi sa réponse aux membres du Sanhédrin : « En personne d’autre n’est le salut ; car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 12). Quand ils furent «remis en liberté », l’auteur des Actes raconte qu’ils revinrent « vers leurs frères », et qu’avec eux ils louèrent le Seigneur (Ac 4, 9-30). Et ce fut comme une petite Pentecôte : « Tandis qu’ils priaient, l’endroit où ils se trouvaient réunis trembla ; tous furent alors remplis du Saint-Esprit et se mirent à annoncer la parole de Dieu avec assurance » (Ac 4, 31). Et aussitôt après, dans la première communauté chrétienne et devant le peuple, « avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la Résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur » (Ac 4, 33). Le diacre Étienne, le premier martyr, manifestera particulièrement ce témoignage intrépide rendu au Christ, comme nous le lisons dans le récit de sa mort :» Tout rempli de l’Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. “Ah ! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu.” Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, comme un seul homme, se précipitèrent sur lui, le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider » (Ac 4, 55-58).
6. Il ressort clairement de ce récit, et d’autres récits des Actes, que l’enseignement dispensé par les apôtres sous l’inspiration de l’Esprit Saint a son point de référence, sa clé de voûte dans le Christ. L’Esprit Saint permet aux apôtres et à leurs disciples de pénétrer dans la vérité de l’Évangile annoncé par le Christ jusqu’au sacrifice de sa vie, et en particulier dans son mystère pascal. Il allume en eux l’amour pour le Christ jusqu’au sacrifice de la vie. Il fait en sorte que l’Église réalise, depuis le début, le règne apporté par le Christ. Et ce règne, sous l’action de l’Esprit Saint et avec la collaboration des apôtres, de leurs successeurs et de l’Église tout entière, se développera dans l’histoire jusqu’à la fin des temps. Il n’y a pas trace dans l’Évangile, dans les Actes et dans les Lettres des apôtres d’une quelconque utopie pneumatologique où, au règne du Père (l’Ancien Testament) et du Christ (Nouveau Testament) devrait succéder un règne de l’Esprit Saint, représenté par des prétentions « spirituelles » libres de toute loi, y compris de la loi évangélique prêchée par Jésus. Comme l’écrit saint Thomas d’Aquin, « la loi ancienne n’était pas seulement celle du Père, mais aussi celle du Fils, puisque l’ancienne loi préfigurait le Christ… Ainsi, de la même manière, la loi nouvelle, n’est pas seulement celle du Christ, mais aussi celle de l’Esprit Saint, selon l’expression paulinienne : “La loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus…” (Rm 8, 2). Il n’y a donc pas à attendre une autre loi qui soit celle de l’Esprit Saint » (I-II, q. 106, a. 4, ad 3). Ils furent quelques-uns, au Moyen Âge, à rêver et à prédire, sur la base des spéculations apocalyptiques du pieux moine calabrais Joachim de Flore († 1202), l’avènement d’un «troisième règne», où s’accomplirait le renouvellement universel en préparation de la fin du monde prédite par Jésus (cf. Mt 24, 14). Mais saint Thomas fait encore remarquer que «depuis le début de la prédication évangélique, le Christ a affirmé: “Le royaume des cieux est proche” (Mt 4, 17). C’est donc chose stupide de dire que l’Évangile du Christ n’est pas l’Évangile du Règne» (I-II, q. 106, a. 4, ad 4). C’est l’un des rares cas où le saint Docteur use de paroles sévères en jugeant une opinion erronée: en effet, au XIIIe siècle, vive était la polémique suscitée par les élucubrations des « spirituels », qui abusaient de la doctrine joachimite ; et, par ailleurs il percevait tout le danger des prétextes d’indépendance et d’innovation fondés sur la présomption des «charismes», au détriment de la cause de l’Évangile et du véritable «Règne de Dieu». C’est pour cette raison qu’il rappelait la nécessité de la«prédication de l’Évangile dans le monde entier avec un plein succès, c’est-à-dire avec l’établissement de l’Église dans chaque nation. Et dans ce sens… l’Évangile n’a pas été prêché dans le monde entier : et la fin du monde aura lieu après cette prédication » (I-II, q. 106, a. 4, ad 4). Cette ligne de pensée a été celle de l’Église depuis le début, sur la base du kérygme de Pierre et des autres apôtres, dans lequel on ne trouve pas l’ombre d’une dichotomie entre le Christ et l’Esprit Saint, mais où se trouve par contre confirmé ce que Jésus avait dit à propos du Paraclet, lors de la dernière Cène : « Il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir. Il me glorifiera car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera » (Jn 16, 13-14).
7. Nous ne pouvons manquer ici de nous réjouir de la large place que nos frères d’Orient ont réservée à la réflexion sur la relation entre le Christ et le Saint Esprit, relation qui trouve son expression la plus intime dans le Christ-Pneuma après la Résurrection et la Pentecôte, dans le sillage de saint Paul qui parlait du « dernier Adam, esprit vivifiant » (1 Co 15, 45). C’est un champ ouvert à la réflexion et à la contemplation du mystère, qui est à la fois christologique et trinitaire. Dans l’Encyclique Dominum et vivificantem, il est écrit : « La révélation suprême et complète que Dieu fait de lui-même, accomplie dans le Christ — la prédication des Apôtres lui rendant témoignage — continue à être manifestée dans l’Église par la mission du Paraclet invisible, l’Esprit de vérité. À quel point cette mission est intimement liée à la mission du Christ, à quel point elle découle entièrement de cette mission du Christ, en affermissant et en développant dans l’histoire ses fruits de salut, cela est exprimé dans le verbe “recevoir” : “C’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera”. Comme pour expliquer le mot “recevoir”, et faire apparaître clairement l’unité divine et trinitaire de la source, Jésus ajoute : “Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il prendra et qu’il vous le dévoilera”. En recevant de “mon bien”, par là même il puisera à “ce qu’a le Père” » (n. 7). Reconnaissons-le franchement : ce mystère de la présence trinitaire dans l’humanité à travers le règne du Christ et de l’Esprit est la vérité la plus belle et porteuse de joie que l’Église puisse donner au monde.
 
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