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Catéchèse du 22 août 1990
La Personne du Saint-Esprit
1. Nous avons jusqu’à présent consacré une série de catéchèses à l’action du Saint-Esprit, les éclairant d’abord à la lumière de l’Ancien Testament, et ensuite par les différents moments de la vie du Christ. Nous en venons maintenant à considérer le mystère de la Personne même du Saint-Esprit, qui vit dans la communion avec le Père et le Fils, dans l’unité de la divine Trinité. Nous sommes là au degré le plus élevé de ce que nous avons appelé à plusieurs reprises l’autorévélation de Dieu : c’est-à-dire la manifestation de l’essence intime et du dessein même du Dieu que Jésus nous a appris à reconnaître et invoquer comme un Père. Ce Dieu infiniment vrai et bon s’est toujours tenu à une sorte de pédagogie transcendante pour nous instruire et nous attirer à Lui. Cela a eu lieu aussi pour la révélation de l’Esprit Saint.
2. Saint Grégoire de Nazianze nous le rappelle dans un beau texte qui explique le fil conducteur de l’action progressive de Dieu dans l’histoire du salut, en relation avec le mystère de la Trinité des Personnes divines, dans l’unité de la substance divine. « En effet, dit ce grand Père de l’Église, l’Ancien Testament enseignait le Père d’une façon manifeste, et d’une façon plus obscure, le Fils ; le Nouveau Testament a manifesté le Fils et a suggéré la divinité du Saint Esprit. Actuellement, l’Esprit habite en nous et se manifeste d’une façon plus claire. En effet, il n’était pas prudent de prêcher ouvertement le Fils alors que la divinité du Père n’était pas encore confessée, ni, avant que la divinité du Fils fût reconnue, de nous imposer de surcroît — ici je parle avec trop d’audace — l’Esprit Saint » (Orat. XXXI, Theol. V, 26 : P.G. 36, 161). Il était donc difficile pour l’homme, selon Grégoire de Nazianze, d’accepter la révélation de Dieu comme être unique dans sa nature et trine en ses personnes, car elle dépassait de beaucoup les concepts de l’intellect humain, pris dans leur signification commune ; et cela est resté difficile, du reste, pour beaucoup d’hommes, même sincèrement religieux comme l’atteste l’histoire du judaïsme et de l’islam.
3. Que ce progrès pédagogique dans la révélation divine ait eu lieu, cela est ressorti des catéchèses précédentes, où nous avons vu que l’Ancien Testament, en de nombreux endroits et de multiples façons, parle de l’Esprit de Dieu, à commencer par le commencement du Livre de la Genèse (cf. Gn 1, 2). Mais nous avons toujours fait remarquer qu’il s’agissait d’annonces et de présages ayant trait plutôt à l’action du Saint Esprit dans l’homme et dans l’histoire, que concernant, déjà, sa Personne, au moins d’une façon explicite et directe. Dans le vaste champ de l’Ancien Testament, nous pouvons parler de découverte, de sondage, de compréhension progressive de l’action de l’Esprit Saint, la distinction des personnes dans l’unité de Dieu restant cependant toujours dans l’ombre. Les textes les plus anciens indiquent comme provenant de l’Esprit de Dieu certains phénomènes qui se produisent dans le monde physique et, également, psychologique et spirituel : il s’agit du « souffle de Dieu » qui anime l’univers depuis le moment de sa création, ou d’une force surhumaine accordée à des personnages appelés à une action spéciale, pour guider ou défendre le « peuple de Dieu », comme la force physique de Samson (cf. Jg 14, 6), l’investiture de Gédéon (cf. Jg 6, 34), la victoire dans la lutte de Jephté sur les Ammonites (cf. Jg 11, 29). Dans d’autres cas, nous voyons que l’Esprit de Dieu non seulement «investit » mais « ravit » l’homme (Élie : cf. 1 R 18, 12), opère des transports et des extases prophétiques, accorde la capacité d’interpréter les rêves Joseph en Égypte : cf. Gn 41, 38). Dans tous ces cas, il s’agit d’une action à caractère immédiat et transitoire — que nous pourrions qualifier de charismatique — pour le bien du peuple de Dieu. 4. Par ailleurs, l’Ancien Testament nous présente encore de nombreux cas d’une action constante de l’Esprit de Dieu : selon le langage biblique, il «se pose sur l’homme», comme cela advient pour Moïse, Josué, David, Élie, le Christ. Ce sont surtout les Prophètes qui apparaissent comme les porteurs de l’Esprit de Dieu. Le lien entre la parole prophétique et l’Esprit de Dieu est déjà affirmé dans l’histoire de Balaam (Nb 24, 2-3) et est accentué dans un passage du premier Livre des Rois (1R 22, 24). Après l’exil, Ézéchiel apparaît pleinement conscient de l’origine de son inspiration : « L’Esprit du Seigneur fondit sur moi, et il me dit : Parle… » (Ez 11, 5), et Zacharie rappelle que Dieu avait parlé à son peuple « par son esprit, par le ministère des prophètes du passé » (Za 7, 12). Même au cours de cette période, ce sont surtout les effets de nature morale (comme par exemple dans les psaumes 50 et 142, et dans le Livre de la Sagesse) qui sont attribués à l’Esprit de Dieu et à son action.
5. Mais les textes les plus importants sont ceux que les Prophètes ont consacré à l’Esprit du Seigneur qui devait se poser sur le Messie, sur la communauté messianique et sur ses membres, et surtout les textes des prophéties messianiques d’Isaïe : il est révélé là que l’Esprit du Seigneur sera d’abord sur le « germe de Jessé », descendant et successeur de David (Is 11, 1-2), puis sur le « Serviteur du Seigneur » (Is 42, 1), qui sera « alliance du peuple et lumière des nations » (Is 42, 6), enfin sur l’évangélisateur des pauvres (Is 61, 1 ; cf. Lc 4, 18) Selon les anciennes prophéties, l’Esprit du Seigneur renouvellera même le visage spirituel du « reste d’Israël », c’est-à-dire de la communauté messianique demeurée fidèle à la vocation divine : comme nous le disent les passages non seulement d’Isaïe (44, 3 ; 59, 21), mais aussi d’Ézéchiel (36, 27 ; 37, 14), Joël (3, 1-2) et Zacharie (12, 10).
6. De cette façon, l’Ancien Testament, par l’abondance de ses références à l’action de l’Esprit de Dieu, prépare la compréhension de ce qui est dit dans la révélation du Nouveau Testament au sujet de l’Esprit Saint comme Personne, dans son unité avec le Père et avec le Fils. Tout se déroule dans la ligne de la pédagogie divine qui éduque les hommes à la connaissance et à la reconnaissance des plus grands mystères : la Trinité, l’Incarnation du Verbe, la venue de l’Esprit Saint. Dans l’Ancien Testament, tout avait été concentré sur la vérité du monothéisme, vérité confiée à Israël qui devait être continuellement défendue et consolidée face aux tentations du polythéisme, venant de différents côtés.
7. Dans la Nouvelle Alliance, nous atteignons une nouvelle étape : la conscience plus grande de la valeur de la personne, en relation avec l’homme, a créé un contexte dans lequel même la révélation du Saint Esprit comme Personne trouvait un terrain préparé. L’Esprit Saint est Celui qui "inhabite" dans l’homme et qui, y demeurant, le sanctifie surtout par la puissance de l’amour qui est lui-même C’est ainsi que la révélation de l’Esprit-Personne dévoile aussi la profondeur intérieure de l’homme. Et par l’intermédiaire de cette exploration plus profonde de l’esprit humain, nous nous rendons mieux compte que l’Esprit Saint devient source de communion de l’homme avec Dieu, et aussi de la «communion» interpersonnelle entre les hommes. Telle est la synthèse de la nouvelle révélation de la Personne de l’Esprit Saint, sur laquelle nous réfléchirons dans nos prochaines catéchèses.
 
Catéchèse du 29 août 1990
La révélation de l’Esprit comme Personne
1. Après sa résurrection, Jésus apparut aux onze Apôtres et leur dit : «Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, et du Fils et de l’Esprit Saint » (Mt 28, 19). C’est l’Apôtre et Évangéliste Matthieu qui, à la fin de son Évangile, rapporte cet ordre par lequel Jésus-Christ envoie les Apôtres dans le monde entier pour qu’ils soient ses témoins et continuent son œuvre de salut. À ces paroles correspond notre très ancienne tradition chrétienne selon laquelle le baptême est administré au nom de la Très Sainte Trinité Mais, dans le texte de Matthieu, se trouve également ce que nous pouvons considérer comme la parole ultime de la révélation de la vérité trinitaire, qui comprend la révélation de l’Esprit Saint comme Personne égale au l’ère et au Fils, qui leur est consubstantiel dans l’unité de la divinité. Cette révélation appartient au Nouveau Testament. Dans l’Ancien Testament, l’Esprit de Dieu, dans ses diverses manières d’agir que nous avons montrées dans nos catéchèses précédentes, était la manifestation de la puissance, de la sagesse et de la sainteté de Dieu. Dans le Nouveau Testament, on passe clairement à la révélation de l’Esprit Saint comme Personne.
2. En effet, l’expression évangélique de Matthieu 28, 19 révèle clairement l’Esprit Saint comme Personne puisqu’il le nomme avec les deux autres Personnes sans suggérer de différence à cet égard : « Le Père, et le Fils, et l’Esprit Saint ». Il découle à l’évidence de l’Évangile de Matthieu que le Père et le Fils sont deux Personnes distinctes, «le Père» est Celui que Jésus appelle « mon Père du ciel » (Mt 15, 13 ; 16, 17 ; 18, 35) ; « le Fils » est Jésus lui-même, désigné ainsi par une voix venue du ciel au moment de son baptême (Mt 3, 17) et de sa transfiguration (Mt 17, 5), et reconnu par Simon Pierre comme «le Christ, le Fils du Dieu vivant» (Mt 16, 16). À ces deux Personnes divines, est maintenant associé, d’une manière identique, « l’Esprit Saint ». Cette association est rendue encore plus étroite par le fait que la phrase parle du nom de ces trois Personnes, prescrivant de baptiser toutes les nations « au nom du Père, et du Fils, et de l’Esprit Saint ». Dans la Bible, l’expression « au nom de » ne s’emploie normalement que par rapport à des personnes. Il est de plus remarquable que la phrase de l’Évangile comporte le mot «nom» au singulier, bien qu’elle mentionne trois Personnes. Il résulte de tout cela, sans aucune équivoque, que l’Esprit Saint est une troisième Personne divine étroitement associée au Père et au Fils, dans l’unité d’un seul «nom» divin. Le baptême chrétien nous met en rapport personnel avec les trois Personnes divines, nous introduisant ainsi dans l’intimité de Dieu. Et chaque fois que nous faisons le signe de la Croix, nous répétons l’expression évangélique pour renouveler notre relation avec le Père et le Fils et l’Esprit Saint. Reconnaître l’Esprit Saint comme Personne est une condition essentielle de la vie chrétienne de foi et de charité.
3. La parole du Christ ressuscité sur le baptême (Mt 28, 19) ne vient pas sans préparation dans l’Évangile de Matthieu. En effet, elle est en rapport avec le récit du baptême de Jésus lui-même, où est présentée une théophanie trinitaire : Matthieu nous rapporte que, lorsque Jésus sortit de l’eau, « les cieux s’ouvrirent et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venue des cieux disait : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur” » (Mt 3, 16-17). Cette même scène est aussi décrite par les deux autres Synoptiques (Mc 1, 9-11 ; Lc 3, 21-22). Nous y trouvons une révélation des trois Personnes divines : la personne de Jésus est qualifiée de Fils, la personne du Père se manifeste par la voix qui dit « Celui-ci est mon Fils » ; et la personne de l’Esprit de Dieu apparaît distincte du Père et du Fils, et en rapport avec l’un et l’autre : avec le Père céleste puisque l’Esprit descend d’en haut, et avec le Fils, puisqu’il vient sur lui. Si, à une première lecture, cette interprétation n’a pas toute la force de l’évidence, la comparaison avec la phrase finale de l’Évangile (Mt 28, 19) nous assure qu’elle est fondée. La lumière que nous donne la phrase finale de Matthieu nous permet de découvrir dans d’autres textes encore la personnalité de l’Esprit Saint. Nous pouvons ainsi trouver la révélation de l’Esprit, dans sa relation au Père et au Fils, dans le récit de l’Annonciation (Lc 1, 26-38). Selon le récit de Luc, l’ange Gabriel, envoyé par Dieu à une vierge du nom de Marie, lui annonça la volonté du Père éternel dans les termes suivants : « Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut» (Lc 1, 31-32). Et quand Marie demanda comment cela pourrait advenir dans sa condition virginale, l’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. C’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 34-35).
4. En lui-même, ce texte ne dit pas que l’Esprit Saint est une Personne. Il montre seulement qu’il est un être distinct, d’une certaine manière, du Très-Haut, c’est-à-dire de Dieu le Père, et du Fils du Très-Haut. Cependant, lu comme nous le faisons spontanément, à la lumière de la foi « au nom du Père, et du Fils et de l’Esprit Saint » (Mt 28, 9), il nous révèle l’union des trois Personnes divines dans la réalisation du mystère qui s’appelle l’Incarnation du Verbe. La Personne de l’Esprit Saint a contribué à cette réalisation selon le dessein du Père, pleinement accepté par le Fils. Par l’action de l’Esprit Saint, le Fils de Dieu, consubstantiel au Père éternel, a été conçu comme homme et est né de la Vierge Marie. Dans nos catéchèses précédentes, nous avons déjà parlé de ce mystère qui est en même temps christologique et pneumatologique. Il nous suffit ici de souligner comment, dans l’événement de l’Annonciation, se manifeste le mystère trinitaire, et en particulier la Personne de l’Esprit Saint.
5. Nous pouvons dès lors mettre également en évidence un reflet de ce mystère sur l’anthropologie chrétienne. Il y a, en effet, un lien entre la naissance du Fils éternel de Dieu dans la nature humaine et la « re-naissance » des fils du genre humain par adoption divine par le moyen de la grâce. Ce lien appartient à l’économie du salut. Par rapport à lui, dans l’économie sacramentelle, a été institué le baptême. Donc, la révélation de l’Esprit Saint comme Personne subsistante dans l’unité trinitaire de la divinité est particulièrement mise en relief aussi bien dans le mystère de l’Incarnation du Fils éternel de Dieu que dans le mystère de L’“adoption” divine des fils du genre humain. Et, dans ce mystère, l’annonce de Jean au Jourdain, concernant Jésus, trouve son constant accomplissement : « Il vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mt 3, 11). Cette « adoption » surnaturelle, en effet, s’effectue dans l’ordre sacramentel précisément par le baptême « d’eau et d’Esprit »
 
Catéchèse du 12 septembre 1990
Bilan du voyage en Afrique
1. Les débuts de l’évangélisation en Afrique remontent aux temps apostoliques. Dans les premiers siècles, l’Église africaine eut une grande importance, particulièrement le long des côtes de la mer Méditerranée. Que l’on pense à saint Cyprien, évêque martyr de Carthage et, un peu moins de deux siècles plus tard, à saint Augustin d’Hippone. Dans notre réflexion sur le pèlerinage que je viens d’effectuer dans l’Afrique de notre temps, il ne faut pas oublier ces commencements. Le christianisme que nous rencontrons aujourd’hui dans les vastes zones du continent noir est jeune. Il s’est répandu parmi les diverses ethnies et les peuples africains au cours des cent dernières années grâce au grand travail des missionnaires. Dans la seconde moitié de notre siècle, tous les pays ont conquis leur autonomie politique et sont devenus des États indépendants. Pareillement, les Églises particulières ont effectué un processus rapide d’africanisation. La majeure partie des épiscopats est constituée aujourd’hui d’évêques du lieu. Le nombre des prêtres, des religieux et plus spécialement des religieuses est lui aussi en augmentation. Cependant, la présence des missionnaires, aussi bien ecclésiastiques que laïcs, est toujours désirée et même, souvent, encore indispensable.
2. Je me suis déjà rendu auparavant en plusieurs pays africains, pour y rencontrer les communautés chrétiennes du lieu. Cette fois-ci, il m’a été donné de consacrer la première décade de septembre à une visite en Tanzanie, au Burundi et au Rwanda. Je désire remercier de tout cœur la divine Providence et ceux dont j’ai eu le plaisir d’accepter l’invitation, l’accueil et l’hospitalité. Je fais allusion en tout premier lieu aux épiscopats respectifs. En même temps, j’adresse l’expression de ma gratitude aux divers chefs d’État, aux représentants des autorités locales et à toutes les personnes et institutions dont l’aide a été extrêmement précieuse pour la réalisation de mon programme.
3. En ce qui concerne la géographie — au sens, avant tout, missionnaire et touchant à l’activité de l’Église —, ce voyage pastoral a concerné la vaste Tanzanie, où les catholiques constituent à peu près 20% des habitants (les chrétiens dans leur ensemble sont à peu près 30%), puis deux pays de superficie réduite mais qui ont une grande densité de population. Le Burundi et spécialement le Rwanda sont en Afrique deux pays qui ont un nombre élevé d’habitants, ce qui entraîne certains devoirs de nature morale, non seulement en ce qui concerne ces pays mais aussi par rapport à l’Afrique entière qui, en grande partie, est « peu peuplée ». Le Burundi et le Rwanda — le pays aux mille collines —, enregistrent, de plus, le pourcentage le plus élevé de baptisés. Le fait que la majorité des habitants soient catholiques témoigne de l’intensité de l’œuvre missionnaire accomplie par l’Église au cours de ces cent ans.
4. La communauté chrétienne exprime la plénitude de son mystère dans l’Eucharistie, dans le sacrifice qu’est le sacrement de l’autel. Aussi, pour donner un compte rendu de mon pèlerinage apostolique en Tanzanie, au Burundi et au Rwanda, est-il nécessaire d’indiquer avant tout les lieux dans lesquels fut célébré le sacrifice eucharistique. En Tanzanie, d’abord : à Dar-es-Salaam (sainte messe, avec ordinations sacerdotales), au sud du pays ; à Songea (avec le sacrement de la confirmation), au Nord ; à Mwanza, sur les rives du lac Victoria, la sainte messe pour les familles, avec la cérémonie des premières communions ; au centre du pays, à Tabora (liturgie de la Parole) et, enfin, à Moshi, au pied du Kilimandjaro. La célébration de l’Eucharistie est une synthèse particulière de ce que vit une Église : on y présente les richesses de la culture, de la langue, du chant et de la danse, très suggestive, qui accompagne certains moments de l’action liturgique. Elle est aussi une synthèse singulière de la participation : près de l’autel, se réunissent les « participantes,, d’une région déterminée, alors que la foule des curieux attend le long du parcours. Il s’agit d’une implication indirecte et, très souvent, très significative.
5. Ce que j’ai dit de la Tanzanie vaut aussi pour le Burundi et le Rwanda. Voici les localités dans lesquelles se sont déroulées les célébrations eucharistiques. Au Burundi : à Gitega (siège d’un archevêché) et à Bujumbura (capitale du pays) ; au Rwanda: à Kabgayi (berceau de l’évangélisation, où se trouvent les restes des premiers évêques missionnaires) et à Kigali (capitale du pays). Des ordinations sacerdotales ont eu lieu respectivement à Bujumbura et à Kabgayi. Les ordinations sacerdotales, qui ont eu lieu dans chacun des trois pays, sont la preuve de la croissance des Églises locales, qui va de pair avec la croissance de l’apostolat des laïcs. On sait en effet quel a été le rôle des catéchistes laïcs dès le tout début de l’évangélisation. Aujourd’hui, ils poursuivent leur collaboration avec les prêtres et les religieuses du lieu, tout comme ils l’ont fait dans le passé avec les missionnaires. Mais les divers domaines de l’apostolat des laïcs vont en se multipliant, comme cela est clairement apparu lors des rencontres avec les représentants du monde de la culture. De plus, on consacre partout une grande attention à la pastorale des jeunes (ceux-ci ont eu un rôle particulier au cours de la visite), à l’apostolat caritatif, au soin des malades. Enfin, il faut mentionner l’engagement très solide en ce qui regarde la famille, avec une attention particulière à l’éducation à la paternité et à la maternité responsables.
6. Dans tous les pays visités ont eu lieu des rencontres œcuméniques. Aux frères chrétiens non catholiques se sont également unis les représentants des religions non chrétiennes, spécialement les musulmans. J’ai eu de plus l’occasion de rencontrer le Corps diplomatique et les représentants des organismes internationaux. Avec eux, j’ai pu parler de la solidarité qui s’exerce envers ces nations et surtout de la nécessité de l’élargir encore davantage devant les difficultés préoccupantes qu’elles rencontrent dans leur développement.
7. Depuis le 6 janvier 1899 se poursuivent les travaux du Synode africain, et il est important que les phases de son déroulement soient rendues accessibles, dans les divers lieux, aux vastes populations du continent africain. C’est ce qui s’est fait, pour la première fois, à Yamoussoukro, nouvelle capitale de la Côte-d’Ivoire le dernier jour de mon voyage. Dans ce but, la réunion du Conseil du Secrétariat général du Synode des évêques, qui a duré plusieurs jours, a été liée à la consécration de la monumentale basilique dédiée à « Notre-Dame de la Paix », le 10 septembre. M. Félix Houphouët-Boigny, président de la République, a donné, de plus, un vaste terrain qui entoure la basilique, pour une fondation au service de L’Église en Afrique. Parmi les initiatives de cette fondation, est prévue la construction d’un hôpital, d’un centre universitaire et d’une structure pour les moyens de communication sociale. Je remercie le donateur : que Dieu le récompense ! Je souhaite et j’espère que sous la protection de la Mère de l’Afrique, de la Reine de la Paix, le centre en construction puisse contribuer au progrès de l’évangélisation et de l’édification de l’Église sur le continent africain.
 
Catéchèse du 19 septembre 1990
L’Esprit Saint selon les Évangiles synoptiques
1. Dans le Nouveau Testament, l’Esprit Saint se fait connaître comme Personne subsistante avec le Père et avec le Fils dans l’unité trinitaire, et ceci par l’action que lui attribuent les auteurs inspirés. On ne pourra pas toujours passer de l’action à une « propriété » de la Personne, au sens rigoureusement théologique. Mais, pour notre catéchèse, il nous suffit de découvrir qui est l’Esprit Saint dans la réalité divine, par l’intermédiaire des faits dont, selon le Nouveau Testament, il est le protagoniste. C’est, du reste, la voie que suivent les Pères et lés Docteurs de l’Église (cf. saint Thomas, Somme théol., I, q. 30, art. 7-8).
2. Dans cette catéchèse, limitons-nous à rappeler quelques textes des Synoptiques. Par la suite, nous aurons recours également aux autres livres du Nouveau Testament. Nous avons vu que, dans le récit de l’Annonciation, l’Esprit Saint se manifeste comme Celui qui est à l’œuvre : «Il viendra sur toi, la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » (Lc 1, 35). Nous pouvons donc reconnaître que l’Esprit Saint est principe d’action, spécialement au moment de l’Incarnation. Précisément parce qu’il est l’Amour éternel (propriété de la troisième Personne), on lui attribue le pouvoir de l’action : une puissance d’amour. Les premiers chapitres de l’Évangile de Luc parlent à plusieurs reprises de l’action de l’Esprit Saint dans les personnes qui ont un lien étroit avec le mystère de l’Incarnation. Ainsi chez Élizabeth qui, à l’occasion de la visite de Marie, est remplie de l’Esprit Saint et salue, par inspiration divine, sa parente bénie (cf. Lc 1, 41-45). Il en est de même, et encore davantage, chez le saint vieillard Syméon, à qui l’Esprit Saint s’était manifesté d’une manière personnelle, lui prédisant qu’il verrait « le Messie du Seigneur » avant de mourir (Lc 2, 26). Sous l’inspiration et la motion de l’Esprit Saint, il prend l’Enfant dans ses bras et prononce ces paroles prophétiques qui sont une synthèse si dense et si émouvante de toute la mission rédemptrice du Fils de Marie (cf. Lc 2, 27 et s.). Plus que toute autre, la Vierge Marie s’est trouvée sous l’influence de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 35), lequel, certainement, lui a donné la perception intime du mystère et l’ouverture de l’âme pour accepter sa mission et exulter dans la contemplation du plan providentiel de salut (cf. Lc 1, 26 et s.).
3. Chez tous ces saints personnages, se dessine comme un paradigme de l’action de l’Esprit Saint, Amour tout-puissant qui donne lumière, force, consolation, élan pour l’action. Mais le paradigme est encore plus visible dans la vie de Jésus lui-même, qui se déroule toute sous l’impulsion et la direction de l’Esprit, réalisant en elle la prophétie d’Isaïe sur la mission du Messie : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4 18 ; cf. Is 61, 1). Nous savons que Jésus a lu à haute voix ces paroles prophétiques dans la synagogue de Nazareth et a affirmé que, dès cet instant, elles trouvaient en lui leur accomplissement (cf. Lc 4, 21). En toute réalité, les actions et les paroles de Jésus étaient la réalisation de cette mission prophétique en laquelle, comme l’avait annoncé le Prophète, l’Esprit du Seigneur était à l’œuvre. L’action de l’Esprit Saint, dans tout le déroulement de cette mission, était cachée, alors que Jésus l’accomplissait d’une manière visible, publique, historique : cette mission était aussi, selon les déclarations de Jésus sur lesquelles s’appuient les Évangélistes et les autres auteurs sacrés, un témoignage et une révélation de l’œuvre et de la personne de l’Esprit Saint.
4. Parfois, les Évangélistes soulignent tout particulièrement cette présence active de l’Esprit Saint dans le Christ. Ainsi quand ils parlent du jeûne et de la tentation du Christ : « Jésus fut conduit par l’Esprit au désert pour y être tenté par le diable » (Mt 4, 1 ; cf. Mc 1, 12). L’expression employée par l’Évangéliste présente l’Esprit comme une Personne qui en conduit une autre. Ce relief que les Évangélistes donnent à l’action de l’Esprit Saint dans le Christ signifie que sa mission messianique, puisqu’elle est destinée à l’emporter sur le mal, comporte dès le début la lutte avec celui qui est « le menteur et le père du mensonge» (Jn 8, 44), l’esprit du refus du règne de Dieu. La victoire du Christ sur Satan au début de son activité messianique est le prélude et l’annonce de sa victoire définitive par la Croix et la Résurrection. Jésus lui-même attribue cette victoire à l’Esprit Saint à chacune des étapes de sa mission messianique : « C’est par l’Esprit de Dieu que j’exulte les démons », affirme-t-il (Mt 12, 28). Dans cette lutte et cette victoire du Christ se manifeste donc la puissance de l’Esprit : c’est lui qui en est l’inspirateur intime et le réalisateur infatigable. C’est pourquoi Jésus met en garde avec une si grande vigueur ses auditeurs contre le péché qu’il appelle lui-même « le blasphème contre l’Esprit Saint » (Mt 12, 31-32 ; cf. Mc 3, 29 ; Lc 12, 10). Ici aussi les expressions qu’emploie l’Évangéliste présentent l’Esprit comme une Personne. En effet, il fait une comparaison entre celui qui parle contre la personne du Fils de l’homme et celui qui parle contre la personne de l’Esprit Saint (Mt 12, 32 ; Lc 12, 10), et l’offense faite à l’Esprit est déclarée plus grave. « Blasphémer contre l’Esprit Saint » veut dire se mettre du côté de l’esprit des ténèbres, de sorte que l’homme se ferme intérieurement à la grâce sanctificatrice de l’Esprit de Dieu. Voilà pourquoi Jésus déclare que ce péché ne peut être pardonné « ni en ce monde ni dans le monde à venir » (Mt 12, 32). Le refus intérieur de l’Esprit Saint est le refus de la source même de la vie et de la sainteté. L’homme s’exclut alors de lui-même et librement du cadre de l’action salvifique de Dieu. L’avertissement de Jésus sur le péché contre l’Esprit Saint comprend au moins implicitement une autre révélation de la Personne et de l’action sanctificatrice de cette Personne de la Trinité, protagoniste dans la lutte contre l’esprit du mal et dans la victoire du bien.
5. Toujours selon les Synoptiques, l’action de l’Esprit Saint est source d’une joie intérieure extraordinairement profonde. Jésus lui-même a fait l’expérience de cette particulière « exultation dans l’Esprit Saint» quand il prononça ces paroles : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir » (Lc 10, 21 ; cf. Mt 11, 25-26). Dans le texte de Luc et de Matthieu, suivent les paroles de Jésus sur la connaissance du Père par le Fils et du Fils par le Père : une connaissance que le Fils communique précisément à ces « petits ». C’est donc l’Esprit Saint qui donne aux disciples de Jésus non seulement la puissance de la victoire sur le mal, sur les démons (Lc 10, 17), mais aussi la joie surnaturelle de la découverte de Dieu et de la vie en Lui par son Fils.
6. La révélation de l’Esprit Saint par la puissance de l’action qui emplit toute la mission du Christ accompagnera aussi les Apôtres et les disciples dans l’œuvre qu’ils accompliront selon le commandement divin. Jésus le leur annoncera lui-même : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint, qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Et Jésus leur assure que, même quand, au cours de ce témoignage, ils rencontreront des persécutions, la prison, les interrogatoires devant les tribunaux, « ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment : ce n’est pas vous qui parlerez mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 19-20 ; cf. Mc 13, 11). Il n’y a que les personnes qui parlent ; une force impersonnelle peut faire bouger, pousser, détruire, mais non pas parler. Au contraire, l’Esprit parle. Il est l’inspirateur et le consolateur dans les heures difficiles des Apôtres et de l’Église : c’est une autre qualification de son action, une autre lumière allumée sur le mystère de sa Personne.
7. Nous pouvons donc affirmer que, dans les Synoptiques, l’Esprit Saint se manifeste comme une Personne qui est à l’œuvre dans toute la mission du Christ, et que, dans la vie et l’histoire des disciples de Jésus, il libère du mal, donne la force dans la lutte contre l’esprit des ténèbres, accorde la joie surnaturelle de la connaissance de Dieu et du témoignage, même dans les tribulations. Une Personne qui œuvre avec une puissance divine d’abord au cours de la mission messianique de Jésus, puis pour attirer les hommes au Christ, et aussi pour conduire ceux qui sont appelés à prendre part à sa mission salvifique.
 
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