La mission évangélisatrice des prêtres
1. Dans l’Église, nous sommes tous appelés à annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, à la transmettre aux croyants avec toujours plus d’abondance (cf. Col 3, 16), à la faire connaître aux non-croyants (cf. 1 P 3, 15). Aucun chrétien ne peut se dispenser d’un tel engagement, qui découle des sacrements mêmes du baptême et de la confirmation et qui est à l’œuvre par l’action de l’Esprit Saint. Disons donc tout de suite que l’évangélisation n’est pas réservée à une seule catégorie de membres de l’Église. Néanmoins, les évêques en sont les protagonistes et les guides pour toute la communauté chrétienne, comme nous l’avons vu précédemment. Dans cette œuvre, ils sont assistés par les prêtres et, dans une certaine mesure, par les diacres, selon les normes et la pratique de l’Église, que ce soit dans les temps plus anciens comme en ce moment de « Nouvelle Évangélisation ».
2. Pour les prêtres, on peut dire que l’annonce de la Parole de Dieu est la première fonction à remplir (cf. LG, 28 ; CEC, n. 1564) parce que la foi, suscitée par la Parole de Dieu et qui se nourrit de cette Parole, est le fondement de la vie chrétienne personnelle et communautaire. Le concile Vatican II souligne cette mission évangélisatrice en la mettant en relation avec la formation du Peuple de Dieu et avec le droit de tous à recevoir des prêtres l’annonce de l’Évangile (PO, 4). La nécessité de cette prédication a été mise en lumière par saint Paul qui ajoute au commandement du Christ son expérience d’Apôtre. Dans son activité évangélisatrice exercée dans de multiples régions et milieux, il s’était rendu compte que les hommes ne croyaient pas parce que personne ne leur avait encore annoncé la Bonne Nouvelle. Bien que la voie du salut ait été ouverte à tous, il avait constaté que tous n’avaient pas encore la possibilité d’en profiter. C’est pourquoi il donnait cette explication de la nécessité de la prédication selon le commandement du Christ : « Comment invoquer le nom du Seigneur sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? » (Rm 10, 14-15).
L’Apôtre se préoccupait ensuite de communiquer en abondance la Parole de Dieu à ceux qui étaient devenus croyants. Il le dit lui-même aux Thessaloniciens : « Comme un père pour ses enfants nous vous avons, chacun de vous, exhortés, encouragés, adjurés de mener une vie digne de Dieu qui vous appelle… » (1 Th 2, 11-12). L’Apôtre recommande de manière pressante ce ministère à son disciple Timothée : « Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus…, proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire » (2 Tm 4, 1-2). Quant aux prêtres, il leur donne cette prescription : « Les presbytres qui exercent bien la présidence méritent une double rémunération, surtout ceux qui peinent à la parole et à l’enseignement » (1 Tm 5, 17).
3. La prédication des prêtres n’est pas un simple exercice de la parole qui répond à un besoin personnel de s’exprimer et de communiquer son opinion propre ; elle ne peut pas non plus être seulement la manifestation d’une expérience personnelle. Cet élément psychologique, qui peut avoir sa fonction sous un aspect didactique et pastoral, ne peut constituer ni la raison ni la partie prépondérante de la prédication. Comme l’ont dit les Pères du Synode des évêques de 1971, « les expériences de la vie, aussi bien des hommes en général que celles des prêtres, que l’on doit garder à l’esprit et toujours interpréter à la lumière de l’Évangile, ne peuvent être ni l’unique ni la principale norme de la prédication » (Ench. Vat. 4, 1 186).
La mission de prêcher est confiée aux prêtres par l’Église comme une participation à la médiation du Christ, mission à exercer en vertu et suivant les exigences de son commandement : les prêtres, « participants, dans leur degré de ministère, à la charge de l’unique Médiateur (1 Tm 2, 5), annoncent à tous la Parole de Dieu » (Ibid.). Cette expression ne peut pas ne pas nous faire réfléchir : il s’agit d’une « Parole de Dieu ». Par conséquent, elle n’est pas « nôtre » ; nous ne pouvons pas la manipuler, la transformer, l’adapter selon notre bon plaisir, mais nous devons l’annoncer intégralement. Et puisque la « Parole de Dieu » a été confiée aux Apôtres et à l’Église, « tout prêtre a une responsabilité spéciale dans la prédication de toute la Parole de Dieu et dans son interprétation selon la foi de l’Église », ainsi que l’ont encore dit les Pères du Synode de 1971 (Ench. Vat. 4, 1 183).
4. L’annonce de la Parole se fait en lien étroit avec les sacrements par lesquels le Christ communique et propage la vie de la grâce. À ce propos, on doit encore noter qu’une bonne part de la prédication, spécialement aujourd’hui, se déroule durant la célébration des sacrements et en particulier durant la Sainte Messe. Il faut observer, en outre, que l’annonce s’exerce déjà par l’administration des sacrements, soit par la richesse théologique et catéchétique des formules et des lectures liturgiques, dites aujourd’hui en langue vivante et compréhensibles pour le peuple, soit par la pédagogie du rite. Cependant, il n’y a pas de doute que la prédication doit précéder, accompagner et couronner l’administration des sacrements, que ce soit pour une préparation nécessaire avant de les recevoir, ou pour leur fructification dans la foi et dans la vie.
5. Le Concile a rappelé que l’annonce de la Parole de Dieu a pour effet de susciter et de nourrir la foi, et de contribuer au développement de l’Église. « En effet, dit-il, en vertu de la Parole salvatrice, la foi s’éveille dans le cœur des non-croyants, et c’est elle qui donne naissance et croissance à la communauté des croyants » (PO, 4). Il faudra toujours tenir ce principe présent à l’esprit : tout prédicateur de l’Évangile, et donc le prêtre qui, d’une manière toute spéciale, est fréquemment appelé à exercer le « ministère de la Parole », doivent avoir comme but premier de diffuser, fortifier et faire croître la foi. Une prédication, qui serait une broderie de thèmes psychologiques liés à la personne, ou qui s’épuiserait à poser des problèmes sans les résoudre ou à susciter des doutes sans donner la source de la lumière évangélique qui peut éclairer le chemin personnel et celui de la société, ne rejoindrait pas l’objectif essentiel voulu par le Sauveur. Elle finirait même par être une source de confusion pour l’opinion publique et de dommage aux croyants eux-mêmes dont le droit de connaître le vrai contenu de la Révélation ne serait pas respecté.
6. En outre, le Concile a montré l’étendue et la variété des formes que prend l’authentique annonce de l’Évangile, selon ce que l’Église enseigne et commande aux prédicateurs : « Ainsi les prêtres se doivent à tous les hommes : ils ont à leur faire partager la vérité de l’Évangile dont le Seigneur les fait bénéficier. Soit donc qu’ils aient parmi les païens une belle conduite pour les amener à glorifier Dieu, soit qu’ils prêchent ouvertement pour annoncer aux incroyants le mystère du Christ, soit qu’ils transmettent l’enseignement chrétien ou exposent la doctrine de l’Église, soit qu’ils étudient à la lumière du Christ les problèmes de leur temps, dans tous les cas il s’agit pour eux d’enseigner, non pas leur propre sagesse, mais la parole de Dieu, et d’inviter tous les hommes avec insistance à la conversion et à la sainteté » (PO, 4).
Par conséquent, telles sont les voies de l’enseignement de la Parole de Dieu, selon l’Église : le témoignage de vie qui dévoile la puissance de l’amour de Dieu et rend persuasive la parole du prédicateur ; la prédication explicite du mystère du Christ aux non-croyants ; la catéchèse et l’exposé didactique et systématique de la doctrine de l’Église ; l’application de la vérité révélée ; juger les cas concrets et leur apporter une solution. C’est dans ces conditions que la prédication montre sa « beauté » et attire les hommes qui désirent voir, aujourd’hui aussi, la « gloire de Dieu ».
7. Le principe de l’adaptation de la prédication, particulièrement souligné par le Concile (cf. PO, 4), n’est pas opposé à cette exigence d’authenticité et d’intégrité de l’annonce. Il est clair que le prêtre doit avant tout se demander, avec responsabilité et réalisme, si ce qu’il dit dans sa prédication est compris par son auditoire et si cela a un effet sur leur mode de pensée et de vivre. Il doit, par ailleurs, s’efforcer de tenir compte, dans sa prédication, des différentes attentes des auditeurs et des circonstances diverses qui font qu’ils se réunissent et qu’ils demandent son intervention. Bien entendu, il doit aussi connaître et reconnaître ses talents, et s’en servir de manière opportune, non pour faire de l’exhibitionnisme qui le disqualifierait par-dessus tout auprès de ses auditeurs, mais dans le but de mieux introduire la Parole de Dieu dans l’esprit et dans le cœur des hommes. Mais, plus qu’à ses talents personnels, le prédicateur devra faire appel à ces charismes surnaturels que l’histoire de l’Église et de l’éloquence sacrée présente chez de nombreux saints prédicateurs, et il se sentira poussé à demander à l’Esprit Saint l’inspiration pour s’exprimer, se conduire et dialoguer avec son auditoire de manière la plus adaptée et la plus efficace. Tout cela vaut également pour tous ceux qui exercent le ministère de la Parole à travers les écrits, les publications, les émissions de radio et de télévision. L’usage de ces moyens de communication exige également du prédicateur, du conférencier, de l’écrivain, de l’informateur religieux et spécialement du prêtre, l’appel et le recours à l’Esprit Saint, lumière qui vivifie les esprits et les cœurs.
8. Selon l’enseignement du Concile, l’annonce de la Parole de Dieu doit être faite dans tous les milieux et à tous les niveaux de la société, en tenant compte aussi des non-croyants : qu’il s’agisse de véritables athées ou, comme c’est plus souvent le cas, d’agnostiques ou même d’indifférents ou encore de ceux qui sont inattentifs, il faudra trouver la manière la plus adaptée pour les intéresser. Ici, il suffit d’avoir soulevé une fois de plus le problème, qui est grave et que l’on doit affronter avec un zèle soutenu par l’intelligence et avec un esprit serein. Le prêtre pourra utilement se rappeler la sage considération du Synode des évêques de 1971, qui a dit : « Le ministre de la Parole, par l’évangélisation, prépare les voies du Seigneur avec beaucoup de patience et de foi, en s’adaptant aux différentes conditions de la vie des individus et des peuples » (Ench. Vat., 4, n. 1 184). L’appel à la grâce du Seigneur et à l’Esprit Saint, qui en est le dispensateur divin, toujours nécessaire, sera ressenti encore plus vivement dans tous ces cas d’athéisme (au moins pratique), d’agnosticisme, d’ignorance et d’indifférence religieuses, parfois d’hostilité a priori et même de rage, qui font constater au prêtre que tous les moyens humains sont insuffisants pour frayer dans les âmes un passage à Dieu. Alors, plus que jamais, il fera l’expérience de ce qu’on a appelé le « mystère des mains vides » ; mais c’est précisément pour cela qu’il se rappellera que saint Paul, presque crucifié par de semblables expériences, trouvait toujours un courage renouvelé dans la « puissance et la sagesse de Dieu » présentes dans le Christ (cf. 1 Co 1, 18-19), et rappelait aux Corinthiens : « Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant, et ma parole et mon message n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c’était une démonstration d’Esprit et de puissance, pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Co 2, 3-5). Peut-être est-ce là le soutien indispensable pour le prédicateur d’aujourd’hui.
À nouveau, l’Albanie a ouvert ses portes à Dieu
1. « Qui nous roulera la pierre qui ferme le tombeau ? » (cf. Mc 16, 3).
Ces paroles des femmes qui étaient accourues au sépulcre du Christ « le lendemain du sabbat », nous reviennent en mémoire quand l’on regarde le passé récent du pays qu’il m’a été donné de visiter dimanche dernier. Pendant des années, le nom Albanie est devenu tout particulièrement synonyme d’oppression, instaurée par un système totalitaire et athée, où le refus de Dieu a été poussé aux limites les plus extrêmes. Le droit à la liberté de conscience et de religion y était foulé aux pieds de la manière la plus brutale : on menaçait de la peine de mort ceux qui simplement administraient le baptême ou exerçaient quelque pratique religieuse. La persécution se déchaîna aussi bien contre les chrétiens que contre les musulmans.
Le pays était ainsi devenu semblable à la tombe dans laquelle les juifs mirent le corps du Christ, plaçant une pierre à la porte du sépulcre.
2. Mais voici que les femmes, qui étaient allées sur la tombe, « trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau » (Lc 24, 2). Pour l’Albanie aussi, en conséquence des événements qui commencèrent en 1989, la pierre de la tombe fut roulée et une période de changements put commencer. Les droits de l’homme, y compris ceux de liberté de conscience et de religion, sont maintenant devenus la base de la vie sociale. Dans ces conditions, la présence du Pape était devenue possible, et en un certain sens même nécessaire, spécialement pour la communauté catholique. C’est ce qui s’est réalisé le 25 avril dernier. Je suis très reconnaissant aux fidèles de cette Église martyre d’avoir voulu que je vienne parmi eux. Je remercie ensuite le président de la République, M. Sali Berisha, qui m’a invité et m’a accueilli avec une grande cordialité et une grande courtoisie. Je remercie également les autorités civiles et militaires et tous ceux qui ont collaboré à la bonne réussite de ma visite. Ma reconnaissance s’adresse en outre à l’archevêque Anastase, de l’Église orthodoxe, et au Kryermufti Sabri Koçi, de la communauté musulmane, qui m’ont honoré de leur présence. La renaissance spirituelle de l’Albanie survient sous le signe du dialogue œcuménique et de la collaboration interreligieuse. N’est-ce pas là un grand signe d’espérance ? La présence apostolique en Albanie date des temps apostoliques : peut-être saint Paul lui-même a-t-il touché la région, puisque le port de Durrës constituait alors une escale habituelle sur la route qui menait à Rome. Il est impossible de rassembler dans une brève synthèse les événements complexes qui ont marqué l’histoire du pays jusqu’à nos jours. Rappelons simplement la geste glorieuse du héros national, Gjergi Kastriota Skënderbeu, soutenu dans son action par les Pontifes romains. C’est à lui que revient le mérite de la courageuse défense menée au XV e siècle contre les envahisseurs turcs. Au XVIII e siècle, le Pape Clément XI, originaire de cette région, porta également une attention particulière à l’Albanie.
L’indépendance politique, acquise finalement en 1912, ne vit malheureusement pas la fin des difficultés : depuis cette date, l’Albanie a connu d’autres tristes moments, qui ont atteint leur point culminant après la Seconde Guerre mondiale, quand une dictature impitoyable a prétendu étouffer dans le sang les droits civils les plus élémentaires, tentant de déraciner du cœur des croyants le nom même de Dieu.
Vaine prétention que celle-là, comme l’ont montré les événements : en effet, à la longue nuit a finalement succédé l’aube d’un nouveau jour. Maintenant, l’Église en Albanie vit un nouveau printemps.
3. Ma visite de dimanche dernier a voulu sanctionner cet événement avec la consécration de nouveaux évêques dans la cathédrale de Shkodrë, une des églises les plus majestueuses des Balkans. Durant les années de dictature, elle avait été transformée en Palais des sports ; elle est désormais revenue à sa splendeur primitive, devenant ainsi comme le symbole de la résurrection de l’Albanie. La célébration solennelle a été suivie avec recueillement par une grande foule de fidèles. Presque comme dans une nouvelle Pentecôte, on a senti le souffle de l’Esprit qui a introduit les nouveaux évêques dans le Collège des successeurs des Apôtres. Un d’entre eux, l’évêque auxiliaire de Shkodrë, Mgr Zef Simoni, fut condamné le 25 avril 1967 à quinze ans de prison. Le même 25 avril de l’année suivante, il y a exactement vingt-cinq ans, la condamnation à mort (elle fut ensuite commuée en une peine de travaux forcés) était prononcée contre celui qui est maintenant l’archevêque de Shkodrë, Mgr Frano Illia. Cette coïncidence de dates a rendu encore plus touchant le souvenir des événements liés au chemin tourmenté de l’Église albanaise. Les autres évêques ordonnés, eux aussi remplis de mérites, sont Mgr Rrok Mirdita, archevêque de Durrës, et Mgr Robert Ashta, évêque de Pulati.
4. Comment ne pas voir en tout cela un signe de la protection spéciale de Notre-Dame du Bon Conseil, si vénérée en Albanie ? Le jeudi 22 avril, je m’étais rendu à Genazzano, dans les environs de Rome, où est vénérée Marie, Mère du Bon Conseil, pour lui confier mon pèlerinage apostolique en Albanie. Un lien spirituel relie Genazzano à Shkodrë, où le sanctuaire marial du même nom a été par deux fois rasé jusqu’au sol au cours de l’histoire. Sa dernière destruction remonte à 1967, au cours de la période de la dictature la plus féroce, qui s’est efforcée d’effacer toute trace religieuse dans le pays. Par un dessein de la divine Providence, c’est sur les ruines de cette tragique présomption qu’ont été posés dimanche dernier les gestes éloquents que furent l’ordination du nouvel archevêque et la bénédiction de la première pierre du nouveau sanctuaire qui accueillera l’effigie de Notre-Dame du Bon Conseil.
5. Le soir, à Tirana, ma visite s’est terminée par une rencontre inoubliable avec la population, sur la place dédiée au héros national, Gjergj Kastriota Skënderbeu. Étaient présents le président de la République, les autorités de l’État, les représentants des diverses confessions religieuses et une grande foule. Comment ne pas rappeler ici la précieuse contribution du nonce apostolique, Mgr Ivan Dias, à la préparation de ma visite ? Je le remercie chaleureusement, tout comme j’exprime ma vivre gratitude aux prêtres, aux religieux et aux religieuses et, parmi celles-ci, tout particulièrement, à Mère Teresa. Je remercie aussi les organismes et les mouvements ecclésiaux venus d’autres pays pour soutenir le cheminement de l’Église albanaise. Mon discours d’adieu, adressé à toute la nation, a voulu être un message d’espérance et d’encouragement. J’ai invité à ne pas ôter facilement de la mémoire les souffrances qu’ont endurées les Albanais dans les décennies passées.
J’ai indiqué au peuple d’Albanie quels étaient les défis du futur. La liberté religieuse retrouvée sera sûrement le ferment d’une société démocratique, si l’on reconnaît la valeur et la place centrale de la personne humaine, et si tous les rapports, aux plans social, politique, économique, sont empreints d’une authentique solidarité. J’ai souhaité en outre que l’Albanie, grâce également à l’action de la Communauté internationale, puisse surmonter la grave crise du moment présent. Son sens de la famille et de l’accueil, et surtout sa foi, l’y aideront. Elle trouvera un grand soutien dans l’entente, constamment à renouveler, entre catholiques, orthodoxes et musulmans. L’Albanie a rouvert ses portes à Dieu : Dieu n’abandonne pas ceux qui se confient en lui.
6. « Ne fallait-il pas que le Christ endurât toutes ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26). Ces paroles, tirées de la liturgie de dimanche dernier, nous rappellent que, dans le mystère pascal du Rédempteur, l’histoire de l’homme, l’histoire des peuples et des nations, même celle des périodes les plus tragiques, trouve sa vraie lumière. À cette nation qui nous est si chère, exprimons ce souhait : que le Christ marche avec tes enfants, comme cela arriva avec les disciples d’Emmaüs. Qu’il leur « explique les Écritures », qu’il « ouvre leur esprit et leur cœur », qu’il se fasse « reconnaître à la fraction du pain » (cf. Lc 24, 27. 35. 45), qu’il les aide à construire un nouvel ordre basé sur la vérité, la justice, l’amour. Avec eux, faisons nôtre le cri de joie pascal : « Vraiment, le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon » (Lc 24, 34).
« Voici le jour que fit le Seigneur ! Qu’il soit pour nous jour de fête et de joie » (Ps 117, 24).
La mission des prêtres dans le ministère sacramentel de sanctification
1. En parlant de la mission évangélisatrice des prêtres, nous avons déjà vu que, dans et par les sacrements, il est possible de donner aux fidèles une instruction méthodique et efficace sur la Parole de Dieu et le mystère du salut. En effet, la mission d’évangélisation du prêtre est essentiellement liée au ministère de sanctification par le moyen des sacrements (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 893).
Le ministère de la Parole ne peut s’arrêter au seul effet immédiat propre à la parole. L’évangélisation est le premier de ces « labeurs apostoliques » qui, selon le Concile, « visent à ce que tous, devenus enfants de Dieu par la foi et le baptême, se rassemblent, louent Dieu au milieu de l’Église, participent au sacrifice et mangent la Cène du Seigneur » (Sacrosanctum Concilium, 10). Et le Synode des évêques de 1971 affirmait que « le ministère de la Parole, correctement compris, mène aux sacrements et à la vie chrétienne, laquelle, dans la pratique, est vécue dans la communauté visible de l’Église et dans le monde » (cf. Ench. Vat., 4, 1179).
Toute tentative de réduire le ministère sacerdotal à la seule prédication ou à l’enseignement méconnaîtrait un aspect fondamental de ce ministère. Déjà, le Concile de Trente avait repoussé la proposition de faire consister le sacerdoce dans le seul ministère de la prédication de l’Évangile (cf. Denz.-S., 1171). Étant donné que certains, récemment encore, ont exalté d’une manière trop unilatérale le ministère de la Parole, le Synode des évêques de 1971 a souligné l’alliance indissoluble entre Parole et sacrements. « En effet, dit le Synode, les sacrements sont célébrés en lien avec la proclamation de la Parole de Dieu et développent ainsi la foi, en la fortifiant par la grâce. Aussi les sacrements ne peuvent-ils pas être sous-évalués parce que, grâce à eux, la Parole atteint son plein effet, c’est-à-dire la communion au mystère du Christ » (cf. Ench.Vat., 4, 1180). 2. À propos de ce caractère unitaire de la mission d’évangélisation et du ministère sacramentel, le Synode de 1971 n’a pas hésité à dire qu’une division entre évangélisation et célébration des sacrements « diviserait le cœur de l’Église elle-même, jusqu’à mettre la foi en péril » (cf. Ench. Vat., 4, 1181).
Le Synode reconnaît cependant que, dans l’application concrète du principe d’unité, il peut y avoir des modalités diverses pour chaque prêtre, « étant donné que l’exercice du ministère sacerdotal doit souvent assumer, dans la pratique, des formes diverses, afin de mieux répondre aux situations particulières ou nouvelles dans lesquelles il faut annoncer l’Évangile » (cf. Ench. Vat., 4, 1182).
Une sage application du principe d’unité doit également tenir compte des charismes que tout pasteur a reçus. Si certains ont des talents particuliers pour la prédication ou l’enseignement, il faut qu’ils les utilisent pour le bien de l’Église. On peut utilement rappeler ici le cas de saint Paul qui, tout en étant convaincu de la nécessité du baptême et après avoir aussi administré parfois ce sacrement, se considérait néanmoins comme envoyé pour la prédication de l’Évangile et consacrait son énergie surtout à cette forme de ministère (cf. 1 Co 1, 14. 17). Mais, dans sa prédication, il ne perdait pas de vue l’œuvre essentielle de l’édification de la communauté (cf. 1 Co 3, 10) : la prédication doit être à son service.
Cela veut dire que, aujourd’hui encore, comme toujours dans l’histoire du ministère pastoral, la répartition du travail pourra mettre l’accent sur la prédication ou sur le culte et les sacrements, selon les capacités des personnes et l’évaluation des situations. Mais on ne peut mettre en doute que, pour les prêtres, la prédication et l’enseignement, même aux plus hauts niveaux académique et scientifique, doivent toujours conserver une finalité de service du ministère de sanctification par le moyen des sacrements.
3. De toute façon, on ne peut mettre en doute l’importante mission de sanctification confiée aux prêtres, qu’ils peuvent exercer surtout par le ministère du culte et des sacrements. Sans doute est-ce là une œuvre accomplie avant tout par le Christ, comme le soulignait le Synode de 1971 : « Le salut qui se réalise par les sacrements ne vient pas de nous mais descend de Dieu, et cela montre le primat de l’action du Christ, unique Prêtre et Médiateur, dans son Corps, qui est l’Église » (cf. Ench. Vat., 4, 1187 ; cf. aussi l’exhort. apost. Pastores dabo vobis, 12). Cependant, dans l’actuelle économie du salut, le Christ se sert du ministère des prêtres pour réaliser la sanctification des croyants (cf. PO, 5). Agissant au nom du Christ, le prêtre réalise l’efficacité de l’action sacramentelle par l’intermédiaire du Saint-Esprit, Esprit du Christ, principe et source de la sainteté de la « vie nouvelle ». La vie nouvelle que le prêtre suscite par le moyen des sacrements nourrit, restaure, fait grandir ; elle est une vie de foi, d’espérance et d’amour. La foi est le don de Dieu fondamental : « À partir de là, on perçoit clairement la grande importance de la préparation et de la disposition à la foi pour celui qui reçoit les sacrements ; on comprend aussi la nécessité du témoignage de foi que donne le prêtre par toute sa vie mais surtout par la manière d’envisager et de célébrer les sacrements eux-mêmes » (cf. Ench. Vat., 4, 1188).
La foi communiquée par le Christ par le moyen des sacrements s’accompagne immanquablement d’une « vivante espérance » (1 P 1, 3) qui infuse dans l’âme des fidèles un puissant dynamisme de vie spirituelle, un élan vers « les choses d’en haut » (Col 3, 1-2). Par ailleurs, la foi « opère par la charité » (Ga 5, 6), cet amour de charité qui jaillit du cœur du Sauveur et imprègne les sacrements pour se propager ensuite à toute l’existence chrétienne.
4. Le ministère sacramentel des prêtres est donc doté d’une fécondité divine. Le Concile l’a bien rappelé. Ainsi, par le baptême, les prêtres « introduisent les hommes dans le Peuple de Dieu » (PO, 5) : ils sont donc responsables, non seulement d’une digne exécution des rites, mais aussi de leur bonne préparation par la formation des adultes à la foi et, pour les enfants, l’éducation de la famille afin qu’elle coopère à l’événement. En outre, « dans l’esprit du Christ Pasteur, ils les éduquent à soumettre leurs péchés à l’Église avec un cœur contrit dans le sacrement de pénitence, pour se convertir de plus en plus au Seigneur, se souvenant de ses paroles : “Repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche” (Mt 4, 17) » (PO, 5). Aussi les prêtres doivent-ils vivre personnellement dans une attitude d’hommes qui reconnaissent leurs propres péchés et leur besoin de pardon, en communion d’humilité et de pénitence avec les fidèles. Ils pourront ainsi manifester plus efficacement la grandeur de la miséricorde de Dieu et, avec le pardon, apporter un réconfort céleste à ceux qui se sentent oppressés par le poids de leurs fautes. Dans le sacrement de mariage, le prêtre est présent comme responsable de la célébration : il témoigne de la foi et accueille le consentement de la part de Dieu qu’il représente en tant que ministre de l’Église. Il participe ainsi profondément et de manière vitale, non seulement au rite, mais à la dimension la plus profonde du sacrement. Et enfin, par l’onction des malades, les prêtres « soulagent les malades » (PO, 5). C’est une mission prévue par saint Jacques qui enseignait dans sa Lettre : « Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les presbytres de l’Église et qu’ils prient sur lui après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur » (Jc 5, 14). Sachant donc que le sacrement de l’Onction est destiné à « soulager » et apporter la purification et la force spirituelles, le prêtre ressentira le besoin de s’efforcer à faire en sorte que sa présence transmette au malade la compassion efficace du Christ et témoigne la bonté de Jésus pour les malades, auxquels il a consacré une si grande partie de sa mission évangélique.
5. Ce discours sur les dispositions selon lesquelles on doit tâcher de s’approcher des sacrements, en les célébrant avec conscience et esprit de foi, recevra un complément dans la catéchèse que, s’il plaît à Dieu, nous consacrerons aux sacrements. Dans nos prochaines catéchèses, nous traiterons un autre aspect de la mission des prêtres dans le ministère sacramentel : le culte de Dieu, qui s’accomplit spécialement dans l’Eucharistie. Disons dès maintenant que c’est là l’élément le plus important de sa fonction ecclésiale, la raison principale de son ordination, et le but qui donne sens et joie à sa vie.