L’Esprit Saint, protagoniste de l’évangélisation
Lecture : 1Th 1,2-7a
1. À peine l'Esprit Saint fut-il descendu sur les Apôtres le jour de la Pentecôte, que ces derniers « commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer » (cf. Ac 2, 4). On peut donc dire que l'Église, au moment même où elle naît, reçoit en don de l'Esprit la capacité d'« annoncer les merveilles de Dieu » (Ac 2, 11) : c'est le don d'évangéliser.
Ce fait implique et révèle une loi fondamentale de l'histoire du salut : on ne peut pas évangéliser, ni prophétiser, on ne peut pas en somme parler du Seigneur et au nom du Seigneur, sans la grâce et la puissance de l'Esprit Saint. En utilisant une comparaison biologique, nous pourrions dire que, de même que la parole humaine est véhiculée par le souffle humain, la Parole de Dieu est transmise par le souffle de Dieu, par sa ruach ou par son pneuma, qui est l'Esprit Saint.
2. Ce lien entre l'Esprit de Dieu et la Parole divine peut déjà être remarqué dans l'expérience des prophètes antiques.
L'appel d'Ézéchiel est décrit comme l'infusion d'un « esprit » dans sa personne : « (Le Seigneur) me dit : “Fils d'homme, tiens-toi debout, je vais te parler”. L'esprit entra en moi comme il m'avait été dit, il me fit tenir debout et j'entendis celui qui me parlait » (Ez 2, 1-2).
Dans le Livre d'Isaïe, on lit que le futur serviteur du Seigneur proclamera le droit aux nations, précisément parce que le Seigneur a posé son esprit sur lui (cf. Is 42, 1).
Selon le prophète Joël, les temps messianiques seront caractérisés par une effusion universelle de l'Esprit : « Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair » (Jl 3, 1) ; par l'effet de cette communication de l'Esprit « vos fils et vos filles prophétiseront » (ibid. ).
3. En Jésus, le lien entre la Parole et l'Esprit atteint son sommet : Il est en effet la Parole elle-même faite chair « par l'œuvre de l'Esprit Saint ». Il commence à prêcher « avec la puissance de l'Esprit Saint » (cf. Lc 4, 14sq). À Nazareth, lors de sa prédication inaugurale, il applique à sa propre personne le passage d'Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi [...] il m'a envoyé pour porter la bonne nouvelle aux pauvres » (cf. Lc 4, 18). Comme le souligne le quatrième Évangile, la mission de Jésus, « celui que Dieu a envoyé » et qui « prononce les paroles de Dieu », est fruit du don de l'Esprit, qu'il a reçu et qu'il donne « sans mesure » (cf. Jn 3, 34). Apparaissant à ses disciples au Cénacle, le soir de Pâques, Jésus accomplit ainsi le geste expressif de « souffler » sur eux en disant : « Recevez l'Esprit Saint » (cf. Jn 20, 21-22).
Sous ce souffle se déroule la vie de l'Église. « L'Esprit Saint est le protagoniste de toute la mission ecclésiale » (Redemptoris missio, n. 21). L'Église annonce l'Évangile grâce à sa présence et à sa force salvifique. En s'adressant aux chrétiens de Thessalonique, saint Paul affirme : « Car notre Évangile ne s'est pas présenté à vous en paroles seulement, mais en puissance, dans l'action de l'Esprit Saint » (1 Th 1, 5). Saint Pierre définit les apôtres comme « ceux qui vous prêchent l'Évangile dans l'Esprit Saint » (1 P 1, 12).
Mais que signifie « prêcher dans l'Esprit Saint » ? De façon synthétique, l'on peut dire que cela signifie évangéliser dans la force, dans la nouveauté, dans l'unité de l'Esprit Saint.
4. Évangéliser dans la force de l'Esprit signifie être investi de cette puissance qui s'est manifestée de façon suprême dans l'activité évangélique de Jésus. L'Évangile nous dit que les auditeurs s'émerveillaient car « ils les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes » (Mc 1, 22). La parole de Jésus chasse les démons, apaise les tempêtes, guérit les malades, pardonne les pécheurs, ressuscite les morts.
L'autorité de Jésus est communiquée par l'Esprit Saint, comme don pascal, à l'Église. Nous voyons ainsi les Apôtres riches de parrhesía, c'est-à-dire de cette franchise qui les fait parler de Jésus sans peur. Les adversaires en restent étonnés, « se rendant compte que c'étaient des gens sans instruction ni culture » (Ac 4, 13).
Paul peut lui aussi, grâce au don de l'Esprit de la Nouvelle Alliance, affirmer en toute vérité : « En possession d'une telle espérance, nous nous comportons avec beaucoup d'assurance » (2 Co 3, 12).
Cette force de l'Esprit est plus que jamais nécessaire au chrétien de notre temps, à qui il est demandé de rendre témoignage de sa foi dans un monde souvent indifférent, voire hostile, fortement marqué par le relativisme et l'hédonisme. Il s'agit d'une force dont les prédicateurs ont besoin en particulier, eux qui doivent reproposer l'Évangile sans céder à des compromis et à de fausses idées, en annonçant la vérité du Christ « à temps et à contretemps » (2 Tm 4, 2).
5. L'Esprit Saint assure également à l'annonce un caractère d'actualité toujours renouvelé, afin que la prédication ne finisse pas par devenir une vaine répétition de formules et une froide application de méthodes. En effet, les prédicateurs doivent être au service de la « Nouvelle Alliance », qui n'est pas « de la lettre », qui fait mourir, mais « de l'Esprit », qui fait vivre (cf. 2 Co 3, 6). Il ne s'agit pas de développer « la vétusté de la lettre », mais « la nouveauté de l'Esprit » (cf. Rm 7, 6). Il s'agit d'une exigence particulièrement vitale pour la « nouvelle évangélisation ». Celle-ci sera véritablement « nouvelle » dans la ferveur, dans les méthodes, dans les expressions, si celui qui annonce les merveilles de Dieu et parle en son nom, aura tout d'abord écouté Dieu et se sera rendu docile à l'Esprit Saint. C'est pourquoi la contemplation faite d'écoute et de prière est fondamentale. Si l'annonciateur ne prie pas, il finira par « se prêcher lui-même » (cf. 2 Co 4, 5) et ses paroles se réduiront à des « discours creux » (cf. 2 Tm 2, 16).
6. Enfin, l'Esprit accompagne et encourage l'Église à évangéliser dans l'unité et en construisant l'unité. La Pentecôte a eu lieu lorsque les disciples « se trouvaient tous ensemble dans un même lieu » (Ac 2, 1) et qu'ils étaient « tous d'un même cœur assidus à la prière » (Ac 1, 14). Après avoir reçu l'Esprit Saint, Pierre tient son premier discours à la foule « debout avec les Onze » (Ac 2, 14) : c'est l'icône d'une annonce unanime, qui doit rester telle même lorsque les annonciateurs sont dispersés dans le monde.
Prêcher le Christ sous l'impulsion de l'Esprit unique, au seuil du troisième millénaire, implique pour tous les chrétiens un effort concret et généreux vers la pleine communion. Telle est la grande entreprise de l'œcuménisme, à encourager avec une espérance toujours renouvelée et un engagement effectif, même si les temps et les résultats se trouvent dans les mains du Père, qui nous demande une humble disponibilité pour accueillir ses desseins et les inspirations intérieures de l'Esprit.
L’Esprit Saint, âme de l’Église
Lecture : 1Co 12,1-13
1. « Si le Christ est le chef de l'Église, l'Esprit Saint est son âme ». C'est ce qu'affirmait mon vénéré prédécesseur Léon XIII dans l'Encyclique Divinum illud munus (1897 : DS 3328). Et après lui, Pie XII explicitait : l'Esprit Saint dans le Corps mystique du Christ est « le principe de toute action vitale et vraiment salvifique en chacun des divers membres du Corps » (Enc. Myst. Corp., 1943 : DS 3808).
Nous voulons aujourd'hui réfléchir sur le mystère du Corps du Christ qui est l'Église, dans la mesure où elle est vivifiée et animée par l'Esprit Saint.
Après l'événement de la Pentecôte, le groupe qui donne origine à l'Église se transforme profondément : auparavant, il s'agissait d'un groupe fermé et statique, d'« environ cent vingt personnes » (Ac 1, 15) ; ensuite, il s'agit d'un groupe ouvert et dynamique, auquel, à la suite du discours de Pierre, « il s'adjoignit environ trois mille âmes » (Ac 2, 42). La véritable nouveauté n'est pas tant constituée par cette croissance numérique, pourtant extraordinaire, que par la présence de l'Esprit Saint. En effet, pour que la communauté chrétienne existe, il ne suffit pas qu'un groupe de personnes soit rassemblé. L'Église naît de l'Esprit du Seigneur. Elle se présente — en utilisant une heureuse expression du regretté Cardinal Congar — « entièrement suspendue au ciel » (La Pentecôte, trad. it., Brescia 1986, p. 60).
2. Cette naissance de l'Esprit, qui a eu lieu pour toute l'Église à la Pentecôte, se renouvelle pour chaque croyant dans le baptême, lorsque nous sommes immergés « dans un seul Esprit » pour être insérés « en un seul Corps » (1 Co 12, 13). Nous lisons chez saint Irénée : « De même qu'on ne peut pas faire un seul pain avec de la farine sans eau, nous aussi, qui sommes nombreux, nous ne pouvions devenir un en Jésus-Christ, sans l'eau qui vient du ciel » (Adv. Haer., 3, 17, 1). L'eau qui vient du ciel et qui transforme l'eau du baptême est l'Esprit Saint.
Saint Augustin affirme : « Ce que notre esprit, c'est-à-dire notre âme, représente pour nos membres, est la même chose que ce que l'Esprit Saint représente pour les membres du Christ, pour le Corps du Christ qui est l'Église » (Serm. 267, 4).
Le Concile œcuménique Vatican II, dans la Constitution dogmatique sur l'Église, revient sur cette image, la développe et la précise : le Christ « nous fait part de son Esprit qui, étant unique et le même dans la tête et dans les membres, vivifie le corps entier, l'unifie et le meut, si bien que son action a pu être comparée par les saints Pères à la fonction que remplit dans le corps humain le principe de la vie, c'est-à-dire l'âme » (LG, n. 7)
Cette relation de l'Esprit avec l'Église nous aide à la comprendre, sans tomber dans deux erreurs opposées, que Mystici Corporis indiquait déjà : le naturalisme ecclésiologique qui s'arrête de façon unilatérale à l'aspect visible, au point de considérer l'Église comme une simple institution humaine ; ou bien, à l'inverse, le mysticisme ecclésiologique qui souligne l'unité de l'Église avec le Christ, au point de considérer le Christ et l'Église comme une sorte de personne physique. Ce sont deux erreurs qui comportent une analogie — comme le soulignait déjà Léon XIII dans l'Encyclique Satis cognitum — avec deux hérésies christologiques : le nestorianisme, qui séparait les deux natures dans le Christ, et le monophysisme qui les confondait. Le Concile Vatican II nous a offert une synthèse qui nous aide à saisir le sens véritable de l'unité mystique de l'Église, en la présentant comme « une seule réalité complexe, faite d'un double élément humain et divin » (LG, n. 8).
3. La présence de l'Esprit Saint dans l'Église a pour effet que, bien qu'elle soit marquée par le péché de ses membres, celle-ci est préservée de la défection. En effet, la sainteté prend non seulement la place du péché, mais elle le dépasse. Dans ce sens également, on peut dire avec saint Paul que, là où le péché abonde, la grâce surabonde (cf. Rm 5, 20).
L'Esprit Saint habite dans l'Église non pas comme un hôte, qui reste de toute façon étranger, mais comme l'âme qui transforme la communauté en « temple saint de Dieu » (1 Co 3, 17 ; cf. 6, 19 ; Ep 2, 21) et qui l'assimile sans cesse à soi, grâce à son don spécifique qui est la charité (cf. Rm 5, 5 ; Ga 5, 22). La charité — enseigne le Concile Vatican II dans la Constitution dogmatique sur l'Église — « dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (LG, n. 42). La charité est le « cœur » du Corps mystique du Christ, comme nous le lisons dans la belle page autobiographique de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : « Je compris que si l'Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l'Église avait un cœur, et que ce cœur était brûlant d'Amour. Je compris que l'Amour seul faisait agir les membres de l'Église, que si l'Amour venait à s'éteindre, les Apôtres n'annonceraient plus l'Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang [...] Je compris que l'Amour renfermait toutes les Vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux [...] en un mot qu'il est Eternel ! » (Manuscrit autobiographique, B 3v).
4. L'Esprit qui habite dans l'Église, demeure également dans le cœur de chaque fidèle : il est le dulcis hospes animae. Suivre un chemin de conversion et de sanctification personnelle signifie alors se laisser « conduire » par l'Esprit (cf. Rm 8, 14), le laisser agir, prier, aimer en nous. « Devenir saints » est possible si on se laisse sanctifier par celui qui est le Saint, en collaborant docilement à son action transformante. C'est pourquoi, le renforcement de la foi et du témoignage des chrétiens étant l'objectif prioritaire du Jubilé, « il est donc nécessaire de susciter chez tous les fidèles une réelle aspiration à la sainteté, un fort désir de conversion et de renouveau personnel, dans un climat de prière toujours plus intense et de solidarité dans l'accueil du prochain, particulièrement des plus démunis » (Tertio millennio adveniente, n. 42).
Nous pouvons considérer que l'Esprit Saint est comme l'âme de notre âme, et qu'il est donc le secret de notre sanctification. Laissons-nous habiter par sa présence forte et discrète, intime et transformante !
5. Saint Paul nous enseigne que l'inhabitation de l'Esprit Saint en nous, étroitement liée à la résurrection de Jésus, est également le fondement de notre résurrection finale : « Et si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8, 11).
Dans la béatitude éternelle, nous vivrons dans la joyeuse convivialité qui est à présent préfigurée et anticipée par l'Eucharistie. Alors, l'Esprit portera à pleine maturité tous les germes de communion, d'amour et de fraternité qui ont fleuri le long de notre pèlerinage terrestre. Comme l'affirme saint Grégoire de Nysse, « entourés par l'unité de l'Esprit Saint comme par le lien de la paix, nous seront tous un seul Corps et un seul Esprit » (Hom. 15 in Cant.).
L’Esprit Saint, principe de sanctification
Lecture : 2Th 2,13-14
1. Le geste de Jésus, qui le soir de Pâques « souffla » sur les Apôtres en leur communiquant l'Esprit Saint (cf. Jn 20, 21-22), évoque la création de l'homme, décrite dans la Genèse comme la communication d'un « souffle de vie » (Gn 2, 7). L'Esprit Saint est comme le « souffle » du Ressuscité, qui donne une vie nouvelle à l'Église représentée par les premiers disciples. Le signe le plus évident de cette vie nouvelle est le pouvoir de pardonner les péchés. En effet, Jésus dit : « Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis » (Jn 20, 22-23). Là où « l'Esprit de sanctification » (Rm 1, 4) est répandu, ce qui fait obstacle à la sainteté, c'est-à-dire le péché, est détruit. L'Esprit Saint, selon la parole du Christ, est celui qui « établira la culpabilité du monde » (Jn 16, 8).
Il fait prendre conscience du péché, mais, dans le même temps, c'est lui-même qui remet les péchés. À ce propos, saint Thomas remarque : « Puisque c'est l'Esprit Saint qui fonde notre amitié avec Dieu, il est normal qu'à travers lui Dieu nous remette les péchés » (Contr. Gent. 4, 21, 11).
2. L'Esprit du Seigneur détruit non seulement le péché, mais il opère également une sanctification et une divinisation de l'homme. Dieu nous « a choisis dès le commencement pour être sauvés par l'Esprit qui sanctifie et la foi en la vérité » (2 Th 2, 13).
Voyons de plus près en quoi consiste cette « sanctification-divinisation ».
L'Esprit Saint est « Personne-Amour ; il est Personne-don » (Dom. et viv., n. 10). Cet amour donné par le Père, accueilli et rendu par le Fils, est communiqué à l'homme racheté, qui devient ainsi un « homme nouveau » (Ep 4, 24), une « créature nouvelle » (Ga 6, 15). Nous chrétiens, sommes non seulement purifiés du péché, mais nous sommes également régénérés et sanctifiés. Nous recevons une vie nouvelle, car nous sommes rendus « participants de la divine nature » (2 P 1, 4) : nous sommes « appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! » (1 Jn 3, 1). C'est la vie de la grâce : le don gratuit avec lequel Dieu nous rend participants de sa vie trinitaire.
Les trois Personnes divines, dans leur relation avec les baptisés, ne doivent être ni séparées — car chacune agit toujours en communion avec les autres —, ni confondues, car chaque Personne se communique en tant que Personne.
Dans la réflexion sur la grâce, il est important d'éviter de la concevoir comme une « chose ». Elle est « d'abord et principalement le don de l'Esprit qui nous justifie et nous sanctifie » (CEC, n. 2003). C'est le don de l'Esprit Saint qui nous assimile au Fils et nous fait rentrer dans une relation filiale avec le Père : dans l'unique Esprit au moyen du Christ, nous avons accès au Père (cf. Ep 2, 18).
3. La présence de l'Esprit Saint opère une transformation qui touche vraiment et intimement l'homme : c'est la grâce sanctifiante ou déifiante, qui élève notre être et notre agir, en nous habilitant à vivre en relation avec la Sainte Trinité. Cela se produit à travers les vertus théologales de la foi, de l'espérance et de la charité, « qui adaptent les facultés de l'homme à la participation de la nature divine » (CEC, n. 1812). Ainsi, avec la foi, le croyant considère Dieu, ses frères, l'histoire, non seulement selon la perspective de la raison, mais du point de vue de la révélation divine. Avec l'espérance, l'homme con-sidère l'avenir avec une certitude confiante et agissante, espérant contre toute espérance (cf. Rm 4, 18), en gardant le regard tourné vers l'objectif de la béatitude éternelle et de la pleine réalisation du Royaume de Dieu. Avec la charité, le disciple est engagé à aimer Dieu de tout son cœur et les autres comme le Seigneur Jésus nous a aimés, c'est-à-dire jusqu'au don total de soi.
4. La sanctification de chaque croyant a toujours lieu à travers l'incorporation à l'Église. « La vie de chaque fils de Dieu en Christ et au moyen du Christ est reliée par un lien merveilleux à la vie de tous les autres frères chrétiens dans l'unité surnaturelle du Corps mystique du Christ, allant presque jusqu'à former une seule personne mystique » (Paul VI, Const. apos. Indulgentiarum doctrina, n. 5).
C'est le mystère de la communion des saints. Un lien éternel de charité relie tous les « saints », que ce soit ceux qui ont déjà atteint la patrie céleste ou qui sont en train de se purifier au Purgatoire, ou ceux qui sont encore en pèlerinage sur terre. Parmi eux, il existe également un échange abondant de biens, au point que la sainteté de l'un rejaillit sur tous les autres. Saint Thomas affirme : « Celui qui vit dans la charité, participe à tout le bien qui est fait dans le monde » (In Symb. Apost.) et aussi : « L'acte de l'un s'accomplit à travers la charité d'un autre, cette charité en vertu de laquelle nous sommes tous une seule chose en Christ » (In IV Sent. d. 20, a. 2 ; q. 3 ad 1).
5. La Concile a rappelé que « l'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang » (Lumen gentium, n. 40). Concrètement, la route que chaque fidèle doit suivre pour devenir saint est celle de la fidélité à la volonté de Dieu, telle qu'elle nous est exprimée par sa Parole, par ses commandements, par les inspirations de l'Esprit Saint. Comme pour Marie et pour tous les saints, pour nous aussi, la perfection de la charité consiste dans l'abandon confiant, sur l'exemple de Jésus, entre les mains du Père. Encore une fois, cela est rendu possible grâce à l'Esprit Saint, qui également dans les moments difficiles, nous fait répéter avec Jésus : « Voici, je viens, pour faire, ô Dieu, ta volonté » (cf. He 10, 7).
6. Cette sainteté se reflète dans une forme particulière de la vie religieuse, dans laquelle la consécration baptismale est vécue dans l'engagement à suivre le Seigneur de façon radicale, à travers les conseils évangéliques de chasteté, pauvreté et obéissance. « Comme l'existence chrétienne tout entière, l'appel à la vie consacrée est lui aussi en relation étroite avec l'action de l'Esprit Saint. C'est l'Esprit qui, au cours des millénaires, pousse toujours de nouvelles personnes à percevoir l'attrait d'un choix si exigeant [...] C'est l'Esprit qui suscite le désir d'une réponse totale ; c'est Lui qui forme et façonne l'esprit de ceux qui sont appelés, en les configurant au Christ chaste, pauvre et obéissant, et en les poussant à faire leur sa mission » (Exhort. apos. Vita consecrata, n. 19).
Une expression éminente de sainteté, rendue possible par la force de l'Esprit Saint, est le martyre, témoignage suprême rendu par le sang au Seigneur Jésus. Mais l'engagement chrétien est déjà une forme de témoignage significatif et fécond, vécu — dans les diverses conditions de vie, jour après jour — dans une fidélité radicale au commandement de l'amour.
L’Esprit Saint, source de communion
Lecture : Ac 4,31-33
1. Les Actes des Apôtres nous montrent la première communauté chrétienne unie par un fort lien de communion fraternelle : « Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun » (Ac 2, 44-45). Il ne fait aucun doute que l’Esprit Saint est à la racine de ce spectacle d’amour. Son effusion à la Pentecôte jette les bases de la Jérusalem nouvelle, la ville construite sur l’amour, tout à fait opposée à l’ancienne Babel.
Selon le texte de Genèse 11, les constructeurs de Babel avaient décidé de construire une ville avec une grande tour dont le sommet arriverait jusqu’au ciel. L’auteur sacré voit dans ce projet un orgueil insensé qui débouche sur la division, la discorde et l’incommunicabilité. À la Pentecôte, au contraire, les disciples de Jésus ne veulent pas escalader orgueilleusement le ciel, mais ils s’ouvrent humblement au Don qui descend d’en haut. Si, à Babel, tous parlent la même langue mais finissent par ne plus se comprendre, à la Pentecôte on parle des langues différentes et pourtant on se comprend parfaitement. C’est là un miracle de l’Esprit.
2. L’opération propre et spécifique de l’Esprit Saint, déjà à l’intérieur de la Très Sainte Trinité, c’est la communion. « On peut dire que, dans l’Esprit Saint, la vie intime du Dieu un et trine se fait totalement don, échange d’amour réciproque entre les Personnes divines et que, par l’Esprit, Dieu “existe” sous le mode du don. C’est l’Esprit Saint qui est l’expression personnelle d’un tel don de soi, de cet être-amour » (Dominum et vivificantem, 10). La troisième Personne – lisons-nous chez saint Augustin – est « la souveraine charité qui unit les deux autres Personnes » (De Trinitate, 7, 3, 6). En effet, le Père engendre le Fils en l’aimant ; le Fils est engendré par le Père en se laissant aimer et en recevant de lui la capacité d’aimer ; l’Esprit Saint est l’amour donné par le Père dans une totale gratuité, accueilli avec une entière gratitude par le Fils et rendu par celui-ci au Père.
L’Esprit est aussi l’amour et le don personnel qui renferme tout don créé : la vie, la grâce, la gloire. Le mystère de cette communion resplendit dans l’Église, Corps mystique du Christ, animé par l’Esprit Saint. Le même Esprit nous fait « un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28) et nous insère ainsi dans la même unité qui unit le Fils au Père. Nous sommes en admiration devant cette intense et intime communion entre Dieu et nous !
3. Le Livre des Actes présente certaines situations emblématiques qui nous permettent de comprendre en quelle mesure l’Esprit aide l’Église à vivre concrètement la communion, lui permettant de surmonter les problèmes qu’elle rencontrera ici et là. Quand, pour la première fois, entrèrent dans la communauté chrétienne des personnes qui n’appartenaient pas au peuple d’Israël, ce fut un moment dramatique. L’unité de l’Église était mise à l’épreuve.
Mais voici que l’Esprit Saint descendit dans la maison du premier païen converti, le centurion Corneille. Il renouvela le miracle de la Pentecôte et accomplit un signe en faveur de l’unité entre juifs et Gentils (cf. Ac 10-11). Nous pouvons dire que c’est là le chemin direct pour construire la communion : l’Esprit Saint intervient avec toute la force de sa grâce et crée une situation nouvelle tout à fait imprévisible.
Mais souvent l’Esprit Saint agit en se servant de médiations humaines. C’est ce qui se produisit – toujours selon le récit des Actes – quand surgit une discussion à l’intérieur de la communauté de Jérusalem à propos de la distribution quotidienne en faveur des veuves (cf. Ac 6, 1 et s.). L’unité fut alors rétablie grâce à l’intervention des Apôtres, qui demandèrent à la communauté de choisir sept hommes « remplis de l’Esprit Saint » (Ac 6, 3 ; cf. 6, 5) et instituèrent ce groupe des Sept pour le service des tables.
La communauté d’Antioche, constituée par des chrétiens provenant du judaïsme et du paganisme, traversa elle aussi un moment critique. Certains chrétiens judaïsants prétendaient que ces derniers devaient se faire circoncire et observer la Loi de Moïse. Alors – écrit saint Luc – « les Apôtres et les Anciens se réunirent pour examiner ce problème » (Ac 15, 6) et, après « une longue discussion », ils parvinrent à un accord formulé par une expression solennelle : « L’Esprit Saint et nous avons décidé… » (Ac 15, 28). On voit ici clairement comment l’Esprit agit par la médiation des « ministres » de l’Église.
Entre les deux voies de l’Esprit, la voie directe, de caractère plus imprévisible et charismatique, et la voie de la médiation, de caractère plus permanent et plus institutionnel, il ne peut pas y avoir de réelle contradiction. Toutes deux viennent du même Esprit Saint. Dans les cas où la faiblesse humaine y trouve-rait des motifs de tension et de conflit, il faut s’en tenir au discernement de l’autorité, assistée dans ce but par l’Esprit Saint (cf. 1 Co 14, 37).
4. L’aspiration à la pleine unité des chrétiens est elle aussi « une grâce venant de l’Esprit Saint » (Unitatis redintegratio, 4). À cet égard, il ne faut jamais oublier que l’Esprit est le premier don qui soit commun aux chrétiens divisés. En tant que « principe de l’unité de l’Église » (UR, 2), il nous pousse à la re-construire par la conversion du cœur, la prière commune, la connaissance réciproque, la formation œcuménique, le dialogue théologique, la coopération dans les divers domaines du service social inspiré par la charité.
Le Christ a donné sa vie pour que ses disciples soient un (cf. Jn 17). La célébration du Jubilé du troisième millénaire devra être une nouvelle étape dans le dépassement des divisions du second millénaire. Et puisque l’unité est un don du Paraclet, il est consolant de nous souvenir que, précisément sur la doctrine concernant l’Esprit Saint, des pas importants vers l’unité ont été accomplis entre les diverses Églises, surtout entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes. En particulier sur le problème spécifique du « Filioque », concernant le rapport entre l’Esprit Saint et le Verbe dans leur manière de procéder du Père, on peut retenir que la divergence entre les Latins et les Orientaux ne touche pas l’identité de la foi « dans la réalité du même mystère confessé », mais son ex-pression, constituant « une complémentarité légitime » qui ne compromet pas, mais peut au contraire enrichir, la communion dans l’unique foi (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 248 ; Lettre apostolique Orientale lumen (2 mai 1995), n. 5 ; Note du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens, « Les traditions grecque et latine concernant la procession du Saint-Esprit ») (DC 1995, n° 2125, p. 941-945 NDLR).
5. Enfin, il est nécessaire que le prochain Jubilé voie grandir la charité fraternelle également à l’intérieur de l’Église catholique. Cet amour effectif, qui doit régner dans toute communauté, « spécialement dans la famille de nos frères dans la foi » (Ga 6, 10), engage toute composante ecclésiale, chaque communauté paroissiale ou diocésaine, chaque groupe, association ou mouvement, à faire un sérieux examen de conscience qui dispose les cœurs à accueillir l’action unificatrice de l’Esprit Saint.
Les paroles de saint Bernard sont toujours actuelles : « Nous avons tous besoin les uns des autres : le bien spirituel que je n’ai pas, que je ne possède pas, je le reçois des autres… Et toutes nos diversités, qui manifestent la richesse des dons de Dieu, subsisteront dans l’unique maison du Père, qui comprend de si nombreuses demeures. Actuellement, il y a division des grâces ; alors, il y aura distinction des gloires. L’unité, ici et là, consiste en une même charité » (Apologie à Guillaume de Saint-Thierry, IV, 8 : PL 182, 9033-9034).