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Catéchèse du 31 mars 1999
Mercredi saint et la Semaine sainte
1. Dimanche dernier, Dimanche des Rameaux, nous sommes entrés dans la semaine dite « sainte », car au cours de celle-ci nous commémorons les événements centraux de notre rédemption. Le cœur de cette semaine est constitué par le Triduum de la Passion et de la Résurrection du Seigneur qui, comme on le lit dans le Missel romain, « resplendit au sommet de l'année liturgique, car l'œuvre de la rédemption humaine et de la parfaite glorification de Dieu a été accomplie par le Christ, en particulier au moyen du mystère pascal, avec lequel, en mourant, il a détruit notre mort, et, en ressuscitant, il nous a redonné la vie » (Normes générales, n. 18). Dans l'histoire de l'humanité rien de plus significatif ni de plus grande valeur n'est survenu. Au terme du Carême, nous nous apprêtons ainsi à vivre avec ferveur les jours les plus importants pour notre foi ; nous intensifions notre engagement à suivre, avec une fidélité toujours plus grande, le Christ, Rédempteur de l'homme. 
2. La Semaine sainte nous conduit à méditer sur le sens de la Croix, dans laquelle « la révélation de l'amour miséricordieux de Dieu atteint son sommet » (cf. Dives in misericordia, n. 8). Le thème de cette troisième année de préparation immédiate au grand Jubilé de l'An 2000, consacrée au Père, nous invite de manière toute particulière à cette réflexion. Sa miséricorde infinie nous a sauvés. Pour racheter l'humanité, il a librement donné son Fils unique. Comment ne pas lui rendre grâce ? L'histoire est illuminée et guidée par l'événement incomparable de la rédemption : Dieu, riche de miséricorde, a répandu sur chaque être humain sa bonté infinie, à travers le sacrifice du Christ. Comment manifester de façon appropriée notre reconnaissance ? Si la liturgie de ces jours nous fait tout d'abord élever au Seigneur, vainqueur de la mort, un hymne d'action de grâce, elle nous demande aussi, dans le même temps, d'éliminer de notre vie tout ce qui nous empêche de nous conformer à lui. Nous contemplons le Christ dans la foi et nous reparcourons les étapes décisives du salut qu'il a accompli. Nous nous reconnaissons pécheurs et nous confessons notre ingratitude, notre infidélité et notre indifférence face à son amour. Nous avons besoin de son pardon, qui nous purifie et nous soutienne dans l'engagement de conversion intérieure et de renouveau persévérant de l'esprit. 
3. « Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché, lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi » (Ps 50, 1.4). Ces paroles, que nous avons proclamées le Mercredi des Cendres, nous ont accompagnés au cours de tout l'itinéraire quadragésimal. Elles retentissent dans notre esprit avec une intensité singulière à l'approche des jours saints, au cours desquels nous est renouvelé le don extraordinaire de la rémission des fautes, obtenu pour nous par Jésus sur la Croix. Face au Crucifié, rappel éloquent à la miséricorde de Dieu, comment ne pas se repentir de ses propres péchés et ne pas se convertir à l'amour ? Comment ne pas réparer concrètement les torts causés aux autres et ne pas restituer les biens acquis de façon malhonnête ? Le pardon exige des gestes concrets : le repentir n'est véritable et efficace que s'il se traduit en actes tangibles de conversion et de juste réparation. 
4. « Dans ta fidélité, secours-moi Seigneur » ! C'est ainsi que la liturgie d'aujourd'hui, Mercredi saint, nous exhorte à prier, entièrement tournée vers les événements salvifiques que nous commémorerons les jours prochains. En proclamant aujourd'hui l'Évangile de Matthieu sur la Pâque et sur la trahison de Judas, nous pensons déjà à la Messe solennelle « in Cena Domini » de demain après-midi, qui rappellera l'institution du Sacerdoce et de l'Eucharistie, ainsi que le commandement « nouveau » de l'amour fraternel que nous a laissé le Seigneur à la veille de sa mort. 
Demain matin, cette célébration suggestive sera précédée par la Messe chrismale, que l'Évêque préside dans toutes les cathédrales du monde entouré de son presbyterium. Les huiles saintes pour le Baptême, pour l'Onction des malades et le Chrême seront bénies. Ensuite, dans la soirée, une fois terminée la Messe « in Cena Domini », viendra le temps de l'adoration, comme en réponse à l'invitation que Jésus adresse à ses disciples au cours de la nuit dramatique de son agonie : « Demeurez ici et veillez avec moi » (Mt 26, 38). 
Le Vendredi saint est un jour profondément émouvant, au cours duquel l'Église nous fait à nouveau entendre le récit de la Passion du Christ. L'« adoration » de la Croix se trouvera au centre de l'action liturgique qui sera célébrée en cette journée, alors que la communauté ecclésiale prie intensément pour les besoins des croyants et du monde entier. Une phase de silence profond s'ouvre alors. Tout sera silencieux jusqu'à la nuit du Samedi saint. La joie et la lumière feront irruption dans le cœur des ténèbres avec les rites suggestifs de la veillée pascale et le chant de fête de l'« Alléluia ». Ce sera la rencontre dans la foi avec le Christ ressuscité et la joie pascale se prolongera pendant les cinquante jours qui suivront. 
5. Très chers frères et sœurs, préparons-nous à revivre ces événements avec une ferveur intime en compagnie de la Très Sainte Vierge, présente au moment de la passion de son Fils et témoin de sa résurrection. Un chant polonais s'exprime ainsi : « Très Sainte Mère, nous élevons notre cri vers ton Cœur transpercé par l'épée de la douleur ! ». Que Marie accepte nos prières et les sacrifices de ceux qui souffrent ; qu'Elle soutienne nos intentions quadragésimales et nous accompagne lorsque nous suivrons Jésus à l'heure de l'épreuve extrême. Le Christ, martyrisé et crucifié, est source de force et signe d'espérance pour tous les croyants et pour l'humanité tout entière. 
 
Catéchèse du 7 avril 1999
L'amour exigeant du Père
Lecture : Mt 7,21-23
1. L'amour de Dieu le Père pour nous ne peut pas nous laisser indifférents, il demande même à être partagé à travers un engagement constant d'amour. Cet engagement revêt des significations toujours plus profondes à mesure que nous nous approchons davantage de Jésus, qui vit pleinement en communion avec le Père, devenant un modèle pour nous. 
Dans le contexte culturel de l'Ancien Testament, l'autorité du Père est absolue, elle est utilisée comme terme de comparaison pour décrire l'autorité du Dieu créateur, à qui il n'est pas licite d'adresser des contestations. On peut lire chez Isaïe : « Malheur à qui dit à un père : "Pourquoi engendres-tu ?" et à une femme : "Pourquoi mets-tu au monde ?" ; Ainsi parle Yahvé, le Saint d'Israël, son créateur : On me demande des signes au sujet de mes enfants, au sujet de l'œuvre de mes mains, on me donne des ordres » (Is 45, 10ss). Un père a également la tâche de guider son fils, en le reprenant avec sévérité si cela est nécessaire. Le Livre des Proverbes rappelle que cela est également valable pour Dieu : « Yahvé reprend celui qu'il aime, comme un père le fils qu'il chérit » (Pr 3, 12 ; cf. Ps 103, 13). Pour sa part, le prophète Malachie atteste l'affection pleine de compassion de Dieu à l'égard de ses enfants (Ml 3, 17), mais il s'agit toujours d'un amour exigeant : « Rappelez-vous la Loi de Moïse, mon serviteur à qui j'ai prescrit, à l'Horeb, pour tout Israël, des lois et des coutumes » (Ml 3, 22). 
2. La Loi que Dieu donne à son peuple n'est pas un poids imposé par un patron tyrannique, mais l'expression de cet amour paternel qui indique le juste sentier de la conduite humaine et la condition pour hériter des promesses divines. Tel est le sens de l'injonction du Deutéronome : « Garde les commandements de Yahvé ton Dieu pour marcher dans ses voies et pour le craindre. Mais Yahvé ton Dieu te conduit vers un heureux pays » (Dt 8, 5-7). Dans la mesure où elle ratifie l'alliance entre Dieu et les fils d'Israël, la loi est dictée par l'amour. Mais la transgresser n'est pas sans conséquences, et comporte des résultats douloureux, qui sont toutefois toujours dominés par la logique de l'amour, car ils obligent l'homme à prendre une conscience salutaire d'une dimension constitutive de son être. « C'est en découvrant la grandeur de l'amour de Dieu que notre cœur est ébranlé par l'horreur et le poids du péché et qu'il commence à craindre d'offenser Dieu par le péché et d'être séparé de Lui » (Catéchisme de l'Église catholique, n. 1432). 
S'il se détache du Créateur, l'homme tombe nécessairement dans le mal, dans la mort et dans le néant. En revanche, l'adhésion à Dieu est source de vie et de bénédiction. C'est ce que souligne le même Livre du Deutéronome : « Vois, je te propose aujourd'hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescrits aujourd'hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession » (Dt 30, 15, sq). 
3. Jésus n'abolit pas la Loi dans ses valeurs fondamentales, mais il la perfectionne, comme il le dit lui-même dans le discours de la montagne : « N'allez pas croire que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17). 
Jésus indique le cœur de la Loi dans le précepte de l'amour, et il en développe les exigences radicales. Amplifiant le précepte de l'Ancien Testament, il commande d'aimer ses amis et ses ennemis, et il explique cette extension du précepte en faisant référence à la paternité de Dieu : « Afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5, 43-45 ; cf. CEC, n. 2784). 
Avec Jésus, un saut de qualité est accompli : il résume la Loi et les Prophètes en une seule norme, aussi simple dans sa formulation que difficile dans sa réalisation : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faîtes-le vous-mêmes pour eux » (cf. Mt 7, 12). Cette voie est même présentée comme celle à parcourir pour être parfaits comme le Père céleste (cf. Mt 5, 48). Celui qui agit ainsi rend témoignage aux hommes pour que soit glorifié le Père qui est dans les cieux (cf. Mt 5, 16), et il se prépare à recevoir le Royaume qu'Il a préparé pour les justes, selon les paroles du Christ dans le jugement dernier : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Mt 25, 34). 
4. Alors qu'il annonce l'amour du Père, Jésus ne manque jamais de rappeler qu'il s'agit d'un amour exigeant. Cette caractéristique du visage de Dieu apparaît dans toute la vie de Jésus. Sa « nourriture » est précisément d'accomplir la volonté de celui qui l'a envoyé (cf. Jn 4, 34). Son jugement est juste, précisément parce qu'il ne cherche pas sa propre volonté, mais la volonté du Père qui l'a envoyé dans le monde (cf. Jn 5, 30). C'est pourquoi, le Père lui rend témoignage (cf. Jn 5, 37) ainsi que les Écritures (cf. Jn 5, 39). Ce sont surtout les œuvres qu'il accomplit au nom du Père qui garantissent qu'il est envoyé par lui (cf. Jn 5, 36 ; 10, 25.37-38). Parmi celles-ci, la plus élevée est celle d'offrir sa propre vie, comme le Père le lui a commandé : ce don de soi est d'ailleurs la raison pour laquelle le Père l'aime (cf. Jn 10, 17-18) et est le signe qu'il aime le Père (cf. Jn 14, 31). Si la loi du Deutéronome était déjà un chemin et une garantie de vie, la loi du Nouveau Testament l'est de façon inédite et paradoxale, s'exprimant dans le commandement d'aimer ses frères, jusqu'à donner sa vie pour eux (cf. Jn 15, 12-13). 
Le « commandement nouveau » de l'amour, comme le rappelle saint Jean Chrysostome, trouve sa raison ultime dans l'amour divin : « Vous ne pouvez pas invoquer votre Père le Dieu de toute bonté, si vous conservez un cœur cruel et inhumain ; dans ce cas, en effet, vous ne possédez plus en vous l'empreinte de la bonté du Père céleste » (Hom. in illud « Angusta est porta » : PG 51, 44B). Dans cette perspective se trouvent à la fois la continuité et le dépassement : la Loi se transforme et s'approfondit comme Loi de l'amour, l'unique qui convient au visage paternel de Dieu. 
 
Catéchèse du 14 avril 1999
Témoigner de Dieu le Père : la réponse chrétienne à l'athéisme
Lecture : Sg 13,1.3.5
1. L'orientation religieuse de l'homme vient de sa nature même de créature, ce qui le pousse à aspirer à Dieu, par qui il est créé à sa propre image et ressemblance (cf. Gn 2, 17). Vatican II a enseigné que « l'aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l'homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l'homme de dialoguer avec Lui commence avec l'existence humaine. Car, si l'homme existe, c'est que Dieu l'a créé par amour et, par amour, ne cesse de lui donner l'être ; et l'homme ne vit pleinement selon la vérité que s'il reconnaît librement cet amour et s'abandonne à son Créateur » (Gaudium et spes, n. 19). 
La voie qui conduit les êtres humains à la connaissance de Dieu le Père est Jésus-Christ, le Verbe fait chair, qui vient à nous dans la force de l'Esprit Saint. Comme je l'ai souligné dans les précédentes catéchèses, une telle connaissance n'est authentique et complète que si elle ne se réduit pas à une acquisition de l'intellect seul, mais qu'elle concerne de façon vivante toute la personne humaine. Celle-ci doit offrir au Père une réponse de foi et d'amour, en ayant conscience que, avant de le connaître, nous avons déjà été quant à nous connus et aimés par Lui (cf. Ga 4, 9 ; 1 Co 13, 12 ; 1 Jn 4, 19). 
Malheureusement, ce lien intime et vital avec Dieu, altéré par la faute de nos ancêtres dès le début de l'histoire, est vécu par l'homme de façon fragile et contradictoire, menacé par le doute et souvent interrompu par le péché. L'époque contemporaine a connu des formes particulièrement destructrices d'athéisme « théorique » et « pratique » (cf. Lettre encyclique Fides et ratio, nn. 46-47). Le sécularisme, en particulier, se révèle dangereux en raison de son indifférence à l'égard des questions ultimes et de la foi : il exprime de fait un modèle d'homme totalement détaché de la référence au Transcendant. L'athéisme « pratique » est ainsi une réalité concrète amère. S'il est vrai qu'il se manifeste surtout dans les civilisations les plus économiquement et techniquement avancées, ses effets s'étendent également aux situations et aux cultures qui commencent actuellement un processus de développement. 
2.’Il faut se laisser guider par la Parole de Dieu pour déchiffrer cette situation du monde contemporain et répondre aux graves questions qu'elle pose. 
En partant de l'Écriture Sainte, on remarquera immédiatement qu'elle ne mentionne pas l'athéisme « théorique », alors qu'elle se soucie de repousser l'athéisme « pratique ». Le Psalmiste qualifie de sot celui qui pense : « Non, plus de Dieu » (Ps 14, 1), et se comporte en conséquence : « Corrompues, abominables leurs actions ; non, plus d'honnête homme » (ibid.). Dans un autre Psaume, celui qui est blâmé est « l'homme avide qui bénit méprise Yahvé, l'impie, arrogant, ne cherche point : "Pas de Dieu !" voilà toute sa pensée » (Ps 10, 4). 
Plus que d'athéisme, la Bible parle d'impiété et d'idolâtrie. L'impie et l'idolâtre est celui qui préfère au vrai Dieu une série de produits humains, faussement considérés divins, vivants et agissants. À l'impuissance des idoles, et également de ceux qui les fabriquent, sont consacrés de longs réquisitoires prophétiques. Avec une véhémence dialectique, ceux-ci opposent à la vacuité et à l'ineptie des idoles fabriquées par l'homme, la puissance du Dieu créateur et auteur de prodiges (cf. Is 44, 9-20 ; Jr 10, 1-16). Cette doctrine atteint son développement le plus ample dans le Livre de la sagesse (Cf. Sg 13-15), où est présentée la voie, qui sera ensuite évoquée par saint Paul (cf. Rm 1, 18-23), de la connaissance de Dieu à partir des choses créées. Être « athées » signifie alors ne pas connaître la vraie nature de la réalité créée, mais la rendre absolue et, pour cela même, « l'idolâtrer », au lieu de la considérer comme une trace du Créateur et une voie qui conduit à Lui. 
3. L'athéisme peut même devenir une forme d'idéologie intolérante, comme le révèle l'histoire. Les deux derniers siècles ont connu des courants d'athéisme théorique qui ont nié Dieu au nom d'une prétendue autonomie absolue, qu'elle soit de l'homme, de la nature ou de la science. C'est ce que souligne le Catéchisme de l'Église catholique : « L'athéisme se fonde souvent sur une fausse conception de l'autonomie humaine, poussée jusqu'au refus de toute dépendance à l'égard de Dieu » (n. 2126).
Cet athéisme systématique s'est imposé pendant des décennies en offrant l'illusion que, en éliminant Dieu, l'homme aurait été plus libre, tant psychologiquement que socialement. Les principales objections avancées, en particulier à l'égard de Dieu le Père, se fondent autour de l'idée que la religion constituerait pour les hommes une valeur de type compensatoire. Une fois écartée l'image du Père terrestre, l'homme adulte projetterait en Dieu l'exigence d'un père amplifié, dont il devrait à son tour s'affranchir parce qu'il empêcherait le processus de maturation des êtres humains. 
Face aux formes d'athéisme et à leurs motivations idéologiques, quelle est l'attitude de l'Église ? L'Église ne déprécie pas l'étude sérieuse des composantes psychologiques et sociologiques du phénomène religieux, mais elle refuse avec fermeté l'interprétation de la religiosité comme projection de la psychée humaine ou comme résultat des conditions sociologiques. En effet, l'expérience religieuse authentique n'est pas une expression d'infantilisme, mais une attitude mûre et noble d'accueil de Dieu, qui répond à l'exigence d'une signification globale de la vie et qui engage de façon responsable en vue d'une société meilleure. 
4. Le Concile a reconnu que, dans la genèse de l'athéisme, les croyants ont pu jouer un rôle, n'ayant pas toujours manifesté de façon adéquate le visage de Dieu (cf. GS, n. 19 ; CEC, n. 2125). 
Dans cette perspective, c'est précisément dans le témoignage du véritable visage de Dieu le Père que se trouve la réponse la plus convaincante à l'athéisme. Certes, cela n'exclut pas, mais exige également une présentation correcte des motifs d'ordre rationnel qui conduisent à la reconnaissance de Dieu. Malheureusement, ces raison sont souvent occultées par des conditionnements dus au péché et à de multiples circonstances culturelles. C'est l'annonce de l'Évangile, reposant sur le témoignage d'une charité intelligente (cf. GS, n. 21), qui est alors la voie la plus efficace afin que les hommes puissent entrevoir la bonté de Dieu et progressivement en reconnaître le visage miséricordieux. 
 
Catéchèse du 21 avril 1999
Témoigner de Dieu le Père dans le dialogue interreligieux
Lecture : Ac 17,22-23.28
1. « Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous » (Ep 4, 6). 
À la lumière de ces paroles de la Lettre de l'Apôtre Paul aux chrétiens d'Éphèse, nous voulons aujourd'hui réfléchir sur la façon de témoigner de Dieu le Père dans le dialogue avec tous les hommes de différentes confessions religieuses. 
Au cours de cette réflexion, nous aurons deux points de référence : le Concile Vatican II, avec la Déclaration Nostra ætate sur les « Relations de l'Église avec les religions non-chrétiennes » et l'objectif désormais proche du grand Jubilé. 
La Déclaration Nostra ætate a jeté les bases d'un nouveau style, celui du dialogue, dans la relation de l'Église avec les diverses religions. 
Pour sa part, le Jubilé de l'An 2000 représente une occasion privilégiée pour témoigner de ce style. Dans Tertio millennio adveniente, j'ai invité à approfondir, précisément en cette année consacrée au Père, le dialogue avec les grandes religions, également grâce à des rencontres dans des lieux significatifs (cf. n. 52-53). 
2. Dans l'Écriture Sainte, le thème de l'unique Dieu par rapport à l'universalité des peuples qui cherchent le salut se développe progressivement, jusqu'au sommet de la pleine révélation en Christ. Le Dieu d'Israël, exprimé par le Tétragramme sacré, est le Dieu des patriarches, le Dieu apparu à Moïse dans le buisson ardent (cf. Ex 3) pour libérer Israël et le faire devenir le peuple de l'Alliance. Le livre de Josué nous rapporte le choix pour le Seigneur effectué à Sichem, où la grande assemblée du peuple choisit le Dieu qui s'est montré bienveillant et providentiel à son égard et abandonne tous les autres dieux (cf. Jos 24). 
Ce choix, dans la conscience religieuse de l'Ancien Testament, se précise toujours davantage dans le sens d'un monothéisme rigoureux et universaliste. Si le Seigneur, Dieu d'Israël, n'est pas un Dieu parmi tant d'autres, mais l'unique vrai Dieu, il en découle que c'est par lui que doivent être sauvés tous les peuples « jusqu'aux extrémités de la terre » (Is 49, 6). La volonté salvifique universelle transforme l'histoire humaine en un grand pèlerinage de peuples vers un seul centre, Jérusalem, sans que les différences ethnico-culturelles ne soient toutefois annulées (cf. Ap 7, 9). Le prophète Isaïe exprime de façon suggestive cette perspective à travers l'image d'une route qui relie l'Égypte à l'Assyrie, en soulignant que la bénédiction divine rassemble l'Israélien, l'Égyptien et l'Assyrien (cf. Is 19, 23-25). Chaque peuple, tout en conservant pleinement sa propre identité, est appelé à se convertir toujours plus à l'unique Dieu qui s'est révélé à Israël. 
3. Ce souffle « universaliste », présent dans l'Ancien Testament, se développe ultérieurement dans le Nouveau, qui nous révèle que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4). La conviction que Dieu est effectivement en train de préparer tous les hommes au salut fonde le dialogue des chrétiens avec les hommes de différentes confessions religieuses et de diverses croyances. Le Concile a ainsi défini l'attitude de l'Église à l'égard des religions non chrétiennes : « Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoi qu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses » (NA, n. 2). 
Ces dernières années, d'aucuns ont opposé au dialogue avec les hommes de différentes confessions religieuses l'annonce, devoir primordial de la mission salvatrice de l'Église. En réalité, le dialogue interreligieux fait partie intégrante de la mission évangélisatrice de l'Église (cf. CEC, n. 856). Comme je l'ai répété plusieurs fois, il est fondamental pour l'Église, il exprime sa mission salvatrice, il est un dialogue de salut (cf. Insegnamenti VII/1 [1984], pp. 595-599). Dans le dialogue interreligieux, il ne s'agit donc pas de renoncer à l'annonce, mais de répondre à un appel divin afin que l'échange et le partage conduisent à un témoignage réciproque de la propre vision religieuse, à une connaissance approfondie des convictions respectives et à une entente sur certaines valeurs fondamentales. 
4. Le rappel de la « paternité » commune de Dieu ne semblera pas alors un vague rappel « universaliste », mais il sera vécu par les chrétiens dans la pleine conscience de ce dialogue salvifique qui passe à travers la médiation de Jésus et l'œuvre de son Esprit. Ainsi, en recueillant de certaines religions, comme par exemple de la religion musulmane, la puissante affirmation de l'Absolu personnel et transcendant par rapport au cosmos et à l'homme, nous pouvons, quant à nous, offrir le témoignage de Dieu dans l'intimité de sa vie trinitaire, en clarifiant que la Trinité de la personne n'amoindrit pas, mais confère sa qualité à l'unité divine elle-même. 
De même, à partir des itinéraires religieux qui conduisent à concevoir la réalité ultime au sens moniste, comme un « Soi » indifférencié dans lequel tout se résout, le christianisme recueille l'appel à respecter le sens le plus profond du mystère divin, au-delà de toutes les paroles et des concepts humains. Toutefois, il n'hésite pas à témoigner de la transcendance personnelle de Dieu, alors qu'il en annonce la paternité universelle et aimante, qui se manifeste pleinement dans le mystère du Fils crucifié et ressuscité. 
Puisse le grand Jubilé constituer une occasion précieuse pour que tous les hommes de différentes confessions religieuses se connaissent davantage, afin de s'estimer et de s'aimer dans un dialogue qui constitue pour tous une rencontre de salut ! 
 
Catéchèse du 28 avril 1999
Le dialogue avec les juifs
Lecture : Rm 11,1-5
1. Le dialogue interreligieux que la Lettre apostolique Tertio millennio adveniente encourage comme aspect caractéristique de cette année consacrée en particulier à Dieu le Père (cf. nn. 52-53) concerne avant tout les juifs, « nos frères aînés », comme je les ai appelés à l'occasion de la mémorable rencontre avec la communauté juive de Rome le 13 avril 1986 (cf. Insegnamenti IX/1, p. 1027). En réfléchissant sur le patrimoine spirituel qui nous unit, le Concile Vatican II, en particulier dans la Déclaration Nostra aetate, a conféré une nouvelle orientation à nos relations avec la religion juive. Il faut approfondir toujours davantage cet enseignement, et le Jubilé de l'An 2000 pourra représenter une magnifique occasion de rencontre, si possible dans des lieux significatifs pour les grandes religions monothéistes (cf. TMA, n. 53). 
Chacun sait que, malheureusement, le rapport avec nos frères juifs a été difficile dès les premiers temps de l'Église et jusqu'à notre siècle. Mais au cours de cette histoire longue et tourmentée, des moments de dialogue serein et constructif n'ont pas manqué. Il faut rappeler à ce propos que la première œuvre théologique intitulée « Dialogue » est consacrée de façon significative par le philosophe et martyr Justin, au II e siècle, à sa rencontre avec le juif Triphon. On doit aussi signaler la dimension dialogique fortement présente dans la littérature contemporaine néo-juive, qui a profondément influencé la pensée philosophique et théologique du XX e siècle. 
2. Cette attitude de dialogue entre les chrétiens et les juifs n'exprime pas seulement la valeur générale du dialogue entre les religions, mais également le partage du long chemin qui mène de l'Ancien au Nouveau Testament. Il existe une longue période de l'histoire du salut que les chrétiens et les juifs ont parcourue ensemble. « À la différence des autres religions non chrétiennes - en effet - la foi juive est déjà une réponse à la révélation de Dieu dans l'Ancienne Alliance » (CEC, n. 839). Cette histoire est illuminée par une immense lignée de personnes saintes, dont la vie témoigne de la possession, dans la foi, des choses espérées. La Lettre aux Hébreux souligne précisément cette réponse de foi au cours de l'histoire du salut (cf. He 11). 
Le témoignage courageux de la foi devrait également aujourd'hui caractériser la collaboration des chrétiens et des juifs dans la proclamation et la réalisation du dessein salvifique de Dieu, en faveur de l'humanité tout entière. Si ce dessein est ensuite différemment interprété par rapport à l'accueil fait au Christ, cela comporte bien évidemment un changement de direction, qui est à l'origine du christianisme lui-même, mais qui n'empêche pas que de nombreux éléments restent communs. 
Le devoir de collaborer pour promouvoir une condition humaine plus conforme au dessein de Dieu demeure en particulier. Le grand Jubilé, qui se réclame précisément de la tradition juive des années jubilaires, indique l'urgence de cet engagement commun pour rétablir la paix et la justice sociale. Reconnaissant la seigneurie de Dieu sur tout le créé et en particulier sur la terre (cf. Lv 25), tous les croyants sont appelés à traduire leur foi dans un engagement concret, afin de protéger la sacralité de la vie humaine sous toutes ses formes et défendre la dignité de chaque frère et sœur. 
3. En méditant sur le mystère d'Israël et sur sa « vocation irrévocable » (cf. Insegnamenti IX/1 [1986], p. 1028), les chrétiens explorent également le mystère de leurs racines. Dans les sources bibliques communes avec leurs frères juifs, ils trouvent des éléments indispensables pour vivre et approfondir leur foi elle-même. 
On le voit, par exemple, dans la liturgie. Comme le fit Jésus, qui nous est présenté par Luc alors qu'il ouvre le Livre du prophète Isaïe dans la synagogue de Nazareth (cf. Lc 4, 16sq), l'Église puise à la richesse liturgique du peuple juif. Elle organise la liturgie des heures, la liturgie de la parole et même la structure des prières eucharistiques, selon les modèles de la tradition juive. Certaines grandes fêtes, comme la Pâque et la Pentecôte, évoquent l'année liturgique juive, et représentent d'excellentes occasions pour rappeler dans la prière le peuple que Dieu a choisi et aime (cf. Rm 11, 2). Aujourd'hui, le dialogue implique que les chrétiens soient davantage conscients de ces éléments qui nous rapprochent. De même que l'on prend acte de l'« alliance jamais révoquée » (cf. Insegnamenti, 1980 [III/2], pp. 1272-1276), l'on doit considérer la valeur intrinsèque de l'Ancien Testament (cf. Dei Verbum, n. 3), même si celui-ci n'acquiert pleinement son sens qu'à la lumière du Nouveau Testament et contient des promesses qui s'accomplissent en Jésus. N'est-ce pas la lecture actualisée de l'Écriture juive faite par Jésus qui allume « le cœur au-dedans » (Lc 24, 32) des disciples d'Emmaüs, en leur permettant de reconnaître le Ressuscité alors qu'il fractionnait le pain ? 
4. L'histoire commune des chrétiens et des juifs, et plus particulièrement leur dialogue, doit se tourner vers l'avenir (CEC, n. 840) devenant, pour ainsi dire, « la mémoire de l'avenir » (Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, in : L'Osservatore Romano en langue française n. 12 du 24 mars 1998). Le souvenir des faits tristes et tragiques du passé peut ouvrir la voie à un sens de fraternité renouvelé, fruit de la grâce de Dieu, et à un engagement pour que la semence infectée de l'anti-judaïsme et de l'antisémitisme ne plantent plus jamais ses racines dans le cœur de l'homme.
Israël, le peuple qui édifie sa foi sur la promesse faite par Dieu à Abraham : « Tu deviendras père d'une multitude de nations » (Gn 17, 4 ; Rm 4, 17), indique Jérusalem comme lieu symbolique du pèlerinage eschatologique des peuples, unis dans la louange du Très-Haut. Je souhaite qu'à l'aube du troisième millénaire, le dialogue sincère entre les chrétiens et les juifs contribue à créer une nouvelle civilisation, fondée sur l'unique Dieu saint et miséricordieux, et qui soit promotrice d'une humanité réconciliée dans l'amour.
Parmi les pèlerins qui assistaient à l'Audience générale du 28 avril 1999, se trouvaient les groupes suivants auxquels le Saint-Père s'est adressé en français : 
De France : Pèlerins des diocèses d'Autun et de Dijon ; aumônerie du lycée Voltaire, de Paris ; aumônerie des 7 Mares, de Maurepas ; lycée de Garçons, de Chateauneuf-de-Galaure ; collège Saint-Joseph, de Questembert ; Collège Saint-Jean-Baptiste, d'Aradon ; collège Saint-Taurin, d'Eauze ; collège Saint-François-de-Sales, de Dijon ; école Saint-Erembert, de Saint-Germain-en-Laye ; Club Europe Sainte-Thérèse, de Maison-Alfort ; Rayonnement du CNRS, de Paris. 
Chers Frères et Sœurs,
Le dialogue interreligieux regardant avant tout les Juifs, le Grand Jubilé représente une magnifique occasion de rencontre. Le rapport avec nos frères juifs a été difficile dès les premiers temps de l’Église et jusqu’à aujourd’hui, mais les moments de dialogue n’ont pas manqué.
Les chrétiens et les juifs regardent ensemble une grande partie de l’histoire du salut, qui est pour nous l’Ancienne Alliance. Cette histoire est illuminée par une lignée de personnes saintes, dont le témoignage courageux rend compte de leur espérance et doit inspirer encore la collaboration entre chrétiens et juifs. Reconnaissant la seigneurie de Dieu sur tout le créé (cf. Lv 25), tous les croyants sont appelés à traduire leur foi en des engagements en faveur de la dignité de l’homme.
L’Église puise dans la richesse liturgique du peuple juif. Certaines grandes fêtes constituent une excellente occasion pour se rappeler dans la prière le peuple que Dieu a choisi et aime (cf. Rm 11, 2). Aujourd’hui, le dialogue implique donc que les chrétiens soient plus conscients des éléments qui nous rapprochent.
Je souhaite qu’à l’aube du troisième millénaire les relations sincères entre les chrétiens et les juifs contribuent à créer une nouvelle civilisation, fondée sur le Dieu unique, saint et miséricordieux, en vue d’une humanité réconciliée dans l’amour.
Je salue les pèlerins francophones présents à cette audience, en particulier les jeunes, et notamment ceux de l’aumônerie de Maurepas et du Collège Saint-François de Sales, de Dijon. J’accorde à tous de grand cœur la Bénédiction apostolique.
 
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