La victoire définitive du Christ sur la violence, la haine, la mort et le sang
1. C'est demain après-midi, lors de la Messe in Cena Domini, que commence le Triduum pascal, centre de toute l'année liturgique.
L'Église se recueille en silence
Au cours de ces journées, l'Église se recueille en silence, prie et médite le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur.
En participant aux rites du Jeudi Saint, du Vendredi Saint et de la Veillée pascale, nous reparcourrons les dernières heures de la vie terrestre de Jésus, au terme de laquelle resplendit la lumière de la Résurrection.
Dans le cantique que nous venons de proclamer, nous avons entendu que le Christ s'est fait « obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l'a-t-il exalté » (Ph 2, 8-9). Ces paroles résument le dessein mystérieux de Dieu, que nous revivrons les jours prochains, un mystère qui donne un sens et un accomplissement à l'histoire humaine.
Jeudi Saint : La Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia
2. Alors que la Messe chrismale, qui est normalement célébrée le matin du Jeudi Saint, met particulièrement en évidence le Sacerdoce ministériel, les rites de la Messe in Cena Domini constituent une invitation pressante à contempler l'Eucharistie, mystère central de la foi et de la vie chrétienne. C'est précisément pour souligner l'importance de ce Sacrement, que j'ai voulu écrire la Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, que j'aurai la joie de signer au cours de la Messe in Cena Domini. Dans ce texte, j'entends remettre à chaque croyant une réflexion organique sur le Sacrifice eucharistique, qui contient tout le bien spirituel de l'Église.
Dans le Cénacle, en même temps que l'Eucharistie, le Seigneur a institué le Sacerdoce ministériel, afin que soit toujours rendu présent au cours des siècles son unique Sacrifice : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19). Il nous a ensuite laissé le commandement nouveau de l'amour fraternel. À travers le lavement des pieds, il a enseigné aux disciples que l'amour doit se traduire en service humble et désintéressé envers le prochain.
Vendredi Saint : de la Croix naît une vie nouvelle
3. Le Vendredi Saint, journée de pénitence et de jeûne, nous ferons mémoire de la passion et de la mort de Jésus, en demeurant prosternés dans l'adoration de la Croix. « Ecce lignum Crucis, in quo salus mundi pependit - voici le bois de la Croix, sur lequel fut accroché Celui qui est le salut du monde ». Le Fils de Dieu, sur le Calvaire, a pris sur lui le poids de nos péchés, s'offrant au Père en victime expiatoire. De la Croix, source de notre salut, naît la vie nouvelle des fils de Dieu.
Samedi Saint : un silence chargé d'attente et d'espérance
Au drame du Vendredi succède le silence du Samedi Saint, une journée chargée d'attente et d'espérance. Avec Marie, la Communauté chrétienne veille en prière à côté du sépulcre, en attendant que s'accomplisse l'événement glorieux de la Résurrection.
Au cours de la Nuit Sainte de Pâques tout se renouvelle dans le Christ ressuscité. De chaque lieu de la terre s'élèvera vers le ciel le chant du Gloria et de l'Alléluia, alors que la lumière brisera les ténèbres de la nuit. Le Dimanche de Pâques, nous nous réjouirons avec le Ressuscité en accueillant son vœu de paix.
La Passion du Christ se poursuit dans les événements dramatiques de notre existence
4. Très chers frères et sœurs, préparons-nous à célébrer dignement ces jours saints, et à contempler l'œuvre merveilleuse accomplie par Dieu dans l'humiliation et dans l'exaltation du Christ (cf. Ph 2, 6-11).
Faire mémoire de ce mystère central de la foi comporte également l'engagement de le rendre présent dans la réalité concrète de notre existence. Cela signifie reconnaître que la passion du Christ se poursuit dans les événements dramatiques qui, malheureusement, à notre époque également frappent tant d'hommes et de femmes dans toutes les parties du monde.
Le mystère de la Croix et de la résurrection nous assure cependant que la haine, la violence, le sang et la mort n'ont pas le dernier mot dans l'existence humaine. La victoire définitive est celle du Christ et c'est de Lui que nous devons repartir, si nous voulons construire pour tous un avenir de paix authentique, de justice et de solidarité.
Que la Vierge, qui participe intimement au dessein salvifique, nous accompagne sur le chemin de la passion et de la croix jusqu'au sépulcre vide, pour rencontrer son Fils Divin ressuscité. En nous laissant guider par Elle, entrons dans l'atmosphère spirituelle du Saint Triduum.
Avec ces sentiments, je souhaite de tout cœur à tous une sereine et sainte Pâque.
La paix, « nouveauté » introduite dans l’histoire par la Pâque du Christ
1. En ces jours de l'Octave de Pâques, l'Église ressent une grande joie pour la résurrection du Christ. Après avoir subi la passion et la mort sur la croix, Il est à présent vivant pour toujours et la mort n'a plus aucune prise sur Lui.
De la communauté des fidèles, partout dans le monde, s'élève vers le ciel un cantique de louange et d'action de grâce à Celui qui a libéré l'homme de l'esclavage du mal et du péché à travers la rédemption opérée par le Verbe incarné. C'est ce qu'exprime le Psaume 135 qui vient d'être proclamé, et qui constitue un merveilleux hymne à la bonté du Seigneur. L'amour miséricordieux de Dieu se révèle pleinement et définitivement dans le Mystère pascal.
2. Après sa résurrection, le Seigneur apparaît plusieurs ou aux disciples et il les rencontre à plusieurs reprises. Les Évangélistes rapportent plusieurs épisodes, dans lesquels transparaissent l'émerveillement et la joie des témoins d'événements aussi prodigieux. Jean, en particulier, met en évidence les premières paroles adressées par le Maître ressuscité aux disciples.
« Paix à vous », dit-il en entrant au Cénacle, et il répète ce salut à trois reprises (cf. Jn 20, 19.21.26). Nous pouvons dire que cette expression « paix à vous », en hébreu shalom, contient et résume, d'une certaine façon, tout le message pascal. La paix est un don offert aux hommes par le Seigneur ressuscité et elle est le fruit de la vie nouvelle inaugurée par sa résurrection.
La paix constitue donc une « nouveauté » introduite dans l'histoire par la Pâque du Christ. Elle naît d'un profond renouvellement du cœur de l'homme. Elle n'est donc pas le résultat. d'efforts humains et ne peut pas non plus être atteinte uniquement grâce à des accords passés entre des personnes et des institutions. Elle est plutôt un don à accueillir avec générosité, à conserver avec soin, et à aire fructifier avec maturité et responsabilité. Même si les situations sont compliquées et les tensions et les conflits profonds, rien ne peut résister au renouvellement concret apporté par Jésus ressuscité. Il est notre paix. Comme nous le lisons dans la Lettre de saint Paul aux Éphésiens, grâce à sa Croix, Il a abattu l'inimitié « pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix » (2, 15).
3. L'Octave de Pâques, remplie de lumière et de joie, se conclura dimanche prochain par le dimanche in Albis, également appelé dimanche de la « Divine Miséricorde ». La Pâque est la manifestation parfaite de cette miséricorde de Dieu, qui « s'émeut pour ses serviteurs » (Ps 135, 14).
Par sa mort sur la Croix, le Christ nous a réconciliés avec Dieu et il a jeté. les bases dans le monde d'une coexistence fraternelle entre tous. Dans le Christ, l'être humain fragile et qui aspire au bonheur a été racheté de l'esclavage du Malin et de la mort, qui engendre la tristesse et la douleur. Le sang du Rédempteur a lavé nos péchés. Nous avons ainsi fait l'expérience de la puissance rénovatrice de son pardon. La miséricorde divine ouvre le cœur au pardon envers nos frères, et c'est avec le pardon offert et reçu que l'on construit la paix dans les familles et dans chaque autre lieu de vie.
Je vous renouvelle à tous mes vœux de Pâques les plus cordiaux, alors que je vous confie, ainsi que vos familles et vos communautés, à la protection céleste de Marie, Mère de la Miséricorde et Reine de la Paix.
Programme d'un roi fidèle à Dieu
Lecture : Ps 100, 1-4.6
1. Après les deux catéchèses consacrées au sens des Célébrations pascales, nous reprenons notre réflexion sur la Liturgie des Laudes. Pour le mardi de la 4e semaine, celle-ci nous propose le Psaume 100, que nous venons d'entendre.
Il s'agit d'une méditation qui trace le portrait de l'homme politique idéal, dont le modèle de vie devrait être le comportement divin dans le gouvernement du monde : un comportement reposant sur une parfaite intégrité morale et par un engagement énergique contre les injustices. Ce texte est à présent reproposé comme programme de vie pour le fidèle qui commence sa journée de travail et de relation avec son prochain. Il s'agit d'un programme d'« amour et jugement » (cf. v. 1), qui s'articule en deux grandes orientations morales.
2. La première est appelée la « voie des parfaits » et elle est orientée vers l'exaltation des choix personnels de vie, accomplis avec « la perfection du cœur », c'est-à-dire avec une parfaite rectitude de conscience (cf. v. 2).
D'un côté, l'on parle de façon positive des grandes vertus morales qui illuminent la « maison », c'est-à-dire la famille du juste (cf. v. 2) : la sagesse qui aide à bien comprendre et à juger ; l'innocence qui est la pureté de cœur et de vie ; et, enfin, l'intégrité de la conscience, qui ne tolère pas de compromis avec le mal.
De l'autre côté, le Psalmiste introduit un engagement négatif. Il s'agit de la lutte contre toute forme de méchanceté et d'injustice, de façon à tenir éloigné de sa propre maison et de ses propres choix toute perversion de l'ordre moral (cf. vv. 3-4).
Comme l'écrit saint Basile, grand Père de l'Église d'Orient, dans son œuvre Le baptême, « même le plaisir d'un instant qui contamine la pensée ne doit pas troubler celui qui est pleuré avec le Christ dans une mort qui ressemble à la sienne » (Œuvres ascétiques, Turin 1980, p. 548).
3. La deuxième orientation est développée dans la partie finale du Psaume (cf. vv. 5-8) et précise l'importance des dons les plus typiquement publics et sociaux. Dans ce cas aussi est dressée la liste des points essentiels d'une vie qui entend rejeter le mal avec rigueur et fermeté.
Tout d'abord la lutte contre la calomnie et la délation secrète, un engagement fondamental dans une société de tradition orale, qui attribuait une importance particulière à la fonction de la parole dans les relations interpersonnelles. Le roi, qui exerce également la fonction de juge, annonce que dans cette lutte il fera preuve de la plus grande sévérité : il fera périr le calomniateur (cf. v. 5). On rejette ensuite toute arrogance et orgueil ; on refuse la compagnie et le conseil de celui qui procède toujours en utilisant la tromperie et le mensonge. Enfin, le roi déclare de quelle façon il veut choisir ses « servants » (cf. v. 6), c'est-à-dire ses ministres. Il aura soin de les prendre parmi « les fidèles du pays ». Il désire être entouré de personnes intègres et refuse le contact avec « le diseur de mensonge » (cf. v. 7).
4. Le dernier verset du Psaume est particulièrement énergique. Il peut créer de l'embarras chez le lecteur chrétien, car il annonce une extermination : « Au matin, je les fais taire, tous les impies du pays, pour retrancher de la ville de Yahvé tous les malfaisants » (v. 8). Il est cependant important de se rappeler une chose : celui qui parle ain-si n'est pas un individu quelconque, mais le roi, le responsable suprême de la justice dans le pays. Par cette phrase, il exprime de façon hyperbolique son dessein implacable de lutte contre la criminalité, un engagement qui constitue un devoir, partagé par tous ceux qui ont des responsabilités dans la gestion du bien public. Bien sûr, cette tâche de justicier ne revient pas à tous les citoyens ! C'est pourquoi, si chaque fidèle désire appliquer à lui-même la phrase du Psaume, il doit le faire dans un sens analogique, c'est-à-dire en décidant d'extirper chaque matin de son cœur et de sa conduite la mauvaise plante de la corruption et de la violence, de la perversion et de la méchanceté, ainsi que toute forme d'égoïsme et d'injustice.
5. Nous concluons notre méditation en reprenant le verset de départ du Psaume : « Je chanterai amour et jugement... » (v. 1). Un antique écrivain chrétien, Eusèbe de Césarée, dans ses Commentaires sur les Psaumes, souligne le primat de l'amour sur la justice, même si celle-ci est nécessaire : « Je chanterai ta miséricorde et ton jugement, en agissant comme tu le fais habituellement : non pas juger d'abord et ensuite avoir miséricorde, mais tout d'abord avoir miséricorde et puis juger, et avec clémence et miséricorde prononcer des sentences.
C'est la raison pour laquelle, en exerçant miséricorde et jugement envers le prochain, j'ose m'approcher de toi pour te chanter et t'adresser des psaumes. Étant donc conscient qu'il faut agir ainsi, je conserve immaculées et innocentes mes voies, persuadé que de cette façon te sera agréable ma façon de t'adresser des psaumes, à travers les bonnes œuvres » (Pg 23, 1241).
Le voyage apostolique en Espagne
1. Je désire m'arrêter aujourd'hui sur le voyage apostolique que, samedi et dimanche derniers, j'ai pu accomplir en Espagne et qui a eu pour thème : « Seréis mis testigos - Vous serez mes témoins ».
Je rends grâce au Seigneur de m'avoir accordé de visiter, pour la cinquième fois, cette noble et bien-aimée nation, et je renouvelle l'expression de ma reconnaissance cordiale au Cardinal-Archevêque de Madrid, aux pasteurs et à toute l'Église qui est en Espagne, à Leurs Majestés le roi et la reine, ainsi qu'au chef du gouvernement et aux autres Autorités, qui m'ont accueilli avec beaucoup d'attention et d'affection.
Des hommes et des femmes d'une riche vie intérieure pour raviver l'âme de l'Europe
Dès mon arrivée, j'ai eu l'occasion d'exprimer l'estime du Successeur de Pierre pour cette portion du Peuple de Dieu qui - depuis presque deux mille ans - est en pèlerinage sur la terre ibérique et qui a joué un rôle important dans l'évangélisation de l'Europe et du monde. Dans le même temps, j'ai souhaité exprimer ma satisfaction pour les progrès sociaux du pays, en invitant à les fonder toujours davantage sur les valeurs authentiques et éternelles qui constituent le patrimoine précieux de tout le continent européen.
2. Les principaux moments de ce pèlerinage ont été au nombre de deux : la grande rencontre avec les jeunes, dans l'après-midi de samedi, et la Messe de canonisation de cinq bienheureux, dimanche matin.
La rencontre avec les jeunes acteurs de la nouvelle évangélisation, en l'année du Rosaire
Sur la Base aérienne de « Cuatro Vientos », à Madrid, la veillée des jeunes, qui a eu comme toile de fond la prière du Rosaire, m'a donné l'occasion de reproposer de façon synthétique le message de la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae et de l'Année du Rosaire, que nous célébrons actuellement. J'ai invité les jeunes à être toujours et davantage des hommes et des femmes possédant une riche intériorité, en contemplant assidûment, avec Marie, le Christ et ses mystères. C'est précisément là que se trouve l'antidote le plus efficace aux risques du consumérisme, auxquels l'homme d'aujourd'hui est exposé. À la suggestion des valeurs éphémères du monde visible, qu'un certain type de communication médiatique propose, il est urgent d'opposer les valeurs durables de l'esprit, qui ne peuvent être atteintes qu'en revenant à sa propre intériorité, à travers la contemplation et la prière.
J'ai ensuite constaté avec joie que les jeunes, parmi les camarades de leur âge, savent toujours davantage devenir les acteurs de la nouvelle évangélisation, prêts à dépenser leurs énergies au service du Christ et de son Royaume. J'ai ensuite confié à la Vierge les jeunes de Madrid et de toute l'Espagne, qui constituent l'avenir et l'espérance de l'Église et de la société de cette grande nation.
Cinq fils de l'Espagne : cinq exemples pour le monde
3. Le lendemain, s'est déroulée la solennelle célébration eucharistique sur la Plaza de Colón, dans le centre. En présence de la Famille royale, de l'épiscopat et des Autorités du pays, face à une vaste assemblée comprenant des représentants de tous les milieux ecclésiaux, j'ai eu la joie de proclamer saints cinq fils de l'Espagne : Pedro Poveda Castroverde, prêtre et martyr ; José María Rubio y Peralta, prêtre ; et les religieuses Genoveva Torres Morales, Angela de la Cruz et María Maravillas de Jesús.
Ces authentiques disciples du Christ et témoins de sa résurrection sont un exemple pour les chrétiens du monde entier : en puisant à la prière la force nécessaire, ils ont su mener à bien les tâches qui leur avaient été confiées par Dieu dans la vie contemplative, dans le ministère pastoral, dans le domaine de l'éducation, dans l'apostolat des exercices spirituels, dans la charité envers les pauvres. C'est à eux, en particulier, que doivent s'inspirer les croyants et les communautés ecclésiales d'Espagne, afin qu'à notre époque également cette terre bénie de Dieu continue à produire des fruits abondants de perfection évangélique.
Dans ce but, j'ai exhorté les chrétiens d'Espagne à rester fidèles à l'Évangile, à défendre et à promouvoir l'unité de la famille, à conserver et à renouveler continuellement l'identité catholique qui est l'orgueil du pays. Ce sera en vertu des valeurs éternelles de sa tradition que ce noble pays pourra apporter sa contribution concrète à l'édification de la nouvelle Europe.
4. Ce cinquième voyage apostolique en Espagne a confirmé en moi une profonde conviction : les anciennes nations de l'Europe conservent une âme chrétienne, qui ne fait qu'un avec le « génie » et l'histoire des peuples respectifs. Le sécularisme en menace malheureusement les valeurs fondamentales, mais l'Église entend œuvrer pour conserver toujours vivante cette tradition spirituelle et culturelle.
« Vous serez mes témoins ! »
En faisant appel à la grandeur de l'âme espagnole formée sur de solides principes humains et chrétiens, j'ai voulu en particulier adresser aux jeunes les paroles du Christ : « Vous serez mes témoins ». Je les répète aujourd'hui, en assurant à l'Église et au peuple espagnol, ainsi qu'à vous tous ici présents, ma prière, fortifiée par une Bénédiction apostolique spéciale.
Cantique d'Azarias dans la fournaise
Lecture : Dn 3, 26-27.29.39.41
1. Le Cantique qui vient d'être proclamé appartient au texte grec du Livre de Daniel et il se présente comme une supplication élevée au Seigneur avec ardeur et sincérité. C'est la voix d'Israël qui est en train de vivre la dure épreuve de l'exil et de la diaspora parmi les peuples. En effet, celui qui entonne le cantique est un juif, Azarias, inséré dans le contexte babylonien au temps de l'exil d'Israël, après la destruction de Jérusalem voulue par le roi Nabuchodonosor.
Azarias, avec deux autres fidèles juifs, se trouve « au milieu du feu » (Dn 3, 25), comme un martyr prêt à affronter la mort pour ne pas trahir sa conscience et sa foi. Il a été condamné à mort pour avoir refusé d'adorer la statue impériale.
2. La persécution est considérée par ce Cantique comme une juste peine avec laquelle Dieu purifie le peuple pécheur : « Car c'est dans la vérité et dans le droit que tu nous as traités - confesse Azarias - à cause de nos péchés » (v. 28). Nous nous trouvons ainsi en présence d'une prière pénitentielle qui ne débouche pas sur le découragement ou la peur, mais sur l'espérance.
Bien sûr, le point de départ est amer, la désolation est grave, l'épreuve est difficile, le jugement divin sur le péché du peuple est sévère : « Il n'est plus, en ce temps, chef, prophète ni prince, holocauste, sacrifice, oblation ni encens, lieu où te faire des offrandes et trouver grâce auprès de toi » (v. 38). Le temple de Sion est détruit et le Seigneur ne semble plus demeurer au milieu de son peuple.
3. Face à la tragique situation présente, l'espérance recherche sa racine dans le passé, c'est-à-dire dans les promesses faites aux pères. On remonte donc à Abraham, à Isaac et à Jacob (cf. v. 35), auxquels Dieu avait assuré bénédiction et fécondité, terre et grandeur, vie et paix. Dieu est fidèle et ne démentira pas ses promesses. Même si la justice exige qu'Israël soit puni de ses fautes, la certitude demeure que le dernier mot sera celui de la miséricorde et du pardon. Le prophète Ézéchiel rapportait déjà ces paroles du Seigneur : « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant et non pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ?... Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit » (Ez 18, 23.32). Certes, l'heure de l'humiliation est maintenant venue : « Seigneur, nous voici plus petits que toutes les nations, nous voici humiliés par toute la terre, aujourd'hui, à cause de nos péchés » (Dn 3, 37). Pourtant ce n'est pas l'attente de la mort, mais d'une nouvelle vie, après la purification.
4. L'orant s'approche du Seigneur en lui offrant le sacrifice le plus précieux et favorablement accueilli : « le cœur contrit » et l'« esprit humilié » (v. 39 ; cf. Ps 50, 19). C'est précisément le centre de l'existence, le moi renouvelé par l'épreuve qui est offert à Dieu, afin qu'il l'accueille en signe de conversion et de consécration au bien.
Avec cette disposition intérieure, la peur cesse, la confusion et la honte disparaissent (cf. Dn 3, 40), et l'esprit s'ouvre avec confiance à un avenir meilleur, lorsque s'accompliront les promesses faites aux pères.
La phrase finale de la supplication d'Azarias, telle qu'elle est proposée par la liturgie, possède une grande force émotive et une profonde intensité spirituelle : « Et maintenant nous mettons tout notre cœur à te suivre, à te craindre et à rechercher ta face » (v. 41). Il s'agit de l'écho d'un autre Psaume : « De toi mon cœur a dit : « Cherche sa face ». c'est ta face, Yahvé, que je cherche » (Ps 26, 8).
Le moment est désormais venu où nous nous détournons des chemins, des routes perverses du mal, des sentiers tortueux et des voies traverses (cf. Pr 2, 15). Nous nous acheminons à la suite du Seigneur, soutenus par le désir de rencontrer sa face. Et son visage n'est pas courroucé, mais empli d'amour, tel qu'il s'est révélé dans le père miséricordieux à l'égard du fils prodigue (cf. Lc 15, 11-32).
5. Nous concluons notre réflexion sur le Cantique d'Azarias par la prière écrite par saint Maxime le Confesseur dans son Discours ascétique (37-39), là où il s'inspire précisément du texte du prophète Daniel. « Oh ! ne nous abandonne pas pour toujours, à cause de ton nom, ne répudie pas ton alliance, ne nous retire pas ta grâce (cf. Dn 3, 34-35) en raison de ta miséricorde, ô Père qui es dans les cieux, en raison de la compassion de ton Fils unique et de la miséricorde de ton Saint Esprit... N'ignore pas notre supplication, ô Seigneur, et ne nous abandonne pas pour toujours.
Nous ne nous reposons pas sur nos œuvres de justice, mais sur ta grâce, à travers laquelle tu conserves notre lignée... Ne déteste pas notre indignité, mais sois rempli de compassion pour nous en vertu de ta grande pitié, et en vertu de la plénitude de ta miséricorde efface nos péchés, afin que sans condamnation, nous nous approchions de ta sainte gloire et soyons considérés dignes de la protection de ton Fils unique ».
Saint Maxime conclut : « Oui, ô Seigneur patron tout-puissant, exauce notre supplication, car nous ne reconnaissons personne d'autre en dehors de toi » (Humanité et divinité du Christ, Rome 1979, pp. 51-52).
Prière du roi pour la victoire et pour la paix
Lecture : Ps 143, 1-4.9-10
1. Nous venons à présent d'entendre la première partie du Psaume 143. Il possède les caractéristiques d'un hymne royal, comprenant des références à d'autres textes bibliques, donnant ainsi vie à une nouvelle composition de prière (cf. Ps 8, 5 ; 17, 8-15 ; 32, 2-3 ; 38, 6-7). Celui qui parle à la première personne est le roi David lui-même, qui reconnaît l'origine divine de ses succès.
Le Seigneur est représenté à travers des images martiales, selon l'antique usage symbolique : en effet, il est vu comme un instructeur militaire (cf. Ps 143, 1), une forteresse inexpugnable, un bouclier protecteur, un libérateur (cf. v. 2). On désire, de cette façon, exalter la personnalité de Dieu, qui s'engage contre le mal dans l'histoire : il n'est pas une puissance obscure ou une sorte de destin, ni un souverain impassible et indifférent à l'égard de l'histoire humaine. Les citations et le ton de cette célébration divine portent la trace de l'hymne de David conservé dans le Psaume 17 et dans le chapitre 22 du Second Livre de Samuel.
2. Face à la puissance divine, le roi hébreu reconnaît sa fragilité et sa faiblesse qui sont celles de toutes les créatures humaines. Pour exprimer cette sensation, l'orant royal a recours à deux phrases déjà présentes dans les Psaumes 8 et 38, et il les insère en leur conférant un nouveau poids, plus intense : « Yahvé, qu'est donc l'homme, que tu le connaisses, l'être humain que tu penses à lui ? L'homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l'ombre qui passe » (vv. 3-4). Ici apparaît la ferme conviction que nous sommes inconsistants, semblables à un souffle de vent, si le Créateur ne nous garde pas en vie, Lui qui - comme le dit Job - « tient en son pouvoir l'âme de tout vivant et le souffle de toute chair d'homme » (12, 10).
Ce n'est qu'avec le soutien divin que nous pouvons surmonter les dangers et les difficultés qui parsèment chaque jour notre vie. Ce n'est qu'en comptant sur l'aide du Ciel que nous pourrons nous engager, comme l'antique roi d'Israël, à marcher vers la liberté en échappant à toute oppression.
3. L'intervention divine est décrite à travers les traditionnelles images cosmiques et historiques, dans le but d'illustrer la puissance divine sur l'univers et sur les événements humains. Voilà alors des montagnes d'où s'élève de la fumée, lors d'éruptions volcaniques soudaines (cf. Ps 143, 5). Voilà les éclairs qui semblent des flèches lancées par le Seigneur et prêtes à anéantir le mal (cf. v. 6). Voilà, enfin, les « grandes eaux » qui, dans le langage biblique, sont le symbole du chaos, du mal et du néant, en un mot, des présences négatives au sein de l'histoire (cf. v. 7). À ces images cosmiques en sont associées d'autres à caractère historique : ce sont « les ennemis » (cf. v. 6), les « étrangers » (cf. v. 7), les menteurs et les parjures, c'est-à-dire les idolâtres (cf. v. 8).
Il s'agit d'une façon très concrète et orientale de représenter la méchanceté, les perversions, l'oppression et l'injustice : des réalités terribles dont le Seigneur nous libère, alors que nous nous acheminons dans le monde.
4. Le Psaume 143, que la Liturgie des Laudes nous propose, finit par un bref hymne d'action de grâce (cf. vv. 9-10). Il naît de la certitude que Dieu ne nous abandonnera pas dans la lutte contre le mal. C'est pourquoi l'orant entonne une mélodie en l'accompagnant de sa harpe à dix cordes, étant certain que le Seigneur « donne aux rois la victoire, et sauve David son serviteur » (cf. vv. 9-10).
La parole « roi » se dit « messia » en hébreu : nous sommes donc en présence d'un Psaume royal qui se transforme, déjà dans l'usage liturgique de l'antique Israël, en un chant messianique. Nous chrétiens, nous le répétons en gardant le regard tourné vers le Christ, qui nous libère de tout mal et qui nous soutient dans la bataille contre les pouvoirs cachés pervers. Celle-ci, en effet, ne se déroule pas « contre des adversaires de sang et de chair, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Ep 6, 12).
5. Nous concluons alors par une considération qui nous est suggérée par saint Jean Cassien, moine du IV-Ve siècle, qui vécut en Gaule. Dans son œuvre L'Incarnation du Seigneur, s'inspirant du verset 5 de notre Psaume, - « Yahvé, incline tes cieux et descends », - il voit dans ces mots l'attente de la venue du Christ dans le monde.
Et il poursuit ainsi : « Le Psalmiste suppliait que... le Seigneur se manifestât dans la chair, apparaisse de façon visible dans le monde, soit assumé visiblement dans la gloire (cf. 1 Tm 3, 16) et que finalement les saints puissent voir, avec les yeux du corps, tout ce qui avait été spirituellement prévu par eux » (L'Incarnation du Seigneur, V, 13, Rome 1991, pp. 208-209). C'est précisément de cela que tout baptisé est témoin dans la joie de la foi.