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.MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À SA SAINTETÉ BARTHOLOMÉE, PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE,
POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ
 
A Sa Sainteté Bartholomée Archevêque de Constantinople Patriarche œcuménique
C’est pour moi une grande joie, Votre Sainteté, de renouveler la tradition de l’envoi d’une délégation à la célébration solennelle de la fête de l’apôtre saint André, patron du patriarcat œcuménique, afin de vous transmettre mes meilleurs vœux, bien-aimé frère dans le Christ, ainsi qu’aux membres du Saint-Synode, au clergé et à tous les fidèles rassemblés pour commémorer saint André. Je suis heureux de répondre de cette façon à votre habitude d’envoyer une délégation de l’Église de Constantinople pour la fête des saints Pierre et Paul, saints patrons de l’Église de Rome.
L’échange de délégations entre Rome et Constantinople à l’occasion des fêtes respectives en l’honneur des frères apôtres Pierre et André est un signe visible des liens profonds qui nous unissent déjà. C’est également une expression de notre désir ardent d’une communion plus profonde, jusqu’au jour où, si Dieu le veut, nous pourrons témoigner de notre amour réciproque en partageant la même table eucharistique. Sur ce chemin vers le rétablissement de la communion eucharistique entre nous, nous sommes non seulement soutenus par l’intercession de nos saints patrons, mais par l’assemblée des martyrs de tous les temps, qui « malgré le drame de la division […] ont gardé en eux-mêmes un attachement si radical et absolu au Christ et au Père qu’ils ont pu aller jusqu’à l’effusion du sang » (Pape saint Jean-Paul II, Ut unum sint, n. 83).
C’est pour les catholiques une source de réel encouragement que le fort engagement pour le rétablissement de l’unité des chrétiens ait été confirmé lors du grand et saint concile qui a eu lieu en juin dernier en Crète. Toujours fidèle à sa tradition, Votre Sainteté est toujours restée consciente des difficultés existantes pour l’unité et ne s’est jamais lassée de soutenir des initiatives en mesure de promouvoir la rencontre et le dialogue. L’histoire des relations entre chrétiens a cependant été tristement marquée par des conflits qui ont laissé une empreinte profonde dans la mémoire des fidèles. C’est pour cette raison que certains demeurent attachés à des attitudes du passé. Nous savons que seuls la prière, les bonnes œuvres communes et le dialogue peuvent nous permettre de dépasser la division et de nous rapprocher les uns des autres.
Grâce au processus de dialogue, au cours de ces dernières décennies les catholiques et les orthodoxes ont commencé à se reconnaître réciproquement comme des frères et sœurs et à estimer les dons les uns des autres, et ils ont proclamé ensemble l’Évangile, servi l’humanité et la cause de la paix, promu la dignité de l’être humain et la valeur inestimable de la famille, pris soin des plus nécessiteux, ainsi que de la création, notre maison commune. Le dialogue théologique entrepris par la Commission mixte internationale a lui aussi apporté une contribution significative à la compréhension mutuelle. Le récent document sur Synodalité et primat pendant le premier millénaire. Vers une compréhension commune dans le service à l’unité de l’Église, est le fruit d’une étude longue et approfondie de la part des membres de la Commission mixte internationale, auxquels j’adresse ma sincère gratitude. Bien que de nombreuses questions demeurent, la réflexion commune sur la relation entre la synodalité et le primat durant le premier millénaire peut offrir un fondement sûr pour discerner des façons selon lesquelles le primat pourra être exercé dans l’Église lorsque tous les chrétiens d’Orient et d’Occident seront enfin réconciliés.
Je me souviens avec une grande affection de notre récente rencontre à Assise avec d’autres chrétiens et représentants de traditions religieuses, rassemblés pour offrir un appel commun à la paix dans le monde entier. Notre rassemblement a été une joyeuse occasion d’approfondir notre amitié, qui trouve son expression dans une vision partagée des grandes questions qui touchent la vie de l’Église et de toute la société.
Voilà, Votre Sainteté, quelques-unes de mes espérances profondes, que j’ai voulu exprimer dans un esprit de sincère fraternité. En vous assurant de mon souvenir quotidien dans la prière, je vous renouvelle mes meilleurs vœux de paix, de santé et des bénédictions abondantes, ainsi qu’à tous ceux qui sont confiés à vos soins. Avec des sentiments d’affection fraternelle et de proximité spirituelle, j’échange avec Votre Sainteté un baiser de paix dans le Seigneur.
Du Vatican, le 30 novembre 2016
François
 



MESSAGE VIDÉO DU  PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS À LA XXXIème CONFÉRENCE
DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LES SERVICES DE SANTÉ
 
À Monseigneur Jean-Marie Mupendawatu
Secrétaire du Conseil pontifical pour les services de santé
Je désire adresser mon salut cordial aux participants à la XXXIème Conférence internationale sur le thème Pour une culture de la santé accueillante et solidaire au service des personnes atteintes de pathologies rares et négligées, organisée par le Conseil pontifical pour les services de santé, que je remercie pour cette initiative. J’adresse également une pensée de gratitude à la mémoire de S.E. Mgr Zygmunt Zimowski, frère regretté dans l’épiscopat, qui fut Président du dicastère et a été rappelé à la maison du Père en juillet dernier.
Des spécialistes de renom, provenant de toutes les parties du monde, sont réunis pour approfondir le thème des pathologies « rares » et des maladies « négligées » sous leurs divers aspects : de l’aspect médical/épidémiologique à l‘aspect sociopolitique, du versant économique au versant juridique et éthique. La Conférence se propose d’examiner la situation actuelle, comme aussi de déterminer et de relancer des lignes pratiques d’intervention dans ce domaine médical particulier, en s’appuyant sur les valeurs de fond que sont le respect de la vie, de la dignité et des droits des malades, dans un engagement d’accueil et de solidarité et en réalisant des stratégies de soin animées d’un amour sincère envers la personne concrète qui souffre, même s’il s’agit d’une maladie « rare » ou « négligée ».
Les données dont on dispose sur ces deux chapitres de la médecine sont emblématiques : les estimations les plus récentes de l’Organisation Mondiale de la Santé indiquent que, dans le monde, 400 millions de personnes souffrent de maladies « rares ». Le scénario des maladies « négligées » est encore plus dramatique, car elles concernent plus d’un milliard de personnes : généralement de nature infectieuse, elles sont répandues dans les populations les plus pauvres du monde, souvent dans des pays où l’accès aux services de santé ne suffit pas à couvrir les besoins essentiels, surtout en Afrique et en Amérique Latine, dans des régions au climat tropical, où l’eau potable est souvent un problème avec des conditions d’alimentation et d’hygiène, de logement et de vie sociale très précaires.
Du point de vue épidémiologique, scientifique, de l’assistance clinique, hygiénique/sanitaire et économique, le défi est donc immense parce qu’il implique des responsabilités et des engagements à l’échelle mondiale : autorités politiques et sanitaires internationales et nationales, personnels de santé, industrie biomédicale, associations de citoyens/malades, bénévolat laïc et religieux.
Un défi immense mais pas impossible. Étant donné la complexité de la matière, une approche multidisciplinaire et commune s’avère donc nécessaire ; un effort qui appelle toutes les réalités humaines intéressées, institutionnelles ou non, et parmi elles, l’Église catholique également qui, depuis toujours, trouve l’élan et l’impulsion dans son Seigneur, le Christ Jésus, le Crucifié ressuscité, figure du malade (le « Christus patiens ») ou figure du médecin (le « Christus medicus », le bon Samaritain).
À ce point, je voudrais proposer quelques considérations qui peuvent contribuer à votre réflexion.
La première est que si la personne humaine constitue la valeur éminente, il s’ensuit que chaque personne, surtout la personne souffrante – même en raison d’une maladie « rare » ou « négligée » - mérite, sans aucune hésitation, un engagement total pour être écoutée, soignée et, si possible, guérie.
Affronter efficacement des chapitres entiers de maladie, comme c’est le cas des maladies « rares » et des maladies « négligées », exige non seulement des compétences sanitaires qualifiées et diversifiées, mais également extra-sanitaires – il suffit de penser aux directeurs sanitaires, aux autorités administratives et politiques, aux économistes de la santé. Cela demande une approche intégrée et des évaluations attentives de contexte, orientées vers la programmation et la réalisation de stratégies opérationnelles, ainsi que vers la recherche et la gestion des considérables ressources nécessaires. Cependant, à la base de toute initiative, il y a d’abord une volonté libre et courageuse de bien, orientée vers la résolution de ce problème important de santé globale : une « science du cœur » authentique. Voilà pourquoi, avec l’étude scientifique et technique, s’avèrent décisifs la détermination et le témoignage de celui qui s’implique non seulement dans les périphéries existentielles, mais aussi dans le domaine de l’assistance, comme cela est souvent le cas pour les maladies « rares » et « négligées ».
Parmi tous ceux qui se dépensent généreusement, l’Église est depuis toujours sur le terrain et continuera sur cette voie importante de proximité et d’accompagnement de l’homme qui souffre. Ce n’est pas par hasard que cette XXIème Conférence internationale ait voulu adopter les paroles-clés suivantes pour donner le sens - entendu comme signification et comme direction – de la présence de l’Église dans cette authentique œuvre de miséricorde : informer, pour faire le point sur l’état des connaissances aussi bien scientifiques que d’assistance clinique ; mieux soigner la vie du malade dans une logique d’accueil et de solidarité ; avoir soin de l’environnement dans lequel il vit.
La relation entre ces maladies et l’environnement est décisive. En effet, si de nombreuses maladies rares ont des causes génétiques, pour d’autres, les facteurs environnementaux revêtent une grande importance ; cependant, même si les causes sont génétiques, la pollution de l’environnement fait que sont multipliées les conséquences néfastes. Et le poids le plus lourd pèse sur les populations les plus pauvres. Voilà pourquoi je veux à nouveau mettre l’accent sur l’importance absolue du respect et du soin de la création, de notre maison commune.
La seconde considération que je désire soumettre à votre attention est la suivante : pour l’Église, la priorité est d’être en « sortie », de manière dynamique, pour témoigner concrètement de la miséricorde divine, en se faisant « hôpital de campagne » pour les personnes marginalisées, qui vivent dans chaque périphérie existentielle, socioéconomique, sanitaire, environnementale et géographique du monde.
Ma troisième et dernière considération a un rapport avec le thème de la justice. S’il est vrai, en effet, que le soin de la personne atteinte d’une maladie « rare » ou « négligée » est lié dans une large mesure à la relation interpersonnelle médecin-patient, il est tout aussi vrai que la considération à l’échelle sociale de ce phénomène sanitaire rappelle une instance de justice évidente, qui est de « donner à chacun ce qui lui revient », c’est-à-dire un accès égal pour tous aux soins efficaces pour des besoins de santé équivalents, indépendamment des facteurs contextuels socioéconomiques, géographiques, culturels. La raison de cela repose sur trois principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église. Le premier est le principe de socialité, selon lequel le bien de la personne rejaillit sur toute la communauté. Donc, le soin de sa propre santé n’est pas seulement une responsabilité confiée à la personne, mais représente aussi un bien social, dans le sens où plus s‘accroit la santé individuelle, plus la « santé collective » en bénéficiera, également sur le plan des ressources qui sont accordées pour d’autres maladies qui demandent recherche et soins contraignants. Le second principe est celui de la subsidiarité qui, d’une part, soutient, encourage et développe socialement la capacité de chaque personne à se réaliser ainsi que ses aspirations bonnes et légitimes ; et d’autre part, il vient en aide à la personne là où elle ne réussit pas, seule, à surmonter des obstacles éventuels, comme c’est le cas, par exemple, d’une maladie. Et le troisième principe, sur lequel devrait s’imprimer une stratégie sanitaire, à la mesure de la valeur de la personne et du bien commun, est celui de la solidarité.
Je considère que sur ces trois repères, qui peuvent être partagés par tous ceux qui ont à cœur la valeur éminente de l’être humain, peuvent être définies des solutions réalistes, courageuses, généreuses et solidaires pour affronter encore plus efficacement et résoudre l’émergence sanitaire des maladies « rares » et « négligées ».
Au nom de cet amour pour l’homme, pour chaque homme, surtout pour celui qui souffre, à vous tous qui participez à la XXIème Conférence internationale du Conseil pontifical pour les services de santé, je souhaite un nouvel élan et un dévouement généreux en faveur des malades, ainsi qu’une tension inlassable vers le bien commun dans le domaine de la santé.
Demandons à la Vierge Marie, Santé des malades, de faire fructifier les travaux de cette Conférence. Je lui confie l’engagement de rendre toujours plus humain le service que, quotidiennement, les différentes figures professionnelles du monde de la santé accomplissent en faveur des personnes souffrantes. De tout cœur, je vous bénis ainsi que vos familles, vos communautés, et tous ceux que vous rencontrez dans les hôpitaux et dans les maisons de soins. Je prie pour vous et vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi.
Du Vatican, le 12 novembre 2016.
François
 



MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À SON EXCELLENCE MONSIEUR SALAHEDDINE MEZOUAR
MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET DE LA COOPÉRATION DU ROYAUME DU MAROC
ET PRÉSIDENT DE LA 22ème SESSION DE LA CONFÉRENCE DES ÉTATS PARTIES
À LA CONVENTION-CADRE DES NATIONS UNIES SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES (COP22)
[MARRAKECH, 7-18 NOVEMBRE 2016]
 
Excellence,
La situation actuelle de détérioration de l’environnement, fortement liée à la dégradation humaine, éthique et sociale (cf. Enc. Laudato si’, nn. 48.56.122), dont malheureusement nous faisons l’expérience quotidiennement, nous interpelle tous, chacun dans ses rôles et compétences, et nous porte à être ici réunis, avec une prise de conscience et un sens de responsabilité renouvelés.
Le Royaume du Maroc abrite, en effet, la COP22 peu de jours après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, adopté il y a moins d’un an. Son adoption représente une forte prise de conscience que, face aux thématiques aussi complexes que le changement climatique, l’action individuelle et/ou nationale n’est pas suffisante, mais qu’il est nécessaire de mettre en œuvre une réponse collective responsable visant réellement à « collaborer pour construire notre maison commune » (ibid., n. 13). D’autre part, l’entrée en vigueur rapide de l’Accord renforce la conviction que nous pouvons et nous devons nous servir de notre intelligence pour orienter la technologie, tout comme pour cultiver et limiter aussi notre pouvoir (cf. ibid., n. 78), et pour les mettre « au service d’un autre type de progrès, plus sain, plus humain, plus social, plus intégral » (ibid., n. 112), capable de mettre l’économie au service de la personne humaine, de construire la paix et la justice, de sauvegarder l’environnement.
L’Accord de Paris a tracé une route claire sur laquelle la communauté internationale tout entière est appelée à s’engager ; la COP22 représente une étape centrale de ce parcours. Cet Accord a un impact sur toute l’humanité, en particulier sur les plus pauvres et sur les générations futures, qui représentent la composante la plus vulnérable à l’impact préoccupant des changements climatiques et cela nous rappelle la grave responsabilité éthique et morale d’agir sans tarder, de la manière la plus libre possible des pressions politiques et économiques, en dépassant les intérêts et les comportements particuliers.
Dans cette perspective, je vous adresse mes salutations, Monsieur le Président, ainsi qu’à tous ceux qui prennent part à cette Conférence, unies à mes vifs encouragements afin que les travaux de ces jours soient animés du même esprit de collaboration et de proposition manifesté durant la COP21. Après cette Conférence, a commencé la phase de la mise en œuvre de l’Accord de Paris ; moment délicat, où l’on se confronte, en entrant de manière plus concrète dans l’élaboration des règles, des mécanismes institutionnels et des éléments nécessaires pour sa mise en œuvre correcte et efficace. Il s’agit d’aspects complexes qui ne peuvent pas être délégués aux seuls interlocuteurs techniques, mais qui ont besoin d’un soutien continu et d’un encouragement politique, fondé sur la conscience que « nous sommes une seule famille humaine. Il n’y a pas de frontières ni de barrières politiques ou sociales qui nous permettent de nous isoler, et pour cela même il n’y a pas non plus de place pour la globalisation de l’indifférence » (ibid., n. 52).
L’une des principales contributions de cet Accord est celle de stimuler à promouvoir des stratégies nationales et internationales de développement, fondées sur une qualité de l’environnement que nous pourrions qualifier de solidaires. En effet, cet Accord encourage la solidarité envers les populations les plus vulnérables et encourage les fortes relations existant entre la lutte contre le changement climatique et celle contre la pauvreté. Bien que soient nombreux les éléments de caractère technique invoqués dans ce domaine, nous sommes également conscients qu’on ne peut tout réduire à la seule dimension économique et technologique : les solutions techniques sont nécessaires mais pas suffisantes. Il est essentiel et nécessaire de prendre aussi attentivement en considération les aspects éthiques et sociaux du nouveau paradigme de développement et de progrès.
Ici, on entre dans les domaines fondamentaux de l’éducation et de la promotion de styles de vie destinés à favoriser les modèles de production et de consommation durables (cf. ibid., n. 180). Et cela rappelle la nécessité de faire grandir une conscience responsable envers notre maison commune (cf. ibid., nn. 202.231). Tous les États parties sont appelés à contribuer à cette tâche, ainsi que les non-Party stakeholders : la société civile, le secteur privé, le monde scientifique, les institutions financières, les autorités infranationales, les communautés locales, les populations indigènes.
En conclusion, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs participants à la COP22, je forme mes vœux les meilleurs afin que les travaux de la Conférence de Marrakech soient guidés par cette conscience de notre responsabilité qui doit encourager chacun de nous à promouvoir sérieusement une « culture de protection qui imprègne toute la société » (ibid., n. 231), la protection de la création, mais aussi du prochain, proche ou éloigné dans l’espace et dans le temps. Le style de vie fondé sur la culture du rebus est insoutenable et ne doit pas trouver de place dans nos modèles de développement et d’éducation. C’est un défi éducatif et culturel auquel, pour être réellement efficace dans la poursuite de ses objectifs exigeants, ne doit pas manquer de répondre aussi l’Accord de Paris.
Tandis que je prie pour un déroulement heureux et fructueux des travaux, j’invoque sur vous et sur tous les participants la Bénédiction du Tout-Puissant, que je vous demande de porter à tous les citoyens des pays que vous représentez.
Veuillez croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sincères et cordiales salutations.
Du Vatican, le 10 novembre 2016
FRANÇOIS
 



PAPE FRANÇOIS
Message pour la deuxième Journée mondiale de prière
pour la sauvegarde de la création
1er septembre 2016
 
Usons de miséricorde envers notre maison commune
 
En union avec les frères et les sœurs orthodoxes, et avec l’adhésion d’autres Églises et Communautés chrétiennes, l’Église catholique célèbre aujourd’hui l’annuelle « Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création ». Cette occasion entend offrir « à chacun des croyants et aux communautés la précieuse opportunité de renouveler leur adhésion personnelle à leur vocation de gardiens de la création, en rendant grâce à Dieu pour l’œuvre merveilleuse qu’Il a confiée à nos soins et en invoquant son aide pour la protection de la création et sa miséricorde pour les péchés commis contre le monde dans lequel nous vivons ».[01]
Il est très encourageant que la préoccupation pour l’avenir de notre planète soit partagée par les Églises et les Communautés chrétiennes avec d’autres religions. En effet, au cours des dernières années, de nombreuses initiatives ont été prises par des Autorités religieuses et par des organisations pour sensibiliser encore plus l’opinion publique aux dangers de l’exploitation irresponsable de la planète. Je voudrais mentionner ici le Patriarche Bartholomée et son prédécesseur Dimitrios, qui pendant de nombreuses années se sont prononcés constamment contre le péché de provoquer des dommages à la création, attirant l’attention sur la crise morale et spirituelle qui est à la base des problèmes environnementaux et de la dégradation. Répondant à l’attention croissante pour l’intégrité de la création, la Troisième Assemblée Œcuménique Européenne (Sibiu, 2007), proposait de célébrer un « Temps pour la Création » d’une durée de cinq semaines entre le 1er septembre (mémoire orthodoxe de la divine création) et le 4 octobre (mémoire de François d’Assise dans l’Église catholique et dans certaines autres traditions occidentales). A partir de ce moment cette initiative, avec l’appui du Conseil Mondial des Églises, a inspiré de nombreuses activités œcuméniques dans diverses parties du monde. Ce doit être aussi un motif de joie le fait que dans le monde entier des initiatives similaires, qui promeuvent la justice environnementale, la sollicitude envers les pauvres et l’engagement responsable à l’égard de la société, font se rencontrer des personnes, surtout des jeunes, de divers contextes religieux. Chrétiens et non-chrétiens, personnes de foi et de bonne volonté, nous devons être unis pour montrer de la miséricorde envers notre maison commune – la terre – et valoriser pleinement le monde dans lequel nous vivons comme lieu de partage et de communion.
1. La terre crie…
Avec ce Message, je renouvelle le dialogue avec chaque personne qui habite cette planète au sujet des souffrances qui affligent les pauvres et la dévastation de l’environnement. Dieu nous a fait don d’un jardin luxuriant, mais nous sommes en train de le transformer en une étendue polluée de « décombres, de déserts et de saletés » (Enc. Laudato sì, n. 161). Nous ne pouvons pas nous résigner ou être indifférents à la perte de la biodiversité et à la destruction des écosystèmes, souvent provoquées par nos comportements irresponsables et égoïstes. « A cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit » (ibid. n. 33).
La planète continue à se réchauffer, en partie à cause de l’activité humaine : 2015 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée et probablement 2016 le sera encore plus. Cela provoque sécheresse, inondations, incendies et événements météorologiques extrêmes toujours plus graves. Les changements climatiques contribuent aussi à la crise poignante des migrants forcés. Les pauvres du monde, qui sont aussi les moins responsables des changements climatiques, sont les plus vulnérables et en subissent déjà les effets.
Comme l’écologie intégrale le met en évidence, les êtres humains sont profondément liés les uns aux autres et à la création dans son ensemble. Quand nous maltraitons la nature, nous maltraitons aussi les êtres humains. En même temps, chaque créature a sa valeur propre intrinsèque qui doit être respectée. Écoutons « tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » (ibid. n. 49), et cherchons à comprendre attentivement comment pouvoir assurer une réponse adéquate et rapide.
2. …parce que nous avons péché
Dieu nous a donné la terre pour la cultiver et la garder (cf. Gn 2, 15) avec respect et équilibre. La cultiver « trop » – c’est-à-dire en l’exploitant de manière aveugle et égoïste –, et la garder peu est un péché.
Avec courage le cher Patriarche Œcuménique Bartholomée a, à maintes reprises et prophétiquement, mis en lumière nos péchés contre la création : « Que les hommes détruisent la diversité biologique dans la création de Dieu ; que les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique, en dépouillant la terre de ses forêts naturelles ou en détruisant ses zones humides ; que les hommes polluent les eaux, le sol, l’air : tout cela, ce sont des péchés ». En effet, « un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu ».[2]
Face à ce qui arrive à notre maison, puisse le Jubilé de la Miséricorde appeler les fidèles chrétiens « à une profonde conversion intérieure » (Enc. Laudato sì, n. 217), soutenue de façon particulière par le Sacrement de la Pénitence. En cette Année jubilaire, apprenons à chercher la miséricorde de Dieu pour les péchés contre la création que jusqu’à maintenant nous n’avons pas su reconnaître et confesser ; et engageons-nous à accomplir des pas concrets sur la route de la conversion écologique, qui demande une claire prise de conscience de notre responsabilité à l’égard de nous-mêmes, du prochain, de la création et du Créateur (cf. ibid. nn. 10 ; 229).
3. Examen de conscience et repentir
Le premier pas sur ce chemin est toujours un examen de conscience, qui « implique gratitude et gratuité, c'est-à-dire une reconnaissance du monde comme don reçu de l'amour du Père, ce qui a pour conséquence des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses […] Cette conversion implique aussi la conscience amoureuse de ne pas être déconnecté des autres créatures, de former avec les autres êtres de l'univers une belle communion universelle. Pour le croyant, le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l'intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres » (ibid. n. 220).
A ce Père plein de miséricorde et de bonté, qui attend le retour de chacun de ses enfants, nous pouvons nous adresser en reconnaissant nos péchés envers la création, les pauvres et les générations futures. « Dans la mesure où tous nous causons de petits préjudices écologiques », nous sommes appelés à reconnaître « notre contribution, petite ou grande, à la défiguration et à la destruction de la création ».[03] C’est le premier pas sur le chemin de la conversion.
En l’an 2000, qui fut aussi une Année jubilaire, mon prédécesseur saint Jean-Paul II a invité les catholiques à reconnaître leurs torts pour l’intolérance religieuse passée et présente, ainsi que pour les injustices commises envers les Juifs, les femmes, les peuples indigènes, les immigrés, les pauvres et les enfants à naître. En ce Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’invite chacun à faire de même. Comme individus, désormais habitués à des styles de vie entrainés soit par une culture mal comprise du bien-être soit par un « désir désordonné de consommer plus qu’il n’est réellement nécessaire » (ibid. n. 123), et comme participants d’un système « qui a imposé la logique du profit à n’importe quel prix, sans penser à l’exclusion sociale ou à la destruction de la nature »,[04] repentons-nous du mal que nous faisons à notre maison commune.
Après un sérieux examen de conscience et habités par ce repentir, nous pouvons confesser nos péchés contre le Créateur, contre la création, contre nos frères et nos sœurs. « Le catéchisme de l’Église catholique nous fait voir le confessionnal comme un lieu où la vérité nous rend libres pour une rencontre ».[05] Nous savons que « Dieu est plus grand que notre péché »,[06] que tous les péchés, y compris ceux contre la création. Nous les confessons parce que nous sommes repentants et que nous voulons changer. Et la grâce miséricordieuse de Dieu que nous recevons dans le Sacrement nous aidera à le faire.
4. Changer de route
L’examen de conscience, le repentir et la confession au Père riche en miséricorde conduisent à un ferme propos de changer de vie. Et cela doit se traduire en attitudes et comportements concrets plus respectueux de la création, comme par exemple de faire un usage raisonnable du plastique et du papier, de ne pas gaspiller l’eau, la nourriture et l’énergie électrique, de trier les déchets, de traiter avec soin les autres êtres vivants, d’utiliser les transports publics et de partager un même véhicule entre plusieurs personnes, et ainsi de suite (cf. Enc. Laudato sì, n. 211). Nous ne devons pas croire que ces efforts sont trop petits pour améliorer le monde. Ces actions « suscitent sur cette terre un bien qui tend à se répandre toujours, parfois de façon invisible » (ibid., n. 212) et encouragent « un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation » (ibid., n. 222).
Egalement l’intention de changer de vie doit imprégner notre manière de contribuer à construire la culture et la société dont nous faisons partie : en effet « la préservation de la nature fait partie d’un style de vie qui implique une capacité de cohabitation et de communion » (ibid., n. 228). L’économie et la politique, la société et la culture ne peuvent pas être dominées par une mentalité du court terme et de la recherche d’un gain financier ou électoral immédiat. Elles doivent au contraire être d’urgence réorientées vers le bien commun, qui comprend la durabilité et la sauvegarde de la création.
Un cas concret est celui de la “dette écologique” entre le Nord et le Sud du monde (cf. ibid., nn. 51-52). Sa restitution demanderait de prendre soin de l’environnement des pays plus pauvres, leur fournissant des ressources financières et une assistance technique qui les aident à gérer les conséquences des changements climatiques et à promouvoir le développement durable.
La protection de la maison commune demande un consensus politique croissant. En ce sens, c’est un motif de satisfaction qu’en septembre 2015 les pays du monde aient adopté les Objectifs de Développement durable, et que, en décembre 2015, ils aient approuvé l’Accord de Paris sur les changements climatiques, qui fixe l’objectif exigeant mais fondamental de contenir l’augmentation de la température globale. Maintenant les gouvernements ont le devoir de respecter les engagements qu’ils ont pris, tandis que les entreprises doivent assumer leur part de façon responsable, et il revient aux citoyens d’exiger qu’il en soit ainsi, et qu’on vise même des objectifs toujours plus ambitieux.
Changer de route consiste donc à « respecter scrupuleusement le commandement originel de préserver la création de tout mal, soit pour notre bien soit pour le bien des autres êtres humains ».[07] Une question peut nous aider à ne pas perdre de vue l’objectif : « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent » (Enc. Laudato sì, n. 160).
5. Une nouvelle œuvre de miséricorde
« Rien n’unit davantage à Dieu qu’un acte de miséricorde – qu’il s’agisse de la miséricorde avec laquelle le Seigneur nous pardonne nos péchés, ou qu’il s’agisse de la grâce qu’il nous accorde pour pratiquer les œuvres de miséricorde en son nom ».[08]
Paraphrasant saint Jacques, « la miséricorde sans les œuvres est morte en elle-même. […] A cause des mutations de notre univers mondialisé, certaines pauvretés matérielles et spirituelles se sont multipliées : laissons donc place à l’imagination de la charité pour distinguer de nouvelles modalités d’action. De cette façon, la voie de la miséricorde deviendra toujours plus concrète ».[09]
La vie chrétienne inclut la pratique des œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles traditionnelles.[10] « Il est vrai que nous pensons d’habitude aux œuvres de miséricorde, séparément, et en tant que liées à une œuvre : hôpitaux pour les malades, cantines pour ceux qui ont faim, maisons d’accueil pour ceux qui sont dans la rue, écoles pour ceux qui ont besoin d’instruction, le confessionnal et la direction spirituelle pour celui qui a besoin de conseil et de pardon… Mais si nous les regardons ensemble, le message est que l’objet de la miséricorde est la vie humaine elle-même et dans sa totalité ».[11]
Évidemment la vie humaine elle-même et dans sa totalité comprend la sauvegarde de la maison commune. Donc, je me permets de proposer un complément aux deux listes traditionnelles des sept œuvres de miséricorde, ajoutant à chacune la sauvegarde de la maison commune.
Comme œuvre de miséricorde spirituelle, la sauvegarde de la maison commune demande « la contemplation reconnaissante du monde » (Enc. Laudato sì, n. 214) qui « nous permet de découvrir à travers chaque chose un enseignement que Dieu veut nous transmettre » (ibid., n. 85). Comme œuvre de miséricorde corporelle, la sauvegarde de la maison commune demande les « simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme […] et se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur » (ibid., nn. 230-231).
6. En conclusion, prions
Malgré nos péchés et les terribles défis que nous avons face à nous, ne perdons jamais l’espérance : « Le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés […] parce qu’il s’est définitivement uni à notre terre, et son amour nous porte toujours à trouver de nouveaux chemins » (ibid., nn. 13 ; 245). En particulier le 1er septembre, et ensuite pour tout le reste de l’année, nous prions :
« Ô Dieu des pauvres,
aide-nous à secourir les abandonnés
et les oubliés de cette terre
qui valent tant à tes yeux. […]
Ô Dieu d’amour, montre-nous notre place dans ce monde
comme instruments de ton affection pour tous les êtres de cette terre (ibid., n. 246).
Ô Dieu de miséricorde, accorde-nous de recevoir ton pardon
et de transmettre ta miséricorde dans toute notre maison commune.
Loué sois-tu.
Amen.

[01] Lettre pour l’institution de la « Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création », 6 août 2015.
[02] Discours à Santa Barbara, Californie (8 novembre 1997).
[03] Bartholomée I, Message pour la Journée de prière pour la sauvegarde de la création (1er septembre 2012).
[04] Discours, IIème Rencontre mondiale des Mouvements populaires, Santa Cruz de la Sierra (Bolivie), 9 juillet 2015.
[05] Troisième méditation, Retraite spirituelle à l’occasion du Jubilé des prêtres, Basilique Saint-Paul-hors-les murs, 2 juin 2016.
[06] Audience générale, 30 mars 2016.
[07] Bartholomée I, Message pour la Journée de prière pour la sauvegarde de la création (1er septembre 2012).
[08] Première méditation, Retraite spirituelle à l’occasion du Jubilé des prêtres, Basilique Saint-Jean de Latran, 2 juin 2016.
[09] Audience générale, 30 juin 2016.
[10] Les œuvres corporelles sont : donner à manger à ceux qui ont faim ; donner à boire à ceux qui ont soif ; vêtir ceux qui sont nus ; loger les pèlerins ; visiter les malades ; visiter les prisonniers ; ensevelir les morts. Les œuvres spirituelles sont : conseiller ceux qui doutent ; enseigner aux ignorants ; exhorter les pécheurs ; consoler les affligés ; pardonner les offenses ; supporter patiemment les personnes importunes ; prier Dieu pour les vivants et pour les morts.
[11] Troisième méditation, Retraite spirituelle à l’occasion du Jubilé des prêtres, Basilique Saint-Paul-hors-les murs, 2 juin 2016.



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