MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES MISSIONS 2012
« Appelés à faire resplendir la Parole de vérité » (Lettre apostolique Porta fidei n. 6)
Chers frères et sœurs,
La célébration de la Journée Missionnaire mondiale se charge cette année d’une signification toute particulière. Le 50ème anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, l’ouverture de l’Année de la Foi et le Synode des Évêques sur la nouvelle évangélisation concourent à réaffirmer la volonté de l’Église de s’engager avec plus de courage et d’ardeur dans la missio ad gentes afin que l’Évangile parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.
Le Concile œcuménique Vatican II, avec la participation des Évêques catholiques provenant de toutes les parties du monde, a été un signe lumineux de l’universalité de l’Église, accueillant, pour la première fois, un aussi grand nombre de Pères conciliaires provenant d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Océanie. Des Évêques missionnaires et des Évêques autochtones, Pasteurs de communautés éparses parmi des populations non chrétiennes, qui portaient au sein de l’Assise conciliaire l’image d’une Église présente sur tous les continents et qui se faisaient interprètes des réalités complexes de ce qu’il était alors convenu d’appeler le « Tiers Monde ». Riches de l’expérience du fait d’être Pasteurs d’Églises jeunes et en voie de formation, animés par la passion pour la diffusion du Royaume de Dieu, ils ont contribué de manière notable à réaffirmer la nécessité et l’urgence de l’évangélisation ad gentes, et donc à porter au centre de l’ecclésiologie la nature missionnaire de l’Église.
Ecclésiologie missionnaire
Cette vision n’a pas disparu aujourd’hui. Elle a même connu une féconde réflexion théologique et pastorale et, dans le même temps, elle se présente à nouveau avec un caractère d’urgence renouvelé parce que le nombre de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ a augmenté : « Les hommes qui attendent le Christ sont encore en nombre incalculable » affirmait le Bienheureux Jean-Paul II dans son Encyclique Redemptoris missio à propos de la validité permanente du mandat missionnaire. Et il ajoutait : « Nous ne pouvons pas avoir l'esprit tranquille en pensant aux millions de nos frères et sœurs, rachetés eux aussi par le sang du Christ, qui vivent dans l'ignorance de l'amour de Dieu » (n. 86). Moi aussi, en convoquant l’Année de la Foi, j’ai écrit que le Christ « aujourd’hui comme alors, nous envoie par les routes du monde pour proclamer son Évangile à tous les peuples de la terre » (Lettre Apostolique Porta fidei, n. 7). Proclamation qui, comme l’indiquait également le Serviteur de Dieu Paul VI dans l’Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, « n’est pas pour l’Église une contribution facultative : c’est le devoir qui lui incombe, par mandat du Seigneur Jésus, afin que les hommes puissent croire et être sauvés. Oui, ce message est nécessaire. Il est unique. Il ne saurait être remplacé » (n. 5). Nous avons donc besoin de retrouver le même élan apostolique des premières communautés chrétiennes qui, petites et sans défense, furent capables, par l’annonce et le témoignage, de diffuser l’Évangile dans l’ensemble du monde alors connu.
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner du fait que le Concile Vatican II et le Magistère de l’Église qui l’a suivi insistent spécialement sur le mandat missionnaire que le Christ a confié à ses disciples et qui doit constituer l’engagement de l’ensemble du Peuple de Dieu, des Évêques, des prêtres, des diacres, des religieux, des religieuses et des laïcs. La mission d’annoncer l’Évangile sur toute la terre appartient en premier lieu aux Évêques, directement responsables de l'évangélisation dans le monde, tant en qualité de membres du collège épiscopal que comme Pasteurs des Églises particulières. En effet, ils « ont été consacrés non seulement pour un diocèse, mais pour le salut du monde entier » (Jean-Paul II, Encyclique Redemptoris missio, n. 63), « messagers de la foi, qui amènent au Christ de nouveaux disciples » (Ad gentes, n. 20) et rendent « visibles l’esprit et l’ardeur missionnaires du Peuple de Dieu, en sorte que le diocèse tout entier devient missionnaire » (ibid., n. 38).
La priorité de l’évangélisation
Le mandat de prêcher l’Évangile ne se limite donc pas pour un Pasteur, à l’attention accordée à la portion du Peuple de Dieu qui est confiée à ses soins pastoraux, ni à l’envoi de quelque prêtre ou laïc fidei donum. Il doit impliquer toute l’activité de l’Église particulière, tous ses secteurs, en bref tout son être et tout son agir. Le Concile Vatican II l’a indiqué clairement et le Magistère successif l’a réaffirmé avec force. Cela demande d’adapter constamment styles de vie, plans pastoraux et organisation diocésaine à cette dimension fondamentale de l’Église, en particulier au sein de notre monde en continuel changement. Et ceci vaut également pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique tout comme pour les Mouvements ecclésiaux : toutes les composantes de la grande mosaïque de l’Église doivent se sentir fortement interpellées par le mandat du Seigneur de prêcher l’Évangile, afin que le Christ soit annoncé partout. Nous Pasteurs, religieux et religieuses ainsi que tous les fidèles dans le Christ, nous devons nous mettre sur les traces de l’apôtre Paul, qui, « prisonnier du Christ à cause de vous, païens... » (Ep 3, 1) a travaillé, souffert et lutté pour porter l’Évangile parmi les païens (Col 1, 24-29) sans économiser énergie, temps et moyens pour faire connaître le Message du Christ.
Aujourd’hui encore, la mission ad gentes doit être l’horizon constant et le paradigme de toute activité ecclésiale parce que l’identité même de l’Église est constituée par la foi dans le Mystère de Dieu qui s’est révélé dans le Christ pour nous porter le salut et par la mission de lui rendre témoignage et de l’annoncer au monde jusqu’à son retour. Comme saint Paul, nous devons être attentifs à ceux qui sont loin, à ceux qui ne connaissent pas encore le Christ et n’ont pas encore fait l’expérience de la paternité de Dieu, bien conscients que « la coopération s'élargit aujourd'hui en prenant des formes nouvelles, qui comportent non seulement l'aide économique mais aussi la participation directe à l’évangélisation » (Jean Paul II, Encyclique Redemptoris missio, n. 82). La célébration de l’Année de la Foi et du Synode des Évêques sur la nouvelle évangélisation constitueront des occasions propices en vue de la relance de la coopération missionnaire, surtout sous cette seconde forme.
Foi et annonce
Le désir d’annoncer le Christ nous pousse à lire l’histoire pour y découvrir les problèmes, les aspirations et les espérances de l’humanité que le Christ doit assainir, purifier et remplir de sa présence. Son message est en effet toujours actuel, il descend au cœur même de l’histoire et est capable d’apporter une réponse aux inquiétudes les plus profondes de tout homme. C’est pourquoi l’Église, dans toutes ses composantes, doit être consciente du fait que « les horizons immenses de la mission ecclésiale, la complexité de la situation présente demandent aujourd’hui des modalités nouvelles pour communiquer de façon efficace la Parole de Dieu » (Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, n. 97). Ceci exige, d’abord et avant tout, une adhésion de foi renouvelée, personnelle et communautaire, à l’Évangile de Jésus Christ « en un moment de profond changement comme celui que l’humanité est en train de vivre » (Lettre Apostolique Porta fidei, n. 8).
L’un des obstacles à l’élan de l’évangélisation est, en effet, la crise de la foi non seulement du monde occidental mais d’une grande partie de l’humanité qui a pourtant faim et soif de Dieu et doit être invitée et conduite au pain de vie et à l’eau vive comme la Samaritaine qui se rend au puits de Jacob et dialogue avec le Christ. Ainsi que le raconte l’Évangéliste Jean, l’histoire de cette femme est particulièrement significative (cf. Jn 4, 1-30) : elle rencontre Jésus qui lui demande à boire mais lui parle ensuite d’une eau nouvelle, capable d’étancher sa soif pour toujours. Au début, la femme ne comprend pas, elle reste au plan matériel mais, lentement, elle est conduite par le Seigneur à accomplir un chemin de foi qui l’amène à le reconnaître comme étant le Messie. A ce propos, Saint Augustin affirme : « Après avoir reçu dans son cœur le Christ Notre-Seigneur, qu’aurait-elle de plus à faire [cette femme] que laisser là sa cruche et courir annoncer la bonne nouvelle ? (In Ioannis Ev.,15, 30). La rencontre avec le Christ en tant que Personne vivante qui étanche la soif du cœur ne peut que conduire au désir de partager avec d’autres la joie de cette présence et de le faire connaître afin que tous puissent en faire l’expérience. Il faut renouveler l’enthousiasme à communiquer la foi afin de promouvoir une nouvelle évangélisation des communautés et des pays d’antique tradition chrétienne qui sont en train de perdre la référence à Dieu, de manière à redécouvrir la joie de croire. La préoccupation d’évangéliser ne doit jamais demeurer en marge de l’activité ecclésiale et de la vie personnelle du chrétien, mais elle doit les caractériser de manière forte en étant conscients du fait que nous sommes destinataires et, dans le même temps, missionnaires de l’Évangile. Le point central de l’annonce demeure toujours le même : le Kérygme du Christ mort et ressuscité pour le salut du monde, le Kérygme de l’amour de Dieu absolu et total pour tout homme et pour toute femme. Ce Kérygme a culminé dans l’envoi du Fils éternel et unique, le Seigneur Jésus qui ne dédaigna pas de prendre la pauvreté de notre nature humaine, l’aimant et la rachetant du péché et de la mort en s’offrant lui-même sur la croix.
La foi en Dieu, dans ce dessein d’amour réalisé dans le Christ, est tout d’abord un don et un mystère à accueillir dans le cœur et dans la vie et dont il faut toujours remercier le Seigneur. Mais la foi est un don qui nous est donné pour être partagé ; elle est un talent reçu afin qu’il porte du fruit ; elle est une lumière qui ne doit pas demeurer cachée mais illuminer toute la maison. Elle est le don le plus important qui nous a été fait au cours de notre existence et que nous ne pouvons pas conserver pour nous-mêmes.
L’annonce se fait charité
« Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile ! », disait l’Apôtre Paul (1 Co 9, 16). Cette parole résonne avec force pour tout chrétien et pour toute communauté chrétienne sur tous les continents. Même pour les Églises se trouvant dans les territoires de mission, Églises pour la plupart jeunes, souvent de fondation récente, le caractère missionnaire est devenu une dimension naturelle même si elles-mêmes ont encore besoin de missionnaires. De nombreux prêtres, religieux et religieuses de toutes les parties du monde, de nombreux laïcs et même des familles entières quittent leurs pays, leurs communautés locales et se rendent auprès d’autres Églises pour témoigner et annoncer le Nom du Christ grâce auquel l’humanité trouve le salut. Il s’agit d’une expression de profonde communion, de partage et de charité entre les Églises afin que tout homme puisse écouter ou réécouter l’annonce qui guérit et s’approcher des Sacrements, source de la vraie vie.
Avec ce signe éminent de la foi qui se transforme en charité, je rappelle et je remercie les Œuvres pontificales missionnaires, instrument de la coopération à la mission universelle de l’Église dans le monde. Au travers de leur action, l’annonce de l’Évangile se fait également intervention d’aide au prochain, justice envers les plus pauvres, possibilité d’instruction jusque dans les villages les plus reculés, assistance médicale dans des lieux éloignés, émancipation de la misère, réhabilitation de ceux qui sont marginalisés, soutien au développement des peuples, dépassement des divisions ethniques, et respect de la vie en chacune de ses phases.
Chers frères et sœurs, j’invoque sur l’œuvre d’évangélisation ad gentes, et en particulier sur ses ouvriers, l’effusion de l’Esprit Saint afin que la Grâce de Dieu la fasse cheminer avec plus de décision dans l’histoire du monde. Avec le Bienheureux John Henry Newman, je voudrais prier : « Accompagne, ô Seigneur, tes missionnaires dans les terres à évangéliser ; mets les paroles justes sur leurs lèvres ; rends leur travail fructueux ». Que la Vierge Marie, Mère de l’Église et Étoile de l’Évangélisation, accompagne tous les missionnaires de l’Évangile.
Du Vatican, le 6 janvier 2012, Solennité de l’Épiphanie du Seigneur
BENEDICTUS PP. XVI
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MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES MISSIONS 2011
«Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie» (Jn 20,21)
A l’occasion du Jubilé de l’An 2000, le vénérable Jean-Paul II, au début d’un nouveau millénaire de l’année chrétienne, a répété avec force la nécessité de renouveler l’engagement d’apporter à tous l’annonce de l’Evangile avec le «même enthousiasme que celui qui a caractérisé les chrétiens de la première heure» (Lett. apost. Novo millennio ineunte, n. 58). C’est le service le plus précieux que l’Eglise puisse rendre à l’humanité et à chaque personne à la recherche des raisons profondes pour vivre en plénitude leur existence. C’est pourquoi cette même invitation retentit chaque année lors de la célébration de la Journée mondiale des missions. L’annonce permanente de l’Evangile, en effet, vivifie également l’Eglise, sa ferveur, son esprit apostolique, renouvelle ses méthodes pastorales afin qu’elles soient toujours plus appropriées aux nouvelles situations — même celles qui exigent une nouvelle évangélisation — et animées par l’élan missionnaire: «La mission renouvelle l'Eglise, renforce la foi et l'identité chrétienne, donne un regain d'enthousiasme et des motivations nouvelles. La foi s'affermit lorsqu'on la donne! La nouvelle évangélisation des peuples chrétiens trouvera inspiration et soutien dans l'engagement pour la mission universelle» (Jean-Paul II, Enc. Redemptoris missio, n. 2).
Allez et annoncez
Cet objectif est continuellement ravivé par la célébration de la liturgie, en particulier de l’Eucharistie, qui se conclut toujours en faisant écho au mandat de Jésus adressé aux Apôtres: «Allez...» (Mt 28, 19). La liturgie est toujours un appel «du monde» et un envoi «dans le monde» pour témoigner de ce dont on a fait l’expérience: la puissance salvifique de la Parole de Dieu, la puissance salvifique du mystère pascal du Christ. Tous ceux qui ont rencontré le Seigneur ressuscité ont ressenti le besoin de l’annoncer aux autres, comme le firent les deux disciples d’Emmaüs. Après avoir reconnu le Seigneur à la fraction du pain, «à cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze» et leur racontèrent ce qui leur était arrivé le long du chemin (Lc 24, 33-34). Le Pape Jean-Paul II exhortait à être «vigilants et prêts à reconnaître son visage pour courir vers nos frères et leur communiquer la grande nouvelle: “Nous avons vu le Seigneur!”» (Lett. apost. Novo millennio ineunte, n. 59).
A tous
Tous les peuples sont destinataires de l'annonce de l'Evangile. L'Eglise, «par nature est missionnaire, puisqu'elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père (Concile oecuménique Vatican II, Ad gentes, n. 2). Telle est «la grâce et la vocation de l'Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser» (Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, n. 14). De ce fait, elle ne peut jamais se replier sur elle-même. Elle s'enracine dans des lieux déterminés pour aller au-delà. Son action, conformément à la parole du Christ et sous l'influence de sa grâce et de sa charité, se fait pleinement et réellement présente à tous les hommes et à tous les peuples pour les mener à la foi en Christ (cf. Ad gentes, n. 5).
Ce devoir n'a rien perdu de son caractère urgent. Et même, «la mission du Christ Rédempteur, confiée à l'Eglise, est encore bien loin de son achèvement... Un regard d'ensemble porté sur l'humanité montre que cette mission en est encore à ses débuts et que nous devons nous engager de toutes nos forces à son service» (Jean-Paul II, Encyclique Redemptoris missio, n. 1). Nous ne pouvons être tranquilles à la seule pensée que, après deux mille ans, il y a encore des peuples qui ne connaissent pas le Christ et n'ont pas encore entendu son message de salut.
Mais pas seulement; le nombre de ceux qui, bien qu'ayant reçu le message de l'Evangile, l'ont oublié et abandonné et ne se reconnaissent plus dans l'Eglise ne cesse de croître et de nombreux milieux, même dans des sociétés traditionnellement chrétiennes, sont aujourd'hui réticents à s'ouvrir à la parole de la foi. Un changement culturel est en marche, renforcé aussi par la mondialisation, des mouvements de pensée et le relativisme dominant, un changement qui conduit à une mentalité et à un style de vie qui ignorent le message évangélique, comme si Dieu n'existait pas, et qui encouragent la recherche du bien-être, du gain facile, de la carrière et du succès comme but de la vie, même au détriment des valeurs morales.
La coresponsabilité de tous
La mission universelle implique toutes les personnes, tout et toujours. L'Evangile n'est pas un bien exclusif de celui qui l'a reçu, mais est un don à partager, une bonne nouvelle à communiquer. Et ce don-engagement est confié non seulement à quelques-uns, mais à tous les baptisés, qui sont «une race élue,... une nation sainte, un peuple acquis (par Dieu)» (1 P 2, 9), afin de proclamer ses œuvres merveilleuses.
Toutes les activités sont donc impliquées. L'attention et la collaboration à l'oeuvre évangélisatrice de l'Eglise dans le monde ne peuvent être limitées à certains moments ou à certaines occasions particulières, et ne peuvent pas être considérées non plus comme une des nombreuses activités pastorales: la dimension missionnaire de l'Eglise est essentielle et doit donc être toujours présente. Il est important qu’aussi bien les baptisés que les communautés ecclésiales participent non pas de manière sporadique et ponctuelle à la mission, mais de manière permanente, comme forme de vie chrétienne. La Journée des missions elle-même n'est pas un moment isolé au cours de l'année, mais elle représente une occasion précieuse pour s'arrêter et réfléchir afin de savoir de quelle manière nous pouvons répondre à la vocation missionnaire; une réponse essentielle pour la vie de l'Eglise.
Evangélisation globale
L'évangélisation est un processus complexe, qui comprend différents éléments. Parmi ceux-ci, l'animation missionnaire a toujours accordé une attention particulière à la solidarité. Cela constitue aussi un des objectifs de la Journée mondiale des missions qui, par l'intermédiaire des Œuvres pontificales missionnaires, sollicite l'aide pour l'accomplissement des tâches d'évangélisation dans les territoires de mission. Il s'agit de soutenir des institutions nécessaires pour établir et consolider l'Eglise à travers les catéchistes, les séminaires, les prêtres et d’apporter également sa contribution en vue de l'amélioration des conditions de vie des personnes dans les pays où les problèmes de pauvreté, de malnutrition surtout infantile, de maladies, de carence des services de santé et d'instruction sont les plus graves. Tout cela rentre également dans la mission de l'Eglise. En annonçant l'Evangile, elle a à coeur la vie humaine au sens le plus large. Le Serviteur de Dieu Paul VI affirmait que dans l'évangélisation, il n'était pas acceptable que l'on néglige les thèmes concernant la promotion humaine, la justice, la libération de toute forme d'oppression, tout en respectant, évidemment, l'autonomie du domaine politique. Se désintéresser des problèmes temporels de l'humanité reviendrait à «oublier la leçon qui vient de l'Evangile sur l'amour du prochain souffrant et nécessiteux » (Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, nn. 31.34), car cela ne serait pas conforme au comportement de Jésus, qui «parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la bonne nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur» (Mt 9, 35).
Ainsi, par la participation coresponsable à la mission de l'Eglise, le chrétien devient constructeur de la communion, de la paix, de la solidarité que le Christ nous a données et collabore à la réalisation du plan salvifique de Dieu pour toute l'humanité. Les défis à relever appellent les chrétiens à cheminer avec les autres et la mission est une partie intégrante de ce cheminement avec tous. Nous portons en nous, même si c'est dans des vases d'argile, notre vocation chrétienne, le trésor inestimable de l'Evangile, le témoignage vivant de Jésus mort et ressuscité, rencontré et professé dans l'Eglise.
Que la Journée des missions ranime en chacun le désir et la joie «d'aller» à la rencontre de l'humanité en apportant le Christ à tous. En son nom, je vous donne de tout cœur la Bénédiction apostolique, en particulier à ceux qui peinent et souffrent davantage pour l'Evangile.
Du Vatican, le 6 janvier 2011, solennité de l'Epiphanie du Seigneur.
BENEDICTUS PP. XVI
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MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES MISSIONS 2010
La construction de la communion ecclésiale
est la clé de la mission
Chers frères et sœurs,
Le mois d'octobre, avec la célébration de la Journée mondiale des missions, offre aux communautés diocésaines et paroissiales, aux instituts de vie consacrée, aux mouvements ecclésiaux, à tout le peuple de Dieu, l'occasion de renouveler l'engagement d'annoncer l'Evangile et de donner aux activités pastorales un plus grand souffle missionnaire. Ce rendez-vous annuel nous invite à vivre intensément les parcours liturgiques et catéchétiques, caritatifs et culturels, à travers lesquels Jésus Christ nous convoque à la table de sa Parole et de l'Eucharistie, pour goûter le don de sa Présence, nous former à son école et vivre de manière toujours plus consciente unis à Lui, Maître et Seigneur. Lui-même nous dit: « Celui qui m'aime sera aimé de mon Père; et je l'aimerai et je me manifesterai à lui » (Jn 14, 21). Ce n'est qu'à partir de cette rencontre avec l'Amour de Dieu, qui change l'existence, que nous pouvons vivre en communion avec Lui et entre nous, et offrir aux frères un témoignage crédible, en rendant raison de l'espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15). Une foi adulte, capable de s'en remettre totalement à Dieu dans une attitude filiale, nourrie par la prière, par la méditation de la Parole de Dieu et par l'étude des vérités de la foi, est une condition pour pouvoir promouvoir un humanisme nouveau, fondé sur l'Evangile de Jésus.
Au mois d'octobre, par ailleurs, de nombreux pays reprendront les diverses activités ecclésiales après la pause estivale, et l'Eglise nous invite à apprendre de Marie, à travers la prière du Saint Rosaire, à contempler le projet d'amour du Père sur l'humanité pour l'aimer comme Lui l'aime. N'est-ce pas là aussi le sens de la mission?
Le Père, en effet, nous appelle à être des enfants aimés dans son Fils, l'Aimé, et à nous reconnaître tous en tant que frères en Lui, Don de Salut pour l'humanité divisée par la discorde et par le péché, et Révélateur du vrai visage de ce Dieu qui « a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16).
« Nous voulons voir Jésus » (Jn 12, 21) est la demande que, dans l'Evangile de Jean, des Grecs, arrivés à Jérusalem pour le pèlerinage pascal, présentent à l'apôtre Philippe. Elle résonne aussi dans notre cœur en ce mois d'octobre, qui nous rappelle que l'engagement et le devoir de l'annonce évangélique concernent toute l'Eglise, « missionnaire par nature » (Ad gentes, n. 2), et elle nous invite à devenir les promoteurs d'une vie nouvelle, faite de relations authentiques, dans des communautés fondées sur l'Evangile. Dans une société multiethnique qui fait de plus en plus l'expérience de formes de solitude et d'indifférence préoccupantes, les chrétiens doivent apprendre à offrir des signes d'espérance et à devenir des frères universels, cultivant les grands idéaux qui transforment l'histoire et, sans fausses illusions ou peurs inutiles, s'engager à faire de la planète la maison de tous les peuples.
Comme les pèlerins grecs d'il y a deux mille ans, les hommes de notre temps eux aussi, parfois sans en être conscients, demandent aux croyants non seulement de « parler » de Jésus, mais de « faire voir » Jésus, faire resplendir le Visage du Rédempteur dans tous les lieux de la terre devant les générations du nouveau millénaire et tout particulièrement devant les jeunes de tous les continents, destinataires privilégiés et sujets de l'annonce évangélique. Ils doivent sentir que les chrétiens apportent la parole du Christ parce qu'il est la Vérité, parce qu'ils ont trouvé en Lui le sens, la vérité pour leur vie.
Ces considérations renvoient au mandat missionnaire qu'ont reçu les baptisés et toute l'Eglise, mais qui ne peut pas se réaliser de manière crédible sans une profonde conversion personnelle, communautaire et pastorale. En effet, la conscience de l'appel à annoncer l'Evangile encourage non seulement chaque fidèle individuellement, mais toutes les communautés diocésaines et paroissiales à un renouveau intégral et à s'ouvrir toujours davantage à la coopération missionnaire entre les Eglises, pour promouvoir l'annonce de l'Evangile dans le cœur de chaque personne, de chaque peuple, culture, race, nationalité, sous toutes les latitudes. Cette conscience est alimentée à travers l'œuvre de prêtres Fidei donum, de personnes consacrées, de catéchistes, de laïcs missionnaires, dans une recherche constante en vue de promouvoir la communion ecclésiale, de manière que le phénomène de l'« interculturalité » puisse lui aussi s'intégrer dans un modèle d'unité, dans lequel l'Evangile soit un ferment de liberté et de progrès, une source de fraternité, d'humilité et de paix (cf. Ad gentes, n. 8). L'Eglise, en effet, « étant dans le Christ, en quelque sorte, le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain » (Lumen gentium, n. 1).
La communion ecclésiale naît de la rencontre avec le Fils de Dieu, Jésus Christ, qui, dans l'annonce de l'Eglise, touche tous les hommes et crée une communion avec Lui-même et donc avec le Père et l'Esprit Saint (cf. 1 Jn 1, 3). Le Christ établit une nouvelle relation entre l'homme et Dieu. « C'est lui qui nous révèle que "Dieu est charité" (1 Jn 4, 8) et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc aussi de la transformation du monde, est le nouveau commandement de l'amour. A ceux qui croient à la divine charité, il apporte ainsi la certitude que la voie de l'amour est ouverte à tous les hommes et que l'effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n'est pas vain » (Gaudium et spes, n. 38).
L'Eglise devient « communion » à partir de l'Eucharistie, où le Christ, présent dans le pain et dans le vin, avec son sacrifice d'amour, construit l'Eglise comme son corps, en nous unissant au Dieu un et trine et entre nous (cf. 1 Co 10, 16 sqq). Dans l'exhortation apostolique Sacramentum caritatis, j'ai écrit: « Nous ne pouvons garder pour nous l'amour que nous célébrons dans ce Sacrement. Il demande de par sa nature d'être communiqué à tous. Ce dont le monde a besoin, c'est de l'amour de Dieu, c'est de rencontrer le Christ et de croire en lui » (n. 84). C'est pour cette raison que l'Eucharistie n'est pas seulement source et sommet de la vie de l'Eglise, mais aussi de sa mission: « Une Eglise authentiquement eucharistique est une Eglise missionnaire » (ibid.), capable de conduire tous les hommes à la communion avec Dieu, en annonçant avec conviction: « ce que nous avons vu et entendu nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous » (1 Jn 1,3).
Très chers frères et sœurs, en cette Journée mondiale des missions, où le regard du cœur s'élargit sur les immenses espaces de la mission, sentons-nous tous les acteurs de l'engagement de l'Eglise d'annoncer l'Evangile. L'élan missionnaire a toujours été un signe de vitalité pour nos Eglises (cf. Lett. enc. Redemptoris missio, n. 2) et leur coopération est un témoignage singulier d'unité, de fraternité et de solidarité, qui rend crédibles les annonciateurs de l'Amour qui sauve!
Je renouvelle donc à tous mon invitation à la prière et, malgré les difficultés économiques, à l'engagement à l'aide fraternelle et concrète au profit des jeunes Eglises. Ce geste d'amour et de partage, que se chargera d'effectuer le service précieux des Œuvres pontificales missionnaires, auxquelles va ma gratitude, soutiendra la formation des prêtres, des séminaristes et des catéchistes dans les terres de mission les plus lointaines et encouragera les jeunes communautés ecclésiales.
En conclusion du message annuel pour la Journée mondiale des missions, je souhaite exprimer, avec une affection particulière, ma reconnaissance aux missionnaires, hommes et femmes, qui témoignent dans les lieux les plus reculés et difficiles, souvent aussi par leur vie, l'avènement du Royaume de Dieu. C'est à eux, qui représentent les avant-gardes de l'annonce de l'Evangile, que vont l'amitié, la proximité et le soutien de tout croyant. Puisse « Dieu (qui) aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7), les combler de ferveur spirituelle et de joie profonde.
Comme le « oui » de Marie, toute réponse généreuse de la communauté ecclésiale à l'invitation divine à l'amour des frères suscitera une nouvelle maternité apostolique et ecclésiale (cf. Ga 4, 4.19.26) qui, en se laissant surprendre par le mystère du Dieu amour, qui « quand vint la plénitude du temps... envoya son Fils, né d'une femme » (Ga 4, 4), donnera confiance et audace aux nouveaux apôtres. Une telle réponse rendra tous les croyants aptes à la « joie de l'espérance » (Rm 12, 12) dans la réalisation du projet de Dieu, qui veut « que le genre humain tout entier constitue un seul peuple de Dieu, se rassemble dans le Corps unique du Christ, soit construit en un seul temple du Saint-Esprit » (Ad gentes, n. 7).
Du Vatican, le 6 février 2010
BENEDICTUS PP. XVI
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