MESSAGE DU SAINT-PÈRE
POUR LA XLVII JOURNÉE MONDIALE
DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS
25 AVRIL 2010 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES
Thème: Le témoignage suscite des vocations.
Vénérables Frères dans l’Épiscopat
et dans le Sacerdoce, chers frères et sœurs!
La 47ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations que nous célébrerons le 4ème dimanche de Pâques – dimanche du «Bon Pasteur» – le 25 avril 2010, me donne l’occasion de proposer à votre méditation un thème qui est bien en harmonie avec l’Année Sacerdotale: Le témoignage suscite des vocations. En effet, la fécondité de la proposition vocationnelle dépend avant tout de l’action gratuite de Dieu; mais, comme le confirme l’expérience pastorale, elle est aussi favorisée par la qualité et par la richesse du témoignage personnel et communautaire de ceux qui ont déjà répondu à l’appel du Seigneur dans le ministère sacerdotal et dans la vie consacrée: leur témoignage peut susciter chez d’autres le désir de répondre à leur tour, avec générosité, à l’appel du Christ. Ce thème est donc étroitement lié à la vie et à la mission des prêtres et des personnes consacrées. C’est la raison pour laquelle je voudrais inviter tous ceux que le Seigneur a appelés à travailler dans sa vigne, à renouveler la fidélité de leur réponse, surtout en cette Année Sacerdotale ouverte à l’occasion du 150ème anniversaire de la mort du saint Curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, exemple toujours actuel de prêtre et de curé.
Déjà dans l’Ancien Testament, les prophètes savaient qu’ils étaient appelés à témoigner par leur existence de ce qu’ils annonçaient, et ils étaient prêts à affronter même l’incompréhension, le rejet, la persécution. La mission que Dieu leur confiait les impliquait complètement, ils avaient au cœur comme un «feu dévorant» qu’on ne peut contenir (cf. Jr 20,9) et ils étaient prêts à mettre au service du Seigneur non seulement leur voix, mais aussi tous les aspects de leur existence. Dans la plénitude des temps, il appartiendra à Jésus, l’envoyé du Père (cf. Jn 5,36), de témoigner, par sa mission, de l’amour de Dieu à l’égard de tous les hommes sans distinction, avec une particulière attention aux plus petits, aux pécheurs, aux marginaux, aux pauvres. Il est, par excellence, le Témoin de Dieu et de sa volonté que tous soient sauvés. à l’aube des temps nouveaux, Jean-Baptiste, par sa vie entièrement consacrée à préparer les voies du Christ, témoigne que les promesses de Dieu s’accomplissent dans le Fils de Marie de Nazareth. Quand il le voit venir au Jourdain, où il baptisait, il le désigne à ses disciples comme «l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde» (Jn 1, 29). Son témoignage est si fécond, que deux de ses disciples «en l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus» (Jn 1, 37).
De même, la vocation de Pierre, selon ce qu’écrit l’évangéliste Jean, passe par le témoignage de son frère André qui, après avoir rencontré le Maître et répondu à son invitation à rester avec lui, éprouve le besoin de lui faire part immédiatement de ce qu’il a découvert en «demeurant» avec le Seigneur: «Nous avons trouvé le Messie – autrement dit le Christ – et il l’amena à Jésus» (Jn 1, 41-42). C’est ce qui est arrivé aussi à Nathanaël, Barthélémy, grâce au témoignage d’un autre disciple, Philippe, qui lui communique avec joie sa grande découverte: «Celui dont parlent la loi de Moïse et les Prophètes, nous l’avons trouvé: c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth» (Jn 1, 45). L’initiative libre et gratuite de Dieu rencontre et interpelle la responsabilité humaine de ceux qui accueillent son invitation à devenir, par leur propre témoignage, des instruments de l’appel divin. Ceci arrive encore aujourd’hui dans l’Église: Dieu se sert du témoignage des prêtres qui sont fidèles à leur mission pour susciter de nouvelles vocations sacerdotales et religieuses au service du peuple de Dieu. C’est la raison pour laquelle je désire rappeler trois aspects de la vie du prêtre, qui me paraissent essentiels pour un témoignage sacerdotal efficace.
L’amitié avec le Christ est un élément fondamental et reconnaissable de toute vocation au sacerdoce et à la consécration. Jésus vivait en constante union avec son Père, ce qui suscitait chez les disciples le désir de vivre la même expérience, en apprenant de Lui la communion et le dialogue incessant avec Dieu. Si le prêtre est l’«homme de Dieu», qui appartient à Dieu et qui aide à le connaître et à l’aimer, il ne peut pas ne pas cultiver une profonde intimité avec Lui, demeurer dans son amour, en faisant place à l’écoute de sa Parole. La prière est le premier témoignage qui suscite des vocations. De même que l’apôtre André annonce à son frère qu’il a rencontré le Maître, celui qui veut être disciple et témoin du Christ doit l’avoir «vu» personnellement, doit l’avoir connu, doit avoir appris à l’aimer et à demeurer avec Lui.
Le don total de soi à Dieu est un autre aspect de la consécration sacerdotale et de la vie consacrée. L’apôtre Jean écrit: «Voici à quoi nous avons reconnu l’amour: lui, Jésus, a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères» (1 Jn 3, 16). Par ces mots, il invite les disciples à entrer dans la logique même de Jésus qui, dans toute son existence, a accompli la volonté du Père jusqu’au don suprême sur la croix. La miséricorde de Dieu se manifeste là dans toute sa plénitude: amour miséricordieux qui a vaincu les ténèbres du mal, du péché et de la mort. Le geste de Jésus qui, à la Dernière Cène, se lève de table, dépose ses vêtements, prend un linge dont il se ceint, et se penche pour laver les pieds des Apôtres, exprime le sens du service et du don manifestés dans son existence tout entière, en obéissance à la volonté du Père (cf. Jn 13, 3-15). à la suite de Jésus, toute personne appelée à vivre une consécration spéciale doit s’efforcer de témoigner de ce don total de soi à Dieu. C’est de cela que naît la capacité de se donner ensuite à ceux que la Providence lui confie dans le ministère pastoral, avec un dévouement complet, permanent et fidèle, dans la joie de se faire compagnon de voyage de tant de frères, pour qu’ils s’ouvrent à la rencontre avec le Christ et que sa Parole devienne lumière sur leur route. L’histoire de chaque vocation est presque toujours liée au témoignage d’un prêtre qui vit avec joie le don de lui-même à ses frères pour le Royaume des cieux. Ceci parce que le voisinage et la parole d’un prêtre sont capables de faire surgir des interrogations et de conduire à des décisions, même définitives (cf. Jean-Paul II, Exhort. ap. post-synod. Pastores dabo vobis, n. 39).
Enfin, vivre la communion est un troisième aspect qui ne peut pas ne pas caractériser le prêtre et la personne consacrée. Jésus a indiqué la profonde communion dans l’amour comme signe distinctif de celui qui veut être son disciple: «Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples: c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres» (Jn 13, 35). De façon particulière, le prêtre doit être un homme de communion, ouvert à tous, capable de faire marcher dans l’unité tout le troupeau que la bonté du Seigneur lui a confié, en l’aidant à dépasser les divisions, à recoudre les déchirures, à aplanir les oppositions et les incompréhensions, à pardonner les offenses. Lorsque j’ai rencontré le Clergé d’Aoste en juillet 2005, j’ai dit que si les jeunes voient des prêtres isolés et tristes, ils ne se sentent certainement pas encouragés à suivre leur exemple. Ils restent perplexes s’ils sont amenés à penser que tel est l’avenir du prêtre. Il est au contraire important de réaliser la communion de vie qui leur révèle la beauté du sacerdoce. Alors le jeune dira: «Cela peut être un avenir également pour moi, on peut vivre ainsi» (Insegnamenti I, [2005], 354). à propos du témoignage qui suscite des vocations, le Concile Vatican II souligne l’exemple de charité et de collaboration fraternelle que doivent offrir les prêtres (cf. Décret Optatam totius, n. 2).
Je rappelle volontiers ce qu’a écrit mon vénéré Prédécesseur Jean-Paul II: «La vie des prêtres, leur dévouement absolu au peuple de Dieu, leur témoignage de service d'amour pour le Seigneur et son Église – un témoignage marqué du signe de la croix, acceptée dans l'espérance et la joie pascale –, leur concorde fraternelle et leur zèle pour l'évangélisation du monde sont les premiers et les plus convaincants des facteurs de la fécondité des vocations» (Pastores dabo vobis, 41). On pourrait dire que les vocations sacerdotales naissent du contact avec les prêtres, à la manière d’un précieux patrimoine qui est transmis par la parole, l’exemple et toute l’existence.
Ceci vaut également pour la vie consacrée. L’être même des religieux et des religieuses parle de l’amour du Christ quand ils le suivent en pleine fidélité à l’Évangile et en assument avec joie les critères de jugement et de comportement. Ils deviennent «signe de contradiction» pour le monde, dont la logique est souvent inspirée par le matérialisme, l’égoïsme et l’individualisme. Parce qu’ils se laissent conquérir par Dieu en renonçant à eux-mêmes, leur fidélité et la force de leur témoignage continuent de susciter dans le cœur de tant de jeunes le désir de suivre le Christ à leur tour et pour toujours, de façon généreuse et absolue. Imiter le Christ chaste, pauvre et obéissant, et s’identifier à Lui: tel est l’idéal de la vie consacrée, témoignage du primat absolu de Dieu dans la vie et l’histoire des hommes.
Tout prêtre, tout consacré, toute consacrée qui est fidèle à sa vocation communique la joie de servir le Christ et invite les chrétiens à répondre à l’appel universel à la sainteté. Par conséquent, l’exemple de ceux qui ont déjà dit leur «oui» à Dieu et au projet de vie qu’Il a sur chacun, est indispensable pour promouvoir les vocations spécifiques au ministère sacerdotal et à la vie consacrée, pour rendre plus fort et plus incisif l’appel vocationnel. Le témoignage personnel, fait de choix existentiels et concrets, encouragera les jeunes à prendre, à leur tour, des décisions exigeantes qui engagent leur avenir. Pour les aider, il faut cet art de la rencontre et du dialogue capable de les éclairer et de les accompagner, grâce surtout à l’exemplarité d’une existence vécue comme une vocation. C’est ce qu’a fait le Saint Curé d’Ars: en contact permanent avec ses paroissiens, il «enseignait surtout par le témoignage de sa vie. A son exemple, les fidèles apprenaient à prier» (
Lettre pour l’Indiction de l’Année Sacerdotale, 16 juin 2009).
Que cette Journée Mondiale puisse offrir encore une fois une précieuse occasion à beaucoup de jeunes pour réfléchir sur leur propre vocation, en y adhérant avec simplicité, confiance et pleine disponibilité! Que la Vierge Marie, Mère de l’Église, protège tout germe de vocation, si petit soit-il, dans le cœur de ceux que le Seigneur appelle à le suivre de plus près; qu’elle fasse en sorte qu’il devienne un arbre robuste, chargé de fruits pour le bien de l’Église et de l’humanité tout entière! Je prie pour cela et j’accorde à tous la Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 13 novembre 2009
BENEDICTUS PP. XVI
MESSAGE DU SAINT-PÈRE
POUR LA XLVI JOURNÉE MONDIALE
DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS
3 MAI 2009 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES
Thème: "La confiance en l’initiative divine et la réponse humaine"
Vénérables Frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce,
Chers frères et sœurs!
Pour la prochaine Journée Mondiale de prière pour les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, qui sera célébrée le 3 mai 2009, Quatrième Dimanche de Pâques, j’ai choisi d’inviter tout le Peuple de Dieu à réfléchir sur le thème: la confiance en l’initiative divine et la réponse humaine. L’exhortation de Jésus à ses disciples résonne sans cesse dans l’Église: «Priez donc le Maître de la moisson, afin qu’il envoie des ouvriers à sa moisson!» (Mt 9,38). Priez! L’appel pressant du Seigneur montre comment la prière pour les vocations doit être incessante et confiante. C’est, de fait, seulement si elle est animée par la prière que la communauté chrétienne peut effectivement «avoir plus de foi et d'espérance en l'initiative divine» (Exhort. apost. post-synodale Sacramentum caritatis, n. 26).
La vocation au sacerdoce et à la vie consacrée constitue un don divin spécial qui s’insère dans le vaste projet d’amour et de salut que Dieu a sur chaque homme et sur l’humanité entière. Dans sa lettre aux Éphésiens, l’apôtre Paul, dont nous faisons mémoire de façon spéciale pendant cette Année paulinienne du bimillénaire de sa naissance, dit: «Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ, nous a élus en lui dès avant la création du monde pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour» (Ep 1,3-4).
Dans l’appel universel à la sainteté se détache l’initiative spéciale de Dieu qui choisit certains afin qu’ils suivent son Fils Jésus Christ de plus près et soient ses ministres et ses témoins privilégiés. Le Divin Maître appela personnellement les Apôtres «pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons» (Mc 3,14-15); ceux-ci, à leur tour, se sont associés d’autres disciples, fidèles collaborateurs dans le ministère missionnaire. Et c’est ainsi que dans l’Église, au long des siècles, en répondant à l’appel du Seigneur et en se montrant dociles à l’action de l’Esprit Saint, une multitude de prêtres et de personnes consacrées se sont mises au service exclusif de l’Évangile. Rendons grâce au Seigneur qui, encore aujourd’hui, continue d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il est vrai que dans telle ou telle région de la terre on constate un manque préoccupant de prêtres et que des difficultés et des obstacles se dressent sur le chemin de l’Église; cependant nous sommes soutenus par la ferme certitude que le Seigneur guide l’Église avec sûreté sur les sentiers de l’histoire vers l’accomplissement définitif du Royaume, lui qui choisit librement et invite à sa suite des personnes de toute culture et de tout âge, selon les insondables desseins de son amour miséricordieux.
Notre premier devoir est donc de maintenir vivante, par une prière incessante, notre supplication pour que s’exerce cette initiative divine dans les familles et les paroisses, dans les mouvements et les associations engagés dans l’apostolat, dans les communautés religieuses et dans toutes les structures de la vie diocésaine. Nous devons prier pour que le peuple chrétien tout entier grandisse dans la confiance en Dieu, dans la certitude que le «maître de la moisson» ne cesse pas de demander à certains de consacrer librement leur existence pour collaborer plus étroitement avec lui à l’œuvre du salut. Et de la part de ceux qui sont appelés, il faut une écoute attentive et un discernement prudent, une prompte et généreuse adhésion au projet divin, un sérieux approfondissement de ce qui est le propre de la vocation sacerdotale et religieuse afin d’y correspondre de façon responsable et convaincue. Le Catéchisme de l’Église Catholique rappelle avec justesse que la libre initiative de Dieu requiert la libre réponse de l’homme. Il s’agit d’une réponse positive qui présuppose toujours l’acceptation du projet que Dieu a sur chacun et la coopération à celui-ci; une réponse qui accueille l’initiative d’amour du Seigneur et devienne pour qui est appelé une exigence morale qui engage, un hommage reconnaissant à Dieu et une pleine coopération au plan qu’il poursuit dans l’histoire (cf. n. 2062).
En contemplant le mystère eucharistique, qui exprime de la façon la plus haute le don libre fait par le Père dans la Personne de son Fils Unique pour le salut des hommes, et la disponibilité pleine et docile du Christ à boire jusqu’à la lie la «coupe» de la volonté de Dieu (cf. Mt 26,39), nous comprenons mieux comment «la confiance dans l’initiative divine» modèle et donne valeur à la «réponse humaine». Dans l’Eucharistie, don parfait qui réalise le projet d’amour pour la rédemption du monde, Jésus s’immole librement pour le salut de l’humanité. «L'Église - a écrit mon bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II - a reçu l'Eucharistie du Christ son Seigneur non comme un don, pour précieux qu'il soit parmi bien d'autres, mais comme le don par excellence, car il est le don de lui-même, de sa personne dans sa sainte humanité, et de son œuvre de salut» (Encycl. Ecclesia de Eucharistia, n. 11).
Les prêtres sont destinés à perpétuer ce mystère salvifique à travers les siècles jusqu’au retour glorieux du Seigneur, et c’est précisément dans le Christ eucharistique qu’ils peuvent contempler le modèle parfait d’un «dialogue vocationnel» entre la libre initiative du Père et la réponse confiante du Christ. Dans la célébration eucharistique, c’est le Christ qui agit en ceux qu’Il choisit comme ses ministres; il les soutient pour que leur réponse se déploie en une attitude de confiance et de gratitude qui dissipe toute peur, même quand devient plus forte l’expérience de la faiblesse personnelle (cf. Rm 8,26-30) ou plus rude le contexte d’incompréhension, voire même de persécution.
La conscience d’être sauvés par l’amour du Christ, que chaque Messe alimente chez les croyants et spécialement chez les prêtres, ne peut pas ne pas susciter en eux un abandon confiant dans le Christ qui a donné sa vie pour nous. Croire au Seigneur et accepter son don conduit donc à s’abandonner à Lui avec un cœur reconnaissance, en adhérant à son projet salvifique. Quand cela advient, volontiers l’«appelé» abandonne tout et se met à l’école du divin Maître; un dialogue fécond s’instaure alors entre Dieu et l’homme, une rencontre mystérieuse se réalise entre l’amour du Seigneur qui appelle et la liberté de l’homme qui lui répond dans l’amour tandis que résonnent en lui les paroles de Jésus: «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit, et que votre fruit demeure» (Jn 15,16).
Cet échange d’amour entre l’initiative divine et la réponse humaine est également présent, d’une manière admirable, dans la vocation à la vie consacrée. Le Concile Vatican II rappelle: «Les conseils évangéliques de la chasteté consacrée à Dieu, de la pauvreté et de l'obéissance, fondés sur les paroles et les exemples du Seigneur et recommandés par les Apôtres, les Pères, les docteurs et les pasteurs de l'Église, sont un don divin que l'Église a reçu de son Seigneur et qu'elle conserve toujours avec sa grâce» (Const. Lumen gentium, n. 43). Là encore, Jésus est le modèle exemplaire d’une pleine et confiante adhésion à la volonté du Père, que chaque personne consacrée doit regarder. Attirés par lui, une multitude d’hommes et de femmes ont, depuis les premiers siècles du christianisme, abandonné famille, propriétés, richesses matérielles et tout ce qui est humainement désirable, pour suivre généreusement le Christ et vivre sans compromis son Évangile devenu pour eux une école de sainteté radicale. Aujourd’hui encore, beaucoup parcourent cet exigeant chemin de perfection évangélique et réalisent leur vocation par la profession des conseils évangéliques. Le témoignage de ces frères et de ces sœurs, dans les monastères de vie contemplative comme dans les instituts et les congrégations de vie apostolique, rappelle au peuple de Dieu «le mystère du Royaume de Dieu, qui agit déjà dans l'histoire, mais qui attend de prendre sa pleine dimension dans les cieux» (Exhort. apost. post-synodale Vita consecrata, n. 1).
Qui peut se juger digne d’accéder au ministère sacerdotal? Qui, en ne comptant que sur ses seules forces humaines, peut embrasser la vie consacrée? Il est utile, une fois encore, de rappeler que la réponse de l’homme à l’appel divin – quand on est conscient que c’est Dieu qui prend l’initiative et que c’est lui aussi qui conduit le projet salvifique à son terme – ne ressemble jamais au calcul craintif du serviteur paresseux qui, par peur, a enfoui dans la terre le talent qui lui a été confié (cf. Mt 25, 14-30), mais s’exprime en une prompte adhésion à l’invitation du Seigneur, comme le fit Pierre quand il n’hésita pas à jeter de nouveau les filets en se fiant à sa parole, alors qu’il avait peiné toute la nuit sans rien prendre (cf. Lc 5,5). Sans abdiquer en rien sa responsabilité personnelle, la libre réponse de l’homme à Dieu devient ainsi «coresponsabilité», responsabilité dans et avec le Christ, dans la puissance de l’action de son Esprit Saint; elle devient communion avec Celui qui nous rend capables de porter beaucoup de fruit (cf. Jn 15,5).
Nous trouvons une réponse humaine emblématique, une réponse de totale confiance en l’initiative divine, dans l’«Amen» généreux et plénier que la Vierge de Nazareth a prononcé dans une adhésion humble et décidée aux desseins du Très-Haut que l’envoyé céleste lui a communiqués (cf. Lc 1,38). La promptitude de son «oui» lui permit de devenir la Mère de Dieu, la Mère de notre Sauveur. Marie dut ensuite répéter tant d’autres fois ce premier «fiat», jusqu’au moment culminant de la crucifixion de Jésus, alors qu’elle «se tenait près de la croix», comme le note l’évangéliste Jean, participant à l’atroce douleur de son Fils innocent. Et précisément sur la croix, Jésus mourant nous l’a donnée comme Mère et nous a confiés à elle comme ses fils (cf. Jn 19,26-27), Mère spécialement des prêtres et des personnes consacrées. Je voudrais lui confier ceux qui entendent l’appel de Dieu à se mettre en marche sur la route du sacerdoce ministériel ou de la vie consacrée.
Chers amis, ne vous découragez pas devant les difficultés et les doutes; confiez-vous à Dieu et suivez fidèlement Jésus, et vous serez les témoins de la joie qui jaillit de l’union intime avec lui. A l’imitation de la Vierge Marie, que les génération proclament bienheureuse parce qu’elle a cru (cf. Lc 1,48), engagez-vous avec toute votre énergie spirituelle pour réaliser le projet salvifique du Père céleste, en cultivant comme elle, dans votre cœur, la capacité de vous émerveiller et d’adorer Celui qui a le pouvoir de faire de «grandes choses» parce que Saint est son nom (cf. ibid., 1,49).
Du Vatican, le 20 janvier 2009
BENEDICTUS PP. XVI
MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI
POUR LA XLV JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE
POUR LES VOCATIONS
13 AVRIL 2008 - IVe DIMANCHE DE PÂQUES
Thème : «Les vocations au service de l'Église-mission»
Chers frères et sœurs !
1. Pour la Journée mondiale de prière pour les vocations, qui sera célébrée le 13 avril 2008, j'ai choisi pour thème : Les vocations au service de l'Église-mission. Jésus ressuscité a confié aux Apôtres le mandat : «Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit» (Mt 28, 19), en leur promettant : «Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde» (Mt 28, 20). L'Église est missionnaire dans sa totalité et en chacun de ses membres. Si, en vertu des sacrements du Baptême et de la Confirmation, tout chrétien est appelé à témoigner et à annoncer l'Évangile, la dimension missionnaire est spécialement et intimement liée à la vocation sacerdotale. Dans l'alliance avec Israël, Dieu confia à des hommes, choisis par avance, appelés par Lui et envoyés au peuple en son nom, la mission d'être prophètes et prêtres. Il fit ainsi, par exemple, avec Moïse : «Maintenant, va ! – lui dit le Seigneur – Je t'envoie chez Pharaon : tu feras sortir d'Égypte mon peuple… quand tu auras fait sortir d'Égypte mon peuple, vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne» (Ex 3, 10.12). Il en fut de même avec les prophètes.
2. Les promesses faites à nos Pères se réalisèrent pleinement en Jésus Christ. À ce sujet, le Concile Vatican II affirme : «Le Fils est donc venu, envoyé par le Père qui nous a élus en lui avant la création du monde et nous a prédestinés à l’adoption filiale… C'est pourquoi le Christ, pour accomplir la volonté du Père, a inauguré sur terre le Royaume des cieux, et nous a révélé son mystère et, par son obéissance, a effectué la Rédemption» (Const. dogm. Lumen gentium, n. 3). Et, comme proches collaborateurs dans son ministère messianique, Jésus se choisit des disciples, dès sa vie publique, pendant sa prédication en Galilée. Par exemple, lors de la multiplication des pains, quand il dit à ses Apôtres : «Donnez-leur vous-même à manger» (Mt 14, 16), les incitant ainsi à prendre en charge les besoins des foules, auxquelles il voulait offrir la nourriture pour les rassasier, mais aussi pour leur révéler la nourriture «qui se garde jusque dans la vie éternelle» (Jn 6, 27). Il était saisi de compassion pour les hommes, parce qu'en parcourant les villes et les villages, il rencontrait des foules fatiguées et abattues, «comme des brebis sans berger» (cf. Mt 9, 36). De ce regard d'amour jaillissait son invitation aux disciples : «Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson» (Mt 9, 38), et il envoya les Douze d'abord «aux brebis perdues de la maison d'Israël», avec des instructions précises. Si nous nous arrêtons pour méditer cette page de l'Évangile de Matthieu, que l'on appelle habituellement «le discours missionnaire», nous relevons tous les aspects qui caractérisent l'activité missionnaire d'une communauté chrétienne qui veut rester fidèle à l'exemple et à l'enseignement de Jésus. Correspondre à l'appel du Seigneur nécessite d'affronter, avec prudence et simplicité, tout danger et même les persécutions, puisque «le disciple n'est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur» (Mt 10, 24). Devenus un avec le Maître, les disciples ne sont plus seuls à annoncer le Royaume des cieux, mais c'est Jésus lui-même qui agit en eux : «Qui vous accueille m'accueille, et qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé» (Mt 10, 40). Et en outre, comme véritables témoins, «revêtus d'une force venue d'en-haut» (Lc 24, 49), ils prêchent «la conversion et le pardon des péchés» (Lc 24, 47) à toutes les nations.
3. C’est précisément parce qu'ils sont envoyés par le Seigneur que les Douze prennent le nom d'"apôtres", destinés à parcourir les routes du monde en annonçant l'Évangile comme témoins de la mort et de la résurrection du Christ. Saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : «Nous – c'est-à-dire les Apôtres – nous proclamons un Messie crucifié» (1 Co 1, 23). Dans ce processus d'évangélisation, le livre des Actes des Apôtres attribue aussi un rôle très important à d'autres disciples, dont la vocation missionnaire provient de circonstances providentielles, parfois douloureuses, comme l'expulsion de leur terre en tant qu'adeptes de Jésus (cf. 8, 1-4). L'Esprit Saint permet de transformer cette épreuve en occasion de grâce et d’en tirer profit pour que le nom du Seigneur soit annoncé à d'autres peuples et qu'ainsi s'élargisse le cercle de la Communauté chrétienne. Il s'agit d'hommes et de femmes qui, comme l'écrit Luc dans le livre des Actes, «ont consacré leur vie à la cause de notre Seigneur Jésus Christ» (15, 26). Le premier de tous, appelé par le Seigneur lui-même à être un véritable Apôtre, est certainement Paul de Tarse. L'histoire de Paul, le plus grand missionnaire de tous les temps, fait émerger, sous de multiples points de vue, le lien entre vocation et mission. Accusé par ses adversaires de ne pas être autorisé à l'apostolat, il fait maintes fois appel à la vocation qu'il a reçue directement du Seigneur (cf. Rm 1, 1 ; Ga 1, 11-12.15-17).
4. Au début, comme par la suite, c'est toujours «l'amour du Christ» qui «pousse» les Apôtres (cf. 2 Co 5, 14). En fidèles serviteurs de l'Église, dociles à l'action de l'Esprit Saint, d'innombrables missionnaires ont suivi les traces des premiers disciples au long des siècles. Le Concile Vatican II fait remarquer : «Bien qu'à tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi, le Christ Seigneur ne cesse cependant d’appeler parmi ses disciples ceux qu'il veut pour qu'ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher aux peuples païens (cf. Mc 3, 13-15)» (Décr. Ad gentes, n. 23). En effet, l'amour du Christ est communiqué à nos frères par l’exemple et par la parole, et par toute l’existence. «La vocation spéciale des missionnaires ad vitam – selon les paroles de mon vénéré Prédécesseur Jean-Paul II – conserve toute sa valeur : elle est le paradigme de l'engagement missionnaire de l'Église, qui a toujours besoin que certains se donnent radicalement et totalement, qui a toujours besoin d'élans nouveaux et audacieux» (Enc. Redemptoris missio, n. 66).
5. Parmi les personnes qui se dévouent totalement au service de l'Évangile, on trouve en particulier les prêtres. Ils sont appelés à dispenser la Parole de Dieu, à administrer les sacrements, spécialement l'Eucharistie et la Réconciliation, dévoués au service des plus petits, des malades, des pauvres, des personnes qui souffrent et de celles qui traversent des moments difficiles dans des régions de la terre où il y a parfois des multitudes qui, aujourd'hui encore, n'ont pas véritablement rencontré Jésus Christ. Les missionnaires leur apportent la première annonce de son amour rédempteur. Les statistiques montrent que le nombre des baptisés augmente chaque année grâce à l'activité pastorale de ces prêtres, entièrement consacrés au salut de leurs frères. Dans cet esprit, il faut remercier tout spécialement les «prêtres fidei donum, qui, avec compétence et généreux dévouement, construisent la communauté en lui annonçant la Parole de Dieu et en lui partageant le Pain de la vie, sans épargner leurs forces dans le service de la mission de l'Église. Il faut remercier Dieu pour les nombreux prêtres qui ont souffert jusqu'au sacrifice de leur vie pour servir le Christ… Il s'agit de témoignages émouvants qui peuvent inspirer beaucoup de jeunes à suivre à leur tour le Christ et à donner leur vie pour les autres, trouvant ainsi la vie véritable» (Exhort. ap. Sacramentum caritatis, n. 26). À travers ses prêtres, Jésus se rend donc présent parmi les hommes d'aujourd'hui, jusque dans les lieux les plus reculés de la terre.
6. Dans l'Église, il y a aussi depuis toujours beaucoup d'hommes et de femmes qui, poussés par l'action de l'Esprit Saint, choisissent de vivre l'Évangile d'une manière radicale, professant les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. Cette multitude de religieux et de religieuses, appartenant à d'innombrables Instituts de vie contemplative et active, a encore «une très grande part dans l'évangélisation du monde» (Décr. Ad gentes, n. 40). Par leur prière permanente et communautaire, les religieux de vie contemplative intercèdent sans cesse pour toute l'humanité ; les religieux de vie active, par leurs multiples formes d'action caritative, apportent à tous le témoignage vivant de l'amour et de la miséricorde de Dieu. À propos de ces apôtres de notre temps, le Serviteur de Dieu Paul VI tint à dire : «Grâce à leur consécration religieuse, ils sont par excellence volontaires et libres pour tout quitter et aller annoncer l'Évangile jusqu’aux confins du monde. Ils sont entreprenants, et leur apostolat est marqué souvent par une originalité, un génie qui forcent l’admiration. Ils sont généreux : on les trouve souvent aux avant-postes de la mission, et ils prennent les plus grands risques pour leur santé et leur propre vie. Oui, vraiment, l'Église leur doit beaucoup» (Exhort. ap. Evangelii nuntiandi, n. 69).
7. De plus, pour que l'Église puisse continuer à accomplir la mission qui lui a été confiée par le Christ et qu’il y ait toujours les évangélisateurs dont le monde a besoin, il est nécessaire que l’on ne néglige jamais dans les communautés chrétiennes une constante éducation à la foi des enfants et des adultes ; il est nécessaire de maintenir vivant chez les fidèles un sens actif de la responsabilité missionnaire et de la participation solidaire avec les peuples de la terre. Le don de la foi appelle tous les chrétiens à coopérer à l'évangélisation. Cette conscience est nourrie par la prédication et la catéchèse, la liturgie et une continuelle formation à la prière ; elle grandit par l'exercice de l'accueil, de la charité, de l'accompagnement spirituel, de la réflexion et du discernement, ainsi que par un projet pastoral dont le souci des vocations fait intégralement partie.
8. C'est seulement dans un terrain spirituellement bien cultivé que fleurissent les vocations au sacerdoce ministériel et à la vie consacrée. En effet, les communautés chrétiennes, qui vivent intensément la dimension missionnaire du mystère de l'Église, ne seront jamais portées à se replier sur elles-mêmes. La mission, comme témoignage de l'amour divin, devient particulièrement efficace quand elle est partagée d'une manière communautaire, «afin que le monde croie» (cf. Jn 17, 21). Ce don des vocations, l'Église le demande chaque jour à l'Esprit Saint. Comme à ses débuts, recueillie autour de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, la Communauté ecclésiale apprend d'elle à implorer du Seigneur la floraison de nouveaux apôtres qui sachent vivre en eux la foi et l’amour qui sont nécessaires pour la mission.
9. Alors que je confie ces réflexions à toutes les Communautés ecclésiales, afin qu'elles se les approprient et surtout qu'elles s'en inspirent pour la prière, j'encourage l'engagement de tous ceux qui agissent avec foi et générosité au service des vocations et de grand cœur j'adresse aux formateurs, aux catéchistes et à tous, spécialement aux jeunes en chemin vocationnel, une particulière Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 3 décembre 2007.
BENEDICTUS PP. XVI