MESSAGE DE SA SAINTETÉ
LE PAPE JEAN-PAUL II
XIe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE
Washington D.C., U.S.A., 11 février 2003
1. «Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde... Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru» (1Jn 4, 14.16).
Ces paroles de l’Apôtre Jean synthétisent bien aussi les finalités de la Pastorale de la santé, à travers laquelle l’Église, reconnaissant la présence du Seigneur dans les frères qui souffrent, s’attache à leur porter la bonne nouvelle de l’Évangile et à offrir à chacun d’eux des signes crédibles d’amour.
C'est le context de la XIe Journée mondiale du Malade, qui se tiendra le 11 février 2003 à Washington D.C., aux États-Unis, dans la basilique de l’Immaculée Conception, sanctuaire national. Le lieu et le jour qui ont été choisis invitent les croyants à tourner leur regard vers la Mère du Seigneur. En se confiant à elle, l’Église se sent poussée à témoigner de la charité, de manière renouvelée, pour être une icône vivante du Christ, Bon Samaritain, dans toutes les situations de souffrance physique et morale du monde d’aujourd’hui.
Les interrogations pressantes sur la souffrance et sur la mort, dramatiquement présentes dans le cœur de chaque homme malgré les tentatives faites continuellement par une mentalité sécularisée pour les occulter ou les ignorer, attendent des réponses pertinentes. Le chrétien, en particulier lorsqu’il est en présence d’expériences humaines tragiques, est appelé à témoigner de la vérité réconfortante du Christ ressuscité, qui prend sur lui les plaies et les maux de l’humanité, y compris la mort, et qui les convertit en occasions de grâce et de vie. Cette annonce et ce témoignage doivent être communiqués à tous, en tout point de la terre.
2. Grâce à la célébration de la prochaine Journée mondiale du malade, puisse l’Évangile de la vie et de l’amour retentir avec vigueur, spécialement en Amérique, où vivent plus de la moitié des catholiques ! «En Amérique, comme en d’autres parties du monde, un modèle de société où dominent les puissants, excluant et même éliminant les faibles, semble aujourd’hui se profiler: je pense ici aux enfants non nés, victimes sans défense de l’avortement; aux personnes âgées et aux malades incurables, parfois objet d’euthanasie; et à tant d’autres êtres humains mis en marge par la société de consommation et par le matérialisme. Et je ne puis oublier le recours non nécessaire à la peine de mort [...]. Un tel modèle de société porte l’empreinte de la culture de mort et est donc opposé au message évangélique» (Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in America, n. 63). Face à cette préoccupante réalité, comment ne pas placer, parmi les priorités pastorales, la défense de la culture de la vie ? Les catholiques qui travaillent dans le domaine médical et sanitaire ont la tâche urgente de faire leur possible pour défendre la vie lorsqu’elle est dans un plus grave danger, en agissant avec une conscience correctement formée, selon la doctrine de l’Église.
Les nombreux Centres de santé, à travers lesquels l’Église catholique offre un authentique témoignage de foi, d’espérance et de charité, participent de manière encourageante à la réalisation de cette noble fin. Jusqu’à présent, ils ont pu compter sur un nombre significatif de religieux et de religieuses pour garantir un service professionnel et pastoral de qualité. Je souhaite qu’une nouvelle floraison des vocations puisse permettre aux Instituts religieux de poursuivre leur œuvre méritoire et même de l’intensifier par l’apport de nombreux bénévoles laïcs, pour le bien de l’humanité souffrante sur le Continent américain.
3. Ce domaine privilégié d’apostolat concerne toutes les Églises particulières. Il faut donc que chaque Conférence épiscopale s’emploie, notamment par des organismes appropriés, à promouvoir, à orienter et à coordonner la Pastorale de la santé, pour susciter chez le peuple de Dieu tout entier l’attention et la disponibilité à l’égard du monde si varié de la souffrance
Pour que ce témoignage d’amour soit toujours plus crédible, les agents de la Pastorale de la santé doivent agir en pleine communion entre eux et avec leurs Pasteurs. Cela est particulièrement urgent dans les hôpitaux catholiques, appelés, dans leur organisation, à refléter toujours mieux les critères évangéliques, tout en répondant aux nécessités modernes, comme le rappellent de manière insistante les directives sociales et morales du Magistère. Cela exige de la part des hôpitaux catholiques une action unitaire qui doit toucher tous les secteurs, y compris le secteur économique et structurel.
Puissent les hôpitaux catholiques être des centres de vie et d’espérance, où s’accroissent, en même temps que les aumôneries, les comités d’éthique, la formation du personnel infirmier laïc, l’humanisation des soins donnés aux malades, l’attention envers leurs familles et une sensibilité particulière à l’égard des pauvres et des marginaux ! Puisse le travail professionnel donner lieu à un authentique témoignage de charité, en tenant compte du fait que la vie est un don de Dieu, dont l’homme n’est que l’administrateur et le garant !
4. Une telle vérité doit être continuellement rappelée face au progrès des sciences et des techniques médicales, destinées aux soins et à une meilleure qualité de l’existence humaine. Le postulat fondamental reste en effet que la vie doit être protégée et défendue depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle.
Comme je l’ai rappelé dans la Lettre apostolique Novo millennio ineunte, «le service de l’homme nous impose de crier, à temps et à contretemps, que ceux qui tirent profit des nouvelles potentialités de la science, spécialement dans le domaine des biotechnologies, ne peuvent jamais se dispenser de respecter les exigences fondamentales de l’éthique, alors qu’ils font parfois appel à une solidarité discutable qui finit par créer des discriminations entre vie et vie, au mépris de la dignité propre à tout être humain» (n. 51).
Ouverte au progrès scientifique et technologique authentique, l’Église apprécie l’effort et le sacrifice de ceux qui, avec dévouement et compétence professionnelle, contribuent à élever la qualité du service offert aux malades, dans le respect de leur inviolable dignité. Tout acte thérapeutique, toute expérimentation, toute transplantation, doit tenir compte de cette vérité fondamentale. Il n’est donc jamais permis de tuer un être humain pour en guérir un autre. Et si, dans la phase terminale de la vie, on peut encourager les soins palliatifs en évitant l’acharnement thérapeutique, aucune action ou omission qui, par nature et dans les intentions de son auteur, viserait à procurer la mort, ne sera jamais licite.
5. Je souhaite vivement que la XIe Journée mondiale du Malade suscite dans les diocèses et dans les communautés paroissiales un engagement renouvelé pour la Pastorale de la santé. Une attention particulière doit être accordée aux malades qui demeurent à domicile, étant donné qu’on a tendance à écourter les séjours en hôpital, et que les malades sont souvent confiés à leurs familles. Dans les pays où les centres de soins font défaut, même les malades en phase terminale sont laissés à domicile. Les curés et tous les agents de Pastorale doivent veiller à ce que ne manque jamais aux malades la présence réconfortante du Seigneur à travers la Parole de Dieu et les Sacrements.
Le programme de formation des prêtres, des religieux et des religieuses réservera une place à la Pastorale de la santé, car c’est dans les soins aux malades plus qu’ailleurs que l’amour est crédible et qu’un témoignage d’espérance en la résurrection est donné.
6. Chers aumôniers, chers religieux et religieuses, médecins, infirmiers et infirmières, pharmaciens, personnel technique et administratif, assistants sociaux et bénévoles, la Journée mondiale du malade vous offre une occasion propice pour vous engager à être des disciples toujours plus généreux du Christ bon Samaritain. En ayant conscience de votre identité, découvrez chez ceux qui souffrent le Visage douloureux et glorieux du Seigneur ! Soyez prêts à porter assistance et à redonner espérance, en particulier aux personnes frappées par des maladies nouvelles, tel le Sida, ou par celles qui sévissent encore, comme la tuberculose, la malaria, la lèpre !
À vous, chers Frères et Sœurs qui souffrez dans votre corps ou dans votre esprit, je souhaite de grand cœur que vous sachiez reconnaître et accueillir le Seigneur qui vous appelle à être des témoins de l’Évangile de la souffrance, en regardant avec confiance et amour le Visage du Christ crucifié (cf. Novo millennio ineunte, n. 16), et en unissant vos souffrances aux siennes.
Je vous confie tous à la Vierge Immaculée, Notre-Dame de Guadalupe, Patronne de l’Amérique et Salut des Malades. Puisse-t-elle écouter l’invocation qui s’élève du monde de la souffrance, sécher les larmes de ceux qui sont dans la souffrance, être proche de ceux qui vivent leur maladie dans la solitude et, par sa maternelle intercession, aider les croyants qui œuvrent dans le domaine de la santé à devenir des témoins crédibles de l’amour du Christ !
À chacun va mon affectueuse Bénédiction !
Du Vatican, le 2 février 2003.
JEAN-PAUL II
MESSAGE DU SAINT PÈRE
EN PRÉPARATION À
LA Xe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE
1. Depuis quelques années, le 11 février, date à laquelle l'Eglise commémore l'apparition de la Madone à Lourdes, est associé de façon opportune à un événement important: la célébration de la Journée mondiale du Malade. L'année 2002 marque la dixième célébration de ce genre, qui aura lieu dans le célèbre centre de pèlerinage marial du sud de l'Inde, le Sanctuaire de la "Madone du Salut" à Vailankanny, connu sous le nom de "Lourdes de l'Orient" (Angelus, 31 juillet 1988, cf. ORLF n. 31 du 2 août 1988). Sûrs de l'aide de la Mère Divine à l'égard de leurs besoins, avec une profonde dévotion et confiance, des millions de personnes se rendent vers ce sanctuaire situé sur les rives du Golfe du Bengale, dans le calme environnant des palmeraies.Vailankanny attire non seulement les pèlerins chrétiens, mais aussi de nombreux fidèles d'autres religions, en particulier les hindous, qui voient dans la Madone du Salut la Mère bienveillante et compatissante de l'humanité qui souffre. Dans un pays à la religiosité si antique et profonde tel que l'Inde, ce sanctuaire dédié à la Mère de Dieu est véritablement un point de rencontre pour les membres de différentes religions, et un exemple exceptionnel d'harmonie et d'échange interreligieux.
La Journée mondiale du Malade commencera par un moment d'intense prière pour tous ceux qui souffrent, qui sont infirmes. De cette façon, nous exprimerons notre solidarité envers ceux qui souffrent, une solidarité qui naît de notre conscience de la nature mystérieuse de la souffrance et de sa place dans le projet d'amour de Dieu pour chaque personne. La Journée se poursuivra par une réflexion et une étude approfondies sur la réponse chrétienne au monde de la souffrance humaine, qui semble croître de jour en jour, en particulier en raison des catastrophes naturelles et des choix hasardeux opérés par certaines personnes et certaines sociétés. En examinant à nouveau le rôle et la mission des structures médicales, des hôpitaux et du personnel de santé chrétiens, cette réflexion soulignera et réaffirmera les authentiques valeurs chrétiennes qui devraient les inspirer. Marcher sur les traces de Jésus, le Divin Thaumaturge, qui est venu "pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient surabondante" (Jn 10, 10) - thème de la réflexion de la Journée - implique une prise de position sans ambiguïté en faveur de la culture de la vie et un engagement total en défense de la vie, de sa conception à sa mort naturelle.
2. Chercher des moyens nouveaux et efficaces de soulager la douleur est une quête juste, mais la souffre demeure toutefois un élément fondamental de la vie humaine. D'une certaine façon, elle est aussi profonde que l'homme lui-même et touche jusqu'à son essence (cf. Salvifici doloris, n. 3). La recherche et les traitements médicaux n'expliquent ni ne vainquent entièrement la souffrance. Dans sa profondeur et sous ses multiples formes, elle doit être considérée dans une perspective qui transcende son aspect purement physique. Les différentes religions de l'humanité ont toujours cherché à répondre à la question du sens de la souffrance, et elles reconnaissent le besoin de faire preuve de compassion et de bonté envers tous ceux qui souffrent.
C'est pourquoi les convictions religieuses ont donné naissance à des pratiques médicales visant à traiter et à soigner les maladies, et l'histoire des diverses religions témoigne de formes organisées d'assistance médicale remontant à des temps très anciens.
Bien que l'Eglise considère que les interprétations non-chrétiennes de la souffrance possèdent de nombreux éléments valides et nobles, sa compréhension de ce grand mystère humain est unique. Afin de découvrir le sens fondamental et définitif de la souffrance, "nous devons tourner nos regards vers la révélation de l'amour divin, source ultime du sens de tout ce qui existe" (Salvifici doloris, n. 13). La réponse à la question de la signification de la souffrance a été "donnée par Dieu à l'homme dans la Croix de Jésus-Christ" (ibid., n. 13). La souffrance, séquelle du péché originel, revêt un sens nouveau; elle devient participation à l'oeuvre salvifique de Jésus-Christ (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 1521). A travers la souffrance sur la Croix, le Christ a vaincu le mal et nous a permis également de le surmonter. Nos souffrances acquièrent un sens et une valeur lorsqu'elles sont unies aux siennes. En tant que Dieu et homme, le Christ a assumé les souffrances de l'humanité et en lui, la souffrance humaine elle-même acquiert une signification rédemptrice. Dans cette union entre l'humain et le divin, la souffrance produit le bien et remporte la victoire sur le mal. En exprimant ma profonde solidarité avec tous ceux qui souffrent, je prie sincèrement pour que la célébration de la Journée mondiale du Malade représente pour eux un moment providentiel qui ouvre un nouvel horizon de signification pour leur vie.
La foi nous enseigne à rechercher la signification ultime de la souffrance dans la Passion, la Mort et la Résurrection du Christ. La réponse chrétienne à la douleur et à la souffrance n'est jamais la passivité. Poussée par la charité chrétienne, qui trouve son expression suprême dans la vie et dans l'oeuvre de Jésus qui "a passé en faisant le bien" (Ac 10, 38), l'Eglise va à la rencontre des malades et de ceux qui souffrent, leur apportant réconfort et espérance. Il ne s'agit pas d'un simple exercice de bienfaisance, mais d'un geste motivé par la compassion et la sollicitude, qui conduit à l'assistance et au service dévoué. Cela comporte en ultime analyse le don généreux de soi aux autres, et en particulier à ceux qui souffrent (cf. Salvifici doloris, n. 29). La parabole évangélique du Bon Samaritain explique bien les très nobles sentiments et la réponse d'une personne confrontée à un autre être humain qui souffre et qui est dans le besoin. Un Bon Samaritain est quelqu'un qui s'arrête pour répondre aux besoins de tous ceux qui souffrent.
3. Je pense ici aux innombrables hommes et femmes, partout dans le monde, qui sont engagés dans le domaine de la santé, tels que les directeurs de centres de soins médicaux, les aumôniers, les médecins, les chercheurs, les infirmières, les pharmaciens, le personnel paramédical et les volontaires. Comme je l'ai mentionné dans mon Exhortation post-synodale Ecclesia in Asia, en de nombreuses occasions, lors de mes visites aux Eglises dans les différentes parties du monde, j'ai été profondément ému par l'extraordinaire témoignage chrétien de divers groupes de personnes travaillant de le domaine de la santé, en particulier de ceux qui travaillent auprès des handicapés et des malades en phase terminale, ainsi que ceux qui se battent contre la diffusion des nouvelles maladies comme le SIDA (n. 36). A travers la célébration de la Journée mondiale du Malade, l'Eglise exprime sa gratitude et sa reconnaissance pour le service désintéressé des nombreux prêtres, religieux et laïcs engagés dans le secteur de la santé, qui s'occupent généreusement des malades, des personnes qui souffrent et des mourants, puisant force et inspiration dans leur foi dans le Seigneur Jésus et dans l'image évangélique du Bon Samaritain. Le commandement du Seigneur lors de la dernière Cène: "Vous ferez cela en mémoire de moi", outre au partage du pain, se réfère également au corps donné et au sang versé par le Christ pour nous (cf. Lc 22, 19-20), en d'autres termes, au don de soi aux autres. Une expression particulièrement significative de ce don de soi se trouve dans le service aux malades et aux personnes qui souffrent. C'est pourquoi ceux qui se consacrent à ce service trouveront toujours dans l'Eucharistie une source inépuisable de force et un encouragement à une générosité toujours nouvelle.
4. Dans son approche des malades et des personnes qui souffrent, l'Eglise est guidée par une vision précise et complète de la personne humaine, "créée à l'image de Dieu et dotée par Dieu de dignité et de droits humains inaliénables" (Ecclesia in Asia, n. 33). Par conséquent, l'Eglise insiste sur le principe que tout ce qui est technologiquement faisable n'est pas moralement admissible. Les progrès remarquables accomplis récemment dans le domaine de la science et des techniques médicales nous confère à tous une immense responsabilité en ce qui concerne le don de la vie qui vient de Dieu et qui demeure toujours un don, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions. Nous devons être vigilants face à toute violation et suppression possibles de la vie. "Nous sommes [...] les gardiens de la vie, et non ses propriétaires [...] Dès le moment de la conception, la vie humaine implique l'action créatrice de Dieu et elle a pour toujours un lien spécial avec le Créateur, source de la vie et son terme unique" (Ecclesia in Asia, n. 35).
Solidement ancrées dans la charité, les institutions médicales chrétiennes poursuivent la mission de Jésus de prendre soin des faibles et des malades. En tant que lieux où la culture de la vie est affirmée et assurée, je suis certain qu'elles continueront à répondre aux attentes que chaque membre souffrant de l'humanité a placées en elles. Je prie pour que Marie, Santé des Malades, continue d'accorder sa protection bienveillante à tous ceux qui sont blessés dans leur corps et leur esprit, et intercède pour ceux qui prennent soin d'eux. Puisse-t-elle nous aider à unir nos souffrances à celles de son Fils tandis que nous nous acheminons avec une joyeuse espérance vers le salut de la Maison du Père.
De Castel Gandolfo, le 6 août 2001.
MESSAGE DU SAINT PÈRE
EN PRÉPARATION À
LA IXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE
1. Enrichie par la grâce du grand Jubilé et par la contemplation du mystère du Verbe incarné dans lequel la douleur humaine trouve sa "référence suprême et la plus certaine" (Salvifici doloris, n. 31), la communauté chrétienne s'apprête à vivre, le 11 février 2001, la IX Journée mondiale du Malade. La cathédrale de Sydney, en Australie, est le lieu désigné pour célébrer un événement si significatif. Le choix du continent australien, avec sa richesse culturelle et ethnique, met en lumière le lien étroit de la communion ecclésiale: celle-ci dépasse les distances, favorisant la rencontre entre des identités culturelles diverses, fécondées par l'unique annonce libératrice du salut.
La cathédrale de Sydney est consacrée à la Vierge Marie, Mère de l'Eglise. Cela souligne la dimension mariale de la Journée mondiale du Malade qui, depuis neuf ans désormais, se renouvelle le jour de la fête de Notre-Dame de Lourdes. Marie, en tant que Mère aimante, fera ressentir, une fois de plus, sa protection non seulement à l'égard des malades du continent australien, mais également à l'égard de ceux du monde entier, ainsi que de ceux qui mettent leur compétence professionnelle et souvent, toute leur existence, à leur service.
La Journée sera en outre, comme par le passé, une occasion de prière et de soutien pour les innombrables instituts consacrés au soin des personnes qui souffrent. Elle sera un motif d'encouragement pour tant de prêtres, religieux, religieuses et laïcs croyants, qui au nom de l'Eglise, s'efforcent de répondre aux attentes des personnes malades, en privilégiant les plus faibles, et en luttant pour que la culture de la mort soit vaincue et que triomphe partout la culture de la vie (cf. Evangelium vitae, n. 100). Ayant partagé moi aussi à plusieurs reprises, au cours de ces années, l'expérience de la maladie, j'ai compris toujours plus clairement sa valeur pour mon ministère pétrinien et pour la vie même de l'Eglise. En exprimant ma solidarité affectueuse à ceux qui souffrent, je les invite à contempler avec foi le mystère du Christ, crucifié et ressuscité, pour arriver à découvrir dans leur vie douloureuse le dessein bienveillant de Dieu. Ce n'est qu'en regardant Jésus, "homme de douleur, familier de la souffrance" (Is 53, 3), qu'il est possible de trouver la sérénité et la confiance.
2. En cette Journée mondiale du Malade, qui a pour thème La nouvelle évangélisation et la dignité de l'homme qui souffre, l'Eglise entend mettre l'accent sur la nécessité d'évangéliser de façon renouvelée ce domaine de l'expérience humaine, pour favoriser son orientation vers le bien-être intégral de la personne et le progrès de toutes les personnes dans toutes les parties du monde.
Le traitement efficace des diverses pathologies, l'engagement en vue d'autres recherches et l'investissement de ressources adaptées constituent des objectifs louables, poursuivis avec succès dans diverses parties de la planète. Tout en applaudissant les efforts accomplis, on ne peut toutefois ignorer que tous les hommes ne jouissent pas des mêmes possibilités. J'adresse donc un appel pressant afin que l'on se prodigue pour favoriser le développement nécessaire des services médicaux dans les divers pays, encore nombreux, qui se trouvent dans l'impossibilité d'offrir à leurs habitants des conditions de vie décentes et une protection en matière de santé. Je souhaite, en outre, que les innombrables potentiels de la médecine moderne soient placés au service effectif de l'homme et appliqués dans le plein respect de sa dignité.
Au cours de ces deux mille ans d'histoire, l'Eglise a toujours cherché à soutenir le progrès thérapeutique en vue d'une aide toujours plus qualifiée aux malades. Dans les diverses situations, elle est intervenue par tous les moyens à sa disposition pour que soient respectés les droits de la personne et que soit toujours poursuivi l'authentique bien-être de l'homme (cf. Populorum progressio, n. 34). Aujourd'hui également, le Magistère, fidèle aux principes de l'Evangile, ne cesse de proposer les critères moraux qui peuvent orienter le monde de la médecine dans l'approfondissement des aspects de la recherche encore insuffisamment éclaircis, sans porter atteinte aux exigences qui jaillissent d'un authentique humanisme.
3. Chaque jour, je me rends en esprit en pèlerinage dans les hôpitaux et les maisons de santé, où vivent des personnes de tout âge et de tous les milieux. Je voudrais en particulier m'arrêter aux côtés des malades, des parents et du personnel médical. Il s'agit de lieux qui constituent des sortes de sanctuaires, dans lesquels les personnes participent au mystère pascal du Christ. Même le plus distrait est amené en ce lieu à se poser des questions sur son existence et sur sa signification, sur la cause de son mal, de la souffrance et de la mort (cf. Gaudium et spes, n. 10). Voilà pourquoi il est important que ne manque jamais dans de telles structures une présence qualifiée et significative des croyants.
Comment ne pas adresser alors un appel pressant aux professionnels de la médecine et de l'assistance, afin qu'ils apprennent du Christ, médecin des âmes et des corps, à être pour leurs frères d'authentiques "bons Samaritains"? En particulier, comment ne pas souhaiter que ceux qui se consacrent à la recherche oeuvrent sans répit pour trouver les moyens adaptés pour promouvoir la santé intégrale de l'être humain et combattre les conséquences des maladies? Comment ne pas souhaiter, en outre, à ceux qui se consacrent directement au soin des malades, d'être toujours attentifs aux nécessités de ceux qui souffrent, en conjuguant dans l'exercice de leur profession compétence et humanité?
Les hôpitaux, les centres pour malades ou pour personnes âgées, et chaque maison où sont accueillies les personnes qui souffrent, constituent des milieux privilégiés de la nouvelle évangélisation, qui doit s'engager afin que résonne précisément dans ces lieux le message de l'Evangile, porteur d'espérance. Seul Jésus, le divin Samaritain, est pour chaque être humain à la recherche de la paix et du salut, la réponse pleinement satisfaisante aux attentes les plus profondes. Le Christ est le Sauveur de tout homme et de tout l'homme. C'est pourquoi l'Eglise ne se lasse jamais de L'annoncer, afin que le monde de la maladie et la recherche de la santé soient vivifiés par sa lumière.
Il est donc important qu'au début du troisième millénaire chrétien, l'on apporte un élan renouvelé à l'évangélisation du monde de la santé comme lieu particulièrement indiqué pour devenir un laboratoire précieux de la civilisation de l'amour.
4. Au cours des dernières années, l'intérêt pour la recherche scientifique dans le domaine médical et pour la modernisation des structures médicales s'est progressivement accru. On ne peut que considérer avec satisfaction cette tendance, mais il faut répéter dans le même temps la nécessité que celle-ci soit toujours guidée par la préoccupation de rendre un service effectif au malade, en le soutenant de façon efficace dans la lutte contre la maladie. Dans cette perspective, on parle toujours plus d'assistance "holistique", c'est-à-dire qui prend en compte les nécessités biologiques, psychologiques, sociales et spirituelles du malade et de ceux qui l'entourent. En particulier, en ce qui concerne les médicaments, les thérapies et les interventions chirurgicales, il est nécessaire que l'expérimentation clinique ait lieu dans le respect absolu de la personne et avec une claire conscience des risques, et donc des limites, que celle-ci comporte. Dans ce domaine, les professionnels chrétiens sont appelés à témoigner de leurs convictions éthiques, en se laissant constamment illuminer par la foi.
L'Eglise apprécie l'effort de ceux qui, s'engageant avec dévouement et professionnalisme dans la recherche et l'assistance, contribuent à élever la qualité du service même qui est offert aux malades.
5. La répartition équitable des biens, voulue par le Créateur, constitue un impératif urgent également dans le domaine de la santé: il faut que cesse pour toujours l'injustice qui dure et qui, en particulier dans les pays pauvres, prive une grande partie de la population des soins indispensables à la santé. Il s'agit d'un grave scandale, face auquel les responsables des nations ne peuvent manquer de se sentir engagés à mettre en oeuvre tous les efforts possibles, afin que l'on donne à ceux qui manquent de moyens matériels la possibilité d'accéder tout au moins aux soins médicaux de base. Promouvoir la "santé de tous" est un devoir fondamental pour chaque membre de la Communauté internationale; pour les chrétiens ensuite, il s'agit d'un engagement intimement lié au témoignage de leur foi. Ils savent qu'ils doivent proclamer de façon concrète l'Evangile de la vie, en promouvant son respect et en refusant toute forme d'attentat contre celle-ci, de l'avortement à l'euthanasie. C'est dans ce contexte que se situe également la réflexion sur l'utilisation des ressources disponibles: leur limitation exige de fixer des critères moraux clairs visant à illuminer les décisions des patients ou de leurs tuteurs face à des traitements extraordinaires, coûteux et risqués. De toute façon, il faudra éviter de tomber dans des formes d'acharnement thérapeutique (cf. Evangelium vitae, n. 65).
Je voudrais ici rendre hommage à tous ceux, personnes et structures, et en particulier aux Instituts religieux, qui accomplissent un service généreux dans ce secteur, en répondant avec courage aux besoins urgents de personnes et de populations dans des régions ou des pays très pauvres. L'Eglise leur exprime son appréciation renouvelée pour la contribution qu'ils continuent à apporter dans ce domaine apostolique vaste et délicat. Je voudrais exhorter en particulier les membres des familles religieuses engagées dans la pastorale de la santé afin qu'ils sachent répondre avec audace aux défis du troisième millénaire, en suivant les pas de leurs Fondateurs. Face aux nouveaux drames et aux maladies qui ont remplacé les fléaux du passé, l'oeuvre de "bons Samaritains", capables d'offrir aux malades les soins nécessaires, en ne les privant pas, dans le même temps, du soutien spirituel pour vivre dans la foi leur situation difficile, est urgente.
6. J'adresse une pensée affectueuse au grand nombre de religieux et de religieuses, qui, dans les hôpitaux et les centres médicaux "de frontière", assistés par un nombre toujours croissant de laïcs, écrivent des pages merveilleuses de charité évangélique. Ils travaillent souvent au milieu de conflits et de guerres impressionnants et risquent chaque jour leur vie pour sauver celle de leurs frères. Malheureusement, nombreux sont ceux qui meurent à cause de leur service à l'Evangile de la Vie.
Je désire également rappeler les nombreuses Organisations non-gouvernementales, nées au cours de ces dernières années, pour venir en aide aux personnes les moins favorisées dans le domaine de la santé. Celles-ci peuvent compter sur la contribution de volontaires "sur le terrain" ainsi que sur la générosité d'une vaste couche de personnes qui soutiennent économiquement leur action. J'encourage chacun à poursuivre cette oeuvre de grand mérite, qui, dans de nombreuses nations, engendre une forte sensibilisation des consciences.
Je m'adresse enfin à vous, chers malades et généreux professionnels de la santé. Cette Journée mondiale du Malade se déroule quelques jours après la conclusion de l'Année jubilaire. Celle-ci constitue donc une invitation renouvelée à contempler le visage du Christ, fait homme il y a deux mille ans pour racheter l'homme. Chers frères et soeurs, proclamez et témoignez avec une disponibilité généreuse l'Evangile de la vie et de l'espérance. Annoncez que le Christ est le réconfort de ceux qui vivent dans la pauvreté et les difficultés; il est la force de ceux qui traversent des moments de fatigue et de vulnérabilité; il est le soutien de ceux qui oeuvrent passionnément afin d'assurer à tous de meilleures conditions de vie et de santé.
Je vous confie à Marie, Mère de l'Eglise, à laquelle, comme je le rappelais au début, est consacrée la cathédrale de Sydney, centre idéal de la IXe Journée mondiale du Malade. Que la Vierge de la Consolation fasse ressentir sa protection maternelle à tous ses fils dans l'épreuve; qu'elle vous aide à témoigner au monde de la tendresse de Dieu et qu'elle fasse de vous des icônes vivantes de son Fils.
Avec ces souhaits, je vous donne, ainsi qu'à tous ceux qui vous sont chers, une Bénédiction apostolique particulière.
De Castel Gandolfo, le 22 août 2000.