MESSAGE DU SAINT-PÈRE POUR LE JOUR DE PÂQUES
(12 avril 1998)
1. «Vous savez ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth... Nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem» (cf. Ac 10, 37-39).
Ce sont ces paroles que l'Apôtre Pierre, témoin de la résurrection du Christ,
adressa au centurion Corneille et aux siens.
Aujourd'hui les témoins parlent.
Ils parlent, les témoins oculaires présents aux évènements du Vendredi saint,
ceux qui ont éprouvé la peur devant le Sanhédrin,
ceux qui le troisième jour ont trouvé le tombeau vide.
Les témoins de la résurrection furent tout d'abord
les femmes de Jérusalem et Marie de Magdala;
plus tard ce furent les Apôtres, informés par les femmes :
en premier Pierre et Jean, puis tous les autres.
Il fut aussi témoin Saul de Tarse,
converti aux portes de Damas;
le Christ lui a permis de faire l'expérience de la puissance de sa résurrection,
pour qu'il devienne le vase d'élection
de l'élan missionnaire de l'Église primitive.
2. Oui, en ce jour les témoins prennent la parole :
non seulement les premiers, les témoins oculaires,
mais aussi ceux qui ont reçu d'eux le message pascal
et qui, de génération en génération,
ont rendu témoignage au Christ crucifié et ressuscité.
Certains ont été témoins jusqu'à l'effusion de leur sang
et, grâce à eux, l'Eglise a continué à marcher
même au milieu de dures persécutions et de refus obstinés.
C'est sur ce témoignage ininterrompu que s'est développée l'Église,
qui est désormais répandue par toute la terre.
Aujourd'hui c'est la fête de tous les témoins,
de ceux de notre siècle aussi, qui ont annoncé le Christ
au milieu de la «grande épreuve» (Ap 7, 14),
proclamant sa mort et sa résurrection
dans les camps de concentration et dans le goulag,
sous la menace des bombes et des fusils,
dans la terreur déchaînée par la haine aveugle
qui a frappé douloureusement des personnes et des nations entières.
Ils viennent aujourd'hui de la grande épreuve
et chantent la gloire du Christ :
en Lui, qui se relève des ténèbres de la mort, s'est manifestée la vie.
3. Aujourd'hui nous aussi nous sommes témoins du Christ ressuscité
et nous renouvelons son message de paix à toute l'humanité
qui marche vers le troisième millénaire.
Nous témoignons de sa mort et de sa résurrection
spécialement aux hommes de notre temps,
victimes de luttes fratricides et de massacres,
qui ouvrent à nouveau les blessures des rivalités ethniques,
et qui, en plusieurs régions de tous les continents,
spécialement en Afrique et en Europe,
sèment maintenant dans la terre les germes de la mort
et de nouveaux conflits pour de tristes lendemains.
Ce message de paix est pour tous ceux
qui vivent un calvaire apparemment sans fin,
déçus dans leur aspiration
au respect de la dignité et des droits de la personne,
à la justice, au travail, à des conditions d'existence plus équitables.
Que les responsables des nations et tous les hommes de bonne volonté
s'inspirent de ce message,
spécialement au Moyen Orient et en particulier à Jérusalem,
où la paix est mise en danger par des options politiques risquées !
Que ce message rende courage à ceux qui ont cru et qui croient toujours au dialogue
pour résoudre les tensions nationales et internationales;
qu'il mette dans le cœur de tous l'audace de l'espérance
qui naît de la vérité reconnue et respectée,
pour que s'ouvrent dans le monde
les horizons nouveaux et prometteurs de la solidarité !
4. Christ, mort et ressuscité pour nous,
c'est Toi qui fondes notre espérance !
Nous voulons faire nôtre le témoignage de Pierre
et celui d'innombrables frères et sœurs au long des siècles,
pour le proposer à nouveau au seuil du troisième millénaire.
C'est vrai : «La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d'angle» (Ps 117 [118], 22).
Sur ce fondement est édifiée l'Église du Dieu vivant,
l'Église du Christ ressuscité.
Dans la liturgie d'aujourd'hui cette Église
chante une hymne antique et toujours nouvelle.
Par des paroles pleines d'allégresse
elle annonce la victoire de la vie sur la mort :
«Mors et vita duello conflixere mirando...».
«La mort et la vie s'affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut; vivant il règne».
Et comme si cela venait juste d'arriver hier,
l'Église s'adresse à Marie de Magdala,
qui la première rencontra le Seigneur ressuscité :
«Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ?»
«Dis-nous, Marie Madeleine, qu'as-tu vu en chemin ?
J'ai vu le sépulcre du Christ vivant, j'ai vu la gloire du Ressuscité.
J'ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précèdera en Galilée».
5. Aujourd'hui Toi, le Ressuscité, tu veux venir à notre rencontre
en tous lieux de la terre,
comme hier tu as rencontré les Apôtres en Galilée.
À cause de cette rencontre nous pouvons tous répéter :
«Scimus Christum surrexisse a mortuis vere :
tu nobis, victor Rex, miserere».
«Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié !».
URBI ET ORBI
25 décembre 1997
1. «La terre a vu son Sauveur».
En ce jour de la Nativité du Seigneur, nous vivons pleinement la vérité de ces paroles: la terre a vu son Sauveur.
Les bergers de Bethléem l'ont vu les premiers, eux qui, à l'annonce des anges, se hâtèrent avec joie vers la pauvre grotte.
C'était la nuit, une nuit chargée de mystère.
Qu'est-ce qui se présenta à leurs yeux? Un enfant déposé dans une mangeoire, et auprès de lui, attentifs, Marie et Joseph.
Ils virent un enfant, mais, illuminés par la foi, ils reconnurent dans cette fragile créature Dieu fait homme, et ils lui offrirent leurs pauvres dons.
Pour la première fois, sans s'en rendre compte, ils entonnèrent le chant de louange à l'Emmanuel, Dieu venu habiter parmi nous, qui allait se poursuivre de génération en génération.
Chant joyeux, qui fait partie du patrimoine de ceux qui, en ce jour, se rendent spirituellement à Bethléem pour célébrer la naissance du Seigneur, et qui louent Dieu pour les merveilles qu'il a accomplies.
Nous aussi, nous nous joignons à eux par la foi, dans cette unique rencontre de louange dont la tradition se renouvelle chaque année à Noël, ici, place Saint-Pierre, et qui est conclue par la Bénédiction que l'Évêque de Rome donne Urbi et Orbi: Urbi, c'est-à-dire à cette Ville qui, grâce au ministère des saints Apôtres Pierre et Paul, a "vu" d'une manière unique le Sauveur du monde. Et Orbi, c'est-à-dire au monde entier, où a été largement répandue la Bonne Nouvelle du salut, parvenue désormais jusqu'aux extrémités de la terre.
La joie de Noël est ainsi devenue le patrimoine d'innombrables peuples et nations. En vérité, «la terre tout entière a vu le salut de notre Dieu» (Ps 97/98,3).
2. C'est donc à tous que s'adresse le message de la solennité d'aujourd'hui.
Tous sont appelés à prendre part à la joie de la Nativité du Seigneur.
«Acclamez le Seigneur, toute la terre, éclatez en cris de joie!» (Ps 97/98,4).
La Nativité du Seigneur est un jour de joie extraordinaire! Cette joie a pénétré le cœur des hommes et a connu de nombreuses expressions dans l'histoire et dans la culture des nations chrétiennes: dans les chants liturgiques et populaires, dans la peinture, la littérature et tous les domaines de l'art. Les traditions et les chants, les représentations religieuses et surtout la crèche, ont une grande importance pour la formation chrétienne de générations entières.
Le cantique des anges à Bethléem a reçu ainsi un écho universel sous des formes multiples dans les usages, les mentalités, les cultures de tous les temps. Il a trouvé un écho dans le cœur de tout croyant.
3. Aujourd'hui, en ce jour de joie pour tous, jour où résonnent d'innombrables appels à la paix et à la fraternité, se font plus intenses et plus pénétrants les cris et les implorations des peuples qui aspirent à la liberté et à la concorde, dans des situations d'inquiétante violence ethnique et politique.
Aujourd'hui se fait plus fortement entendre la voix de ceux qui s'engagent généreusement à démanteler les barrières de peur et d'agressivité, pour favoriser la compréhension entre les hommes d'origine, de couleur ou de foi religieuse différentes.
Aujourd'hui nous ressentons plus dramatiquement les souffrances de gens qui fuient dans les montagnes de leur région ou qui cherchent à rejoindre les côtes de pays voisins, dans l'espérance pourtant bien faible d'une vie moins précaire et d'une plus grande sécurité.
Plus angoissé se fait aujourd'hui le silence, lourd de tension, de la multitude toujours croissante des nouveaux pauvres: des hommes et des femmes sans travail et sans toit, des nouveau-nés et des enfants outragés et profanés, des adolescents enrôlés dans les guerres des adultes, des jeunes victimes de la drogue ou attirés par des mythes trompeurs.
Aujourd'hui, c'est Noël, jour de confiance, pour des peuples depuis longtemps divisés, qui en arrivent enfin à se rencontrer et à négocier. Ce sont des perspectives souvent indécises et fragiles, des dialogues lents et laborieux, mais animés par l'espérance de parvenir finalement à des accords respectueux des droits et des devoirs de chacun.
4. C'est Noël! Notre humanité désorientée, en chemin vers le troisième millénaire, t'attend, Toi, l'Enfant de Bethléem, qui viens manifester l'amour du Père.
Toi, le Roi de la paix, tu nous invites aujourd'hui à ne pas avoir peur, et tu ouvres nos cœurs aux perspectives de l'espérance.
C'est pourquoi nous «chantons au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles» (cf. Ps 97/98,1).
Voici la plus grande merveille que Dieu a faite: il s'est lui-même fait homme, il est né dans la nuit de Bethléem, il a offert sa vie sur la Croix pour nous, il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures et, par l'Eucharistie, il demeure avec nous jusqu'à la fin des temps.
Vraiment, «le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous» (Jn 1,14).
La lumière de la foi nous fait reconnaître dans l'enfant nouveau-né Dieu éternel et immortel. De sa gloire, nous sommes tous faits les témoins. De tout-puissant qu'il était, il s'est revêtu d'extrême pauvreté.
Telle est notre foi, la foi de l'Église, qui nous permet de confesser la gloire du Fils unique de Dieu, même si nos yeux ne voient que l'homme, un Enfant né dans l'étable de Bethléem.
Le Dieu fait homme est aujourd'hui couché dans la mangeoire et l'univers le contemple en silence.
Puisse l'humanité reconnaître en Lui son Sauveur!
MESSAGE "URBI ET ORBI" 1997
DU SAINT-PÈRE POUR LE JOUR DE PÂQUES
1. "Victimae paschali laudes / immolent Christiani ... "
À la Victime pascale chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L'Agneau a racheté les brebis;
le Christ innocent a réconcilié l'homme pécheur avec le Père.
Je m'adresse à vous, chrétiens. Je m'adresse à vous,
catholiques, orthodoxes, anglicans, protestants!
Je m'adresse à vous pour vous dire cette nouvelle admirable:
Le Christ est ressuscité!
Celui qui avait été designé par Jean Baptiste
comme l'Agneau de Dieu (cf. Jn 1, 29, 36)
a racheté son troupeau: "Agnus redemit oves".
Le Christ a racheté le troupeau de l'humanité entière,
tous les hommes, sans exception.
Le Christ, victime innocente de la Croix,
nous a reconciliés, nous pécheurs, avec son Père.
Lui qui était sans péché nous a ramenés, nous pécheurs, à son Père.
En cette grande fête de Pâques,
nous annonçons la réconciliation de l'humanité avec le Père,
accomplie par le Christ qui s'est fait pour nous obéissant
jusqu'à la mort: "Victima paschalis".
2. "Mors et vita / duello conflixere mirando ... "
"La mort et la vie s'affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut; vivant, il règne".
L'homme qui lutte contre le mal,
qui sans cesse se mesure avec la mort,
qui cherche à défendre et à sauver la vie de toute menace,
cet homme, qu'il s'arrête aujourd'hui, qu'il s'arrête stupéfait.
Voilà qu'aujourd'hui la mort a été vaincue.
Le Fils de Dieu né de la Vierge,
Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière,
le Fils de Dieu consubstantiel au Père,
a accepté la mort ignominieuse de la Croix.
Le Vendredi saint, il avait été déposé dans le tombeau
et voilà qu'aujourd'hui, avant l'aube, il a enlevé la pierre du sépulcre
et il est ressuscité par sa propre puissance:
"Dux vitae mortuus regnat vivus".
3. "Dic nobis, Maria / quid vidisti in via ? ..."
Dis-nous, Marie Madeleine, qu'as-tu vu en chemin ?
J'ai vu le sépulcre du Christ vivant ...
J'ai vu les anges, ses témoins, le suaire et les vêtements".
La résurrection du Christ est confirmée par les témoins,
par ceux qui, à l'aube du premier jour après le sabbat,
c'est-à-dire aujourd'hui, sont allés au sépulcre.
Tout d'abord, les femmes, et, après elles, les Apôtres.
L'antique séquence liturgique s'adresse à Marie de Magdala
parce qu'il lui avait été donné
non seulement de découvrir le tombeau vide
mais aussi d'annoncer l'événement aux Apôtres.
Pierre et Jean accoururent et constatèrent
que ce que disaient les femmes était vrai.
4. Nous nous adressons à toi, Marie de Magdala,
toi qui, agenouillée sous la Croix, as embrassé les pieds du Christ agonisant.
Poussée par l'amour, tu es accourue du tombeau et tu l'as trouvé vide;
tu as été la première à voir le Ressuscité et à parler avec lui.
Toi, la pécheresse convertie, le Christ t'a en un sens comparée aux Apôtres,
en mettant sur tes lèvres le message de la résurrection.
Réjouis-toi, Marie de Magdala!
Réjouissez-vous, Pierre et Jean!
Réjouissez-vous, tous les Apôtres!
Réjouis-toi, Eglise, parce que le tombeau est vide.
Le Christ est ressuscitè!
Là où ils l'avaient déposé, il ne reste que les linges,
il ne reste que le linceul dans lequel, le Vendredi saint, on l'avait enveloppé.
Proclamez avec nous et avec toute l'humanité:
"Surrexit Christus spes mea - surrexit Christus spes nostra!"
5. Proclamez avec nous que le Christ est l'espérance,
même de ceux qui voient l'existence et l'avenir
compromis par la guerre et par la haine,
spécialmente au coeur du continent africain.
Que la lumière du Christ guide les responsables des Nations,
eux qui sont appelés à orienter de leurs décisions
l'harmonie entre les peuples, les cultures et les diverses religions,
comme en Terre Sainte.
Que la force du Ressuscité soutienne
ceux qui cherchent à consolider la paix et la démocratie,
obtenues bien souvent au prix de nombreux sacrifices,
comme dans la région des Balkans,
en particulier dans la chère Albanie.
Que l'amour du Christ, vainqueur du péché et de la mort,
donne à tous le courage du pardon et de la réconciliation,
sans lesquels il n'y a pas de solution digne de l'homme:
notre pensée rejoint tout spécialmente les personnes
qui, à Lima, au Pérou, sont retenues depuis de longs mois en otage.
Que leur soit enfin accordée la libération tant souhaitée!
6. Puisse la joie pascale être partagée
par tous nos frêres dans la foi qui, en diverse parties du monde,
sont victimes de contraintes ou de persécutions.
Ceux-là ne peuvent malheureusement pas célébrer
cette fête de la Rédemption comme ils l'auraient désiré.
Qu'ils ne se laissent pas prendre par le découragement,
qu'ils ne se sentent pas seuls!.
Le Christ est avec eux, l'Eglise est avec eux!
"Surrexist Christus spes mea".
Le Christ est vraiment ressuscité !
En Lui, nous pouvons aujourd'hui vaincre les forces du mal.
Il offre à tous une vie nouvelle;
grâce à Lui, chacun peut, dès maintenant, se tourner avec amour vers ses frères
pour l'accueil, le service, le pardon.
Oui, en Jésus ressuscité, tout prend un sens et une valeur renouvelés.
7. "Scimus Christum / surrexisse a mortuis vere".
"Nous le savons: Le Christ est vraiment ressuscité des morts".
Le témoignage des femmes et des Apôtres, le témoignage de l'Eglise,
n'atteint pas seulement Jérusalem et les monts de Galilée.
Il se répand en tout lieu de la terre.
Au terme du deuxième millénaire,
tandis qu'approche le grand Jubilé de l'An 2000,
ce témoignage résonne désormais partout:
Le Christ est ressuscité !
"Scimus Christum surrexisse a mortuis vere!"
Nous croyons parce que nous savons: scimus.
Et du fond de cette sublime connaissance,
où se rencontrent la Parole de Dieu et la raison de l'homme,
nous T'invoquons, Christ crucifié et ressuscité:
"Tu nobis, victor Rex, miserere!"
Amen, Alléluia!
Pâques, 30 mars 1997
MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
« URBI ET ORBI »
NOËL 1981
CHERS FRÈRES ET SŒURS,
HABITANTS DE ROME ET DU MONDE,
1. En cette heure qui marque le milieu du saint jour de Noël, je vous invite à méditer avec moi ce mystère : « Au commencement était le Verbe… Et le Verbe était Dieu… Par lui tout a été fait, et sans lui rien de ce qui existe n’a été fait… Et le Verbe s’est fait chair, il a établi sa demeure parmi nous. » (Jn 1, 1, 3, 14.)
« Il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie. » (Lc 2, 7.) « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. Il était dans le monde, lui par qui le monde s’était fait, mais le monde ne l’a pas reconnu. » (Jn 1, 11, 10)
2. Je vous en prie, frères et sœurs, habitants de la ville de Rome et du monde, méditez aujourd’hui sur la naissance, dans l’étable de Bethléem, du Fils né de toute éternité.
Pourquoi naît-il de la Vierge, celui que est né du père de toute éternité ? Dieu, né de Dieu, lumière, née de lumière ? Pourquoi cette nuit-là, lorsqu’il naquit de la Vierge Marie, n’y avait-il pas de place pour eux à l’hôtellerie ? Pourquoi les siens ne l’ont-ils pas reçu ? Pourquoi le monde ne l’a-t-il pas reconnu ?
3. Le mystère de la nuit de Bethléem se prolonge sans interruption. Il remplit l’histoire du monde et s’arrête au seuil de chaque cœur humain. Tout homme, citoyen de Bethléem, a pu voir Joseph et Marie hier soir et dire : il n’y a pas de place, je ne peux pas vous recevoir.
Et tout être humain, à toutes les époques, peut dire au Verbe qui s’est fait chair : je ne te reçois pas, il n’y a pas de place.
C’est par lui que le monde a été fait, mais le monde ne l’a pas reçu. Pourquoi le jour de la naissance de Dieu est-il un jour de « non-accueil » de Dieu de la part de l’homme ?
4. Faisons descendre le mystère de la naissance du Christ au niveau des cœurs humains : « Il est venu chez les siens. » Pensons à ceux qui lui ont fermé la porte en eux-mêmes et demandons-nous : pourquoi ? Il y a tant et tant de réponses possibles, d’objections, de raisons.
Notre conscience humaine n’est pas en mesure de les saisir toutes. Elle ne tient pas à juger. Seul Celui qui sait tout scrute le fond du cœur et de la conscience de chaque homme. Lui seul. Et seul Celui qui est né de toute éternité : le Fils. En effet, « le Père a remis tout jugement au Fils. » (Jn 5, 22.)
Nous autres humains, penchés encore une fois sur le mystère de Bethléem, nous pouvons seulement penser avec peine à tout ce qu’ont perdu les habitants de la « cité de David » pour ne pas avoir ouvert leur porte.
Quelle perte pour tout homme qui ne laisse pas naître, sous le toit de son cœur, le Christ, « la vraie lumière, qui éclaire tout homme » (Jn 1,9) !
Quelle perte pour l’homme qui ne le rencontrera pas et qui ne verra pas en lui le Père ! Dans le Christ, Dieu s’est en effet révélé à l’homme comme le Père.
Et quelle perte pour l’homme, lorsqu’il ne voit pas en lui sa propre humanité ! Car le Christ est venu dans le monde pour manifester pleinement l’homme à lui-même et lui faire connaître la sublimité de sa vocation. (Cf. Gaudium et spes, 22.)
« À tous ceux qui l’ont reçu… Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » (Jn 1,12.)
La solennité de Noël fait naître un souhait et un désir très vifs, une humble prière : que les hommes de notre siècle
accueillent le Christ,
les hommes des divers pays et continents, des diverses langues, cultures et civilisations :
— Qu’ils l’accueillent ;
— Qu’ils le retrouvent à nouveau ;
— Que leur soit donnée la puissance qui vient seulement de lui, parce qu’elle est seulement en lui.
5. Nous élevons la voix pour demander aux gouvernements, aux chefs d’État, aux systèmes et aux sociétés,
— Que partout soit respecté le principe de la liberté religieuse;
— Que l’homme ne soit pas, en raison de sa foi en Christ, l’objet de discrimination, de préjudice, qu’il ne soit pas empêché d’accéder aux fruits de ses mérites de citoyen ;
— Que les membres des communautés chrétiennes ne manquent pas de pasteurs, de lieux de culte ; qu’ils ne soient pas réduits à la crainte, mis en prison, condamnés ;
— Que les catholiques de l’Église en Orient puissent jouir des mêmes droits que leurs frères de l’Église en Occident.
Nous demandons que le Christ ait sa place dans toute la Bethléem si vaste du monde contemporain ; que soit accordé le droit de citoyenneté à celui qui est venu dans le monde au temps de César Auguste lorsque fut ordonné le recensement.
Puissent-ils faire leur ce cri, avec moi, tous ceux qui sentent quel terrible dommage cause à l’homme le fait de fouler aux pieds les droits de sa conscience et de la liberté religieuse.
6. « Il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie. »
Le monde qui n’accepte pas Dieu cesse d’être accueillant pour l’homme.
Ne sommes-nous pas secoués par l’image d’un tel monde, du monde qui est contre l’homme, avant même que celui-ci réussisse à naître ? Du monde qui, au nom de divers intérêts économiques, impérialistes, stratégiques, chasse des multitudes entières d’hommes du sol où ils travaillent, les enferme dans des camps de concentration, les prive de leur droit à une patrie, les condamne à la faim, en fait des esclaves ?
Dieu, qui s’est fait homme, pouvait-il venir dans le monde autrement qu’il est venu ? Pouvait-il y avoir une place pour lui à l’hôtellerie ? Ne « devait-il » pas depuis le commencement, être avec ceux pour qui il n’y a pas de place ?
7. Oui, chers frères et sœurs, nous redécouvrons ainsi la vraie joie de Noël. Une autre joie ne serait pas vraie. Elle ne serait pas universelle. Elle ne parlerait pas à tous et à chacun : Emmanuel — il est avec nous ! Dieu est avec nous ! Bien que le monde ne le connaisse pas, lui, il est ! Bien que les siens ne le reçoivent pas, lui, il vient ! Bien qu’il n’y ait pas de place à l’hôtellerie, lui, il naît !
Cette joie de la naissance de Dieu, je désire la partager aujourd’hui avec cette ville et avec l’univers entier, en saluant dans les diverses langues tous ceux pour lesquels le Verbe s’est fait chair.
Le Pape a successivement exprimé ses vœux à ceux qui l’écoutaient en italien, français, anglais, allemand, espagnol, portugais, grec, albanais, roumain, hongrois, tchèque, slovaque, croate, slovène, serbe, serbe-lusace, bulgare, biélorusse, russe, ukrainien, lituanien, letton, hollandais, suédois, finlandais, gaélique, tzigane, maltais, géorgien, arménien, arabe, éthiopien, swahili, hindi, chinois, japonais, coréen, vietnamien, indonésien, tagalog-philippin.
Il s’est adressé aux Polonais plus longuement dans les termes suivants :
« Et maintenant, je m’adresse à mes compatriotes bienaimés. Je vous exprime les vœux de la crèche de Bethléem. Je vous envoie les vœux du Nouveau-Né. Avec ces vœux, j’embrasse tous et chacun de vous, toute la Pologne, notre patrie commune. Je veux que ces souhaits parviennent spécialement à ceux qui souffrent, qui ont été éloignés de leurs proches, à ceux qui ont été touchés par la dépression ou par le désespoir.
Tant d’hommes au monde prient pour la Pologne. Avec eux, avec toute l’Église, je m’adresse à vous, en cette heure des vœux prononcés dans les langues des différents peuples.
Et je dis dans notre langue : Lève la main, Enfant-Jésus et donne ta bénédiction. Toi qui a montré le chemin aux bergers de Bethléem et aux rois mages, montre le chemin aux fils et aux filles de la terre polonaise vers un meilleur avenir de la patrie dans la paix, dans la justice, dans la liberté. »
MESSAGE URBI ET ORBI
DU PAPE JEAN-II
PÂQUES 1980
1. « Et elle vit que la pierre avait été enlevée. » (Jn 20, 1.)
Dans le récit des événements du jour qui suivit le sabbat, ces paroles sont la clef de l’ensemble.
À l’endroit où avait été déposé Jésus, le soir du vendredi arrive Marie de Magdala, arrivent les autres femmes. Jésus avait été déposé dans un tombeau neuf, creusé dans le roc, dans lequel personne encore n’avait été enseveli. On avait choisi un tombeau au pied du Golgotha, là où Jésus mourut crucifié, après que le centurion lui eût transpercé le côté de sa lance pour constater avec certitude la réalité de sa mort. Jésus fut enveloppé de bandelettes par les mains charitables et affectueuses des Saintes Femmes qui, avec sa mère et avec Jean, le disciple préféré, avaient assisté à son sacrifice suprême. Mais comme le soir tombait rapidement et que commençait le sabbat pascal, ces disciples généreuses et aimantes furent contraintes de reporter l’onction du corps saint et martyrisé du Christ à la prochaine occasion, dès que le permettrait la loi religieuse d’Israël.
Elles se rendent donc au sépulcre le lendemain du sabbat, de bon matin, c’est-à-dire aux premières lueurs de l’aube, préoccupées de la façon de déplacer la grosse pierre qui avait été placée à l’entrée du tombeau, lequel, par surcroît, avait été également mis sous scellés.
Et voici que, arrivées sur place, elles virent que la pierre avait été ôtée du tombeau.
2. Cette pierre installée à l’entrée de la tombe était devenue avant tout un témoin muet de la mort du Fils de l’Homme. C’est une pierre semblable qui marquait, au cimetière de Jérusalem, le terme de la vie de tant d’hommes de ce temps, et même de tous les hommes dans les cimetières de la terre.
Sous le poids de la pierre tombale, derrière la barrière massive qu’elle constitue, s’accomplit, dans le silence du sépulcre, l’œuvre de la mort : l’homme tiré de la poussière se transforme lentement en poussière.
La pierre placée le soir du Vendredi saint sur la tombe de Jésus est devenue, comme toutes les pierres tombales, le témoin muet de la mort de l’homme, du Fils de l’Homme.
Quel témoignage donne cette pierre le lendemain du sabbat, aux premières heures du jour ?
Que dit-elle ? Qu’annonce donc la pierre ôtée du sépulcre ?
Dans l’Évangile, il n’y a pas de réponse humaine adéquate qui soit toute prête. Elle n’apparaît pas sur les lèvres de Marie de Magdala. Quand, épouvantée par l’absence du corps de Jésus dans le tombeau, la femme court avertir Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, son langage humain trouve seulement ces mots pour exprimer ce qui s’est produit : « On a enlevé le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. » (Jn 20, 2.)
Simon Pierre et l’autre disciple se rendirent eux aussi en toute hâte au sépulcre et Pierre, en entrant, vit les bandelettes par terre et dans un endroit à part, le suaire qui avait recouvert la tête de Jésus (Jn 20, 7).
C’est alors qu’entra aussi l’autre disciple : il vit et il crut.
Aucun des deux « n’avait encore compris que, d’après l’Écriture.
Jésus devait ressusciter d’entre les morts » (Jn 20, 9).
Ils virent et ils comprirent que les hommes n’avaient pas réussi à faire disparaître Jésus avec la pierre du tombeau en la scellant du sceau de la mort.
3. L’Église qui, aujourd’hui comme chaque année, conclut son triduum pascal en ce dimanche de la Résurrection chante joyeusement les paroles du psaume ancien :
« Rendez grâce au Seigneur :
Il est bon, éternel est son amour.
Que le peuple d’Israël le proclame :
Éternel est son amour…
Le bras du Seigneur s’est levé,
Le bras du Seigneur est prodigue.
Non je ne mourrai pas, je vivrai,
Pour annoncer les actions du Seigneur.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
Est maintenant la pierre d’angle :
Cela, c’est l’œuvre du Seigneur,
Une merveille que nos yeux ont vue. »
(Ps 117-118, 1-2, 16-17, 22-23.)
Les artisans de la mort du Fils de l’Homme « assurèrent la surveillance du tombeau en y plaçant des gardes et en mettant les scellés sur la pierre » (Mt 27, 66).
Bien des fois, les bâtisseurs du monde pour lequel le Christ a voulu mourir ont cherché à mettre une pierre définitive sur sa tombe.
Mais la pierre reste toujours à côté du tombeau ; la pierre, témoin de la mort, est devenue témoin de la Résurrection : « Le bras du Seigneur est prodigieux. » (Ps 117-118, 16.)
4. L’Église annonce sans cesse et toujours de nouveau la résurrection du Christ. Avec joie l’Église répète aux hommes les paroles prononcées par les anges et par les femmes en ce matin radieux où la mort fut vaincue.
L’Église annonce qu’il est vivant, Celui qui est devenu notre Pâque. Celui qui est mort sur la croix révèle la plénitude de la vie.
Ce monde qui, malheureusement, semble vouloir aujourd’hui, de diverses manières, la « mort de Dieu », qu’il écoute le message de la Résurrection.
Vous tous qui annoncez « la mort de Dieu », qui cherchez à bannir Dieu du monde humain, arrêtez-vous et pensez que « la mort de Dieu » porte aussi en soi, fatalement, la « mort de l’homme ».
Le Christ est ressuscité pour que l’homme trouve le sens authentique de l’existence, pour que l’homme vive en plénitude sa propre vie : pour que l’homme, qui vient de Dieu, vive en Dieu.
Le Christ est ressuscité. Il est la pierre angulaire. Déjà, en son temps, on a essayé de le rejeter et de l’écraser avec la pierre gardée et scellée du tombeau. Mais cette pierre fut enlevée. Le Christ est ressuscité.
Ne repoussez pas le Christ, vous qui construisez le monde humain.
Vous qui, de quelque manière et en quelque secteur que ce soit, construisez le monde d’aujourd’hui et de demain : le monde de la culture et de la civilisation, le monde de l’économie et de la politique, le monde de la science et de l’information.
Vous qui construisez le monde de la paix… ou de la guerre ? Le monde de l’ordre… ou de la terreur ? Ne rejetez pas le Christ : il est la pierre angulaire.
Qu’aucun homme ne le rejette parce que chacun est responsable de son destin : constructeur ou destructeur de sa propre existence.
Le Christ est ressuscité avant que son ange ait enlevé la pierre tombale. Il s’est révélé comme la pierre angulaire sur laquelle se construit l’histoire de l’humanité entière et celle de chacun de nous.
5. Chers frères et sœurs ! Accueillons avec une joie sincère ce jour tant attendu ! Nous tous qui accueillons le Christ comme pierre angulaire, partageons avec une vive joie le message de Pâques.
Grâce à cette pierre angulaire qui unit, construisons notre commune espérance avec nos frères d’Orient et d’Occident dans le Christ, avec ceux que n’unissent pas encore la pleine communion et l’unité parfaite.
Acceptez de nous, chers frères, le baiser pascal de la paix et de l’amour. Que le Christ ressuscité réveille en nous un désir encore plus grand de cette unité pour laquelle il a prié la veille de sa Passion.
Ne cessons pas de prier pour elle en même temps que lui. Mettons notre confiance dans la force de la croix et de la Résurrection ; cette force est plus puissante que la faiblesse de toute division humaine.
Frères très chers, je vous annonce la grande joie de l’ « Alleluia ».
6. L’Église aborde aujourd’hui chaque homme avec son souhait pascal : le souhait de construire le monde sur le Christ, souhait qu’elle étend à la famille humaine entière.
Puissent ceux qui partagent avec nous le message de la Résurrection et la joie pascale accueillir ce souhait, et aussi ceux qui, malheureusement n’y participent pas. Le Christ « notre Pâque », ne cesse jamais d’être pèlerin avec nous sur le chemin de l’Histoire, et chacun peut le rencontrer car il ne cesse pas non plus d’être le frère de l’homme à chaque époque et à chaque instant.
C’est en son nom que je parle aujourd’hui à tous et qu’à tous j’adresse les voeux les plus fervents et les plus saints.
Le Christ est vraiment ressuscité, Alleluia !