MESSAGE DU SAINT PÈRE POUR LA
XXXVIIIème JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE
POUR LES VOCATIONS
6 MAI 2001 - IVème DIMANCHE DE PÂQUES
Thème : "La vie comme vocation".
Vénérés Frères dans l'Episcopat,
Chers Frères et Soeurs du monde entier,
1. La prochaine "Journée Mondiale de Prière pour les Vocations" qui aura lieu le 6 mai 2001, à peine quelques mois après la clôture du Grand Jubilé, aura comme thème "La vie comme vocation". Je voudrais m'arrêter pour réfléchir avec vous, grâce à ce message, sur un sujet de grande importance pour la vie chrétienne.
Le mot "vocation" qualifie fort bien les relations de Dieu avec chaque être humain dans la liberté de l'amour, parce que "chaque vie est vocation" (Paul VI, Lettre enc. Populorum progressio, 15). Dieu, au terme de la création, contempla l'homme et vit que "cela était très bon!" (cf. Gn 1,31): Il l'a créé "à son image et à sa ressemblance", Il a confié l'univers à ses mains laborieuses et l'a appelé à une intime relation d'amour.
Le mot "vocation" introduit à la compréhension des dynamismes de la révélation divine et dévoile ainsi à l'homme la vérité sur son existence. "L'aspect le plus sublime de la dignité humaine - comme nous le lisons dans le document conciliaire Gaudium et spes - se trouve dans cette vocation de l'homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l'homme de dialoguer avec Lui commence avec l'existence humaine. Car, si l'homme existe, c'est que Dieu l'a créé par amour et, par amour, ne cesse de lui donner l'être; et l'homme ne vit pleinement selon la vérité que s'il reconnaît librement cet amour et s'abandonne à son Créateur (n° 19). C'est sur ce dialogue d'amour avec Dieu que se fonde pour chacun la possibilité de croître selon son profil et des caractéristiques propres. Ceux-ci, reçus comme dons, sont capables de "donner un sens" à l'histoire et aux relations fondamentales de son existence quotidienne, tandis qu'il s'achemine vers la plénitude de la vie.
2. Le fait de considérer la vie comme vocation favorise la liberté intérieure en stimulant dans l'être humain le désir du futur, en même temps que le refus d'une conception de l'existence passive, ennuyeuse et banale. La vie assume ainsi la valeur du "don reçu qui tend par nature à devenir bien donné" (Doc. De Nouvelles Vocations pour une Nouvelle Europe, 1998, 16, b.) L'homme montre qu'il est rené de l'Esprit (cf. Jn 3, 3.5) quand il apprend à suivre la voie du commandement nouveau: "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jn 15, 12). On peut affirmer que, dans un certain sens, l'amour est le ADN des fils de Dieu; c'est "la sainte vocation" qui nous a appelés "conformément à son propre dessein et à sa grâce. A nous donnée avant tous les siècles dans le Christ Jésus, cette grâce a été maintenant manifestée par l'apparition de notre Sauveur le Christ Jésus" (2 Tm 1, 9-10).
A l'origine de chaque cheminement de vocation il y a l'Emmanuel, le Dieu-avec-nous. Lui nous révèle que nous ne sommes pas seuls à construire notre vie, parce que Dieu chemine avec nous au milieu d'événements successifs, et, si nous le voulons, construit avec chacun une merveilleuse histoire d'amour, unique et sans pareille et, en même temps, en harmonie avec l'humanité et le cosmos. Découvrir la présence de Dieu dans son histoire, ne plus se sentir orphelins, mais savoir qu'il existe un Père en qui nous pouvons avoir une entière confiance: voilà le grand virage qui transforme l'horizon humain et montre que l'homme, comme l'affirme Gaudium et spes, "ne peut pleinement se trouver que par le don sincère de lui-même"(n° 24). Dans ces paroles du Concile Vatican II est contenu le secret de l'existence chrétienne et de toute réalisation humaine authentique.
3. Cependant, aujourd'hui, cette lecture chrétienne de l'existence doit tenir compte de certains traits caractéristiques de la culture occidentale où Dieu a été écarté de la vie quotidienne. Voilà pourquoi un engagement unanime de toute la communauté chrétienne est nécessaire pour "réévangéliser la vie". Cet engagement pastoral fondamental a besoin du témoignage d'hommes et de femmes qui montrent la fécondité d'une existence trouvant sa source en Dieu, sa force dans la docilité à l'action de l'Esprit, la garantie du sens authentique de la fatigue quotidienne dans la communion avec le Christ et avec l'Eglise. Il est nécessaire que chacun découvre sa vocation personnelle dans la communauté chrétienne et y réponde avec générosité. Chaque vie est vocation et chaque croyant est invité à coopérer à l'édification de l'Eglise. Le but de la "Journée Mondiale de Prière pour les Vocations" est d'attirer l'attention sur la nécessité et l'urgence de ministres ordonnés et de personnes disposées à suivre le Christ sur la voie exigente de la vie consacrée dans la pratique des conseils évangéliques.
On a besoin de ministres ordonnés qui sont "une garantie permanente de la présence sacramentelle, dans la diversité des temps et des lieux, du Christ Rédempteur" (Christifideles laici, 55) et qui, en annonçant la Parole et en célébrant l'Eucharistie et les autres sacrements, guident les Communautés chrétiennes sur les chemins de la vie éternelle.
On a besoin d'hommes et de femmes qui, grâce à leur témoignage, maintiennent "vive chez les baptisés la conscience des valeurs fondamentales de l'Evangile" et rendent "présente dans la conscience du peuple de Dieu l'exigence de répondre par la sainteté de la vie à l'amour de Dieu répandu dans les cœurs par l'Esprit Saint, en reflétant dans le comportement la consécration sacramentelle que Dieu opère par le Baptême, par la Confirmation ou par l'Ordre" (Vita consecrata, 33).
Puisse l'Esprit Saint susciter de nombreuses vocations de consécration particulière, afin de favoriser au milieu du peuple chrétien une adhésion toujours plus généreuse à l'Evangile et rendre plus facile pour tous la compréhension du sens de l'existence qui sera transparente de la beauté et de la sainteté de Dieu.
4. Ma pensée se tourne maintenant vers tant de jeunes qui ont soif de valeurs et qui sont souvent incapables de trouver la voie qui les y conduit. Oui, le Christ seul est la Voie, la Vérité et la Vie. C'est pourquoi il est nécessaire de leur faire rencontrer le Seigneur et de les aider à établir une relation profonde avec Lui. Jésus doit entrer dans leur monde, assumer leur histoire et ouvrir leur cœur, afin qu'ils apprennent à Le connaître toujours plus, au fur et à mesure qu'ils suivent les traces de son amour.
Je pense, à cet effet, au rôle important des Pasteurs du Peuple de Dieu. Je leur rappelle les paroles du Concile Vatican II: "Il s'agit d'abord, pour les prêtres, d'avoir à cœur de faire comprendre aux chrétiens combien le sacerdoce est important et nécessaire; ils y arriveront à la fois par leur prédication et par leur propre vie, qui doit être un témoignage rayonnant d'esprit de service et de vraie joie pascale... Une direction spirituelle attentive et réfléchie leur sera très utile... Mais cette voix du Seigneur qui appelle, il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle arrive aux oreilles du futur prêtre d'une manière extraordinaire. Il s'agit bien plutôt de la découvrir, de la discerner à travers les signes qui, chaque jour, font connaître la volonté de Dieu aux chrétiens qui savent écouter; c'est à ces signes que les prêtres doivent donner toute leur attention" (Presbyterorum ordinis, 11)
Je pense, ensuite, aux consacré(e)s, appelé(e)s à témoigner que notre seule espérance est dans le Christ; Lui seul nous donne l'énergie pour vivre ses mêmes choix de vie; seul avec Lui il est possible d'aller à la rencontre des besoins profonds de salut de l'humanité. Puissent la présence et le service des personnes consacrées ouvrir le cœur et l'esprit des jeunes à des horizons d'espérance remplis de Dieu et les éduquer à l'humilité et à la gratuité d'aimer et de servir. Que la signification ecclésiale et culturelle de leur vie consacrée se traduise toujours mieux par des propositions pastorales spécifiques, par des actes qui éduquent et forment les jeunes à l'écoute de l'appel du Seigneur et à la liberté de l'esprit pour y répondre avec générosité et enthousiasme.
5. Maintenant je m'adresse à vous, chers parents chrétiens, pour vous exhorter à être proches de vos fils. Ne les laissez pas seuls devant les grands choix de l'adolescence et de la jeunesse. Aidez-les à ne pas se laisser accabler par la recherche effrénée du bien-être et guidez-les vers la joie authentique, celle de l'Esprit. Faites résonner dans leur cœur, parfois saisi par la peur de l'avenir, la joie libératrice de la foi. Eduquez-les, comme l'écrivait mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu, Paul VI, "à goûter simplement les multiples joies humaines que le Créateur met déjà sur leur chemin: joie exaltante de l'existence et de la vie; joie de l'amour chaste et sanctifié; joie pacifiante de la nature et du silence; joie parfois austère du travail soigné; joie et satisfaction du devoir accompli; joie transparente de la pureté, du service, du partage; joie exigeante du sacrifice" (Gaudete in Domino, I)
Que l'action des catéchistes et des enseignants chrétiens, appelés de manière particulière à promouvoir le sens de la vocation chez les jeunes, soutienne l'action de la famille. Leur devoir consiste à guider les nouvelles générations vers la découverte du projet de Dieu sur eux, cultivant en eux la disponibilité à faire de leur propre vie, lorsque Dieu appelle, un don pour la mission. Ceci se réalisera à travers des choix progressifs qui préparent au "oui" final, en vertu duquel l'existence entière est mise au service de l'Evangile. Chers catéchistes et enseignants, afin d'atteindre ce but, vous devez aider les jeunes qui vous sont confiés à regarder en haut, à sortir de la tentation constante du compromis. Eduquez-les à la confiance en ce Dieu qui est Père et qui montre l'extraordinaire grandeur de son amour en confiant à chacun une tâche personnelle au service de la grande mission de "renouveler la face de la terre".
6. Nous lisons dans le livre des Actes des Apôtres que les premiers chrétiens "se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières" (2, 42). Chaque rencontre avec la Parole de Dieu est un moment propice à une invitation à la vocation. La fréquentation des Saintes Ecritures aide à comprendre le style et les gestes par lesquels Dieu choisit, appelle, éduque et rend participant à son amour.
La célébration de l'Eucharistie et la prière font mieux comprendre les paroles de Jésus: "La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux; priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson" (Mt 9, 37-38; cf. Lc 10, 2). En priant pour les vocations on apprend à regarder avec la sagesse de l'Evangile, le monde et ce dont chaque être humain a besoin de la vie et de salut; de plus, on vit la charité et la compassion du Christ pour l'humanité et on obtient la grâce de pouvoir dire, selon l'exemple de la Vierge: "Je suis la servante du Seigneur; qu'il m'advienne selon ta parole" (Lc 1, 38).
Je vous invite tous à implorer avec moi le Seigneur afin qu'il ne manque pas d'ouvriers à sa moisson:
Père saint, source intarissable de l'existence et de l'amour,
qui montre dans l'homme vivant la splendeur de ta gloire,
et qui dépose dans son cœur la semence de ton appel,
fais que personne, par notre négligence, ignore ou perd ce don,
mais que tous puissent marcher avec grande générosité
vers la réalisation de ton Amour.
Seigneur Jésus, qui durant ton pèlerinage sur les routes de la Palestine,
as choisi et appelé les apôtres et leur as confié la tâche
de prêcher l'Evangile, de paître les fidèles, de célébrer le culte divin,
fais que, aujourd'hui aussi, ton Eglise ne manque pas
de prêtres saints, qui portent à tous
les fruits de ta mort et de ta résurrection.
Esprit Saint, toi qui sanctifies l'Eglise
avec la constante effusion de tes dons,
mets dans le cœur des appelé(e)s à la vie consacrée
une intime et forte passion pour le Règne,
afin qu'avec un "oui" généreux et inconditionné
ils mettent leur existence au service de l'Evangile.
Vierge très Sainte, toi qui sans hésiter
t'es offerte toi-même au Tout-Puissant
pour la réalisation de son dessein de salut,
suscite la confiance dans le cœur des jeunes
afin qu'il y ait toujours des pasteurs zélés,
qui guident le peuple chrétien sur la voie de la vie,
et des âmes consacrées capables de témoigner
par la chasteté, la pauvreté et l'obéissance,
la présence libératrice de ton Fils ressuscité.
Amen.
Du Vatican, le 14 septembre 2000.
Jean-Paul II
MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II
À L'OCCASION DE LA XXXVIIème JOURNÉE MONDIALE
DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS
Vénérés Frères dans l'épiscopat,
Chers frères et soeurs du monde entier,
La Journée mondiale de Prière pour les Vocations, qui sera célébrée dans le climat joyeux des fêtes pascales, rendu particulièrement intense grâce aux événements jubilaires, me donne l'occasion de réfléchir avec vous sur le don de l'appel divin, en partageant votre sollicitude pour les vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée. Le thème que je désire vous proposer cette année se trouve en harmonie avec le déroulement du grand Jubilé. Je voudrais méditer avec vous sur: "L'Eucharistie, source de chaque vocation et ministère dans l'Eglise". L'Eucharistie n'est-elle pas le mystère du Christ vivant et opérant dans l'histoire? Par l'Eucharistie, Jésus continue à appeler à sa suite et à offrir à chaque homme la "plénitude du temps".
1. "Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme" (
Ga 4, 4).
"La plénitude du temps s'identifie avec le mystère de l'Incarnation du Verbe [...] et avec le mystère de la Rédemption du monde" (
Tertio millennio adveniente, n. 1): dans le Fils consubstantiel au Père et fait homme dans le sein de la Vierge débute et s'accomplit le "temps" attendu, temps de grâce et de miséricorde, temps de salut et de réconciliation.
Le Christ révèle le dessein de Dieu à l'égard de toute la création et, en particulier, à l'égard de l'homme. Il "manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation" (
Gaudium et spes, n. 22), cachée dans le coeur de l'Eternel. Le mystère du Verbe incarné ne sera pleinement dévoilé que lorsque chaque homme et chaque femme seront réalisés en Lui, fils dans le Fils, membres de son Corps mystique qu'est l'Eglise.
Le Jubilé, et celui-ci en particulier, en célébrant les 2000 ans de l'entrée dans le temps du Fils de Dieu et du mystère de la Rédemption, exhorte chaque croyant à considérer sa vocation personnelle, afin de compléter en sa chair ce qui manque à la passion du Fils pour son Corps, qui est l'Eglise (cf.
Col 1, 24).
2. " Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. Et ils se dirent l'un à l'autre: Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures?" (Lc 24, 30-32).
L'Eucharistie constitue le moment culminant où Jésus, à travers son Corps donné et son Sang versé pour notre salut, révèle le mystère de son identité et indique le sens de la vocation de chaque croyant. La signification de la vie humaine se trouve entièrement dans ce Corps et dans ce Sang, puisque grâce à eux, nous avons reçu la vie et le salut. L'existence même de la personne doit, d'une certaine façon, s'identifier avec eux, dans la mesure où elle sait devenir, à son tour, un don pour les autres.
Tout ceci est mystérieusement signifié dans l'Eucharistie à travers le signe du pain et du vin, mémoire de la Pâque du Seigneur: le croyant qui se nourrit de ce Corps donné et de ce Sang versé reçoit la force pour se transformer, à son tour, en don. Comme le dit saint Augustin: "Soyez ce que vous recevez et recevez ce que vous êtes" (Discours 272, 1: Fête de Pentecôte).
Dans la rencontre avec l'Eucharistie, certains découvrent qu'ils sont appelés à devenir ministres de l'Autel, d'autres à contempler la beauté et la profondeur de ce mystère, d'autres à reverser cet élan d'amour sur les pauvres et les faibles, et d'autres encore à en recueillir la puissance transformante dans les réalités et les gestes de la vie quotidienne. Chaque croyant trouve dans l'Eucharistie non seulement la clé d'interprétation de son existence, mais le courage pour la réaliser de façon à pouvoir construire, dans la diversité des charismes et des vocations, l'unique Corps du Christ dans l'histoire.
Dans le récit des disciples d'Emmaüs (Lc 24, 13-35), saint Luc fait entrevoir ce qui se passe dans la vie de celui qui vit l'Eucharistie. Quand, lors de "la fraction du pain" faite par "l'Inconnu d'Emmaüs", les yeux des disciples s'ouvrent, ils se rendent compte que leur coeur était tout brûlant au-dedans d'eux tandis qu'ils l'écoutaient expliquer l'Ecriture. Dans ce coeur ardent, nous pouvons voir l'histoire et la découverte de chaque vocation, qui n'est pas une émotion passagère, mais une perception toujours plus certaine et forte que l'Eucharistie et la Pâque du Fils seront toujours davantage l'Eucharistie et la Pâque de ses disciples.
3. "Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, que la parole de Dieu demeure en vous et que vous avez vaincu le Mauvais" (1 Jn 2, 14).
Le mystère de l'amour de Dieu, "resté caché depuis les siècles et les générations" (Col 1, 26) nous est maintenant manifesté par "le langage de la croix" (1 Co 1, 18) qui, demeurant en vous, très chers jeunes, sera votre force et votre lumière, et vous révélera le mystère de l'appel personnel. Je connais vos doutes et vos peines, je vous vois parfois troublés, je comprends la crainte qui vous assaille face à l'avenir. Mais je garde aussi, présente à l'esprit et dans mon coeur, l'image joyeuse de mes nombreuses rencontres avec vous au cours de mes voyages apostoliques, durant lesquels j'ai pu constater que chacun de vous est habité par la recherche sincère de la vérité et de l'amour.
Le Seigneur Jésus a planté sa tente parmi nous et, de sa demeure eucharistique, il répète à chaque homme et à chaque femme: "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai" (Mt 11, 28).
Chers jeunes, allez à la rencontre de Jésus Sauveur! Aimez-Le et adorez-Le dans l'Eucharistie! Il est présent dans la Messe qui rend sacramentellement présent le sacrifice de la Croix. Il vient à nous dans la sainte communion et demeure dans les tabernacles de nos églises, parce qu'Il est notre ami, l'ami de tous, particulièrement votre ami, à vous, les jeunes, qui avez tant besoin de confiance et d'amour. En Lui, vous pouvez trouver le courage d'être ses apôtres en ce moment particulier du passage historique vers l'An 2000 qui sera comme vous, les jeunes, le voudrez et le construirez. Après tant de violence et d'oppression, le monde a besoin de jeunes capables de "jeter des ponts" pour unir et réconcilier; après la culture de l'homme sans vocation, il y a un besoin pressant d'hommes et de femmes qui ont foi en la vie et l'accueillent comme un appel venant d'En-Haut, de ce Dieu qui appelle parce qu'Il aime. Après le climat de suspicion et de méfiance qui corrompt les rapports humains, seuls des jeunes pleins de courage, dont l'esprit et le coeur sont ouverts aux idéaux élevés et généreux, pourront rendre la beauté et la vérité à la vie et aux rapports humains. Alors, ce temps jubilaire sera véritablement pour tous une "année de grâce du Seigneur", un Jubilé des vocations.
4. "Je vous écris, pères, parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement" (1 Jn 2, 13).
Toute vocation est un don du Père et, comme tous les dons qui viennent de Dieu, elle passe par de nombreuses médiations humaines: celle des parents ou des éducateurs, des pasteurs de l'Eglise, de celui qui est directement engagé dans un ministère d'animation des vocations ou du simple croyant. A travers ce Message, je voudrais m'adresser à toutes les catégories de personnes auxquelles sont liés la découverte et le soutien de l'appel de Dieu. Je suis conscient que la pastorale des vocations n'est pas un ministère facile, mais comment ne pas vous rappeler que rien n'est plus exaltant qu'un témoignage passionné de sa propre vocation? Celui qui vit ce don avec joie et le nourrit chaque jour par la rencontre avec l'Eucharistie saura répandre dans le coeur de nombreux jeunes la bonne semence de l'adhésion fidèle à l'appel divin. C'est dans sa présence eucharistique que Jésus nous rejoint, nous introduit dans le dynamisme de la communion ecclésiale et fait de nous des signes prophétiques face au monde.
Je voudrais également adresser une pensée affectueuse et reconnaissante à tous ces animateurs de vocations, prêtres, religieux, religieuses et laïcs qui se dévouent avec enthousiasme à ce ministère difficile. Ne vous laissez pas décourager par les difficultés, ayez confiance! La semence de l'appel divin, quand elle est jetée avec générosité, donne des fruits abondants. Face à la grave crise des vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée qui affecte certaines régions du monde, il faut, surtout en ce Jubilé de l'An 2000, faire en sorte que chaque prêtre, chaque personne consacrée redécouvre la beauté de sa vocation et en donne un témoignage aux autres. Que chaque croyant devienne éducateur pour les vocations, sans avoir peur de proposer des choix radicaux; que chaque communauté comprenne que l'Eucharistie est son centre et qu'elle a besoin de ministres du Sacrifice eucharistique; que tout le Peuple de Dieu élève vers le Maître de la moisson une prière toujours plus intense et fervente, pour qu'Il envoie des ouvriers à sa moisson et que chaque fidèle confie cette prière à l'intercession de Celle qui est la Mère du Prêtre éternel.
Vierge Marie,
humble fille du Très-Haut,
en toi s'est accompli
de manière admirable
le mystère de l'appel divin.
Tu es l'image
de ce que Dieu accomplit
en celui qui a confiance en Lui;
en toi, la liberté du Créateur
a exalté la liberté de la créature.
Celui qui est né de ton sein
a uni par sa seule volonté
la liberté salvifique de Dieu
et l'adhésion obéissante de l'homme.
Grâce à Toi, l'appel de Dieu
se soude définitivement
à la réponse de l'homme-Dieu.
Toi, prémices d'une vie nouvelle,
gardes pour nous tous le "Oui"
généreux de la joie et de l'amour.
Sainte Marie,
Mère de chaque appelé,
fais que les croyants aient la force
de répondre
avec générosité et courage
à l'appel divin,
et soient des témoins joyeux
de l'amour envers Dieu
et envers le prochain.
Jeune fille de Sion,
Etoile du matin
qui guide les pas de l'humanité
à travers le grand Jubilé
vers l'avenir,
oriente la jeunesse
du nouveau millénaire
vers Celui qui est
"la lumière véritable,
qui éclaire tout homme" (Jn 1, 9).
Amen!
Du Vatican, le 30 septembre 1999.
MESSAGE DU SAINT PERE POUR LA
XXXVIème JOURNEE MONDIALE DE PRIERE POUR LES VOCATIONS
25 AVRIL 1999 - IVème DIMANCHE DE PAQUES
Thème : "Le Père appelle à la Vie Eternelle"
Vénérés Frères dans l'Episcopat,
Chers Frères et Soeurs,
La célébration de la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, prévue pour le 25 avril 1999, quatrième dimanche de Pâques, constitue un appel renouvelé régulièrement à considérer avec attention un aspect fondamental de la vie de l'Eglise : l'appel au ministère ordonné et à la vie consacrée.
En préparation au Grand Jubilé, l'année 1999 ouvre "les horizons du croyant, selon la perspective même du Christ : la perspective du Père qui est dans les cieux" (cf. Mt 5,45) (Tertio millennio adveniente, 49) et invite à réfléchir sur la vocation qui constitue le vrai horizon de chaque coeur humain : la vie éternelle. C'est dans cette lumière que se révèle toute l'importance des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, par lesquelles le Père céleste, de qui "descend tout don excellent et toute donation parfaite" (Jc 1,17), continue à enrichir son Eglise.
Une hymne de louange surgit spontanément du coeur : "Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ" (Ep 1,3) pour le don dinnombrables vocations au ministère sacerdotal et à la vie consacrée dans ses différentes formes, aussi en ce siècle qui s'achève.
Dieu continue à se montrer Père à travers des hommes et des femmes qui, poussés par la force du Saint-Esprit, témoignent par la parole et les oeuvres, parfois même jusqu'au martyre, de leur dévouement sans réserve au service des frères. Au travers du ministère ordonné des Evêques, prêtres et diacres, Il offre la garantie permanente de la présence sacramentelle du Christ Rédempteur (cf. Christifideles Laici, 22), faisant croître l'Eglise, grâce à leur service irremplaçable, dans l'unité d'un seul corps et dans la variété des vocations, ministères et charismes.
Il a répandu abondamment l'Esprit sur ses fils d' adoption, rendant visible, dans les différentes formes de vie consacrée, son amour de Père qui veut rassembler l'humanité entière. Son amour est un amour qui attend avec patience et accueille dans la fête celui qui s'est éloigné ; un amour qui éduque et corrige ; qui rassasie la faim d' amour de chaque personne. Il continue à indiquer des horizons de vie éternelle qui ouvrent le coeur à l'espérance, même au milieu des difficultés, de la douleur et de la mort, spécialement par l'intermédiaire de ceux qui abandonnent tout pour suivre le Christ, et se consacrer entièrement à la réalisation de son Règne.
Durant cette année 1999, dédiée au Père céleste, je voudrais inviter tous les fidèles à réfléchir sur les vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée, en suivant pas à pas la prière que Jésus Lui-même nous a enseignée, le "notre Père".
1. "Notre Père, qui es aux cieux"
Invoquer Dieu comme Père signifie reconnaître en son amour la source de la vie. Dans le Père céleste, l'homme, appelé à être son fils, découvre "avoir été choisi, avant que le monde fût créé, pour être saint et immaculé devant sa face, grâce à son amour" (Ep 1,4). Le Concile Vatican II rappelle que "le Christ... dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation" (Gaudium et spes, 22). Pour la personne humaine, la fidélité à Dieu est garantie de fidélité à son propre être, et, de cette façon, garantie de pleine réalisation de son propre projet de vie.
Chaque vocation a sa racine dans le Baptême, quand le chrétien, "rené de l'eau et de l' Esprit" (Jn 3,5), est rendu participant à l'événement de grâce qui, sur les rives du Jourdain, a révélé Jésus comme "Fils bien-aimé" en qui le Père a mis ses complaisances (Lc 3,22). Du Baptême surgit pour chaque vocation chrétienne, la source de la vraie fécondité. Par conséquent, il est nécessaire dapporter un soin particulier à initier les catéchumènes et les petits à la redécouverte du Baptême et à la réalisation d'un rapport filial authentique avec Dieu.
2. "Que ton Nom soit sanctifié"
La vocation à être "saints comme Lui est saint" (Lv 11,44) se réalise quand on donne à Dieu la place qui lui revient. Notre époque actuelle, sécularisée mais aussi fascinée par la recherche du sacré, éprouve un besoin particulier de saints qui, vivant intensément le primat de Dieu dans leur existence, en rendent perceptible la présence amoureuse et prévoyante.
La sainteté, don à implorer sans cesse, constitue la réponse la plus précieuse et efficace à la faim d'espérance et de vie du monde contemporain. L'humanité a besoin de prêtres saints et d'âmes consacrées qui vivent quotidiennement le don total de soi à Dieu et au prochain ; de pères et de mères capables de témoigner à l'intérieur des murs familiaux de la grâce du sacrement de mariage, réveillant en ceux qui les approchent le désir de réaliser le projet du Créateur sur la famille ; de jeunes qui ont découvert personnellement le Christ et en sont restés fascinés, de telle sorte qu'ils transmettent à leurs contemporains leur passion de l'Evangile.
3. Que ton règne vienne
La sainteté rappelle le "Royaume de Dieu" que Jésus a représenté symboliquement dans le grand banquet joyeux proposé à tous, mais destiné seulement à qui accepte de revêtir la "robe nuptiale" de la grâce.
L'invocation "que ton règne vienne" invite à la conversion et rappelle que le séjour terrestre de l'homme doit être marqué par la recherche continue du règne de Dieu, prioritairement et au-dessus de toute autre chose. C'est une invocation qui invite à abandonner le monde des paroles qui passent pour assumer généreusement, malgré les difficultés et les oppositions, les engagements auxquels le Seigneur appelle.
Demander au Seigneur "que ton règne vienne" signifie encore choisir la maison du Père comme demeure personnelle, vivant et oeuvrant selon le style de l'Evangile, et aimant dans l' Esprit de Jésus ; cela signifie en même temps découvrir que le Règne est une "petite semence" dotée d'une plénitude de vie insoupçonnée, mais continuellement exposée au risque d'être refusée et rejetée.
Puissent ceux qui sont appelés au sacerdoce ou à la vie consacrée accueillir avec une disponibilité généreuse la semence de la vocation que Dieu a déposée dans leur coeur. Les attirant à suivre le Christ d'un coeur sans partage, le Père les invite à être des apôtres du Royaume libres et joyeux. Dans la réponse généreuse à cette invitation, ils trouveront ce vrai bonheur auquel leur coeur aspire.
4. "Que ta volonté soit faite"
Jésus a dit : "Ma nourriture, c'est faire la volonté de Celui qui m'a envoyé et accomplir son oeuvre" (Jn 4,34). Par ces paroles, il révèle que le projet personnel de l'existence est inscrit dans un dessein prévoyant du Père. Pour le découvrir, il faut abandonner une interprétation trop terrestre de la vie, et placer en Dieu le fondement et le sens de sa propre existence. La vocation est avant tout don de Dieu : non pas choisir, mais être choisi ; elle est une réponse à un amour qui précède et qui accompagne. Pour qui se rend docile à la volonté du Seigneur, la vie devient un bien reçu, qui tend, de par sa nature, à se transformer en offrande et en don.
5. "Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour"
Jésus a fait de la volonté du Père sa nourriture quotidienne (cf. Jn 4,34), et Il a invité les siens à manger ce pain qui rassasie la faim de l' esprit: le pain de la parole et de l'Eucharistie.
A l'exemple de Marie, il faut apprendre à éduquer son coeur à l'espérance, en l'ouvrant à cet "impossible" de Dieu, qui fait exulter de joie et de reconnaissance. Pour ceux qui répondent généreusement à l'invitation du Seigneur, les événements heureux et tristes de l'existence deviennent ainsi matière à un dialogue confiant avec le Père, et occasion de redécouverte incessante de sa propre identité de fils de prédilection appelés à participer, dans un rôle approprié et spécifique, à la grande oeuvre de salut du monde, commencée par le Christ et confiée aujourd'hui à son Eglise.
6. "Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés"
Le pardon et la réconciliation sont le grand don qui a fait irruption dans le monde au moment où Jésus, envoyé par le Père, a déclaré ouverte "l'année de grâce du Seigneur" (Lc 4,19). Il s'est fait l'ami des pécheurs" (Mt 11,19), Il a donné sa vie "en rémission des péchés" (Mt 26,28) et, à la fin, Il a envoyé ses disciples dans le monde entier pour annoncer la pénitence et le pardon.
Connaissant la fragilité humaine, Dieu a préparé pour l'homme la voie de la miséricorde et du pardon comme expérience à partager - on est pardonné si on pardonne - afin qu'apparaissent dans la vie renouvelée par la grâce, les traits authentiques des vrais fils de l' unique Père céleste.
7. "Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal"
La vie chrétienne est un processus continuel de libération du mal et du péché. Par le sacrement de la Réconciliation, la puissance de Dieu et sa sainteté sont communiquées comme énergie nouvelle qui conduit à la liberté d'aimer, faisant triompher le bien.
La lutte contre le mal, que le Christ a menée rigoureusement, est aujourd'hui confiée à l'Eglise et à chaque chrétien, selon la vocation, le charisme et le ministère de chacun. Un rôle fondamental est réservé à ceux qui ont été choisis pour un ministère ordonné : évêques, prêtres et diacres. Mais un apport irremplaçable et spécifique est également offert par les Instituts de vie consacrée, dont les membres "rendent visible, par leur consécration et leur total dévouement, la présence amoureuse et salvifique du Christ, l'oint du Père, envoyé en mission" (Vita Consecrata, 76).
Comment ne pas souligner que la promotion des vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée doit devenir un engagement harmonieux de toute l'Eglise et de chaque croyant ? A ceux-là le Seigneur ordonne: "Priez le Maître de la moisson pourqu'Il envoie des ouvriers à sa moisson" (Lc 9,38).
Conscients de tout cela, nous nous adressons dans une prière unanime au Père céleste, dispensateur de tout bien:
8.
Père très bon,
dans le Christ, ton Fils,
Tu nous révèles ton Amour,
Tu nous embrasses comme tes fils
et Tu nous offres la possibilité de découvrir
dans ta volonté les traits de notre vrai visage.
Père saint,
Tu nous appelles à être saints
comme Toi-même es saint.
Nous te prions de ne jamais cesser de donner
à ton Eglise des ministres et des apôtres saints
qui, par la parole et les sacrements,
ouvrent le chemin de la rencontre avec Toi.
Père miséricordieux,
donne à l'humanité égarée
des hommes et des femmes qui,
par le témoignage d'une vie transfigurée
à l' image de ton Fils,
marchent joyeusement
en compagnie de tous leurs autres frères et soeurs
vers la patrie céleste.
Notre Père,
avec la voix de ton Esprit Saint,
confiant dans la maternelle intercession de Marie,
nous T'invoquons avec ardeur:
envoie à ton Eglise des prêtres,
qui soient des témoins courageux
de ton infinie bonté.
Amen !
Du Vatican, le 1er Octobre 1998, mémoire de Ste Thérèse de L'Enfant-Jésus, Docteur de l'Eglise.
JEAN-PAUL II