Ressources Catholiques Magistère

précédent
MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
POUR LA XVI
e JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS
 
Chers frères dans l’Épiscopat,
chers fils et filles du monde entier,
C’est la première fois que le nouveau Pape s’adresse à vous à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de prière pour les vocations.
Avant toute autre chose, tournons, vous et moi, notre souvenir affectueux et plein de reconnaissance vers le regretté Pape Paul VI. Reconnaissance, parce qu’il a, pendant le Concile, institué cette Journée de prière pour toutes les vocations qui impliquent une consécration spéciale à Dieu et à l’Église. Reconnaissance, parce que chaque année, durant quinze ans, il a éclairé le sens de cette Journée par sa parole de maître et il nous a encouragés avec tout son cœur de Pasteur.
À son exemple, je m’adresse à vous aujourd’hui en cette 16e Journée mondiale, pour vous confier trois points qui me tiennent particulièrement à cœur, trois mots d’ordre en quelque sorte : prier, appeler, répondre.
I. – Avant tout, prier
Si le Christ lui-même nous a commandé de prier à cette intention, c’est qu’il s’agit là d’une chose vraiment importante : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » (Mt 9, 38.) Que cette Journée soit un témoignage public de foi et d’obéissance au commandement du Seigneur. Célébrez-la donc dans vos cathédrales : l’évêque avec son clergé, les religieux, les religieuses, les missionnaires, les aspirants au sacerdoce et à la vie consacrée, le peuple, les jeunes, beaucoup de jeunes. Célébrez-la dans les paroisses, dans les communautés, dans les sanctuaires, dans les collèges, et là où il y a des personnes qui souffrent. Que s’élève de toute part dans le monde cet assaut vers le ciel, pour demander au Père ce que le Christ a voulu que nous demandions.
Que ce soit une Journée pleine d’espérance ! Qu’elle nous trouve réunis, comme dans un Cénacle universel, « assidus et en plein accord dans la prière… avec Marie, la Mère de Jésus » (Ac 1, 14), attendant avec confiance les dons du Saint-Esprit ! En effet, sur l’autel du sacrifice eucharistique autour duquel nous nous resserrons pour prier, c’est le Christ lui-même qui prie avec nous et pour nous, et il nous assure que nous obtiendrons ce que nous demandons : « Si deux d’entre vous se mettent d’accord sur la terre pour demander quelque chose, mon Père qui est dans les cieux vous l’accordera. Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » (Mt 18, 19 s.) Nous sommes nombreux à être réunis en son nom et nous demandons seulement ce qu’il veut. Devant sa promesse solennelle, comment est-il possible de ne pas prier avec une âme pleine d’espérance ?
Que cette Journée soit un centre de rayonnement spirituel ! Que notre prière s’étende et persévère dans les églises, les communautés les familles, dans le cœur des croyants, comme en un monastère invisible d’où s’élève une invocation permanente au Seigneur !
II. – Appeler
Je voudrais maintenant m’adresser à vous, frères dans l’Épiscopat, à vos coopérateurs dans le sacerdoce, pour vous fortifier et vous encourager dans le ministère que vous accomplissez déjà d’une façon louable. Soyons fidèles au Concile qui a exhorté les évêques à « cultiver de toutes leurs forces, quam maxime, les vocations sacerdotales et religieuses, en prenant un soin spécial des vocations missionnaires » (décret Christus Dominus, n. 15).
Le Christ, qui a ordonné de prier pour les ouvriers de la moisson, les a aussi appelés personnellement. Les paroles de son appel sont conservées dans le trésor de l’Évangile : « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » (Mt 4 19.) « Viens et suis-moi ! » (Mt 19, 21.) « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive. » (Jn 12, 26.) Ces paroles d’appel sont confiées à notre ministère apostolique et nous devons les entendre, comme les autres paroles de l’Évangile, « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). C’est la volonté du Christ que nous les fassions entendre. Le Peuple de Dieu a le droit de les entendre de notre part.
Les beaux programmes pastoraux de chaque Église, les Œuvres des vocations qui doivent, selon le Concile, organiser et promouvoir toute l’activité pastorale au service des vocations (cf. décret Optatam totius, n. 2), ouvrent la route, préparent le bon terrain à la grâce du Seigneur. Dieu est toujours libre d’appeler qui il veut et quand il veut, selon « l’extraordinaire richesse de sa grâce par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus » (Ep 2, 7). Mais il appelle ordinairement par l’intermédiaire de nos personnes et de nos paroles. N’ayez donc pas peur d’appeler. Descendez au milieu de vos jeunes. Allez personnellement à leur rencontre et appelez-les. Les cœurs de nombreux jeunes et moins jeunes sont prêts à vous écouter. Beaucoup d’entre eux cherchent un but à leur vie ; ils attendent de découvrir une mission qui en vaille la peine pour lui consacrer leur vie. Le Christ les a mis en harmonie avec son appel et avec le vôtre. Nous devons appeler. Le Seigneur fera le reste, lui qui offre à chacun son don particulier, selon la grâce qui lui a été donnée (cf. 1 Co 7, 7 ; Rm 12, 6).
Accomplissons ce ministère avec un cœur large. Ouvrons notre âme, comme le veut le Concile, « au-delà des limites de chaque diocèse, nation, famille religieuse ou rite et, tenant compte des nécessités de l’Église universelle, apportons notre secours principalement aux régions où des ouvriers sont réclamés avec plus d’urgence pour la vigne du Seigneur » (décret Optatam totius, n. 2). Ce que j’ai dit aux évêques et à leurs coopérateurs dans l’ordre sacerdotal, je voudrais le dire aussi aux supérieures et aux supérieurs religieux, aux directeurs des Instituts séculiers, aux responsables de la vie missionnaire, afin que chacun d’entre eux accomplisse sa propre part, sous sa propre responsabilité, en vue du bien général de l’Église.
III. – Répondre
Je m’adresse particulièrement à vous, les jeunes. Bien plus, je voudrais parler avec vous, avec chacun d’entre vous. Vous m’êtes extrêmement chers, et j’ai une grande confiance en vous. Je vous ai appelés l’espérance de l’Église et mon espérance.
Rappelons-nous ensemble quelques vérités. Le trésor de l’Évangile conserve les belles réponses faites au Seigneur par ceux qu’il appelait. Celle de Pierre, et d’André son frère : « Et aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent. » (Mt 4, 20.) Celle du publicain Lévi : « Laissant tout, il se leva et le suivit. » (Lc 5, 28.) Celle des apôtres : « Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6, 68.) Celle de Saul : « Que veux-tu que je fasse, Seigneur ? » (Ac 22, 10.) Depuis l’époque de la première annonce de l’Évangile jusqu’à nos jours, un nombre immense d’hommes et de femmes ont donné leur réponse personnelle, leur réponse libre et consciente au Christ qui les appelle Ils ont choisi le sacerdoce, la vie religieuse, la vie missionnaire comme but et comme idéal de leur existence. Ils ont servi le Peuple de Dieu et l’humanité avec foi, avec intelligence, avec courage, avec amour. Voici maintenant votre heure. C’est à vous de répondre. Mais peut-être avez-vous peur ?
Alors, réfléchissons ensemble, à la lumière de la foi. Notre vie est un don de Dieu. Nous devons en faire quelque chose de bon. Il existe beaucoup de façons de bien employer sa vie, en l’engageant au service d’idéaux humains et chrétiens. Si aujourd’hui je vous parle de consécration totale à Dieu dans le sacerdoce, dans la vie religieuse, dans la vie missionnaire, c’est parce que le Christ appelle beaucoup d’entre vous à cette extraordinaire aventure. Il a besoin, il veut avoir besoin de votre personne, de votre intelligence, de vos énergies, de votre foi, de votre amour, de votre sainteté. Si le Christ vous appelle au sacerdoce, c’est qu’il veut exercer son sacerdoce à travers votre consécration et votre mission sacerdotale. Il veut parler aux hommes d’aujourd’hui par votre voix. Il veut consacrer l’Eucharistie et pardonner les péchés par votre intermédiaire, aimer avec votre cœur, aider avec vos mains, sauver grâce à votre labeur. Pensez-y bien. La réponse que beaucoup d’entre vous peuvent donner est adressée personnellement au Christ qui vous appelle à ces grandes choses.
Vous trouverez des difficultés. Croyez-vous que je ne les connais pas moi-même ? Je vous dis que l’amour vainc toute difficulté. La vraie réponse à toute vocation est une œuvre d’amour. La réponse à la vocation sacerdotale, religieuse, missionnaire, ne peut jaillir que d’un profond amour pour le Christ. Cette force d’amour, c’est lui-même qui vous l’offre, comme don qui s’ajoute au don de son appel et qui rend possible votre réponse. Ayez confiance en « Celui dont la puissance est capable de faire bien au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir. » (Ep 3, 20.) Et, si vous le pouvez, donnez-lui votre vie, avec joie, sans peur, à lui qui le premier a donné sa vie pour vous.
Je vous exhorte donc à prier ainsi :
« Seigneur Jésus, toi qui as appelé qui tu voulais, appelle beaucoup d’entre nous à travailler pour toi, à travailler avec toi. Toi qui as éclairé par ta parole ceux que tu as appelés, éclaire-nous par le don de la foi en toi. Toi qui les as soutenus dans les difficultés, aidenous à vaincre nos difficultés de jeunes d’aujourd’hui. Et si tu appelles quelqu’un parmi nous pour le consacrer tout entier à toi, que ton amour réchauffe cette vocation dès sa naissance, qu’il la fasse grandir et persévérer jusqu’à la fin. Ainsi soit-il ! »
En confiant ces souhaits et cette prière à la puissante intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Reine des apôtres, en espérant que les appelés sauront discerner et suivre généreusement la voix du divin Maître, j’invoque sur vous, frères très chers dans l’Épiscopat, sur vous aussi, fils et filles bien aimés de l’Église entière, les dons de paix et de sérénité du Rédempteur, en gage desquels je vous donne de tout cœur la bénédiction apostolique.
Du Vatican, en la solennité de l’Épiphanie de Notre-Seigneur, le 6 janvier 1979, première année de mon pontificat.
 
IOANNES PAULUS PP. II



MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
POUR LA XXXIX
e JOURNÉE MONDIALE
DES COMMUNICATIONS SOCIALES
« Les moyens de communication
au service de l’entente entre les peuples »
[Dimanche 8 mai 2005]
 
Chers frères et sœurs,
1. Nous lisons dans la lettre de Saint Jacques: « De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères et sœurs, qu’il en soit ainsi » (Jc 3, 10). Les Saintes Ecritures nous rappellent que les mots ont un pouvoir extraordinaire pour rapprocher les gens ou les séparer, créer des liens d'amitié ou provoquer l'hostilité.
Cela n’est pas seulement vrai des paroles adressées par une personne à une autre, mais s’applique également à tous les niveaux de la communication. La technologie moderne met à notre disposition des possibilités sans précédent en vue du bien, pour répandre la vérité de notre salut en Jésus-Christ et pour promouvoir l’harmonie et la réconciliation. Un mauvais usage de la communication peut causer un mal indicible, suscitant des malentendus, des préjugés et même des conflits. Le thème choisi pour la Journée mondiale des communications sociales de 2005 — « Les moyens de communication au service de l’entente entre les peuples » — exprime un besoin urgent: encourager l'unité de la famille humaine à travers l'usage approprié de ces grandes ressources.
2. Une des manières les plus appropriées d'accomplir cet objectif concerne l’éducation. Les médias peuvent faire savoir à des milliards de gens ce qui se passe dans d'autres parties du monde et au sein d’autres cultures. Avec raison on les a appelé « le premier aréopage des temps modernes... pour beaucoup le principal moyen d'information et d’éducation, d’orientation et d’inspiration dans leur attitude comme individus, comme familles, et au sein de toute la société » (Redemptoris missio, 37). Une connaissance exacte encourage la compréhension, chasse les préjugés et éveille le désir d’apprendre davantage. Surtout les images ont le pouvoir de susciter des impressions durables et de façonner des attitudes. Elles enseignent aux gens comment considérer les membres d’autres groupes et nations, influençant subtilement leur inclination à les voir comme amis ou ennemis, alliés ou adversaires potentiels.
Si les autres sont décrits en termes hostiles, ce sont des semences de conflit qui sont semées et qui peuvent facilement déboucher en violence, guerre, ou même génocide. Au lieu d’édifier l'unité et la compréhension, les médias peuvent être utilisés pour dénigrer les autres groupes sociaux, ethniques et religieux, fomentant la peur et la haine. Les responsables du style et des contenus de la communication ont le devoir grave d’assurer que cela n’arrive pas. En effet, les médias possèdent un énorme potentiel pour encourager la paix et construire des ponts entre les peuples, brisant le cycle fatal de la violence, des représailles et de la nouvelle violence qui se répand aujourd'hui. Les paroles de Saint Paul, qui inspirent le Message de cette année pour la Journée mondiale de la paix, y font écho: « Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien » (Rom 12, 21).
3. Si cette contribution à l’instauration de la paix est une des voies principales qui permet aux médias de rassembler les gens, son influence en faveur d’une mobilisation rapide d'aides humanitaires en réponse aux catastrophes naturelles est une autre de ses potentialités. Il est encourageant de voir avec quelle rapidité la communauté internationale a récemment répondu au tsunami qui causa d’innombrables victimes. La vitesse de circulation des nouvelles aujourd'hui augmente naturellement la possibilité de mettre en place les mesures pratiques opportunes en vue d’un maximum d'assistance. En ce sens, les médias peuvent accomplir un bien immense.
4. Le Concile Vatican II a rappelé: « Afin que les médias soient correctement utilisés, il est essentiel que tous ceux qui en font usage connaissent les principes de l'ordre moral et les appliquent fidèlement » (Inter mirifica, 4).
Le principe éthique fondamental est le suivant: « La personne humaine et la communauté humaine sont la fin et la mesure de l'usage des moyens de la communication sociale; la communication devrait se faire par les personnes vers les personnes pour le développement intégral des personnes » (Éthique en communication, 21). En premier lieu, alors, les communicateurs sont appelés à mettre en pratique dans leurs propres vies les valeurs et les attitudes qu'ils sont chargés de promouvoir chez les autres. Par-dessus tout, cela doit inclure un engagement authentique au service du bien commun — un bien qui n'est pas limité aux intérêts restreints d'un groupe particulier ou d’une nation mais qui embrasse les besoins et les intérêts de tous, le bien de la famille humaine tout entière (cf. Pacem in terris, 132). Les communicateurs ont ainsi l'occasion d’encourager une vraie culture de la vie en prenant leurs distances face à la conspiration actuelle contre la vie (cf. Evangelium vitae, 17) et en transmettant la vérité au sujet de la valeur et de la dignité de chaque personne humaine.
5. Le modèle et l’exemple de toute communication se trouvent dans la Parole de Dieu elle-même. « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes; Dieu en ces jours qui sont les derniers nous a parlé par le Fils » (He 1, 1). Le Verbe incarné a établi une nouvelle alliance entre Dieu et son peuple — une alliance qui nous unit en une communauté les uns avec les autres. « Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux n’a fait qu’un peuple, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine » (Eph 2, 14).
Ma prière en cette Journée mondiale des communications est que les hommes et les femmes des médias prennent pleinement part à la destruction des murs de haine dans notre monde, murs qui séparent les peuples et les nations les uns des autres, alimentant l’incompréhension et la méfiance. Puissent-ils utiliser les ressources à leur disposition pour fortifier les liens d'amitié et d’amour qui sont clairement le signal de l’instauration du Royaume de Dieu ici en ce monde.
Du Vatican, le 24 janvier 2005, en la fête de Saint François de Sales. 
 
IOANNES PAULUS PP. II



MESSAGE DU SAINT PÈRE JEAN-PAUL II
POUR LA XXXVIII
e JOURNÉE MONDIALE
DES COMMUNICATIONS SOCIALES
  « Les médias en famille: un risque et une richesse »
[Dimanche 23 mai 2004]
 
Chers Frères et Soeurs,
1. La croissance extraordinaire des moyens de communication sociale et leur plus grande disponibilité ont offert des opportunités exceptionnelles pour enrichir non seulement la vie des individus, mais également des familles. Dans le même temps, les familles doivent aujourd'hui faire face à de nouveaux défis qui naissent des messages variés et souvent contradictoires proposés par les moyens de communication sociale. Le thème choisi pour la Journée mondiale des Communications sociales 2004: « Les médias en famille: un risque et une richesse », est tout à fait approprié, car il invite à une réflexion équilibrée sur l'usage que les familles font des moyens de communication et sur la façon dont la famille et les préoccupations des familles sont traitées par les moyens de communication.
Le thème de cette année sert également à rappeler à tous, aux agents des moyens de communication ainsi qu'aux personnes à qui ils s'adressent, que toute communication possède une dimension morale. Comme le Seigneur l'a dit lui-même, la bouche parle de la plénitude du cœur (cf. Mt 12, 34-35). L'envergure morale des personnes s'accroît ou diminue selon les paroles qu'elles prononcent et les messages qu'elles choisissent d'écouter. C'est pourquoi la sagesse et le discernement dans l'usage des moyens de communications sociale sont particulièrement souhaitables chez les responsables du domaine des communications sociale, chez les parents et les éducateurs, car leurs décisions influent profondément sur les enfants et sur les jeunes dont ils ont la responsabilité et qui, en dernière analyse, représentent l'avenir de la société.
2. Grâce à l'expansion sans précédent du marché des communications sociales au cours des dernières décennies, de nombreuses familles dans le monde entier, également celles qui disposent de moyens plutôt modestes, peuvent à présent accéder à partir de chez elles aux ressources immenses et variées des moyens de communication sociale. En conséquence, elles jouissent d'opportunités presque illimitées d'information, d'éducation, d'enrichissement culturel et même de croissance spirituelle, des opportunités largement supérieures à celles que la plupart des familles possédaient par le passé.
Toutefois, ces mêmes moyens de communication ont la capacité de porter gravement atteinte aux familles, en leur présentant une vision inadaptée ou même faussée de la vie, de la famille, de la religion et de la moralité. Ce pouvoir de renforcer ou d'écraser les valeurs traditionnelles comme la religion, la culture et la famille a été clairement perçu par le Concile Vatican II, qui considérait que « pour qu'il soit fait un usage correct de ces moyens, il est absolument nécessaire que tous ceux qui les utilisent connaissent les principes de l'ordre moral et les appliquent fidèlement » (Inter mirifica, n. 4). La communication, sous toutes ses formes, doit toujours s'inspirer du critère éthique du respect de la vérité et de la dignité de la personne humaine.
3. Ces considérations sont en particulier valables en ce qui concerne la façon dont la famille est traitée dans les moyens de communication sociale. D'une part, le mariage et la vie familiale sont souvent représentés de façon sensible, réaliste mais également tolérante, célébrant des vertus telles que l'amour, la fidélité, le pardon et le don généreux de soi aux autres. Cela est également valable pour les représentations des moyens de communication sociale qui admettent l'échec et la déception inévitablement éprouvés par les couples mariés et par les familles — tensions, conflits, insuccès, choix erronés et actes douloureux —, mais qui s'efforcent cependant en même temps de séparer ce qui est juste de ce qui ne l'est pas, et de montrer l'importance irremplaçable de la famille comme unité fondamentale de la société.
D'autre part, la famille et la vie familiale sont trop souvent représentées de façon inappropriée par les moyens de communication. L'infidélité, l'activité sexuelle en dehors du mariage et l'absence d'une vision morale et spirituelle du contrat matrimonial sont représentées de façon acritique, en défendant parfois en même temps le divorce, la contraception, l'avortement et l'homosexualité. Ces représentations qui promeuvent des causes ennemies du mariage et de la famille sont nuisibles au bien commun de la société.
4. Une réflexion consciencieuse sur la dimension éthique de la communication doit déboucher sur des initiatives pratiques, visant à éliminer les risques pour le bien-être de la famille que présentent les moyens de communication sociale, et assurer que ces puissants instruments de communication restent des sources authentiques d'enrichissement. A ce propos, une responsabilité particulière revient aux agents des communications sociales, ainsi qu'aux autorités publiques et aux parents.
Le Pape Paul VI a souligné que les responsables des communications sociales doivent « connaître et respecter les exigences de la famille. Et cela suppose parfois chez eux un grand courage et toujours un très haut sens de responsabilité » (Message pour la Journée mondiale des Communications sociales, 1969; cf. ORLF n. 21 du 23 mai 1969). Il n'est pas si facile de résister aux pressions commerciales ou aux exigences de se conformer aux idéologies séculières, mais c'est précisément ce que les agents responsables doivent faire. L'enjeu est très élevé, car chaque attaque contre la valeur fondamentale de la famille est une attaque au bien authentique de l'humanité.
Les autorités publiques ont elles-mêmes le devoir important de promouvoir le mariage et la famille pour le bien de la société. Toutefois, de nombreuses personnes acceptent et agissent à présent sur la base des argumentations libertaires, fondées sur des bases inconsistantes, de certains groupes qui soutiennent des pratiques contribuant au grave phénomène de la crise de la famille et à l'affaiblissement du concept même de famille. Sans avoir recours à la censure, il est fondamental que les autorités publiques mettent en œuvre des politiques et des procédures de réglementation pour assurer que les moyens de communication sociale n'agissent pas contre le bien de la famille. Les représentants des familles doivent pouvoir participer à la réalisation de ces politiques.
Les responsables des politiques dans les moyens de communication et dans le secteur public doivent également agir pour une juste distribution des ressources des moyens de communication, que ce soit au niveau national ou international, en respectant dans le même temps l'intégrité des cultures traditionnelles. Les moyens de communication ne doivent pas donner l'impression de posséder un programme hostile aux solides valeurs familiales des cultures traditionnelles, ou d'avoir pour objectif de remplacer ces valeurs par les valeurs sécularisées de la société de consommation, s'inscrivant dans un processus de mondialisation.
5. Les parents, en tant que premiers éducateurs de leurs enfants, sont également les premiers à leur expliquer les moyens de communication. Ils sont appelés à former leurs enfants « dans l'utilisation modérée, critique, vigilante et prudente de ces moyens » (Familiaris consortio, n. 76). Lorsque les parents le font comme il se doit et de façon permanente, la vie de famille s'en trouve profondément enrichie. Même à des enfants en bas âge on peut enseigner quelque chose d'important sur les moyens de communication, à savoir qu'ils sont produits par des personnes souhaitant par tous les moyens transmettre des messages, et que ces messages invitent souvent à faire quelque chose — à acheter un produit, à avoir un comportement discutable — qui n'est pas dans l'intérêt de l'enfant ou qui ne correspond pas à la vérité morale, que les enfants ne doivent pas accepter ou imiter de façon acritique ce qu'ils rencontrent dans les moyens de communication sociale.
Les parents doivent également réglementer l'usage des moyens de communication chez eux. Cela signifie planifier et programmer l'utilisation de ceux-ci, en limitant sévèrement le temps que les enfants leur consacrent et en faisant du programme une expérience familiale, en interdisant certains moyens de communication et, périodiquement, en les excluant tous pour laisser place aux autres activités familiales. Les parents doivent en particulier donner aux enfants le bon exemple en faisant un usage pondéré et sélectif des moyens de communication. Ils peuvent souvent considérer utile de se joindre à d'autres familles pour étudier et discuter les problèmes et les opportunités qui apparaissent dans l'usage des moyens de communication. Les familles doivent être fermes dans leurs revendications aux producteurs, à ceux qui font la publicité et aux autorités publiques à propos de ce qui leur plaît et de ce qu'elles n'apprécient pas.
6. Les moyens de communication sociale possèdent un immense potentiel positif pour la promotion de solides valeurs humaines et familiales, contribuant ainsi au renouvellement de la société. Si l'on considère leur grande capacité de modeler les idées et d'influencer les comportements, les agents des communications sociales doivent reconnaître qu'ils ont non seulement la responsabilité d'apporter aux familles tout leur encouragement, leur aide et leur soutien possible dans ce but, mais également de faire preuve de sagesse, d'un bon jugement et de correction en présentant les questions concernant la sexualité, le mariage et la vie familiale.
Les moyens de communication sont accueillis chaque jour comme les hôtes habituels de nombreuses maisons et familles. En cette Journée mondiale des Communications sociales, j'encourage les responsables des communications ainsi que les familles à reconnaître ce privilège unique, ainsi que la responsabilité qu'il comporte. Que tous ceux qui sont engagés dans le domaine des communications sociales puissent reconnaître qu'ils sont les authentiques « dispensateurs et les administrateurs d'un immense potentiel spirituel qui appartient au patrimoine de l'humanité et est destiné à enrichir l'ensemble de la communauté humaine » (Discours aux agents des mass-media, Los Angeles, 15 septembre 1987, n. 8; cf. ORLF n. 40 du 6 octobre 1987)! Que les familles réussissent toujours à trouver dans les moyens de communication une source de soutien, d'encouragement et d'inspiration alors qu'elles cherchent à vivre comme des communautés de vie et d'amour, à éduquer les jeunes dans de solides valeurs morales et à promouvoir une culture de la solidarité, de la liberté et de la paix!
Du Vatican, le 24 janvier 2004, en la Fête de Saint François de Sales.  

IOANNES PAULUS  PP. II



suivant