MESSAGE DU SAINT-PÈRE
JEAN-PAUL II
AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION
DE LA XXe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2005
"Nous sommes venus l'adorer" (Mt 2, 2)
Chers jeunes !
1. Cette année, nous avons célébré la XIXe Journée Mondiale de la Jeunesse en méditant sur le désir exprimé par quelques Grecs venus à Jérusalem à l'occasion de la Pâque : "Nous voulons voir Jésus" (Jn 12, 21). Nous voici maintenant en chemin vers Cologne où, en août 2005, aura lieu la XXe Journée Mondiale de la Jeunesse.
"Nous sommes venus l'adorer" (Mt 2, 2) : tel est le thème de la prochaine rencontre mondiale des jeunes. Ce thème permet aux jeunes de tous les continents de refaire spirituellement l'itinéraire des Mages, dont les reliques, selon une pieuse tradition, sont précisément vénérées dans cette ville, et comme eux, de rencontrer le Messie de toutes les nations.
En vérité, la lumière du Christ éclairait déjà l'intelligence et le cœur des Mages. "Ils se mirent en route" (Mt 2, 9), raconte l'évangéliste, en se lançant avec courage sur des chemins inconnus, entreprenant un long et difficile voyage. Ils n'hésitèrent pas à tout quitter pour suivre l'étoile qu'ils avaient vu se lever en Orient (cf. Mt 2, 1). En imitant les Mages, vous aussi, chers jeunes, vous vous apprêtez à accomplir un "voyage" vers Cologne, venant de toutes les régions du globe. Il est non seulement important que vous vous préoccupiez de l'organisation pratique de la Journée Mondiale de la Jeunesse, mais il faut que vous preniez soin, en tout premier lieu, de sa préparation spirituelle, dans une atmosphère de foi et d'écoute de la Parole de Dieu.
2. "Et voilà que l'étoile ... les précédait; elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant" (Mt 2, 9). Les Mages arrivèrent à Bethléem parce qu'ils se laissèrent docilement conduire par l'étoile. Plus encore, "quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie" (Mt 2, 10). Il est important, chers jeunes, d'apprendre à scruter les signes par lesquels Dieu nous appelle et nous guide. Lorsque nous sommes conscients d'être conduits par lui, le cœur ressent une joie authentique et profonde, qui s'accompagne d'un vif désir de le rencontrer et d'un effort persévérant pour le suivre docilement.
"En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère" (Mt 2, 11). Rien d'extraordinaire à première vue. Et pourtant, cet Enfant est différent des autres : il est le Fils unique de Dieu qui s'est dépouillé de sa gloire (cf. Ph 2, 7) et qui est venu sur la terre pour mourir sur la Croix. Il est descendu parmi nous et s'est fait pauvre pour nous révéler la gloire divine, que nous contemplerons pleinement au Ciel, notre patrie bienheureuse.
Qui aurait pu inventer un signe d'amour plus grand ? Nous sommes en admiration devant le mystère d'un Dieu qui s'abaisse pour revêtir notre condition humaine jusqu'á s'immoler pour nous sur la Croix (cf. Ph 2, 6-8). Dans sa pauvreté, Celui qui - comme nous le rappelle saint Paul - "de riche qu'il était, s'est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté"(2 Co 8, 9), est venu offrir le salut aux pécheurs. Comment rendre grâce à Dieu pour tant de bonté manifestée ?
3. Les Mages rencontrent Jésus à "Bêt-lehem", qui signifie "maison du pain". Dans l'humble grotte de Bethléem repose, sur un peu de paille, le "grain de blé" qui, en mourant, portera "beaucoup de fruit" (cf. Jn 12, 24). Au cours de sa vie publique, Jésus, pour parler de lui et de sa mission de salut, aura recours à l'image du pain. Il dira : "Je suis le pain de vie", "Je suis le pain descendu du ciel", "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jn 6, 35.41.51).
En parcourant de nouveau avec foi l'itinéraire du Rédempteur, de la pauvreté de la Crèche jusqu'à l'abandon de la Croix, nous comprenons mieux le mystère de son amour qui rachète l'humanité. L'Enfant, couché par Marie dans la mangeoire, est l'Homme-Dieu que nous verrons cloué sur la Croix. Le Rédempteur lui-même est présent dans le sacrement de l'Eucharistie. Dans l'étable de Bethléem il se laissa adorer, sous les pauvres traits d'un nouveau-né, par Marie, par Joseph et par les bergers ; dans l'Hostie consacrée nous l'adorons sacramentellement présent dans son corps et dans son sang, dans son âme et dans sa divinité ; il s'offre à nous comme nourriture de vie éternelle. La Sainte Messe devient alors le véritable rendez-vous d'amour avec Celui qui s'est entièrement donné pour nous. N'hésitez pas, chers jeunes, à lui répondre quand il vous invite "au banquet des noces de l'Agneau" (cf. Ap 19, 9). Ecoutez-le, préparez-vous de manière appropriée et approchez-vous du Sacrement de l'Autel, en particulier en cette Année de l'Eucharistie (octobre 2004-2005) que j'ai voulu instaurer pour toute l'Eglise.
4. "Et, se prosternant, ils l'adorèrent" (Mt 2, 11). Si, en l'enfant que Marie tient dans ses bras, les Mages reconnaissent et adorent celui que les nations attendaient et que les prophètes avaient annoncé, nous pouvons aujourd'hui l'adorer dans l'Eucharistie et le reconnaître comme notre Créateur, notre unique Seigneur et Sauveur.
"Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent de l'or, de l'encens et de la myrrhe" (Mt 2, 11). Les présents qu'offrent les Mages au Messie symbolisent la véritable adoration. Par l'or, ils soulignent sa divinité royale ; par l'encens, ils confessent qu'il est prêtre de la nouvelle Alliance ; en lui offrant la myrrhe, ils célèbrent le prophète qui versera son sang pour réconcilier l'humanité avec son Père.
Chers jeunes, vous aussi, offrez au Seigneur l'or de votre existence, c'est-à-dire votre liberté pour le suivre par amour, en répondant fidèlement à son appel; faites monter vers lui l'encens de votre prière ardente, à la louange de sa gloire; offrez-lui la myrrhe, c'est-à-dire votre affection pleine de gratitude envers lui, vrai Homme, qui nous a aimés jusqu'à mourir comme un malfaiteur sur le Golgotha.
5. Soyez des adorateurs de l'unique vrai Dieu, en lui reconnaissant la première place dans votre existence ! L'idolâtrie est une tentation constante de l'homme. Hélas, il existe des personnes qui cherchent la solution à leurs problèmes dans des pratiques religieuses incompatibles avec la foi chrétienne. Un fort courant pousse à croire aux mythes faciles du succès et du pouvoir ; il est dangereux d'adhérer à des conceptions évanescentes du sacré qui présentent Dieu sous la forme d'une énergie cosmique ou bien d'autres manières non conformes à la doctrine catholique.
Jeunes, ne cédez pas aux illusions mensongères et aux modes éphémères, qui laissent souvent un tragique vide spirituel ! Refusez les séductions de l'argent, de la société de consommation et de la violence sournoise qu'exercent parfois les médias.
L'adoration du vrai Dieu constitue un authentique acte de résistance contre toute forme d'idolâtrie. Adorez le Christ : Il est le Rocher sur lequel bâtir votre avenir, ainsi qu'un monde plus juste et plus solidaire. Jésus est le Prince de la paix, la source du pardon et de la réconciliation, qui peut rendre frères tous les membres de la famille humaine.
6. "Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin" (Mt 2, 12). L'Évangile précise qu'après avoir rencontré le Christ, les Mages rentrèrent dans leur pays "en prenant un autre chemin". Ce changement de route peut symboliser la conversion à laquelle sont appelés ceux qui rencontrent Jésus, pour devenir les vrais adorateurs qu'il désire (cf. Jn 4, 23-24). Cela comprend l'imitation de sa façon d'agir, en faisant d'eux-mêmes, comme l'écrit l'apôtre Paul, un "sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu". L'Apôtre ajoute qu'il ne faut pas se conformer à la mentalité de ce monde, mais se transformer en renouvelant son jugement, "pour discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait" (cf. Rm 12, 1-2).
Ecouter le Christ et l'adorer conduit à faire des choix courageux, à prendre des décisions parfois héroïques. Jésus est exigeant car il veut notre bonheur authentique. Il appelle certains à tout quitter pour le suivre dans la vie sacerdotale ou consacrée. Que ceux qui entendent cette invitation n'aient pas peur de lui répondre 'oui' et qu'ils se mettent généreusement à sa suite. Mais, en dehors des vocations particulières de consécration, il y a la vocation propre de tout baptisé : elle aussi est une vocation à ce "haut degré" de la vie chrétienne ordinaire qui s'exprime dans la sainteté (cf. Novo millennio ineunte, 31). Lorsqu'on rencontre le Christ et que l'on accueille son Évangile, la vie change et l'on est conduit à communiquer aux autres sa propre expérience.
Tant de nos contemporains ne connaissent pas encore l'amour de Dieu ou cherchent à remplir leur cœur de succédanés insignifiants. Il est donc urgent d'être des témoins de l'amour contemplé dans le Christ. L'invitation à participer à la Journée Mondiale de la Jeunesse s'adresse également à vous, chers amis qui n'êtes pas baptisés ou qui ne vous reconnaissez pas dans l'Église. N'avez-vous pas, vous aussi, soif d'Absolu? N'êtes-vous pas en quête de "quelque chose" qui donne sens à votre existence ? Tournez-vous vers le Christ et vous ne serez pas déçus.
7. Chers jeunes, l'Église a besoin de témoins authentiques pour la nouvelle évangélisation: des hommes et des femmes dont la vie a été transformée par la rencontre avec Jésus; des hommes et des femmes capables de communiquer cette expérience aux autres. L'Église a besoin de saints. Nous sommes tous appelés à la sainteté et seuls les saints peuvent rénover l'humanité. Beaucoup nous ont précédés sur ce chemin d'héroïsme évangélique et je vous exhorte à recourir souvent à leur intercession. En vous rencontrant à Cologne, vous apprendrez à mieux connaître certains d'entre eux, comme saint Boniface, l'apôtre de l'Allemagne, et les saints de Cologne, en particulier Ursule, Albert le Grand, Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein) et le bienheureux Adolph Kolping.
Parmi eux, je voudrais particulièrement citer saint Albert et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix qui, avec la même disposition intérieure que les Mages, ont passionnément recherché la vérité. Ils n'ont pas hésité à mettre leurs capacités intellectuelles au service de la foi, témoignant ainsi que foi et raison sont liées et se renvoient l'une à l'autre.
Chers jeunes qui êtes spirituellement en marche vers Cologne, le Pape vous accompagne par sa prière. Que Marie, "femme eucharistique" et Mère de la Sagesse, soutienne vos pas, éclaire vos choix et vous enseigne à aimer ce qui est vrai, bon et beau. Qu'elle vous conduise tous à son Fils, le seul qui puisse combler les attentes les plus intimes de l'intelligence et du cœur de l'homme.
Avec ma bénédiction !
De Castel Gandolfo, le 6 août 2004
JEAN-PAUL II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX JEUNES DU MONDE
À L’OCCASION DE LA
XIXème JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2004
«Nous voulons voir Jésus» (Jn 12,21)
Très chers jeunes,
1. L’année 2004 constitue l’ultime étape avant le grand rendez-vous de Cologne en 2005, où sera célébrée la XXe Journée Mondiale de la Jeunesse. Je vous invite donc à intensifier votre chemin de préparation spirituelle, en approfondissant le thème que j’ai choisi pour cette XIXe Journée Mondiale: «Nous voulons voir Jésus !» (Jn 12,21).
C’est la demande que quelques «Grecs» adressèrent un jour aux Apôtres. Ils voulaient savoir qui était Jésus. Il ne s’agissait pas seulement de prendre contact pour savoir à quoi ressemblait l’homme Jésus. Poussés par une grande curiosité et par le pressentiment qu’ils allaient trouver réponse à leurs questions fondamentales, ils voulaient savoir qui il était vraiment et d’où il venait.
2. Chers jeunes, je vous invite vous aussi à imiter ces «Grecs» qui s’adressèrent à Philippe, animés par le désir de «voir Jésus». Que votre recherche ne soit pas motivée simplement par la curiosité intellectuelle, qui pourtant est déjà une valeur, mais qu’elle soit stimulée surtout par l’exigence intime de trouver la réponse à la question du sens de votre vie. Comme le jeune homme riche de l’Évangile, vous aussi vous cherchez Jésus pour lui poser cette question: «Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?» (Mc 10, 17). L’évangéliste Marc précise que Jésus le regarda et l’aima. Pensez aussi à cet autre épisode dans lequel Jésus dit à Nathanaël: «Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu», faisant jaillir du cœur de ce fils d’Israël qui ne savait pas mentir (cf. Jn 1,47), une belle profession de foi: «Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu!» (Jn 1, 49). Celui qui s’approche de Jésus avec un cœur libre de préjugés peut parvenir assez aisément à la foi, parce que c’est Jésus lui-même qui, le premier, l’a vu et aimé. L'aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve justement dans sa vocation à communiquer avec Dieu dans ce profond échange de regards qui transforme la vie. Pour voir Jésus, il faut d’abord se laisser regarder par lui !
Le désir de voir Dieu habite le cœur de tout homme et de toute femme. Chers jeunes, laissez-vous regarder dans les yeux par Jésus, pour que grandisse en vous le désir de voir la Lumière, de goûter la splendeur de la Vérité. Que nous en soyons conscients ou non, Dieu nous a créés parce qu’il nous aime et pour que nous l’aimions à notre tour. C’est la raison de l’irrésistible nostalgie de Dieu que l’homme porte dans le cœur: «C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face» (Ps 27, 8). Ce Visage -nous le savons-, Dieu nous l’a révélé en Jésus Christ.
3. Chers jeunes, voulez-vous, vous aussi, contempler la beauté de ce Visage ? Voilà la question que je vous pose en cette Journée Mondiale de la Jeunesse de l’année 2004. Ne répondez pas trop vite. Tout d’abord, faites le silence en vous. Laissez émerger du fond du cœur cet ardent désir de voir Dieu, un désir parfois étouffé par les bruits du monde et par les séductions des plaisirs. Laissez émerger ce désir et vous ferez l’expérience merveilleuse de la rencontre avec Jésus. Le christianisme n’est pas simplement une doctrine; c’est une rencontre dans la foi avec Dieu qui s’est fait présent dans notre histoire par l’incarnation de Jésus.
Cherchez tous les moyens de rendre possible cette rencontre, en regardant Jésus qui vous cherche passionnément. Cherchez-le avec vos yeux de chair à travers les événements de la vie et dans le visage des autres; mais cherchez-le aussi avec les yeux de l’âme au moyen de la prière et de la méditation de la Parole de Dieu, car « la contemplation du visage du Christ ne peut que nous renvoyer à ce que la Sainte Écriture nous dit de lui » (Novo millennio ineunte, n. 17).
4. Voir Jésus, contempler son Visage, est un désir irrésistible, mais c’est un désir que l’homme peut malheureusement aussi déformer. Et c’est ce qui arrive avec le péché, dont l’essence se trouve précisément dans le fait de détourner les yeux du Créateur pour les tourner vers la créature.
Ces “Grecs” à la recherche de la vérité n’auraient pu approcher du Christ, si leur désir, animé par un acte libre et volontaire, ne s’était pas concrétisé en une décision claire: «nous voulons voir Jésus». Être vraiment libres signifie avoir la force de choisir Celui pour qui nous avons été créés et accepter sa seigneurie sur notre vie. Vous le sentez au fond de votre cœur : tous les biens de la terre, toutes les réussites professionnelles, même l’amour humain dont vous rêvez, ne pourront jamais satisfaire pleinement vos attentes les plus intimes et les plus profondes. Seule la rencontre avec Jésus pourra donner son vrai sens à votre vie : «Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi», a écrit saint Augustin (Les Confessions, I, 1). Ne vous laissez pas détourner de cette quête. Persévérez, car ce qui est en jeu, c’est la pleine réalisation de vous-même et votre joie.
5. Chers amis, si vous apprenez à découvrir Jésus dans l’Eucharistie, vous saurez le découvrir aussi dans vos frères et sœurs, en particulier dans les plus pauvres. L’Eucharistie, reçue avec amour et adorée avec ferveur, devient une école de liberté et de charité pour réaliser le commandement de l’amour. Jésus nous parle le langage merveilleux du don de soi et de l’amour jusqu’au sacrifice de sa vie. Est-ce un discours facile ? Non, vous le savez ! L’oubli de soi n’est pas facile; il détourne de l’amour possessif et narcissique pour ouvrir l’homme à la joie de l’amour qui se donne. Cette école eucharistique de liberté et de charité apprend à dépasser les émotions superficielles pour s’enraciner fermement dans ce qui est vrai et bon; elle délivre du repliement sur soi pour disposer à s’ouvrir aux autres, elle enseigne à passer d’un amour affectif à un amour effectif. Car aimer, ce n’est pas seulement un sentiment; c’est un acte de volonté qui consiste à préférer de manière constante le bien de l’autre à son propre bien: «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis» (Jn 15,13).
C’est avec cette liberté intérieure et cette charité brûlante que Jésus nous apprend à le rencontrer dans les autres, en premier lieu dans le visage défiguré du pauvre. La Bienheureuse Teresa de Calcutta aimait distribuer sa «carte de visite» sur laquelle il était écrit: «le fruit du silence, c’est la prière ; le fruit de la prière, c’est la foi ; le fruit de la foi, c’est l’amour ; le fruit de l’amour, c’est le service ; le fruit du service, c’est la paix». Voilà le chemin de la rencontre avec Jésus. Allez au devant de toutes les souffrances humaines avec l'élan de votre générosité et avec l’amour que Dieu suscite dans vos cœurs par l’Esprit Saint: «Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait» (Mt 25,40). Le monde a un besoin urgent du grand signe prophétique de la charité fraternelle! Il ne suffit pas, en effet, de «parler» de Jésus; il faut aussi d’une certaine façon le faire «voir» par le témoignage éloquent de sa vie (cf. Novo millennio ineunte, n. 16).
Et n’oubliez pas de chercher le Christ et de reconnaître sa présence dans l’Église. Elle est comme le prolongement de son action salvifique dans le temps et dans l’espace. C’est en elle et par elle que Jésus continue à se rendre visible aujourd’hui et que les hommes peuvent le rencontrer. Dans vos paroisses, mouvements et communautés, soyez accueillants les uns envers les autres pour faire grandir la communion entre vous. Elle est le signe visible de la présence du Christ dans l’Église, malgré la barrière du péché des hommes qui souvent l’obscurcit.
6. Ne soyez donc pas surpris si vous rencontrez la Croix sur votre route. Jésus n’a-t-il pas dit à ses disciples que le grain de blé devait tomber en terre et mourir pour porter beaucoup de fruit (cf. Jn 12, 23-26)? Il indiquait ainsi que sa vie donnée jusqu’à la mort serait féconde. Vous le savez: depuis la Résurrection du Christ, jamais plus la mort n’aura le dernier mot. L’amour est plus fort que la mort. Si Jésus a accepté de mourir sur la Croix, faisant d’elle la source de la vie et le signe de l’amour, ce n’est ni par faiblesse, ni par goût de la souffrance. C’est pour nous obtenir le salut et nous donner d’avoir part dès maintenant à sa vie divine.
C’est précisément cette vérité que j’ai voulu rappeler aux jeunes du monde en leur confiant une grande Croix de bois à la fin de l’Année Sainte de la Rédemption, en 1984. Depuis lors, elle a parcouru différents pays pour préparer vos Journées Mondiales. Des centaines de milliers de jeunes ont prié autour de cette Croix. Déposant à ses pieds les fardeaux qui les accablaient, ils ont découvert qu’ils étaient aimés par Dieu et beaucoup d’entre eux ont aussi trouvé la force de changer de vie.
Cette année, pour le XXe anniversaire de cet événement, la Croix sera solennellement accueillie à Berlin, d’où, commençant son pèlerinage à travers toute l’Allemagne, elle rejoindra Cologne l’an prochain. Je désire aujourd’hui vous redire les paroles que je prononçais alors: «Chers jeunes, ... je vous confie la Croix du Christ! Portez-la dans le monde comme signe de l’amour du Seigneur Jésus pour l’humanité et annoncez à tous qu’il n’y a de salut et de rédemption que dans le Christ mort et ressuscité».
7. Vos contemporains attendent de vous que vous soyez les témoins de Celui que vous avez rencontré et qui vous fait vivre. Dans la réalité de la vie quotidienne, devenez des témoins intrépides de l’amour plus fort que la mort. C’est à vous de relever ce défi! Mettez vos talents et l’ardeur de votre jeunesse au service de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Soyez les amis enthousiastes de Jésus qui présentent le Seigneur à ceux qui désirent le voir, surtout les plus loin de lui. Philippe et André ont conduit ces «Grecs» jusqu’à Jésus: Dieu se sert de l’amitié humaine pour amener les cœurs à la source de la charité divine. Sentez-vous responsables de l’évangélisation de vos amis et de tous vos contemporains.
Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, qui toute sa vie s’est adonnée avec assiduité à la contemplation du visage du Christ, vous garder sans cesse sous le regard de son Fils (cf. Rosarium Virginis Mariæ, n.10) et vous soutenir dans la préparation de la Journée Mondiale de Cologne, vers laquelle je vous invite à vous tourner dès maintenant avec un enthousiasme responsable et actif. La Vierge de Nazareth, cette Mère attentive et patiente, façonnera en vous un cœur contemplatif et elle vous apprendra à fixer votre regard sur Jésus pour que, dans ce monde qui passe, vous soyez des prophètes du monde qui ne passe pas!
Je vous accorde une affectueuse Bénédiction apostolique. Qu’elle vous accompagne sur votre route !
Du Vatican, le 22 février 2004.
JEAN-PAUL II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE
AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION
DE LA XVIIIe JOURNÉE MONDIALE
DE LA JEUNESSE 2003
«Voici ta Mère!» (Jn 19, 27)
Chers jeunes,
1. C’est pour moi une joie sans cesse renouvelée de vous adresser un message spécial à l’occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse pour vous témoigner aussi de la sorte l’affection que je vous porte. Je garde en mémoire, comme un souvenir lumineux, les impressions suscitées en moi par nos rencontres lors des Journées Mondiales: les jeunes et le Pape ensemble, avec de nombreux évêques et prêtres, tournés vers le Christ, lumière du monde, l’invoquent et l’annoncent à la famille humaine entière. Tout en rendant grâce à Dieu pour le témoignage de foi que vous avez donné récemment encore à Toronto, je vous renouvelle l’invitation que j’ai faite sur les rives du lac Ontario: «L’Eglise aujourd’hui vous regarde avec confiance et attend que vous deveniez le peuple des Béatitudes!» (Exhibition Place, 25 juillet 2002).
Pour la XVIIIème Journée Mondiale de la Jeunesse que vous célébrerez dans les différents diocèses du monde, j’ai choisi un thème en relation avec l’Année du Rosaire: «Voici ta Mère!» (Jn 19, 27). Avant de mourir, Jésus offre à l’apôtre Jean ce qu’il a de plus précieux: sa Mère, Marie. Ce sont les dernières paroles du Rédempteur, qui revêtent par conséquent un caractère solennel et constituent comme son testament spirituel.
2. Les paroles de l’ange Gabriel à Nazareth: «Réjouis-toi, comblée de grâce» (Lc 1, 28) éclairent aussi la scène du Calvaire. L’Annonciation se situe au commencement, la Croix marque l’accomplissement. A l’Annonciation, Marie, en son sein, donne la nature humaine au Fils de Dieu; au pied de la Croix, en la personne de Jean, elle accueille dans son cœur l’humanité entière. Mère de Dieu dès le premier instant de l’Incarnation, elle devient Mère des hommes aux derniers moments de la vie de son Fils, Jésus. Elle, qui est sans péché, “connaît” en son être, au Calvaire, la souffrance du péché que son Fils prend sur Lui pour sauver les hommes. Au pied de la Croix sur laquelle meurt Celui qu’elle a conçu par le “oui” de l’Annonciation, Marie reçoit de Lui comme une “seconde Annonciation”: «Femme, voici ton fils» (Jn 19, 26).
Sur la Croix, le Fils peut épancher sa souffrance dans le cœur de sa Mère. Tout enfant qui souffre en éprouve le besoin. Vous aussi, chers jeunes, vous êtes confrontés à la souffrance: la solitude, les échecs et les déceptions dans votre vie personnelle; la difficulté de vous insérer dans le monde des adultes et dans la vie professionnelle; les séparations et les deuils dans vos familles; la violence des guerres et la mort des innocents. Sachez toutefois que dans les moments difficiles, qui ne manquent pas dans la vie de chacun, vous n’êtes pas seuls: comme à Jean au pied de la Croix, Jésus vous donne à vous aussi sa Mère, pour qu’elle vous réconforte par sa tendresse.
3. L’Evangile dit ensuite que «dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui» (Jn 19, 27). Cette expression, si souvent commentée depuis les origines de l’Eglise, ne désigne pas seulement le lieu où Jean habitait. Plutôt que l’aspect matériel, elle évoque la dimension spirituelle de cet accueil, de la relation nouvelle qui s’instaure entre Marie et Jean.
Chers jeunes, vous avez plus ou moins le même âge que Jean et le même désir d’être avec Jésus. Aujourd’hui, c’est à vous que le Christ demande expressément de prendre Marie “chez vous”, de l’accueillir “dans vos biens” pour apprendre d’elle, qui «conservait avec soin toutes ces choses, les méditant dans son cœur» (Lc 2, 19), la disposition intérieure à l’écoute et l’attitude d’humilité et de générosité qui la caractérisèrent comme première collaboratrice de Dieu dans l’œuvre du salut. C’est elle qui, en accomplissant son ministère maternel, vous éduque et vous modèle jusqu’à ce que le Christ soit formé pleinement en vous (cf. Rosarium Virginis Mariae, 15).
4. Voilà pourquoi je répète aussi aujourd’hui la devise de mon service épiscopal et pontifical: “Totus tuus”. J’ai constamment fait l’expérience dans ma vie de la présence aimante et agissante de la Mère du Seigneur; Marie m’accompagne chaque jour dans l’accomplissement de ma mission de Successeur de Pierre.
Marie est Mère de la divine grâce, parce qu’elle est la Mère de l’Auteur de la grâce. Remettez-vous à elle en toute confiance! Vous resplendirez alors de la beauté du Christ. Ouverts au souffle de l’Esprit, vous deviendrez des apôtres intrépides, capables de répandre autour de vous le feu de la charité et la lumière de la vérité. A l’école de Marie, vous découvrirez l’engagement concret que le Christ attend de vous, vous apprendrez à le mettre à la première place dans votre vie, à tourner vers Lui vos pensées et vos actions.
Chers jeunes, vous le savez bien: le christianisme n’est pas une simple opinion et il ne consiste pas en de vaines paroles. Le christianisme, c’est le Christ! Il est une Personne, Il est le Vivant! Rencontrer Jésus, l’aimer et le faire aimer: telle est la vocation chrétienne. Marie vous est donnée pour vous aider à entrer dans une relation plus vraie, plus personnelle avec Jésus. Par son exemple, Marie vous enseigne à poser un regard d’amour sur Lui qui, le premier, nous a aimés. Par son intercession, elle modèle en vous un cœur de disciples capables de se mettre à l’écoute de son Fils, qui révèle le visage authentique du Père et la véritable dignité de l’homme.
5. Le 16 octobre 2002, j’ai proclamé l’“Année du Rosaire” et j’ai invité tous les fils de l’Eglise à faire de cette antique prière mariale un exercice simple et profond de contemplation du visage du Christ. Réciter le chapelet signifie, en effet, apprendre à regarder Jésus avec les yeux de sa Mère, aimer Jésus avec le cœur de sa Mère. Je remets symboliquement aujourd’hui, à vous aussi, chers jeunes, le chapelet. A travers la prière et la méditation des mystères, que Marie vous guide avec assurance vers son Fils! N’ayez pas honte de réciter le chapelet seuls, sur le chemin de l’école, de l’université ou de votre travail, dans la rue et dans les transports publics. Prenez l’habitude de le prier entre vous, dans vos groupes, mouvements et associations. N’hésitez pas à proposer à vos parents et à vos frères et sœurs de prier le chapelet à la maison, car il ravive et renforce les liens entre les membres de la famille. Cette prière vous aidera à être forts dans la foi, constants dans la charité, joyeux et persévérants dans l’espérance.
Avec Marie, servante du Seigneur, vous découvrirez la joie et la fécondité de la vie cachée. Avec elle, disciple du Maître, vous suivrez Jésus sur les routes de Palestine, devenant des témoins de sa prédication et de ses miracles. Avec elle, Mère souffrante, vous accompagnerez Jésus dans sa passion et dans sa mort. Avec elle, Vierge de l’espérance, vous accueillerez l’annonce joyeuse de Pâques et le don inestimable de l’Esprit Saint.
6. Chers jeunes, Jésus seul connaît votre cœur, vos désirs les plus profonds. Lui seul, qui vous a aimés jusqu’à la mort (cf. Jn 13, 1), est capable de combler vos aspirations. Ses paroles sont des paroles de vie, des paroles qui donnent un sens à la vie. Personne d’autre que le Christ pourra vous donner le vrai bonheur. A l’exemple de Marie, sachez Lui dire un “oui” inconditionnel. Il ne doit pas y avoir de place pour l’égoïsme et pour la paresse dans votre existence. Plus que jamais, il est urgent que vous soyez les “sentinelles du matin”, les guetteurs qui annoncent à l’humanité les premiers feux de l’aurore et le nouveau printemps de l’Evangile que l’on voit déjà poindre. L’humanité a un impérieux besoin du témoignage de jeunes libres et courageux qui osent aller à contre-courant et proclamer avec force et enthousiasme leur foi en Dieu, Seigneur et Sauveur.
Vous savez, vous aussi, chers amis, que cette mission n’est pas facile. Elle devient même impossible si l’on ne compte que sur soi-même. Mais «ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu» (Lc 18, 27; cf. Lc 1, 37). Les vrais disciples du Christ ont conscience de leur faiblesse. C’est pourquoi ils mettent toute leur confiance dans la grâce de Dieu qu’ils accueillent avec un cœur sans partage, convaincus que sans Lui ils ne peuvent rien faire (cf. Jn 15, 5). Ce qui les caractérise et les distingue du reste des hommes, ce ne sont pas leurs talents ni leurs dispositions naturelles. C’est leur ferme détermination à cheminer à la suite du Christ. Soyez leurs imitateurs comme ils le furent eux-mêmes du Christ! Et «puisse Dieu illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force» (Ep 1, 18-19).
7. Chers jeunes, la prochaine Rencontre Mondiale se tiendra, vous le savez, en 2005, en Allemagne, dans la ville et dans le diocèse de Cologne. La route est encore longue, mais les deux années qui nous séparent de ce rendez-vous peuvent servir d’intense préparation. Les thèmes que j’ai choisis pour vous pourront vous aider:
- 2004, XIXème Journée Mondiale de la Jeunesse: «Nous voulons voir Jésus» (Jn 12, 21).
- 2005, XXème Journée Mondiale de la Jeunesse: «Nous sommes venus l’adorer» (Mt 2, 2)
En attendant, vous vous retrouverez dans vos Eglises locales pour le Dimanche des Rameaux: vivez avec engagement, dans la prière, dans l’écoute attentive et dans le partage joyeux ces occasions de “formation permanente”, en manifestant votre foi ardente et fervente! Comme les Mages, soyez vous aussi des pèlerins animés par le désir de rencontrer le Messie et de l’adorer! Annoncez avec courage que le Christ, mort et ressuscité, est vainqueur du mal et de la mort!
En un temps où pèse la menace de la violence, de la haine et de la guerre, témoignez que Lui seul peut donner la vraie paix au cœur de l’homme, aux familles et aux peuples de la terre. Efforcez-vous de rechercher et d’encourager la paix, la justice et la fraternité. Et n’oubliez pas la parole de l’Evangile: «Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu» (Mt 5, 9).
En vous confiant à la Vierge Marie, Mère du Christ et Mère de l’Eglise, je vous accompagne par une Bénédiction Apostolique spéciale, qui témoigne de ma confiance et qui confirme mon affection pour vous.
Du Vatican, 8 mars 2003
IOANNES PAULUS II