MESSAGE DU SAINT-PÈRE
POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES
33ème Dimanche du Temps Ordinaire
19 novembre 2017
N’aimons pas en paroles, mais par des actes
1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles vides qui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).
Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n'importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.
2. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps 33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureux et héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).
« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).
3. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !
Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.
Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).
Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.
4. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).
Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.
5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !
De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.
Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’: ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.
6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.
J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.
7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.
En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.
8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissent comme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.
9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.
Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.
Du Vatican, le 13 juin 2017
Mémoire de saint Antoine de Padoue
Franciscus
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS,
SIGNÉ PARA LE SECRÉTAIRE D'ÉTAT,
AUX PARTICIPANTS À LA RECONTRE EUROPÉENNE DES JEUNES
ANIMÉE PAR LA COMMUNAUTÉ DE TAIZÉ
[Strasbourg, 28 décembre 2013 - 1er janvier 2014]
«Chers jeunes,
Rome se souvient avec joie de votre rencontre européenne de l'an dernier et surtout de la très belle prière qui a rassemblé avec le Pape Benoît XVI des milliers de jeunes sur la Place Saint-Pierre. Le Pape François se sent proche de vous qui êtes maintenant réunis à Strasbourg et dans les villes et villages de l'Alsace et de l'Ortenau: une terre lacérée par des guerres qui ont fait d'innombrables victimes, mais une terre qui porte aussi une grande espérance, celle de la construction de la famille européenne. En ayant lieu simultanément dans deux pays, votre rencontre est un signe. L'Europe qui a traversé et traverse encore des moments difficiles, a besoin de votre engagement, de votre foi, de votre courage.
Vous êtes ensemble pour «chercher la communion visible de tous ceux qui aiment le Christ». C'est le projet que vous vous êtes fixé pour les rencontres à Taizé au long de l'année 2014. Vous êtes conscients que la division entre chrétiens constitue un obstacle de taille pour la réalisation de la mission qui a été confiée à l'Église et que « la crédibilité de l’annonce chrétienne serait beaucoup plus grande si les chrétiens dépassaient leurs divisions » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 244). Le Pape partage avec vous cette conviction que nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres, car les réalités qui nous unissent sont nombreuses.
Le Pape compte sur vous pour qu'à travers votre foi et votre témoignage, l'esprit de paix et de réconciliation de l'Évangile rayonne parmi vos contemporains. Du fond du cœur, il vous donne sa bénédiction, à vous jeunes participants à la rencontre, aux frères de Taizé, ainsi qu'aux pasteurs et à toutes les personnes qui vous accueillent en Alsace et en Ortenau.
Pietro Parolin
Secrétaire d’État de Sa Sainteté»
MESSAGE-VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA CAMPAGNE CONTRE LA FAIM DANS LE MONDE
LANCÉE PAR LA CARITAS INTERNATIONALIS
Chers frères, chères sœurs,
Je suis heureux de vous annoncer aujourd’hui le lancement de la « Campagne contre la faim dans le monde » lancée par notre Caritas Internationalis et de vous communiquer que j’entends y apporter mon plein soutien.
Cette confédération, avec l’ensemble de ses 164 organisations membres, est active dans 200 pays et territoires du monde et leur travail est au cœur de la mission de l’Église et de son attention envers tous ceux qui souffrent à cause du scandale de la faim, et avec lesquels le Seigneur s’est identifié lorsqu’il disait : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ». Quand les apôtres dirent à Jésus que les personnes qui étaient venues écouter ses paroles avaient également faim, Il les incita à aller chercher de la nourriture. Étant eux-mêmes pauvres, ils ne trouvèrent rien d’autre que cinq pains et deux poissons, mais avec la grâce de Dieu ils parvinrent à rassasier une multitude de personnes, recueillant même les restes et réussissant ainsi à éviter tout gaspillage.
Nous nous trouvons face au scandale mondial d’environ un milliard, un milliard de personnes qui aujourd’hui encore, souffrent de la faim. Nous ne pouvons pas détourner notre regard et faire semblant que ce problème n’existe pas. La nourriture disponible dans le monde suffirait à rassasier tous.
La parabole de la multiplication des pains et des poissons nous enseigne précisément cela: si la volonté existe, ce que nous avons ne s’épuise pas, mais il en reste même encore et rien n’est pas perdu.
Ainsi, chers frères, chères sœurs, je vous invite à ouvrir votre cœur à cette urgence, en respectant le droit donné par Dieu à tous d’avoir accès à une alimentation adéquate.
Partageons ce que nous avons dans la charité chrétienne avec ceux qui sont contraints d’affronter de nombreux obstacles pour satisfaire un besoin aussi fondamental et dans le même temps, devenons les promoteurs d’une authentique coopération avec les pauvres, afin qu’à travers les fruits de leur travail et du nôtre, ils puissent vivre une vie digne.
J’invite toutes les institutions du monde, toute l’Église et chacun de nous, comme une seule famille humaine, à nous faire l’écho des personnes qui souffrent en silence de la faim, afin que cet écho devienne un rugissement capable de secouer le monde.
Cette campagne se veut aussi une invitation pour nous tous à devenir plus conscients de nos choix alimentaires, qui souvent comportent le gaspillage d’aliments et une mauvaise utilisation des ressources à notre disposition. C’est aussi une exhortation à arrêter de penser que nos actions quotidiennes n’ont pas d’impact sur les vies de ceux — qu’ils soient proches ou lointains — qui souffrent en personne de la faim.
Je vous demande, de tout mon cœur, de soutenir notre Caritas dans cette noble campagne, pour agir comme une seule famille engagée à garantir la nourriture pour tous.
Prions pour que Dieu nous donne la grâce de voir un monde dans lequel personne ne doive plus jamais mourir de faim. Et tout en demandant cette grâce, je vous donne ma bénédiction.
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À SA SAINTETÉ BARTHOLOMÉE I,
PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE, POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ*
À Sa Sainteté Bartholomée ier, archevêque de Constantinople, patriarche œcuménique
«Que Dieu le Père et le Seigneur Jésus Christ accordent paix aux frères, ainsi que charité et foi» (Ep 6, 23).
Après avoir accueilli avec joie la délégation que Votre Sainteté a envoyée à Rome pour la solennité des saints Pierre et Paul, c’est avec la même joie que je transmets, à travers ce message confié au cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, ma proximité spirituelle en la fête de saint André, frère de Pierre et saint patron du patriarcat œcuménique. Avec la profonde affection réservée aux frères bien- aimés, je présente à Votre Sainteté, mes meilleurs vœux dans la prière, ainsi qu’aux membres du saint-synode, au clergé, aux moines et à tous les fidèles et — avec mes frères et mes sœurs catholiques — je m’unis à votre prière en cette occasion de fête.
Votre Sainteté, bien-aimé frère dans le Christ, c’est la première fois que je m’adresse à vous à l’occasion de la fête de l’apôtre André, le premier appelé. Je saisis cette occasion pour vous assurer de mon intention de poursuivre les relations fraternelles entre l’Église de Rome et le patriarcat œcuménique. C’est pour moi une source de grand réconfort de réfléchir sur la profondeur et sur l’authenticité des liens existant entre nous, fruit d’un chemin empli de grâce le long duquel le Seigneur a guidé nos Églises depuis la rencontre historique à Jérusalem entre le Pape Paul VI et le patriarche Athénagoras, dont nous célébrerons dans peu de temps le cinquantième anniversaire. Dieu, source de toute paix et amour, nous a enseigné en ces années à nous considérer les uns les autres comme membres de la même famille. En effet, nous avons un seul Seigneur et un seul Sauveur. Nous lui appartenons à travers le don de la bonne nouvelle du salut transmise par les apôtres, à travers l’unique baptême au nom de la sainte Trinité et à travers le ministère sacré. Unis dans le Christ donc, nous faisons déjà l’expérience de la joie de frères authentiques dans le Christ, bien qu’étant pleinement conscients de ne pas avoir atteint l’objectif de la pleine communion. Dans l’anticipation du jour où nous participerons enfin ensemble au banquet eucharistique, les chrétiens ont le devoir de se préparer à recevoir ce don de Dieu à travers la prière, la conversion intérieure, le renouveau de vie et le dialogue fraternel.
Notre joie à célébrer la fête de l’apôtre André ne doit pas détourner notre regard de la situation dramatique des nombreuses personnes qui souffrent à cause de la violence et de la guerre, de la faim, de la pauvreté et de graves catastrophes naturelles. Je suis conscient de votre profonde préoccupation pour la situation des chrétiens au Moyen-Orient et pour leur droit à demeurer dans leur patrie. Le dialogue, le pardon et la réconciliation sont les uniques instruments possibles pour obtenir la résolution du conflit. Nous sommes constants dans notre prière à Dieu tout-puissant et miséricordieux pour la paix dans cette région, et nous continuons d’œuvrer en vue de la réconciliation et de la juste reconnaissance des droits des personnes !
Votre Sainteté, la mémoire du martyre de l’apôtre saint André nous rappelle également les nombreux chrétiens de toutes les Églises et communautés ecclésiales qui, dans de nombreuses parties du monde, sont victimes de discrimination et paient parfois de leur sang le prix de leur profession de foi. Nous célébrons actuellement le 1700e anniversaire de l’Édit de Constantin, qui a mis fin à la persécution religieuse dans l’empire romain, tant en Orient qu’en Occident, et a ouvert de nouvelles voies pour la diffusion de l’Évangile. Aujourd’hui comme alors, les chrétiens d’Orient et d’Occident doivent apporter un témoignage commun afin que, renforcés par l’Esprit du Christ ressuscité, ils puissent diffuser le message de salut dans le monde entier. Il existe en outre un besoin urgent de coopération concrète et engagée entre les chrétiens afin de sauvegarder partout le droit d’exprimer publiquement leur foi et d’être traités de façon équitable lorsqu’ils promeuvent la contribution que le christianisme continue d’offrir à la société et à la culture contemporaine.
C’est avec des sentiments de profonde estime et d’amitié cordiale dans le Christ que j’invoque d’abondantes bénédictions sur Votre Sainteté, et sur tous les fidèles du patriarcat œcuménique, en demandant l’intercession de la Vierge Mère de Dieu et des saints apôtres et martyrs Pierre et André. Avec ces mêmes sentiments, je renouvelle mes meilleurs vœux et j’échange avec vous un baiser fraternel de paix.
Du Vatican, le 25 novembre 2013
François
MESSAGE-VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
POUR LE TROISIÈME FESTIVAL DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L'ÉGLISE
(Vérone, 21-24 novembre)
Je salue tous les participants au troisième festival de la doctrine sociale de l’Église qui a pour thème : « Moins d’inégalités, plus de différences ». De façon particulière, je salue l’évêque, S.Exc. Mgr Zenti, et S.Em. le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, qui ouvrira les travaux. J’adresse un salut à toutes les personnes présentes et un remerciement au père Vincenzi qui coordonne depuis des années le Festival.
« Moins d’inégalités, plus de différences » est un titre qui souligne la richesse diversifiée des personnes comme expression des talents personnels et qui prend les distances de l’homologation qui humilie et paradoxalement accroît les inégalités. Je voudrais traduire le titre à travers une image : la sphère et le polyèdre. La sphère peut représenter l’homologation, comme une sorte de mondialisation; elle est lisse, sans facette, égale à elle-même dans toutes ses parties. Le polyèdre a une forme semblable à la sphère, mais il est composé de multiples facettes. Il me plaît d’imaginer l’humanité comme un polyèdre, dans lequel les formes multiples, en s’exprimant, constituent les éléments qui composent, dans leur pluralité, l’unique famille humaine. Et il s’agit là d’une véritable mondialisation. L’autre mondialisation — celle de la sphère — est une homologation.
J’adresse une deuxième pensée aux jeunes et aux personnes âgées : la reconnaissance des différences valorise les personnes, à la différence de l’homologation, qui est le risque de les écarter parce qu’elles ne sont pas en mesure d’en saisir la signification. Aujourd’hui, les jeunes et les personnes âgées sont considérées comme des rebuts parce qu’ils ne répondent pas aux logiques productives d’une vision fonctionnelle de la société, ils ne répondent à aucun critère utile d’investissement. On dit qu’ils sont « passifs », qu’ils ne produisent pas, dans l’économie du marché, il ne sont pas sujets de production. Nous ne devons toutefois pas oublier que les jeunes et les personnes âgées portent chacun une grande richesse: tous deux sont l’avenir d’un peuple.
Les jeunes sont la force pour aller de l’avant; les personnes âgées sont la mémoire du peuple, la sagesse. Il ne peut y avoir de développement authentique, ni de croissance harmonieuse d’une société si la force des jeunes et la mémoire des personnes âgées sont niées. Un peuple qui ne prend pas soin des jeunes, des personnes âgées, n’a pas d’avenir. C’est pour cela que nous devons faire tout notre possible pour éviter que notre société ne produise un rebut social et que nous devons tous nous engager afin de garder vivante la mémoire, avec le regard tourné vers l’avenir.
Pensons au pourcentage de jeunes qui, en ce moment, sont sans travail: dans certains pays, on parle de 40% ou plus de jeunes au chômage. Cela représente une hypothèque, une hypothèque sur l’avenir. Et si cela n’est pas résolu au plus tôt, c’est la certitude d’un avenir trop faible ou de l’absence totale d’avenir.
J’adresse également une pensée à la doctrine sociale de l’Église : le Magistère social est un grand point de référence, il représente une orientation fruit d’une réflexion et d’une élaboration juste. Il est très utile pour ne pas se perdre. Ceux qui œuvrent dans le domaine de l’économie et de la finance sont certainement attirés par le profit et s’il ne font pas attention, il se mettent à servir le profit lui-même et ils deviennent ainsi esclaves de l’argent. La doctrine sociale renferme un patrimoine de réflexions et d’espérance qui est en mesure aujourd’hui aussi d’orienter les personnes et de les maintenir libres. Il faut du courage, une pensée et la force de la foi pour être dans le marché, pour être dans le marché, guidés par une conscience qui mette au centre la dignité de la personne et non pas l’idole argent.
Dans la pratique, tout cela n’est pas toujours immédiatement évident, mais si nous nous aidons réciproquement, poursuivre le bien commun devient le choix qui se retrouve également dans les résultats. La doctrine sociale, lorsqu’elle est vécue, engendre l’espérance. C’est ainsi que chacun peut trouver en lui la force de promouvoir à travers le travail une nouvelle justice sociale. On pourrait affirmer que l’application de la doctrine sociale contient en elle une mystique. Je répète ce mot: une mystique. Il semble qu’elle nous enlève immédiatement quelque chose, il semble que l’appliquer nous conduit hors du marché, des règles courantes. En regardant les résultats d’ensemble, cette mystique contient en revanche un gain important, parce qu’elle est en mesure de créer du développement précisément dans la mesure où — dans sa vision d’ensemble — elle exige de s’occuper des chômeurs, des fragilités, des injustices sociales et elle ne se soumet pas aux déformations d’une vision économiste.
La doctrine sociale ne supporte pas que les bénéfices aillent à ceux qui produisent et que la question sociale soit laissée à l’État ou aux activités d’assistance et de volontariat. Voilà pourquoi la solidarité est un mot clé de la doctrine sociale. Mais nous, en cette époque, nous courons le risque de l’éliminer du dictionnaire, car c’est un mot qui dérange mais aussi — permettez-moi de le dire — presque un « gros mot ». Pour l’économie et le marché, solidarité est presque un gros mot.
Une pensée également sur la coopération: j’ai rencontré certains représentants du monde des coopératives. Ici, dans ce salon, nous avons eu une réunion, il y a plusieurs mois. J’ai été très réconforté et je pense que c’est une bonne nouvelle pour tous d’entendre que, pour répondre à la crise, on a réduit les profits, mais on a maintenu le niveau de l’emploi. Le travail est trop important. Travail et dignité de la personne vont de pair. La solidarité doit s’appliquer également pour garantir le travail : la coopération représente un élément important pour assurer une pluralité de présence parmi les employeurs du marché. Aujourd’hui, celle-ci est l’objet de certaines incompréhensions également au niveau européen, mais je pense que ne pas considérer comme actuelle cette forme de présence dans le monde productif constitue un appauvrissement qui laisse la place aux homologations et qui ne promeut pas les différences et l’identité.
Je me souviens — j’étais jeune — lorsque j’avais 18 ans : c’était en 1954, et j’ai entendu mon père faire une conférence sur le coopérativisme chrétien et, depuis cette époque, je suis enthousiasmé par ce thème, j’ai vu que c’était le chemin à prendre. C’est précisément le chemin d’une égalité, mais pas d’une homogénéité, une égalité des différences. Sur le plan économique aussi ce chemin est lent. Je me souviens encore de la réflexion de mon père : il avance lentement, mais il est sûr. Lorsque j’entends certaines théories économiques, comme celle du « derrame » — je ne sais pas très bien comment on le dit en italien — [le Pape se réfère à une théorie économique de l’optimisme sur la baisse du prix des biens et la réduction de la pauvreté], l’expérience nous dit que ce chemin n’est pas le bon.
Je souhaite à tous ceux qui sont engagés et élaborent des réformes de coopérativisme de maintenir vivante la mémoire de leur origine. Les formes de coopération constituées par les catholiques comme traduction de Rerum Novarum témoignent de la force de la foi, qui aujourd’hui comme alors, est en mesure d’inspirer des actions concrètes pour répondre aux besoins de nos peuples.
Aujourd’hui, cela est d’une très grande actualité et pousse la coopération à devenir un sujet en mesure de penser aux nouvelles formes de protection sociale. Mon souhait est que vous puissiez revêtir la continuité de nouveauté. Et ainsi, imitons également le Seigneur, qui nous fait toujours aller de l’avant avec surprise, avec les nouveautés. Je vous accompagne de ma bénédiction, et vous ne vous lassez pas de prier pour moi, car j’en a vraiment besoin. Merci.