La lutte entre Dieu et Jacob, métaphore de la prière
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous poursuivons notre catéchèse sur le thème de la prière. Le livre de la Genèse, à travers les épisodes d’hommes et de femmes d’époques lointaines, nous raconte des histoires dans lesquelles nous pouvons voir le reflet de notre vie. Dans le cycle des patriarches, nous trouvons également celle d’un homme qui avait fait de la ruse son plus grand atout: Jacob. Le récit biblique nous parle du difficile rapport que Jacob avait avec son frère, Esaü. Dès leur enfance, il régnait entre eux une rivalité qui ne sera jamais surmontée par la suite. Jacob était le second, — ils étaient jumeaux — mais au moyen la tromperie, il réussit à soutirer de son père Isaac la bénédiction et le don du droit d’aînesse (cf. Gn 25, 19-34). Ce n’est que la première d’une longue série de ruses dont cet homme sans scrupule est capable. Le nom de «Jacob» signifie également quelqu’un qui agit avec habileté.
Contraint à fuir loin de son frère, dans sa vie, il semble réussir dans chacune de ses entreprises. Il est habile dans les affaires: il s’enrichit beaucoup, devenant propriétaire d’un troupeau immense. Avec ténacité et patience, il réussit à épouser la plus belle des filles de Laban, dont il était véritablement amoureux. Jacob — pourrions-nous dire à travers un langage moderne — est un «self made man», avec la ruse, l’habileté, il réussit à conquérir tout ce qu’il désire. Mais il lui manque quelque chose. Il lui manque la relation vivante avec ses racines.
Et un jour, il ressent la nostalgie de sa maison, de son antique patrie, où vivait encore Esaü, le frère avec lequel il avait toujours eu de très mauvais rapports. Jacob part et accomplit un long voyage avec une caravane composée d’une foule de personnes et d’animaux, jusqu’à ce qu’il arrive à la dernière étape, le gué du Yabboq. Ici, le livre de la Genèse nous offre une page mémorable (cf. 32, 23-33). Il raconte que le patriarche, après avoir fait traverser le gué à tout son peuple et tout son bétail — qui était nombreux —, demeure seul sur la rive étrangère. Et il pense: que lui réserve le lendemain? Quelle attitude aura son frère Esaü a qui il avait volé le droit d’aînesse? L’esprit de Jacob est un tourbillon de pensées. Et tandis que le soir tombe, soudain, un inconnu le saisit et commence à lutter contre lui. Le Catéchisme explique: «La tradition spirituelle de l’Eglise a retenu de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance» (CEC, n. 2673).
Jacob lutta toute la nuit, sans jamais lâcher prise, contre son adversaire. A la fin, il est vaincu, frappé par son rival au nerf sciatique, et à partir de ce jour, il boitera toute sa vie. Ce mystérieux combattant demande son nom au patriarche et lui dit: «On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l'as emporté» (v. 29). Comme pour dire: tu ne seras jamais l’homme qui marche ainsi, mais droit. Il lui change son nom, il lui change sa vie, il change son attitude; tu t’appelleras Israël. Alors, Jacob demande aussi à l’autre: «Révèle-moi ton nom». Ce dernier ne le lui dit pas, mais en revanche le bénit. Et Jacob comprend qu’il a rencontré Dieu «face à face» (cf. vv. 30-31).
Lutter contre Dieu : une métaphore de la prière. D’autres fois, Jacob s’était révélé capable de dialoguer avec Dieu, de le sentir comme une présence amie et proche. Mais cette nuit-là, à travers une lutte qui dure longtemps et qui le fait presque succomber, le patriarche ressort changé. Changement de nom, changement de mode de vie et changement de personnalité: il sort changé. Pour une fois, il n’est plus maître de la situation — sa ruse ne sert pas —, il n’est plus l’homme stratège et calculateur; Dieu le ramène à sa vérité de mortel qui tremble et qui a peur, parce que Jacob avait peur dans la lutte. Pour une fois, Jacob n’a rien d’autre à présenter à Dieu que sa fragilité et son impuissance, même ses péchés. Et c’est ce Jacob qui reçoit de Dieu la bénédiction, avec laquelle il entre en boitant dans la terre promise: vulnérable, et remis en cause, mais le cœur nouveau. Une fois j’ai entendu dire par une personne âgée — un homme bon, un bon chrétien, mais un pécheur qui avait beaucoup de confiance en Dieu — il disait: «Dieu m’aidera; il ne me laissera pas seul. J’entrerai au paradis, en boitant mais j’entrerai». Auparavant, il était sûr de lui, il comptait sur sa ruse. C’était un homme imperméable à la grâce, réfractaire à la miséricorde; il ne savait pas ce qu’était la miséricorde. «Je suis ici, c’est moi qui commande!», il considérait qu’il n’avait pas besoin de miséricorde. Mais Dieu a sauvé ce qui était perdu. Il lui a fait comprendre qu’il était limité, qu’il était un pécheur qui avait besoin de miséricorde et il le sauva.
Nous avons tous un rendez-vous dans la nuit avec Dieu, dans la nuit de notre vie, dans les si nombreuses nuits de notre vie: dans les moments obscurs, dans les moments de péché, dans les moments de désorientation. Là, il y a toujours un rendez-vous avec Dieu, toujours. Il nous surprendra au moment où nous ne l’attendons pas, au moment où nous resterons véritablement seuls. Dans cette même nuit, en combattant contre l’inconnu, nous prendrons conscience d’être uniquement de pauvres hommes — je me permets de dire «pauvres gens» — mais, précisément alors, au moment où nous nous sentons de «pauvres gens», nous ne devrons pas craindre: parce qu’à ce moment, Dieu nous donnera un nouveau nom, qui contient le sens de toute notre vie; il changera notre cœur et il nous donnera la bénédiction réservée à qui s’est laissé changer par Lui. C’est une belle invitation à se laisser changer par Dieu. Lui sait comment faire, parce qu’il connaît chacun d’entre nous. «Seigneur, tu me connais», chacun de nous peut le dire. «Seigneur, Tu me connais. Change-moi».
L'exemple de la prière de Moïse
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans notre itinéraire sur le thème de la prière, nous nous rendons compte que Dieu n'a jamais aimé avoir affaire à des orants “faciles”. Et Moïse lui aussi ne sera pas un interlocuteur “mou”, dès le premier jour de sa vocation.
Quand Dieu l'appelle, Moïse est humainement “un raté”. Le livre de l'Exode nous le représente dans la terre de Madian comme un fugitif. Dans sa jeunesse, il avait éprouvé de la pitié pour son peuple et s'était également rangé en défense des opprimés. Mais il découvre très vite que, malgré ses bonnes intentions, de ses mains ne naît pas la justice, mais plutôt la violence. Voilà que ses rêves de gloire se brisent: Moïse n'est plus un fonctionnaire prometteur, destiné à une carrière rapide, mais quelqu'un qui a joué ses chances, et à présent il fait paître un troupeau qui n'est même pas le sien. Et c'est précisément dans le silence du désert de Madian que Dieu convoque Moïse à la révélation du buisson ardent: «“C'est moi le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob”. Moïse alors se voila la face, dans la crainte que son regard ne se fixât sur Dieu» (Ex 3, 6).
A Dieu qui lui parle, qui l'invite à prendre à nouveau soin du peuple d'Israël, Moïse oppose ses peurs, ses objections: il n'est pas digne de cette mission, il ne connaît pas le nom de Dieu, il ne sera pas cru par les israélites, il a une langue qui balbutie... Et tant d'autres objections. La parole qui fleurit le plus souvent sur les lèvres de Moïse, dans chaque prière qu'il adresse à Dieu, est la question: “pourquoi?”. Pourquoi m'as-tu envoyé? Pourquoi veux-tu libérer ce peuple? Dans le Pentateuque, il y a même un passage dramatique, où Dieu reproche à Moïse son manque de confiance, un manque qui l'empêchera d'entrer dans la terre promise (cf. Nb 20,12).
Avec ces craintes, avec ce cœur qui vacille souvent, comment Moïse peut-il prier ? Moïse apparaît même un homme comme nous. Et cela nous arrive à nous aussi : quand nous avons des doutes, comment pouvons-nous prier? Nous ne réussissons pas à prier. Et c'est en raison de cette faiblesse, outre que par sa force, que nous sommes frappés par lui. Chargé par Dieu de transmettre la Loi à son peuple, fondateur du culte divin, médiateur des mystères les plus élevés, ce n'est pas pour autant qu'il cessera d'entretenir des liens étroits de solidarité avec son peuple, en particulier à l'heure de la tentation et du péché. Toujours attaché à son peuple. Moïse n'a jamais perdu la mémoire de son peuple. Et c'est l'une des grandeurs des pasteurs: ne pas oublier le peuple, ne pas oublier les racines. C'est ce que dit Paul à son bien-aimé jeune évêque Timothée: «Rappelle-toi de ta mère et de ta grand-mère, de tes racines, de ton peuple». Moïse est tellement ami avec Dieu qu'il peut parler avec lui face à face (cf. Ex 33,11); et il restera tellement ami des hommes qu'il éprouvera de la miséricorde pour leurs péchés, pour leurs tentations, pour la nostalgie soudaine que les exilés éprouvent pour le passé, en repensant à lorsqu'ils étaient en Egypte.
Moïse ne renie pas Dieu, mais il ne renie pas non plus son peuple. Il est cohérent avec son sang, il est cohérent avec la voix de Dieu. Moïse n'est donc pas un condottiere autoritaire et despotique; au contraire, le livre des Nombres le définit comme le «plus humble et doux que la terre ait porté» (cf. 12, 3). Malgré sa condition privilégiée, Moïse ne cesse pas d'appartenir à cette multitude de pauvres en esprit qui vivent en faisant de la confiance en Dieu le viatique de leur chemin. C'est un homme du peuple.
Ainsi, la manière la plus caractéristique de prier de Moïse sera l’intercession (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 2574). Sa foi en Dieu ne fait qu'un avec le sentiment de paternité qu'il nourrit pour son peuple. L'Ecriture le représente habituellement avec les mains tendues vers le haut, vers Dieu, presque comme pour faire un pont de sa personne entre le ciel et la terre. Même dans les moments les plus difficiles, même le jour où le peuple répudie Dieu et lui-même comme guide pour fabriquer un veau d'or, Moïse n'a pas le courage de se détourner de son peuple. C'est mon peuple. C'est ton peuple. Il ne renie pas Dieu, ni le peuple. Et il dit à Dieu: «Ce peuple a commis un grand péché: ils se sont fabriqué un dieu d'or. Pourtant, s'il te plaisait de pardonner leur péché... Sinon, efface-moi, de grâce, du livre que tu as écrit!» (Ex 32, 31-32). Moïse ne marchande pas son peuple. Il est le pont, il est l'intercesseur. Tous les deux, le peuple et Dieu, et lui est au milieu. Il ne vend pas son peuple pour faire carrière. Ce n'est pas un arriviste, c'est un intercesseur: pour ses gens, pour sa chair, pour son histoire, pour son peuple et pour Dieu qui l'a appelé. Il est le pont. Quel bel exemple pour tous les pasteurs qui doivent être un «pont». C'est pourquoi on les appelle pontifex, ponts. Les pasteurs sont des ponts entre le peuple auquel ils appartiennent et Dieu, auquel ils appartiennent par vocation. Moïse est ainsi: «Seigneur, pardonne leur péché, autrement si Tu ne pardonnes pas, efface-moi du livre que tu as écrit. Je ne veux pas faire carrière avec mon peuple».
Et telle est la prière que les vrais croyants cultivent dans leur vie spirituelle. Même s'ils font l'expérience des manquements des personnes et de leur éloignement de Dieu, ces orants ne le condamnent pas, ne les refusent pas. L’attitude de l'intercession est propre aux saints, qui, à l'imitation de Jésus, sont des “ponts” entre Dieu et son peuple. Dans ce sens, Moïse a été le plus grand prophète de Jésus, notre avocat et intercesseur (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 2577). Et aujourd'hui aussi, Jésus est le pontifex, il est le pont entre nous et le Père. Et Jésus intercède pour nous, il fait voir au Père les plaies qui sont le prix de notre salut et il intercède. Et Moïse est la figure de Jésus qui aujourd'hui prie pour nous, intercède pour nous.
Moïse nous incite à prier avec la même ardeur que Jésus, à intercéder pour le monde, à se rappeler que celui-ci, malgré toutes ses fragilités, appartient toujours à Dieu. Tous appartiennent à Dieu. Les pécheurs les plus affreux, les personnes les plus mauvaises, les dirigeants les plus corrompus sont des enfants de Dieu et Jésus sent cela et intercède pour tous. Et le monde vit et prospère grâce à la bénédiction du juste, à la prière de piété, à cette prière de piété que le saint, le juste, l'intercesseur, le prêtre, l'évêque, le Pape, le laïc, chaque baptisé, élève sans cesse pour les hommes, en chaque lieu et en chaque temps de l'histoire. Pensons à Moïse, l'intercesseur. Et quand nous avons envie de condamner quelqu'un et que nous nous mettons en colère à l'intérieur – se mettre en colère fait du bien, mais condamner ne fait pas du bien –, intercédons pour lui: cela nous aidera beaucoup.
La prière de David
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans notre itinéraire de catéchèse sur la prière, nous rencontrons aujourd'hui le roi David. Elu de Dieu depuis sa jeunesse, il est choisi pour une mission unique, qui revêtira un rôle central dans l'histoire du peuple de Dieu et de notre foi elle-même. Dans les Evangiles, Jésus est appelé plusieurs fois “fils de David”; en effet, comme lui, il naît à Bethléem. Selon les promesses, c'est de la descendance de David, que vient le Messie: un Roi totalement selon le cœur de Dieu, en parfaite obéissance au Père, dont l'action réalise fidèlement son plan de salut (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 2579).
L'histoire de David commence sur les collines autour de Bethléem, où il fait paître le troupeau de son père, Jessé. Il est encore un jeune garçon, le dernier de nombreux frères. Au point que lorsque le prophète Samuel, sur ordre de Dieu, se met à la recherche du nouveau roi, il semble presque que son père ait oublié son fils le plus jeune (cf. 1 S 16, 1-13). Il travaillait au grand air : nous l'imaginons comme l'ami du vent, des sons de la nature, des rayons du soleil. Il a une seule compagnie pour réconforter son âme: la lyre; et pendant les longues journées de solitude, il aime jouer et chanter pour son Dieu. Il jouait aussi avec une fronde.
David est donc avant tout un pasteur: un homme qui prend soin des animaux, qui les défend quand le danger arrive, qui pourvoit à leur subsistance. Quand David, par la volonté de Dieu, devra se préoccuper du peuple, il n'accomplira pas des actions très différentes de celles-ci. C'est pour cette raison que, dans la Bible, l'image du pasteur revient souvent. Jésus se définit lui aussi comme “le bon pasteur”, son comportement est différent de celui du mercenaire; Il offre sa vie en faveur des brebis, il les guide, il connaît le nom de chacun d'entre elles (cf. Jn 10,11-18).
David a beaucoup appris de son premier métier. Ainsi, quand le prophète Nathan lui reprochera son très grave péché (cf. 2 Sam 12, 1-15), David comprendra immédiatement qu'il a été un mauvais pasteur, qu'il a dérobé à un autre homme l'unique brebis qu'il aimait, qu'il n'est plus un humble serviteur, mais un malade de pouvoir, un braconnier qui tue et dérobe.
Un deuxième trait caractéristique présent dans la vocation de David est son âme de poète. De cette petite observation, nous déduisons que David n'a pas été un homme ignorant, comme cela peut arriver à des individus obligés de vivre longtemps isolés de la société. Il est en revanche une personne sensible, qui aime la musique et le chant. La lyre l'accompagnera toujours: parfois pour élever à Dieu un hymne de joie (cf. 2 Sam 6, 16), d'autre fois pour exprimer une plainte, ou pour confesser son propre péché (cf. Ps 51, 3).
Le monde qui se présente à ses yeux n'est pas une scène muette: son regard saisit, derrière le déroulement des choses, un mystère plus grand. La prière naît précisément de là: de la conviction que la vie n'est pas quelque chose qui nous glisse dessus, mais un mystère stupéfiant, qui suscite en nous la poésie, la musique, la gratitude, la louange, ou bien la plainte, la supplique. Quand cette dimension poétique manque à une personne, disons, quand la poésie manque, son âme est boiteuse. La tradition veut donc que David soit le grand artisan de la composition des psaumes. Ceux-ci contiennent souvent, au début, une référence explicite au roi d'Israël, et à certains des événements plus ou moins nobles de sa vie.
David a donc un rêve: celui d'être un bon pasteur. Quelquefois il réussira à être à la hauteur de cette tâche, d'autres fois moins; ce qui est cependant important, dans le contexte de l'histoire du salut, est qu'il est la prophétie d'un autre Roi, dont il est seulement l'annonce et la préfiguration.
Regardons David, pensons à David. Saint et pécheur, persécuté et persécuteur, victime et bourreau. David a été tout cela. Et nous aussi, nous enregistrons dans notre vie des traits souvent opposés; dans la trame de la vie, tous les hommes pèchent souvent d'incohérence. Il n'y a qu'un fil rouge, dans la vie de David, qui donne une unité à tout ce qui arrive: sa prière. Elle est la voix qui ne s'éteint jamais. David saint, prie; Davide pécheur, prie; David persécuté, prie; David persécuteur, prie. David bourreau, prie lui aussi. C'est le fil rouge de sa vie. Un homme de prière. C'est la voix qui ne s'éteint jamais: qu'elle prenne le ton de la joie, ou celui de la plainte, c'est toujours la même prière, seule la mélodie change. Et en agissant ainsi, David nous enseigne à tout faire entrer dans le dialogue avec Dieu: la joie comme la faute, l'amour comme la souffrance, l'amitié comme la maladie. Tout peut devenir une parole adressée au “Toi” qui nous écoute toujours.
David, qui a connu la solitude, n'a en réalité jamais été seul! Et au fond, c'est la puissance de la prière, chez tous ceux qui lui font place dans leur vie. La prière t'ennoblit, et David est noble parce qu'il prie. Mais c'est un bourreau qui prie, il se repent et la noblesse revient grâce à la prière. La prière nous ennoblit: celle-ci est en mesure d'assurer la relation avec Dieu, qui est le vrai compagnon de route de l'homme, au milieu des mille épreuves de la vie, bonnes ou mauvaises: mais la prière doit toujours être présente. Merci, Seigneur. J'ai peur, Seigneur. Aide-moi, Seigneur. Pardonne-moi, Seigneur. La confiance de David est si grande que, quand il était persécuté et qu'il a dû fuir, il ne laissa personne le défendre: «Si mon Dieu m'humilie ainsi, Il sait pourquoi», car la noblesse de la prière nous laisse entre les mains de Dieu. Ces mains remplies de plaies d'amour: les seules mains sûres que nous ayons.
“Guérir le monde”: 1. Introduction
Chers frères et sœurs, bonjour!
La pandémie continue à provoquer des blessures profondes, en dévoilant nos vulnérabilités. Dans tous les continents il y a de nombreux morts et de très nombreux malades. Un grande nombre de personnes et de familles vivent une période d'incertitude, à cause des problèmes socio-économiques, qui frappent en particulier les plus pauvres.
C'est pourquoi nous devons garder notre regard solidement fixé sur Jésus (cf. He 12, 2) et avec cette foi embrasser l'espérance du Royaume de Dieu que Jésus lui-même nous apporte (cf. Mc 1, 5; Mt 4,17; CEC, 2816). Un Royaume de guérison et de salut qui est déjà présent parmi nous (cf. Lc 10,11). Un Royaume de justice et de paix qui se manifeste à travers des œuvres de charité, qui à leur tour accroissent l'espérance et renforcent la foi (cf. 1 Co 13, 13). Dans la tradition chrétienne, foi, espérance et charité sont bien davantage que des sentiments ou des attitudes. Ce sont des vertus qui nous sont communiquées par la grâce de l'Esprit Saint (cf. CEC, 1812-1813): des dons qui nous guérissent et qui nous rendent guérisseurs, des dons qui nous ouvrent à des horizons nouveaux, même quand nous naviguons dans les eaux difficiles de notre temps.
Une nouvelle rencontre avec l'Evangile de la foi, de l'espérance et de l'amour nous invite à assumer un esprit créatif et renouvelé. De cette manière, nous serons en mesure de transformer les racines de nos maladies physiques, spirituelles et sociales. Nous pourrons guérir en profondeur les structures injustes et les pratiques destructrices qui nous séparent les uns des autres, menaçant la famille humaine et notre planète.
Le ministère de Jésus offre de nombreux exemples de guérison. Quand il guérit ceux qui sont atteints par la fièvre (cf. Mc 1, 29-34), par la lèpre (cf. Mc 1,40-45), par la paralysie (cf. Mc 2,1-12); quand il redonne la vue (cf. Mc 8,22-26; Jn 9, 1-7), la parole ou l'ouïe (cf. Mc 7,31-37), en réalité il ne guérit pas seulement un mal physique, mais la personne tout entière. De cette manière, il la ramène également à la communauté, guérie; il la libère de son isolement parce qu'il l'a guérie.
Pensons au très beau récit de la guérison du paralytique à Capharnaüm (cf. Mc 2, 1-12), que nous avons entendu au début de l'audience. Alors que Jésus prêche à l'entrée de la maison, quatre hommes portent leur ami paralytique auprès de Jésus; et ne pouvant pas entrer, parce qu'il y avait une grande foule, il font un trou dans le toit et font passer le grabat devant lui qui est en train de prêcher. «Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique: “Mon enfant, tes péchés sont remis”» (v. 5). Et ensuite, comme signe visible, il ajoute: «Lève-toi, prend ton grabat et va-t'en chez toi» (v. 11).
Quel merveilleux exemple de guérison! L’action du Christ est une réponse directe à la foi de ces personnes, à l'espérance qu'elles reposent en Lui, à l'amour qu'elles démontrent avoir les unes pour les autres. Jésus guérit donc, mais il ne guérit pas seulement la paralysie, il guérit tout, il pardonne les péchés, il renouvelle la vie du paralytique et de ses amis. Il fait naître à nouveau, pourrions-nous dire. Une guérison physique et spirituelle, en même temps, fruit d'une rencontre personnelle et sociale. Imaginons à quel point cette amitié et la foi de toutes les personnes présentes dans cette maison s'est accrue grâce au geste de Jésus. La rencontre qui guérit avec Jésus!
Nous nous demandons alors: de quelle manière pouvons-nous aider notre monde à guérir aujourd'hui? En tant que disciples du Seigneur Jésus, qui est médecin des âmes et des corps, nous sommes appelés à continuer «son œuvre de guérison et de salut» (CEC, 1421) au sens physique, social et spirituel.
L'Eglise, bien qu'elle administre la grâce du Christ qui guérit à travers les sacrements, et bien qu'elle organise des services sanitaires dans les lieux les plus reculés de la planète, n'est pas experte dans la prévention ou dans le soin de la pandémie. Et elle ne donne pas non plus des indications socio-politiques spécifiques (cf. S. Paul VI, Lett. ap. Octogesima adveniens, 14 mai 1971, 4). C'est la tâche des dirigeants politiques et sociaux. Toutefois, au cours des siècles, et à la lumière de l'Evangile, l'Eglise a développé certains principes sociaux qui sont fondamentaux (cf. Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise, nn. 160-208), des principes qui peuvent nous aider à aller de l'avant, pour préparer l'avenir dont nous avons besoin. Je cite les principaux, étroitement liés entre eux: le principe de la dignité de la personne, le principe du bien commun, le principe de l’option préférentielle pour les pauvres, le principe de la destination universelle des biens, le principe de la solidarité, de la subsidiarité, le principe de la sauvegarde de notre maison commune. Ces principes aident les dirigeants, les responsables de la société à faire progresser la croissance et aussi, comme dans ce cas de pandémie, la guérison du tissu personnel et social. Tous ces principes expriment, de manière différente, les vertus de la foi, de l'espérance et de l'amour.
Dans les prochaines semaines, je vous invite à affronter ensemble les questions pressantes que la pandémie a mises en évidence, en particulier les maladies sociales. Et nous le ferons à la lumière de l'Evangile, des vertus théologales et des principes de la doctrine sociale de l'Eglise. Nous explorerons ensemble la manière dont notre tradition sociale catholique peut aider la famille humaine à guérir ce monde qui souffre de graves maladies. Mon désir est de réfléchir et de travailler tous ensemble, en tant que disciples de Jésus qui guérit, pour construire un monde meilleur, plein d'espérance pour les générations futures (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 183).
“Guérir le monde” : 2. Foi et dignité humaine
Chers frères et sœurs, bonjour!
La pandémie a mis en évidence combien nous sommes tous vulnérables et interconnectés. Si nous ne prenons pas soin les uns des autres, à partir des derniers, de ceux qui sont le plus frappés, y compris la création, nous ne pouvons pas guérir le monde.
Il faut louer l’engagement de nombreuses personnes qui, au cours de ces mois, manifestent l’amour humain et chrétien envers leur prochain, en se consacrant aux malades également au risque de leur santé. Ce sont des héros ! Toutefois, le coronavirus n’est pas l’unique maladie à combattre, mais la pandémie a porté à la lumière de plus amples pathologies sociales. L’une de celles-ci est la vision déformée de la personne, un regard qui ignore sa dignité et son caractère relationnel. Parfois, nous regardons les autres comme des objets, à utiliser et à rejeter. En réalité, ce type de regard aveugle et fomente une culture du rebut individualiste et agressive, qui transforme l’être humain en un bien de consommation (cf. Exort. ap. Evangelii gaudium, n. 53; Enc. Laudato si’ [LS], n. 22).
A la lumière de la foi, nous savons, en revanche, que Dieu regarde l’homme et la femme d’une autre façon. Il nous a créés non pas comme des objets, mais comme des personnes aimées et capables d’aimer ; il nous a créés à son image et ressemblance (cf. Gn 1, 27). De cette façon, il nous a donné une dignité unique, en nous invitant à vivre en communion avec Lui, en communion avec nos sœurs et nos frères, dans le respect de toute la création. En communion, en harmonie, nous pouvons dire. La création est une harmonie dans laquelle nous sommes appelés à vivre. Et dans cette communion, dans cette harmonie qui est communion, Dieu nous donne la capacité de procréer et d’être les gardiens de la vie (cf. Gn 1, 28-29), de travailler et de prendre soin de la terre (cf. Gn 2, 15 ; LS n. 67). On comprend que l’on ne peut procréer et être les gardiens de la vie sans harmonie ; elle sera détruite.
Nous avons un exemple de ce regard individualiste, celui qui n’est pas harmonie, dans les Evangiles, dans la requête faite à Jésus par la mère des disciples Jacques et Jean (cf. Mt 20, 20-28). Elle voudrait que ses fils puissent s’asseoir à la droite et la gauche du nouveau roi. Mais Jésus propose un autre type de vision : celle du service et de donner sa vie pour les autres, et il la confirme en rendant immédiatement la vue à deux aveugles et en faisant d’eux ses disciples (cf. Mt 20, 29-34). Chercher la réussite à tout prix dans la vie, à être supérieurs aux autres, détruit l’harmonie. C’est la logique de la domination, de dominer les autres. L’harmonie est une autre chose : c’est le service.
Demandons donc au Seigneur de nous donner des yeux attentifs à nos frères et sœurs, en particulier à ceux qui souffrent. En tant que disciples de Jésus, nous ne voulons pas être indifférents, ni individualistes, ce sont deux mauvaises attitudes contre l’harmonie. Indifférent : je détourne mon regard. Individualistes : ne regarder que son propre intérêt. L’harmonie créée par Dieu nous demande de regarder les autres, les besoins des autres, les problèmes des autres, d’être en communion. Nous voulons reconnaître en chaque personne, quelles que soient sa race, sa langue ou sa condition, la dignité humaine. L’harmonie te conduit à reconnaître la dignité humaine, l’harmonie créée par Dieu, avec l’homme au centre.
Le Concile Vatican II souligne que cette dignité est inaliénable, parce qu’elle « a été créée à l’image de Dieu » (Const. past. Gaudium et spes, n. 12). Elle est au fondement de toute la vie sociale et en détermine les principes opératifs. Dans la culture moderne, la référence la plus proche au principe de la dignité inaliénable de la personne est la Déclaration universelle des droits de l’homme, que saint Jean-Paul II a définie comme une « pierre milliaire placée sur le chemin long et difficile du genre humain » (Discours à l’assemblée générale des Nations unies, 2 octobre 1979, n. 7), et comme l’« une des plus hautes expressions de la conscience humaine » (Discours à l’assemblée générale des Nations unies, 5 octobre 1995, n. 2). Les droits ne sont pas seulement individuels, mais également sociaux, ils sont des peuples, des nations (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, n. 157). En effet, l’être humain, dans sa dignité personnelle, est un être social, créé à l’image de Dieu Un et Trine. Nous sommes des êtres sociaux, nous avons besoin de vivre dans cette harmonie sociale, mais quand il y a l’égoïsme, notre regard ne se porte pas sur les autres, sur la communauté, mais il se reporte sur nous-mêmes, et cela nous rend mauvais, méchants, égoïstes, en détruisant l’harmonie.
Cette conscience renouvelée de la dignité de tout être humain a de sérieuses implications sociales, économiques et politiques. Regarder son frère et toute la création comme don reçu de l’amour du Père suscite un comportement d’attention, de soin et d’émerveillement. Ainsi, le croyant, en contemplant son prochain comme un frère et non comme un étranger, le regarde avec compassion et empathie, et non avec mépris ou inimitié. Et en contemplant le monde à la lumière de la foi, il s’engage en vue de développer, avec l’aide de la grâce, sa créativité et son enthousiasme pour résoudre les drames de l’histoire. Il conçoit et développe ses capacités comme des responsabilités qui découlent de sa foi (Ibid.), comme des dons de Dieu à placer au service de l’humanité et de la création.
Alors que nous travaillons tous au traitement d’un virus qui frappe tout le monde de façon indistincte, la foi nous exhorte à nous engager sérieusement et activement pour lutter contre l’indifférence face aux violations de la dignité humaine. Cette culture de l’indifférence qui accompagne la culture du rebut : les choses qui ne me touchent pas ne m’intéressent pas. La foi exige toujours de nous laisser guérir et convertir de notre individualisme, tant personnel que collectif ; un individualisme de parti, par exemple.
Puisse le Seigneur « nous rendre la vue » pour redécouvrir ce que signifie être membres de la famille humaine. Et puisse ce regard se traduire en actions concrètes de compassion et de respect pour chaque personne et de soin et de sauvegarde pour notre maison commune.
“Guérir le monde” : 3. L’option préférentielle pour les pauvres et la vertu de la charité
Chers frères et sœurs, bonjour!
La pandémie a dévoilé la situation difficile des pauvres et la grande inégalité qui règne dans le monde. Et si le virus ne fait pas d’exception entre les personnes, il a trouvé, sur son chemin dévastateur, de grandes inégalités et discriminations. Et il les a accrues !
La réponse à la pandémie est donc double. D’un côté, il est indispensable de trouver un traitement à un virus petit mais terrible, qui met à genoux le monde entier. De l’autre, nous devons soigner un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité d’opportunités, de la marginalisation et du manque de protection des plus faibles. Dans cette double réponse de guérison, il existe un choix qui, selon l’Evangile, ne peut manquer : c’est l’option préférentielle pour les pauvres (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium [EG], n. 195). Et cela n’est pas une option politique; ni même une option idéologique, une option de parti. L’option préférentielle pour les pauvres est au centre de l’Evangile. Et le premier à l’avoir réalisée a été Jésus ; nous l’avons entendu dans le passage de la Lettre aux Corinthiens qui a été lue au début. De riche, il s’est fait pauvre pour nous enrichir. Il est devenu l’un de nous et pour cela, au centre de l’Evangile, au centre de l’annonce de Jésus, il y a cette option.
Le Christ lui-même, qui est Dieu, s’est dépouillé, se rendant semblable aux hommes ; et il n’a pas choisi une vie de privilège, mais il a choisi la condition de serviteur (cf. Ph 2, 6-7). Il s’anéantit en devenant serviteur. Il est né dans une famille humble et a travaillé comme artisan. Au début de sa prédication, il a annoncé que dans le Royaume de Dieu, les pauvres sont bienheureux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20 ; EG, n. 197). Il était parmi les malades, les pauvres et les exclus, en leur manifestant l’amour miséricordieux de Dieu (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2444). Et très souvent, il a été jugé comme un homme impur parce qu’il allait rendre visite aux malades, aux lépreux, qui, selon la loi de l’époque, étaient impurs. Et il a pris des risques pour être proche des pauvres.
C’est pourquoi les fidèles de Jésus se reconnaissent par leur proximité aux pauvres, aux petits, aux malades et aux prisonniers, aux exclus et aux oubliés, à ceux qui sont privés de nourriture et de vêtements (cf. Mt 25, 31-36 ; CEC, n. 2443). Nous pouvons lire ce célèbre paramètre sur lequel nous serons tous jugés, nous serons tous jugés. Il est dans Matthieu, chapitre 25. Cela est un critère-clé d’authenticité chrétienne (cf. Ga 2, 10 ; EG, n. 195). Certains pensent, à tort, que cet amour préférentiel pour les pauvres est un devoir pour une poignée de personnes, mais en réalité c’est la mission de toute l’Eglise, disait Jean-Paul II (cf. S. Jean-Paul II, Enc. Sollicitudo rei socialis, n. 42). « Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres » ( EG, n. 187).
La foi, l’espérance et l’amour nous poussent nécessairement vers cette préférence pour les plus nécessiteux (cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction sur certaines aspects de la « Théologie de la libération », [1984], chap. V), qui va au-delà de l’assistance, bien que nécessaire (cf. EG, n. 198). Elle implique en effet de marcher ensemble, de se laisser évangéliser par eux, qui connaissent bien le Christ souffrant, de se laisser « contaminer » par leur expérience de salut, par leur sagesse et par leur créativité (cf. ibid.). Partager avec les pauvres signifie s’enrichir réciproquement. Et, s’il existe des structures sociales malades qui les empêchent de rêver à l’avenir, nous devons œuvrer ensemble pour les guérir, pour les changer (cf. ibid., n. 195). Et c’est à cela que conduit l’amour du Christ, qui nous a aimés jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) et qui arrive jusqu’aux extrémités, aux limites, aux frontières existentielles. Apporter les périphéries au centre signifie centrer notre vie dans le Christ, qui « s’est fait pauvre » pour nous, pour nous enrichir « par sa pauvreté » (2 Co 8, 9) (Benoît XVI, Discours d’inauguration de la Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes [13 mai 2007], p. 3).
Nous sommes tous préoccupés par les conséquences sociales de la pandémie. Tous. De nombreuses personnes veulent revenir à la normalité et reprendre leurs activités économiques. Certes, mais cette « normalité » ne devrait pas inclure les injustices sociales et la dégradation de l’environnement. La pandémie est une crise et on ne sort pas pareils d’une crise : nous sortons meilleurs ou nous sortons pires. Nous devrions sortir meilleurs pour améliorer les injustices sociales et la dégradation de l’environnement. Aujourd’hui, nous avons une occasion de construire quelque chose de différent. Par exemple, nous pouvons développer une économie de développement intégral des pauvres, et non d’assistanat. En disant cela, je ne veux pas condamner l’assistance, les œuvres d’assistance sont importantes. Pensons au bénévolat, qui est l’une des plus belles structures de l’Eglise italienne. Mais nous devons aller au-delà et résoudre les problèmes qui nous poussent à apporter une assistance. Une économie qui n’ait pas recours à des remèdes qui en réalité empoisonnent la société, comme les rendements dissociés de la création de postes de travail dignes (cf. EG, n. 204). Ce type de profit est dissocié de l’économie réelle, celle qui devrait apporter un bénéfice aux personnes communes (cf. Enc. Laudato si’ [LS], n.109), et semble parfois indifférent aux dommages infligés à la maison commune. L’option préférentielle pour les pauvres, cette exigence éthique et sociale qui provient de l’amour de Dieu (cf. LS, n. 158), nous donne l’élan de penser et de concevoir une économie où les personnes, et surtout les pauvres, sont au centre. Et elle nous encourage également à projeter le traitement du virus en privilégiant ceux qui en ont le plus besoin. Ce serait triste si, avec le vaccin pour le Covid-19, on donnait la priorité aux plus riches ! Ce serait triste si ce vaccin devenait la propriété de tel ou tel pays et s’il n’était pas universel et pour tous. Et quel scandale cela serait si toute l’assistance économique que nous observons – dont la majorité est issue de l’argent public – était concentrée à sauver les industries qui ne contribuent pas à l’inclusion des exclus, à la promotion des derniers, au bien commun ou à la sauvegarde de la création (ibid.). Ce sont des critères pour choisir quelles seront les industries à aider : celles qui contribuent à l’inclusion des exclus, à la promotion des derniers, au bien commun et à la sauvegarde de la création. Quatre critères.
Si le virus devait s’intensifier à nouveau dans un monde injuste pour les pauvres et les plus vulnérables, nous devons changer ce monde. Avec l’exemple de Jésus, le médecin de l’amour divin intégral, c’est-à-dire de la guérison physique, sociale et spirituelle (cf. Jn 5, 6-9) – comme l’était la guérison qu’accomplissait Jésus – nous devons agir à présent, pour guérir les épidémies provoquées par de petits virus invisibles et pour guérir celles provoquées par les grandes et invisibles injustices sociales. Je propose que cela soit fait à partir de l’amour de Dieu, en plaçant les périphéries au centre et les derniers à la première place. Il ne faut pas oublier ce paramètre sur lequel nous serons jugés, Matthieu, chapitre 25. Mettons-le en pratique en cette reprise de l’épidémie. Et à partir de cet amour concret, ancré à l’espérance et fondé dans la foi, un monde plus sain sera possible. Dans le cas contraire, nous sortirons pires de la crise. Que le Seigneur nous aide, qu’il nous donne la force de sortir meilleurs, en répondant aux nécessités du monde d’aujourd’hui.