12. Jésus homme de prière
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd'hui, au cours de cette audience, comme nous l'avons fait lors des audiences précédentes, je resterai ici. J'aimerais beaucoup descendre, saluer chacun, mais nous devons garder les distances, car si je descends, il se crée immédiatement un rassemblement pour saluer et cela va contre les mesures, les précautions que nous devons avoir devant cette «dame» qui s'appelle Covid et qui nous fait tant de mal. Excusez-moi donc si je ne descends pas vous saluer: je vous salue d'ici, mais je vous porte tous dans mon cœur. Et vous, portez-moi dans votre cœur et priez pour moi. A distance, on peut prier l'un pour l'autre; merci de la compréhension.
Dans notre itinéraire de catéchèse sur la prière, après avoir parcouru l'Ancien Testament, nous arrivons à présent à Jésus. Et Jésus priait. Le début de sa mission publique a lieu avec le baptême dans le fleuve Jourdain. Les évangélistes sont d'accord pour attribuer une importance fondamentale à cet épisode. Ils racontent que tout le peuple s'était recueilli en prière, et ils spécifient que ce rassemblement avait clairement un caractère pénitentiel (cf. Mc 1, 5; Mt 3, 8). Le peuple allait auprès de Jean se faire baptiser pour le pardon des péchés: il y a un caractère pénitentiel, de conversion.
Le premier acte public de Jésus est donc la participation à une prière chorale du peuple, une prière du peuple qui va se faire baptiser, une prière pénitentielle, où tous se reconnaissaient pécheurs. C'est pourquoi Jean-Baptiste voudrait s'opposer et dit: «C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi?» (Mt 3, 14). Jean-Baptiste comprend qui était Jésus. Mais Jésus insiste: son acte est un acte qui obéit à la volonté du Père (v. 15), un acte de solidarité avec notre condition humaine. Il prie avec les pécheurs du peuple de Dieu. Mettons-nous cela en tête: Jésus est le Juste, il n'est pas pécheur. Mais Il a voulu descendre jusqu'à nous, pécheurs, et Il prie avec nous, et quand nous prions, Il est avec nous en train de prier; Il est avec nous, parce qu'il est au ciel en train de prier pour nous. Jésus prie toujours avec son peuple, il prie toujours avec nous: toujours. Nous ne prions jamais seuls, nous prions toujours avec Jésus. Il ne reste pas sur la rive opposée du fleuve – «Je suis le juste, vous des pécheurs» – , pour marquer sa différence et sa distance du peuple désobéissant, mais il plonge ses pieds dans les mêmes eaux de purification. Il fait comme un pécheur. C'est la grandeur de Dieu qui envoya son Fils qui s'anéantit lui-même et qui apparut comme un pécheur.
Jésus n'est pas un Dieu lointain, et il ne peut pas l'être. L’incarnation l'a révélé de manière accomplie et humainement impensable. Ainsi, en inaugurant sa mission, Jésus se met à la tête d'un peuple de pénitents, comme s'il se chargeait d'ouvrir une brèche à travers laquelle nous tous, après Lui, nous devons avoir le courage de passer. Mais la route, le chemin est difficile; mais Lui avance, en ouvrant le chemin. Le Catéchisme de l'Eglise catholique explique que c'est la nouveauté de la plénitude des temps. Il dit: «La prière filiale, que le Père attendait de ses enfants, va enfin être vécue par le Fils unique Lui-même dans son humanité, avec et pour les hommes» (n. 2599). Jésus prie avec nous. Mettons-nous cela dans la tête et dans le cœur: Jésus prie avec nous.
Ce jour-là, sur les rives du fleuve Jourdain, il y a donc toute l'humanité, avec ses aspirations inexprimées de prière. Il y a surtout le peuple des pécheurs: ceux qui pensaient ne pas pouvoir être aimés par Dieu, ceux qui n'osaient pas aller au-delà du seuil du temple, ceux qui ne priaient pas parce qu'ils ne s'en sentaient pas dignes. Jésus est venu pour tous, même pour eux, et il commence précisément en s'unissant à eux, comme un chef de file.
L'Evangile de Luc souligne en particulier le climat de prière dans lequel a eu lieu le baptême de Jésus: «Or quand tout le peuple eut été baptisé et au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s'ouvrit» (3, 21). En priant, Jésus ouvre la porte des cieux, et de cette brèche descend l'Esprit Saint. Et d'en-haut, une voix proclame la vérité merveilleuse: «Tu es mon Fils bien-aimé; tu as toute ma faveur» (v. 22). Cette simple phrase contient un immense trésor: elle nous fait comprendre quelque chose du mystère de Jésus et de son cœur toujours tourné vers le Père. Dans le tourbillon de la vie et du monde qui arrivera à le condamner, même dans les expériences les plus dures et les plus tristes qu'il devra supporter, même quand il fait l'expérience de ne pas avoir de place où poser la tête (cf. Mt 8, 20), également quand autour de Lui se déchaînent la haine et la persécution, Jésus ne reste jamais sans le refuge d'une demeure: il habite éternellement dans le Père.
Voilà la grandeur unique de la prière de Jésus: l'Esprit Saint prend possession de sa personne et la voix du Père atteste qu'Il est le bien-aimé, le Fils dans lequel Il se reflète pleinement.
Cette prière de Jésus, qui sur les rives du fleuve Jourdain est totalement personnelle – et il en sera ainsi pendant toute sa vie terrestre –, lors de la Pentecôte deviendra par grâce la prière de tous les baptisés dans le Christ. Il a Lui-même obtenu ce don pour nous, et il nous invite à prier comme Il priait.
C'est pourquoi, si un soir de prière nous nous sentons faibles et vides, s'il nous semble que notre vie a été entièrement inutile, nous devons en cet instant supplier que la prière de Jésus devienne aussi la nôtre. «Je ne peux pas prier aujourd'hui, je ne sais pas quoi faire: je ne m'en sens pas capable, je suis indigne, indigne». A ce moment-là, il faut s'en remettre à Lui pour qu'il prie pour nous. Lui, à ce moment-là, est devant le Père en train de prier pour nous, il est l'intercesseur; il fait voir pour nous, ses plaies au Père. Ayons confiance en cela! Si nous avons confiance, alors nous entendrons une voix du ciel, plus forte que celle qui monte des bas-fonds de nous-mêmes, et nous entendrons cette voix murmurer des paroles de tendresse: “Tu es le bien-aimé de Dieu, tu es le fils, tu es la gloire du Père des cieux”. C'est précisément pour nous, pour chacun de nous que retentit la parole du Père: même si nous étions refusés par tous, si nous étions des pécheurs de la pire espèce. Jésus ne descendit pas dans les eaux du Jourdain pour lui-même, mais pour nous tous. C'était tout le peuple de Dieu qui s'approchait du Jourdain pour prier, pour demander pardon, pour faire ce baptême de pénitence. Et comme le dit ce théologien, il s'approchait du Jourdain «l'âme nue et les pieds nus». Voilà ce qu'est l'humilité. Pour prier, il faut de l'humilité. Il a ouvert les cieux, comme Moïse avait ouvert les eaux de la mer Rouge, pour que nous puissions tous passer derrière Lui. Jésus nous a offert sa propre prière, qui est son dialogue d'amour avec le Père. Il nous l'a offert comme une semence de la Trinité, qui veut s'enraciner dans notre cœur. Accueillons-la! Accueillons ce don, le don de la prière. Toujours avec Lui. Et nous ne nous tromperons pas.
13. Jésus, maître de prière
Chers frères et sœurs, bonjour!
Au cours de sa vie publique, Jésus a constamment recours à la force de la prière. Les Evangiles nous le montrent lorsqu'il se retire dans des lieux apartés pour prier. Il s'agit d'observations sobres et discrètes, qui laissent seulement imaginer ces dialogues orants. Celles-ci témoignent cependant clairement que, également dans les moments de plus grand dévouement aux pauvres et aux malades, Jésus ne négligeait jamais son dialogue intime avec le Père. Plus il était plongé dans les besoins des personnes, plus il sentait la nécessité de reposer dans la Communion trinitaire, de revenir avec le Père et l'Esprit.
Il y a donc un secret dans la vie de Jésus, caché aux yeux humains, qui représente le centre de tout. La prière de Jésus est une réalité mystérieuse, dont nous n'avons qu'une petite intuition, mais qui permet de lire dans la juste perspective la mission tout entière. Pendant ces heures solitaires – avant l'aube ou pendant la nuit –, Jésus se plonge dans son intimité avec le Père, c'est-à-dire dans l'Amour dont chaque âme a soif. C'est ce qui apparaît dès les premiers jours de son ministère public.
Un samedi, par exemple, la petite ville de Capharnaüm se transforme en “hôpital de campagne”: après le coucher du soleil, tous les malades sont amenés à Jésus, et Il les guérit. Cependant, avant l'aube, Jésus disparaît: il se retire dans un lieu solitaire et il prie. Simon et les autres le cherchent et, quand ils le trouvent, ils lui disent: “Tout le monde te cherche!”. Que répond Jésus: “Je dois aller prêcher dans les autres villages; c'est pour cela que je suis venu” (cf. Mc 1, 35-38). Jésus est toujours un peu au-delà, au-delà dans la prière avec le Père et au-delà, dans d'autres villages, d'autres horizons pour aller prêcher, d'autres peuples.
La prière est le gouvernail qui guide la route de Jésus. Ce qui guide les étapes de sa mission ne sont pas les succès, ce n'est pas le consensus, ce n'est pas cette phrase séduisante “tout le monde te cherche”. Ce qui trace le chemin de Jésus c’est la voie la moins commode, qui cependant obéit à l'inspiration du Père, que Jésus écoute et accueille dans sa prière solitaire.
Le Catéchisme affirme: «Quand Jésus prie, il nous enseigne déjà à prier» (n. 2607). C'est pourquoi, de l'exemple de Jésus nous pouvons tirer certaines caractéristiques de la prière chrétienne.
Tout d'abord, celle-ci possède un primat: elle est le premier désir de la journée, quelque chose que l'on pratique à l'aube, avant que le monde ne se réveille. Celle-ci donne une âme à ce qui autrement resterait sans souffle. Un jour vécu sans prière risque de se transformer en une expérience fastidieuse, ou ennuyeuse: tout ce qui nous arrive pourrait tourner pour nous en destin mal supporté et aveugle. Jésus éduque en revanche à l'obéissance à la réalité et donc à l'écoute. La prière est tout d'abord écoute et rencontre avec Dieu. Alors, les problèmes de tous les jours ne deviennent pas des obstacles, mais des appels de Dieu lui-même à écouter et rencontrer celui qui est en face de nous. Les épreuves de la vie se transforment ainsi en occasions pour grandir dans la foi et dans la charité. Le chemin quotidien, y compris les difficultés, acquiert la perspective d'une “vocation”. La prière a le pouvoir de transformer en bien ce qui, dans la vie, serait autrement une condamnation; la prière a le pouvoir d'ouvrir un grand horizon à l'esprit et d'élargir le cœur.
En deuxième lieu, la prière est un art à pratiquer avec insistance. Jésus lui-même nous dit: frappez, frappez, frappez. Nous sommes tous capables de prières épisodiques, qui naissent de l'émotion d'un moment; mais Jésus nous éduque à un autre type de prière: celle qui connaît une discipline, un exercice, et qui est pratiquée dans une règle de vie. Une prière persévérante produit une transformation progressive, elle rend forts dans les périodes de tribulation, elle donne la grâce d'être soutenus par Celui qui nous aime et nous protège toujours.
Une autre caractéristique de la prière de Jésus est la solitude. Celui qui prie ne s'évade pas du monde, mais privilégie les lieux déserts. Là, dans le silence, peuvent apparaître de nombreuses voix que nous cachons au plus profond de nous-mêmes: les désirs les plus cachés, les vérités que nous nous obstinons à étouffer et ainsi de suite. Et, surtout, dans le silence Dieu parle. Chaque personne a besoin d'un espace pour elle-même, où cultiver sa propre vie intérieure, où les actions retrouvent un sens. Sans vie intérieure nous devenons superficiels, agités, anxieux – comme l'anxiété nous fait mal! C'est pourquoi nous devons pratiquer la prière; sans vie intérieure, nous fuyons la réalité et nous nous fuyons aussi nous-mêmes, nous sommes des hommes et des femmes toujours en fuite.
Enfin, la prière de Jésus est le lieux où l'on perçoit que tout vient de Dieu et retourne à Lui. Parfois, nous les êtres humains, nous croyons être les maîtres de tout, ou bien au contraire nous perdons toute estime de nous-mêmes, nous allons d'un côté et de l'autre. La prière nous aide à retrouver la juste dimension, dans la relation avec Dieu, notre Père, et avec toute la création. Enfin, la prière de Jésus est s'abandonner entre les mains du Père, comme Jésus au jardin des oliviers, dans cette angoisse: “Père, si c'est possible..., mais que ta volonté soit faite”. L'abandon entre les mains du Père. C'est une belle chose quand nous sommes agités, un peu préoccupés et que l'Esprit Saint nous transforme de l'intérieur et nous conduit à cet abandon entre les mains du Père: “Père, que ta volonté soit faite”.
Chers frères et sœurs, redécouvrons, dans l'Evangile, Jésus Christ comme maître de prière, et mettons-nous à son école. Je vous assure que nous trouverons la joie et la paix.
14. La prière persévérante
Chers frères et sœur, bonjour!
Nous continuons les catéchèses sur la prière. Quelqu'un m'a dit: «Vous parlez trop sur la prière. Ce n'est pas nécessaire». Si, c'est nécessaire. Parce que si nous ne prions pas, nous n'aurons pas la force d'avancer dans la vie. La prière est comme l'oxygène de la vie. Prier, c'est attirer sur nous la présence de l'Esprit Saint qui nous fait toujours avancer. C'est pour cette raison que je parle tant sur la prière.
Jésus a donné l'exemple d'une prière continue, pratiquée avec persévérance. Le dialogue constant avec le Père, dans le silence et dans le recueillement, est le centre de toute sa mission. Les Evangiles nous rapportent également les exhortations à ses disciples, pour qu'ils prient avec insistance, sans se lasser. Le Catéchisme rappelle les trois paraboles contenues dans l'Evangile de Luc qui souligne cette caractéristique de l'oraison (cf. CEC, n. 2613) de Jésus.
La prière doit tout d'abord être tenace: comme le personnage de la parabole qui, devant accueillir un hôte arrivé à l'improviste, va frapper en pleine nuit chez un ami et lui demande du pain. L’ami lui répond “non!”, parce qu'il est déjà au lit, mais il insiste et insiste jusqu'à ce qu'il l'oblige à se lever et à lui donner le pain (cf. Lc 11, 5-8). Une demande tenace. Mais Dieu est plus patient que nous, et celui qui frappe avec foi et persévérance à la porte de son cœur n'est pas déçu. Dieu répond toujours. Toujours. Notre Père sait bien de quoi nous avons besoin; l’insistance ne sert pas à l'informer ou à le convaincre, mais elle sert à alimenter en nous le désir et l'attente.
La deuxième parabole est celle de la veuve qui s'adresse au juge pour qu'il l'aide à obtenir justice. Ce juge est corrompu, c'est un homme sans scrupules, mais à la fin, exaspéré par l'insistance de la veuve, il se décide à la satisfaire (cf. Lc 18, 1-8). Et il pense: «Il vaut mieux que je résolve son problème et que je m'en débarasse, et qu'elle arrête de venir sans cesse se plaindre à moi». Cette parabole nous fait comprendre que la foi n'est pas l'élan d'un moment, mais une disposition courageuse à invoquer Dieu, également à “discuter” avec Lui, sans se résigner devant le mal et l'injustice.
La troisième parabole présente un pharisien et un publicain qui vont prier au Temple. Le premier s'adresse à Dieu en se vantant de ses mérites; l’autre se sent indigne ne serait-ce que d'entrer dans le sanctuaire. Cependant, Dieu n'écoute pas la prière du premier, c'est-à-dire des orgueilleux, alors qu'il exauce celle des humbles (cf. Lc 18, 9-14). Il n'y a pas de vraie prière sans esprit d'humilité. C'est précisément l'humilité qui nous conduit à demander dans la prière.
L’enseignement de l'Evangile est clair : on doit toujours prier, même quand tout semble vain, quand Dieu nous apparaît sourd et muet et qu'il nous semble perdre notre temps. Même si le ciel s'assombrit, le chrétien ne n'arrête pas de prier. Son oraison va de pair avec la foi. Et la foi, en de nombreux jours de notre vie, peut sembler une illusion, une fatigue stérile. Il y a des moments sombres dans notre vie et dans ces moments, la foi semble une illusion. Mais pratiquer la prière signifie également accepter cette fatigue. «Père, je vais prier et je ne ressens rien... je me sens comme ça, avec le cœur sec, avec le cœur aride». Mais nous devons aller de l'avant, avec cette fatigue des moments difficiles, des moments où nous ne ressentons rien. De nombreux saints et saintes ont fait l'expérience de la nuit de la foi et du silence de Dieu – quand nous frappons et que Dieu ne répond pas – et ces saints ont été persévérants.
Dans cette nuit de la foi, celui qui prie n'est jamais seul. En effet, Jésus n'est pas seulement témoin et maître de prière, il est davantage. Il nous accueille dans sa prière, pour que nous puissions prier en Lui et à travers Lui. Et cela est l'œuvre de l'Esprit Saint. C'est pour cette raison que l'Evangile nous aider à prier le Père au nom de Jésus. Saint Jean rapporte ces paroles du Seigneur: «Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, pour que le Père soit glorifié dans le Fils» (14, 13). Et le Catéchisme explique que «la certitude d'être exaucés dans nos demandes est fondée sur la prière de Jésus» (n. 2614). Celle-ci donne les ailes que la prière de l'homme a toujours désiré posséder.
Comment ne pas rappeler ici les mots du psaume 91, riches de confiance, jaillis d'un cœur qui espère tout de Dieu: «Il te couvre de ses ailes, tu as sous son pennage un abri. Armure et bouclier, sa vérité. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni la peste qui marche en la ténèbre, ni le fléau qui dévaste à midi» (vv. 4-6). C'est dans le Christ que s'accomplit cette prière splendide, c'est en Lui que celle-ci trouve sa pleine vérité. Sans Jésus, nos prières risqueraient de se réduire à des efforts humains, destinés le plus souvent à l'échec. Mais Il a pris sur Lui chaque cri, chaque gémissement, chaque joie, chaque supplique… chaque prière humaine. Et n'oublions pas l'Esprit Saint qui prie en nous; il est Celui qui nous amène à prier, qui nous amène à Jésus. Il est le don que le Père et le Fils nous ont donné pour aller à la rencontre de Dieu. C'est l'Esprit Saint, quand nous prions, c'est l'Esprit Saint qui prie dans nos cœurs.
Le Christ est tout pour nous, même dans notre vie de prière. C'est ce que disait saint Augustin avec une expression éclairante que nous trouvons dans le Catéchisme: Jésus «prie pour nous en tant que notre prêtre, il prie en nous en tant que notre tête, il est prié par nous en tant que notre Dieu. Reconnaissons donc en Lui nos voix et sa voix en nous» (n. 2616). Et c'est pour cela que le chrétien qui prie ne craint rien, il se remet à l'Esprit Saint, qui nous a été donné comme don et qui prie en nous, en suscitant la prière. Que ce soit l'Esprit Saint, Maître de prière, à nous enseigner la voie de la prière.
15. La Vierge Marie, femme de prière
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans notre chemin de catéchèse sur la prière, nous rencontrons aujourd’hui la Vierge Marie, comme femme de prière. La Vierge priait. Quand le monde l’ignore encore, quand elle est encore une simple jeune fille fiancée à un homme de la maison de David, Marie prie. Nous pouvons imaginer la jeune fille de Nazareth recueillie en silence, en dialogue permanent avec Dieu, qui bientôt devait lui confier sa mission. Elle est déjà pleine de grâce et immaculée depuis sa conception, mais elle ne sait encore rien de sa vocation surprenante et extraordinaire et de la mer en tempête qu’elle devra sillonner. Une chose est certaine: Marie appartient au grand groupe de ces humbles de cœur que les historiens officiels n’insèrent pas dans leurs livres, mais avec lesquels Dieu a préparé la venue de son Fils.
Marie ne dirige pas sa vie de façon autonome: elle attend que Dieu prenne les rênes de son chemin et la guide où Il veut. Elle est docile, et avec cette disponibilité elle prédispose les grands événements auxquels Dieu participe dans le monde. Le Catéchisme nous rappelle sa présence constante et attentive dans le dessein bienveillant du Père et tout au long de la vie de Jésus (cf. CEC, nn. 2617-2618).
Marie est en prière, quand l’archange Gabriel vient lui apporter l’annonce à Nazareth. Son “Me voici”, petit et immense, qui à ce moment-là fait sursauter de joie la création tout entière, avait été précédé dans l’histoire du salut par tant d’autres “me voici”, par tant d’obéissances confiantes, par tant de disponibilités à la volonté de Dieu. Il n’y a pas de meilleure manière de prier que de se mettre, comme Marie, dans une attitude d’ouverture, de cœur ouvert à Dieu: “Seigneur, ce que Tu veux, quand Tu veux et comme Tu veux ”. C’est-à-dire le cœur ouvert à la volonté de Dieu. Et Dieu répond toujours. Combien de croyants vivent ainsi leur prière! Ceux qui sont les plus humbles de cœur prient ainsi: avec l’humilité essentielle, disons-le ainsi; avec une humilité simple: «Seigneur, ce que Tu veux, quand Tu veux et comme Tu veux». Et ces derniers prient ainsi, en ne se mettant pas en colère parce que les journées sont pleines de problèmes, mais en allant vers la réalité et en sachant que dans l’amour humble, dans l’amour offert dans chaque situation, nous devenons des instruments de la grâce de Dieu. Seigneur, ce que Tu veux, quand Tu veux et comme Tu veux. Une prière simple, mais c’est mettre notre vie entre les mains du Seigneur: que ce soit Lui qui nous guide. Nous pouvons tous prier ainsi, presque sans mots.
La prière sait adoucir l’inquiétude: mais, nous sommes inquiets, nous voulons toujours les choses avant de les demander et nous les voulons tout de suite. Cette inquiétude nous fait mal, et la prière sait adoucir l’inquiétude, elle sait la transformer en disponibilité. Quand je suis inquiet, je prie et la prière ouvre mon cœur et me rend disponible à la volonté de Dieu. La Vierge Marie, en ces quelques instants de l’Annonciation, a su repousser la peur, tout en ayant le présage que son “oui” lui aurait procuré des épreuves très dures. Si, dans la prière, nous comprenons que chaque jour donné à Dieu est un appel, alors nous élargissons notre cœur et nous accueillons tout. On apprend à dire: “Ce que Tu veux Seigneur. Promets-moi que tu seras présent à chaque pas de mon chemin”. Cela est important : demander sa présence au Seigneur à chaque pas de notre chemin : qu’il ne nous laisse pas seuls, qu’il ne nous abandonne pas dans la tentation, qu’il ne nous abandonne pas dans les mauvais moments. Le final du Notre Père est ainsi : la grâce que Jésus lui-même nous a enseignée à demander au Seigneur.
Marie accompagne en prière toute la vie de Jésus, jusqu’à la mort et à la résurrection; et, à la fin elle continue, et elle accompagne les premiers pas de l’Eglise naissante (cf. Ac 1,14). Marie prie avec les disciples qui ont traversé le scandale de la croix. Elle prie avec Pierre, qui a cédé à la peur et a pleuré de remords. Marie est là, avec les disciples, parmi les hommes et les femmes que son Fils a appelés pour former sa communauté. Marie ne joue pas le rôle d’un prêtre parmi eux, non ! Elle est la mère de Jésus qui prie avec eux, en communauté, comme une personne de la communauté. Elle prie avec eux et elle prie pour eux. Et, à nouveau, sa prière précède l’avenir qui va se réaliser: par l’œuvre de l’Esprit Saint, elle est devenue la Mère de Dieu, et par l’œuvre de l’Esprit Saint, elle devient la Mère de l’Eglise. En priant avec l’Eglise naissante, elle devient la Mère de l’Eglise, elle accompagne les disciples dans les premiers pas de l’Eglise dans la prière, en attendant l’Esprit Saint. En silence, toujours en silence. La prière de Marie est silencieuse. L’Evangile nous raconte seulement une prière de Marie: à Cana, quand elle demande à son Fils, pour ces pauvres gens qui allaient faire une mauvaise impression pendant cette fête. Imaginons: faire une fête de mariage et la finir avec du lait parce qu’il n’y avait plus de vin ! Quelle mauvaise impression! Et Elle prie et demande à son Fils de résoudre ce problème. La présence de Marie est en elle-même une prière, et sa présence parmi les disciples au Cénacle, en attendant l’Esprit Saint, est en prière. Ainsi, Marie fait naître l’Eglise, elle est la Mère de l’Eglise. Le Catéchisme explique: «Dans la foi de son humble servante le Don de Dieu - c’est-à-dire l’Esprit Saint - trouve l’accueil qu’il attendait depuis le commencement des temps.» (CEC, n. 2617).
Chez la Vierge Marie, l’intuition féminine naturelle est exaltée par son union très particulière avec Dieu dans la prière. C’est pourquoi, en lisant l’Evangile, nous remarquons qu’elle semble quelquefois disparaître, pour ensuite réaffleurer dans les moments cruciaux: Marie est ouverte à la voix de Dieu qui guide son cœur, qui guide ses pas là où il y a besoin de sa présence. Une présence silencieuse de mère et de disciple. Marie est présente parce qu’elle est Mère, mais elle est également présente parce qu’elle est la première disciple, celle qui a le mieux appris les choses de Jésus. Marie ne dit jamais: « Venez, je résoudrai les choses». Mais elle dit: «Faites ce qu’Il vous dira», toujours en indiquant Jésus du doigt. Cette attitude est typique du disciple, et elle est la première disciple: elle prie comme Mère et elle prie comme disciple.
«Quant à Marie, elle conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait en son cœur» (Lc 2,19). C’est ainsi que l’évangéliste Luc décrit la Mère du Seigneur dans l’Evangile de l’enfance. Tout ce qui arrive autour d’elle finit par avoir un reflet au plus profond de son cœur: les jours pleins de joie, comme les moments les plus sombres, quand elle aussi a du mal à comprendre par quelles routes doit passer la Rédemption. Tout finit dans son cœur, pour être passé au crible de la prière et être transfiguré par celle-ci. Qu’il s’agisse des dons des Rois mages, ou bien de la fuite en Egypte, jusqu’à ce terrible vendredi de passion: la Mère conserve tout et porte tout dans son dialogue avec Dieu. Certains ont comparé le cœur de Marie à une perle d’une splendeur incomparable, formée et polie par l’accueil patient de la volonté de Dieu à travers les mystères de Jésus médités en prière. Comme il serait beau que nous puissions nous aussi ressembler un peu à notre Mère! Avec le cœur ouvert à la parole de Dieu, avec le cœur silencieux, avec le cœur obéissant, avec le cœur qui sait recevoir la Parole de Dieu et qui la laisse grandir avec une semence du bien de l’Eglise.
16. La prière de l'Eglise naissante
Chers frères et sœurs, bonjour!
Les premiers pas de l'Eglise dans le monde ont été rythmés par la prière. Les écrits apostoliques et la grande narration des Actes des apôtres nous décrivent l'image d'une Eglise en chemin, une Eglise active, qui trouve cependant dans les réunions de prière la base et l'impulsion pour l'action missionnaire. L'image de la communauté primitive de Jérusalem est un point de référence pour toute autre expérience chrétienne. Luc écrit dans le Livre des Actes: «Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières» (2, 42). La communauté persévère dans la prière.
Nous trouvons ici quatre caractéristiques essentielles de la vie ecclésiale: premièrement, l’écoute de l'enseignement des apôtres; deuxièmement, la préservation de la communion réciproque; troisièmement, la fraction du pain et, quatrièmement, la prière. Celles-ci nous rappellent que l'existence de l'Eglise a un sens si elle reste solidement unie au Christ, c'est-à-dire dans la communauté, dans sa Parole, dans l'Eucharistie et dans la prière. C'est la manière de nous unir, nous, au Christ. La prédication et la catéchèse témoignent des paroles et des gestes du Maître; la recherche constante de la communion fraternelle préserve des égoïsmes et des particularismes; la fraction du pain réalise le sacrement de la présence de Jésus parmi nous: Il ne sera jamais absent, dans l'Eucharistie, c'est vraiment Lui. Il vit et marche avec nous. Et enfin, la prière, qui est l'espace de dialogue avec le Père, à travers le Christ dans l'Esprit Saint.
Tout ce qui dans l'Eglise grandit en dehors de ces “coordonnées”, est privé de fondement. Pour discerner une situation, nous devons nous demander comment sont, dans cette situation, ces quatre coordonnées: la prédication, la recherche constante de la communion fraternelle - la charité -, la fraction du pain – c'est-à-dire la vie eucharistique – et la prière. Toute situation doit être évaluée à la lumière de ces quatre coordonnées. Ce qui ne rentre pas dans ces coordonnées est privé d'ecclésialité, n'est pas ecclésial. C'est Dieu qui fait l'Eglise, pas la clameur des œuvres. L'Eglise n'est pas un marché; l'Eglise n'est pas un groupe d'entrepreneurs qui vont de l'avant avec cette entreprise nouvelle. L'Eglise est l’œuvre de l'Esprit Saint, que Jésus nous a envoyé pour nous rassembler. L'Eglise est précisément le travail de l'Esprit dans la communauté chrétienne, dans la vie communautaire, dans l'Eucharistie, dans la prière, toujours. Et tout ce qui grandit en dehors de ces coordonnées est privé de fondement, est comme une maison construite sur le sable (cf. Mt 7, 24). C'est Dieu qui fait l'Eglise pas la clameur des œuvres. C'est la parole de Jésus qui remplit de sens nos efforts. C'est dans l'humilité que se construit l'avenir du monde.
Parfois, je ressens une grande tristesse quand je vois certaines communautés qui, avec de la bonne volonté, se trompent de chemin, parce qu'elles pensent faire l'Eglise avec des rassemblements, comme si c'était un parti politique: la majorité, la minorité, que pense celui-là, celui-ci, l'autre… “C'est comme un synode, un chemin synodal que nous devons faire”. Je me demande: où est l'Esprit? Où est la prière? Où est l'amour communautaire? Où est l'Eucharistie? Sans ces quatre coordonnées, l'Eglise devient une société humaine, un parti politique – majorité, minorité –, on fait les changements comme s'il s'agissait d'une entreprise, par majorité ou minorité... Mais ce n'est pas l'Esprit Saint. Et la présence de l'Esprit Saint est précisément garantie par ces quatre coordonnées. Pour évaluer une situation, si elle est ecclésiale ou si elle n'est pas ecclésiale, demandons-nous s'il y a ces quatre coordonnées: la vie communautaire, la prière, l'Eucharistie… [la prédication], comment se développe la vie dans ces quatre coordonnées. Si cela manque, l'Esprit manque, et si l'Esprit manque nous serons une belle association humanitaire, de bienfaisance, c'est bien, c'est bien, également un parti, disons ainsi, ecclésial, mais il n'y a pas l'Eglise. Et c'est pourquoi l'Eglise ne peut pas grandir avec ces choses: elle grandit non par prosélytisme, comme n'importe quelle entreprise, mais par attraction. Et qui anime l'attraction? L'Esprit Saint. N'oublions jamais cette parole de Benoît XVI: “L'Eglise ne grandit pas par prosélytisme, elle grandit par attraction”. Si l'Esprit Saint manque, alors que c'est ce qui attire à Jésus, il n'y a pas l'Eglise. Il y a un beau club d'amis, c'est bien, avec de bonnes intentions, mais il n'y a pas l'Eglise, il n'y a pas de synodalité.
En lisant les Actes des apôtres, nous découvrons alors que le puissant moteur de l'évangélisation sont les réunions de prière, où celui qui participe fait l'expérience vivante de la présence de Jésus et est touché par l'Esprit. Les membres de la première communauté – mais cela est toujours valable, également pour nous aujourd'hui – perçoivent que l'histoire de la rencontre avec Jésus ne s'est pas arrêtée au moment de l'Ascension, mais continue dans leur vie. En racontant ce qu'a dit et fait le Seigneur – l'écoute de la Parole - , en priant pour entrer en communion avec Lui, tout devient vivant. La prière diffuse la lumière et la chaleur: le don de l'esprit fait naître en elles la ferveur.
A ce propos, le Catéchisme a une expression très riche. Il dit ainsi: «L'Esprit Saint […] rappelle ainsi le Christ à son Eglise orante, la conduit aussi vers la Vérité tout entière et suscite des formulations nouvelles qui exprimeront l'insondable Mystère du Christ, à l'œuvre dans la vie, les sacrements et la mission de son Eglise» (n. 2625). Voilà l’œuvre de l'Esprit dans l'Eglise: rappeler Jésus. Jésus lui-même l'a dit: Il vous enseignera et vous rappellera. La mission est rappeler Jésus, mais pas comme un exercice mnémonique. Les chrétiens, en marchant sur les chemins de la mission, rappellent Jésus alors qu'ils le rendent à nouveau présent; et de Lui, de son Esprit, ils reçoivent l'“élan” pour aller, pour annoncer, pour servir. Dans la prière, le chrétien se plonge dans le mystère de Dieu qui aime chaque homme, ce Dieu qui désire que l'Evangile soit prêché à tous. Dieu est Dieu pour tous, et en Jésus chaque mur de séparation est définitivement détruit: comme le dit saint Paul, Il est notre paix, c'est-à-dire «celui qui des deux n'a fait qu'un peuple» (Ep 2, 14). Jésus a fait l'unité.
Ainsi, la vie de l'Eglise primitive est rythmée par une succession incessante de célébrations, de convocations, de temps de prière aussi bien communautaire que personnelle. Et c'est l'Esprit qui donne la force aux prédicateurs qui se mettent en voyage, et qui par amour de Jésus sillonnent les mers, affrontent des dangers, se soumettent à des humiliations.
Dieu donne de l'amour, Dieu demande de l'amour. Telle est la racine mystique de toute la vie croyante. Les premiers chrétiens en prière, mais également nous qui venons de nombreux siècles après, vivons tous la même expérience. L'Esprit anime chaque chose. Et chaque chrétien qui n'a pas peur de consacrer du temps à la prière peut faire siennes les paroles de l’apôtre Paul: «Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi» (Ga 2,20). La prière te rend conscient de cela. Ce n'est que dans le silence de l'adoration que l'on fait l'expérience de toute la vérité de ces paroles. Nous devons retrouver le sens de l'adoration. Adorer, adorer Dieu, adorer Jésus, adorer l'Esprit. Le Père, le Fils et l'Esprit: adorer. En silence. La prière d'adoration est la prière qui nous fait reconnaître Dieu comme début et fin de toute l'histoire. Et cette prière est le feu vivant de l'Esprit qui donne force au témoignage et à la mission. Merci.