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Catéchèse du 7 avril 2021
28. Prier en communion avec les saints
Chers frères et sœurs, bonjour!
Je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur le lien entre la prière et la communion des saints. En effet, quand nous prions, nous ne le faisons jamais seuls: même si nous n’y pensons pas, nous sommes plongés dans un fleuve majestueux d’invocations qui nous précède et qui se poursuit après nous.
Dans les prières que nous trouvons dans la Bible, et qui retentissent souvent dans la liturgie, on trouve la trace d’antiques histoires, de libérations prodigieuses, de déportations et d’exils tristes, de retours émouvants, de louanges prononcées devant les merveilles de la création... Et ainsi, ces voix se transmettent de génération en génération, dans un mélange incessant entre l’expérience personnelle et celle du peuple et de l’humanité à laquelle nous appartenons. Personne ne peut se détacher de sa propre histoire, de l’histoire de son peuple, nous portons cet héritage dans nos habitudes et également dans la prière. Dans la prière de louange, en particulier dans celle qui naît du cœur des petits et des humbles, retentit quelque chose du chant du Magnificat que Marie éleva à Dieu devant sa parente Elisabeth; ou de l’exclamation du vieux Siméon qui, prenant l’Enfant Jésus dans les bras, dit ceci: «Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix» (Lc 2, 29).
Les prières – celles qui sont bonnes – se “diffusent”, elles se propagent dans cesse, avec ou sans messages sur les “réseaux sociaux”: à partir des chambres d’hôpital, des moments de retrouvailles festifs, comme de ceux où l’on souffre en silence… La douleur de chacun est la douleur de tous, et le bonheur d’une personne se déverse dans l’âme des autres personnes. La douleur et le bonheur font partie de l’unique histoire: ce sont des histoires qui deviennent histoire dans notre propre vie. On revit l’histoire avec ses propres mots, mais l’expérience est la même.
Les prières renaissent toujours: chaque fois que nous joignons les mains et que nous ouvrons notre cœur à Dieu, nous nous retrouvons en compagnie de saints anonymes et de saints reconnus qui prient avec nous, et qui intercèdent pour nous, comme des frères et sœurs aînés qui sont passés par notre même aventure humaine. Dans l’Eglise, il n’y a pas un deuil qui reste solitaire, il n’y a pas une larme qui soit versée dans l’oubli, car tout respire et participe d’une grâce commune. Ce n’est pas un hasard si dans les églises antiques les sépultures se trouvaient précisément dans le jardin autour de l’édifice sacré, comme pour dire qu’à chaque Eucharistie participe, d’une certaine manière, la foule de ceux qui nous ont précédés. Il y a nos parents et nos grands-parents, il y a les parrains et les marraines, il y a les catéchistes et les autres éducateurs… Cette foi communiquée, transmise, que nous avons reçue: avec la foi a également été transmise la manière de prier, la prière.
Les saints sont encore ici, non loin de nous; et leurs représentations dans les églises évoque cette “nuée de témoins” qui nous entoure toujours (cf. He12, 1). Au début, nous avons entendu la lecture du passage de la Lettre aux Hébreux. Ce sont des témoins que nous n’adorons pas – bien évidemment, nous n’adorons pas ces saints –, mais que nous vénérons et qui, de mille manières, nous renvoient à Jésus Christ, unique Seigneur et médiateur entre Dieu et l’homme. Un saint qui ne te renvoie pas à Jésus Christ n’est pas un saint, pas même un chrétien. Le saint te rappelle Jésus parce qu’il a parcouru le chemin de la vie comme un chrétien. Les saints nous rappellent que dans notre vie également, bien que faible et marquée par le péché, la sainteté peut éclore. Dans les Evangiles, nous lisons que le premier saint «canonisé» a été un voleur et il a été « canonisé » non par un Pape, mais par Jésus lui-même. La sainteté est un parcours de vie, de rencontre avec Jésus, qu’elle soit longue ou brève, d’un instant, mais c’est toujours un témoignage. Un saint est le témoignage d’un homme ou d’une femme qui a rencontré Jésus et qui a suivi Jésus. Il n’est jamais trop tard pour se convertir au Seigneur, qui est bon et grand dans l’amour (cf. Sal 102,8).
Le Catéchisme explique que les saints «contemplent Dieu, ils le louent et ne cessent pas de prendre soin de ceux qu’ils ont laissé sur la terre. […] Leur intercession est leur plus haut service du Dessein de Dieu. Nous pouvons et devons les prier d’intercéder pour nous et pour le monde entier» (CEC, 2683). Dans le Christ, il y a une solidarité mystérieuse entre ceux qui sont passés à l’autre vie et nous qui sommes pèlerins dans celle-ci: du Ciel, nos chers défunts continuent à prendre soin de nous. Ils prient pour nous et nous prions pour eux, et nous prions avec eux.
Ce lien de prière entre nous et les saints, c’est-à-dire entre nous et les gens qui sont arrivés à la plénitude de la vie, ce lien de prière nous en faisons déjà l’expérience ici, dans la vie terrestre: nous prions les uns pour les autres, nous demandons et nous offrons des prières... La première façon de prier pour quelqu’un est de parler de lui ou d’elle à Dieu. Si nous faisons cela fréquemment, chaque jour, notre cœur ne se ferme pas, il reste ouvert à nos frères. Prier pour les autres est la première manière de les aimer et nous pousse à la proximité concrète. Même dans les moments de conflits, une manière de dénouer le conflit, de l’adoucir, est de prier pour la personne avec laquelle je suis en conflit. Et quelque chose change avec la prière. La première chose qui change est mon cœur, est mon attitude. Le Seigneur le change pour rendre une rencontre possible, une nouvelle rencontre et éviter que le conflit ne devienne une guerre sans fin.
La première manière d’affronter un temps d’angoisse est de demander à nos frères, en particulier aux saints, qu’ils prient pour nous. Le nom qui nous a été donné au baptême n’est pas une étiquette ou une décoration! C’est généralement le nom de la Vierge, d’un saint ou d’une sainte, qui n’attendent rien d’autre que de “nous donner un coup de main ” dans la vie, de nous donner un coup de main pour obtenir de Dieu les grâces dont nous avons le plus besoin. Si dans notre vie les épreuves n’ont pas été excessives, si nous sommes encore capables de persévérance, si malgré tout nous avançons avec confiance, peut-être devons-nous tout cela, plus qu’à nos mérites, à l’intercession de nombreux saints, certains au Ciel, d’autres pèlerins comme nous sur la terre, qui nous ont protégés et accompagnés, car nous savons tous qu’ici sur la terre il y des personnes saintes, des hommes et des femmes saints qui vivent dans la sainteté. Ils ne le savent pas, nous ne le savons pas non plus, mais il y a des saints, des saints de tous les jours, des saints cachés ou, comme j’aime à le dire, des «saints de la porte à côté», ceux qui partagent leur vie avec nous, qui travaillent avec nous et qui conduisent une vie de sainteté.
Que soit donc béni Jésus Christ, unique Sauveur du monde, avec cette immense floraison de saints et de saintes, qui peuplent la terre et qui ont fait de leur vie une louange à Dieu. Car – comme l’affirmait saint Basile – «pour l’Esprit, le saint est une demeure particulièrement adaptée, parce qu’elle s’offre pour habiter avec Dieu et qu’elle est appelée son temple» (Liber de Spiritu Sancto, 26, 62: PG 32, 184A; cf. CEC, 2684).










Catéchèse du 14 avril 2021
29. L'Eglise, maîtresse de prière
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Eglise est une grande école de prière. Beaucoup d’entre nous ont appris à prononcer les premières prières assis sur les genoux de leurs parents ou de leurs grands-parents. Peut-être conservons-nous le souvenir de notre mère et de notre père qui nous enseignaient à réciter les prières avant d’aller dormir. Ces moments de recueillement sont souvent ceux pendant lesquels les parents écoutent leurs enfants faire quelques confidences personnelles et peuvent leur donner un conseil inspiré de l’Evangile. Ensuite, sur le chemin de la croissance, on fait d’autres rencontres, avec d’autres témoins et maîtres de prière (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, nn. 2686-2687). Cela fait du bien de les rappeler.
La vie d’une paroisse et de chaque communauté chrétienne est rythmée par les temps de la liturgie et de la prière communautaire. Nous nous apercevons que ce don que nous avons reçu dans l’enfance avec simplicité est un grand patrimoine, un patrimoine très riche, et que l’expérience de la prière mérite d’être toujours davantage approfondie (cf. ibid., n. 2688). L’habit de la foi n’est pas amidonné, il se développe avec nous; il n’est pas rigide, il grandit, également à travers des moments de crise et des résurrections; d’ailleurs, il ne peut pas grandir sans des moments de crise, car la crise te fait grandir: entrer en crise est une manière nécessaire pour grandir. Et le souffle de la foi est la prière: plus nous apprenons à prier plus nous grandissons dans la foi. Après certains passages de la vie, nous nous apercevons que sans la foi nous n’aurions pas pu y arriver et que la prière a été notre force. Pas seulement la prière personnelle, mais également celle de nos frères et sœurs, et de la communauté qui nous a accompagné et soutenu, des gens qui nous connaissent, des gens à qui nous demandons de prier pour nous.
C’est également pour cela que dans l’Eglise fleurissent sans cesse des communautés et des groupes consacrés à la prière. Certains chrétiens ressentent même l’appel à faire de la prière l’action principale de leurs journées. Dans l’Eglise, il y a des monastères, il y a des couvents, des ermitages, où vivent des personnes consacrées à Dieu, qui deviennent souvent des centres de rayonnement spirituel. Ce sont des communautés de prière qui font rayonner la spiritualité. Ce sont des petites oasis où l’on partage une prière intense et où l’on construit jour après jour la communion fraternelle. Ce sont des cellules vitales, non seulement pour le tissu ecclésial, mais pour la société elle-même. Pensons, par exemple, au rôle qu’a eu le monachisme dans la naissance et la croissance de la civilisation européenne, et également dans d’autres cultures. Prier et travailler en communauté fait avancer le monde. C’est un moteur.
Tout dans l’Eglise naît de la prière, et tout grandit grâce à la prière. Quand l’ennemi, le Malin, veut combattre l’Eglise, il le fait tout d’abord en cherchant à assécher ses sources, en les empêchant de prier. Nous le voyons par exemple dans certains groupes qui se mettent d’accord pour effectuer des réformes ecclésiales, des changements dans la vie de l’Eglise… Il y a toutes les organisations, il y a les médias qui informent tout le monde… Mais la prière ne se voit pas, on ne prie pas. «Nous devons changer cela, nous devons prendre cette décision qui est un peu forte…». La proposition est intéressante, elle est intéressante, seulement avec la discussion, seulement avec les médias, mais où est la prière? La prière est celle qui ouvre la porte à l’Esprit Saint, qui est celui qui inspire pour avancer. Les changements dans l’Eglise sans prière ne sont pas des changements d’Eglise, ce sont des changements de groupe. Et quand l’Ennemi – comme je l’ai dit – veut combattre l’Eglise, il le fait avant tout en cherchant à assécher ses sources, en les empêchant de prier, et [en la poussant à] faire ces autres propositions.  Si la prière cesse, il semble pendant un moment que tout puisse continuer comme toujours – par inertie – , mais peu de temps après, l’Eglise s’aperçoit qu’elle est devenue comme une enveloppe vide, qu’elle a égaré son axe central, qu’elle ne possède plus la source de la chaleur et de l’amour. Les femmes et les hommes saints n’ont pas une vie plus facile que les autres, au contraire, ils ont eux aussi leurs problèmes à affronter et, en plus, ils sont souvent l’objet d’oppositions. Mais leur force est la prière, qui puise toujours au «puits» intarissable de notre  mère l’Eglise. Par la prière, ils alimentent la flamme de leur foi, comme on le faisait avec l’huile des lampes. Et ainsi, ils avancent en marchant dans la foi et dans l’espérance. Les saints, qui souvent comptent peu aux yeux du monde, sont en réalité ceux qui le soutiennent, non pas avec les armes de l’argent et du pouvoir, des moyens de communication et ainsi de suite, mais avec les armes de la prière.
Dans l’Evangile de Luc, Jésus pose une question dramatique qui nous fait toujours réfléchir: «Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?» (Lc 18, 8), ou trouvera-t-il seulement des organisations, comme un groupe d’ «entrepreneurs de la foi», tous bien organisés, qui font de la bienfaisance, beaucoup de choses…, ou trouvera-t-il la foi?. «Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?». Cette question se trouve à la fin d’une parabole qui montre la nécessité de prier avec persévérance, sans se lasser (cf. vv. 1-8). Nous pouvons donc conclure que la lampe de la foi sera toujours allumée sur la terre, tant qu’il y aura l’huile de la prière. La lampe de la vraie foi de l’Eglise sera toujours allumée sur la terre tant qu’il y aura l’huile de la prière. C’est ce qui fait avancer la foi et qui fait avancer notre pauvre vie, faible, pécheresse, mais la prière la fait avancer avec sécurité. C’est une question que nous, chrétiens, nous devons nous poser: est-ce que je prie? Prions-nous? Comment est-ce que je prie? Comme des perroquets ou bien prions-nous avec le cœur? Comment est-ce que je prie? Je prie en étant certain d’être dans l’Eglise et je prie avec l’Eglise, ou est-ce que je prie un peu selon mes idées et je fais que mes idées deviennent prière? Il s’agit-là d’une prière païenne, pas chrétienne. Je le répète: nous pouvons conclure que la lampe de la foi sera toujours allumée sur la terre tant qu’il y aura l’huile de la prière.
Et il s’agit d’une tâche essentielle de l’Eglise: prier et éduquer à prier. Transmettre de génération en génération la lampe de la foi avec l’huile de la prière. La lampe de la foi qui illumine, qui arrange les choses vraiment comme elles sont, mais qui ne peut avancer qu’avec l’huile de la prière. Autrement, elle s’éteint. Sans la lumière de cette lampe, nous ne pourrions pas voir la route pour évangéliser, nous ne pourrions même pas voir la route pour bien croire; nous ne pourrions pas voir le visage de nos frères à approcher et à servir; nous ne pourrions pas éclairer la pièce où nous rencontrer en communauté… Sans la foi, tout s’écroule; et sans la prière, la foi s’éteint. Foi et prière, ensemble. Il n’y a pas d’autre voie. C’est pourquoi l’Eglise, qui est maison et école de communion, est maison et école de foi et de prière.




Catéchèse du 21 avril 2021
30. La prière vocale
Chers frères et sœurs, bonjour!
La prière est un dialogue avec Dieu; et chaque créature, dans un certain sens, «dialogue» avec Dieu. Dans l’être humain, la prière devient parole, invocation, chant, poésie... La Parole divine s’est faite chair, et dans la chair de chaque homme la parole revient à Dieu dans la prière.
Les paroles sont nos créatures, mais elles sont aussi nos mères et, dans une certaine mesure, elles nous façonnent. Les paroles d’une prière nous font traverser sans danger une vallée obscure, elles nous dirigent vers des prés verts et riches en eaux, nous faisant banqueter sous les yeux de l’ennemi, comme nous enseigne à réciter le psaume (cf. Ps 23). Les paroles naissent des sentiments, mais il existe aussi le chemin inverse: celui selon lequel les paroles modèlent les sentiments. La Bible éduque l’homme à faire en sorte que tout ait lieu à la lumière de la parole, que rien d’humain ne soit exclu, censuré. La douleur, en particulier, est dangereuse si elle reste cachée, enfermée en nous… Une douleur enfermée en nous, qui ne peut pas s’exprimer ou se manifester, peut empoisonner l’âme; elle est mortelle.
C’est pour cette raison que l’Ecriture Sainte nous enseigne à prier également avec des paroles parfois audacieuses. Les auteurs sacrés ne veulent pas nous tromper sur l’homme: ils savent que son cœur abrite également des sentiments peu édifiants, et même de la haine. Aucun de nous ne naît saint, et quand ces mauvais sentiments frappent à la porte de notre cœur, il faut être capables de les désamorcer par la prière et par les paroles de Dieu. Dans les psaumes, nous trouvons également des expressions très dures contre les ennemis – des expressions que les maîtres spirituels nous enseignent à rapporter au diable et à nos péchés –; pourtant ce sont des paroles qui appartiennent à la réalité humaine et qui ont fini dans le  cadre des Saintes Ecritures. Elles sont là pour témoigner que si les paroles n’existaient pas face à la violence, pour rendre les mauvais sentiments inoffensifs, pour les canaliser de manière à ce qu’ils ne nuisent pas, le monde en serait entièrement submergé.
La première prière humaine est toujours une récitation vocale. Ce sont toujours les lèvres qui bougent les premières. Même si nous savons tous que prier ne signifie pas répéter des mots, toutefois la prière vocale est la plus sûre et il est toujours possible de l’exercer. Les sentiments, en revanche, pour autant qu’ils soient nobles, sont toujours incertains: ils vont et viennent, ils nous abandonnent et reviennent. Pas seulement, les grâces de la prière sont elles aussi imprévisibles: dans certains moments les consolations abondent, mais dans les jours les plus sombres, elles semblent entièrement s’évaporer. La prière du cœur est mystérieuse et quelquefois elle disparaît. La prière des lèvres, celles que l’on murmure ou que l’on récite en chœur, est en revanche toujours disponible, et nécessaire comme le travail manuel. Le Catéchisme affirme:«La prière vocale est une donnée indispensable de la vie chrétienne. Aux disciples, attirés par la prière silencieuse de leur Maître, Celui-ci enseigne une prière vocale: le “Notre Père”» (n. 2701).  « Enseigne-nous à prier », demandent les disciples à Jésus, et Jésus enseigne une prière vocale: le Notre Père. Et dans cette prière, il y a tout.
Nous devrions tous avoir l’humilité de certaines personnes âgées qui, à l’église, peut-être parce que leur ouïe n’est désormais plus très fine, récitent à mi-voix les prières qu’elles ont apprises étant enfants, remplissant la nef de murmures. Cette prière ne dérange pas le silence, mais témoigne de la fidélité au devoir de l’oraison, pratiquée pendant toute une vie, sans jamais y manquer. Ces orants à la prière humble sont souvent les grands intercesseurs des paroisses: ils sont les chênes qui, d’année en année, élargissent leurs frondaisons, pour offrir de l’ombre au plus grand nombre possible de personnes. Seul Dieu sait quand et combien leur cœur était uni à ces prières récitées: ces personnes ont sûrement dû elles aussi affronter des nuits et des moments de vide. Mais on peut toujours rester fidèles à la prière vocale. Elle est comme une ancre: il faut s’agripper à la corde pour rester là, fidèles, quoi qu’il arrive.  
Nous avons tous quelque chose à apprendre de la constance de ce pèlerin russe, dont parle une œuvre de spiritualité célèbre, qui a appris l’art de la prière en répétant la même invocation un nombre de fois infini: «Jésus, Christ, Fils de Dieu, Seigneur, aie pitié de moi, pécheur!»   (cf. CEC, n. 2616; n. 2667). Il répétait seulement cela. Si des grâces arrivent dans sa vie, si la prière devient un jour ardente au point de percevoir la présence du Royaume ici-bas parmi nous, si son regard se transforme jusqu’à être comme celui d’un enfant, c’est parce qu’il a insisté dans la récitation d’une simple jaculatoire chrétienne. A la fin, celle-ci devient une partie de son souffle. L’histoire du pèlerin russe est belle: il s’agit d’un livre à la portée de tous. Je vous conseille de le lire: il vous aidera à comprendre ce qu’est la prière vocale.
Nous ne devons donc pas mépriser la prière vocale. Certains disent: «Mais c’est quelque chose pour les enfants, pour les gens ignorants; moi, je recherche la prière mentale, la méditation, le vide intérieur pour que Dieu vienne». Je vous en prie, il ne faut pas tomber dans l’arrogance de mépriser la prière vocale. C’est la prière des simples, celle que Jésus nous a enseignée: Notre Père, qui es aux cieux…     Les paroles que nous prononçons nous prennent par la main; à certains moments elles redonnent le goût, elles éveillent même le plus endormi des cœurs, elles réveillent des sentiments dont nous avions égaré la mémoire, et nous conduisent par la main vers l’expérience de Dieu. Et ce sont surtout les seules qui, de manière certaine, adressent à Dieu les questions qu’Il veut écouter. Jésus ne nous a pas laissés dans le brouillard. Il nous a dit: «Vous donc, priez ainsi!». Et il a enseigné la prière du Notre Père (cf. Mt 6, 9).




Catéchèse du 28 avril 2021
31. La méditation
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, nous parlons de cette forme de prière qu’est la méditation. Pour un chrétien, «méditer»  c’est chercher une synthèse: cela signifie se mettre devant la grande page de la Révélation pour essayer de la faire devenir nôtre, en l’assumant complètement. Et le chrétien, après avoir accueilli le Parole de Dieu, ne la garde pas enfermée en lui, car cette Parole doit rencontrer «un autre livre», que le Catéchisme appelle «celui de la vie» (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2706). C’est ce que nous tentons de faire chaque fois que nous méditons la Parole.
La pratique de la méditation a reçu une grande attention ces dernières années. Ce ne sont pas que les chrétiens qui parlent d’elle: il existe une pratique méditative dans presque toutes les religions du monde. Mais il s’agit d’une activité également présente chez les personnes qui n’ont pas une vision religieuse de la vie. Nous avons tous besoin de méditer, de réfléchir, de nous retrouver nous-mêmes, c’est une dynamique humaine. On recherche en particulier la méditation dans le monde occidental vorace, parce que celle-ci représente une barrière élevée contre le stress quotidien et le vide qui se répand partout. Voilà donc l’image de jeunes et d’adultes assis en recueillement, en silence, avec les yeux clos… Mais nous pouvons nous demander: que font ces personnes? Elles méditent. C’est un phénomène à considérer de manière positive: en effet, nous ne sommes pas faits pour courir sans cesse, nous possédons une vie intérieure qui ne peut pas être toujours piétinée. Méditer est donc un besoin de tous. Méditer, pour ainsi dire, serait comme s’arrêter et reprendre son souffle dans la vie.
Cependant, nous nous apercevons que cette parole, une fois accueillie dans un contexte chrétien, acquiert une spécificité qui ne doit pas être effacée. Méditer est une dimension humaine nécessaire, mais méditer dans le contexte chrétien va au-delà: c’est une dimension qui ne doit pas être effacée. La grande porte à travers laquelle passe la prière d’un baptisé – nous le rappelons encore une fois – est Jésus Christ. Pour le chrétien, la méditation entre par la porte de Jésus Christ. La pratique de la méditation suit elle aussi ce sentier. Et le chrétien, lorsqu’il prie, n’aspire pas à la pleine transparence de soi, il ne se met pas à la recherche du noyau le plus profond de son moi. Cela est licite, mais le chrétien cherche une autre chose. La prière du chrétien est avant tout une rencontre avec l’Autre, avec l’Autre mais avec un A majuscule: la rencontre transcendante avec Dieu. Si une expérience de prière nous donne la paix intérieure, ou la maîtrise de nous-mêmes, ou la lucidité sur le chemin à entreprendre, ces résultats sont, pour ainsi dire, des effets collatéraux de la grâce de la prière chrétienne qui est la rencontre avec Jésus, c’est-à-dire que méditer c’est aller à la rencontre de Jésus, guidés par une phrase ou par une Parole de l’Ecriture Sainte.
Le terme «méditation» a eu des significations différentes au cours de l’histoire. Même au sein du christianisme, celui-ci se réfère à des expériences spirituelles différentes. Toutefois, on peut retrouver certaines lignes communes, et le Catéchisme nous aide encore en cela, quand il dit: «Les méthodes de méditation sont aussi diverses que les maîtres spirituels. […] Mais une méthode n’est qu’un guide; l’important est d’avancer, avec l’Esprit Saint, sur l’unique chemin de la prière: le Christ Jésus» (n. 2707). Et il faut signaler ici un compagnon de route, quelqu’un qui nous guide: l’Esprit Saint. La méditation chrétienne est impossible sans l’Esprit Saint. C’est Lui qui nous guide à la rencontre de Jésus. Jésus nous avait dit: «Je vous enverrai l’Esprit Saint. Il vous enseignera et vous expliquera. Il vous enseignera et vous expliquera». Et dans la méditation également, l’Esprit Saint est le guide pour avancer à la rencontre de Jésus Christ. 
Il existe donc de nombreuses méthodes de méditation chrétienne: certaines très sobres, d’autres plus complexes; certaines accentuent la dimension intellectuelle de la personne, d’autres plutôt celle affective et émotive. Ce sont des méthodes. Toutes sont importantes et toutes sont dignes d’être pratiquées, dans la mesure où elles peuvent aider l’expérience de la foi à devenir un acte total de la personne: ce n’est pas seulement l’esprit qui prie, c’est tout l’homme qui prie, la totalité de la personne, de même que ce n’est pas seulement le sentiment qui prie. Les anciens avaient l’habitude de dire que l’organe de la prière est le cœur, et ils expliquaient ainsi que c’est tout l’homme, à partir de son centre, du cœur, qui entre en relation avec Dieu, et pas seulement certaines de ses facultés. C’est pourquoi il faut toujours se rappeler que la méthode est une voie, pas un objectif: n’importe quelle méthode de prière, si elle veut être chrétienne, fait partie de cette sequela Christi qui est l’essence de notre foi. Les méthodes de méditation sont des voies à parcourir pour arriver à la rencontre de Jésus, mais si tu t’arrêtes sur la route et que tu ne regardes que la route, tu ne trouveras jamais Jésus. Tu feras un dieu de la route, mais la route est un moyen pour te conduire à Jésus.  Le Catéchisme précise: «La méditation met en œuvre la pensée, l’imagination, l’émotion et le désir. Cette mobilisation est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ. La prière chrétienne s’applique de préférence à méditer " les mystères du Christ "»  (n. 2708).
Voilà donc la grâce de la prière chrétienne: le Christ n’est pas loin, mais il est toujours en relation avec nous. Il n’y a pas d’aspect de sa personne divine et humaine qui ne puisse devenir pour nous un lieu de salut et de bonheur. Chaque moment de la vie terrestre de Jésus, à travers la grâce de la prière, peut devenir contemporain pour nous, grâce à l’Esprit Saint, le guide. Mais vous savez que l’on ne peut pas prier sans être guidés par l’Esprit Saint. C’est Lui qui nous guide! Et grâce à l’Esprit Saint, nous sommes nous aussi présents au bord du fleuve Jourdain, quand Jésus s’y plonge pour recevoir le baptême. Nous sommes nous aussi invités aux noces de Cana, quand Jésus donne le vin le meilleur pour la joie des époux; c’est-à-dire que c’est l’Esprit Saint qui nous relie à ces mystères de la vie du Christ, car dans la contemplation de Jésus nous faisons l’expérience de la prière pour nous unir davantage à Lui. Nous assistons nous aussi avec étonnement aux mille guérisons accomplies par le Maître. Prenons l’Evangile, méditons sur ces mystères de l’Evangile et l’Esprit nous guidera pour être présents là.  Et dans la prière – quand nous prions –, nous sommes tous comme le lépreux purifié, l’aveugle Bartimée qui retrouve la vue, Lazare qui sort du tombeau... Nous aussi, nous sommes guéris dans la prière, comme l’a été l’aveugle Bartimée, et cet autre, le lépreux… Nous sommes nous aussi ressuscités, comme Lazare a été ressuscité, car la prière de méditation guidée par l’Esprit Saint, nous conduit à revivre ces mystères de la vie du Christ, à rencontrer le Christ et à dire, avec l’aveugle: «Seigneur, aie pitié de moi! Aie pitié de moi» - «Et que veux-tu?» - «Voir, entrer dans ce dialogue». Et la méditation chrétienne, guidée par l’Esprit, nous conduit à ce dialogue avec Jésus. Il n’existe pas de page de l’Evangile où il n’y ait pas de place pour nous. Méditer, pour nous chrétiens, est une manière de rencontrer Jésus. Et ainsi, seulement ainsi, de nous retrouver nous-mêmes. Et cela n’est pas un repli sur nous-mêmes, non: aller auprès de Jésus et nous rencontrer nous-mêmes auprès de Jésus, guéris, ressuscités, forts par la grâce de Jésus. Et rencontrer Jésus, le sauveur de tous, également de moi-même. Et cela grâce à la guide de l’Esprit Saint.

Je salue cordialement les personnes de langue française.
Frères et sœurs, prenons plus souvent le temps de rencontrer Jésus par la prière de méditation. Tout épisode de sa vie terrestre, par l’Esprit Saint, est source de grâce, source de force et de consolation dans les événements les plus concrets de notre existence.
Que Dieu vous bénisse !




Catéchèse du 5 mai 2021
32. La prière de contemplation
Chers frères et sœurs, bonjour!
Nous poursuivons les catéchèses sur la prière et dans cette catéchèse, je voudrais m’arrêter sur la prière de contemplation.
La dimension contemplative de l’être humain – qui n’est pas encore la prière contemplative – est un peu comme le « sel » de la vie: elle donne de la saveur, elle donne du goût à nos journées. On peut contempler en regardant le soleil qui se lève le matin, où les arbres qui redeviennent verts au printemps; on peut contempler en écoutant de la musique ou le chant des oiseaux, en lisant un livre, devant une œuvre d’art ou devant ce chef-d’œuvre qu’est un visage humain… Carlo Maria Martini, envoyé comme évêque à Milan, intitula sa première lettre pastorale: «La dimension contemplative de la vie »: en effet, ceux qui vivent dans une grande ville, où tout – pouvons-nous dire – est artificiel, où tout est fonctionnel, risquent de perdre la capacité de contempler. Contempler n’est pas avant tout une manière d’agir, mais c’est une manière d’être: être contemplatif .
Etre contemplatifs ne dépend pas des yeux, mais du cœur. Et c’est là qu’entre en jeu la prière, comme acte de foi et d’amour, comme « souffle » de notre relation avec Dieu. La prière purifie le cœur et, avec celui-ci, elle éclaire également le regard, en permettant de saisir la réalité d’un autre point de vue. Le Catéchisme décrit cette transformation du cœur de la part de la prière en citant une célèbre phrase du saint curé d’Ars: «La contemplation est regard de foi, fixé sur Jésus. "Je L’avise et Il m’avise", disait, au temps de son saint curé, le paysan d’Ars en prière devant le Tabernacle […]. La lumière du regard de Jésus illumine les yeux de notre cœur; elle nous apprend à tout voir dans la lumière de sa vérité et de sa compassion pour tous les»  (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2715). Tout naît de là: d’un cœur qui se sent regardé avec amour. La réalité est alors contemplée avec des yeux différents.
“Je L’avise et Il m’avise!”. Il en est ainsi: dans la contemplation amoureuse, typique de la prière la plus intime, il n’y a pas besoin de beaucoup de mots: un regard suffit, il suffit d’être convaincus que notre vie est entourée d’un amour grand et fidèle dont rien ne pourra jamais nous séparer.
Jésus a été le maître de ce regard. Dans sa vie n’ont jamais manqué les temps, les espaces, les silences, la communion amoureuse qui permet à l’existence de ne pas être dévastée par les épreuves immanquables, mais de conserver sa beauté intacte. Son secret était la relation avec le Père céleste.
Pensons à l’événement de la Transfiguration. Les Evangiles situent cet épisode au moment critique de la mission de Jésus, quand grandissent autour de Lui la contestation et le refus. Même parmi ses disciples un grand nombre ne le comprennent pas et s’en vont; l’un des Douze couve des pensées de trahison. Jésus commence à parler ouvertement des souffrances et de la mort qui l’attendent à Jérusalem. C’est dans ce contexte que Jésus gravit une haute montagne avec Pierre, Jacques et Jean. L’Evangile de Marc dit: «Et il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent resplendissants, d'une telle blancheur qu'aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte» (9, 2-3). Précisément au moment où Jésus est incompris – ils s’en allaient, ils le laissaient seul parce qu’ils ne le comprenaient pas –, au moment où il est incompris, précisément quand tout semble s’obscurcir dans un tourbillon de malentendus, c’est là que resplendit une lumière divine. C’est la lumière de l’amour du Père, qui remplit le cœur du Fils et transfigure toute sa Personne.
Certains maîtres de spiritualité du passé ont entendu la contemplation comme étant opposée à l’action, et ils ont exalté ces vocations qui fuient le monde et ses problèmes pour se consacrer entièrement à la prière. En réalité, dans la personne de Jésus Christ et dans l’Evangile, il n’y a pas d’opposition entre contemplation et action, non. Dans l’Evangile, il n’y a pas de contradiction en Jésus. Peut-être est-elle venu de l’influence de quelque philosophe néoplatonicien, mais il s’agit surement d’un dualisme qui n’appartient pas au message chrétien.
Il y a un unique grand appel dans l’Evangile, et c’est celui à suivre Jésus sur la voie de l’amour. Tel est le sommet, tel est le centre de tout. Dans ce sens, charité et contemplation sont synonymes, elles disent la même chose. Saint Jean de la Croix soutenait qu’un petit acte d’amour pur est plus utile à l’Eglise que toutes les autres œuvres mises ensemble. Ce qui naît de la prière et non de la présomption de notre ego, ce qui est purifié par l’humilité, même s’il s’agit d’un acte d’amour aparté et silencieux, est le plus grand miracle qu’un chrétien puisse réaliser. Et telle est le chemin de la prière de contemplation:  Je L’avise et Il m’avise! Cet acte d’amour dans le dialogue silencieux avec Jésus fait beaucoup de bien à l’Eglise.




Catéchèse du 12 mai 2021
33. Le combat de la prière
Chers frères et sœurs, bonjour!
Je suis content de reprendre cette rencontre face à face, car je dois vous dire une chose: ce n’est pas agréable de parler quand il n’y a personne, devant une caméra. Ce n’est pas agréable. Et maintenant, après de nombreux mois, grâce au courage de Mgr Sapienza– qui a dit: “Non, nous la faisons là” – nous sommes réunis ici. Il est bien Mgr Sapienza! Et retrouver les gens, et vous retrouver, chacun avec sa propre histoire, des gens qui viennent de partout, d’Italie, des Etats-Unis, de Colombie, ensuite cette petite équipe de football de quatre jeunes frères suisses – je crois – qui sont là … quatre. Il manque la petite sœur, espérons qu’elle arrive … Et voir chacun de vous me fait plaisir, car nous sommes tous frères dans le Seigneur et nous regarder nous aide à prier l’un pour l’autre. Même les gens qui sont loin, mais qui deviennent toujours proche. L’immanquable sœur Geneviève qui vient du Lunapark, des gens qui travaillent: ils sont nombreux et ils sont tous ici. Merci pour votre présence et pour votre visite. Apportez le message du Pape à tous. Le message du Pape est que je prie pour tous, et je demande de prier pour moi unis dans la prière.
Et en parlant de prière, la prière chrétienne, comme toute la vie chrétienne, n’est pas une «promenade». Aucun des grands orants que nous rencontrons dans la Bible et dans l’histoire de l’Eglise n’a eu une prière «confortable».  Oui, oui on peut prier comme des perroquets – bla , bla, bla, bla, bla – mais ce n’est pas une prière. La prière apporte assurément une grande paix, mais à travers un combat intérieur, parfois dur, qui peut accompagner des périodes parfois longues de la vie. Prier n’est pas une chose facile et c’est pourquoi nous fuyons la prière. Chaque fois que nous voulons le faire, de nombreuses autres activités nous viennent immédiatement à l’esprit, qui à ce moment-là apparaissent plus importantes et plus urgentes. Cela m’arrive aussi : je vais prier un peu… Et non, je dois faire ceci et cela… Nous fuyons la prière, je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. Presque toujours, après avoir reporté la prière à plus tard, nous nous apercevons que ces choses n’étaient pas du tout essentielles, et que nous avons peut-être perdu du temps. L’Ennemi nous trompe ainsi.
Tous les hommes et les femmes de Dieu rapportent non seulement la joie de la prière, mais également la difficulté et la fatigue qu’elle peut procurer: à certains moments c’est une lutte dure que de tenir foi aux temps et aux modes de prière. Certains saints l’ont poursuivie pendant des années sans en éprouver aucun goût, sans en percevoir l’utilité. Le silence, la prière, la concentration sont des exercices difficiles, et quelquefois la nature humaine se rebelle. Nous préférerions être dans n’importe quelle autre partie du monde, mais pas là, sur ce banc de l’église en train de prier. Celui qui veut prier doit se rappeler que la foi n’est pas facile, et parfois elle avance dans une obscurité presque totale, sans points de référence. Il y a des moments de la vie de foi qui sont sombres et c’est pourquoi certains saints les appellent: «La nuit obscure», parce que l’on n’entend rien. Mais moi, je continue à prier.  
Le Catéchisme énumère une longue série d’ennemis de la prière, ceux qui rendent difficile de prier, qui mettent en difficulté (cf. nn. 2726-2728). Certains doutent qu’elle puisse vraiment atteindre le Tout-puissant: mais pourquoi Dieu est-il silencieux?  Si Dieu est Tout-puissant, il pourrait dire deux mots et mettre un terme à l’histoire. Devant la nature insaisissable du divin, d’autres ont le soupçon que la prière ne soit qu’une simple opération psychologique; une chose qui est peut-être utile, mais qui n’est pas vraie ni nécessaire: et on pourrait même être pratiquants sans être croyants. Et ainsi de suite, avec tant d’explications.
Les pires ennemis de la prière se trouvent cependant en nous. Le Catéchisme les appelle ainsi: «Découragement devant nos sécheresses, tristesse de ne pas tout donner au Seigneur, car nous avons "de grands biens" (cf. Mc 10, 22), déception de ne pas être exaucés selon notre volonté propre, blessure de notre orgueil qui se durcit sur notre indignité de pécheur, allergie à la gratuité de la prière» (n. 2728). Il s’agit clairement d’une liste sommaire, qui pourrait être allongée.
Que faire au moment de la tentation, quand tout semble vaciller? Si nous explorons l’histoire de la spiritualité, nous remarquons immédiatement que les maîtres de l’âme avaient bien clairement à l’esprit la situation que nous avons décrite. Pour la dépasser, chacun d’entre eux a offert une contribution: une parole de sagesse, ou bien une suggestion pour affronter les temps pavés de difficultés. Il ne s’agit pas de théories élaborées à un bureau, non, mais de conseils nés de l’expérience, qui montrent l’importance de résister et de persévérer dans la prière.
Il serait intéressant de passer en revue au moins certains de ces conseils, car chacun mérite d’être approfondi. Par exemple, les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola sont un livret de grande sagesse, qui enseigne à mettre de l’ordre dans sa propre vie. Il fait comprendre que la vocation chrétienne est le choix de militer, est la décision de se placer sous la bannière de Jésus Christ et pas sous celle du diable, en cherchant à faire le bien même quand cela devient difficile.
Dans les temps d’épreuve, il est bon de se rappeler que nous ne sommes pas seuls, que quelqu’un veille à nos côtés et nous protège. Saint Antoine abbé, fondateur du monachisme chrétien, en Egypte, affronta lui aussi des moments terribles, où la prière se transformait en dure lutte. Son biographe saint Athanase, évêque d’Alexandrie, raconte que l’un des pires épisodes arriva au saint ermite vers ses trente-cinq ans, un âge moyen qui comporte une crise pour beaucoup de personnes. Antoine fut troublé par cette épreuve, mais il résista. Quand il retrouva finalement sa sérénité, il s’adressa à son Seigneur sur un ton presque de reproche: «Où étais-tu? Pourquoi n’es-tu pas venu immédiatement pour mettre fin à mes souffrances?». Et Jésus répondit: «Antoine, j’étais là. Mais j’attendais de te voir combattre» (Vie d’Antoine, n. 10). Combattre dans la prière. Et très souvent la prière est un combat. Il me vient à l’esprit quelque chose que j’ai vécu de près, quand j’étais dans l’autre diocèse. Il y avait un couple qui avait une petite fille de neuf ans, atteinte d’une maladie que les médecins ne connaissaient pas. Et à la fin, à l’hôpital, le médecin dit à la mère: “Madame, appelez votre mari”. Et son mari était au travail; ils étaient ouvriers, ils travaillaient tous les jours. Et il a dit au père: “Votre fille ne passera pas la nuit. C’est une infection, nous ne pouvons rien faire”. Peut-être cet homme n’allait-il pas tous les jours à la Messe, mais il avait une grande foi. Il sortit en pleurant, il laissa sa femme avec la petite fille à l’hôpital, prit le train et parcourut  les soixante-dix kilomètres jusqu’à la basilique de la Vierge de Luján, la Patronne de l’Argentine. Et là – la basilique était déjà fermée, il était presque dix heures du soir – il s’accrocha aux grilles de la basilique et pria la Vierge toute la nuit, en combattant pour la santé de sa fille. Ce n’est pas une histoire inventée; je l’ai vu! Je l’ai vécu. Cet homme combattait. A la fin, à six heures du matin, dès l’ouverture de l’église il entra pour saluer la Vierge: toute la nuit à “combattre” et ensuite il rentra chez lui. Quand il arriva, il chercha sa femme, mais il ne la trouva pas et pensa: “Elle est partie. Non, la Vierge ne peut pas me faire ça”. Puis il la trouva souriante, qui disait: “Je ne sais pas ce qui s’est passé; le médecins me disent que les choses ont changé et que notre fille est à présent guérie”. En luttant avec la prière, cet homme a obtenu la grâce de la Vierge. La Vierge l’a écouté. Et j’ai vu cela: la prière fait des miracles, car la prière va précisément au cœur de la tendresse de Dieu qui nous aime comme un père. Et quand il ne nous accorde pas la grâce, il nous en fera une autre, que nous verrons ensuite avec le temps. Mais il faut toujours combattre dans la prière pour demander la grâce. Oui, parfois nous demandons une grâce dont nous avons besoin, mais nous la demandons comme ça, sans envie, sans combattre, mais ce n’est pas ainsi qu’on doit demander les choses sérieuses. La prière est un combat et le Seigneur est toujours avec nous.
Si dans un moment d’aveuglement nous ne réussissons pas à apercevoir sa présence, nous y arriverons à l’avenir. Nous répéterons nous aussi la même phrase que le patriarche Jacob prononça un jour: «En vérité, Yahvé est en ce lieu et je ne le savais pas!» (Gn 28,16). A la fin de notre vie, en regardant derrière nous, nous pourrons dire nous aussi: «Je pensais que j’étais seul, mais non, je ne l’étais pas: Jésus était avec moi». Nous pourrons tous dire cela.




Catéchèse du 19 mai 2021
34. Distraction, aridité, acédie
Chers frères et sœurs, bonjour!
En suivant le modèle du Catéchisme, au cours de cette catéchèse, nous nous référons à l'expérience vécue de la prière, en tentant d'en indiquer certaines difficultés, très communes, qui doivent être identifiées et surmontées. Prier n’est pas facile : il y a de nombreuses difficultés qui se présentent dans la prière. Il faut les connaître, les identifier et les surmonter.
Le premier problème qui se présente à celui qui prie est la distraction (cf. CEC, n. 2729). Tu commences à prier, puis ton esprit erre, erre, dans le monde entier ; ton cœur est là, l’esprit est là… La distraction de la prière. La prière coexiste souvent avec la distraction. En effet, l'esprit humain a du mal à s'arrêter longtemps sur une seule pensée. Nous faisons tous l’expérience de ce tourbillon constant d'images et d'illusions en mouvement constant, qui nous accompagne même pendant notre sommeil. Et nous savons tous qu'il n'est pas bon de céder à ce penchant désordonné.
Lutter pour gagner et maintenir la concentration ne concerne pas seulement la prière. Si l'on n'atteint pas un degré suffisant de concentration, on ne peut pas étudier avec profit ni même bien travailler. Les athlètes savent que les compétitions ne se remportent pas seulement avec l'entraînement physique, mais aussi avec la discipline mentale : surtout avec la capacité de rester concentrés et de maintenir vive l'attention.
Les distractions ne sont pas coupables, mais elles doivent être combattues. Dans le patrimoine de notre foi, il existe une vertu qui est souvent oubliée, mais qui est très présente dans l'Evangile. Elle s'appelle « vigilance ». Et Jésus le dit tant : « Veillez. Priez ». Le Catéchisme la cite de façon explicite dans son instruction sur la prière (cf. n. 2730). Souvent, Jésus rappelle les disciples au devoir d'une vie sobre, guidée par la pensée que tôt ou tard, Il reviendra, comme un époux des noces ou un maître d'un voyage. Mais ne connaissant ni l'heure, ni le jour de son retour, toutes les minutes de notre vie sont précieuses et ne doivent pas être perdues en distractions. A un moment que nous ignorons, la voix de notre Seigneur retentira : ce jour-là, bienheureux ces serviteurs qu'Il trouvera occupés, encore concentrés sur ce qui compte véritablement. Ils ne se sont pas dispersés en courant après toutes les attractions qui leur venaient à l'esprit, mais ils ont cherché à marcher sur la juste voie, en faisant le bien et en faisant leur devoir. Voilà la distraction : quand l’imagination tourne en rond, tourne en rond, tourne en rond… Sainte Thérèse appelait cette imagination qui erre, erre dans la prière, « la folle de la maison » : c’est comme une folle qui te fait tourner en rond, tourner en rond… Il nous faut l’arrêter et la mettre en cage, avec attention.
Le temps de la sécheresse mérite un discours à part. Le Catéchisme le décrit en ces termes : « Le cœur est sevré, sans goût pour les pensées, souvenirs et sentiments, même spirituels. C’est le moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l’agonie et au tombeau » (n. 2731). La sécheresse nous fait penser au Vendredi Saint, à la nuit et au Samedi Saint, toute la journée : Jésus n’est pas là, il est dans la tombe ; Jésus est mort : nous sommes seuls. Et cela est la pensée-mère de la sécheresse. Souvent, nous ne savons pas quelles sont les causes de la sècheresse : cela peut dépendre de nous-mêmes, mais aussi de Dieu, qui permet certaines situations de la vie extérieure ou intérieure. Ou, parfois, ce peut être un mal à la tête ou un mal au foie qui t’empêche d’entrer dans la prière. Souvent, nous ne connaissons pas bien la raison. Les maîtres spirituels décrivent l'expérience de la foi comme une alternance constante de temps de consolation et de désolation ; des moments où tout est facile, tandis que d'autres sont marqués par une grande pesanteur. Souvent, quand nous rencontrons un ami, nous disons : « Comment vas-tu ? » - « Aujourd’hui je suis déprimé ». Souvent, nous sommes « déprimés », c’est-à-dire que nous n’éprouvons pas de sentiments, nous ne trouvons pas de consolations, nous n’y arrivons pas. Ce sont ces jours gris… Et il y en a beaucoup, dans la vie ! Mais le danger est d’avoir le cœur gris : quand cette « déprime » arrive au cœur et le rend malade… Il y a des gens qui vivent avec le cœur gris. C’est terrible : on ne peut pas prier, on ne peut pas sentir la consolation avec le cœur gris ! Et on ne peut toujours avoir une sécheresse spirituelle avec un cœur gris. Le cœur doit être ouvert et lumineux, afin que la lumière du Seigneur y entre. Et si elle n’entre pas, il faut l’attendre avec espérance. Mais ne pas l’enfermer dans le gris.
Puis, une chose différente est l’acédie, un autre défaut, un autre vice, qui est une véritable tentation contre la prière et, plus généralement, contre la vie chrétienne. L'acédie est « une forme de dépression due au relâchement de l’ascèse, à la baisse de la vigilance, à la négligence du cœur » (CEC, n. 2733). C'est l'un des sept « péchés capitaux » parce que, alimenté par la présomption, il peut conduire à la mort de l'âme.
Comment faire, donc, dans cette succession d'enthousiasmes et de découragements ? Il faut apprendre à marcher toujours. Le véritable progrès de la vie spirituelle ne consiste pas à multiplier les extases, mais à être capables de persévérer dans les moments difficiles :  marche, marche, marche… Et si tu es fatigué, arrête-toi un peu et recommence à marcher. Mais avec persévérance. Rappelons la parabole de saint François sur la joie parfaite : ce n'est pas dans les fortunes infinies qui pleuvent du Ciel que l'on mesure la capacité d'un frère, mais dans le fait de marcher avec constance, même lorsque l'on n'est pas reconnu, même lorsque l'on est maltraité, même lorsque tout a perdu le goût des débuts. Tous les saints sont passés par cette « vallée obscure », et ne nous scandalisons pas si, en lisant leur journal, nous écoutons le compte-rendu de soirées de prière sans entrain, vécue sans goût. Il faut apprendre à dire : « Même si Toi, mon Dieu, sembles faire de tout pour que je cesse de croire en Toi, moi au contraire je continue à te prier ». Les croyants n'éteignent jamais la prière ! Parfois, elle peut ressembler à celle de Job, qui n'accepte pas que Dieu le traite de façon injuste, proteste et le prend à parti. Mais souvent, même protester devant Dieu est une façon de prier ou, comme disait cette petite vieille, « se mettre en colère contre Dieu est aussi une façon de prier », parce que souvent, le fils se met en colère contre son père : c’est un mode de relation avec le père ; parce qu’il le reconnaît comme « père », il se met en colère…
Et nous aussi, qui sommes beaucoup moins saints et patients que Job, nous savons qu'à la fin, au terme de ce temps de désolation, au cours duquel nous avons élevé au Ciel des cris muets et de nombreux « pourquoi ? », Dieu nous répondra. N’oubliez pas la prière du « pourquoi ? » : c’est la prière que font les enfants quand ils commencent à ne pas comprendre les choses et les psychologues l’appellent « l’âge des pourquoi », parce que l’enfant demande à son père : « Papa, pourquoi… ? Papa, pourquoi… ? Papa, pourquoi… ? Mais attention : l’enfant n’écoute pas la réponse du père. Le père commence à répondre et l’enfant arrive avec un autre pourquoi.  Il veut seulement attirer le regard de son père sur lui ; et quand nous nous mettons un peu en colère contre Dieu, et que nous commençons à demander des pourquoi, nous sommes en train d’attirer le cœur de notre Père vers notre misère, vers notre difficulté, vers notre vie. Mais oui, ayez le courage de dire à Dieu : « Mais pourquoi… ? ». Parce que parfois, se mettre un peu en colère fait du bien, parce que cela réveille ce rapport de fils à Père, de fille à Père, que nous devons avoir avec Dieu. Et Il recueillera même nos expressions les plus dures et les plus amères, avec l’amour d’un père et les considérera comme un acte de foi, comme une prière.




Catéchèse du 26 mai 2021
35. La certitude d'être entendus
Chers frères et sœurs, bonjour!
Il existe une contestation radicale de la prière, qui dérive d’une observation que nous faisons tous: nous prions, nous demandons, et pourtant nos prières semblent parfois ne pas être écoutées: ce que nous avons demandé – pour nous ou pour les autres – ne s’est pas réalisé. Nous vivons cette expérience, très souvent. Ensuite, si le motif pour lequel nous avons prié était noble (comme peut l’être l’intercession pour la santé d’un malade, ou pour que cesse une guerre), sa non réalisation nous paraît scandaleuse. Par exemple, pour les guerres: nous prions pour que finissent les guerres, ces guerres dans tant de parties du monde, pensons au Yémen, pensons à la Syrie. Des pays qui sont en guerre depuis des années, des années! Des pays martyrisés par les guerres, nous prions et elles ne finissent pas. Mais comment cela se fait-il? «Certains cessent même de prier parce que, pensent-ils, leur demande n’est pas exaucée» (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2734). Mais si Dieu est le Père, pourquoi ne nous écoute-t-il pas? Lui qui a assuré qu’il donnait de bonnes choses à ses enfants qui le lui demandent (cf. Mt 7,10), pourquoi ne répond-il pas à nos requêtes? Nous avons tous des expériences de ce genre : nous avons prié, prié, pour la maladie de cet ami, de ce père, de cette mère, et ensuite ils sont partis, Dieu ne nous a pas exaucés. C'est une expérience que nous avons tous faite.
Le Catéchisme nous offre une bonne synthèse sur cette question. Il nous met en garde contre le risque de ne pas vivre une authentique expérience de foi, mais de transformer la relation avec Dieu en quelque chose de magique. La prière n'est pas une baguette magique: c'est un dialogue avec le Seigneur. En effet, quand nous prions, nous pouvons tomber dans le risque que ce ne soit pas nous qui servons Dieu, mais de prétendre que ce soit Lui qui nous serve (cf. n. 2735). Voilà alors une prière qui réclame toujours, qui veut orienter les événements selon notre dessein, qui n’admet pas d’autres projets que nos désirs. Jésus a eu, en revanche, une grande sagesse en mettant sur nos lèvres le « Notre Père ». C’est uniquement une prière de demandes, comme nous le savons, mais les premières que nous prononçons sont entièrement du côté de Dieu. Elles demandent que se réalise non pas notre projet, mais sa volonté à l’égard du monde. Il vaut mieux Le laisser faire: «Que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite» (Mt 6, 9-10).
Et l’apôtre Paul nous rappelle que nous ne savons même pas ce qu’il convient de demander (cf. Rm 8, 26). Nous demandons pour nos nécessités, nos besoins, les choses que nous voulons, «mais cela est mieux pour nous ou pas?». Paul nous dit : nous ne savons même pas ce qu'il convient de demander. Quand nous prions, nous devons être humbles : c'est la première attitude pour aller prier. De même qu'il y a l'habitude dans de nombreux endroits, où pour aller prier à l'église, les femmes se mettent le voile, ou bien de prendre l'eau bénite pour commencer à prier, nous devons réfléchir avant la prière à ce qui convient le plus afin que Dieu me donne ce qui convient le plus: Lui le sait. Quand nous prions nous devons être humbles,  pour que nos paroles soient effectivement des prières et non un verbiage que Dieu refuse. On peut également prier pour de mauvais motifs: par exemple, pour vaincre notre ennemi en guerre, sans se demander ce que Dieu pense de cette guerre. Il est facile d’écrire sur un étendard “Dieu est avec nous”; de nombreuses personnes sont soucieuses d’assurer que Dieu soient avec elles, mais peu d’entre elles se préoccupent de vérifier si elles sont effectivement avec Dieu. Dans la prière, c’est Dieu qui doit nous convertir, ce n’est pas nous qui devons convertir Dieu. C'est l'humilité. Je vais prier, mais Toi, Seigneur, convertis mon cœur pour qu'il demande ce qui convient, qu'il demande ce qui sera le mieux pour ma santé spirituelle.
Toutefois,  le scandale demeure : quand les hommes prient avec un cœur sincère, quand ils demandent des biens qui correspondent au Royaume de Dieu, quand une mère prie pour son enfant malade, pourquoi semble-t-il parfois que Dieu n’écoute pas? Pour répondre à cette question, il faut méditer calmement les Evangiles. Les récits de la vie de Jésus sont pleins de prières: de nombreuses personnes blessées dans leur corps et dans leur esprit lui demandent d’être guéries; il y a celui qui le prie pour un ami qui ne marche plus ; il y a des pères et des mères qui lui amènent leurs garçons et leurs filles malades... Toutes ces prières sont imprégnées de souffrance. C’est un immense chœur qui invoque: “Aie pitié de nous!”.
Nous voyons que la réponse de Jésus est parfois immédiate, dans d’autres cas, en revanche, elle est différée dans le temps: il semble que Dieu ne répond pas.  Pensons à la femme cananéenne qui supplie Jésus pour sa fille: cette femme doit insister longuement pour être exaucée (cf. Mt 15, 21-28). Elle a aussi l'humilité d'écouter une parole de Jésus qui semble un peu offensante: nous ne devons pas jeter le pain aux chiens, aux petits chiens. Mais l'humiliation importe peu à cette femme: c'est la santé de sa fille qui importe. Et elle continue: «Oui, les petits chiens aussi mangent ce qui tombe de la table», et cela a plu à Jésus. Le courage dans la prière. Ou bien pensons au paralytique porté par ses quatre amis: au début Jésus pardonne ses péchés et ce n’est que dans un deuxième temps qu’il le guérit dans son corps (cf. Mc 2,1-12). Dans certaines occasions, la solution du drame n’est donc pas immédiate. Même dans notre vie, chacun de nous fait cette expérience. Ayons un peu de mémoire: combien de fois avons-nous demandé une grâce, un miracle, disons-le ainsi, et rien ne s'est produit. Ensuite, avec le temps, les choses se sont arrangées, mais à la manière de Dieu, la manière divine, pas selon ce que nous voulions à ce moment-là. Le temps de Dieu n'est pas notre temps.
De ce point de vue, la guérison de la fille de Jaïre mérite une attention particulière (cf. Mc 5,21-33). Il y a un père qui court haletant: sa fille est malade et c’est pour cette raison qu’il demande l’aide de Jésus. Le Maître accepte immédiatement, mais pendant qu’ils vont vers la maison, une autre guérison se produit, et ensuite arrive la nouvelle que la petite fille est morte. Cela semble la fin, en revanche Jésus dit au Père: «Sois sans crainte, aie seulement la foi!» (Mc 5, 36). “Continue à avoir la foi ”: car c’est la foi qui soutient la prière. Et en effet, Jésus réveillera cette petite fille du sommeil de la mort. Mais pendant un certain temps Jésus a dû marcher dans l’obscurité, avec seulement la petite flamme de la foi. Seigneur, donne-moi la foi! Que ma foi grandisse! Demander cette grâce, d'avoir la foi. Dans l'Evangile, Jésus dit que la foi déplace les montagnes. Mais avoir vraiment la foi. Jésus, devant la foi de ses pauvres, de ses hommes, tombe vaincu, il ressent une tendresse spéciale devant cette foi. Et il écoute.
La prière que Jésus adresse au Père au Gethsémani semble elle aussi ne pas être écoutée. «Père, si cela est possible, éloigne de moi ce qui m'attend». Il semble que le Père ne l'a pas écouté. Le Fils devra boire jusqu’à la lie le calice de la passion. Mais le Samedi saint n’est pas le chapitre final, car le troisième jour, c'est-à-dire le dimanche, il y a la résurrection. Le mal est le seigneur de l'avant-dernier jour: rappelez-vous bien de cela. Le mal n'est jamais un seigneur du dernier jour, non: de l'avant-dernier, le moment où la nuit est la plus sombre, précisément avant l'aurore. Là, lors de l'avant-dernier jour, il y a la tentation où le mal nous fait croire qu'il a vaincu: «Tu as vu? J'ai gagné!». Le mal est le seigneur de l'avant-dernier jour: le dernier jour, il y a la résurrection. Mais le mal n'est jamais le seigneur du dernier jour: Dieu est le Seigneur du dernier jour.  Car celui-ci n’appartient qu’à Dieu, et c’est le jour où s’accompliront toutes les aspirations humaines de salut. Apprenons cette patience humble d'attendre la grâce du Seigneur, attendre le dernier jour. Très souvent l'avant-dernier jour est très laid, car les souffrances humaines sont laides. Mais le Seigneur est là le dernier jour et Il résout tout.




Catéchèse du 2 juin 2021
36. Jésus modèle et âme de chaque prière
Chers frères et sœurs, bonjour!
Les Evangiles nous montrent combien la prière a été fondamentale dans la relation de Jésus avec ses disciples. Cela apparaît déjà dans le choix de ceux qui deviendront ensuite les apôtres. Luc inscrit leur élection dans un contexte précis de prière et il dit cela: «Or il advint, en ces jours-là, qu'il s'en alla dans la montagne pour prier, et il passait toute la nuit à prier Dieu. Lorsqu'il fit jour, il appela ses disciples et il en choisit douze, qu'il nomma apôtres» (6,12-13). Jésus les choisit après une nuit de prière. Il semble qu’il n’y ait pas d’autre critère dans ce choix que la prière, le dialogue de Jésus avec le Père. Si l’on juge la manière dont se comporteront ensuite ces hommes, il semble que le choix n’ait pas été des meilleurs car ils ont tous fui, ils l’ont laissé seul avant la Passion; mais c’est précisément cela, en particulier la présence de Judas, le futur traître,  qui démontre que ces noms étaient inscrits dans le dessein de Dieu.
La prière en faveur de ses amis réapparaît constamment dans la vie de Jésus. Les apôtres deviennent quelquefois un motif de préoccupation pour lui, mais Jésus, de même qu’il les a reçus du Père, après la prière, les porte de la même façon dans son cœur, également dans leurs erreurs, également dans leurs chutes. Dans tout cela, nous découvrons que Jésus a été un maître et un ami, toujours disponible à attendre avec patience la conversion du disciple. Le sommet le plus élevé de cette attente patiente est la “toile” d’amour que Jésus tisse autour de Pierre. Lors de la Dernière Cène, il lui dit: «Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment;  mais moi j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères» (Lc 22, 31-32). Il est impressionnant de savoir qu’au moment de la faiblesse, à ce moment-là, l’amour de Jésus ne cesse pas – «Mais père, si je suis dans un état de péché mortel, l’amour de Jésus est-il là?» - Oui -  Et Jésus continue-t-il à prier pour moi ? – Oui – Mais si j’ai fait des choses très laides et commis de nombreux péchés, Jésus continue-t-il à m’aimer ? – Oui». L’amour et la prière de Jésus pour chacun de nous ne cessent pas, ils deviennent même plus intenses et nous sommes au centre de sa prière! Nous devons toujours nous souvenir de cela: Jésus prie pour moi, il prie maintenant devant le Père et il lui fait voir les plaies qu’il a apportées avec lui, pour faire voir au Père le prix de notre salut, c’est l’amour qu’il nourrit pour nous. Mais en ce moment, chacun de nous pense: en ce moment Jésus est-il en train de prier pour moi ? Oui. C’est une grande certitude que nous devons avoir.
La prière de Jésus revient ponctuellement à un moment crucial de son chemin, celui de la vérification de la foi des disciples. Ecoutons encore l’évangéliste Luc: «Et il advint, comme il était à prier, seul, n'ayant avec lui que les disciples, qu'il les interrogea en disant: "Qui suis-je, au dire des foules?" Ils répondirent: "Jean le Baptiste; pour d'autres, Elie; pour d'autres, un des anciens prophètes est ressuscité". "Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je?". Pierre répondit au nom de tous: " Le Christ de Dieu". Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne» (9,18-21). Les grandes étapes de la mission de Jésus sont toujours précédées par une prière, non pas en passant, mais par une prière intense, prolongée. Dans ces moments-là, il y a toujours la prière. Cette vérification de la foi semble une ligne d’arrivée et, en revanche, elle est un point de départ renouvelé pour les disciples, car dorénavant c’est comme si Jésus franchissait un cap dans sa mission, en leur parlant ouvertement de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.
Dans cette perspective, qui suscite instinctivement la répulsion, aussi bien chez les disciples qu’en nous qui lisons l’Evangile, la prière est la seule source de lumière et de force. Il faut prier plus intensément chaque fois que la route commence à monter.
Et en effet, après avoir annoncé à ses disciples ce qui l’attend à Jérusalem, a lieu l’épisode de la Transfiguration. «Prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. Et il advint, comme il priait, que l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d'une blancheur fulgurante. Et voici que deux hommes s'entretenaient avec lui: c'étaient Moïse et Elie qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu'il allait accomplir à Jérusalem» (Lc 9, 28-31), c’est-à-dire la passion. Cette manifestation anticipée de la gloire de Jésus a donc eu lieu dans la prière, alors que le Fils de Dieu était plongé dans la communion avec le Père et consentait pleinement à sa volonté d’amour, à son dessein de salut. Et de cette prière émerge une parole claire pour les trois disciples concernés: «Celui-ci est mon Fils, l'Elu, écoutez-le» (Lc 9, 35). C’est de la prière que vient l’invitation à écouter Jésus, toujours de la prière.
De ce parcours rapide à travers l’Evangile, il ressort que Jésus veut non seulement que nous priions comme Il prie, mais qu’il nous assure que, même si nos tentatives de prière étaient complètement vaines et inefficaces, nous pouvons toujours compter sur sa prière. Nous devons être conscients: Jésus prie pour moi. Une fois, un brave évêque me raconta qu’à un moment très difficile de sa vie et d’une grande épreuve, un moment d’obscurité, il regarda vers le haut dans la basilique et il vit cette phrase écrite: «Moi, Pierre, je prierai pour toi». Et cela lui a donné force et réconfort. Et cela arrive à chaque fois que l’un de nous sait que Jésus prie pour lui. Jésus prie pour nous. En ce moment, en ce moment. Faites l’exercice de mémoire de répéter cela. Quand il y a une difficulté, quand vous êtes pris par les distractions: Jésus est en train de prier pour vous. Mais père, est-ce que c’est vrai? C’est vrai, il l’a dit lui-même. N’oublions pas que ce qui soutient chacun de nous dans la vie est la prière de Jésus pour chacun de nous, avec son prénom, son nom, devant le Père, en lui faisant voir les plaies qui sont le prix de notre salut.
Même si nos prières n’étaient que des balbutiements, si elles étaient compromises pas une foi vacillante, nous ne devons jamais cesser d’avoir confiance en Lui; je ne sais pas prier, mais Lui prie pour moi. Soutenues par la prière de Jésus, nos prières timides s’appuient sur des ailes d’aigles et s’élèvent jusqu’au Ciel. N’oubliez pas: Jésus est en train de prier pour moi – Maintenant? – Maintenant. Au moment de l’épreuve, au moment du péché, également à ce moment-là, Jésus est en train de prier pour moi, avec beaucoup d’amour.

Je salue cordialement les personnes de langue française. En ces temps difficiles, je vous invite à prier pour les personnes qui doutent et à témoigner près d’elles que Jésus ne nous abandonne jamais et ne cesse pas d’intercéder pour nous auprès du Père. Et que Dieu vous bénisse !