Catéchèse sur la vieillesse - 12. « Ne m'abandonne pas alors que décline ma vigueur » (Ps 71(70),9)
Chers frères et sœurs, bonjour !
La belle prière de la personne âgée que nous trouvons dans le psaume 70 que nous avons écouté, nous encourage à méditer sur la forte tension qui habite la condition de la vieillesse, quand le souvenir des labeurs surmontés et des bienfaits reçus est mis à l'épreuve de la foi et de l'espérance.
L'épreuve se présente avec la faiblesse qui accompagne le passage par la fragilité et la vulnérabilité de la vieillesse. Et le psalmiste - un homme âgé qui se tourne vers le Seigneur - mentionne explicitement le fait que ce processus devient une occasion d'abandon, de tromperie, de prévarication et d'abus qui s’acharnent sur la personne âgée. Une forme de lâcheté dans laquelle notre société est en train de se spécialiser. C'est vrai ! Dans cette société du déchet, cette culture du déchet, les personnes âgées sont mises à l'écart et souffrent de ces choses. Il ne manque pas, en effet, des gens qui profitent de l'âge de la personne âgée, pour la tromper, pour l’intimider de mille manières. Nous lisons souvent dans les journaux ou entendons des nouvelles de personnes âgées qui sont escroquées sans scrupules afin de s'emparer de leurs économies ; ou qui sont laissées sans protection ou et abandonnées sans soins ; ou qui sont blessées par des formes de mépris et intimidées pour qu'elles renoncent à leurs droits Même dans les familles - et c'est grave - de telles cruautés se produisent mème dans les familles. Les personnes âgées sont mises à l'écart, abandonnées dans les maisons de retraite, sans que leurs enfants leur rendent visite, ou s'ils y vont, ils y vont si peu de fois par an. Les personnes âgées se retrouvent mises au coin de l'existence. Et cela arrive : cela arrive aujourd'hui, cela arrive dans les familles, cela arrive tout le temps. Nous devons y réfléchir.
La société toute entière doit s’empresser de s'occuper de ses personnes âgées - qui sont le trésor ! -, toujours plus nombreuses et souvent encore plus abandonnées. Lorsque nous entendons parler de personnes âgées dépossédées de leur autonomie, de leur sécurité, voire de leur domicile, nous comprenons que l'ambivalence de la société actuelle à l'égard de la vieillesse n'est pas un problème d'urgences ponctuelles, mais un trait de cette culture du déchet qui empoisonne le monde dans lequel nous vivons. Le vieillard du psaume confie à Dieu son découragement : « mes ennemis - dit-il- parlent contre moi, / ils me surveillent et se concertent. / Ils disent : « Dieu l'abandonne ! / Traquez-le, empoignez-le, il n'a pas de défenseur ! » (vv.10-11). Les conséquences sont fatales. La vieillesse non seulement perd sa dignité, mais on doute même qu'elle vaille la peine d’être vécue. Ainsi, nous sommes tous tentés de cacher notre vulnérabilité, de dissimuler notre maladie, notre âge, et notre vieillesse, puisque nous craignons que ce soit l'antichambre de notre perte de dignité. Demandons-nous : est-ce humain d'induire ce sentiment ? Comment se fait-il que la civilisation moderne, si avancée et efficace, soit si mal à l'aise avec la maladie et la vieillesse, cache la maladie, cache la vieillesse ? Et comment se fait-il que la politique, tant attachée à définir les limites d'une survie digne, soit en même temps insensible à la dignité d'une cohabitation affectueuse avec les personnes âgées et celles malades ?
Le vieillard du psaume que nous avons entendu, ce vieillard qui voit sa vieillesse comme une défaite, redécouvre la confiance dans le Seigneur. Il ressent le besoin d'être aidé. Et il se tourne vers Dieu. Saint Augustin, commentant ce psaume, exhorte le vieillard : « Ne crains pas d'être abandonné dans ta vieillesse. […] Pourquoi crains-tu que [le Seigneur] t’abandonne, qu'il te rejette au temps de la vieillesse, quand tes forces faiblissent ? En effet, c'est à ce moment-là que sa force sera en toi, quand la tienne fera défaut » (PL 36, 881-882). Et le vieux psalmiste d'invoquer : « défends-moi, libère-moi, / tends l'oreille vers moi, et sauve-moi. / Sois le rocher qui m'accueille, / toujours accessible ; / tu as résolu de me sauver : / ma forteresse et mon roc, c'est toi ! (vv. 2-3). L'invocation témoigne de la fidélité de Dieu et met en cause sa capacité à secouer les consciences détournées par l'insensibilité à la parabole de la vie mortelle, qui doit être préservée dans son intégrité. Il prie encore ainsi : « Ô Dieu, ne sois pas loin de moi ; / mon Dieu, viens vite à mon secours ! / Qu'ils soient humiliés, anéantis, ceux qui se dressent contre moi ; / qu'ils soient couverts de honte et d'infamie, ceux qui veulent mon malheur ! » (vv. 12-13).
En effet, la honte devrait tomber sur ceux qui profitent de la faiblesse de la maladie et de la vieillesse. La prière renouvelle dans le cœur de la personne âgée la promesse de la fidélité et de la bénédiction de Dieu. La personne âgée redécouvre la prière et témoigne de sa puissance. Jésus, dans les Évangiles, ne rejette jamais la prière de ceux qui ont besoin d'aide. Les personnes âgées, en raison de leur faiblesse, peuvent enseigner à ceux qui sont à d'autres âges de la vie que tous nous avons besoin de nous abandonner au Seigneur, d'invoquer son aide. En ce sens, nous devons tous apprendre de la vieillesse : oui, il y a un don dans le fait d'être vieux, compris comme l'abandon de soi aux soins des autres, à commencer par Dieu lui-même.
Il existe donc un "magistère de la fragilité", ne pas cacher ses faiblesses, non. Elles sont vraies, c'est une réalité et il y a un magistère de la fragilité, que la vieillesse est en mesure de nous rappeler de manière crédible tout au long de la vie humaine. Ne pas cacher la vieillesse, ne pas cacher les fragilités de la vieillesse. C'est une leçon pour nous tous. Ce magistère ouvre un horizon décisif pour la réforme de notre propre civilisation. Une réforme désormais indispensable pour le bien de la cohabitation de tous. La marginalisation des personnes âgées, tant au niveau conceptuel que pratique, corrompt toutes les saisons de la vie, et pas seulement celle de la vieillesse. Chacun d'entre nous peut penser aujourd'hui aux personnes âgées de la famille : comment est-ce que j’entretiens des relations avec elles, est-ce que je me souviens d'elles, est-ce que je leur rends visite ? Est-ce que je veille à ce que rien ne leur manque ? Est-ce que je les respecte ? Les personnes âgées qui sont dans ma famille, maman, papa, grand-père, grand-mère, oncles, tantes, amis, est-ce que je les efface de ma vie ? Ou est-ce que je vais vers elles pour trouver la sagesse, la sagesse de la vie ? N'oublie pas que toi aussi, ta vieillesse arrivera. La vieillesse arrive pour tout le monde. Et de la même manière dont tu aimerais être traité au moment de la vieillesse, traite les personnes âgées aujourd'hui. Ils sont la mémoire de la famille, la mémoire de l'humanité, la mémoire du pays. Prendre soin des anciens qui sont la sagesse. Que le Seigneur accorde aux personnes âgées qui font partie de l'Église la générosité de cette invocation et de cette provocation. Que cette confiance dans le Seigneur nous contamine. Et ce, pour le bien de tous, d'eux, de nous et de nos enfants.
Catéchèse sur la vieillesse - 13. Nicodème. « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? » (Jn 3, 4)
Chers frères et sœurs, bonjour !
Parmi les personnages âgés les plus remarquables des Évangiles il y a Nicodème - un notable des Juifs - qui, désireux de connaître Jésus, mais en secret se rendit chez lui la nuit (cf. Jn 3, 1-21). Dans la conversation de Jésus avec Nicodème, émerge le cœur de la révélation de Jésus et de sa mission rédemptrice, lorsqu'il dit : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (v. 16).
Jésus dit à Nicodème que pour "voir le règne de Dieu", il faut "naître d'en haut" (cf. v. 3). Il ne s'agit pas de renaître, de répéter notre venue au monde, en espérant qu'une nouvelle réincarnation nous rouvrira la possibilité d'une vie meilleure. Cette répétition n'a pas de sens. Au contraire, elle viderait la vie que nous avons vécue de tout sens, l'effaçant comme s'il s'agissait d'une expérience ratée, d'une valeur périmée, d'un vide gaspillé. Non, ce n'est pas cela, cette nouvelle naissance dont parle Jésus : c'est autre chose. Cette vie est précieuse aux yeux de Dieu : elle nous identifie comme des créatures aimées par Lui avec tendresse. La "naissance d'en haut", qui nous permet d'"entrer" dans le règne de Dieu, est une génération dans l'Esprit, un passage à travers les eaux vers la terre promise d'une création réconciliée avec l'amour de Dieu. C'est une renaissance d'en haut, avec la grâce de Dieu. Il ne s'agit pas de renaître physiquement une autre fois.
Nicodème se méprend sur cette naissance, et met en cause la vieillesse comme preuve évidente de son impossibilité : l'être humain vieillit inévitablement, le rêve d’une jeunesse éternelle s’éloigne définitivement, l’usure est le port d’arrivée de toute naissance dans le temps. Comment peut-on imaginer un destin sous la forme d'une naissance ? Nicodème pense ainsi et ne trouve pas le moyen de comprendre les paroles de Jésus. Cette renaissance, qu'est-ce que c'est ?
L'objection de Nicodème est très instructive pour nous. En effet, nous pouvons la renverser, à la lumière de la parole de Jésus, pour y découvrir une mission propre à la vieillesse. En effet, la vieillesse non seulement n'est pas un obstacle à la naissance d'en haut dont parle Jésus, mais elle devient le moment opportun pour l'illuminer, en la libérant du malentendu d'une espérance perdue. Notre époque et notre culture, qui révèlent une tendance inquiétante à considérer la naissance d'un enfant comme une simple question de production et de reproduction biologique de l'être humain, cultivent ensuite le mythe de l’éternelle jeunesse comme l'obsession - désespérée – d’une chair incorruptible. Pourquoi la vieillesse est-elle - à bien des égards - dépréciée ? Parce qu'elle porte la preuve irréfutable qui récuse ce mythe, qui voudrait nous faire retourner dans le ventre de la mère, pour être éternellement jeunes de corps.
La technique se laisse allécher par ce mythe à tous égards : en attendant de vaincre la mort, nous pouvons maintenir le corps en vie grâce aux médicaments et aux cosmétiques, qui ralentissent, cachent, annulent la vieillesse. Bien sûr, une chose est le bien-être, une autre est l'alimentation des mythes. Il est cependant indéniable que la confusion entre les deux nous cause une certaine confusion mentale. Confondre le bien-être avec l'alimentation du mythe de l'éternelle jeunesse. On en fait tant pour retrouver cette jeunesse : tant de maquillages, tant de chirurgies pour paraître jeunes. Je me souviens des paroles d'une sage actrice italienne, Magnani, lorsqu'on lui a dit qu'il lui fallait enlever les rides et qu’elle répondit : "Non, ne les touchez pas ! Il a fallu tant d'années pour les obtenir : ne les touchez pas !". C’est ainsi : les rides sont un symbole d'expérience, un symbole de la vie, un symbole de la maturité, un symbole du chemin parcouru. Ne les touchez pas pour devenir jeunes, mais jeunes de visage : ce qui compte, c'est toute la personnalité, ce qui compte, c'est le cœur, et le cœur reste avec cette jeunesse du bon vin, qui plus il vieillit, plus se bonifie.
La vie dans la chair mortelle est une très belle chose "inachevée" : comme certaines œuvres d'art qui, précisément dans leur incomplétude, ont un charme unique. Parce que la vie ici-bas est une "initiation", pas un accomplissement : nous venons au monde comme ça, en tant que personnes réelles, comme des personnes qui avancent en âge, mais restent toujours authentiques. Mais la vie dans la chair mortelle est un espace et un temps trop fugaces pour garder intacte et mener à son terme la partie la plus précieuse de notre existence dans le temps du monde. La foi, qui accueille l'annonce évangélique du règne de Dieu auquel nous sommes destinés, a un premier effet extraordinaire, dit Jésus. Elle nous permet de "voir" le règne de Dieu. Nous devenons capables de voir réellement les nombreux signes de notre espérance d'accomplissement pour ce qui, dans notre vie, porte le signe de la destination pour l'éternité de Dieu.
Ce sont les signes de l'amour évangélique, illuminé à bien des égards par Jésus. Et si nous pouvons les "voir", nous pouvons aussi "entrer" dans le règne, avec le passage de l'Esprit par l'eau qui régénère.
La vieillesse est la condition, accordée à beaucoup d'entre nous, dans laquelle le miracle de cette naissance d'en haut peut être intimement assimilé et devenir crédible pour la communauté humaine : elle ne communique pas la nostalgie de la naissance dans le temps, mais l'amour pour la destination finale. Dans cette perspective, la vieillesse a une beauté unique : nous marchons vers l'Éternité. Personne ne peut réintégrer le ventre de la mère, pas même son substitut technologique et consumériste. Cela ne confère pas la sagesse, cela ne mène pas à un chemin accompli, c'est artificiel. Ce serait triste, même si c'était possible. Le vieil homme marche en avant, le vieil homme marche vers la destination, vers le ciel de Dieu, le vieil homme marche avec la sagesse de toute une vie. La vieillesse est donc un moment privilégié pour libérer l’avenir de l'illusion technocratique d’une survie biologique et robotique, mais surtout parce qu'elle ouvre à la tendresse du sein créateur et générateur de Dieu. Ici, je voudrais insister sur ce mot : la tendresse des personnes âgées. Observez un grand-père ou une grand-mère, comment ils regardent leurs petits-enfants, comment ils caressent leurs petits-enfants : cette tendresse, libre de toute épreuve humaine, qui a surmonté les épreuves humaines et qui est capable de donner gratuitement l'amour, la proximité amoureuse de l'un pour les autres. Cette tendresse ouvre la porte pour comprendre la tendresse de Dieu. N'oublions pas que l'Esprit de Dieu est proximité, compassion et tendresse. Dieu est ainsi, il sait comment caresser. Et la vieillesse nous aide à comprendre cette dimension de Dieu qu'est la tendresse. La vieillesse est le moment privilégié pour libérer l'avenir de l'illusion technocratique, c'est le moment de la tendresse de Dieu qui crée, trace un chemin pour nous tous. Que l'Esprit nous accorde la réouverture de cette mission spirituelle - et culturelle - de la vieillesse, qui nous réconcilie avec la naissance d'en haut. Lorsque nous pensons à la vieillesse de cette manière, nous nous disons alors : comment se fait-il que cette culture du déchet décide de se débarrasser des personnes âgées, en les considérant comme non utiles ? Les personnes âgées sont les messagers de l'avenir, les personnes âgées sont les messagers de la tendresse, les personnes âgées sont les messagers de la sagesse d'une vie assumée. Allons-y de l’avant et ayons de la considération à l’égard des personnes âgées.
Catéchèse sur la vieillesse - 14. Le service joyeux de la foi qui s’apprend dans la gratitude (cf. Mc 1,29-31)
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous avons entendu le récit simple et touchant de la guérison de la belle-mère de Simon - qui ne s'appelle pas encore Pierre - dans la version de l'évangile de Marc. Ce court épisode est rapporté, avec des variations légères mais frappantes, dans les deux autres évangiles synoptiques. « La belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre », écrit Marc. Nous ne savons pas s'il s'agissait d'une maladie bénigne, mais dans la vieillesse, même une simple fièvre peut être dangereuse. Quand on est vieux, on ne contrôle plus son corps. Il faut apprendre à choisir quoi faire et ne pas faire. La vigueur du corps faiblit et nous abandonne, même si notre cœur ne cesse de désirer. Il faut alors apprendre à purifier le désir : être patient, choisir ce que l'on demande au corps, et à la vie. Quand on est vieux, on ne peut pas faire la même chose que quand on était jeune : le corps a un rythme différent, et il faut écouter le corps et accepter ses limites. Nous en avons tous. Même moi, je dois utiliser le bâton maintenant.
La maladie pèse sur les personnes âgées d'une manière différente et nouvelle que lorsqu'on est jeune ou adulte. C'est comme un coup dur qui tombe sur un moment déjà difficile. La maladie du vieillard semble hâter la mort et, en tout cas, diminuer ce temps à vivre que nous considérons déjà comme court. Le doute s'insinue dans l'idée que nous ne nous en remettrons pas, que "cette fois-ci, ce sera la dernière fois que je serai malade...", et ainsi de suite : ces idées viennent... On n’arrive pas à rêver l’espérance d’un avenir qui semble désormais inexistant. Un célèbre écrivain italien, Italo Calvino, a noté l'amertume des personnes âgées qui souffrent de la perte des choses du passé, plus qu'ils ne profitent de l'arrivée des nouveautés. Cependant, la scène évangélique que nous venons d'entendre nous aide à espérer et nous offre déjà un premier enseignement : Jésus ne va pas tout seul rendre visite à cette vieille femme malade, il s'y rend avec les disciples. Et cela nous fait un peu réfléchir.
C'est précisément la communauté chrétienne qui doit prendre soin des personnes âgées : parents et amis, mais la communauté. La visite aux personnes âgées doit se faire à plusieurs, ensemble et souvent. Nous ne devrions jamais oublier ces trois lignes de l'Évangile. D'autant plus qu'aujourd'hui, le nombre de personnes âgées a considérablement augmenté, également à la proportion de jeunes, car nous sommes dans cet hiver démographique, moins d'enfants naissent et il y a beaucoup de personnes âgées et peu de jeunes. Nous devons assumer la responsabilité de rendre visite aux personnes âgées qui sont souvent seules et les présenter au Seigneur avec notre prière. Jésus lui-même nous enseignera comment les aimer. « Une société est véritablement accueillante à l’égard de la vie quand elle reconnaît qu’elle est précieuse même avec l’âge, dans le handicap, dans la maladie grave et même au moment de s’éteindre » (Message à l'Académie Pontificale pour la Vie, 19 février 2014). La vie est toujours précieuse. Jésus, lorsqu'il voit la vieille femme malade, il la prend par la main et la guérit : le même geste qu'il fait pour ressusciter la jeune femme morte : il la prend par la main et la fait se lever, la guérit en la remettant sur pieds. Jésus, par ce geste tendre d'amour, donne la première leçon aux disciples : C’est-à-dire que le salut s’annonce ou, mieux, se communique à travers l'attention portée à cette personne malade ; et la foi de cette femme resplendit dans la gratitude pour la tendresse de Dieu qui s'est penchée sur elle. Je reviens à un thème que j'ai répété dans ces catéchèses : cette culture du déchet semble supprimer les personnes âgées. Oui, elle ne les tue pas, mais socialement elle les supprime, comme s'ils étaient un fardeau à porter : il vaut mieux les cacher. C'est une trahison de notre humanité, c'est la chose la plus vile, c'est sélectionner la vie en fonction de l'utilité, en fonction de la jeunesse et non avec la vie telle qu'elle est, avec la sagesse des personnes âgées, avec les limites des personnes âgées. Les personnes âgées ont tant à nous donner : c’est la sagesse de la vie. Ils ont tant à nous enseigner : c'est pourquoi nous devons aussi apprendre aux enfants à s'occuper de leurs grands-parents et à fréquenter leurs grands-parents. Le dialogue entre les jeunes et les grands-parents, les enfants et les grands-parents est fondamental pour la société, il est fondamental pour l'Église, il est fondamental pour la santé de la vie. Là où il n'y a pas de dialogue entre jeunes et vieux, quelque chose manque et il en résulte une génération sans passé, c'est-à-dire sans racines.
Si la première leçon a été donnée par Jésus, la seconde nous est donnée par cette femme âgée, qui "se leva et se mit à les servir”. Même comme personne âgée, on peut, voire on doit, servir la communauté. Il est bon que les personnes âgées cultivent encore la responsabilité de servir, en surmontant la tentation de se mettre à l'écart. Le Seigneur ne les rejette pas, au contraire, il leur redonne la force pour servir. Et j'aime noter qu'il n'y a pas d'emphase particulière dans le récit de la part des évangélistes : c'est la normalité de la vie de disciple, que les disciples apprendront, dans toute son ampleur, le long du chemin de formation qu'ils vivront à l'école de Jésus. Les anciens qui entretiennent la disposition pour la guérison, la consolation, l'intercession pour leurs frères et sœurs - qu'ils soient disciples, qu'ils soient centurions, personnes perturbées par des esprits mauvais, personnes rejetées... - sont peut-être le témoignage le plus grand de la pureté de cette gratitude qui accompagne la foi. Si les personnes âgées, au lieu d'être rejetées et congédiées de la scène des événements qui marquent la vie de la communauté, étaient placées au centre de l'attention collective, elles seraient encouragées à exercer le précieux ministère de la gratitude envers Dieu, qui n'oublie personne. La gratitude des personnes âgées pour les dons reçus de Dieu dans leur vie, comme nous l'enseigne la belle-mère de Pierre, redonne à la communauté la joie du vivre ensemble, et confère à la foi des disciples le trait essentiel de sa destination.
Mais nous devons bien apprendre que l'esprit d'intercession et de service, que Jésus prescrit à tous ses disciples, n'est pas simplement une affaire de femmes : il n'y a aucune ombre de cette limitation dans les paroles et les actes de Jésus. Le service évangélique de la gratitude pour la tendresse de Dieu n'est en aucun cas inscrit dans la grammaire de l'homme maître et de la femme servante. Cela n'enlève rien cependant au fait que les femmes, sur la gratitude et la tendresse de la foi, peuvent enseigner aux hommes des choses que ceux-ci ont plus de mal à comprendre. La belle-mère de Pierre, avant que les Apôtres n'y parviennent, sur le chemin à la suite de Jésus, leur a aussi montré le chemin. Et la délicatesse particulière de Jésus, qui "lui a touché la main" et "s'est penché délicatement" sur elle, a mis en évidence, dès le début, sa sensibilité spéciale à l’égards des faibles et des malades, que le Fils de Dieu avait certainement apprise de sa Mère. S'il vous plaît, faisons-en sorte que les vieux, que les grands-pères, les grands-mères soient proches des enfants, des jeunes pour transmettre cette mémoire de la vie, pour transmettre cette expérience de la vie, cette sagesse de la vie. Dans la mesure où nous faisons en sorte qu’entre les jeunes et les personnes âgées se tissent des relations, il y aura plus d'espérance pour l'avenir de notre société.
Catéchèse sur la vieillesse - 15. Pierre et Jean
Chers frères et sœurs, bienvenue et bonjour!
Dans notre parcours de catéchèses sur la vieillesse, nous méditons aujourd'hui sur le dialogue entre Jésus Ressuscité et Pierre à la fin de l'Evangile de Jean (21, 15-23). C'est un dialogue émouvant, d'où transparaît tout l'amour de Jésus pour ses disciples, et aussi la sublime humanité de sa relation avec eux, en particulier avec Pierre : une relation tendre, mais pas mélancolique ; directe, forte, libre et ouverte. Une relation entre les hommes et dans la vérité. Ainsi, l'Evangile de Jean, si spirituel, si élevé, se termine par une demande et une offre d'amour poignantes entre Jésus et Pierre, qui se mêle, très naturellement, avec une discussion entre eux. L'évangéliste nous avertit : il témoigne de la vérité des faits (cf. Jn 21, 24). Et c'est dans les faits qu'il faut chercher la vérité.
Nous pouvons nous demander : sommes-nous capables de conserver la teneur de cette relation de Jésus avec les disciples, selon son style si ouvert, si franc, si direct, si humainement réel ? Comment est notre relation avec Jésus ? Est-il ainsi, comme celui des apôtres avec Lui ? Ne sommes-nous pas, au contraire, très souvent tentés d'enfermer le témoignage de l'Evangile dans le cocon d'une révélation « doucereuse », à laquelle s'ajoute notre propre vénération de circonstance ? Cette attitude, qui semble respectueuse, nous éloigne en réalité du vrai Jésus, et devient même l'occasion d'un cheminement de foi très abstrait, très autoréférentiel, très mondain, qui n'est pas le chemin de Jésus. Jésus est le Verbe de Dieu fait homme, et Il se comporte en homme, Il nous parle en homme, Dieu-homme. Avec cette tendresse, avec cette amitié, avec cette proximité. Jésus n'est pas comme l'image doucereuse des images illustrées, non : Jésus est à portée de la main, il est près de nous.
Au cours de la discussion de Jésus avec Pierre, nous trouvons deux passages qui traitent précisément de la vieillesse et du temps qui passe : le temps du témoignage, le temps de la vie. Le premier passage est l'avertissement de Jésus à Pierre : quand tu étais jeune tu étais autonome, quand tu seras vieux, tu ne seras plus tellement maître de toi-même et de ta vie. J’en sais quelque chose, moi qui dois circuler en fauteuil roulant, n’est-ce pas ? Mais c'est comme ça, c'est la vie : avec la vieillesse, arrivent toutes ces maladies et nous devons les accepter comme elles viennent, non ? Nous n'avons pas la force des jeunes ! Et ton témoignage — dit Jésus — sera lui aussi accompagné de cette faiblesse. Tu dois être un témoin de Jésus même dans la faiblesse, dans la maladie et dans la mort. Il y a un beau passage de saint Ignace de Loyola qui dit : « Comme dans la vie, ainsi dans la mort aussi, nous devons apporter un témoignage de disciples de Jésus ». La fin de vie doit être une fin de vie de disciples : de disciples de Jésus, parce que le Seigneur nous parle toujours l’âge que nous avons. L'évangéliste ajoute son commentaire, en expliquant que Jésus faisait allusion au témoignage extrême, celui du martyre et de la mort. Mais nous pouvons bien comprendre plus généralement le sens de cette avertissement : ta sequela devra apprendre à se laisser instruire et façonner par ta fragilité, ton impuissance, ta dépendance à l'égard d’autrui, même pour t’habiller, pour marcher. Mais toi : « Suis-moi » (v. 19). La sequela de Jésus va toujours de l'avant, en bonne santé ou en moins bonne santé ; de façon autonome ou non autonome sur le plan physique. Mais la sequela de Jésus est importante : suivre Jésus toujours, à pieds, en courant, lentement, en chaise roulante, mais toujours en le suivant. La sagesse de la sequela doit trouver le moyen de demeurer dans sa profession de foi — Pierre répond ainsi : « Seigneur, tu sais que je t’aime » (vv. 15. 16.17) — même dans les conditions limitées de la faiblesse et de la vieillesse. J'aime parler aux personnes âgées en les regardant dans les yeux : elles ont ces yeux brillants, ces yeux qui te parlent plus que les paroles, le témoignage d'une vie. Et c'est beau, il faut le conserver jusqu'au bout. Suivre Jésus ainsi, pleins de vie.
Cette conversation entre Jésus et Pierre contient un enseignement précieux pour tous les disciples, pour nous tous croyants. Et aussi pour toutes les personnes âgées. Apprendre de notre fragilité à exprimer la cohérence de notre témoignage de vie dans les conditions d'une vie largement confiée à autrui, largement dépendante de l'initiative d'autrui. Avec la maladie, avec la vieillesse, la dépendance grandit et nous ne sommes plus aussi autonomes qu'avant; la dépendance des autres croît, et c’est là aussi que la foi mûrit, c’est là aussi que Jésus est avec nous, c’est là aussi que jaillit la richesse de la foi bien vécue sur le chemin de la vie.
Mais encore une fois, nous devons nous demander : avons-nous une spiritualité vraiment capable d'interpréter la saison — maintenant longue et répandue — de ce temps de notre faiblesse confiée aux autres, plus qu’au pouvoir de notre autonomie? Comment rester fidèle à la sequela vécue, à l'amour promis, à la justice recherchée dans le temps de notre capacité d'initiative, dans le temps de la fragilité, dans le temps de la dépendance, du congé, dans le temps de ne plus être le protagoniste de nos vies? Ce n'est pas facile de ne plus être le protagoniste, ce n'est pas facile.
Ce temps nouveau est aussi certainement un temps d'épreuve. En commençant par la tentation — très humaine, sans doute, mais aussi très insidieuse — de rester protagoniste. Et parfois, le protagoniste doit diminuer, doit s'abaisser, accepter que la vieillesse nous réduise en tant que protagoniste. Mais tu auras une autre façon de t’exprimer, une autre façon de participer à la famille, à la société, au groupe d'amis. Et c'est la curiosité qui vient à Pierre : «Et lui?» dit Pierre en voyant le disciple bien-aimé les suivre (cf. vv. 20-21). Mettre son nez dans la vie des autres. Et non ! Jésus dit : «Tais-toi!». Doit-il faire partie de «ma» sequela ? Doit-il occuper « mon» espace? Sera-t-il mon successeur ? Ce sont des questions qui ne servent à rien, qui n'aident pas. Doit-il vivre plus que moi et prendre ma place? Et la réponse de Jésus est franche et même brusque : «Que t'importe? Toi, suis-moi ». Comme pour dire, préoccupe toi de ta vie, de ta situation actuelle, et ne te mêle pas de la vie des autres. Toi suis-moi. Voilà ce qui est important : suivre Jésus, suivre Jésus dans la vie et dans la mort, dans la santé et dans la maladie, dans la vie quand elle est prospère avec beaucoup de succès, et dans la vie quand elle est difficile, avec tant de mauvais moments d'échec. Et quand on veut se mêler de la vie des autres, Jésus répond : «Que t'importe? Toi, suis-moi ». C’est très beau. Nous, les personnes âgées, ne devrions pas envier les jeunes qui suivent leur chemin, qui occupent notre place, qui nous survivent. L'honneur de notre fidélité à l'amour juré, la fidélité à la sequela de la foi que nous avons crue, même dans les conditions qui nous rapprochent de la fin de notre vie, sont notre titre d’admiration pour les générations à venir et de reconnaissance reconnaissante de la part du Seigneur. Apprendre à prendre congé : c'est la sagesse des personnes âgées. Mais bien prendre congé, avec le sourire, apprendre à prendre congé en société, prendre congé des autres. La vie des personnes âgées est un adieu, lent, lent, mais un adieu joyeux : j'ai vécu ma vie, j'ai gardé ma foi. C'est beau, quand une personne âgée peut dire : «J'ai vécu ma vie, c'est ma famille; j'ai vécu la vie, j’ai été un pécheur, mais j'ai aussi fait le bien». Et cette paix qui vient, c'est l'adieu de la personne âgée.
Même la sequela contrainte à être inactive, faite de contemplation enthousiaste et d'écoute émerveillée de la parole du Seigneur — comme celle de Marie, la sœur de Lazare — deviendra la part la meilleure de leur vie, de notre vie à nous, personnes âgées. Que cette part ne nous soit plus jamais enlevée, jamais (cf. Lc 10, 42). Regardons les personnes âgées, regardons-les et aidons-les pour qu'elles puissent vivre et exprimer leur sagesse de vie, qu'elles puissent nous donner ce qu'elles ont de beau et de bon. Regardons-les, écoutons-les. Et nous les personnes âgées, regardons les jeunes toujours avec un sourire : ils suivront leur chemin, ils poursuivront ce que nous avons semé, même ce que nous n'avons pas semé parce que nous n'avons pas eu le courage ou l'opportunité: ils le feront avancer. Mais toujours cette relation de réciprocité : une personne âgée ne peut être heureuse sans regarder les jeunes et les jeunes ne peuvent pas aller de l’avant dans leur vie sans regarder les personnes âgées. Merci.
Le Voyage Apostolique au Canada
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, je voudrais partager avec vous quelques réflexions sur le voyage apostolique que j'ai effectué au Canada ces derniers jours. C'était un voyage différent des autres. En fait, la motivation principale était de rencontrer les peuples autochtones pour leur exprimer ma proximité et ma douleur, et pour leur demander pardon – pour demander pardon - pour le mal qui leur a été fait par les chrétiens, dont de nombreux catholiques, qui ont collaboré dans le passé aux politiques d'assimilation et d'émancipation forcées des gouvernements de l'époque.
Dans ce sens, au Canada un parcours a été entrepris pour écrire une nouvelle page, une nouvelle page importante, du chemin que l'Église est en train de faire ensemble avec les peuples autochtones depuis un certain temps. En effet, la devise du voyage "Marcher ensemble", explique un peu cela. Un parcours de réconciliation et de guérison, qui présuppose la connaissance historique, l’écoute des survivants, la prise de conscience et surtout la conversion, le changement de mentalité. Cette étude approfondie montre que, d'une part, certains hommes et femmes d'Église ont été parmi les défenseurs les plus résolus et les plus courageux de la dignité des peuples autochtones, en prenant leur défense et en contribuant à la connaissance de leurs langues et de leurs cultures ; mais, d'autre part, malheureusement, il y a eu des chrétiens, c'est-à-dire des prêtres, des religieux et religieuses, des laïcs qui ont participé à des programmes que nous concevons aujourd'hui comme inacceptables et même contraires à l'Évangile. Et c’est pour cela, je suis allé demander pardon au nom de l'Église.
C’était donc un pèlerinage pénitentiel. Nombreux ont été les moments de joie, mais le sens et le ton de l'ensemble portaient sur la réflexion, le repentir et la réconciliation. Il y a quatre mois, j'avais reçu au Vatican, en groupes distincts, des représentants des peuples autochtones : il y a eu au total six réunions, pour préparer un peu cette réunion du Canada ; mais mon désir, comme le leur, était de pouvoir se rencontrer là-bas, sur les terres où ont vécu leurs ancêtres. Et le Seigneur a permis que cela se réalise : à Lui d'abord va notre gratitude.
Les grandes étapes du pèlerinage sont au nombre de trois : la première, à Edmonton, dans l'ouest du pays. La seconde, à Québec, dans l'est. Et la troisième dans le nord, à Iqaluit à 300 km pratiquement du cercle polaire [arctique]. La première rencontre a eu lieu à Masqwacis qui signifie "colline de l'ours", où de tout le pays sont venus des dirigeants et des membres des principaux groupes autochtones : Premières nations, Métis et Inuits. Ensemble, nous avons fait mémoire : la mémoire bonne de l'histoire millénaire de ces peuples, en harmonie avec leur terre : c'est l'une des plus belles choses des peuples autochtones, l'harmonie avec la terre. Ils ne maltraitent jamais la création, jamais. En harmonie avec la terre. Et nous avons aussi relevé la mémoire douloureuse des abus qu'ils ont subis, même dans les pensionnats, à cause des politiques d'assimilation culturelle. Accompagnés par le son des tambours, nous avons laissé place au silence et à la prière, afin que de la mémoire puisse recommencer un nouveau chemin, sans plus de dominateurs et de sujets, mais seulement des frères et des sœurs.
Après la mémoire, la seconde étape de notre chemin a été celle de la réconciliation. Non pas un compromis entre nous - ce serait une illusion, une mise en scène - mais le fait de nous laisser réconcilier par le Christ, qui est notre paix (cf. Eph 2,14). Nous l'avons fait en prenant comme référence la figure de l'arbre, réalité centrale dans la vie et la symbolique des peuples indigènes ; l'arbre dont la signification nouvelle et pleine se révèle dans la Croix du Christ, par laquelle Dieu a réconcilié toutes choses (cf. Col 1,20). Sur l'arbre de la croix, la douleur se transforme en amour, la mort en vie, la désillusion en espérance, l'abandon en communion, la distance en unité. Les communautés autochtones qui ont accepté et assimilé l'Évangile nous aident à retrouver la dimension cosmique du mystère chrétien, en particulier de la Croix et de l'Eucharistie. Autour de ce centre se forme la communauté, l'Église, appelée à être une tente ouverte, spacieuse et accueillante, la tente de la réconciliation et de la paix.
Mémoire, réconciliation, et donc guérison. Nous avons franchi cette troisième étape du voyage sur les rives du lac Sainte-Anne, précisément au jour de la fête des saints Joachim et Anne. Pour Jésus, le lac était un environnement familier : il a vécu une grande partie de sa vie publique sur le lac de Galilée, avec ses premiers disciples, tous pêcheurs ; il y a prêché et guéri de nombreux malades (cf. Mc 3,7-12). Nous pouvons tous puiser dans le Christ, source d'eau vive, la Grâce qui guérit nos blessures : à Lui qui s’incarne et là, en Jésus, nous avons vu la proximité, la compassion et la tendresse du Père qui nous donne la guérison des blessures et aussi le pardon des péchés, nous avons apporté les traumatismes et les violences subis par les peuples autochtones du Canada et du monde entier ; nous avons apporté les blessures de tous les pauvres et les exclus de nos sociétés ; et aussi les blessures des communautés chrétiennes, qui, toujours ont besoin de se laisser guérir par le Seigneur.
De ce voyage de mémoire, de réconciliation et de guérison jaillit l'espérance pour l'Église, au Canada et partout ailleurs. Et là, la figure des disciples d'Emmaüs, qui après avoir marché avec Jésus Ressuscité ; avec Lui et grâce à Lui, passèrent de l'échec à l'espérance (cf. Lc 24,13-35). Combien de fois dans l'histoire les disciples du Christ ont-ils reparcouru cette route d'Emmaüs ! Combien de fois, après avoir vécu le scandale de la croix, à cause de leurs propres péchés, les chrétiens ont-ils retrouvé l'espérance grâce à la fidélité du Seigneur ! Lui ne nous abandonne jamais, Il se tient toujours à côté de nos pas fatigués et tristes, nous réconforte par sa Parole et se donne Lui-même à nous, Pain de vie nouvelle et éternelle.
Comme je le disait au début, le voyage avec les peuples autochtones a été la colonne vertébrale de ce voyage apostolique. S'y sont greffées les deux rencontres avec l’Église locale et avec les Autorités du pays, auxquelles autorités je tiens à renouveler ma sincère gratitude pour leur grande disponibilité et l'accueil cordial qu'elles m'ont réservé ainsi qu'à mes collaborateurs. Et aux évêques, également. Devant les Gouvernants, les Chefs indigènes et le Corps diplomatique, j'ai réaffirmé la volonté active du Saint-Siège et des Communautés catholiques locales de promouvoir les cultures autochtones, avec des parcours spirituels appropriés et avec l’attention aux coutumes et aux langues des peuples. En même temps, j'ai constaté combien la mentalité colonisatrice est présente aujourd'hui sous diverses formes de colonisation idéologique, menaçant les traditions, l'histoire et les liens religieux des peuples, aplatissant les différences, se concentrant uniquement sur le présent et oubliant souvent les devoirs envers les plus faibles et les plus fragiles. Il s'agit donc de retrouver un sain équilibre, de retrouver l'harmonie, qui est plus qu'un équilibre, c'est autre chose ; retrouver l'harmonie entre la modernité et les cultures ancestrales, entre la sécularisation et les valeurs spirituelles. Et cela interpelle directement la mission de l'Église, envoyée dans le monde entier pour témoigner et pour "semer" une fraternité universelle qui respecte et promeuve la dimension locale avec ses multiples richesses (cf. Enc. Fratelli tutti, 142-153). Je l'ai déjà dit, mais je voudrais réitérer mes remerciements aux autorités civiles, à Madame la Gouverneure générale, au Premier ministre, aux autorités compétentes des lieux où je me suis rendu : je vous remercie infiniment pour la manière dont vous avez favorisé la réalisation de ce projet. Et merci aux évêques, merci surtout [pour] l'unité de l'épiscopat : cela a été possible, de notre part, parce que les évêques étaient unis, et là où il y a l'unité on peut aller de l'avant. C'est pourquoi je tiens à le souligner et à remercier les évêques du Canada [pour] cette unité. "En réalité, une ouverture saine ne porte jamais atteinte à l’identité. […] Le monde croît et se remplit d’une beauté nouvelle grâce à des synthèses successives qui se créent entre des cultures ouvertes, en dehors de toute imposition culturelle" (ibid., 148). Dans ce sens, j'ai encouragé les pasteurs, les personnes consacrées et les laïcs de l'Église au Canada à suivre les traces de Saint François de Laval, le premier évêque de Québec : servir l'Évangile et les pauvres, être des bâtisseurs d'espérance.
Et sous le signe de l'espérance, s’est ténue la dernière rencontre, au pays des Inuits, avec des jeunes et des vieux. Et je vous assure que lors de ces réunions, surtout la dernière, j'ai dû ressentir comme des gifles la douleur de ces personnes, comment elles ont perdu... les personnes âgées qui ont perdu leurs enfants et qui ne savaient pas où ils se retrouvaient, à cause de cette politique d'assimilation. C'était un moment très douloureux, mais il fallait y faire face : nous devons faire face à nos erreurs, à nos péchés. Même au Canada, il s'agit d'un binôme-clé jeunes et vieux, c’est un signe des temps : jeunes et vieux en dialogue pour marcher ensemble dans l'histoire entre mémoire et prophétie qui sont en tension. Que la force d'âme et l'action pacifique des peuples autochtones du Canada soient un exemple pour tous les peuples autochtones pour ne pas se renfermer sur eux-mêmes, mais offrir leur contribution indispensable pour une humanité plus fraternelle, qui sache aimer la création et le Créateur, en harmonie avec la création, en harmonie entre vous tous. Merci.
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