Le voyage apostolique en République Démocratique du Congo et au Soudan du Sud
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenu à tous !
La semaine dernière, j'ai visité deux pays africains : la République Démocratique du Congo et le Sud-Soudan. Je remercie Dieu qui m'a permis de faire ce voyage tant désiré. Deux "rêves" : rendre visite aux Congolais, gardiens d'un pays immense, poumon vert de l'Afrique : avec l'Amazonie ce sont les deux du monde. Une terre riche en ressources et ensanglantée par une guerre qui ne se termine jamais car il y a toujours ceux qui alimentent le feu. Et pour rendre visite au peuple sud-soudanais, dans un pèlerinage de paix ensemble avec l'archevêque de Canterbury Justin Welby et le modérateur général de l'Église d'Écosse, Iain Greenshields : nous sommes allés ensemble pour témoigner qu'il est possible et impératif de collaborer dans la diversité, surtout si l'on partage la foi en Jésus Christ.
Les trois premiers jours, j'étais à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo. Je renouvelle ma gratitude au Président et aux autres Autorités du pays pour l'accueil qu'ils m'ont réservé. Immédiatement après mon arrivée, au Palais présidentiel, j'ai pu adresser un message à la Nation : le Congo est comme un diamant, de par sa nature, ses ressources, et surtout son peuple ; mais ce diamant est devenu une source de discorde, de violence, et paradoxalement d'appauvrissement du peuple. C'est une dynamique que l'on retrouve également dans d'autres régions d'Afrique, et qui s'applique à ce continent en général : un continent colonisé, exploité, pillé. Face à tout cela, j'ai dit deux paroles : la première est négative : " ça suffit ! ", arrêtez d'exploiter l'Afrique ! J'ai déjà dit d’autres fois que dans l'inconscient collectif, c’est comme inscrit "l'Afrique doit être exploitée" : ça suffit ! Je l'ai dit. La seconde est positive : ensemble, ensemble avec dignité, tous ensemble avec respect mutuel, ensemble au nom du Christ, notre espérance, aller de l'avant. Ne pas exploiter et aller de l'avant ensemble.
Et au nom du Christ, nous nous sommes réunis dans la grande Célébration eucharistique.
Toujours à Kinshasa se sont déroulées différentes rencontres : celle avec les victimes de la violence de l'est du pays, la région qui depuis des années est déchirée par la guerre entre groupes armés manœuvrés par des intérêts économiques et politiques. Je n'ai pas pu me rendre à Goma. Les gens vivent dans la peur et l'insécurité, sacrifiés sur l'autel des affaires illicites. J'ai écouté les témoignages bouleversants de certaines victimes, notamment des femmes, qui ont déposé au pied de la Croix des armes et autres instruments de mort. Avec eux, j'ai dit "non" à la violence, "non” à la résignation, "oui" à la réconciliation et à l'espérance. Ils ont déjà tellement souffert et continuent de souffrir.
J'ai rencontré ensuite les représentants de diverses œuvres caritatives du pays, pour les remercier et les encourager. Leur travail avec les pauvres et pour les pauvres ne fait pas de bruit, mais jour après jour, il fait croître le bien commun. Et surtout avec la promotion : les initiatives caritatives doivent toujours être avant tout destinées à la promotion, pas seulement pour l'assistance mais pour la promotion. Assistance oui, mais promotion.
Un moment enthousiasmant a été celui avec les jeunes et les catéchistes congolais au stade. C'était comme une immersion dans le présent projeté vers le futur. Pensons à la puissance de renouveau que peut apporter cette nouvelle génération de chrétiens, formée et animée par la joie de l'Évangile ! A eux, aux jeunes, j’ai indiqué cinq voies : la prière, la communauté, l'honnêteté, le pardon et le service. Aux jeunes du Congo, j'ai dit : voici votre chemin : prière, vie communautaire, honnêteté, pardon et service. Que le Seigneur entende leur cri en faveur de la paix et de la justice.
Ensuite, dans la cathédrale de Kinshasa j'ai rencontré les prêtres, les diacres, les hommes et femmes consacrés et les séminaristes. Ils sont nombreux et ils sont jeunes, car les vocations sont nombreuses : c’est une grâce de Dieu. Je les ai exhortés à être des serviteurs du peuple comme témoins de l'amour du Christ, en surmontant trois tentations : la médiocrité spirituelle, le confort mondain et la superficialité. Qui sont des tentations - je dirais - universelles, pour les séminaristes et pour les prêtres. Bien sûr, la médiocrité spirituelle, quand un prêtre tombe dans la médiocrité, cela est triste ; le confort mondain, c'est-à-dire la mondanité, qui est l'un des pires maux qui puissent arriver à l'Église ; et la superficialité. Enfin, avec les évêques congolais, j'ai partagé la joie et la fatigue du service pastoral. Je les ai invités à se laisser consoler par la proximité de Dieu et à être des prophètes pour le peuple, avec la force de la Parole de Dieu, être des signes de comment est le Seigneur, de l'attitude du Seigneur envers nous : la compassion, la proximité, la tendresse. Ce sont là trois manières dont le Seigneur agit avec nous : il s'approche - la proximité - avec compassion et avec tendresse. J'ai demandé cela aux prêtres et aux évêques.
Ensuite, la deuxième partie du voyage s'est déroulée à Juba, capitale du Soudan du Sud, un État né en 2011. Cette visite a revêtu un caractère très particulier, exprimé à travers la devise qui reprenait les paroles de Jésus : " Je prie pour que tous soient un " (cf. Jn 17, 21). Il s'agissait en effet d'un pèlerinage œcuménique de paix, effectué avec les chefs de deux Églises historiquement présentes dans ce pays : la Communion anglicane et l'Église d'Écosse. C'était l'aboutissement d'un parcours initié il y a quelques années, qui nous avait vu nous réunir à Rome en 2019, avec les autorités sud-soudanaises, pour nous engager à surmonter le conflit et construire la paix. En 2019, une retraite spirituelle de deux jours a été organisée ici, à la Curie, avec tous ces politiciens, avec toutes ces personnes aspirant à des postes, certains ennemis entre eux, mais ils étaient tous réunis dans cette retraite. Et cela a donné la force d'aller de l'avant. Malheureusement, le processus de réconciliation n'a pas beaucoup progressé et le Sud-Soudan à peine né est victime de la vieille logique de pouvoir, de rivalité, qui engendre guerre, violence, réfugiés et personnes déplacées internes. Je suis très reconnaissant à M. le Président pour l'accueil qu'il nous a réservé et pour la manière dont il essaie de gérer cette route pas facile, de dire "non" à la corruption et au trafic d'armes et "oui" à la rencontre et au dialogue. Et cela est honteux : tant de pays soi-disant civilisés offrent une aide au Sud-Soudan, et cette aide consiste en des armes, des armes, des armes pour fomenter la guerre. C'est une honte. Et oui, continuez à dire "non" à la corruption et au trafic d'armes et "oui" à la rencontre et au dialogue. Alors seulement, il peut y avoir du développement, les populations pourront travailler en paix, les malades se faire soigner, les enfants aller à l'école.
Le caractère œcuménique de la visite au Sud-Soudan était particulièrement évident lors du moment de prière célébré ensemble avec les frères et sœurs anglicans et ceux de l'Église d'Écosse. Ensemble, nous avons écouté la Parole de Dieu, ensemble nous avons adressé des prières de louange, de supplication et d'intercession. Dans une réalité hautement conflictuelle comme celle du Sud-Soudan, ce signe est fondamental, et il ne va pas de soi, car malheureusement, certains abusent du nom de Dieu pour justifier violence et abus.
Frères et sœurs, le Sud-Soudan est un pays d'environ 11 millions d'habitants - tout petit ! - dont, en raison des conflits armés, deux millions sont des déplacés internes et autant ont fui vers les pays voisins. C'est pourquoi j'ai voulu rencontrer un grand groupe de personnes déplacées internes, les écouter et leur faire sentir la proximité de l'Église. En effet, les Eglises et les organisations d'inspiration chrétienne sont en première ligne aux côtés de ces pauvres gens, qui vivent dans des camps de déplacés depuis des années. En particulier, je me suis tourné vers les femmes - il y a là des femmes de qualité - qui incarnent la force qui peut transformer le pays ; et j'ai encouragé tout le monde à être les semences d'un nouveau Sud-Soudan, sans violence, réconcilié et pacifié.
Puis, lors de la rencontre avec les Pasteurs et les personnes consacrées de cette Église locale, nous avons regardé Moïse comme un modèle de docilité à Dieu et de persévérance dans l'intercession.
Et au cours de la célébration eucharistique, ultime acte de la visite au Sud-Soudan et de tout le voyage, j'ai fait écho de l'Évangile en encourageant les chrétiens à être "sel et lumière" dans ce pays en proie à tant de tribulations. Dieu place son espérance non pas dans les grands et les puissants, mais dans les petits et les humbles. Et c'est la façon de faire de Dieu.
Je remercie les autorités du Sud-Soudan, M. le Président, les organisateurs du voyage et tous ceux qui ont fourni des efforts, du travail pour que la visite se déroule bien. Je remercie mes frères, Justin Welby et Iain Greenshields, de m'avoir accompagné dans ce voyage œcuménique.
Prions pour que, en République démocratique du Congo et au Sud-Soudan, et dans toute l'Afrique, germent les semences de son Royaume d'amour, de justice et de paix.
Je salue cordialement les personnes de langue française en particulier les jeunes venus de France, de Belgique et les pèlerins du Cameroun.
Frères et sœurs, prions pour que, en République Démocratique du Congo et au Soudan du Sud, puissent s’ouvrir des chemins nouveaux de pardon et de communion, et que des graines d’amour, de justice et de paix puissent germer dans toute l’Afrique.
Que Dieu vous bénisse !
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 4. Le premier apostolat
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous poursuivons nos catéchèses ; le thème que nous avons choisi est : “La passion d'évangéliser, le zèle apostolique”. Parce qu'évangéliser, ce n'est pas dire : "Regarde, blablabla" et rien de plus ; il y a une passion qui mobilise tout : l'esprit, le cœur, les mains, aller... tout, toute la personne est impliquée dans cette proclamation de l'Évangile, et c'est pourquoi nous parlons de passion d'évangéliser. Après avoir vu en Jésus le modèle et le maître de l'annonce, passons aujourd'hui aux premiers disciples, à ce que les disciples ont fait. L'Évangile dit que Jésus « en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3, 14) deux choses : pour qu’ils restent avec Lui et les envoyer prêcher. Il y a un aspect qui semble contradictoire : Il les invite pour être avec Lui et pour qu’ils aillent prêcher. On dirait : soit l'un, soit l'autre, soit rester, soit aller. Pourtant non : pour Jésus, on ne peut aller sans rester et inversement on ne peut rester sans aller. Ce n'est pas facile à comprendre, mais c'est ainsi. Cherchons de comprendre un peu quel est le sens dans lequel Jésus exprime ces choses.
Tout d'abord, on ne peut aller sans rester : avant d'envoyer les disciples en mission, le Christ - dit l'Évangile - "les appelle à lui" (cf. Mt 10,1). L'annonce naît de la rencontre avec le Seigneur ; toute activité chrétienne, et surtout la mission, part de là. On n'apprend pas dans une académie : non ! Cela commence par la rencontre avec le Seigneur. Témoigner de Lui, en effet, signifie Le rayonner ; mais, si nous ne recevons pas Sa lumière, nous serons éteints ; si nous ne Le fréquentons pas, nous porterons nous-même au lieu de Lui - je me porte moi-même et non Lui -, et cela sera totalement vain. Donc, peut porter l'Évangile de Jésus la personne qui reste avec Lui. Celui qui ne reste pas avec Lui ne peut pas porter l'Evangile. Il apportera des idées, mais pas l'Évangile. De même, cependant, on ne peut rester sans aller. En effet, suivre le Christ n'est pas un acte intimiste : sans annonce, sans service, sans mission, la relation avec Jésus ne croît pas. Notons que dans l'Évangile, le Seigneur envoie les disciples avant d'avoir achevé leur préparation : peu après les avoir appelés, il les envoie déjà ! Cela signifie que l'expérience de la mission fait partie de la formation chrétienne. Rappelons alors ces deux moments constitutifs pour tout disciple : rester avec Jésus et aller, envoyés par Jésus.
Après avoir appelé les disciples à lui et avant de les envoyer, le Christ leur adresse un discours, connu comme le "discours missionnaire" – c’est ainsi qu’on le définit dans l’Evangile. Il se trouve au chapitre 10 de l'Évangile de Matthieu et est comme la " constitution " de l'annonce. De ce discours, dont je vous recommande la lecture aujourd’hui - c’est une petite page seulement de l’Evangile -, je tire trois aspects : pourquoi annoncer, quoi annoncer et comment annoncer.
Pourquoi annoncer. La motivation réside dans cinq paroles de Jésus, qu'il est bon de rappeler : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement" (v. 8). Cela fait cinq mots. Mais pourquoi annoncer ? Parce que j'ai reçu gratuitement et que je dois donner gratuitement. L'annonce ne part pas de nous, mais de la beauté de ce que nous avons reçu gratuitement, sans mérite : rencontrer Jésus, le connaître, découvrir que nous sommes aimés et sauvés. C'est un don si grand que nous ne pouvons le garder pour nous, nous ressentons le besoin de le répandre ; mais dans le même style, c’est-à-dire dans la gratuité. En d'autres termes : nous avons un don, nous sommes donc appelés à nous faire don ; nous avons reçu un don et notre vocation est de nous transformer en don pour les autres ; nous éprouvons la joie d'être enfants de Dieu, elle doit être partagée avec nos frères et sœurs qui ne la connaissent pas encore ! C'est cela la justification de l'annonce. Aller et porter la joie de ce que nous avons reçu.
Deuxièmement : Quoi, donc, annoncer ? Jésus dit : "proclamez que le royaume des Cieux est tout proche " (v. 7). Voici ce qu'il faut dire, avant tout et en tout : Dieu est proche. Mais n'oubliez jamais ceci : Dieu a toujours été proche du peuple, Il le dit Lui-même au peuple. Il dit : "Regardez, quel Dieu est aussi proche des nations comme je le suis de vous ?". La proximité est l'une des choses les plus importantes de Dieu. Il y a trois choses importantes : la proximité, la miséricorde et la tendresse. Il ne faut pas l'oublier. Qui est Dieu ? Le Proche, le Tendre, le Miséricordieux. Telle est la réalité de Dieu. Dans la prédication, nous incitons souvent les gens à faire quelque chose, et c'est bien, mais n'oublions pas que le message principal est que Lui est proche : proximité, miséricorde et tendresse. Accueillir l'amour de Dieu est plus difficile parce que nous voulons toujours être au centre, nous voulons être protagonistes, nous sommes plus enclins à faire qu'à nous laisser modeler, à parler qu'à écouter. Mais, si ce que nous faisons passe en premier, nous serons encore les protagonistes. Au contraire, l'annonce doit donner la primauté à Dieu : laisser la primauté à Dieu, Dieu au premier plan, et donner aux autres l'opportunité de l'accueillir, de se rendre compte qu'il est proche. Et moi, derrière.
Troisième point : comment annoncer. C'est l'aspect sur lequel Jésus s'attarde le plus : comment annoncer, quelle est la méthode, quelle doit être le langage pour annoncer ; c’est significatif : il nous dit que la manière, le style est essentiel dans le témoignage. Le témoignage n'implique pas seulement l'esprit et le fait de dire quelque chose, des concepts : non. Il implique tout, l'esprit, le cœur, les mains, tout, les trois langages de la personne : le langage de la pensée, le langage de l'affection et le langage de l'action. Les trois langages. On ne peut pas évangéliser seulement avec l'esprit ou seulement avec le cœur ou seulement avec les mains. Tout participe. Et, dans le style, l'important est le témoignage, comme le veut Jésus. Il dit ceci : " Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups " (v. 16). Il ne nous demande pas d'être capables d'affronter les loups, c'est-à-dire d'être capables d'argumenter, de contre-argumenter et de nous défendre : non. Nous penserions ainsi : devenons pertinents, nombreux, prestigieux, et le monde nous écoutera et nous respectera et nous vaincrons les loups : non, ce n’est pas ainsi. Non, je vous envoie comme des brebis, comme des agneaux - voilà ce qui est important. Si tu ne veux pas être brebis, le Seigneur ne te défendra pas contre les loups. Arrange-toi comme tu peux. Mais si tu es brebis, sois assuré que le Seigneur te défendra contre les loups. Être humbles. Il nous demande d'être ainsi, d'être doux et avec le désir d’être innocents, d’être prêts au sacrifice ; c'est ce que représente en fait l'agneau : douceur, innocence, dévouement, tendresse. Et Lui, le berger, reconnaîtra ses agneaux et les protégera des loups. Au lieu de cela, des agneaux déguisés en loups sont démasqués et malmenés. Un Père de l'Église écrivait : "Tant que nous serons des agneaux, nous vaincrons, et même si nous sommes entourés de nombreux loups, nous les vaincrons. Mais si nous devenons des loups, nous serons vaincus, car nous serons privés de l'aide du berger. Il ne fait pas paître les loups, mais les agneaux" (Saint Jean Chrysostome, Homélie 33 sur l'Évangile de Matthieu). Si je veux être au Seigneur, je dois laisser que Lui soit mon berger, et Lui n'est pas un berger de loups, Il est un berger d'agneaux, doux, humbles, agréables au Seigneur.
Toujours sur comment annoncer, il est frappant de constater que Jésus, au lieu de prescrire ce qu'il faut apporter en mission, dit ce qu'il ne faut pas apporter. Parfois, on voit quelque apôtre, une personne qui déménage, un chrétien qui dit qu'il est apôtre et qu'il a donné sa vie au Seigneur, et il emporte tant de bagages : mais ce n'est pas du Seigneur, le Seigneur te déleste de l'équipage et te dit ce qu'il ne faut pas emporter : "Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac de voyage, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton" (v. 9-10). Ne rien emporter. Il dit de ne pas s'appuyer sur les sécurités matérielles, d'aller dans le monde sans mondanité. Voilà ce qu'il faut dire : je vais dans le monde non pas avec le style du monde, non pas avec les valeurs du monde, non pas avec la mondanité - pour l'Église, tomber dans la mondanité est le pire qui puisse arriver. J'y vais avec simplicité. Voilà comment on annonce : en montrant Jésus plutôt qu'en parlant de Jésus. Et comment montrons-nous Jésus ? Par notre témoignage. Et enfin, en allant ensemble en communauté : le Seigneur envoie tous les disciples, mais personne ne va seul. L'Église apostolique est toute missionnaire et dans la mission elle retrouve son unité. Donc : aller doux et bons comme des agneaux, sans mondanité, et aller ensemble. C'est là que se trouve la clé de l'annonce, voilà la clé du succès de l'évangélisation. Accueillons ces invitations de Jésus : que ses paroles soient notre point de référence.
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 5. Le protagoniste de l’annonce : l’Esprit Saint
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenus !
Dans notre itinéraire de catéchèse sur la passion d’évangéliser, aujourd'hui repartons des paroles de Jésus que nous avons entendues : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28,19). Allez, - dit le Ressuscité -, non pas pour endoctriner, non pas pour faire des prosélytes, mais pour faire des disciples, c'est-à-dire pour donner à chacun la possibilité d'entrer en contact avec Jésus, de le connaître et de l'aimer en toute liberté. Allez et baptisez : baptiser signifie immerger et donc, avant d'indiquer une action liturgique, il exprime une action vitale : immerger sa vie dans le Père, dans le Fils, dans l'Esprit Saint ; expérimenter chaque jour la joie de la présence de Dieu qui nous est proche comme Père, comme Frère, comme Esprit qui agit en nous, dans notre propre esprit. Baptiser c’est s’immerger dans la Trinité.
Lorsque Jésus dit à ses disciples - et aussi à nous - "Allez !", il ne communique pas seulement une parole. Non. Il communique ensemble l'Esprit Saint, car c'est seulement par Lui, l'Esprit Saint, que l'on peut recevoir la mission du Christ et la réaliser (cf. Jn 20, 21-22). Les Apôtres, en effet, restent enfermés dans le Cénacle, par peur, et jusqu'au jour de la Pentecôte où l'Esprit Saint descend sur eux (cf. Ac 2, 1-13). Et à ce moment-là, la peur se dissipe et avec sa force, ces pêcheurs, pour la plupart sans instruction, vont changer le monde. "Mais s'ils ne savent pas parler...". Mais c'est la parole de l'Esprit, la force de l'Esprit qui les entraîne pour changer le monde. L’annonce de l'Évangile ne se réalise donc que dans la force de l'Esprit, qui précède les missionnaires et prépare les cœurs : c'est Lui le “moteur de l'évangélisation”.
Nous le découvrons dans les Actes des Apôtres, où, à chaque page, nous constatons que le protagoniste de l'annonce n'est ni Pierre, ni Paul, ni Etienne, ni Philippe, mais c’est l'Esprit Saint. Toujours dans les Actes, on raconte un moment décisif des débuts de l'Église, qui peut aussi nous en dire long. À l'époque, comme aujourd'hui, ensemble avec les consolations les tribulations ne manquaient pas, - des moments heureux et des moments moins heureux - les joies s'accompagnaient de soucis, les deux choses ensemble. Une d'elles en particulier était par exemple comment se comporter avec les païens qui venaient à la foi, avec ceux qui n'appartenaient pas au peuple juif. Etaient-ils, oui ou non, tenus d'observer les prescriptions de la loi de Moïse ? Ce n'était pas une mince affaire pour ces gens. Deux groupes se forment ainsi, entre ceux qui considéraient l'observance de la Loi comme indispensable et les autres non. Pour discerner, les Apôtres se réunissent, dans ce qu'on appellera le "Concile de Jérusalem", le premier de l'histoire. Comment résoudre le dilemme ? On aurait pu chercher un bon compromis entre tradition et innovation : certaines règles doivent être respectées, et d'autres laissées de côté. Pourtant, les Apôtres ne suivent pas cette sagesse humaine à la recherche d'un équilibre diplomatique entre l'un et l'autre, ils ne le font pas, mais s'adaptent à l'œuvre de l'Esprit, qui les avait devancés, en descendant sur les païens comme sur eux.
Et donc, en supprimant presque toutes les obligations liées à la Loi, ils communiquent les décisions finales, prises – et ils écrivent ainsi : - "par l'Esprit Saint et nous-mêmes" (cf. Ac 15,28) voilà ce qui est décidé, le Saint-Esprit avec nous, c'est ainsi qu’agissent toujours les Apôtres. Ensemble, sans se diviser, même s'ils avaient des sensibilités et des opinions différentes, ils se mettent à l'écoute de l'Esprit. Et Il enseigne une chose, valable aussi aujourd'hui : toute tradition religieuse est utile si elle favorise la rencontre avec Jésus, toute tradition religieuse est utile si elle favorise la rencontre avec Jésus. Nous pourrions dire que la décision historique du premier Concile, dont nous bénéficions également, fut motivée par un principe, le principe de l'annonce : dans l'Église, tout doit être conforme aux exigences de l'annonce de l'Évangile ; non pas aux opinions des conservateurs ou des progressistes, mais au fait que Jésus puisse entrer dans la vie des gens. Par conséquent, tout choix, tout usage, toute structure et toute tradition doivent être évalués selon le critère où ils favorisent l'annonce du Christ. Quand on trouve des décisions dans l'Église, par exemple des divisions idéologiques : " Je suis conservateur parce que... je suis progressiste parce que... ". Mais où est l'Esprit Saint ? Faites attention l'Évangile n'est pas une idée, l'Évangile n'est pas une idéologie : l'Évangile est une annonce qui touche le cœur et qui te fait changer de cœur, mais si tu te réfugies dans une idée, dans une idéologie qu'elle soit de droite ou de gauche ou du centre, tu es en train de faire de l'Évangile un parti politique, une idéologie, un club de personnes. L'Évangile te donne toujours cette liberté de l'Esprit qui agit en toi et te fait avancer. Et combien est-il nécessaire aujourd'hui de retrouver la liberté de l'Évangile et de nous laisser conduire par l'Esprit.
Ainsi l'Esprit éclaire le chemin de l'Église, toujours. En effet, Il n'est pas seulement la lumière des cœurs, Il est la lumière qui oriente l'Église : Il fait la clarté, aide à distinguer, aide à discerner. C'est pourquoi il est nécessaire de L'invoquer souvent ; faisons-le plus encore aujourd'hui, au début du Carême. Car comme Église, nous pouvons avoir des temps et des espaces bien définis, des communautés, des instituts et des mouvements bien organisés, mais sans l'Esprit, tout reste sans âme. L'organisation ne suffit pas : c'est l'Esprit qui donne vie à l'Église. L'Église, si elle ne Le prie pas et ne l'invoque pas, se replie sur elle-même, dans des débats stériles et épuisants, dans des polarisations lassantes, tandis que la flamme de la mission s'éteint. C'est bien triste de voir l'Église comme si elle était un parlement ; non, l'Église est autre chose. L'Eglise est la communauté d'hommes et de femmes qui croient et annoncent Jésus-Christ, mais mus par l'Esprit Saint, et non par leurs propres raisons. Oui, on utilise sa raison mais l'Esprit vient l'éclairer et la mouvoir. L'Esprit, nous fait sortir, nous pousse à proclamer la foi pour nous confirmer dans la foi, nous pousse à partir en mission pour retrouver qui nous sommes. C'est pourquoi l'apôtre Paul recommande ceci : "N'éteignez pas l'Esprit" (1 Th 5,19). N'éteignez pas l'Esprit. Prions souvent l'Esprit, invoquons-le, demandons-lui chaque jour d'allumer en nous sa lumière. Faisons-le avant chaque rencontre, pour devenir des apôtres de Jésus auprès des personnes que nous rencontrons. Ne pas éteindre l'Esprit dans les communautés chrétiennes et aussi en chacun de nous.
Chers frères et sœurs, comme Église, partons et repartons de l'Esprit Saint. « Il est sans doute important que, dans notre planification pastorale, nous partions des enquêtes sociologiques, des analyses, de la liste des difficultés, de la liste des attentes et des réclamations. Cependant, il est bien plus important de partir des expériences de l'Esprit : c'est là le vrai point de départ. Et il faut donc les rechercher, les répertorier, les étudier, les interpréter. C'est un principe fondamental qui, dans la vie spirituelle, s'appelle la primauté de la consolation sur la désolation. D'abord il y a l'Esprit qui console, ranime, éclaire, meut ; ensuite il y aura aussi la désolation, la souffrance, les ténèbres, mais le principe pour s'ajuster dans les ténèbres est la lumière de l'Esprit » (C.M. MARTINI, Evangéliser dans la consolation de l'Esprit, 25 septembre 1997). C'est le principe pour nous réguler dans les choses que nous ne comprenons pas, dans les confusions, même dans les plus sombres, c'est important. Demandons-nous si nous nous ouvrons à cette lumière, si nous lui donnons de l'espace : est-ce que j'invoque l'Esprit ? Que chacun réponde en son for intérieur. Combien d'entre nous prient l'Esprit ? "Non, Père, je prie la Vierge, je prie les Saints, je prie Jésus, mais parfois, je prie le Notre Père, je prie le Père" - "Et l'Esprit ? Tu ne pries pas l'Esprit, qui est celui qui fait mouvoir ton cœur, qui t'apporte la consolation, qui t'apporte le désir d'évangéliser et de faire la mission ?". Je vous laisse avec cette question : est-ce que je prie l'Esprit Saint ? Est-ce que je me laisse guider par Lui, qui m'invite à ne pas me replier sur moi-même mais à porter Jésus, à témoigner de la primauté de la consolation de Dieu sur la désolation du monde ? Que la Vierge, qui a bien compris cela, nous le fasse comprendre.
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 6. Le Concile Vatican II. 1. L'évangélisation comme service ecclésial
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans la dernière catéchèse, nous avons vu que le premier « concile » de l’histoire de l’Eglise — concile, comme celui de Vatican II — a été convoqué à Jérusalem pour une question liée à l’évangélisation, c’est-à-dire à l’annonce de la Bonne Nouvelle aux non-juifs — on pensait qu’on devait apporter l’annonce de l’Evangile uniquement aux juifs. Au XXe siècle, le concile œcuménique Vatican II a présenté l’Eglise comme Peuple de Dieu en pèlerinage dans le temps et par sa nature missionnaire (cf. Décr. Ad gentes, n. 2). Qu’est-ce que cela signifie ? Il y a comme un pont entre le premier et le dernier concile, sous le signe de l’évangélisation, un pont dont l’architecte est l’Esprit Saint. Aujourd’hui, nous nous mettons à l’écoute du concile Vatican ii pour découvrir que l’évangélisation est toujours un service ecclésial, jamais solitaire, jamais isolé, jamais individualiste. L’évangélisation se fait toujours in ecclesia, c’est-à-dire en communauté et sans faire de prosélytisme parce cela n’est pas de l’évangélisation.
L’évangélisateur, en effet, transmet toujours ce que lui-même ou elle-même, a reçu. Saint Paul a été le premier à l’écrire : l’Evangile qu’il annonçait, que les communautés recevaient et dans lequel elles demeuraient fermes, est celui-là même que l’apôtre avait reçu à son tour (cf. 1 Co 15, 1-3). On reçoit la foi et on transmet la foi. Ce dynamisme ecclésial de transmission du Message a valeur d’obligation et garantit l’authenticité de l’annonce chrétienne. Paul lui-même écrit aux Galates : «Si nous-mêmes, si un ange venu du ciel vous annonçait un Evangile différent de celui que nous vous avons prêché, qu'il soit anathème!» (1, 8). Cela est beau et s’adapte à de nombreuses visions qui sont à la mode...
La dimension ecclésiale de l’évangélisation constitue donc un critère de vérification du zèle apostolique. Une vérification nécessaire, car la tentation de procéder « en solitaire » est toujours présente, surtout lorsque le chemin devient impraticable et que l’on sent le poids de l’engagement. La tentation de suivre des chemins pseudo-ecclésiaux plus faciles, d’adopter la logique mondaine des chiffres et des sondages, de compter sur la force de nos idées, des programmes, des structures, des « relations qui comptent », est tout autant dangereuse. Cela ne va pas, cela doit aider un peu, mais c’est la force que l’Esprit te donne pour annoncer la vérité de Jésus Christ, pour annoncer l’Evangile qui est fondamentale. Les autres choses sont secondaires.
Maintenant, frères et sœurs, mettons-nous plus directement à l’école du concile Vatican II, en relisant certains paragraphes du décret Ad gentes (AG), le document sur l’activité missionnaire de l’Eglise. Ces textes de Vatican ii gardent toute leur valeur, même dans notre contexte complexe et pluriel.
Tout d’abord, ce document, AG, nous invite à considérer l’amour de Dieu le Père comme une source, qui « nous a créés librement dans sa surabondante bonté et miséricorde, et nous a de plus appelés gracieusement à partager avec lui sa vie et sa gloire. Telle est notre vocation. Qui a répandu sur nous sans compter sa miséricorde et ne cesse de la répandre, en sorte que lui, qui est le créateur de toutes choses, devienne enfin “tout en tous” (1 Co 15, 28) en procurant à la fois sa gloire et notre bonheur ». (n. 2). Ce passage est fondamental, car il dit que l’amour du Père a pour destinataire tout être humain. L’amour de Dieu n’est pas réservé à un petit groupe seulement, non... à tous. Mettez-vous bien ce mot dans la tête et dans le cœur : tous, tous, personne n’est exclu, c’est ce que dit le Seigneur. Et cet amour pour chaque être humain est un amour qui atteint chaque homme et chaque femme à travers la mission de jésus, médiateur du salut et notre Rédempteur (cf. AG, 3), et à travers la mission du Saint Esprit (cf. AG, 4), qui, l’Esprit Saint, agit en chacun, aussi bien chez les baptisés que chez les non-baptisés l’Esprit Saint agit !
En outre, le Concile rappelle qu’il revient à l’Eglise de poursuivre la mission du Christ, qui a été « envoyé pour annoncer aux pauvres la bonne nouvelle; c’est donc par la même voie qu’a suivie le Christ lui-même que — poursuit le document Ad gentes — sous la poussée de l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ, l’Eglise doit marcher, c’est-à-dire par la voie de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection» (ag , 5). Si elle reste fidèle à cette « voie », la mission de l’Eglise est «la manifestation du dessein de Dieu, son épiphanie et sa réalisation dans le monde et son histoire » (AG, 9).
Frères et sœurs, ces brèves indications nous aident également à comprendre la signification ecclésiale du zèle apostolique de chaque disciple-missionnaire. Le zèle apostolique n’est pas un enthousiasme, c’est autre chose, c’est une grâce de Dieu, que nous devons conserver. Nous devons comprendre le sens car dans le Peuple de Dieu pèlerin et évangélisateur, il n’y a pas des sujets actifs et des sujets passifs. Il n’y a pas ceux qui prêchent, ceux qui annoncent l’Evangile d’une façon ou d’une autre, et ceux qui sont en silence. Non. « Chaque baptisé, — dit Evangelii gaudium — quelle que soit sa fonction dans l’Eglise et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 120). Tu es chrétien ? « Oui, j’ai reçu le baptême... » Et tu évangélises ? « Mais qu’est-ce que cela signifie ?... » Si tu n’évangélises pas, si tu n’apportes pas ton témoignage, si tu ne donnes pas le témoignage du baptême que tu as reçu, de la foi que le Seigneur t’a donnée, tu n’es pas un bon chrétien. En vertu du baptême reçu et de l’incorporation dans l’Eglise qui en découle, tout baptisé participe à la mission de l’Eglise et, en elle, à la mission du Christ Roi, Prêtre et Prophète. Frères et sœurs, Cette tâche «est unique et la même, partout, en toute situation, bien qu’elle ne soit pas menée de la même manière du fait des circonstances» (AG, 6). Cela nous invite à ne pas devenir sclérosés ou fossilisés ; cela nous rachète de cette inquiétude qui n’est pas de Dieu. Le zèle missionnaire du croyant s’exprime aussi comme une recherche créative de nouvelles manières de proclamer et de témoigner, de nouvelles manières de rencontrer l’humanité blessée que le Christ a assumée. Bref, de nouvelles façons de rendre service à l’Evangile et de rendre service à l’humanité. L’évangélisation est un service. Si une personne se dit évangélisatrice et n’a pas cette attitude, ce cœur de serviteur, et se croit maître, ce n’est pas un évangélisateur, non, c’est une pauvre personne.
Revenir à l’amour originel du Père et aux missions du Fils et du Saint Esprit ne nous enferme pas dans des espaces de tranquillité personnelle statique. Au contraire, cela nous conduit à reconnaître la gratuité du don de la plénitude de vie à laquelle nous sommes appelés, ce don pour lequel nous louons et rendons grâce à Dieu. Ce don n’est pas seulement pour nous, mais est pour le donner aux autres. Et cela nous conduit aussi à vivre toujours plus pleinement ce que nous avons reçu, en le partageant avec les autres, avec un sens de responsabilité et en parcourant ensemble les routes, si souvent tortueuses et difficiles, de l’histoire, dans l’attente vigilante et laborieuse de son accomplissement. Demandons cette grâce au Seigneur, de prendre en main cette vocation chrétienne et de rendre grâce au Seigneur pour ce qu’il nous a donné, ce trésor. Et tenter de le communiquer aux autres.
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 7. Le Concile Vatican II. 2. Être apôtres dans une Eglise apostolique
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous poursuivons les catéchèses sur la passion d'évangéliser : non seulement sur "évangéliser", mais la passion d'évangéliser et, à l'école du Concile Vatican II, essayons de mieux comprendre que signifie être "apôtres" aujourd'hui. Le mot "apôtre" évoque le groupe des douze disciples choisis par Jésus. On appelle parfois "apôtres" certains saints, ou plus généralement les évêques : ils sont apôtres, parce qu'ils vont au nom de Jésus. Mais sommes-nous conscients que la fonction d'apôtre concerne chaque chrétien ? Sommes-nous conscients que cela concerne chacun d'entre nous ? En effet, nous sommes appelés à être apôtres – c’est-à-dire envoyés – au sein d’une Église que nous professons apostolique dans le Credo.
Que signifie donc être apôtres ? C'est être envoyé pour une mission. L'événement exemplaire et fondateur est celui où le Christ ressuscité envoie ses apôtres dans le monde, leur transmettant le pouvoir qu'il a lui-même reçu du Père et leur donnant son Esprit. Nous lisons dans l'Évangile de Jean : « Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » » (20,21-22).
Un autre aspect fondamental de l’identité de l'apôtre est la vocation, c'est-à-dire l'appel. Il en a été ainsi dès le début, lorsque le Seigneur Jésus « appela ceux qu’il voulait. Ils vinrent auprès de lui » (Mc 3,13). Il les constitua comme groupe, en leur donnant le titre d'"apôtres", pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer en mission (cf. Mc 3,14 ; Mt 10,1-42). Saint Paul se présente ainsi dans ses lettres : « Paul, appelé pour être apôtre », c’est-à-dire envoyé, (1 Co 1,1) et encore : « Paul, serviteur du Christ Jésus, Apôtre envoyé par l’appel, mis à part pour l’Évangile de Dieu » (Rm 1,1). Et il insiste sur le fait d’être « Apôtre non par des hommes, ni par l’intermédiaire d’un homme, mais par Jésus Christ et par Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts » (Ga 1,1) ; Dieu l'a appelé dès le sein de sa mère pour annoncer l'Évangile parmi les nations (cf. Ga 1,15-16).
L'expérience des Douze apôtres et le témoignage de Paul nous interpellent également aujourd'hui. Ils nous invitent à vérifier nos attitudes, à vérifier nos choix, nos décisions, à partir de ces repères : tout dépend d'un appel gratuit de Dieu ; Dieu nous choisit également pour des services qui parfois semblent dépasser nos capacités ou ne pas correspondre à nos attentes ; à l'appel reçu comme don gratuit, il faut répondre gratuitement.
Le Concile dit : « La vocation chrétienne [...] est aussi par nature vocation à l’apostolat » (Decr. Apostolicam actuositatem [AA], 2). C'est un appel qui est commun, « comme est commune la dignité des membres du fait de leur régénération dans le Christ ; commune la grâce d’adoption filiale ; commune la vocation à la perfection ; il n’y a qu’un salut, une espérance, une charité indivisible » (LG, 32).
C'est un appel qui concerne aussi bien ceux qui ont reçu le sacrement de l'Ordre, les personnes consacrées, que chaque fidèle laïc, homme ou femme, c'est un appel à tous. Toi, le trésor que tu as reçu avec ta vocation chrétienne, tu dois le donner : c'est la dynamique de la vocation, c'est la dynamique de la vie. C'est un appel qui permet d'accomplir sa propre tâche apostolique de manière active et créative, au sein d'une Église où « il y a diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son autorité. Mais aussi les laïcs : vous tous ; la majorité d’entre vous, vous êtes laïcs. Également les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument leur part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier, dans l’Église et dans le monde » (AA, 2).
Dans ce cadre, comment le Concile comprend-il la collaboration des laïcs avec la hiérarchie ? Comment l’envisage-t-il ? S'agit-il d'une simple adaptation stratégique à de nouvelles situations qui surviennent ? Pas du tout, rien de cela : c’est bien plus quelque chose qui dépasse les contingences du moment et conserve sa propre valeur même pour nous. L'Église est ainsi, elle est apostolique.
Dans le cadre de l'unité de la mission, la diversité des charismes et des ministères ne doit pas donner lieu, au sein du corps ecclésial, à des catégories privilégiées : Il ne s'agit pas d'une promotion, et lorsque tu conçois la vie chrétienne comme une promotion, que celui qui est au sommet commande les autres parce qu'il a réussi à se hisser plus haut, ce n'est pas le christianisme. C'est du paganisme pur. La vocation chrétienne n'est pas une promotion pour se hisser plus haut, non ! C'est autre chose. Et c’est une chose importante car, même si « certains, par la volonté du Christ, sont établis dans une position peut-être plus importante, docteurs, dispensateurs des mystères et pasteurs pour le bien des autres, cependant, quant à la dignité et à l’activité commune à tous les fidèles dans l’édification du Corps du Christ, il règne entre tous une véritable égalité » (LG, 32). Qui a le plus de dignité dans l'Église : l'évêque, le prêtre ? Non ... nous sommes tous des chrétiens au service des autres. Qui est le plus important dans l'Église : la religieuse ou le simple baptisé, l'enfant, l'évêque ? Tous sont égaux, nous sommes égaux, et quand l'une des parties se croit plus importante que les autres et se met un peu le nez en l'air, elle se trompe. Ce n'est pas la vocation de Jésus. La vocation que Jésus donne à tous - mais surtout à ceux qui semblent occuper des positions plus élevées - est le service, le service des autres, dans l'humilité. Si tu vois une personne qui dans l’Église a une vocation plus haute et que tu la vois être vaniteuse, tu diras : “le pauvre” ; prie pour elle parce qu’’elle n’a pas compris ce qu’est la vocation de Dieu. La vocation de Dieu est l’adoration du Père, l’amour pour la communauté et le service. C'est cela être apôtre, c'est cela le témoignage des apôtres.
La question de l'égalité en dignité nous invite à repenser de nombreux aspects de nos relations, qui sont décisifs pour l'évangélisation. Par exemple, sommes-nous conscients que par nos paroles nous pouvons porter atteinte à la dignité des personnes, détruisant ainsi les relations au sein de l’Église ? Alors que nous essayons de dialoguer avec le monde, savons-nous aussi dialoguer entre nous croyants ? Ou bien est-ce que dans la paroisse, l'un va contre l'autre, l'un fait des commérages sur l'autre pour se hisser plus haut ? Savons-nous écouter pour comprendre les raisons de l'autre, ou nous imposons-nous, peut-être même avec des paroles doucereuses ? Écouter, s'humilier, être au service des autres : c'est cela servir, c'est cela être chrétien, c'est cela être apôtre.
Chers frères et sœurs, n'ayons pas peur de nous poser ces questions. Fuyons la vanité, la vanité des postes. Ces paroles peuvent nous aider à examiner comment nous vivons notre vocation baptismale, comment nous vivons notre manière d'être apôtres dans une Église apostolique, qui est au service des autres.
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 8. La première forme d’évangélisation : le témoignage (cf. Evangelii nuntiandi)
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, nous nous mettons à l'écoute de la "Magna Carta" la Charte fondamentale de l'évangélisation dans le monde contemporain : l'Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi de saint Paul VI (EN, 8 décembre 1975). Ce texte est d'actualité, il a été écrit en 1975, mais c'est comme s'il avait été écrit hier. L'évangélisation est plus qu'une simple transmission doctrinale et morale. Elle est avant tout témoignage : on ne peut pas évangéliser sans témoignage ; le témoignage de la rencontre personnelle avec Jésus-Christ, Verbe Incarné en qui le salut s'est accompli. Un témoignage indispensable parce que, avant tout, le monde a besoin « d'évangélisateurs qui lui parlent d'un Dieu qu'ils connaissent et qui leur est familier » (EN, 76) Ce n'est pas transmettre une idéologie ou une "doctrine" sur Dieu, non. C'est transmettre Dieu qui se fait vie en moi : c'est cela le témoignage ; et aussi parce que « l'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, [...] ou s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins » (ibid., 41). Le témoignage du Christ est donc en même temps le premier moyen d'évangélisation (cf. ibid.) et la condition essentielle de son efficacité (cf. ibid., 76), pour que l'annonce de l'Évangile soit féconde. Être témoins.
Il est nécessaire de rappeler que le témoignage comprend aussi la foi professée, c'est-à-dire l'adhésion convaincue et manifeste à Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui par amour nous a créés, nous a rachetés. Une foi qui nous transforme, qui transforme nos relations, les critères et les valeurs qui déterminent nos choix. Le témoignage est donc indissociable de la cohérence entre ce que l'on croit et ce que l'on annonce et ce que l'on vit. On n'est pas crédible seulement en énonçant une doctrine ou une idéologie, non. Une personne est crédible s’il y a harmonie entre ce qu'elle croit et ce qu'elle vit. Tant de chrétiens disent seulement qu'ils croient, mais vivent autre chose, comme s'ils ne croyaient pas. C'est de l'hypocrisie. Le contraire du témoignage, c'est l'hypocrisie. Combien de fois avons-nous entendu " ah, celui-là qui va à la messe tous les dimanches, et ensuite il vit ainsi, ainsi, ainsi, ainsi" : c'est vrai, c'est le contre-témoignage.
Chacun de nous est appelé à répondre à trois questions fondamentales, ainsi formulées par Paul VI : « Croyez-vous vraiment à ce que vous annoncez ? Vivez-vous ce que vous croyez ? Prêchez-vous vraiment ce que vous vivez ? » (cf. ibid.). Y a-t-il une harmonie : croyez-vous ce que vous annoncez ? Vivez-vous ce que vous croyez ? Annoncez-vous ce que vous vivez ? Nous ne pouvons pas nous contenter de réponses faciles et toutes faites. Nous sommes appelés à prendre le risque, même déstabilisant, de chercher, en faisant pleinement confiance à l'action de l'Esprit Saint qui agit en chacun de nous, nous poussant toujours à aller au-delà : au-delà de nos frontières, au-delà de nos barrières, au-delà de nos limites, quelles qu'elles soient.
En ce sens, témoigner d'une vie chrétienne implique un chemin de sainteté, fondé sur le Baptême, qui nous rend « participants de la nature divine et donc vraiment saints » (Constitution dogmatique Lumen Gentium, 40). Une sainteté qui n'est pas réservée à quelques-uns, qui est un don de Dieu et qui demande à être accueillie et à porter du fruit pour nous et pour les autres. Choisis et aimés par Dieu, nous devons porter cet amour aux autres. Paul VI enseigne que le zèle pour l'évangélisation jaillit de la sainteté de vie, jaillit du cœur qui est rempli de Dieu. Alimentée par la prière et surtout par l'amour de l'Eucharistie, l'évangélisation fait à son tour grandir en sainteté les gens qui la mettent en œuvre (cf. EN, 76). En même temps, sans la sainteté, la parole de l'évangélisateur « fera difficilement son chemin dans le cœur de l’homme de notre temps. », mais « risque d’être vaine et inféconde » (ibid.).
Nous devons donc être conscients que les destinataires de l'évangélisation ne sont pas seulement les autres, ceux qui professent d'autres confessions ou qui n'en professent aucune, mais aussi nous-mêmes, croyants dans le Christ et membres actifs du Peuple de Dieu. Et nous devons nous convertir chaque jour, accepter la parole de Dieu et changer notre vie : chaque jour. C'est ainsi que se fait l'évangélisation du cœur. Pour donner ce témoignage, l'Église comme telle doit aussi commencer par s'évangéliser elle-même. Si l'Église ne s'évangélise pas elle-même, elle reste une pièce de musée. En revanche, ce qui contribue à l'actualiser en permanence, c'est l'évangélisation d'elle-même. Elle a besoin d’écouter sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour. L’Eglise, qui est un Peuple de Dieu immergé dans le monde, et souvent tenté par les idoles- beaucoup - elle a toujours besoin d’entendre proclamer les œuvres de Dieu. Cela signifie, en bref, qu'elle a toujours besoin d'être évangélisée, qu'elle a besoin de recevoir l'Évangile, de prier et de sentir la force de l'Esprit qui change les cœurs (EN, 15).
Une Église qui s'évangélise pour évangéliser est une Église qui, guidée par l'Esprit Saint, est appelée à parcourir un chemin exigeant, un chemin de conversion, de renouvellement. Cela implique aussi la capacité de changer les manières de comprendre et de vivre sa présence évangélisatrice dans l'histoire, en évitant de se réfugier dans les zones protégées par la logique du "on a toujours fait comme ça". Ce sont des refuges qui rendent l'Église malade. L'Église doit aller de l'avant, elle doit grandir continuellement, alors elle restera jeune. Cette Église est entièrement tournée vers Dieu, donc elle participe à son plan de salut pour l'humanité, et, en même temps, entièrement tournée vers l'humanité. L’Église doit être une Église qui dialogue avec le monde contemporain, qui tisse des relations fraternelles, qui crée des espaces de rencontre, en mettant en œuvre de bonnes pratiques d'hospitalité, d'accueil, de reconnaissance et d'intégration de l'autre et de l'altérité, et qui prend soin de la maison commune qu'est la création. C'est-à-dire une Église qui se met en dialogue avec le monde contemporain, dialogue avec le monde contemporain, mais qui rencontre tous les jours le Seigneur et dialogue avec le Seigneur, et laisse entrer l'Esprit Saint qui est le protagoniste de l'évangélisation. Sans l'Esprit Saint, nous ne pourrions que faire de la publicité pour l'Église, pas évangéliser. C'est l'Esprit Saint en nous qui nous pousse à l'évangélisation et c'est la vraie liberté des enfants de Dieu.
Chers frères et sœurs, je vous renouvelle mon invitation à lire et à relire Evangelii Nuntiandi : je vous dis la vérité, je le lis souvent, car c'est le chef-d'œuvre de saint Paul VI, c'est l'héritage qu'il nous a laissé pour évangéliser.
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 9. Les témoins. Saint Paul 1
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans notre parcours catéchétique sur le zèle apostolique, nous commençons aujourd'hui à considérer certaines figures qui, de manières et à des époques différentes, ont donné un témoignage exemplaire de ce que signifie la passion pour l'Évangile. Le premier témoin est bien naturellement l'apôtre Paul. Je voudrais lui dédier deux catéchèses.
L'histoire de Paul de Tarse est emblématique à ce sujet. Dans le premier chapitre de la Lettre aux Galates, tout comme dans le récit des Actes des Apôtres, nous voyons que son zèle pour l'Évangile apparaît après sa conversion, et prend la place de son zèle précédent pour le judaïsme. C'était un homme zélé pour la loi de Moïse, pour le judaïsme, et après sa conversion, ce zèle s'est poursuivi, mais pour proclamer, pour prêcher Jésus-Christ. Paul était un passionné de Jésus. Saul - le nom initial de Paul - était déjà zélé, mais le Christ convertit son zèle : de la Loi à l'Évangile. Son zèle voulait d'abord détruire l'Église, plus tard au contraire, il la construit. Nous pouvons nous demander : que s'est-il passé ? Comment fait-il le passage de la destruction à la construction ? Qu'est-ce qui a changé chez Paul ? Dans quel sens son zèle, son élan pour la gloire de Dieu ont-ils été transformés ?
Saint Thomas d'Aquin enseigne que la passion, d'un point de vue moral, n'est ni bonne ni mauvaise : son utilisation vertueuse la rend moralement bonne, le péché la rend mauvaise
[01]. Dans le cas de Paul, ce qui l'a changé, ce n'est pas une simple idée ou conviction : c'est la rencontre avec le Seigneur ressuscité - ne l'oubliez pas, ce qui change une vie, c'est la rencontre avec le Seigneur - ce fut pour Saül la rencontre avec le Seigneur Ressuscité qui a transformé tout son être. L'humanité de Paul, sa passion pour Dieu et sa gloire n'est pas anéantie, mais transformée, "convertie" par l'Esprit Saint. Le Saint-Esprit est l'unique capable de changer nos cœurs. Il en va de même pour tous les aspects de sa vie. Exactement comme dans l'Eucharistie : le pain et le vin ne disparaissent pas, mais deviennent le Corps et le Sang du Christ. Le zèle de Paul demeure, mais devient le zèle pour le Christ. Le sens change mais le zèle reste le même. Le Seigneur, nous le serons avec notre humanité, avec nos prérogatives et nos caractéristiques, mais ce qui change tout, ce n'est pas une idée, mais la vie elle-même, comme le dit Paul lui-même : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. » (2
Co 5,17). La rencontre avec Jésus-Christ te change de l'intérieur, elle fait de toi une personne différente. Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature, c'est le sens d'être une nouvelle créature. Devenir chrétien n'est pas un maquillage qui change ta face, non ! Si tu es chrétien, cela change ton cœur, mais si tu es un chrétien d'apparence, ce n'est pas bon... des chrétiens de maquillage, ce n'est pas bon. Le vrai changement, c'est celui du cœur. C'est ce qui est arrivé à Paul.
La passion pour l'Évangile n'est pas une question de compréhension ou d'étude, qui sont utiles mais ne la suscitent pas ; elle signifie plutôt passer par cette même expérience de " chute et de résurrection " que Saul/Paul a vécue et qui est à l'origine de la transfiguration de son élan apostolique. Tu peux étudier toute la théologie que tu veux, tu peux étudier la Bible et tout ça et devenir athée ou mondain, ce n'est pas une question d'étude ; il y a eu beaucoup de théologiens athées tout au long de l'histoire ! L'étude sert mais ne génère pas la vie nouvelle de la grâce. En effet, comme le dit saint Ignace de Loyola : « Ce n'est pas tant la connaissance qui satisfait et rassasie l'âme, mais le fait de sentir et de goûter intérieurement les choses »
[02]. Il s'agit des choses qui te changent de l'intérieur, qui te font connaître quelque chose d'autre, goûter quelque chose d'autre. Que chacun d'entre nous y réfléchisse : "Suis-je un religieux ?" - "Très bien" - "Est-ce que je prie ?" - "Oui" - "Est-ce que j'essaie d'observer les commandements ?" - "Oui" - "Mais où est Jésus dans ta vie ?" - Ah, non, je fais les choses que l'Église commande. Mais Jésus où est-il ? As-tu rencontré Jésus, as-tu parlé à Jésus ? Prends-tu l'Évangile ou parles-tu avec Jésus, te souviens-tu qui est Jésus ? Et c'est quelque chose qui nous échappe si souvent. Quand Jésus entre dans ta vie, comme il est entré dans la vie de Paul, Jésus entre, tout change. Tant de fois nous avons entendu des commentaires sur des personnes : "Mais regarde celui-là qui était un malheureux et qui maintenant est un homme bon, une femme bonne... Qui l'a changé ? Jésus, il a trouvé Jésus. Ta vie de chrétien a-t-elle changé ? "Et non, plus ou moins, oui...". Si Jésus n'est pas entré dans ta vie, elle n'a pas changé. Tu peux être chrétien de l'extérieur seulement. Non, Jésus doit entrer dans ta vie et cela te change, et c'est ce qui est arrivé à Paul. On a besoin de trouver Jésus et c'est pourquoi Paul a dit que l'amour du Christ nous saisit, ce qui te fait progresser. Le même changement s'est produit pour tous les saints qui, lorsqu'ils ont trouvé Jésus, ont progressé.
Nous pouvons faire une autre réflexion sur le changement qui s'opère chez Paul, qui de persécuteur est devenu apôtre du Christ. Nous constatons qu'il se produit chez lui une sorte de paradoxe : en effet, tant qu'il se considère juste devant Dieu, il se sent autorisé à persécuter, à arrêter, voire à tuer, comme dans le cas d'Étienne ; mais lorsque, illuminé par le Seigneur Ressuscité, il découvre qu'il a été " un blasphémateur et un homme violent " (cf. 1 Tm 1, 13), - C’est ce qu’il dit de lui-même : "J'étais un blasphémateur et un homme violent" - alors il commence à être vraiment capable d'aimer. Et voici comment. Si l'un d'entre nous dit : "Ah, merci Seigneur, parce que je suis une bonne personne, je fais de bonnes choses, je ne commets pas de gros péchés..." : ce n'est pas un bon chemin, c'est un chemin d'autosuffisance, c'est un chemin qui ne te justifie pas, qui fait de toi un catholique élégant, mais un catholique élégant n'est pas un saint catholique, il est élégant. Le vrai catholique, le vrai chrétien est celui qui reçoit Jésus à l'intérieur, qui change son cœur. C'est la question que je vous pose à tous aujourd'hui : que signifie Jésus pour moi ? Est-ce que je l'ai laissé entrer dans mon cœur, ou est-ce que je le garde à portée de main, mais je ne le laisse pas entrer tellement à l'intérieur ? Me suis-je laissé changer par lui ? Ou bien Jésus n'est-il qu'une idée, une théologie qui se poursuit... Et c'est cela le zèle, quand on trouve Jésus, on sent le feu et, comme Paul, on doit prêcher Jésus, parler de Jésus, aider les gens, faire de bonnes choses. Quand on trouve l'idée de Jésus, on reste un idéologue du christianisme et cela ne sauve pas, seul Jésus nous sauve, si tu l'as rencontré et si tu lui as ouvert la porte de ton cœur. L'idée de Jésus ne te sauve pas ! Que le Seigneur nous aide à trouver Jésus, à rencontrer Jésus, et que ce Jésus de l'intérieur change notre vie et nous aide à aider les autres.
[01] Cf.
Quaestio “De veritate” 24, 7.
[02] Exercices spirituels, Annotations, 2, 4