Ressources Catholiques Magistère

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01INTRODUCTION : LES PÉRILS DOCTRINAUX DE L'HEURE PRÉSENTE
02I. LE DANGER CONSTANT D'ERREUR EN MATIÈRE RELIGIEUSE
02a) concernant les vérités philosophiques qui sont à la base de la religion, dont la révélation est dès lors moralement nécessaire :
04b) concernant la crédibilité de la foi chrétienne :
05II. LES ERREURS CONTEMPORAINES EN DEHORS DE L'ÉGLISE
05a) Dans les milieux incroyants : la généralisation indue du point de vue évolutionniste et ses diverses applications :
08b) Dans certains milieux protestants ; la méconnaissance des forces de la raison humaine et du rôle du magistère ecclésiastique :
09III. LA RÉPERCUSSION DE CES ERREURS DANS LES MILIEUX CATHOLIQUES
09a) Nécessité pour les penseurs catholiques de s'intéresser à ces erreurs :
10b) Danger de se laisser contaminer par ces erreurs :
101. par amour déréglé de la nouveauté :
112. par souci apostolique de rapprochement avec les dissidents :
13c) Formes concrètes sous lesquelles ce danger se manifeste :
14PREMIÈRE PARTIE : LES ERREURS ACTUELLES DANS LE DOMAINE DES SCIENCES THÉOLOGIQUES
14I. LE RELATIVISME DOGMATIQUE
14a) Les formes de l'erreur :
141. Dégager le dogme de son expression scolastique :
152. Nier la possibilité d'exprimer la vérité révélée en notions ayant une valeur permanente :
16b) Jugement à porter : la valeur absolue de vérité des formules dogmatiques approuvées par le magistère ecclésiastique :
17c) Une conséquence de ces erreurs : le mépris pour la spéculation théologique :
18II. LA MÉCONNAISSANCE DU MAGISTÈRE ECCLÉSIASTIQUE
18a) Les formes de l'erreur :
181. Rejeter le contrôle du magistère au nom de la liberté de la recherche scientifique :
192. Ne pas tenir compte des décisions du magistère autres que les définitions solennelles fixant les points de la foi :
193. Prétendre se limiter aux sources de la révélation en négligeant les décisions plus récentes du magistère :
19b) Mise au point.
191. concernant la liberté de discussion en théologie :
202. concernant l'autorité du magistère ordinaire et notamment celle des Encycliques pontificales :
213. concernant le retour aux sources :
224. concernant le rôle et la méthode de la théologie positive :
22III. OPINIONS OPPOSÉES À L'AUTORITE DIVINE DE LA SAINTE ÉCRITURE
22a) Exposé des erreurs :
231. Limitation de l'inerrance scripturaire aux vérités morales et religieuses :
232. Distinction illégitime entre le sens divin caché de l'Écriture, qui serait seul infaillible, et le sens humain :
233. Interprétation de l'Écriture ne tenant compte ni de la Tradition ni du magistère de l'Église :
234. Substitution de l'exégèse symbolique et spirituelle à l'interprétation littérale de l'Écriture :
24b) Jugement :
25IV. ERREURS PARTICULIÈRES
26a) Concernant la doctrine sur Dieu :
26b) Concernant la doctrine sur la création :
27c) Concernant la doctrine sur le surnaturel :
27d) Concernant la doctrine du péché originel et la Rédemption :
27e) Concernant la doctrine sur l'Eucharistie :
27f) Concernant la doctrine sur l'Église :
28g) Concernant la doctrine sur la foi :
29DEUXIÈME PARTIE : LA POSITION DE L'ÉGLISE EN FACE DES ERREURS PHILOSOPHIQUES CONTEMPORAINES
29I. IL FAUT MAINTENIR ABSOLUMENT LA VALEUR DE LA RAISON HUMAINE
30II. IL FAUT EN CONSÉQUENCE CONSIDÉRER COMME DÉFINITIFS LES PRINCIPES MÉTAPHYSIQUES QUI SONT À LA BASE DE LA PHILOSOPHIE TRADITIONNELLE
31III. IL FAUT RESPECTER LA MÉTHODE ET LES DONNÉES ESSENTIELLES DE LA PHILOSOPHIE THOMISTE
31a) Mérites de cette philosophie :
32b) Critiques injustifiables dont elle est l'objet :
331. Cette philosophie serait périmée :
332. Cette philosophie s'inspirerait d'un point de vue rationaliste :
34c) Danger de ces critiques :
35TROISIÈME PARTIE : LES RAPPORTS ENTRE LA FOI ET LES SCIENCES POSITIVES
36I. L'ANTHROPOLOGIE : L'ORIGINE DU CORPS HUMAIN
36La question du transformisme :
37b) La question du polygénisme :
38II. LES SCIENCES HISTORIQUES : L'INTERPRÉTATION DES PREMIERS CHAPITRES DE LA GENÈSE
40CONCLUSION : LA MISSION DES SUPÉRIEURS ECCLÉSIASTIQUES ET DES PROFESSEURS DE SCIENCE RELIGIEUSE


LETTRE ENCYCLIQUE
HUMANI GENERIS
DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE XII
SUR QUELQUES OPINIONS FAUSSES
QUI MENACENT DE RUINER
LES FONDEMENTS DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE
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PLAN 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 01 02 03
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Vénérables Frères,
INTRODUCTION : LES PÉRILS DOCTRINAUX DE L'HEURE PRÉSENTE
01 Les dissentiments et les erreurs des hommes en matière religieuse et morale, qui ont toujours été pour tous les honnêtes gens et, avant tout, pour les vrais fils de l'Église, la cause d'une très vive douleur, le sont particulièrement aujourd'hui où nous voyons de toutes parts attaqués les principes même de la culture chrétienne.
I. LE DANGER CONSTANT D'ERREUR EN MATIÈRE RELIGIEUSE
a) concernant les vérités philosophiques qui sont à la base de la religion, dont la révélation est dès lors moralement nécessaire :
02 À la vérité, il n'est pas étonnant que ces dissentiments et ces erreurs se soient toujours rencontrés en dehors du bercail du Christ. En effet, bien qu'en théorie la raison humaine puisse vraiment, par ses forces et sa lumière naturelles, arriver à une connaissance vraie et certaine d'un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d'une loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des obstacles empêchant cette même raison d'user efficacement et avec fruit de son pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les relations qui existent entre Dieu et les hommes dépassent absolument l'ordre des choses sensibles, et lorsqu'elles doivent se traduite en action et informer la vie, elles demandent qu'on se donne et qu'on se renonce. L'esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la part des sens et de l'imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché originel. De là vient qu'en de telles matières, les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l'incertitude des choses qu'ils voudraient ne pas être vraies.
03 C'est pourquoi il faut dire que la révélation divine est moralement nécessaire pour que les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, puissent être dans l'état actuel du genre humain, connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d'erreur (Concile du Vatican, Constitution De Fide Catholica, chapitre II (DS 1876)).
b) concernant la crédibilité de la foi chrétienne :
04 Bien plus, l'esprit humain peut, parfois, éprouver des difficultés simplement à formuler un jugement ferme de crédibilité au sujet de la foi chrétienne, bien qu'il existe un grand nombre de signes extérieurs éclatants permettant, même avec la seule lumière naturelle de la raison humaine, de prouver l'origine divine de la religion chrétienne II. L'homme, en effet, qu'il soit entraîné par les préjugés ou poussé par ses passions et sa volonté mauvaise, peut se refuser et résister non seulement à l'évidence des signes extérieurs, si claire soit-elle, mais aussi aux inspirations d'En-Haut que Dieu fait sentir en nos âmes.
II. LES ERREURS CONTEMPORAINES EN DEHORS DE L'ÉGLISE
a) Dans les milieux incroyants : la généralisation indue du point de vue évolutionniste et ses diverses applications :
05 Quiconque considère ceux qui se trouvent hors du bercail du Christ, constatera facilement sur quelles voies se sont engagés un bon nombre de savants. Il y en a, en effet, qui prétendent expliquer l'origine de toute chose par le système évolutionniste, qu'ils acceptent sans prudence ni discernement, bien que, même au plan des sciences naturelles, il ne soit pas encore indiscutablement prouvé, et qui ne craignent pas dès lors de se montrer favorables à l'hypothèse moniste et panthéiste d'un univers soumis à une évolution perpétuelle. Cette hypothèse précisément sert aux dirigeants communistes pour propager plus efficacement et mettre en avant leur matérialisme dialectique et faire disparaître des esprits toute notion de Dieu.
06 Les fausses affirmations d'un semblable évolutionnisme, selon lesquelles se trouve rejeté tout ce qui est absolu, certain, immuable, ont ouvert la voie à une nouvelle philosophie aberrante qui, rivalisant avec l'idéalisme, l'immanentisme et le pragmatisme, a reçu le nom d'existentialisme, étant donné que, négligeant les essences immuables des êtres, elle s'intéresse seulement à l'existence de chaque chose.
07 À cela s'ajoute un faux historicisme qui, s'attachant aux seuls événements de la vie humaine, renverse les fondements de toute vérité et de toute loi absolue en ce qui concerne tant la philosophie que les dogmes chrétiens eux-mêmes.
b) Dans certains milieux protestants ; la méconnaissance des forces de la raison humaine et du rôle du magistère ecclésiastique :
08 Au milieu de cette confusion d'opinions, Nous éprouvons quelque soulagement à voir ceux qui, jadis, avaient été imbus des principes du rationalisme, désirer revenir maintenant aux sources d'une vérité divinement révélée reconnaître et proclamer que la parole de Dieu conservée dans la Sainte Écriture est le fondement des sciences sacrées. Mais, il faut en même temps déplorer qu'un bon nombre de ceux-ci, dans la mesure où ils adhèrent plus fermement à la parole de Dieu, suppriment la raison humaine, et, plus volontiers ils exaltent l'autorité de la révélation divine, plus vivement ils méprisent le magistère de l'Église institué par le Christ Notre-Seigneur pour conserver les vérités divinement révélées et les interpréter IV Ce qui, non seulement contredit ouvertement la Sainte Écriture, mais est également démontré faux par l'expérience. Souvent, en effet, ceux mêmes qui sont séparés de l'Église se plaignent ouvertement de leurs dissentiments en matière dogmatique et avouent, malgré eux, la nécessité d'un magistère vivant.
III. LA RÉPERCUSSION DE CES ERREURS DANS LES MILIEUX CATHOLIQUES
a) Nécessité pour les penseurs catholiques de s'intéresser à ces erreurs :
09 Les théologiens et les philosophes catholiques qui ont la lourde charge de défendre la vérité humaine et divine et de la faire pénétrer dans les esprits humains, ne peuvent ni ignorer ni négliger ces systèmes qui s'écartent plus ou moins de la voie droite. Bien plus, ils doivent les bien connaître, d'abord parce que les maux ne se soignent bien que s'ils sont préalablement bien connus, ensuite parce qu'il se cache parfois dans les affirmations fausses elles-mêmes un élément de vérité, enfin, parce que ces mêmes affirmations invitent l'esprit à scruter et à considérer plus soigneusement certaines vérités philosophiques ou théologiques V.
b) Danger de se laisser contaminer par ces erreurs :
1. par amour déréglé de la nouveauté :
10 Si nos philosophes et nos théologiens, de l'examen prudent de ces doctrines, s'efforçaient seulement de tirer un tel fruit, il n'y aurait aucune raison pour que le magistère de l'Église intervînt. Toutefois, quoique Nous sachions bien que les doctrines catholiques se gardent généralement de ces erreurs, il est certain cependant qu'il y a, aujourd'hui, comme aux temps apostoliques, des hommes qui, s'attachant plus qu'il ne faut aux nouveautés, ou même qui, craignant de passer pour ignorer les découvertes faites par la science en cette époque de progrès, s'efforcent de se soustraire à la direction du Magistère et se trouvent, à cause de cela, en danger de s'éloigner insensiblement des vérités révélées et d'entraîner dans l'erreur les autres aussi.
2. par souci apostolique de rapprochement avec les dissidents :
11 Il se présente encore un autre danger, d'autant plus grave qu'il se cache davantage sous l'apparence de la vertu. Beaucoup, déplorant la discorde et la confusion qui règnent dans les esprits mus par un zèle des âmes imprudent, éprouvent dans leur ardeur un vif désir de rompre les barrières qui divisent d'honnêtes  gens ; ils adoptent, en conséquence, un tel « irénisme » VI que, laissant de côté les questions qui divisent les hommes, ils envisagent non seulement de combattre d'un commun accord l'athéisme envahissant, mais même de réconcilier les dogmes, fussent-ils opposés. Et de même qu'il y eut autrefois des gens pour demander si l'apologétique traditionnelle de l'Église ne constituait pas plutôt un obstacle qu'une aide pour gagner les âmes au Christ, il n'en manque pas non plus aujourd'hui pour aller jusqu'à demander sérieusement si la théologie et la méthode qu'elle emploie, telles qu'elles se pratiquent dans les classes avec l'approbation de l'autorité ecclésiastique, ne doivent pas être non seulement perfectionnées, mais encore complètement réformées pour que le règne du Christ soit plus efficacement propagé dans le monde entier, parmi les hommes de quelque culture ou de quelque opinion religieuse que ce soit.
12 S'ils n'avaient d'autre prétention que d'adapter davantage par l'introduction d'une nouvelle méthode l'enseignement ecclésiastique et sa méthode aux conditions et aux besoins actuels, il n'y aurait presque aucune raison d'inquiétude VII ; mais, enflammés d'un « irénisme » imprudent, certains semblent considérer comme des obstacles à la restauration de l'unité fraternelle ce qui, en fait, est fondé sur les lois mêmes et les principes posés par le Christ et sur les institutions établies par Lui, ou bien constitue la défense et le soutien de l'intégrité de la foi et ne saurait, en disparaissant, qu'assurer l'union dans la ruine VIII.
c) Formes concrètes sous lesquelles ce danger se manifeste :
13 Ces opinions nouvelles, qu'elles procèdent d'un désir blâmable de nouveauté ou d'un motif louable, ne sont pas toujours proposées au même degré, avec la même clarté et dans les mêmes termes ; ni ne rencontrent toujours l'accord unanime de leurs divers auteurs ; ce que certains enseignent aujourd'hui de façon couverte, avec des précautions et des distinctions, sera proposé demain par d'autres plus audacieux de manière claire et sans restrictions, non sans faire tort à beaucoup, spécialement au jeune clergé, et non sans dommage pour l'autorité ecclésiastique. Si l'on parle prudemment dans les livres imprimés, on s'exprime plus librement dans les écrits communiqués privément, dans les cours et les réunions. Et ces opinions ne sont pas divulguées seulement parmi le clergé séculier et régulier, dans les séminaires et les instituts religieux, mais aussi parmi les laïcs, parmi ceux spécialement qui sont consacrés à l'enseignement.
PREMIÈRE PARTIE : LES ERREURS ACTUELLES DANS LE DOMAINE DES SCIENCES THÉOLOGIQUES
I. LE RELATIVISME DOGMATIQUE
a) Les formes de l'erreur :
1. Dégager le dogme de son expression scolastique :
14 En ce qui regarde la théologie, certains entendent réduire le plus possible la signification des dogmes, libérer le dogme lui-même de la manière de s'exprimer en usage dans l'Église depuis longtemps et des concepts philosophiques en vigueur chez les docteurs catholiques, pour retourner dans l'exposition de la doctrine catholique aux expressions employées par la Sainte Écriture et par les Pères. Ils espèrent ainsi que le dogme, dépouillé des éléments de ce qu'ils appellent extrinsèques à la révélation, puisse être avec fruit comparé aux opinions de ceux qui sont séparés de l'unité de l'Église, ce qui permettrait d'arriver, petit à petit, à l'assimilation du dogme catholique et des idées des dissidents. En outre, la doctrine catholique une fois ainsi réduite, ils pensent de cette manière donner le moyen de satisfaire aux besoins actuels en exprimant le dogme dans les notions de la philosophie actuelle, immanentisme, idéalisme, existentialisme ou autre.
2. Nier la possibilité d'exprimer la vérité révélée en notions ayant une valeur permanente :
15 C'est pourquoi certains, plus audacieux, affirment que cela peut et même que cela doit se faire, car, prétendent-ils, jamais les mystères de la foi ne peuvent être exprimés en termes vrais, mais seulement en termes approximatifs, et toujours changeables, qui indiquent la vérité dans une certaine mesure, mais qui la déforment aussi nécessairement. C'est pourquoi ils ne jugent pas absurde, mais, au contraire, absolument nécessaire, que la théologie, selon les diverses philosophies dont, au cours des temps, elle se sert comme d'instruments, substitue de nouvelles notions aux anciennes, de telle sorte, sous des modes divers ou même dans une certaine mesure opposés, mais équivalents selon eux, elle exprime de manière humaine les mêmes vérités divines. Ils ajoutent que l'histoire des dogmes consiste à exprimer les différentes formes que la vérité révélée a revêtues successivement selon les diverses doctrines et systèmes qui virent le jour au cours des siècles IX.
b) Jugement à porter : la valeur absolue de vérité des formules dogmatiques approuvées par le magistère ecclésiastique :
16 Il est clair, d'après ce que nous avons dit, que ces tentatives non seulement conduisent au relativisme dogmatique, mais qu'elles le contiennent déjà en fait ; le mépris de la doctrine communément enseignée et des termes dans lesquels elle est exprimée n'y prête déjà que trop. Il n'est personne qui ne voie que les expressions employées, soit dans les classes, soit par le magistère de l'Église, pour exprimer ces notions, peuvent être améliorées et perfectionnées ; on sait, d'ailleurs, que l'Église n'a pas constamment employé les mêmes termes. Il est clair également que l'Église ne peut se lier à n'importe quel système philosophique, dont le règne dure peu de temps ; mais les expressions  qui,  durant des siècles, furent établies du consentement commun des docteurs catholiques pour arriver à quelque intelligence du dogme ne reposent assurément pas sur un fondement fragile Elles reposent, en effet, sur des principes et des notions déduites de la véritable connaissance des choses créées ; dans la déduction de ces connaissances, la vérité révélée a éclairé comme une étoile l'esprit humain par le moyen de l'Église. C'est pourquoi il n'y a pas à s'étonner si certaines de ces notions non seulement ont été employées dans les Conciles œcuméniques, mais en ont reçu une telle sanction qu'il n'est pas permis de s'en éloigner.
c) Une conséquence de ces erreurs : le mépris pour la spéculation théologique :
17 Aussi est-il de la plus grande imprudence de négliger ou de rejeter ou de priver de leur valeur tant de notions importantes que les hommes d'un génie et d'une sainteté non communs, sous la vigilance du magistère et non sans l'illumination et la conduite du Saint-Esprit, ont conçues, exprimées et précisées dans un travail plusieurs fois séculaire pour formuler toujours exactement les vérités de la foi, et de leur substituer des notions et des expressions flottantes et vagues d'une philosophie nouvelle, qui existent aujourd'hui et disparaîtront demain comme la fleur des champs ; c'est faire du dogme lui-même comme un roseau agité par le vent. Le mépris des vocables et des notions dont se servent habituellement les théologiens scolastiques les conduit spontanément à énerver la théologie qu'ils appellent spéculative, laquelle s'appuyant sur la raison théologique, manque, estiment-ils, de véritable certitude.
II. LA MÉCONNAISSANCE DU MAGISTÈRE ECCLÉSIASTIQUE
a) Les formes de l'erreur :
1. Rejeter le contrôle du magistère au nom de la liberté de la recherche scientifique :
18 De fait, malheureusement, les amateurs de nouveauté passent facilement du mépris de la théologie scolastique au manque d'égards et même au mépris à l'égard du magistère de l'Église, qui a si fortement appuyé de son autorité cette théologie. Le magistère est présenté par eux comme un empêchement au progrès et un obstacle pour la science ; des non-catholiques le considèrent comme un frein injuste qui empêche certains théologiens plus cultivés de renouveler leur science.
2. Ne pas tenir compte des décisions du magistère autres que les définitions solennelles fixant les points de la foi :
Et, bien que ce magistère doive être pour tout théologien, en matière de foi et de mœurs, la règle prochaine et universelle de vérité - car le Christ Notre-Seigneur lui a confié tout le dépôt de la foi, Écriture Sainte et Tradition, à garder, à défendre et à interpréter, - toutefois le devoir qu'ont les fidèles d'éviter aussi les erreurs qui voisinent plus ou moins avec l'hérésie et, par conséquent, « d'observer même les constitutions et décrets par lesquels le Saint-Siège proscrit et prohibe de telles opinions mauvaises » (Code de Droit canon, c. CIS 1324 ; cf. Concile du Vatican. Constitution De Fide catholica, ch. IV, DS 1820. Evidemment, lorsque le magistère ne présente pas une doctrine comme vérité de foi, l'adhésion exigée des fidèles ne présentera pas un caractère irréformable ; il s'agira de s'incliner respectueusement (silentium obsequiosum) et parfois même de donner un réel assentiment intellectuel (assenssus internus)), est parfois aussi ignoré d'eux que s'il n'existait pas.
3. Prétendre se limiter aux sources de la révélation en négligeant les décisions plus récentes du magistère :
Ce qui est exposé dans les Encycliques des Souverains Pontifes sur le caractère et la constitution de l'Église est, par certains, délibérément et habituellement négligé dans le but de faire prévaloir un concept vague qu'ils disent pris aux anciens Pères, spécialement Grecs. Les Papes, en effet, disent-ils, n'entendent pas se prononcer sur les questions qui sont matière à discussion entre les théologiens ; c'est pourquoi il faut retourner aux sources et expliquer par les écrits des anciens les constitutions et les décrets récents du magistère.
b) Mise au point.
1. concernant la liberté de discussion en théologie :
19 C'est peut-être bien dit, mais ce n'est pas exempt d'erreur. De fait, il est vrai que les Papes laissent généralement aux théologiens la liberté sur les questions disputées entre les docteurs renommés, mais l'histoire enseigne que bien des choses qui furent d'abord laissées à la libre discussion ne peuvent plus désormais supporter aucune discussion.
2. concernant l'autorité du magistère ordinaire et notamment celle des Encycliques pontificales :
20 Il ne faut pas estimer non plus que ce qui est proposé dans les Encycliques ne demande pas, de soi, l'assentiment, puisque les Papes n'y exercent pas le pouvoir suprême de leur magistère. À ce qui est enseigné par le ministère ordinaire, s'applique aussi cette parole : « Qui vous écoute m'écoute (Lc 10,16) » et, la plupart du temps, ce qui est exposé dans les Encycliques appartient déjà, d'autre part, à la doctrine catholique. Si les Papes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière qui était jusque là controversée, tout le monde comprend que cette matière, dans la pensée et la volonté des Souverains Pontifes, n'est plus, désormais, à considérer comme libre entre les théologiens.
3. concernant le retour aux sources :
21 Il est vrai aussi que les théologiens doivent sans cesse revenir aux sources de la révélation divine ; c'est leur rôle d'indiquer de quelle manière les vérités enseignées par le magistère vivant se trouvent « explicitement ou implicitement dans les Écritures et la Tradition » (Pie IX, lettre Inter gravissimas, du 28 octobre 1870, aux évêques allemands réunis en conférence à Fulda (Acta Pii IX, Pars la, vol. V, p. 260)). En outre, l'une et l'autre source de la doctrine divinement révélée contient des trésors de vérité si nombreux et si grands qu'on ne les épuisera jamais. C'est pourquoi, par l'étude des sources, les sciences sacrées rajeunissent sans cesse, tandis que la spéculation qui néglige de pousser au-delà l'étude du dépôt révélé, l'expérience nous l'a appris, devient stérile.
4. concernant le rôle et la méthode de la théologie positive :
Pour ce motif, la théologie positive elle-même ne peut être ramenée au rang d'une science simplement historique. Dieu, en effet, a donné à son Église, avec ces sources que nous avons dites, un magistère vivant pour éclairer et dégager ce qui n'était contenu dans le dépôt de la foi que d'une manière obscure et pour ainsi dire implicite. Ce dépôt, ce n'est pas à chacun des fidèles, ni même aux théologiens eux-mêmes que Notre Divin Rédempteur en a confié l'interprétation authentique, mais au seul magistère de l'Église. Or, si l'Église exerce ce rôle, comme il lui est souvent arrivé au cours des siècles, par la voie ordinaire ou extraordinaire, il est trop évident que c'est une méthode fausse d'expliquer le clair par l'obscur ; bien plus, c'est l'ordre contraire qui s'impose à tous.
Aussi Pie IX, Notre Prédécesseur d'immortelle mémoire, lorsqu'il enseigna que le rôle très noble de la théologie est de montrer comment la doctrine définie par l'Église est contenue en ses sources, ajouta, non sans grave raison, ces paroles : « Dans le sens même où l'Église l'a définie ».
III. OPINIONS OPPOSÉES À L'AUTORITE DIVINE DE LA SAINTE ÉCRITURE
a) Exposé des erreurs :
22 Pour en revenir, donc, aux opinions nouvelles que nous avons mentionnées plus haut, certains proposent encore ou suggèrent diverses opinions qui entament l'autorité divine de la Sainte Écriture.
1. Limitation de l'inerrance scripturaire aux vérités morales et religieuses :
Certains, en effet, osent fausser le sens de la définition du Concile du Vatican qui proclame Dieu auteur des Écritures, reprenant ainsi une opinion bien des fois condamnée, selon laquelle l'inerrance de l'Écriture ne s'étendrait qu'à ce qui concerne Dieu, les choses morales et religieuses.
2. Distinction illégitime entre le sens divin caché de l'Écriture, qui serait seul infaillible, et le sens humain :
Bien plus, disent-ils, ils parlent à tort du sens humain des Livres Sacrés, sous lequel se cacherait le sens divin, seul infaillible.
3. Interprétation de l'Écriture ne tenant compte ni de la Tradition ni du magistère de l'Église :
Dans l'interprétation de l'Écriture, ils ne veulent aucunement qu'on tienne compte de l'analogie de la foi et de la tradition de l'Église ; en sorte qu'il faudrait ramener l'enseignement des Saints Pères et du magistère au sens de l'Écriture interprétée d'une manière purement humaine par les exégètes, plutôt que d'expliquer la Sainte Écriture selon l'esprit de l'Église, que le Christ Notre-Seigneur a établie gardienne et interprète de l'entier dépôt de la vérité divinement révélée.
4. Substitution de l'exégèse symbolique et spirituelle à l'interprétation littérale de l'Écriture :
23 En outre, le sens littéral de l'Écriture et l'exposé qu'en ont élaboré, sous la vigilance de l'Église, tant et de si grands exégètes, doivent céder, selon les décrets fallacieux de ces maîtres devant l'exégèse nouvelle, qu'ils appellent symbolique et spirituelle. C'est par elle que les Livres de l'Ancien Testament qui demeureraient aujourd'hui dans l'Église comme dans une fontaine scellée, seraient enfin de nouveau intelligibles à tous. Par cette voie, assurent-ils, s'évanouissent toutes les difficultés, qui n'entravent que ceux qui restent attachés au sens littéral des Écritures.
b) Jugement :
24 Tout le monde voit combien toutes ces doctrines s'écartent des principes et des normes d'herméneutique qui furent justement fixées par Nos Prédécesseurs, d'heureuse mémoire, Léon XIII, en l'Encyclique Providentissimus, et Benoît XV, en l'Encyclique Spiritus Paraclitus, ainsi que par Nous-même en Notre Encyclique Divino Afflante Spiritu ".
IV. ERREURS PARTICULIÈRES
25 Il n'est pas étonnant que ces nouveautés aient déjà produit des fruits empoisonnés dans toutes les parties de la théologie.
a) Concernant la doctrine sur Dieu :
On met en doute la puissance de la raison à démontrer, par des arguments tirés des créatures, sans l'aide de la révélation, l'existence d'un Dieu personnel.
b) Concernant la doctrine sur la création :
On nie que le monde ait commencé, et on prétend que la création du monde était nécessaire, puisqu'elle procéderait de la nécessaire libéralité de l'amour divin ; on refuse à Dieu la prescience éternelle et infaillible des actions libres des hommes ; toutes doctrines qui s'opposent aux déclarations du Concile du Vatican (cf. Conc. Vat. Const. De Fide Cath., 1, De Deo rerum omnium creatore).
26 Quelques-uns même se demandent si les anges sont des créatures personnelles, si la matière diffère essentiellement de l'esprit.
c) Concernant la doctrine sur le surnaturel :
D'autres déforment la vraie notion de la gratuité de l'ordre surnaturel, quand ils prétendent que Dieu ne peut créer des êtres doués d'intelligence, sans les ordonner et les appeler à la vision béatifique.
d) Concernant la doctrine du péché originel et la Rédemption :
Ce n'est pas assez ; écartant les définitions du Concile de Trente, on fausse la notion du péché originel et en même temps celle du péché en général, en tant qu'il est offense de Dieu, celle aussi de la satisfaction que le Christ a présentée pour nous.
e) Concernant la doctrine sur l'Eucharistie :
Il s'en trouve pour soutenir que la doctrine de la transsubstantiation fondée, disent-ils, sur une notion vieillie de la substance, doit être corrigée, de telle sorte que la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, se réduise à une sorte de symbolisme ; en ce sens que les espèces consacrées ne seraient que des signes efficaces de la présence spirituelle du Christ et de son intime union en son Corps Mystique avec les membres fidèles.
f) Concernant la doctrine sur l'Église :
27 Certains sont d'avis qu'ils ne sont point liés par la doctrine que Nous exposions, il y a peu d'années, en Notre Encyclique, et qui s'appuie sur les sources de la révélation, à savoir que le Corps Mystique du Christ et l'Église Catholique Romaine sont une seule et même chose (Voir l'Encyclique Mystici Corporis Christi, A. A. S., 35, p. 193.). Quelques-uns réduisent à une vaine formule la nécessité d'appartenir à l'Église, pour arriver au salut éternel.
g) Concernant la doctrine sur la foi :
D'autres, enfin, n'admettent pas le caractère rationnel des signes de crédibilité de la foi catholique.
28 Ces doctrines, et d'autres du même genre, il est manifeste qu'elles se glissent déjà chez plusieurs de Nos fils, entraînés dans l'erreur par un zèle des âmes inconsidéré, ou une science fausse. Il Nous faut donc avec tristesse leur répéter des vérités très connues et leur indiquer, non. sans douleur, des erreurs manifestes et les dangers d'erreur auxquels ils sont exposés.
DEUXIÈME PARTIE : LA POSITION DE L'ÉGLISE EN FACE DES ERREURS PHILOSOPHIQUES CONTEMPORAINES
I. IL FAUT MAINTENIR ABSOLUMENT LA VALEUR DE LA RAISON HUMAINE
29 On sait l'importance que l'Église attache au pouvoir qu'a la raison humaine de démontrer, avec certitude, l'existence d'un Dieu personnel, de prouver victorieusement à partir de signes divins, les fondements de la foi chrétienne, d'exprimer justement la loi inscrite par le Créateur dans le cœur de l'homme, enfin, d'atteindre à une certaine connaissance des mystères, véritable et très fructueuse (Cfr. Conc. Vat., DS 1796.). La raison, toutefois, n'arrivera à s'exercer ainsi avec justesse et sûreté, que si elle a été formée comme il convient, c'est-à-dire si elle est pénétrée de cette philosophie saine, que nous avons reçue des siècles chrétiens qui nous ont précédés, comme un patrimoine, depuis longtemps constitué, arrivé précisément à ce degré supérieur d'autorité, parce que le magistère même de l'Église a soumis aux normes de la révélation divine elle-même, ses principales assertions que de grands esprits avaient peu à peu découvertes et définies. Cette philosophie reçue et communément admise dans l'Église, défend l'authentique et exacte valeur de la connaissance humaine, les principes inébranlables de la métaphysique - principes de raison suffisante, de causalité et de finalité - enfin la capacité d'arriver à une vérité certaine et immuable.
II. IL FAUT EN CONSÉQUENCE CONSIDÉRER COMME DÉFINITIFS LES PRINCIPES MÉTAPHYSIQUES QUI SONT À LA BASE DE LA PHILOSOPHIE TRADITIONNELLE
30 Cette philosophie présente de nombreux points qui ne touchent, ni directement ni indirectement, aux questions de foi et de morale, et que l'Église, pour ce motif, abandonne à la libre discussion des esprits compétents. En d'autres domaines, au contraire, ceux surtout qui concernent les principes et les énoncés essentiels que Nous avons rappelés, la même liberté n'existe pas. Même en ces questions essentielles, il est permis de donner à la philosophie un vêtement plus juste et plus riche, de la défendre par des exposés plus efficaces, de la dégager de certaines présentations scolaires, moins adaptées, de l'enrichir prudemment de certains apports de la pensée humaine ; mais il n'est jamais permis de la renverser, de la contaminer, par de faux principes ou de l'estimer un monument imposant certes, mais d'un autre âge. C'est que la vérité et toute la présentation philosophique qu'on en fait ne peuvent changer d'un jour à l'autre, surtout quand il s'agit des principes qui sont connus par eux-mêmes à l'esprit humain, ou de ces assertions qui s'appuient sur la sagesse des siècles et leur accord avec la révélation. Tout ce que la raison humaine, en ces recherches sincères, pourra découvrir de vérité, ne peut sûrement pas s'opposer aux vérités acquises. Car Dieu, Souveraine Vérité, a établi l'intelligence et la dirige non pas en lui faisant opposer chaque jour des nouveautés aux vérités acquises, mais en lui donnant d'écarter les erreurs qui par hasard se seraient glissées, pour ajouter le vrai au vrai, dans le même ordre et selon l'harmonie qui se révèle dans la constitution même des choses d'où nous tirons le vrai. Que le chrétien, philosophe ou théologien, n'embrasse donc pas avec précipitation et légèreté toutes les nouveautés du jour, mais avec grand soin, il pèse ces pensées, les mette en une juste balance, par crainte de perdre la vente qu'il possède ou de la contaminer, avec de grands dommages et de grands risques, pour la foi elle-même.
III. IL FAUT RESPECTER LA MÉTHODE ET LES DONNÉES ESSENTIELLES DE LA PHILOSOPHIE THOMISTE
a) Mérites de cette philosophie :
31 Si on a bien saisi ces points de vue, on apercevra sans peine pourquoi l'Église exige que ses futurs prêtres soient formés aux disciplines philosophiques « selon la méthode, la doctrine et les principes du Docteur Angélique » (Code de droit canon, CIS 1366, 2 §.). C'est que l'expérience de plusieurs siècles lui a parfaitement appris que la méthode de l'Aquinate, qu'il s'agisse de former de jeunes esprits, ou d'approfondir les vérités les plus secrètes, s'impose entre toutes par ses mérites singuliers ; sa doctrine s'harmonise avec la révélation divine comme par un juste accord ; elle est singulièrement efficace pour établir, avec sûreté, les fondements de la foi, comme aussi pour recueillir, de façon sûre et utile, les fruits du vrai progrès (A. A. S., 38, p. 387).
b) Critiques injustifiables dont elle est l'objet :
32 Pour ce motif, il faut extrêmement déplorer que cette philosophie reçue et reconnue dans l'Église, soit aujourd'hui méprisée de certains qui osent imprudemment la déclarer vieillie en sa forme, rationaliste en son procédé de pensée.
1. Cette philosophie serait périmée :
Ils répètent, en effet, que notre philosophie soutient à tort la possibilité d'une métaphysique absolument vraie ; d'autre part, ils affirment catégoriquement que les réalités, surtout les réalités transcendantes, ne se peuvent exprimer mieux que par des doctrines disparates qui se complètent mutuellement, malgré qu'elles s'opposent d'une certaine façon les unes aux autres. Aussi accordent-ils que la philosophie que nous donnons en nos écoles, avec sa présentation claire des questions et leur solution, ses notions soigneusement établies et ses distinctions nettes, peut être utile pour initier à la théorie scolastique et fut merveilleusement adaptée aux esprits du moyen âge ; mais elle ne présente plus, disent-ils, la méthode de philosophie qui répond à notre culture et à nos besoins. Ils font ensuite l'objection que la philosophie perennis n'est qu’une philosophie des essences immuables, tandis que l'esprit humain d'aujourd'hui doit considérer l'existence, les êtres singuliers et la vie toujours fluante. Pendant qu’ils méprisent cette philosophie, ils font l'éloge des philosophies anciennes ou modernes, d'Orient ou d'Occident, en sorte qu'ils semblent insinuer dans les esprits que n'importe quelle philosophie, n'importe quelle façon de penser peut, moyennant, s'il le faut, des corrections et des compléments, s'accorder avec le dogme catholique. Ce qui est absolument faux, surtout lorsqu'il s'agit de systèmes comme l'immanentisme, l'idéalisme ou le matérialisme, soit historique, soit dialectique, ou encore de l'existentialisme, s'il professe l'athéisme ou du moins s'il rejette la valeur du raisonnement métaphysique. Il n'est pas un catholique pour contester ce désaccord.
2. Cette philosophie s'inspirerait d'un point de vue rationaliste :
33 Enfin ils reprochent à la philosophie de nos écoles de ne considérer dans le processus de la connaissance, que l'intelligence et de négliger le rôle de la volonté et des affections. Ce n'est point le cas. Jamais, en effet, la philosophie chrétienne n'a nié l'efficacité ni l'utilité des bonnes dispositions de toute âme, pour pleinement reconnaître et embrasser les vérités religieuses et morales ; bien plus, elle a toujours enseigné que l'absence de ces dispositions peut être la cause pour laquelle l'intelligence, liée par ses désirs et une volonté mauvaise, est obscurcie, au point de ne pas voir comme il faut. Bien plus, c'est le jugement du Docteur Commun que l'intelligence peut s'élever à la perception de biens plus élevés de l'ordre moral, naturel ou surnaturel, seulement dans la mesure où elle éprouve une certaine connaturalité de l'âme avec ces biens, qu'elle soit naturelle ou un don de la grâce (Cf. saint Thomas, Somme théologique, II-II 1,4, ad 3 et II-II 45,2 in c.). On voit sans peine à quel point ces clartés confuses peuvent aider la raison dans ses recherches. Cependant, autre chose est de reconnaître aux affections de la volonté, la puissance d'aider la raison à parvenir à une connaissance plus certaine et plus ferme des choses morales ; autre chose, et c'est la prétention de ces novateurs, d'attribuer aux facultés du vouloir et du sentiment une certaine puissance intuitive et de prétendre que l'homme impuissant à découvrir avec certitude par sa raison le vrai qu'il doit embrasser, doit se tourner vers la volonté pour choisir et décider entre des opinions qui s'opposent, mêlant mal à propos connaissance et acte de la volonté.
c) Danger de ces critiques :
34 Il n'est pas étonnant par suite, que ces doctrines compromettent deux disciplines philosophiques qui sont par leur nature étroitement liées à l'enseignement de la foi : la théodicée et l'éthique. Leur rôle ne serait plus d'établir des certitudes sur Dieu ou un autre être transcendant, mais de montrer plutôt que les enseignements de la foi, sur un Dieu personnel et ses préceptes, s'accordent parfaitement avec les nécessités de la vie ; par suite, qu'il faut les embrasser pour écarter le désespoir et parvenir au salut éternel.
Tous ces énoncés s'opposent manifestement aux documents de Nos prédécesseurs Léon XIII et Pie X, et ne peuvent s'accorder avec les décrets du Concile du Vatican. Il n'y aurait point lieu de déplorer tous ces écarts en dehors de la vérité si tous écoutaient le magistère de l'Église avec le respect qui lui est dû, même en matière de philosophie. Car il lui revient de par l'institution divine, non seulement de garder et d'interpréter le dépôt des vérités divinement révélées, mais de veiller encore sur les sciences philosophiques, afin que les dogmes catholiques ne souffrent aucune atteinte des fausses doctrines.
TROISIÈME PARTIE : LES RAPPORTS ENTRE LA FOI ET LES SCIENCES POSITIVES
35 Il nous reste à dire quelques mots de questions qui se rapportent aux sciences positives, mais sont en rapport plus ou moins étroit avec les vérités de la foi. Plusieurs, en effet, réclament avec instances que la religion catholique tienne le plus grand compte de ces disciplines. Ce qui, sans aucun doute, est chose louable lorsqu'il s'agit de faits véritablement établis, mais lorsqu'il s'agit d'hypothèses qui touchent à l'enseignement de l'Écriture ou de la Tradition, même si elles ont quelque fondement scientifique, il faut les accueillir avec prudence. Si de telles hypothèses s'opposaient directement ou indirectement à la doctrine révélée, par Dieu, elles seraient un postulat tout à fait inacceptable.
I. L'ANTHROPOLOGIE : L'ORIGINE DU CORPS HUMAIN
La question du transformisme :
36 En conséquence, l'Église n'interdit pas que la doctrine de l'évolution, pour autant qu'elle recherche si le corps humain fut tiré d'une matière déjà existante et vivante - car la foi catholique nous oblige à maintenir l'immédiate création des âmes par Dieu - dans l'état actuel des sciences et de la théologie, soit l'objet de recherches et de discussions de la part des savants de l'un et l'autre parti, de telle façon que les raisons qui favorisent ou combattent l'une ou l'autre opinion soient examinées et jugées avec le sérieux nécessaire, modération et mesure, à la condition toutefois que tous soient prêts à se soumettre au jugement de l'Église, à qui le Christ a confié le mandat d'interpréter avec autorité les Écritures et de protéger la foi (Cf. allocution aux membres de l'Académie pontificale des Sciences, 30 novembre 1941, A. A. S., 33, p. 506). Certains outrepassent cette liberté de discussion en faisant comme si on avait déjà établi, de façon absolument certaine, avec les indices qu'on a trouvés et ce que le raisonnement en a déduit l'origine du corps humain à partir d'une matière déjà existante et vivante, et cela comme s'il n'y avait rien dans les sources de la révélation divine qui, en ce domaine, impose la plus grande modération et la plus grande prudence.
b) La question du polygénisme :
37 Quand il s'agit de l'autre hypothèse qu'on appelle le polygénisme, les fils de l'Église n'ont plus du tout pareille liberté. En effet, les fidèles ne peuvent embrasser une doctrine dont les tenants soutiennent, ou bien qu'il y a eu sur terre, après Adam, de vrais hommes qui ne descendent pas de lui par génération naturelle, comme du premier père de tous, ou bien qu'Adam désigne l'ensemble de ces multiples premiers pères. On ne voit, en effet, aucune façon d'accorder pareille doctrine avec ce qu'enseignent les sources de la vérité révélée et ce que proposent les actes du magistère ecclésiastique, sur le péché originel, péché qui tire son origine d'un péché vraiment personnel commis par Adam, et qui, répandu en tous par la génération, se trouve en chacun et lui appartient (Cfr. Rm 5,12-19 ; Conc. Trid., sess. V., can. 1-4)
II. LES SCIENCES HISTORIQUES : L'INTERPRÉTATION DES PREMIERS CHAPITRES DE LA GENÈSE
38 Tout comme dans les disciplines de la biologie et de l'anthropologie, ainsi que dans les sciences historiques, certains s'écartent de façon audacieuse des règles de prudence établies par l'Église. D'une façon particulière, il  faut déplorer certaine manière, beaucoup trop libre, d'interpréter les Livres historiques de l'Ancien Testament. Les tenants de ce système invoquent à tort la Lettre donnée, il y a peu de temps, par la Commission Pontificale des Etudes Bibliques, à l'Archevêché de Paris (Lettre du 16 janvier 1948, dans A. A. S., XXXX, p. 45). Cette Lettre, en effet, avertit clairement que les deux premiers chapitres de la Genèse, quoiqu'ils ne répondent pas de façon rigoureuse au concept de l'Histoire qui fut celui des grands historiens grecs et latins, ou qui est celui des maîtres de notre temps, toutefois appartiennent, en un sens véritable, que les exégètes devront encore explorer et établir, au genre historique. Ces mêmes chapitres, d'un style simple et figuré, tel qu'il convenait à la mentalité d'un peuple peu cultivé, rapportent les vérités essentielles, sur lesquelles repose la poursuite de notre salut éternel ; ils décrivent de façon populaire l'origine du genre humain et celle du peuple élu. Si les hagiographes anciens ont pris quelque chose aux narrations populaires (ce que l'on peut accorder), il ne faut jamais oublier qu'ils l'ont fait, aidés de l'inspiration divine qui les gardait de toute erreur, dans le choix et l'appréciation de ces documents.
39 On ne peut donc, d'aucune façon, mettre les récits populaires accueillis par les Livres Saints, sur le même rang que les mythologies ou autres récits semblables, qui sont plus le fruit du jeu de l'imagination que du goût de la vérité et de la simplicité qui marquent si visiblement les Livres sacrés, même de l'Ancien Testament, qu'il faut placer nos hagiographes bien au-dessus des écrivains profanes de l'antiquité.
CONCLUSION : LA MISSION DES SUPÉRIEURS ECCLÉSIASTIQUES ET DES PROFESSEURS DE SCIENCE RELIGIEUSE
40 Nous savons, à la vérité, que la majorité des maîtres catholiques dont les travaux profitent aux athénées, aux séminaires et aux collèges d'Instituts religieux, sont loin de ces erreurs qui se répandent aujourd'hui ouvertement ou en secret, par manie de nouveauté ou par un propos mal réglé d'apostolat. Mais nous savons aussi que ces opinions nouvelles peuvent avoir prise sur les personnes peu averties ; aussi nous préférons nous y opposer dès le principe plutôt que de devoir porter remède à une maladie déjà invétérée.
41 En conséquence, après avoir mûrement réfléchi devant Dieu, pesé et considéré la chose, pour ne point faillir aux devoirs sacrés de Notre charge, Nous enjoignons aux Évêques et aux Supérieurs Généraux d'Ordres et d'Instituts religieux, leur en faisant une grave obligation de conscience, de veiller avec le plus grand soin à ce qu'on ne soutienne point de doctrines de ce genre dans les classes, dans les réunions ou par quelques écrits que ce soit, ni qu'on les enseigne, que ce soit aux clercs ou aux fidèles.
42 Les professeurs d'Instituts ecclésiastiques se rappelleront qu'ils ne peuvent, avec tranquillité de conscience, exercer l'office de professeur qui leur est confié, que s'ils acceptent religieusement et gardent exactement dans leur enseignement, les normes de pensée que Nous avons statuées. Et comme ils doivent respect et soumission au magistère de l'Église, en leur travail de chaque jour, ils doivent aussi en imprégner l'esprit et le cœur de leurs disciples.
43 Qu'ils cherchent, certes, de toutes leurs forces à concourir au progrès des sciences qu'ils enseignent, mais qu'ils se gardent aussi d'outrepasser les limites que Nous avons établies pour défendre la vérité de la foi et de la doctrine catholique. Dans les questions nouvelles, que la culture moderne et le progrès rendent actuelles, qu'ils apportent leurs recherches les plus diligentes, mais avec la prudence et la circonspection qui conviennent ; enfin qu'ils se gardent de croire, par un faux « irénisme » qu'on peut obtenir un heureux retour des dissidents et des égarés à l'Église si on n'enseigne pas à tous, sincèrement, toute la vérité qu'enseigne l'Église, sans aucune corruption et sans aucune diminution.
44 Fondé sur cette espérance, que votre zèle pastoral ravive, comme gage des dons du Ciel et comme signe de Notre paternelle bienveillance, Nous accordons de grand cœur, à tous, à Vous-mêmes, Vénérables Frères, ainsi qu'à votre clergé, et à votre peuple, la Bénédiction apostolique.
NOTES DE L'EDITEUR
Sur l'introduction :
II Une Encyclique de Benoît XV, publiée le 15 juin 1917 et donnant des directives sur manière de prêcher, porte le même titre Humani Generis.
III R.  Rouquette, dans les Etudes, octobre 1950, p. 108.
IV Mais pas exclusivement : les maitres eux-mêmes ne sont pas exempts d'une certaine responsabilité et il était opportun de la leur rappeler pour les inciter à plus de prudence. En effet, comme le note judicieusement M. Marrou, qui est loin d'être un réactionnaire, "les intuitions les plus justes et les plus profondes ne peuvent pas trouver, dès l'abord, cette parfaite justesse et sûreté qui en feraient une connaissance véritable et fructueuse" (Du bon usage d'une encyclique, dans Esprit, octobre 1950, p. 564).
V H. Marrou, ibid., p. 565. On a un exemple de ces "caricatures" dans l'ouvrage, d'ailleurs anonyme, Teilhard de Chardin : l'évolution rédemptrice, Paris, 1950 (voir la déclaration du Père Teilhard de Chardin dans les Etudes de Septembre 1950, p.284, où celui-ci déclare ne pas du tout reconnaître l'expression de sa pensée dans le système qui lui est prêté par son contradicteur).
VI R.  Rouquette, dans les Etudes, octobre 1950, p. 111.
VII R. d'Ouince, dans les Etudes, décembre 1950, pp. 363-364.
IX Reproduit dans La Croix des 19 et 20 novembre 1950, p. 2.

Sur le texte :
II On pourrait se demander si ces mots ne visent pas la théorie du P. Rousselt, d'après lequel la grâce de foi est nécessaire pour que la raison perçoive dans toute leur force probante la valeur des motifs de crédibilité. À priori, on pourrait s'étonner qu'une théorie défendue depuis longtemps en toute liberté par d'éminents théologiens soit condamnée dans une simple incise, alors qu'il n'y est plus fait allusion lorsque le Pape, plus bas, parle explicitement des erreurs concernant la connaissance de la crédibilité. Il y a d'ailleurs des raisons positives, tirées du contexte, qui confirment qu'il ne s'agit pas ici de la thèse de Rousselt, comme le montre le P. Malmberg, Zelfs met het natuurlijk redelicht alleen (« vel solo naturali rationis lumine »). Notities bij een passage van de encycliek « Humani generis », dans Bijdragen uitgegeven door de Vaculteiten der Noord-und Zuid-Nederlandse-Jezuieten, 1950, t. XI, pp. 202-211.
III Ainsi qu'on le voit, ce que le Pape condamne ici, ce n'est pas l'explication transformiste de l'origine des différentes espèces vivantes, dont il sera question à la fin de l'Encyclique, mais l'évolutionnisme généralisé, transposé du plan des sciences naturelles à celui de la philosophie et qui se traduit, de nos jours, sous trois formes signalées successivement par l'Encyclique :
1° prétendre faire sortir la vie et même la pensée de la matière brute, en écartant l'action  d'un Dieu transcendant à l'origine  du processus  évolutif ;
2° négliger ce qu'il y a de permanent et d'absolu dans les êtres et, passant d'un extrême à l'autre, substituer à l'idéalisme rationaliste issu de Hegel une philosophie s'intéressant uniquement à l'existence concrète des individus ;
3° vouloir faire l'histoire des idées en se bornant exclusivement à noter les formes variables de pensée et d'expression, au risque d'aboutir au relativisme qui nie le caractère absolu de la vérité.
IV L'Encyclique fait ici allusion à l'enseignement du célèbre théologien calviniste Karl Barth, dont l'influence a été considérable ces  dernières années dans les milieux réformés et qui marque une réaction marquée contre les tendances rationalisantes du protestantisme libéral de la  génération précédente.
V On voit ici comment le Pape n'entend nullement isoler les intellectuels catholiques dans un ghetto ni les priver de tout contact avec la pensée contemporaine. Il les exhorte à étudier celle-ci non seulement pour pouvoir mieux en réfuter les erreurs, mais également parce qu'ils y trouveront un stimulant pour la réflexion chrétienne elle-même.
VI On préconise depuis quelques années, dans les échanges de vues avec les dissidents, de substituer à la méthode polémique l'esprit de la méthode irénique. Le mot vient du grec ZCO'ijVYj cIui signifie paix. Il caractérise l'attitude conciliante de celui qui s'efforce de découvrir dans les positions qu'il n'admet pas, tout ce qu'elles peuvent contenir de vrai, et qui, cherchant lui-même la vérité, considère ceux qui ne pensent pas comme lui comme animés des mêmes dispositions sincères. L'Encyclique ne blâme nullement l'esprit irénique, mais bien, comme elle dira plus bas, « l'irénisme imprudent » qui, par un souci maladroit de conciliation, aboutirait à dissimuler les exigences de la vérité. Déjà l'instruction du Saint-Office du 5 juin 1948, sur le mouvement œcuménique, avait mis en garde contre cet irénisme imprudent (cf. Documents Pontificaux 1948, p. 220).
VII On notera à nouveau avec quelle généreuse confiance le Saint-Père envisage « l'introduction d'une nouvelle méthode » destinée à mieux adapter l'enseignement ecclésiastique aux conditions et aux besoins d'aujourd'hui.
VIII Le magistère suprême de l'Église romaine n'est pas le seul à penser de la sorte. Le Rd Brandreth, membre anglican du mouvement œcuménique Faith and Order, écrit : « Ce n'est pas de la charité mais du sentimentalisme que de chercher à minimiser les différences de doctrine ou de régime ecclésiastique » (Chrétiens devant l'Œcuménisme, Lille. 1947. P- Ef Le pasteur calviniste Max Thurian, très ouvert, lui aussi, au mouvement œcuméniste, met en garde contre ce qu'il nomme le « confusionisme », qui ne saisit pas « toute la profondeur et la gravité des oppositions dogmatiques », et contre le « pragmatisme œcuméniste » qui fait comme si la difficulté n'existait pas (ibid., pp. 18-19).
IX On retrouve ici l'une des idées essentielles du Modernisme et la manière dont il concevait le rôle des formules dogmatiques (cf. Encyclique Pascendi, DS 2079).
XII Ce qui n'implique pas nécessairement qu'elle soit dès lors l'objet d'un acte de foi proprement dit ; tout dépend du degré de certitude avec lequel la doctrine est présentée par le Souverain Pontife ; comme une vérité de foi, comme une « doctrine commune » de l'Église, comme une opinion qui a la faveur de l'autorité. Mais en tout état de cause, une attitude de soumission est requise (cf. plus haut, note 10) .
XIV Ibid. Cf. l'article Tradition, dans le Dictionnaire de théologie catholique, t. XV, 1343-1344-
XV Encyclique Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1043 (cf. traduction française avec commentaires de L. Cerfaux, Encyclique sur les Etudes Bibliques, Ed. Universitaires, Bruxelles, 1043).
XVI Le Pape désavoue à nouveau, comme il l'avait déjà fait dans l'Encyclique Diurno Afflante Spiritu, l'interprétation dite « spirituelle » de la Bible (par opposition à l'exégèse « littérale »), qui a donné lieu, en Italie surtout, à certains excès et verse aisément dans la fantaisie, mais qu'il ne faut pas confondre avec l'exégèse « typologique » qui, depuis saint Paul et les Pères, s'applique à relever les correspondances entre le Nouveau Testament et l'Ancien, et les préfigurations du Christ dans ce dernier.
XVII Il semble que parmi les travaux préparatoires à l'Encyclique avait été rédigé un Syllabus énumérant différentes thèses suspectes, classées d'après l'ordre classique des-traités de théologie. Telle serait l'origine de cette section, à première vue un peu disparate.
XIX Cette proposition, dont les termes ont été soigneusement pesés, n'implique pas qu'il soit impossible de faire son salut si l'on n'appartient pas visiblement à l'Église romaine.
XX Le Saint-Père rappellera par ailleurs un peu plus bas que certaines dispositions morales sont nécessaires pour que le sujet perçoive la valeur réelle de ces signes de crédibilité.
XXI Le rappel de ces vérités déjà définies par le Concile du Vatican est extrêmement opportun en présence de l'anti-intellectualisme contemporain. Nous touchons ici au problème central et au sens fondamental de l'Encyclique Humani generis.
XXII L'Encyclique ne fait que reprendre ici la condamnation portée déjà par Pie X contre le Modernisme et, avec plus de solennité encore, par le Concile du Vatican, contre les idées de certains disciples de Gunther : Si quis dixerit fieri posse ut dogmatibus ab Ecclesia propositis, aliquando secundum progressum scientiae sensus tribuendus sit alius ab eo quein intellexit et intelligit Ecclesia, a. s. (DS 1818).
XXIII « Il est utile de remarquer, observe le P. Levie, dans la Nouvelle Revue Théologique (septembre-octobre 1950, PP 791-792), que dans l'exposé de ce premier point, strictement dogmatique, l'Encyclique ne prononce pas le mot de philosophie scolastique ou de philosophie thomiste ; elle n'a en vue jusqu'ici que cette philosophie essentielle, qui est indispensable dans la synthèse apologétique et théologique du catholicisme et qui est du reste l'âme de la philosophie scolastique. Le Pape fait un pas de plus dans le point suivant °u il se place, non plus au point de vue dogmatique, mais au point de vue pédagogique ^e la formation des futurs prêtres dans les séminaires catholiques. »
XXVI Comme on le voit, toute forme d'existentialisme n'est pas condamnée par l'Encyclique. Outre l'existentialisme athée - celui d'un Sartre, par exemple -, ce que le Pape désavoue, c'est l'existentialisme qui « rejette la valeur du raisonnement métaphysique »¦ Ceci paraît le cas pour un Jaspers, par exemple. Et il est indéniable qu'une tendance analogue, plus ou moins clairement exprimée, existe chez un certain nombre de penseurs français contemporains. Mais il serait simpliste d'attribuer aussitôt une tendance de ce genre à tous ceux qui ont préconisé la fécondité de la méthode existentialiste. Comme on l'a fait très justement observer, ceux qui prétendraient par exemple conclure des passages de l'Encyclique  sur l'existentialisme  à une  condamnation  de  Gabriel  Marcel  risquent de commettre une erreur analogue à ceux qui voulurent jadis voir dans d'autres documents pontificaux une condamnation de Maurice Blondel. On retiendra surtout la mise en garde contre un danger indéniable de la méthode existentialiste lorsqu'elle est utilisée de manière unilatérale, et avec un certain mépris pour les autres aspects de la réflexion philosophique.
XXVII Il est du plus haut intérêt de voir le Pape attirer l'attention sur ces thèses traditionnelles et très thomistes, que trop de théologiens de l'époque moderne avaient perdues de vue.
XXVIII Ici encore, on se gardera de faire dire au Pape ce qu'il ne dit pas. Comme le remarque M. Michel dans L'Ami du clergé (2 novembre 1950, p. 665, note 3) : « Il faut noter que Pie XII ne nie pas qu'on puisse construire un argument de valeur rationnelle pour prouver l'existence de Dieu, en partant de nos aspirations au bonheur, ou que la vérité du christianisme ne puisse recevoir une confirmation éclatante de sa parfaite correspondance aux idéaux les plus élevés de l'homme. Il condamne simplement ceux qui, minimisant outre mesure la valeur de notre intelligence, ramènent la vie religieuse à un pragmatisme sans fondement solide, variable selon la variation des dispositions subjectives de chacun. »
XXIX Concile du Vatican, Constitution De Fide catholica, ch. IV, DS 1795 -Pie IX, lettre Gravissimas inter, DS 1670. Léon XIII, Encyclique Alterni Patris, Pie X, dans le Serment antimoderniste, a précisé que la connaissance certaine de l'existence <3e Dieu par la raison naturelle, était réalisée par une véritable démonstration (DS 2145).
XXX C'est la première fois qu'un document émanant du magistère suprême de l'Église ratifie officiellement la thèse devenue peu à peu classique en théologie, à savoir que l'évolutionnisme peut être, dans certaines limites, parfaitement compatible avec la fol chrétienne. Le Souverain Pontife estime toutefois nécessaire de faire deux réserves, d'abord en rappelant qu'au stade actuel de la recherche scientifique, il reste encore une part d'hypothèse dans les essais de description de l'origine du corps humain à partir d'une matière déjà existante et vivante ; ensuite et surtout en se prononçant à propos de l'hypothèse du polygénisme.
XXXII Aux yeux des théologiens, les sciences positives, jusqu'à présent, ont uniquement prouvé qu'il y a apparition successive d'espèces, mais « le fait même de l'évolution, comme dérivation et non pas seulement comme succession, n'est pas prouvé » et demeure donc, en rigueur de terme, une hypothèse (Garrigou Lagrange, dans Doctor Communis, 1948 p. 200, note 9). C'est du reste ce que reconnaissent les hommes de science eux-mêmes, bien que  leur  point  de  vue,  qui  s'inspire  davantage  de  la  fécondité  pratique,  les  amène à s'exprimer de manière légèrement différente. C'est ainsi que M. G. Vandebroek, professeur d'anatomie comparée et d'anthropologie à l'Université de Louvain, écrit : « Le nombre de faits connus se rapportant aux conséquences de l'évolution est tellement grand que certains auteurs ont cru pouvoir affirmer que l'évolution était elle-même un fait. Une raison méthodologique ne nous permet pas de partager cette opinion. Un fait doit pouvoir être démontré. Or cette démonstration directe est impossible pour la filiation des espèces. L'évolution n'est donc qu'une hypothèse, mais une hypothèse éminemment vraisemblable, vérifiable dans ses nombreuses conséquences et que l'on ne peut rejeter sans la remplacer par une autre au moins aussi plausible. Que l'on ne s'y trompe pas, un biologiste à la hauteur des données actuelles n'a pratiquement pas le droit de ne pas être évolutionniste s'il ne peut expliquer les faits d'une autre manière (Essai sur Dieu, l'homme et l'Univers, Tournai-Paris, 1950).
XXXIII On reste donc libre d'admettre l'existence, même après Adam, d'hominiens n'appartenant pas à la même souche que l'humanité actuelle, mais qui ne seraient pas de "vrais" hommes par suite de l'absence d'une âme immortelle capable d'être élevée à l'ordre surnaturel de la grâce et de la vision béatifique.
XXXIV Le P. Levie dans la Nouvelle revue théologique a fait remarquer combien les termes de ce passage "ont tous été attentivement pesés : Cum nequaquam appareat quomodo... componi queat n'est pas la même chose que cum appareat... componi nequaquam posse ; la première formule, très ferme d'ailleurs, reste toutefois moins exclusive et radicale que n'eut été la seconde". Le Pape ne se prononce pas de manière irréformable et, au cas où les théologiens découvriraient une possibilité inaperçue jusqu'à présent, de concilier l'hypothèse polygéniste avec les données bibliques et traditionnelles concernant le péché originel, la question pourrait éventuellement être reprise, avec l'assentiment du magistère.
XXXV (cf. Documents Pontificaux 1048, p. 29) (voir à son sujet R. Aubert dans La Revue Nouvelle, juillet-août 1948, pp. 85-88).
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