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Jn 2, 1-4
1 Trois jours plus tard, il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là.
2 Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples.
3 Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont pas de vin. »
4 Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 21 sur S. Jean.) Jésus est invité à ces noces, parce qu'il était très-connu dans la Galilée : « Et trois jours après il se fit des noces à Cana, en Galilée. »— Alcuin d’York. La Galilée est une province de la Palestine, dans laquelle se trouve le bourg de Cana. — Saint Jean Chrysostome. (hom. précéd.) Le Sauveur est invité à ces noces, non pas comme un personnage considérable, mais simplement comme une connaissance ordinaire. C'est ce que semble indiquer l'Évangéliste en ajoutant : « Et la mère de Jésus y était, » c'est-à-dire qu'ils invitèrent le fils, parce qu'ils avaient invité la mère : « Et Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. » En se rendant à cette invitation, il ne considère pas les intérêts de sa dignité, mais le bien qui peut en résulter pour nous ; il n'a pas dédaigné de prendre la forme d'esclave, il ne dédaigne pas davantage de se rendre aux noces de ses serviteurs. — Saint Augustin. (serm. 41 sur les par. du Seig.) Que l'homme rougisse donc de son orgueil, en voyant comment un Dieu pratique l'humilité. Entre autres raisons, le Fils de Dieu assiste à ces noces pour montrer que c'était lui qui, avant son incarnation et lorsqu'il était dans le sein de Dieu le Père, avait institué le mariage.
Saint Bède. (hom pour le 1° dim. après l'Epiphan.) La démarche pleine de condescendance de Jésus, en assistant à ces noces, confirme la foi des chrétiens, et démontre combien est condamnable l'erreur de Tatien et de Marcion, qui déclarent le mariage illicite. Si le lit nuptial, orné de la pureté requise, et le mariage, contracté avec la chasteté voulue, étaient illicites, le Seigneur n'eût jamais voulu assister à ces noces. La chasteté est bonne, la continence des veuves est meilleure, la perfection virginale est bien supérieure ; Nôtre-Seigneur donc pour approuver le choix de ces divers états de vie, et discerner cependant le mérite de chacun, a daigné naître du sein immaculé de la Vierge Marie ; aussitôt sa naissance, il a voulu recevoir les bénédictions de la prophétesse Anne qui était veuve, et, dans sa jeunesse, il honore de la présence de sa haute vertu les noces auxquelles il est invité.
Saint Augustin. (Traité 8 sur S. Jean.) Qu'y a-t-il d'étonnant que le Fils de Dieu se soit rendu à ces noces, lui qui est venu dans le monde pour célébrer des noces toutes divines ? Il a, en effet, une épouse qu'il a rachetée de son sang, à laquelle il a donné l'Esprit saint pour gage, et qu'il s'est unie dans le sein de la Vierge Marie. Le Verbe est lui-même époux, et la nature humaine est sou épouse, et l'un et l'autre forment un seul Fils de Dieu, comme un seul Fils de l'homme. Le sein de la Vierge Marie a été le lit nuptial, d'où il s'avance comme un époux qui sort de sa chambre nuptiale.
Saint Bède. Ces noces ont lieu trois jours après l'arrivée de Jésus en Galilée ; et cette circonstance n'est pas sans mystère. Le premier âge ou le premier jour du monde, avant la loi, a été éclairé par les exemples éclatants des patriarches ; le second sous la loi, par les oracles des prophètes ; le troisième sous la grâce, par les écrits des Évangélistes, et c'est dans ce troisième jour, que Nôtre-Seigneur a voulu naître dans une chair mortelle. Ces noces ont lieu à Cana, en Galilée, c'est-à-dire (d'après la signification de ces deux mots), dans le zèle de la transmigration, et cette circonstance apprend à ceux qui veulent se rendre dignes de la grâce de Jésus-Christ, qu'ils doivent être enflammés du zèle d'une religion véritable, et passer des vices à la pratique des vertus et des choses de la terre à l'amour des biens célestes. Pendant que le Seigneur prend part au repas des noces , le vin vient à manquer, et il le permet pour faire éclater, par la création d'un vin plus exquis, la gloire qui est comme cachée dans l'Homme-Dieu : « Et le vin, venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont plus de vin. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 21 sur S. Jean.) Il est important d'examiner d'où venait à la mère de Jésus, cette haute idée qu'elle avait de son Fils, alors qu'il n'avait encore fait aucun miracle, puisque l'Évangéliste fait plus loin cette remarque : « Ainsi Jésus fit à Cana, en Galilée, le premier de ses miracles, » etc. Nous répondons que sa gloire et sa puissance commençaient à se révéler par le témoignage de Jean, et par ce que Jésus lui-même avait dit à ses disciples. D'ailleurs, et bien auparavant, sa conception toute divine, et les prodiges qui entourèrent son berceau, avaient donné à Marie la plus haute idée de l'enfant dont elle était mère. Saint Luc confirme cette explication, lorsqu'il dit : « Et sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur. » Pourquoi donc Marie ne l'a-t-elle pressé plus tôt de faire des miracles ? C'est qu'il commençait seulement alors sa vie publique ; jusque-là sa vie extérieure avait été celle d'un homme ordinaire, et sa mère n'avait osé lui faire une demande semblable. Mais dès qu'elle eut appris le témoignage que Jean lui avait rendu, et qu'elle l'eut vu entouré déjà de disciples, elle lui fait cette prière avec confiance. — Alcuin d’York. Marie représente ici la synagogue qui presse Jésus-Christ de faire un miracle ; car les Juifs avaient coutume de faire de semblables demandes.
« Jésus lui répondit : Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? » — Saint Augustin. (Traité précéd.) Il en est qui osent contredire l'Évangile, affirmer que Jésus n'est point né de la Vierge Marie, et ils cherchent à appuyer leur erreur sur ces paroles de Jésus à Marie. Comment, objectent-ils, regarder comme sa mère celle à qui Jésus ne craint pas de dire : « Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? » Mais quel est donc celui qui présente ces dernières paroles du Seigneur à notre foi ? c'est Jean l'Évangéliste ; mais n'est-ce pas lui aussi qui vient de nous dire : « Et la mère de Jésus était là ? » Pourquoi s'exprime-t-il de la sorte ? c'est que les deux choses sont vraies. Mais Jésus s'est-il donc rendu à ces noces pour enseigner aux enfants à mépriser leurs mères ? — Saint Jean Chrysostome. (hom. 21.) Voulez-vous savoir le respect profond que Jésus avait pour sa mère ? écoutez saint Luc qui vous dit que « le Sauveur était soumis à ses parents. » Tant que les parents, en effet, ne s'opposent pas à l'accomplissement de ce que Dieu demande de nous, c'est un devoir de leur être soumis. Mais quand leurs exigences sont inopportunes, et tendent à nous arracher à nos devoirs religieux, il n'est plus sûr de leur obéir.
Saint Augustin. (du symbole, 2, 5) Jésus, en tant qu'homme, était inférieur à Marie, et il lui était soumis ; mais en tant que Dieu, il était au-dessus de toutes les créatures. C'est donc pour bien distinguer entre l'homme et Dieu, qu'il dît à Marie : « Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 21.) Le Sauveur fait encore cette réponse pour une autre raison, il ne veut pas que ses miracles soient l'objet du moindre soupçon. En effet, c'étaient à ceux qui manquaient du vin, et non à sa mère, de lui faire cette demande. Il veut donc montrer qu'il fait toutes ses actions en temps convenable, avec discernement et sans aucune confusion. C'est pour cela qu'il ajoute : « Mon heure n'est pas encore venue, » c'est-à-dire, je ne suis pas encore connu de ceux qui sont ici ; ils ne savent pas encore que le vin manque, laissez-les donc s'en apercevoir tout d'abord. Celui qui n'a pas éprouvé la nécessité d'un bienfait, n'en comprendra pas non plus l'importance.
Saint Augustin. (du symbole, 2, 5.) Ou bien encore, Nôtre-Seigneur répond de la sorte, parce qu'en tant qu'il était Dieu, il n'avait point de mère ; il en avait une en tant qu'homme, mais le miracle qu'il devait opérer était l'œuvre de la divinité, et non de la faible nature humaine. Cependant la mère de Jésus le pressait de faire ce miracle. Mais Jésus, alors qu'il allait accomplir les œuvres divines, semble méconnaître le sein où il a été conçu, et il dit à sa mère : « Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? » paroles dont voici le sens : Vous n'avez pas engendré la puissance qui doit en moi opérer ce miracle, c'est-à-dire ma divinité. (Il l'appelle femme, pour désigner son sexe, et non pour l'assimiler aux femmes ordinaires.) Mais comme c'est vous qui avez engendré ce qu'il y a de faible en moi, je vous reconnaîtrai lorsque cette faible nature humaine sera suspendue à la croix. Voilà pourquoi il ajoute : « Mon heure n'est pas encore venue, » c'est-à-dire, je vous reconnaîtrai lorsque cette humanité, dont vous êtes la mère, sera attachée à la croix. C'est alors, en effet, qu'il recommande sa mère à son disciple, parce qu'il allait mourir avant elle, et qu'il devait ressusciter avant sa mort. Remarquez qu'à l'exemple des manichéens qui cherchent un appui à leurs pernicieuses erreurs dans ces paroles : « Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? » les astrologues veulent autoriser leur système erroné sur ces autres paroles du Sauveur : « Mon heure n'est pas encore venue. » Vous voyez, disent-ils, que Jésus-Christ était assujetti au destin, puisqu'il déclare lui-même que son heure n'est pas encore venue. Qu'ils se rendent donc à ces paroles du Fils de Dieu, lorsqu'il dit : « J'ai le pouvoir de quitter la vie, et de la reprendre ensuite ; » qu'ils cherchent le véritable sens de ces paroles : « Mon heure n'est pas encore venue ; » qu'ils cessent d'asservir au destin le Créateur du ciel, car en supposant même l'influence des astres sur la destinée de l'homme, le Créateur des astres devait être nécessairement affranchi de cette influence. Ajoutez que non-seulement Jésus-Christ ne fut point soumis à cette destinée fatale, ni vous, ni un autre, ni aucun homme que ce soit. Que signifient donc ces paroles : « Mon heure n'est pas encore venue ? » C'est qu'il avait le pouvoir de mourir quand il le voudrait, et que le temps ne lui paraissait pas encore venu d'user de ce pouvoir. Il voulait auparavant appeler ses disciples autour de lui, annoncer le royaume des deux, opérer les prodiges et les miracles qui devaient faire reconnaître sa divinité, et aussi manifester son humilité en se soumettant à toutes les infirmités de notre nature mortelle. Lorsqu'il eut accompli suffisamment ces divers desseins, l'heure vint pour lui, non l'heure de la nécessité, mais celle de sa volonté, non l'heure imposée par la fatalité, mais déterminée par sa puissance.

Jn 2, 5-11
5 Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous dira. »
6 Or, il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs ; chacune contenait environ cent litres.
7 Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d'eau les cuves. » Et ils les remplirent jusqu'au bord.
8 Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent.
9 Le maître du repas goûta l'eau changée en vin. Il ne savait pas d'où venait ce vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l'eau.
10 Alors le maître du repas interpelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. »
11 Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 22 sur S. Jean.) Bien que Jésus vienne de dire à sa mère : « Mon heure n'est pas encore venue, » il se rend cependant à ses désirs, et démontre amplement par là qu'il n'était point soumis à l'heure. Car s'il était assujetti à une heure déterminée, comment se fait-il qu'il opère ce miracle avant que l'heure soit arrivée ? Un autre motif de cette conduite, c'est le témoignage d'honneur qu'il veut donner à sa mère, pour ne point paraître la contredire et la couvrir de honte devant tant de témoins ; car elle avait fait approcher les serviteurs, pour faire appuyer sa demande par un plus grand nombre de personnes : « Sa mère dit à ceux qui servaient, faites tout ce qu'il vous dira. » — Saint Bède. Comme si elle leur disait : Il fera ce miracle, bien qu'il paraisse le refuser, car sa mère connaissait sa bonté et son âme compatissante : « Or, il y avait là six urnes de pierre, » etc. Ces urnes (en latin hydriae), étaient des vases destinés à contenir de l'eau, et leur nom vient du mot grec ΰδωρ, qui veut dire eau.
Alcuin d’York. Ces vases étaient destinés à contenir de l'eau pour servir aux purifications en usage chez les Juifs, qui, entre autres traditions pharisaïques, observaient celle de se purifier fréquemment.— Saint Jean Chrysostome. (hom. précéd.) Comme le sol de Palestine est très-aride, et qu'on y rencontre peu de fontaines et de puits, les Juifs remplissaient d'eau de grandes urnes, pour n'être pas obligés d'en aller chercher dans les fleuves, et pouvoir se purifier facilement s'ils venaient à tomber dans quelque impureté légale. L'Évangéliste ajoute : « Qui servaient aux purifications des Juifs, » pour ôter aux incrédules jusqu'à l'ombre du soupçon qu'il restait au fond de ces vases de la lie avec laquelle en jetant de l'eau dessus, on aurait fait un vin fort léger, et il montre aussi jusqu'à l'évidence, que ces vases n'avaient jamais contenu de vin.
Saint Augustin. (Traité 9 sur S. Jean.) Le mot metretas vient du grec μέτρον, et signifie des vases d'une certaine mesure, des urnes, des amphores ou autres vases semblables. — Saint Bède. Ces expressions deux ou trois ne veulent pas dire que parmi ces vases, les uns contenaient deux mesures, les autres trois, mais que chacun d'eux pouvait contenir deux ou trois mesures.
« Jésus leur dit : Remplissez les urnes d'eau, et ils les remplirent jusqu'au bord. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. précéd.) Mais pourquoi Jésus ne fit-il pas ce miracle avant que les urnes fussent remplies d'eau ? Le miracle eût été bien plus éclatant, s'il eût fait sortir une nouvelle substance du néant, au lieu de donner simplement de nouvelles propriétés à une substance déjà existante. Oui, en effet, ce miracle est d'un ordre supérieur, mais pour plusieurs il eût paru beaucoup moins digne de foi. Aussi voyons-nous souvent Nôtre-Seigneur affaiblir, pour ainsi dire, la grandeur de ses miracles, pour les rendre plus croyables. Ajoutons qu'il opère un grand nombre de miracles à l'aide de substances déjà existantes, pour détruire cette pernicieuse erreur que le Créateur du monde est distinct du vrai Dieu, car si ce prétendu créateur du monde lui était opposé, il ne ferait point servir les objets qu'il a créés à démontrer sa puissance divine. Ce n'est point Jésus lui-même qui puise dans les vases pour montrer que l'eau est changée en vin, c'est aux serviteurs qu'il donne l'ordre de puiser pour les rendre eux-mêmes témoins du miracle : « Et Jésus leur dit : Puisez maintenant et portez-en au maître d'hôtel. »
Alcuin d’York. Le mot triclinium veut dire une rangée de trois lits, du mot grec χλίνη, lit de repos sur lequel les-convives s'étendaient ; l'Architriclinus, ou président du festin, était le premier des convives qui, suivant l'usage antique, étaient étendus sur des lits. Il en est qui pensent que ce président du festin étaient un des prêtres juifs, qui pouvaient assister aux noces, pour apprendre comment on devait s'y conduire. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 22.) On aurait pu objecter que les convives étaient dans l'ivresse et que leur goût était émoussé au point de ne plus pouvoir juger si c'était de l'eau ou du vin qu'on leur présentait. Ceux au contraire qui étaient chargés du service de la table, étaient à l'abri de tout soupçon et n'avait qu'un soin, celui de préparer tout avec ordre et intelligence. Aussi est-ce pour donner un témoin irrécusable du miracle qu'il venait d'opérer, que Nôtre-Seigneur dit aux serviteurs : « Portez-en au maître du festin, » parce que son palais n'était pas émoussé, et non pas : Servez ce vin aux convives.
Saint Hilaire. (de la Trin., 3.) C'est de l'eau que l'on verse dans les urnes, et c'est du vin que l'on en retire avec les coupes ; ceux qui ont rempli ces urnes diffèrent de sentiment avec ceux qui viennent y puiser. Les premiers ne peuvent pas supposer qu'on puisse en retirer autre chose que de l'eau ; ceux au contraire qui puisent dans ces urnes croient qu'on les a remplies de vin : « Sitôt que le maître du festin eut goûté l'eau changée en vin, ne sachant d'où il venait (mais les serviteurs qui avaient puisé l'eau le savaient), il appela l'époux. » Ce ne fut pas un mélange, mais une création. L'eau pure disparut pour faire place à un vin généreux ; ce n'est point par le mélange d'une substance plus forte qu'on obtient une liqueur plus faible ; la première substance est complètement détruite, et fait place à une substance qui n'existait pas encore.
Saint Jean Chrysostome. Nôtre-Seigneur voulait que le caractère divin de ses miracles se révélât peu à peu ; aussi ne fait-il pas connaître lui-même ce qui vient d'arriver. Le maître du festin n'appelle pas non plus les serviteurs (car leur témoignage n'eût pas suffi pour faire admettre un miracle aussi étonnant de la part de celui que l'on regardait comme un homme ordinaire) ; il s'adresse à l'époux qui était beaucoup plus on mesure de voir et d'apprécier ce qui venait de se faire. Or, ce n'est pas un vin ordinaire, mais un vin excellent que Nôtre-Seigneur met à la place de l'eau : « Et il lui dit : Tout homme sert d'abord le bon vin, » etc. En effet, un des caractères des miracles de Jésus-Christ, c'est d'être beaucoup plus éclatants et aussi plus utiles que les choses qui sont le produit ordinaire de la nature. Les serviteurs furent témoins du changement de l'eau en vin, et le maître du festin aussi bien que l'époux, jugèrent eux-mêmes de l'excellence de ce vin. Il est probable que l'époux exprima sa reconnaissance en quelques paroles, mais l'Évangéliste n'en dit rien, il se contente de rapporter ce qui est nécessaire, c'est-à-dire, que Jésus a changé l'eau en vin, et il ajoute aussitôt : « Ainsi Jésus fit à Cana, en Galilée, le premier de ses miracles. » (hom. 23.) C'était le moment, en effet, d'opérer des miracles, puisqu'il était entouré de disciples parfaitement disposés et qui suivaient avec une grande attention toutes les actions du Sauveur, (hom. 21.) Prétendrait-on qu'il n'y a point de preuve suffisante que ce soit là le premier des miracles de Jésus, parce que l'Évangéliste ajoute : « À Cana, en Galilée, » ce qui permet de supposer qu'il en avait déjà fait ailleurs ? Nous répondrons en citant de nouveau les paroles de Jean-Baptiste : « C'est pour qu'il fût manifesté en Israël, que je suis venu baptiser dans l'eau. » (Jn 1, 31.) Si le Sauveur avait fait des miracles dans sa première enfance, les Israélites n'auraient pas eu besoin qu'on vînt le leur révéler. La multitude des miracles que fit Jésus dans un court espace de temps, lui donnèrent une si grande célébrité, que son nom était connu dans toute la Judée. Mais sa réputation eût été mille fois plus grande s'il avait commencé à faire des miracles dès ses premières années, car des miracles faits par un enfant eussent paru plus surprenants et ils auraient eu beaucoup plus de temps pour se répandre. Mais il convenait qu'il ne fit point de miracles dès son enfance, car on eût refusé de croire à son incarnation, et la jalousie extrême de ses ennemis les aurait portés à le crucifier avant le temps qu'il avait marqué.
Saint Augustin. (Traité 9 sur S. Jean.) Ce miracle par lequel Nôtre-Seigneur a changé l'eau en vin, n'a rien d'étonnant pour ceux qui savent que c'est Dieu qui agit lui-même. Il opère aux noces de Cana, dans les urnes pleines d'eau, ce qu'il fait tous les ans dans les ceps de nos vignes, nous n'admirons pas cette dernière transformation, parce qu'elle s'accomplit chaque année sous nos yeux ; Dieu s'est donc réservé de nouveaux prodiges pour réveiller les hommes de leur assoupissement, et leur rappeler l'adoration qu'ils lui doivent, voilà pourquoi l'Évangéliste ajoute : « Et il manifesta sa gloire. » — Alcuin d’York. C'est qu'en effet, il est le roi de gloire qui change les éléments aveu une puissance souveraine. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 23.) Voilà ce qu'il a fait, de son côté du moins, pour manifester sa gloire. Si ce miracle fut alors inconnu d'un grand nombre, tout l'univers devait dans la suite l'entendre raconter.
« Et ses disciples crurent en lui. » Ils devaient, en effet, croire avec plus de facilité, et examiner avec plus d'attention les faits dont ils étaient témoins. — Saint Augustin. (de l'acc. des Evang., 2, 17.) Mais si leur foi en Jésus-Christ ne date que de ce miracle, ils n'étaient donc pas encore ses disciples, lorsqu'ils se rendirent à ces noces ? Il faut donc voir ici une manière de parler semblable à celle que nous employons, lorsque nous disons que l'apôtre saint Paul est né à Tarse, en Cilicie, car il est évident qu'il n'était pas Apôtre au moment de sa naissance. De même lorsque nous lisons dans l'Évangile, que les disciples de Jésus-Christ furent invités à ces noces, nous devons entendre qu'ils n'étaient pas encore ses disciples, mais qu'ils devaient le devenir plus tard.
Saint Augustin. (Traité 9 sur S. Jean.) Considérez maintenant les mystères qui sont renfermés dans ce miracle du Seigneur ; toutes les prédictions qui avaient Jésus-Christ pour objet devaient recevoir en lui leur accomplissement. C'était de l'eau qu'il avait sous les yeux, et il a changé cette eau en vin lorsqu'il ouvrit l'intelligence de ses Apôtres et qu'il leur expliqua les Écritures. (Lc 24) C'est ainsi qu'il donne de la saveur à ce qui était insipide, et une force enivrante à ce qui n'en avait aucune. — Saint Bède. Au moment où le Seigneur se manifesta dans le mystère de son incarnation, la saveur généreuse du vin de la loi perdait insensiblement de sa force première par suite de l'interprétation toute charnelle des pharisiens. — Saint Augustin. (Traité précéd.) S'il avait fait répandre l'eau qui était dans les urnes pour la remplacer par un vin qu'il aurait tiré des trésors cachés de la création, il aurait paru condamner les livres de l'Ancien Testament. Mais au contraire, il change cette eau en vin, et nous démontre ainsi qu'il est l'auteur de l'Ancien Testament, car c'est par son ordre que les urnes ont été remplies d'eau. Mais cette eau reste sans saveur si la foi n'y découvre pas le Christ. Nous savons que les livres de la loi comprennent tout le temps qui s'est écoulé depuis le commencement du monde, que ce temps se partage en six époques, et que nous sommes dans la sixième de ces époques. La première se compte d'Adam jusqu'à Noé ; la seconde, de Noé à Abraham ; la troisième, d'Abraham à David ; la quatrième de David jusqu'à la captivité de Babylone ; la cinquième de la captivité de Babylone jusqu'à Jean-Baptiste ; la sixième, de Jean-Baptiste à la fin du monde. Les six urnes sont donc la figure des six âges du monde pendant lesquels la prophétie n'a pas fait défaut. Les urnes pleines représentent les prophéties accomplies. Mais que signifie cette circonstance qu'elles contenaient deux ou trois mesures ? Si l'Évangéliste n'avait dit que trois mesures, notre esprit, sans chercher ailleurs, s'arrêterait au mystère de la Trinité. Mais de ce qu'il s'est exprimé autrement, en disant : « Deux ou trois, » ce n'est pas une raison pour abandonner cette interprétation, car là où le Père et le Fils sont nommés, on doit y joindre aussi l'Esprit saint, qui est la charité mutuelle du Père et du Fils. Voici une autre explication qu'on peut encore donner. Les  deux mesures peuvent représenter  les deux peuples, Juifs et Grecs, et les trois mesures, les trois enfants de Noé.
Alcuin d’York. Les serviteurs sont les docteurs du Nouveau Testament, chargés d'expliquer aux simples fidèles le sens spirituel des Écritures. Le président du festin, c'est tout homme versé dans la science de la loi, comme Nicodème, Gamaliel, Saul. L'eau changée en vin que l'on présente au maître du festin, c'est la doctrine de l'Évangile qui leur est confiée et qui était comme cachée sous la lettre de la loi. Nous voyons à ce festin nuptial trois espèces différentes de convives, parce que l'Église se compose de trois ordres de fidèles ; les personnes mariées, les vierges et les docteurs. Nôtre-Seigneur Jésus-Christ a gardé le bon vin pour la fin, parce qu'il a réservé l'Évangile pour le sixième âge du monde.

Jn 2, 12-13
12 Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils y restèrent quelques jours.
13 Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 23 sur S. Jean.) Le Seigneur, peu de temps avant d'aller à Jérusalem, se rend à Capharnaüm, pour ne pas conduire partout avec lui ses frères et sa mère : « Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours. » — Saint Augustin. (Traité 10 sur S. Jean.) Tel est le Seigneur notre Dieu, le Verbe de Dieu, le Verbe fait chair, le Fils du Père, le Fils de Dieu, et en même temps le Fils de l'homme. Il est le Très-Haut, et par-là même notre Créateur, il s'est fait humble pour nous régénérer ; il vit au milieu des hommes, il se soumet aux infirmités de leur nature, et voile ainsi ses attributs divins. Il a une mère, il a des frères, il a des disciples. Il a des frères, par la même raison qu'il a une mère. Or, l'Écriture a coutume de donner le nom de frères, non-seulement à ceux qui ont un même père ou une même mère, mais encore à ceux qui sont nés au même degré de deux frères ou de deux sœurs. Quelle était donc la parenté de ces frères avec le Seigneur ? car il est certain que Marie n'eût pas d'autres enfants, puisque c'est à elle que remonte l'honneur de la virginité. Abraham était oncle de Loth (Gn 12), et Jacob avait également pour oncle Laban le Syrien (Gn 13), et cependant l'Écriture leur donne à tous le nom de frères. — Alcuin d’York. Les frères du Seigneur sont donc les cousins de Marie et de Joseph, et non pas leurs fils, car non-seulement la bienheureuse Vierge, mais encore Joseph, le témoin de sa chasteté, demeurèrent toujours étrangers à tout rapport conjugal.
Saint Augustin. (de l'acc. des Evang., 2, 17.) L'Évangéliste ajoute : « Et ses disciples. » Veut-il entendre par là Pierre et André, et les fils de Zébédée ? c'est ce qu'il est difficile de dire. En effet, d'après saint Matthieu, Nôtre-Seigneur est venu d'abord à Capharnaüm, où il a fixé son séjour ; et ce n'est qu'après qu'il aurait appelé à sa suite ces deux disciples, occupés alors à la pèche. Saint Matthieu a-t-il donc simplement récapitulé ce qu'il avait omis, comme le ferait supposer l'absence dans son récit de désignation précise de temps : « En se promenant sur le bord de la mer de Galilée, il vit deux frères ? » Ou bien les disciples dont il parle sont-ils différents de Pierre et d'André, et des fils de Zébédée ? Ces deux explications ont chacune leur probabilité. On sait, en effet, que les saints Évangiles et les épîtres des Apôtres donnent le nom de disciples, non-seulement aux douze Apôtres, mais à tous ceux qui croyaient en Jésus-Christ et que le divin Maître instruisait des mystères du royaume des cieux. Comment encore saint Jean a-t-il pu dire que Jésus se rendit en Galilée avant que Jean-Baptiste eût été mis en prison, tandis que nous lisons dans saint Matthieu et dans saint Marc : « Jésus, ayant appris que Jean avait été jeté en prison, il se retira en Galilée ? » Saint Luc lui-même ne dit rien de l'emprisonnement de Jean, et comme les deux premiers Évangélistes, il place le voyage de Jésus en Galilée après son baptême et sa tentation. Nous répondons que les trois premiers Évangélistes ne sont pas en opposition avec saint Jean, mais qu'ils ont tout simplement passé sous silence le premier voyage du Sauveur en Galilée, voyage qui suivit immédiatement son baptême, et où il changea l'eau en vin. — Eusèbe.(Hist. éccles., 23, 24.) Lorsque Jean l'Évangéliste eut pris connaissance des trois premiers évangiles, il confirma par son témoignage l'authenticité de la doctrine et la véracité des faits qu'ils contenaient, mais il y découvrit quelques lacunes, surtout pour les premiers temps de la prédication du Sauveur. Il paraît certain, en effet, que les trois premiers évangiles ne contiennent que les faits qui se sont passés l'année où Jean-Baptiste a été jeté dans les fers et mis à mort. C'est pour cela que saint Jean fut prié de transmettre par écrit les événements de la vie du Sauveur qui avaient précédé l'emprisonnement de Jean-Baptiste, et un examen attentif découvrira que les Évangiles ne se contredisent pas, mais que saint Jean et les trois premiers Évangélistes racontent des faits qui se sont passés dans des temps différents. — Saint Jean Chrysostome. Nôtre-Seigneur ne fit alors aucun miracle à Capharnaüm, parce que les habitants étaient fort mal disposés à son égard, et profondément corrompus. Cependant il se rend dans cette ville et s'y arrête quelque temps, par considération pour sa mère.
Saint Bède. Cependant ils n'y restèrent pas longtemps à cause de la fête de Pâques qui approchait, « Or, la pâque des Juifs était proche. » — Origène. (Traité 10 sur S. Jean.) Mais pourquoi l'Évangéliste ajoute-t-il : « Des Juifs, » puisqu'aucun autre peuple ne célébrait cette fête ? C'est peut-être qu'il y avait une pâque toute humaine, que les hommes célébraient en dehors de la volonté et de l'institution de Dieu, et une pâque véritable et divine qui se célébrait en esprit et en vérité, et c'est pour distinguer cette seconde pâque de la première, qu'il ajoute : « Des Juifs. »
« Et Jésus monta à Jérusalem. » D'après le récit évangélique, Jésus se rendit deux fois à Jérusalem, une première fois, la première année de sa vie publique, avant que Jean-Baptiste eût été jeté en prison, et une seconde fois l'année de sa passion. Nôtre-Seigneur nous apprend ici par son exemple la soumission parfaite que nous devons aux commandements de Dieu. Si le Fils de Dieu a voulu accomplir les préceptes de la loi dont il était l'auteur, en célébrant les fêtes légales comme les autres hommes, avec quel soin et quelle exactitude ses serviteurs doivent-ils célébrer les saintes solennités, et s'y préparer par la pratique des bonnes œuvres ?
Origène. Dans le sens allégorique, c'est après la préparation des noces à Cana, en Galilée, que Jésus, avec sa mère, ses frères et ses disciples, descend à Capharnaüm, dont le nom signifie le champ de la consolation. Après avoir donné le vin généreux qui augmente la force et l'ardeur, il était convenable que le Sauveur vint avec sa mère et ses disciples dans le champ de la consolation pour consoler et fortifier par l'espérance des fruits à venir, et par la perspective des champs nombreux et fertiles ceux qui embrassaient sa doctrine, et aussi l'âme de celle qui l'avait conçu du Saint-Esprit. Ceux qui portent des fruits de salut voient descendre vers eux Nôtre-Seigneur, avec les ministres de la parole sainte et ses disciples, et le Seigneur vient les fortifier en présence de sa sainte mère, et souvent même par son intercession. Ceux qui ont été conduits à Capharnaüm, ne supportent pas longtemps la présence de Jésus, parce que le champ de la consolation terrestre ne peut supporter l'éclat d'un grand nombre de vérités, et peut à peine en recevoir quelques-unes. — Alcuin de York. Ou bien encore, Capharnaüm signifie la campagne très-belle, et figure le monde dans lequel le Verbe de Dieu a voulu descendre.
Saint Bède. Nôtre-Seigneur n'y resta que peu de jours, parce qu'en effet, il a passé peu de temps sur la terre au milieu des hommes. — Origène. (Traité 11 sur S. Jean.) Jérusalem, c'est la cité du grand roi, comme l'atteste le Sauveur lui-même ; (Mt 5, 35) et aucun de ceux-qui restent sur la terre ne peut monter ni entrer dans cette ville. Mais toute âme qui s'élève à la perfection de sa nature, et arrive à comprendre les vérités spirituelles, mérite d'habiter cette ville dans laquelle nous voyons Jésus seul entrer. Ses disciples y sont présents eux-mêmes plus tard, lorsqu'ils se rappellent ces paroles : « Le zèle de votre maison me dévore, » mais c'est Jésus qui monte encore dans la personne de chacun de ses disciples.
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