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Jn 3, 19-21
19 Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
20 En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne lui soient reprochées ;
21 mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu. »
Alcuin d’York. Nôtre-Seigneur fait connaître à la fois la cause de l'incrédulité des hommes et celle de leur condamnation : « Or, la cause de cette condamnation est que la lumière est venue dans le monde, » etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 28.) C'est-à-dire, ils n'ont eu besoin ni de recherches, ni d'efforts pour trouver la lumière, la lumière elle-même est venue vers eux sans qu'ils aient été à sa rencontre : « Et ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. » Voilà ce qui rend les hommes tout à fait inexcusables. Le Sauveur est venu les arracher aux ténèbres et les conduire à la lumière, comment donc peut-on avoir pitié de celui que la lumière vient trouver et qui refuse de s'approcher de cette lumière ?
Saint Bède. Cette lumière, c'est Nôtre-Seigneur lui-même, dont l'Évangéliste a dit plus haut : « Il était la vraie lumière, » etc. (Jean, 1.) Les ténèbres sont les péchés. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 28.) Cette haine de la lumière devait paraître  une chose incroyable pour plusieurs (car il n'est personne qui préfère les ténèbres à la clarté), il fait donc connaître la cause de cet aveuglement : « Car leurs œuvres, ajoute-t-il, étaient mauvaises. » S'il était venu pour juger les hommes, cette haine de la lumière aurait eu quelque raison, car celui qui a conscience de ses crimes, cherche à fuir le juge qui doit le condamner, mais les coupables se présentent sans crainte devant celui qui n'a pour eux que des paroles de pardon. Quoi de plus naturel donc pour les hommes dont la conscience était chargée de si grands crimes, d'aller au-devant du Sauveur, qui leur apportait le pardon ? C'est ce que plusieurs ont fait, et nous voyons les publicains et les pécheur ; venir s'asseoir à la même table que Jésus. Mais il en est dont la mollesse est si grande, que leurs mains tombent de langueur devant les travaux de la vertu, et qu'ils persévèrent dans le mal jusqu'à la fin de leur vie ; Nôtre-Seigneur flétrit ouvertement celte lâcheté : « Quiconque fait le mal, hait la lumière, » ce qui est vrai de ceux qui veulent obstinément persévérer dans le mal. — Alcuin d’York. « Tout homme qui fait le mal hait la lumière, c'est-à-dire, que celui qui est dans la résolution de pécher, qui aime le péché, hait par-là même la lumière qui découvre le péché. — Saint Augustin.(Confess., 10, 23.) Les hommes ne peuvent souffrir d'être trompés, et ils veulent tromper, voilà pourquoi ils aiment la lumière quand elle se découvre, et la détestent quand elle les découvre eux-mêmes. La juste punition de cet aveuglement sera que la lumière les mettra en évidence malgré eux, pendant qu'elle-même leur sera cachée. Ils aiment donc la lumière de la vérité, mais ils ne peuvent souffrir ses censures : « Et il ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient découvertes. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 28.) On ne songe point à reprendre de ses vices celui qui vit dans l'idolâtrie, les dieux qu'il adore sont esclaves des mêmes vices, et ses œuvres sont conformes à ses croyances. Les disciples de Jésus-Christ, au contraire, qui mènent une vie déréglée, sont accusés par tous les gens de bien ; mais y a-t-il des païens qui soient vraiment vertueux ?  Je n'en connais point quant à moi. Ne me citez pas, en effet, des hommes qui sont naturellement doux et honnêtes (ce n'est point là de la vertu), mais montrez-moi un homme qui soutient un rude combat contre ses passions, et vit selon les règles de la sagessecela vous est impossible. La promesse d'un royaume éternel, la menace de l'enfer, et tant d'autres vérités non moins importantes suffisent à peine pour retenir les hommes dans la pratique du bien, comment voulez-vous que ceux qui n'ont aucune de ces convictions aient quelque ardeur pour la vertu ? Vous rencontrez peut-être chez quelques-uns d'entre eux des vertus apparentes, qui n'ont pour motif que l'amour de la gloire. Aussi dès qu'ils peuvent espérer qu'ils ne seront point découverts, ils ne se font aucun scrupule de suivre tous leurs mauvais désirs. Or, à quoi leur sert d'être tempérants, de ne point ravir le bien d'autrui, s'ils sont esclaves de la vaine gloire ? Ce n'est point là de la vertu, l'esclave de la vaine gloire n'est pas moins coupable que le fornicateur, et cette passion lui fait commettre des fautes, et plus nombreuses et plus graves. Mais admettons qu'il y ait chez les païens quelques hommes vertueux, cela ne contredit nullement ce que nous disons, parce que ces hommes vertueux sont rares et forment l'exception.
Saint Bède. Dans le sens moral, ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière, sont ceux qui poursuivent de leur haine et de leurs calomnies, les prédicateurs qui leur enseignent la saine doctrine.
« Mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres apparaissent. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 28.) Nôtre-Seigneur ne veut point parler ici de ceux qui sont devenus chrétiens dès le commencement, mais uniquement de ceux qui, parmi les Juifs et les Gentils, devaient embrasser la vraie foi, et il veut nous enseigner qu'il est impossible à celui qui vit dans l'erreur, de prendre la résolution d'embrasser la vraie foi, à moins d'être décidé tout d'abord à mener une vie vertueuse et pure. — Saint Augustin. (du bapt. des enf.) Nôtre-Seigneur dit que les œuvres de celui qui vient à la lumière sont faites en Dieu, parce qu'il comprend que sa justification est l'œuvre, non de ses mérites, mais de la grâce de Dieu.
Saint Augustin. (Traité 12 sur S. Jean.) Mais si Dieu a trouvé mauvaises toutes les œuvres des hommes, comment se fait-il que quelques-uns ont obéi à la vérité, et sont venus à la lumière qui est Jésus-Christ ? « Ils ont mieux aimé, dit plus haut le Sauveur, les ténèbres que la lumière, » là est le point important. Il en est beaucoup qui ont aimé leurs péchés, il en est beaucoup qui les ont confessés. Dieu accuse vos péchés, si vous les accusez vous-même, vous faites cause commune avec Dieu. Il faut que vous haïssiez en vous ce qui est votre œuvre, et que vous aimiez en vous l'œuvre de Dieu. Le commencement des bonnes actions, c'est de confesser les mauvaises : alors vous faites la vérité, vous ne vous écoutez pas, vous ne vous flattez pas ; vous approchez volontiers de la lumière, car jamais votre péché ne vous déplairait, si Dieu ne faisait briller sa lumière à vos yeux et ne vous découvrait sa vérité. Or, on peut se placer dans la vérité de la confusion et s'approcher de la lumière par la pratique des bonnes œuvres, même quand il ne s'agit que de ces péchés légers de paroles ou de pensées, ou de l'usage immodéré des choses permises, parce qu'en effet, ces péchés légers, s'ils se multiplient et qu'on n'y fasse aucune attention, donnent la mort. Bien petites sont les gouttes d'eau qui remplissent le fleuve, bien petits sont les grains de sable, et cependant, ayez à porter une masse de grains de sable, c'est un poids qui vous écrasera. Une ouverture qu'on néglige dans la cale d'un vaisseau, produit les mêmes effets qu'une masse d'eau qui fait irruption ; cette eau entre peu à peu dans la cale, mais à force d'entrer sans qu'on songe à l’épuiser, elle coule à fond le vaisseau. Or, au sens moral, épuiser l'eau c'est empêcher par nos bonnes œuvres, par nos gémissements, nos jeûnes, nos aumônes, le pardon des injures, que nous ne soyons accablés sous le poids écrasant de nos fautes.

Jn 3, 22-26
22 Après cela, Jésus se rendit en Judée, accompagné de ses disciples ; il y séjourna avec eux, et il baptisait.
23 Jean, de son côté, baptisait à Aïnone, près de Salim, où l'eau était abondante. On venait là pour se faire baptiser.
24 En effet, Jean n'avait pas encore été mis en prison.
25 Or, les disciples de Jean s'étaient mis à discuter avec un Juif à propos des bains de purification.
26 Ils allèrent donc trouver Jean et lui dirent : « Rabbi, celui qui était avec toi de l'autre côté du Jourdain, celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui ! »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 29.) Rien qui marche plus à découvert, comme aussi rien de plus fort que la vérité ; elle ne cherche pas à se cacher, elle ne craint aucun danger, ne redoute aucune embûche, elle ne désire point la gloire que donne le grand nombre, et n'est soumise à aucune des faiblesses humaines. C'est ainsi que Nôtre-Seigneur venait à Jérusalem aux jours de fête, non pour se produire ou par amour de la gloire, mais pour communiquer à un plus grand nombre ses divins enseignements, et opérer des miracles dans leur intérêt. Après que les fêtes étaient passées, il se rendait ordinairement sur les bords du Jourdain, où une foule considérable se réunissait : « Après cela, Jésus vint avec ses disciples dans la terre de Judée, » etc. — Saint Bède. Ces paroles : « Après cela, » ne signifient pas immédiatement après l'entretien avec Nicodème, qui eut lieu à Jérusalem ; et il s'écoula un certain espace de temps, avant que Jésus revînt de la Galilée en Judée.
Alcuin d’York. Le mot Judée signifie ceux qui confessent et qui reçoivent la visite de Jésus-Christ, car là où il trouve la confession des péchés ou des louanges divines, Jésus s'y rend avec ses disciples (c'est-à-dire suivi de sa doctrine et de ses lumières), et il demeure dans cette âme pour la purifier de ses crimes : « Et il y demeurait avec eux et il baptisait. » — Saint Jean Chrysostome. (hom.29.) Gomme l'Évangéliste déclare plus bas que Jésus ne baptisait pas, mais ses disciples, il est évident qu'il faut entendre également que ses disciples seuls baptisaient. — Saint Augustin. (Traité 13sur S. Jean.). Le baptême que donnait le Sauveur après qu'il fut baptisé n'était pas celui qu'il avait reçu ; il avait voulu être baptisé par son serviteur pour nous tracer la voie de l'humilité et nous conduire jusqu'au baptême du Seigneur, c'est-à-dire à son baptême, mais Jésus baptisait comme étant lui-même Seigneur, le Fils de Dieu.
Saint Bède. Jean continue de baptiser alors même que Jésus baptise, les ombres ne sont pas encore entièrement dissipées, et le précurseur ne doit cesser son ministère que lorsque la vérité se manifestera dans tout son jour : « Or, Jean baptisait à Ænon, » etc. Ænon veut dire eau, en hébreu et l'Évangéliste donne pour ainsi dire la signification de ce nom en ajoutant : « Parce qu'il y avait là beaucoup d'eau. » Salem est une petite ville située sur les bords du Jourdain, et où Melchisédech régna autrefois. —Saint Jérôme. (Lettre 126 à Evagr.) Peu importe qu'on dise Salem ou Salim, les Hébreux emploient très rarement les voyelles au milieu des mots, et les mêmes mots ont une prononciation et un accent tout différents suivant la volonté personnelle des lecteurs ou la diversité des pays.
« Et plusieurs y venaient se faire baptiser. » — Saint Bède. Le baptême de Jean avait avant le baptême de Jésus-Christ la même efficacité que les enseignements de la foi qui sont donnés aux catéchumènes, Il prêchait la pénitence, annonçait le baptême de Jésus-Christ, et attirait les hommes à la connaissance de la vérité qui venait de se manifester au monde ; c'est ainsi que les ministres de l'Église commencent par enseigner ceux qui veulent embrasser la foi, ils leur font voir ensuite l'énormité de leurs péchés, leur en promettent la rémission par le baptême de Jésus-Christ, et les attire ainsi à la connaissance et à l'amour de la vérité.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 29.) Pendant que les disciples de Jésus baptisent, Jean Baptiste continue de baptiser lui-même jusqu'à son incarcération, comme l'indique l'Évangéliste en ajoutant : « Car Jean n'avait pas encore été mis en prison. » — Saint Bède. Nous voyons ici clairement que cet Évangéliste raconte les faits de la vie de Jésus-Christ qui ont précédé la captivité de Jean-Baptiste. Ces faits ont été passés sous silence, par les autres Évangélistes qui commencent leur récit par les événements qui suivirent cette incarcération. — Saint Augustin. (Traité 13 sur S. Jean.) Or pourquoi Jean baptisait-il ? Parce qu'il fallait que le Christ fût baptisé. Mais le Sauveur ne fut pas le seul qui fut baptisé par le précurseur, afin que le baptême de Jean ne parût point supérieur au baptême du Seigneur.— Saint Jean Chrysostome. (hom. 29.) Pourquoi encore continuait-il de baptiser jusqu'alors ? S'il avait cessé débaptiser, on eût attribué sa conduite à un sentiment de jalousie ou de mécontentement. Au contraire en continuant de baptiser, il ne cherchait point sa propre gloire, mais il envoyait de nouveaux disciples à Jésus-Christ ; et sa parole avait mille fois plus d'efficacité que celle des disciples du Sauveur, car son témoignage était à l'abri de tout soupçon, et sa réputation était beaucoup plus grande aux yeux de tous. Il baptisait encore pour ne pas augmenter l'esprit de rivalité de ses disciples. Je pense du reste que Dieu permit la mort de Jean-Baptiste, et que Jésus ne commença qu'après la mort du précurseur le cours de ses prédications, afin que l'affection du peuple tout entier lui fût acquise, les esprits n'étant plus partagés sur le mérite respectif de l'un et de l'autre. En effet, les disciples de Jean nourrissaient des sentiments de jalousie contre les disciples de Jésus-Christ, et contre Jésus-Christ lui-même ; dès qu'ils virent que les disciples du Sauveur baptisaient, ils engageront une discussion avec ceux qui recevaient leur baptême, discussion qui avait pour objet la supériorité du baptême de Jean sur celui des disciples de Jésus-Christ : « Or, il s'éleva une question entre les disciples de Jean et les Juifs, » etc. Ce furent les disciples de Jean et non les Juifs qui soulevèrent cette question. Ce que l'Évangéliste fait entendre en disant que cette question s'éleva, non parmi les Juifs, mais entre les disciples de Jean et les Juifs.
Saint Augustin. (Traité 13.)Les Juifs soutenaient probablement que Jésus était supérieur à Jean, et qu'on devait recevoir son baptême ; les disciples du précurseur, au contraire, ne comprenant pas encore cette supériorité, défendaient le baptême de leur maître. On vint donc trouver Jean-Baptiste pour qu'il décidât la question : « Les premiers étant venus trouver Jean, lui dirent : Maître, celui qui était avec vous au delà du Jourdain, baptise, » etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 29.) C'est-à-dire, celui que vous avez baptisé ; mais ils se gardent bien de s'exprimer de la sorte, car alors ils eussent été forcés de rappeler aussi la voix qui se fit entendre au-dessus de lui ; ils se contentent donc de dire : « Celui qui était avec vous, celui qui était confondu avec vos disciples, qui n'avait rien qui le distinguât de nous, se sépare maintenant de vous, et baptise lui-même. Ils ajoutent : À qui vous avez rendu témoignage. » C'est-à-dire celui dont vous avez manifesté la gloire, sur qui vous avez attiré les regards, ose remplir le même ministère que vous ; car que signifient ces paroles : « Voilà qu'il baptise ? » Et ce n'est point le seul grief qu'ils formulent contre Jésus auprès de son précurseur, ils se plaignent encore de voir ses disciples perdre de leur considération, et leur nombre diminuer de jour en jour. « Et tous vont à lui. »— Alcuin d’York. C'est-à-dire, tous vous abandonnent et courent se foire baptiser par celui que vous avez baptisé.

Jn 3, 27-30
27 Jean répondit : « Un homme ne peut rien s'attribuer, sauf ce qu'il a reçu du Ciel.
28 Vous-mêmes pouvez témoigner que j'ai dit : Je ne suis pas le Messie, je suis celui qui a été envoyé devant lui.
29 L'époux, c'est celui à qui l'épouse appartient ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il entend la voix de l'époux, et il en est tout joyeux. C'est ma joie, et j'en suis comblé.
30 Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 29.) Aux questions que lui font ses disciples, Jean-Baptiste ne répond point par de sévères reproches, dans la crainte qu'en se séparant de lui, ils ne se portent à une autre extrémité, il leur parle donc en termes très-modérés : « Jean répondit : L'homme ne peut rien recevoir s'il ne lui a été donné du ciel. » C'est-à-dire, si la personne de Jésus-Christ est environnée d'un éclat extraordinaire, si tous s'empressent à l'envi autour de lui, il ne faut pas vous en étonner, c'est Dieu qui est l'auteur de ces merveilles. Ce qui est purement humain, se découvre facilement, est faible et passe avec rapidité, mais telle n'est point la gloire de Jésus-Christ, ce n'est point ici l'œuvre de l'homme, tout est empreint d'un caractère divin. Ne soyez pas surpris s'il ne parle point du Sauveur en termes plus relevés, ses disciples étaient dominés par un sentiment trop vif de jalousie pour qu'il fût opportun ou même possible de les enseigner à fond ; il veut donc simplement leur inspirer un sentiment de crainte, en leur montrant qu'ils tentent l'impossible et se mettent en opposition avec Dieu. — Saint Augustin. (Traité 13) On peut dire encore que Jean veut parler ici de lui-même : Comme homme, j'ai tout reçu du ciel ; si donc je dois à Dieu d'être quelque chose, voulez-vous donc que je m'annihile moi-même en parlant contre la vérité ?
Saint Jean Chrysostome. (hom. 29.) Remarquez comme Jean-Baptiste retourne contre eux le trait dont ils avaient voulu se servir contre Jésus-Christ, ça disant : « Celui à qui vous avez rendu témoignage. » Il leur répond : « Vous-mêmes, vous m'êtes témoins que j'ai dit : Je ne suis point le Christ, » c'est-à-dire, puisque vous croyez à la vérité de mon témoignage, vous devez en conclure que je dois lui céder tout honneur. Il ajoute : « Mais que j'ai été envoyé devant lui, » c'est-à-dire, je suis un simple ministre, je fais connaître les ordres et la volonté de celui qui m'a envoyé, je ne cherche pas à le flatter dans une pensée d'intérêt personnel, je n'ai d'autre but que de remplir la mission que le Père m'a confiée.
Alcuin d’York. On pouvait lui faire cette difficulté : Puisque vous n'êtes pas le Christ, qui êtes-vous donc ? ou quel est celui à qui vous rendez témoignage ? Il répond : Il est l'Époux, et je suis, moi, l'ami de l'Époux, et envoyé devant lui pour préparer son Épouse à le recevoir : « Celui qui a l'Épouse, est l'Époux. » Cette Épouse, c'est l'Église formée de toutes les nations, elle est vierge par l'intégrité de son âme, la perfection de sa charité, l'unité de la foi catholique, la concorde qui est le fruit de la paix, la pureté de son cœur et de son corps ; elle a un Époux qui la rend mère tous les jours. — Saint Bède. C'est bien inutilement qu'une vierge a la pureté du corps, si elle n'y joint la chasteté de l'âme. Mais pour cette épouse, Jésus-Christ se l'est unie sur le lit nuptial du sein virginal de sa mère, et l'a rachetée du prix de son sang.
Théophylacte. Jésus-Christ est encore l'Époux de toute âme fidèle, et le lieu où se contracte cette union, c'est l'Église où l'âme reçoit le saint baptême. Les arrhes que l'Époux donne à l'Épouse sont la rémission des péchés, la communication du Saint-Esprit ; et il réserve pour l'autre vie des dons plus parfaits à ceux qui en seront dignes. Nul autre ne peut prétendre à l'honneur d'être l'Époux, que Jésus-Christ seul. Tous les docteurs sont des paranymphes comme le Précurseur ; mais Dieu seul est la source de tous les biens célestes, tous les autres ne sont que les ministres dont il se sert pour répandre ces biens.
Saint Bède. Le Seigneur a donc confié son Épouse à son ami, c'est-à-dire à l'ordre des prédicateurs qui doivent être pour elle pleins de zèle, non dans leur intérêt, mais dans l'intérêt de Jésus-Christ. Voilà pourquoi Jean-Baptiste ajoute : « Mais l'ami de l'Époux qui se tient debout et l'écoute, » etc. — Saint Augustin. (Traité 13.) Il déclare donc : Ce n'est pas mon Épouse. Vous demeurez donc étranger à la joie des noces ? Tout au contraire, répond-il, je partage la joie de l'Époux, parce que je suis son ami. — Saint Jean Chrysostome. (horn. 29.) Mais comment Jean-Baptiste, qui avait dit précédemment : « Je ne suis pas digne de dénouer les courroies de sa chaussure, » se proclame maintenant son ami ? Ce n'est pas qu'il prétende à l'honneur d'être son égal, il veut simplement exprimer la plénitude de son allégresse ; car la joie des serviteurs, dans ces circonstances, est loin d'être aussi grande que celle des amis. C'est encore par condescendance pour la faiblesse de ses disciples, qu'il se dit l'ami de Jésus-Christ ; ils s'imaginaient que tout ce qui se passait le blessait vivement ; il leur fait voir que loin d'en être blessé, il est au comble de la joie, si l'Époux est connu de son Épouse.
Saint Augustin. (Traité 13.) Mais pourquoi se tient-il debout ? parce qu'il ne tombe pas ; et pourquoi évite-t-il de tomber ? parce qu'il est humble. Voyez comme il s'appuie sur un terrain solide : « Je ne suis pas digne de dénouer les courroies de ses souliers. » Il se tient debout et l'écoute ; s'il venait à tomber, il ne l'entendrait pas, l'ami de l'Époux doit donc se tenir debout et l'écouter, c'est-à-dire persévérer dans la grâce qu'il a reçue, et écouter la voix qui le remplit d'allégresse. Je ne me réjouis pas, dit-il, de ce que j'entends ma voix, mais de ce que j'entends la voix de l'Époux ; ma joie c'est d'entendre, comme la sienne est de parler ; je suis l'oreille, il est la parole. Celui qui est chargé de garder la fiancée ou l'épouse de son ami, veille avec soin à ce qu'elle ne donne son affection à aucun autre. Mais s'il consentait lui-même a prendre dans son cœur la place de son ami, et qu'il abusât du dépôt qui lui est confié, ne serait-il pas un objet d'horreur pour le genre humain tout entier ? Combien je vois d'adultères qui veulent posséder cette Épouse qui a été achetée à un si grand prix, et dont toutes les paroles tendent à obtenir une affection qui n'est due qu'à l'Époux ?
Saint Jean Chrysostome. (hom. 29.) Ou bien encore, ces paroles : « Qui se tient debout, » ont un sens particulier, et signifient que le ministère de Jean-Baptiste est à son terme, et qu'il ne lui reste plus qu'à se tenir debout et à écouter. Il passe ici de la figure à l'objet figuré, il a pris pour comparaison l'époux et l'épouse, il montre comment se fait leur union, c’est-à-dire par la voix et par la doctrine : « Car la foi vient de ce qu'on a entendu, et on a entendu, parce qu'on prêche la parole de Dieu. » (Rm 10) Et comme il voit toutes ses espérances réalisées, il ajoute : « Cette joie est donc pleinement réalisée pour moi, » c'est-à-dire l'œuvre qui m'a été confiée est pleinement accomplie, et il ne me reste plus rien à faire. — Théophylacte. Je me réjouis donc de ce que tous s'empressent de tourner vers lui leurs regards. Si l'épouse (c'est-à-dire le peuple), ne se fût pas approchée de l'Époux, moi, son ami, son paranymphe, je serais dans la douleur. — Saint Augustin.(Traité 14.) Ou bien encore, ma joie est au comble, parce qu'il m'est donné d'entendre la voix de l'Époux. C'est la faveur que je désirais, je n'en réclame pas d'autre, de peur de perdre la grâce que j'ai reçue. Car celui qui cherche sa joie en lui-même sera toujours triste, mais celui qui la place en Dieu ne verra jamais cesser sa joie, parce que Dieu est éternel. — Saint Bède. L'homme se réjouit d'entendre la voix de l'Époux, lorsqu'il comprend qu'il doit placer sa joie, non dans sa propre sagesse, mais dans la sagesse qu'il a reçue de Dieu ; car celui-là seul est l'ami de l'Époux, qui ne recherche pour prix de ses bonnes œuvres ni la gloire, ni les louanges, ni les avantages de la terre, mais ne se propose que les récompenses éternelles.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 29.) Jean-Baptiste veut éteindre dans le cœur de ses disciples tout sentiment d'envie, non-seulement pour le présent, mais pour l'avenir, et il ajoute : « Il faut qu'il croisse et que je diminue, » c'est-à-dire, ma mission et mon ministère touchent à leur fin, tandis que la mission et la gloire de Jésus doivent toujours aller en croissant. — Saint Augustin. (Traité 14.) Mais que signifient ces paroles : « Il faut qu'il croisse ? » Dieu ne peut ni croître ni diminuer ; Jean-Baptiste et Jésus, sous le rapport de la naissance temporelle, étaient contemporains, et les quelques mois qui séparaient l'une de l'autre ne faisaient pas une différence d'âge. Ces paroles renferment un grand mystère ; avant la venue du Seigneur, les hommes mettaient toute leur gloire en eux-mêmes, il est venu et s'est fait homme pour diminuer la gloire de l'homme, et accroître la gloire de Dieu. Il est venu, en effet, pour pardonner les péchés à l'homme, à la condition qu'il les confesserait. Or, l'homme s'humilie quand il confesse ses péchés, et Dieu s'élève, pour ainsi dire, quand il exerce la miséricorde. Cette vérité se trouve exprimée dans la mort différente de Jésus-Christ et de Jean-Baptiste ; Jean fut diminué de la tête, et Jésus fut élevé en croix. Remarquez encore que Jésus vint au monde, lorsque les jours commencent à croître, tandis que la naissance de Jean eut lieu lorsqu'ils commencent à décroître. Que la gloire de Dieu croisse donc dans notre âme, et que notre propre gloire s'amoindrisse, pour qu'elle puisse elle-même s'accroître en Dieu. Or, plus vous avancez dans la connaissance de Dieu, plus aussi Dieu paraît croître en vous ; car il ne peut croître en lui-même, puisqu'il est parfait de toute éternité. Lorsque les yeux d'un aveugle sont guéris de leur cécité, il commence d’abord par voir un peu la lumière ; le jour suivant, il la voit davantage, la lumière paraît croître pour lui ; cependant elle a toute sa plénitude, toute sa perfection, qu'il la voie ou qu'il ne la voie point ; ainsi l'homme intérieur fait des progrès dans la connaissance de Dieu, et Dieu paraît croître en lui, tandis qu'il s'amoindrit lui-même et tombe, pour ainsi dire, de sa propre gloire, pour se relever dans la gloire de Dieu.
Théophylacte. Ou bien encore, lorsque le soleil paraît, la lumière des antres astres du ciel paraît s'éteindre, et cependant elle n'est pas éteinte en réalité ; elle est simplement éclipsée par une lumière plus brillante ; c’est ainsi que le Précurseur paraît éclipsé comme une étoile par le soleil. Quant à Jésus-Christ, on le voyait croître successivement à mesure qu'il se révélait par ses miracles, il ne croissait pas en vertus suivant l'erreur insensée de Nestorius, mais il croissait en révélant successivement les preuves de sa divinité.
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