Jn 3, 1-3
1 Il y avait un pharisien nommé Nicodème ; c'était un notable parmi les Juifs.
2 Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons bien, c'est de la part de Dieu que tu es venu nous instruire, car aucun homme ne peut accomplir les signes que tu accomplis si Dieu n'est pas avec lui. »
3 Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de renaître, ne peut voir le règne de Dieu. »
Saint Augustin. (Traité 12 sur S. Jean.) L'Évangéliste venait de dire que pendant le séjour de Jésus à Jérusalem, beaucoup crurent en son nom, en voyant les prodiges et les miracles qu'il opérait. De ce nombre était Nicodème, un des pharisiens. — Saint Bède. (pour la fête de l'inv. de la sainte croix.) Saint Jean nous fait connaître son rang et sa dignité : « C'était un des chefs des Juifs, ». et la démarche qu'il fit : « Il vint de nuit trouver Jésus. » Il désirait s'instruire plus à fond dans un entretien secret des mystères de la foi, dont les miracles publics du Sauveur lui avaient fait connaître les premiers éléments.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 24 sur S. Jean.) Cet homme était encore esclave de la faiblesse judaïque, et il vient de nuit, parce qu'il craignait de faire de jour cette démarche. C'est ce même motif de crainte auquel l'Évangéliste fait allusion, lorsqu'il dit : « Cependant plusieurs d'entre les princes mêmes crurent en lui, mais à cause des pharisiens, ils ne le confessaient pas, de peur d'être chassés de la synagogue. » (Jn 12, 12.) — Saint Augustin. (Traité 12.) Nicodème était du nombre de ceux qui crurent en Jésus-Christ, mais qui n'avaient pas encore reçu une nouvelle naissance, et c'est la raison pour laquelle il vient de nuit. C'est à ceux qui sont nés de nouveau de l'eau et de l'Esprit saint, que l'Apôtre dit : « Vous avez été autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. » — Haymon d’Auxerre. Cette démarche qu'il fait la nuit est parfaitement appropriée aux dispositions de son âme, encore couverte des ténèbres de l'ignorance, et privée de cette vive lumière qui le fit croire parfaitement au Dieu véritable ; car la nuit, dans la sainte Écriture, est le symbole de l'ignorance : « Et il lui dit : Maître, nous savons que vous êtes un docteur envoyé de Dieu. » Le mot rabbi, en hébreu, a la même signification que le mot magister, (maître) en latin. Il donne à Jésus le nom de maître, et non celui de Dieu, parce qu'il le regardait comme envoyé de Dieu, mais sans croire encore à sa divinité.
Saint Augustin. (Traité 12.) Quel motif l'avait porté à croire ? le voici : « Car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est avec lui. » Nicodème faisait donc partie de ce grand nombre de Juifs qui avaient cru au nom de Jésus, en voyant les miracles qu'il opérait. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24.) Cependant les prodiges ne lui donnent pas encore une bien haute idée de Jésus, il avait de lui une opinion toute humaine ; il en parle comme d'un prophète envoyé de Dieu pour une mission spéciale, et qui a besoin pour la remplir d'un secours étranger, bien que son Père, en l'engendrant de toute éternité, lui ait communiqué toute perfection, qu'il se suffise à lui-même, et n'ait rien en lui d'imparfait. Comme le dessein de Nôtre-Seigneur, pendant un certain temps, était moins de révéler sa divinité, que de persuader qu'il n'était en rien contraire à son Père, son langage est empreint de ménagements et de modération, tandis qu'il déploie dans toutes ses actions un pouvoir souverain. C'est pour cette raison qu'il ne révèle clairement à Nicodème rien de sublime sur sa personne ; mais il corrige seulement l'opinion peu relevée qu'il avait de lui, en lui apprenant qu'il n'a besoin de personne pour opérer ses miracles : « Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s'il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. » — Saint Augustin. (Traité 12.) Voilà ceux à qui Jésus se fie, à ceux qui sont nés de nouveau, et ne viennent pas trouver Jésus de nuit, comme Nicodème. Jésus lui dit donc : « Nul, s'il ne naît de nouveau, » etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24.) Paroles dont voici le sens : Comme vous n'êtes pas encore né de nouveau par la génération spirituelle dont Dieu est l'auteur, la connaissance que vous avez de moi est loin d'être spirituelle, elle est toute charnelle et toute humaine. Or, je vous le déclare, ni vous, ni un autre, quel qu'il soit, ne pouvez, sans cette nouvelle naissance qui vient de Dieu , comprendre la gloire dont je suis environné, et vous restez nécessairement eu dehors du royaume ; car la génération dont le baptême est le principe, répand les plus vives lumières dans l'âme. Un peut encore suivre cette version : « Nul, à moins d'être né, » etc., c'est-à-dire votre naissance ne vient pas d'en haut, si vous n'avez pas reçu une foi ferme et inébranlable aux vérités révélées, vous êtes hors de la voie, et loin du royaume des cieux. Nôtre-Seigneur parle ici de lui-même, et veut faire comprendre qu'il n'est pas seulement ce qu'il parait extérieurement, mais qu'il est besoin d'autres yeux pour le voir tel qu'il est. Suivant les uns, cette expression : d'en haut, signifie du ciel, suivant les autres, dès le commencement. Si les Juifs avaient entendu cette doctrine, ils auraient bien vite laissé Jésus eu se moquant de lui, mais Nicodème, en continuant d'interroger Jésus-Christ, fait paraître l'amour d'un vrai disciple pour son maître.
Jn 3, 4-8
4 Nicodème lui répliqua : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux ? Est-ce qu'on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois ? »
5 Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
6 Ce qui est né de la chair n'est que chair ; ce qui est né de l'Esprit est esprit.
7 Ne sois pas étonné si je t'ai dit qu'il vous faut renaître.
8 Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l'Esprit. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 24.) Nicodème, en venant trouver Jésus, ne voyait en lui qu'un homme, mais lorsqu'il l'entend exposer des vérités supérieures à l'intelligence de l'homme, son esprit s'efforce de s'élever à la hauteur de ces enseignements ; toutefois les ténèbres qui couvrent son esprit ne lui permettent pas de s'y maintenir, il est encore dans le doute et l'incertitude, et il objecte une espèce d'impossibilité, pour engager Nôtre-Seigneur à s'expliquer plus clairement. Deux choses surtout le jetaient dans l'étonnement : la nouvelle naissance et le royaume, choses inouïes et inconnues parmi les Juifs. Nicodème s'attache surtout à la première difficulté qui troublait le plus ses idées : « Et Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître lorsqu'il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau ? »
Saint Bède. L'observation de Nicodème semble indiquer que dans sa pensée un enfant peut rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau. Mais il faut se rappeler qu'il était déjà avancé en âge, et qu'il se donne lui-même comme exemple : Je suis déjà vieux, semble-t-il dire, je veux sincèrement arriver au salut, comment donc puis-je rentrer dans le sein de ma mère et y prendre une nouvelle naissance ? Saint Jean Chrysostome. (hom. 24.) Quoi, vous appelez Jésus, Maître et Docteur, vous reconnaissez qu'il est envoyé de Dieu, et vous ne recevez pas ses enseignements, et vous lui faites une question capable de porter le trouble dans les esprits ? Chercher la raison des choses est en effet le propre de ceux dont la foi est encore faible, et il en est beaucoup qui ont perdu la foi au milieu de ces recherches, les uns en demandant : Comment Dieu a-t-il pu s'incarner ? Les autres : Comment peut-il rester ainsi impassible ? C'est sous l'impression de cette incertitude d'esprit que Nicodème fait cette question : « Comment un homme peut-il ? » etc. Mais voyez dans quelles pensées ridicules tombent ceux qui veulent mêler leurs conceptions aux vérités surnaturelles. — Saint Augustin. (Traité 11 sur S. Jean.) C'est l'Esprit qui parle ici, et cet homme n'a que des idées charnelles ; il ne connaissait qu'une seule naissance, celle qui vient d'Adam et d'Eve, et n'avait aucune connaissance de celle qui vient de Dieu et de l'Église. Nous devons toutefois entendre la naissance spirituelle comme Nicodème entendait la naissance charnelle, car de même qu'on ne peut rentrer dans le sein de sa mère, on ne peut non plus recevoir une seconde fois le baptême.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 24 sur S. Jean.) Nôtre-Seigneur, voyant que Nicodème ne pouvait s'élever au-dessus de la génération charnelle, lui explique plus clairement le mode de cette naissance toute spirituelle : « Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » — Saint Augustin. (Traité 11) Paroles dont voici le sens : Vous ne pensez qu'à la génération charnelle, mais il faut que l'homme naisse de l'eau et de l'Esprit saint pour entrer dans le royaume de Dieu. Pour recueillir l'héritage de son père dans le temps, l'homme doit naître du sein d'une mère mortelle ; pour parvenir à l'héritage éternel de Dieu le Père, il doit prendre une nouvelle naissance dans le sein de l'Église. L'homme est composé de deux substances différentes, d'un corps et d'une âme ; cette naissance spirituelle a aussi un double mode d'action, l'eau qui est visible sert à purifier le corps, et l'Esprit saint, dont l'opération est invisible, purifie l'âme qui est également invisible. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24.) Si l'on me demande comment l'homme peut recevoir de l'eau une nouvelle naissance, je demanderai à mon tour comment Adam a pu naître de la terre ? Au commencement la matière première était simplement de la terre, et la formation d'Adam est tout entière l'œuvre du Créateur ; de même ici la matière est l'eau, mais cette nouvelle naissance est tout entière l'œuvre de l'Esprit de grâce. Dieu alors donna au premier homme le paradis terrestre pour habitation, il nous ouvre maintenant le ciel. Mais pourquoi l'eau est-elle nécessaire à ceux qui reçoivent l'Esprit saint ? Voici la raison de ce mystère, c'est que l'eau est le symbole d'opérations divines, de la sépulture, de la mortification, de la résurrection et de la vie. En effet, lorsque notre corps est plongé dans l'eau, le vieil homme est comme enseveli, il disparaît tout entier dans cette immersion, et reparaît ensuite tout renouvelé. C'est encore pour vous apprendre que la vertu du Père, du Fils et du Saint-Esprit, remplit toutes choses, et que Jésus-Christ attendit trois jours pour ressusciter. (hom.26.) L'eau est pour le fidèle comme le sein de la mère pour l'enfant, c'est dans l'eau que le chrétien reçoit la vie et sa forme. Mais l'enfant ne se développe que graduellement dans le sein de sa mûre, tandis que dans l'eau, le chrétien reçoit sa forme en un seul instant. Il est en effet dans la nature des corps de ne se développer et de n'atteindre leur perfection que progressivement. Il n'en est pas ainsi des natures spirituelles, elles sont parfaites aussitôt qu'elles existent. Depuis le jour où Nôtre-Seigneur est sorti des eaux du Jourdain, l'eau ne produit plus seulement des reptiles et des animaux privés de raison, mais des âmes spirituelles et raisonnables.
Saint Augustin. (du bapt. des enf., 1, 30.) Nôtre-Seigneur ne dit pas : Nul, s’il ne renaît de l'eau et de l'Esprit saint, n'obtiendra pas le salut ou la vie éternelle, mais : « N'entrera pas dans le royaume de Dieu, » et il en est qui concluent de ces paroles, qu'à la vérité les enfants doivent être baptisés pour être avec le Christ dans le royaume de Dieu, où ils ne peuvent entrer que par le baptême, mais qu'ils ne laissent pas, s'ils viennent à mourir sans baptême, d'obtenir le salut et la vie éternelle, parce qu'ils ne sont esclaves d'aucun péché. Mais pourquoi duc nouvelle naissance, si ce n'est pour produire un renouvellement complet de vie ? Ou quel sera l'obstacle qui empêchera l'image de Dieu, d'entrer dans le royaume de Dieu, si ce n'est le péché ?
Haymon d’Auxerre. De si grands et de si profonds mystères étaient au-dessus de l'intelligence de Nicodème, aussi Nôtre-Seigneur cherche-t-il à se faire comprendre par une comparaison empruntée à la naissance charnelle : « Ce qui est né de la chair est chair, » etc., c'est-à-dire, de même que la chair engendre la chair, ainsi l'esprit engendre l'esprit. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 26.) Élevez-vous donc au-dessus des choses sensibles, et n'allez point penser que l'esprit engendre la chair, car la chair elle-même du Sauveur n'a pas été produite par l'esprit seul, mais par la chair. Mais ce qui est né de l'esprit est spirituel, la naissance dont il est ici question n'est point celle qui produit la substance, mais celle qui lui donne l'honneur et la grâce. Si telle a été la naissance du Fils de Dieu, qu'a-t-il de plus que ceux qui ont eu part aussi à cette naissance ? Comment est-il le Fils unique de Dieu ? Car je suis ne aussi de Dieu, mais sans sortir de sa substance. Et s'il n'a point pour principe la substance même de Dieu, en quoi diffère-t-il de nous. Que dis-je ? Il serait même inférieur à l'Esprit saint, car cette nouvelle naissance n'a lieu que par la grâce de l'Esprit saint. Aurait-il donc besoin du secours de l'Esprit saint pour continuer à être le Fils de Dieu ? En quoi cette doctrine différerait-elle de la doctrine des Juifs ? Considérez ici la dignité de l'Esprit saint, l'Écriture lui attribue les œuvres mêmes de Dieu, elle a dit plus haut : « Ils sont nés de Dieu. » Ici elle nous déclare que c'est l'Esprit saint qui les engendre. Nôtre-Seigneur voit que ces paroles : « Celui qui est né de l'esprit est esprit, jettent de nouveau le trouble dans les idées de ce pauvre pharisien, et il emprunte pour se faire comprendre un nouvel exemple aux choses sensibles : « Ne vous étonnez pas que je vous aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau, » paroles qui indiquent visiblement le trouble produit dans l'esprit de Nicodème. L'objet de la comparaison que choisit le Sauveur, n'appartient pas précisément au monde matériel, il n'atteint pas non plus la nature incorporelle ; ce terme de comparaison, c'est le vent : « Le vent souffle où il veut, vous entendez sa voix, mais vous ne savez d'où il vient ni où il va ; ainsi en est-il de tout homme qui est né de l'Esprit. » Voici l'explication de ces paroles : Rien ne peut arrêter le vent, il suit son impulsion naturelle, à plus forte raison l'action de l'Esprit saint ne pourra être entravée ni par les lois de la nature, ni par les bornes et les limites de la naissance corporelle, ni par aucun autre obstacle semblable. Qu'il soit ici question du vent, c'est ce que prouvent clairement les paroles suivantes : « Et vous entendez sa voix, » c'est-à-dire, le son dont il frappe les airs. Car le Sauveur n'eût point dit à un infidèle qui ne connaissait point l'action de l'Esprit saint : « Vous entendez sa voix. » Il ajoute : « Il souffle où il veut, » non pas que le vent se détermine par un choix libre et volontaire, mais parce qu'il suit l'impulsion qu'il a reçue de la nature, et que sa force n'est entravée par aucun obstacle : « Et vous ne savez d'où il vient, ni où il va, » c'est-à-dire, si vous ne pouvez connaître la voie que suit le vent dont vous entendez le son, et qui est sensible au toucher, comment pourriez-vous pénétrer les opérations de l'esprit de Dieu ? « Ainsi, ajoute Nôtre-Seigneur, est tout homme qui est né de l'Esprit. »
Saint Augustin. (Traité 12 sur S. Jean.) Mais qui de nous, par exemple, ne voit pas venir l’auster du midi au nord, ou un autre vent de l'orient à l'occident ? Dans quel sens donc ne savons-nous pas d'où il vient, ni où il va ? — Saint Bède. (hom. pour l'Inv. de la sainte Cr.) C'est donc l'Esprit saint qui souffle où il veut, parce qu'il a le pouvoir de choisir l’âme qu'il veut combler de la grâce de sa présence et de ses lumières, et vous entendez sa voix, lorsque celui qui est rempli de l'Esprit saint, parle en votre présence. — Saint Augustin. (Traité 12.) Vous entendez le son des psaumes, le son de l'Évangile, le son de la parole divine, c'est la voix de l'Esprit saint. Nôtre-Seigneur s'exprime de la sorte, parce que l'Esprit saint anime invisiblement la parole et le sacrement, pour nous donner une nouvelle naissance. — Alcuin d’York. Vous ne savez d'où il vient, ni où il va, car alors même que l'Esprit saint descendrait en votre présence dans l'âme d'un de vos frères, vous ne pourriez voir ni comment il y est entré, ni comment il en sortirait, parce qu'il est invisible de sa nature. — Haymon d’Auxerre. Ou bien encore, vous ne savez d'où il vient, parce que vous ignorez comment il conduit les hommes à la foi, ni où il va, parce que vous ne savez non plus comment il les élève jusqu'à l'espérance : « Ainsi est tout homme qui est né de l'Esprit, c'est-à-dire : L'Esprit saint est un esprit invisible, ainsi celui qui naît de l'esprit naît également d'une manière invisible. — Saint Augustin. (Tr. 12.) Ou bien, lorsque vous serez né vous-même de l'Esprit saint, vous serez une énigme pour celui qui n'a point encore eu part à cette naissance, il ne saura ni d'où vous venez, ni où vous allez. C'est pour cela que le Sauveur ajoute : « Ainsi en est-il de tout homme qui est né de l'Esprit. » — Théophylacte. Quoi de plus propre à confondre Macédonius, cet ennemi de l'Esprit saint, qui ose enseigner que ce divin Esprit n'est qu'un serviteur, puisque d'après ces paroles, l'Esprit saint opère dans la plénitude de sa puissance, et agit là où il veut et comme il veut ?
Jn 3, 9-12
9 Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? »
10 Jésus lui répondit : « Toi, tu es chargé d'instruire Israël, et tu ne connais pas ces choses-là ?
11 Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous n'acceptez pas notre témoignage.
12 Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ?
Haymon d’Auxerre. Nicodème ne peut comprendre les mystères de la puissance divine que le Sauveur vient de lui révéler ; sans donc les révoquer en doute, il lui en demande la raison, non dans l'intention de le blâmer, il l'interroge dans le désir de s'instruire : « Nicodème lui répondit : Comment cela peut-il se faire ? »—Saint Jean Chrysostome. (hom. 26.) Il reste encore dans les basses régions du judaïsme et malgré la comparaison si claire qui lui a été donnée, il continue d'interroger, aussi Nôtre-Seigneur lui parle-t-il avec plus de sévérité : « Jésus lui dit : Vous êtes maître en Israël, et vous ignorez ces choses ? » — Saint Augustin. (Traité 12) Que signifient ces paroles ? L'intention de Nôtre-Seigneur est-elle de blesser ce maître en Israël ? Non, il voulait le faire naître de l'esprit. Or, l'humilité est la condition indispensable de cette naissance, puisque c'est l'humilité elle-même qui nous fait naître de l'esprit. Or, Nicodème était comme enflé de son titre de maître, et il se croyait un homme important, parce qu'il était docteur des Juifs. Nôtre-Seigneur réprime donc son orgueil, pour qu'il puisse naître de l'esprit. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 26.) Il n'accuse pas ses mauvaises dispositions, il lui reproche seulement son ignorance et son défaut de jugement. Mais quel rapport, me demandera-t-on, pouvait-il y avoir entre cette naissance dont Jésus-Christ venait de parler et les croyances des Juifs ? Le voici : La création du premier homme, la formation de la femme d'une des côtes d'Adam, les femmes stériles qui sont devenues mères, les miracles dont l'eau a été l'instrument, Élisée faisant surnager le fer sur l'eau, les Juifs passant la mer Rouge à pied sec, Naamon le syrien guéri de la lèpre dans les eaux du Jourdain, étaient autant de symboles figuratifs de cette naissance spirituelle, et de la purification qu'elle produit dans l'âme. Les oracles des prophètes rendent à leur tour témoignage quoique d'une manière plus cachée à la manière dont s'accomplit cette naissance, par exemple dans ces paroles : « Votre jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle ; » (Ps 12) « Bienheureux ceux dont les iniquités sont pardonnées. » (Ps 31) Isaac lui-même a été une figure de cette naissance. Voilà pourquoi Nôtre-Seigneur dit à Nicodème : « Vous êtes maître en Israël et vous ignorez ces choses ! » Le Sauveur donne une nouvelle preuve de la vérité de ses paroles en ajoutant par condescendance pour la faiblesse de ce pharisien : « En vérité, en vérité je vous le dis, nous disons ce que nous savons, et nous attestons ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. » La vue est pour nous le plus sûr de tous les sens, et si nous voulons convaincre quelqu'un de l'existence d'une chose, nous lui disons que nous l'avons vue de nos yeux. C'est pour cette raison que Nôtre-Seigneur, parlant à Nicodème un langage humain, lui donne pour motif de certitude qu'il a vu ce dont il parle. Il ne peut être ici question de la vue des yeux du corps, et il est évident que le Sauveur veut parler ici d'une connaissance des plus certaines et qui exclut jusqu'à la possibilité de l'erreur. Or, ces paroles : « Nous savons » s'appliquent ou à lui seul ou à son Père conjointement avec lui.
Haymon d’Auxerre. Mais pourquoi dit-il au pluriel : « Nous savons ? » Nous répondons que c'était le Fils unique de Dieu qui parlait de la sorte et qu'il montrait ainsi comment le Père est dans le Fils, le Fils dans le Père, et comment le Saint-Esprit procède invisiblement de tous les deux. —Alcuin d’York. Ou bien il parle au pluriel en ce sens : Moi et tons ceux qui ont eu le bonheur de renaître de l'Esprit saint, nous comprenons ce que nous disons et ce que nous avons vu dans le sein du Père, nous l'attestons publiquement dans le monde, et vous qui êtes charnels et superbes, vous ne recevez pas notre témoignage. — Théophylacte. Ce n'est point à Nicodème que s'appliquent ces paroles, mais à toute la nation juive qui persévéra jusqu'à la fin dans son incrédulité. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 26.) Ce n'est non plus ni le mécontentement ni l'aigreur qui inspirent ces paroles à Nôtre-Seigneur, mais un sentiment de douceur et de bonté, ainsi nous apprend-il lorsque nos paroles n'auront point porté la persuasion dans les cœurs, à ne point nous laisser aller ni à la tristesse, ni à la colère, mais à rendre notre parole digne de foi, en évitant non-seulement la colère, mais les cris qui sont une cause de disputes. Jésus, sur le point de révéler des vérités sublimes, semble se retenir par égard pour la faiblesse de ses auditeurs, il ne s'élève pas aussitôt à ces vérités dignes de sa grandeur, mais traite de choses plus en rapport avec la disposition des esprits : « Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses qui sont sur la terre, comment croirez-vous lorsque je vous parlerai des choses qui sont dans le ciel ? » — Saint Augustin. (Traité 12.) C'est-à-dire, si vous ne croyez pas que je puisse relever le temple que vous aurez renversé, comment croirez-vous que les hommes puissent être régénérés par l'Esprit saint ? — Saint Jean Chrysostome. (hom. 27.) Ou bien encore, ne soyez point surpris, s'il appelle le baptême une chose terrestre, il l'appelle ainsi, parce qu'il se confère sur la terre, et qu'en comparaison de cette naissance étonnante qui fait sortir le Fils de la substance du Père, la naissance même spirituelle de la grâce est une chose terrestre. Et c'est avec raison qu'il ne dit pas : Vous ne comprenez point mais : « Vous ne croyez pas, » car qu'un homme ne puisse faire entrer une vérité dans son intelligence, c'est un signe de folie ou d'ignorance, mais qu'il refuse de donner son adhésion à une vérité qu'il doit simplement croire, ce n'est plus de la folie, c'est une incrédulité coupable. Nôtre-Seigneur révélait ces vérités bien que ceux qui entendaient refusaient de les croire, parce que plus tard elles devaient être crues d'une foi vive.