Jn 8, 12
12 De nouveau, Jésus parla aux Juifs : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. »
Alcuin d’York. Le pardon que Notre-Seigneur venait d'accorder à cette femme, pouvait faire naître dans l'esprit de ceux qui ne voyaient en lui qu'un homme le doute qu'il pût remettre les péchés, aussi croit-il devoir mettre dans un plus grand jour sa puissance divine : « Jésus leur parla de nouveau, disant : Je suis la lumière du monde. » — Saint Bède. Remarquez qu'il ne dit pas : Je suis la lumière des anges, ou la lumière du ciel, mais : « La lumière du monde, » c'est-à-dire des hommes qui demeurent dans les ténèbres, selon cette prophétie de Zacharie dans saint Luc : « Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 52 sur S. Jean.) Ou bien encore, comme ils avaient toujours à la bouche la Galilée, et qu'ils doutaient s'il n'était pas un prophète, il veut leur prouver qu'il n'est pas un des prophètes, mais qu'il est le maître de l'univers entier : « Jésus leur parla de nouveau, disant : Je suis la lumière du monde, » et non pas seulement la lumière de la Galilée, de la Palestine, de la Judée.
Saint Augustin. (Traité 34.) Les Manichéens ont cru que le soleil qui éclaire les yeux de notre corps était Nôtre-Seigneur Jésus-Christ ; mais l'Église catholique condamne cette interprétation, car Notre-Seigneur Jésus-Christ n'est point ce soleil qui a été créé, mais celui par lequel le soleil a été créé. Toutes choses, en effet, ont été faites par lui, et cette lumière qui a créé le soleil s'est faite visible pour nous sous le soleil, elle s'est couverte de la chair comme d'un nuage, non pour obscurcir, mais pour tempérer son éclat, c'est donc en parlant à travers le nuage de la chair, que la lumière indéfectible, la lumière delà sagesse a dit aux hommes : « Je suis la lumière du monde. » — Théophylacte. Vous pouvez vous servir de ces paroles pour combattre l'erreur de Nestorius. Nôtre-Seigneur, en effet, n'a pas dit : La lumière du monde est en moi, mais : « Je suis la lumière du monde ; » car celui qui paraissait être un homme ordinaire, était en même temps le Fils de Dieu et la lumière du monde ; et le Fils de Dieu n'habitait pas seulement dans l'homme, comme le prétendait sans fondement Nestorius.
Saint Augustin. (Traité 31.) Le Sauveur vous rappelle des yeux du corps aux yeux du cœur par les paroles qui suivent : « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie ; car il ne lui suffisait pas de dire : « Il aura la lumière, » mais il ajoute : « De vie. » Ces paroles du Sauveur s'accordent avec ces autres du psaume 33 : « Nous verrons la lumière dans votre lumière, parce qu'en vous est une source de vie. » Dans les choses extérieures qui sont à l'usage du corps, la lumière est différente de la source. La gorge altérée cherche la source, les yeux demandent la lumière ; mais en Dieu la lumière est la même chose que la source, Dieu est tout à la fois la lumière qui brille pour vous éclairer, et la source qui coule pour étancher votre soif. L'effet de la promesse est au futur, dans les paroles du Sauveur, ce que nous devons faire est au présent : « Celui qui me suit, aura, » il me suit actuellement par la foi, il me possédera plus tard dans ma nature. Suivez ce soleil visible, vous irez nécessairement à l'Occident, où il se dirige lui-même ; et quand vous ne voudriez pas l'abandonner, il vous abandonnera lui-même. Votre Dieu, au contraire, est tout entier en tout lieu, et il n'aura jamais pour vous de couchant, si vous n'avez pas pour lui de défaillance. Les ténèbres les plus à craindre sont celles des mœurs et non les ténèbres des yeux, on du moins ce ne sont que les ténèbres des yeux intérieurs à l'aide desquels on distingue non le blanc du noir, mais le juste de l'injuste. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) C'est dans un sens spirituel qu'il faut entendre ces paroles : « Il ne demeure pas dans les ténèbres, » c'est-à-dire, il ne demeure pas dans l'erreur. Le Sauveur donne ici des éloges à Nicodème et aux serviteurs envoyés par les pharisiens, tandis que pour ces derniers il laisse à entendre qu'ils sont des artisans de ruses et de fraudes, qu'ils sont dans les ténèbres et dans l'erreur, mais que cependant ils ne triompheront point de la lumière.
Jn 8, 13-18
13 Les pharisiens lui dirent alors : « Tu te rends témoignage à toi-même, ce n'est donc pas un vrai témoignage. »
14 Jésus leur répondit : « Oui, moi, je me rends témoignage à moi-même, et pourtant c'est un vrai témoignage, car je sais d'où je suis venu, et où je m'en vais ; mais vous, vous ne savez ni d'où je viens, ni où je m'en vais.
15 Vous, vous jugez de façon purement humaine. Moi, je ne juge personne.
16 Et, s'il m'arrive de juger, mon jugement est vrai parce que je ne suis pas seul : j'ai avec moi le Père, qui m'a envoyé.
17 Or, il est écrit dans votre Loi que, s'il y a deux témoins, c'est un vrai témoignage.
18 Moi, je me rends témoignage à moi-même, et le Père, qui m'a envoyé, témoigne aussi pour moi. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52 sur S. Jean.) Nôtre-Seigneur venait de déclarer qu'il était la lumière du monde, et que celui qui le suivait ne marchait pas dans les ténèbres ; les Juifs cherchent à détruire l'effet de ces paroles : « Alors les pharisiens lui dirent : Vous vous rendez témoignage à vous-même, » etc. — Alcuin d’York. Ils s'expriment vis-à-vis du Sauveur, comme s'il était le seul à se rendre témoignage, quoiqu'il fût certain que bien longtemps avant son incarnation, il s'était fait précéder par un grand nombre de témoins qui prédirent les mystères de sa vie.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Le Sauveur combat à son tour la raison qu'ils viennent de lui opposer : « Jésus leur répondit : Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai. » Parlant de la sorte, il se conforme à l'opinion des Juifs, qui pensaient qu'il n'était qu'un homme, et il donne la raison de ce qu'il vient d'avancer : « Parce que je sais d'où je viens et où je vais, » c'est-à-dire, que je suis de Dieu, Dieu moi-même, et Fils de Dieu. Il ne s'exprime pas aussi clairement suivant son habitude de voiler sous un langage plein d'humilité les vérités les plus élevées. Or, Dieu est pour lui un témoin assez digne de foi. — Saint Augustin. (Traité 35 sur S. Jean.) En effet, le témoignage de la lumière est véritable, soit qu'elle se découvre elle-même, soit qu'elle se répande sur d'autres objets. Un prophète annonce la vérité, mais à quelle source a-t-il puisé ses oracles ? À la source même de la vérité. Jésus pouvait donc parfaitement se rendre témoignage à lui-même. Il déclare qu'il sait d'où il vient et où il va, et il veut parler de son Père, car le Fils rendait gloire au Père qui l'avait envoyé, à combien plus forte raison l'homme doit-il glorifier le Dieu qui l'a créé ? Toutefois le Fils de Dieu ne s'est point séparé de son Père en venant vers nous, de même il ne nous a pas délaissés en retournant vers lui. Qu'y a-t-il en cela d'étonnant puisqu'il est Dieu ? Au contraire, cela est impossible à ce soleil visible, qui, lorsqu'il tourne vers l'Occident quitte nécessairement l'Orient. Or, de même que ce soleil visible répand sa lumière sur le visage de celui qui a les yeux ouverts et sur celui de l'aveugle, avec cette différence que l'un la voit et l'autre ne la voit pas : ainsi la sagesse de Dieu, c'est-à-dire, le Verbe de Dieu, est présent en tous lieux, même aux yeux des infidèles qui ne peuvent le voir, parce qu'ils n'ont pas les yeux du cœur. C'est donc pour établir cette différence entre ceux qui lui sont fidèles et les Juifs ses ennemis, comme entre les ténèbres et la lumière, que le Sauveur ajoute : « Pour vous, vous ne savez ni d'où je viens ni où je vais. » Ces Juifs voyaient donc en lui un homme et ne pouvaient croire qu'il fût Dieu, c'est pourquoi il leur dit encore : « Vous, vous jugez selon la chair, lorsque vous dites : Vous rendez témoignage de vous-même, votre témoignage n'est pas véritable. » — Théophylacte. C'est-à-dire, vous me voyez revêtu d'un corps mortel, vous concluez que je ne suis qu'un homme, et vous ne voulez pas croire que je suis Dieu, c'est en quoi vous vous trompez en jugeant selon la chair. — Saint Augustin. (Traité 36.) Comme vous ne pouvez comprendre que je sois Dieu, et que vous ne voyez en moi qu'un homme, vous regardez comme une témérité présomptueuse que je me rende témoignage à moi-même, car tout homme qui veut se rendre un témoignage favorable encourt le soupçon d'orgueil et de présomption. Les hommes sont faibles de leur nature, ils peuvent dire la vérité, ils peuvent aussi mentir, mais pour la lumière elle est incapable de mentir.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Ou bien encore, vivre selon la chair, c'est vivre d'une manière coupable, ainsi juger selon la chair, c'est faire des jugements injustes. Et comme ils pouvaient lui dire : Si nous jugeons injustement, pourquoi ne pas démontrer l'injustice de nos jugements, pourquoi ne pas nous condamner ? Il ajoute : « Moi, je ne juge personne. » — Saint Augustin. (Traité 36.) Ce qui peut s'entendre de deux manières : Je ne juge personne actuellement, comme il dit dans un autre endroit : « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. » Il ne nie pas le pouvoir qu'il a de juger, il en diffère l'exercice. Ou bien encore, il venait de leur dire : « Vous, vous jugez selon la chair, » et il ajoute : « Pour moi, je ne juge personne, » sous-entendez selon la chair, c'est-à-dire, que Jésus-Christ ne juge pas comme il a été jugé. Car afin que chacun reconnaisse que le Sauveur est juge dès maintenant, il ajoute : « Et si je juge, mon jugement est vrai. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Tel est donc le sens de ses paroles, si je vous dis : « Je ne juge personne ; » ce n'est pas que je ne sois sûr de mon jugement, car si je voulais juger, mon jugement serait juste, mais le temps déjuger n'est pas encore venu. Il leur annonce ensuite indirectement le jugement futur en ajoutant : « Parce que je ne suis pas seul, mais moi et mon Père qui m'a envoyé, » et leur apprend que son Père doit se joindre à lui pour les condamner. Il répond ainsi en se conformant à leurs pensées, car ils ne croyaient pas que le Fils fut digne de foi, à moins de joindre le témoignage du Père à son propre témoignage.
Saint Augustin. (Traité 36.) Mais si le Père est avec vous, comment vous a-t-il envoyé ? Donc, Seigneur, votre mission, c'est votre incarnation. Le Fils de Dieu incarné, le Christ était donc avec nous sans qu'il eût quitté son Père, parce que le Père et le Fils étaient partout en vertu de l'immensité divine. Rougissez donc, disciple de Sabellius, car Jésus ne dit pas : Je suis le Père, et en même temps : Je suis le Fils, mais : « Je ne suis pas seul, parce que mon Père est avec moi. » Distinguez donc les personnes, faites cette distinction par l'intelligence, reconnaissez que le Père est le Père, et que le Fils est le Fils, mais ne dites pas : Le Père est plus grand, le Fils lui est inférieur. Ils ont une même substance, une même éternité, une égalité parfaite. Donc, dit le Sauveur, mon jugement est vrai, parce que je suis le Fils de Dieu. Comprenez cependant dans quel sens le Père est avec moi, je ne suis pas son Fils, de manière à être séparé de lui, j'ai pris la forme de serviteur, mais je n'ai pas perdu celle de Dieu.
Après avoir parlé du jugement, il en vient au témoignage : « Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai. » — Saint Augustin. (contr. Faust., 16, 13.) Les manichéens vont-ils trouver dans ces paroles un nouveau sujet de calomnie, parce que le Sauveur ne dit pas : Il est écrit dans la loi de Dieu, mais ; « Il est écrit dans votre loi ? » Qui ne reconnaît ici une expression consacrée dans les Écritures ? Votre loi signifie ici la loi qui vous a été donnée, de même que l'Apôtre appelle son Évangile (Rm 2), l'Évangile qu'il déclare avoir reçu, non par un homme, mais par la révélation de Jésus-Christ. (Ga 2)
Saint Augustin. (Traité 36.) Ces paroles que Dieu dit à Moïse : « Que tout soit assuré par la déposition de deux ou trois témoins, » (Dt 19, 18) ne laissent pas de soulever une grande difficulté et paraissent renfermer un sens mystérieux ; car il peut arriver que deux témoins se rendent coupables de mensonge. La chaste Suzanne était accusée par deux faux témoins (Dn 13) ; le peuple juif tout entier se rendit coupable de calomnies atroces contre Jésus-Christ (Mt 27) ; comment donc entendre ces paroles : « Tout sera assuré par la déposition de deux ou trois témoins, » si nous n'y voyons une allusion mystérieuse à la sainte Trinité, qui possède éternellement l'immuable vérité ? Recevez donc, dit le Sauveur, notre témoignage, si vous ne voulez éprouver la rigueur de notre jugement ; je diffère le jugement, mais je ne diffère point le témoignage : « Or, je rends moi-même témoignage de moi, » etc. — Saint Bède. Nous voyons dans bien des passages de l'Écriture, que le Père rend témoignage à son Fils, comme dans le Psaume 2 : « Je vous ai engendré aujourd'hui, » et dans saint Matthieu (3 et 17), où le Père dit de lui : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Ou bien encore, si l'on prend cette parole dans le sens le plus simple, elle présente une véritable difficulté. Parmi les hommes, il a été établi que toute déposition doit être appuyée sur le témoignage de deux ou trois témoins, parce qu'un seul témoin n'est pas digne de foi ; mais comment faire à Dieu l'application de cette règle ? Cependant cette proposition n'a point d'autre raison d'être. Parmi les hommes, lorsque deux témoins déposent sur un fait qui ne leur est point personnel, leur témoignage est vrai, parce que c'est le témoignage de deux personnes distinctes, mais si l'un des deux vient à se rendre témoignage à lui-même, ce ne sont plus deux témoins, il n'y a plus qu'un seul. Nôtre-Seigneur ne s'est donc exprimé de la sorte que pour montrer qu'il n'est pas inférieur a son Père, autrement il n'aurait pas dit : « Moi et mon Père qui m'a envoyé. » Considérez encore que sa puissance n'est en rien au-dessous de celle de son Père. Lorsqu'un homme est par lui-même digne de foi, il n'a pas besoin d'un autre témoignage, lorsqu'il s'agit d'un fait qui lui est étranger ; mais dans une affaire personnelle où il a besoin du témoignage d'autrui, il n'est plus également digne de foi. Ici c'est tout le contraire, le Sauveur rend témoignage dans sa propre cause, tout en ayant pour lui le témoignage d'un autre, et il se déclare digne de foi.
Alcuin d’York. On peut encore entendre ces paroles dans ce sens : Votre loi reçoit comme vrai le témoignage de deux hommes qui peuvent être trompés et tromper eux-mêmes, ou faire des déclarations fausses et incertaines, pourquoi donc refusez-vous d'admettre comme véritable le témoignage de mon Père et le mien, qui a pour lui la garantie de la plus haute vérité ?
Jn 8, 19-20
19 Les pharisiens lui disaient : « Où est-il, ton père ? » Jésus répondit : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. »
20 Il prononça ces paroles alors qu'il enseignait au Temple, du côté du Trésor. Et personne ne l'arrêta, parce que son heure n'était pas encore venue.
Saint Augustin. (Traité 37 sur S. Jean.) Notre-Seigneur avait reproché aux Juifs de juger selon la chair, et ils justifient la vérité de ce reproche, en prenant dans un sens charnel le Père dont il leur parlait : « Ils lui dirent donc : Où est votre Père, » etc. C'est-à-dire, nous vous avons entendu dire : « Je ne suis pas seul, mais moi et le Père qui m'a envoyé ; » cependant nous ne voyons que vous, montrez-nous donc que votre Père est avec vous.
Théophylacte. Il on est qui voient dans ces paroles des Juifs, une intention d'outrager le Sauveur et de le couvrir de mépris ; ils lui demandent insolemment où est son Père, comme s'il était le fruit de la fornication, ou comme s'il était le Fils d'un père inconnu ou d'un homme d'une condition obscure, tel qu'était Joseph, qui passait pour être son père. Ils semblent lui dire : Votre père est un homme sans considération, sans nom dans le monde, pourquoi nous parler sans cesse de votre Père ? Ce n'est point par le désir de s'instruire, mais pour éprouver le Sauveur qu'ils lui adressent cette question ; aussi ne veut-il pas y répondre, et il se contente de leur dire : « Vous ne me connaissez, ni moi ni mon Père. »
Saint Augustin. (Traité 37.) C'est-à-dire, vous me demandez où est mon Père, comme si vous me connaissiez déjà, comme si je n'étais que ce que vous voyez. Or, c'est parce que vous ne me connaissez pas, que je ne veux pas vous faire connaître mon Père ; vous ne voyez en moi qu'un homme, et par-là même vous me cherchez un Père qui ne soit aussi qu'un homme. Mais comme indépendamment de ce que vous voyez, je suis encore autre chose que vous ne voyez pas, et qu'inconnu de vous, je vous parle ; de mon Père qui vous est également inconnu, il faudrait que vous me connaissiez d'abord avant de connaître mon Père : « Si vous me connaissiez, ajoute-t-il, peut-être connaîtriez-vous mon Père. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) En leur parlant de la sorte, il leur fait voir qu'il ne leur sert de rien de connaître le Père, s'ils ne connaissent le Fils.
Origène. (Traité 19 sur S. Jean.) Il semble y avoir contradiction entre ce que dit ici Nôtre-Seigneur : « Vous ne me connaissez ni moi ni mon Père, » et ce qu'il a dit plus haut : « Vous savez qui je suis et d'où je suis. » Mais cette espèce de contradiction disparaît, lorsqu'on fait attention que ces paroles : « Vous savez qui je suis, » s'adressent à quelques habitants de Jérusalem, qui disaient : « Est-ce que les chefs de la nation ont reconnu qu'il était le Christ ? » Tandis que c'est aux pharisiens que le Sauveur dit : « Vous ne me connaissez pas. » Cependant il est vrai que dans ce qui précède, nous voyons Jésus dire aux habitants de Jérusalem : Celui qui m'a envoyé est véridique, et vous ne le connaissez pas. On se demande donc, comment il a pu dire ici : « Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père, » alors que les habitants de Jérusalem, à qui il dit ailleurs : « Vous savez qui je suis, » n'ont pas connu son Père. Nous répondons que le Sauveur parle tantôt de lui en tant qu'il est homme, et tantôt en tant qu'il est Dieu. Ces paroles : « Vous savez qui je suis, » doivent s'entendre de lui comme homme ; et ces autres : « Vous ne me connaissez pas, » veulent dire : Vous ne me connaissez pas comme Dieu. — Saint Augustin. (Traité 37.) Que signifient ces paroles : « Si vous me connaissiez vous connaîtriez mon Père, » si ce n'est : « Mon Père et moi nous ne faisons qu'un. » (Jn 10, 30.) Lorsque vous rencontrez une personne qui ressemble à une autre, vous dites tous les jours : Si vous avez vu l'une, vous avez vu l'autre, et c'est la ressemblance parfaite de ces deux personnes qui vous fait tenir ce langage. Voilà aussi pourquoi Nôtre-Seigneur dit aux Juifs : Si vous me connaissiez, vous connaîtriez mon Père, non que le Père soit le Fils, mais parce que le Fils est semblable au Père.
Théophylacte. Que les ariens rougissent en entendant ces paroles, car si, comme ils le prétendent, le Fils est une simple créature, comment celui qui connaît cette créature peut connaître par là même Dieu. Est-ce que celui qui connaît la nature d'un ange, connaît par là même la nature divine ? Donc puisque celui qui connaît le Fils, connaît le Père, le Fils est nécessairement consubstantiel au Père.
Saint Augustin. (Traité 37.) Cette locution « peut-être, » qui parait être une expression dubitative, est une parole de reproche ; ainsi les hommes s'expriment d'une manière dubitative sur des choses qu'ils regardent comme certaines, par exemple, dans un mouvement d'indignation contre votre serviteur, vous lui dites : Tu me méprises, veuille y réfléchir, peut-être suis-je ton maître. C'est ainsi que Notre-Seigneur s'exprime vis-à-vis des Juifs infidèles, lorsqu'il leur dit : « Peut-être connaîtriez-vous aussi mon Père. »
Origène. Examinons ici l'opinion de certains hérétiques qui prétendent pouvoir prouver clairement par ces paroles, que le Dieu qu'adoraient les Juifs n'était pas le Père de Jésus-Christ ; car, disent-ils, c'est aux pharisiens qui adoraient un Dieu maître du monde, que le Sauveur tenait ce langage. Or, il est certain que les pharisiens n'ont jamais connu un Père de Jésus différent du Créateur du monde. En parlant de la sorte, ces hérétiques ne réfléchissent pas sur le langage ordinaire des Écritures. En effet, qu'un homme veuille nous exposer les notions sur la divinité, qu'il doit à l'instruction que lui ont donnée ses parents, sans prendre soin d'y conformer sa conduite ; nous disons qu'il n'a pas la connaissance de Dieu ; voilà pourquoi l'Écriture dit des fils d'Héli, par suite de leur méchanceté, qu'ils ne connaissaient pas Dieu ; (1 R 2) c'est ainsi que les pharisiens eux-mêmes n'ont pas connu Dieu, parce qu'ils ne vivaient pas conformément aux préceptes du Créateur. Il y a d'ailleurs une autre manière d'entendre la connaissance de Dieu. En effet, connaître Dieu, c'est autre chose que de croire simplement en Dieu. Nous lisons dans le psaume 45(vers. 10) : « Soyez dans le repos et considérez que c'est moi qui suis Dieu. » Qui ne reconnaîtra que ces paroles sont écrites pour le peuple, qui croit en Dieu créateur de cet univers ? Il y a une grande différence entre la foi jointe à la connaissance, et la foi seule. Jésus aurait pu avec raison dire aux pharisiens à qui il reproche de ne connaître ni son Père ni lui : Vous ne croyez pas à mon Père ; car celui qui nie l'existence du Fils, nie par là même l'existence du Père, c'est-à-dire qu'il n'admet le Père ni par la foi, ni par la connaissance. Suivant l'Écriture, il y a encore une autre manière de connaître quelqu'un, c'est de lui être uni. Aussi Adam connut sa femme lorsqu'il lui fut uni ; (Gn 4) celui qui s'attache à une femme, connaît cette femme, et celui qui s'attache au Seigneur, devient un seul esprit avec lui, (1 Co 6, 17) et connaît Dieu. S'il en est ainsi, les pharisiens n'ont connu ni le Père, ni le Fils. Enfin il y a aussi une différence entre connaître Dieu, et connaître le Père, c'est-à-dire qu'on peut connaître Dieu sans connaître le Père. Ainsi dans le nombre presque infini de prières que nous trouvons dans l'ancienne loi, nous n'en trouvons aucune où Dieu soit invoqué comme Père, les Juifs le priaient et l'invoquaient comme Dieu et Seigneur, pour ne pas prévenir la grâce que Jésus devait répandre sur le monde entier, en appelant tous les hommes à l'honneur de la filiation divine, suivant ces paroles : « J'annoncerai votre nom à mes frères. » (Ps 21)
« Jésus parla de la sorte, dans le parvis du Trésor , lorsqu'il enseignait dans le temple. » — Alcuin d’York. Le mot gaza dans la langue persane signifie richesse, et le mot grec φυλάξαι signifieconserver, c'était l'endroit du temple où l'on conservait les offrandes. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 53 sur S. Jean.) Le Sauveur parlait comme maître et docteur dans le temple, ce qui aurait dû les toucher davantage : mais ce qu'il disait les blessait, et ils l'accusaient de se faire égal à Dieu le Père. — Saint Augustin. (Traité 37) Il montre une grande confiance sans mélange d'aucune crainte, car il pouvait ne rien souffrir, à moins qu'il ne le voulût : « Et personne ne se saisit de lui, dit l'Évangéliste, parce que son heure n'était pas encore venue. » Il en est qui, en entendant ces paroles, prétendent que Jésus était soumis aux lois du destin. Mais si le mot latin fatum (destin) vient du verbe fari, qui veut dire parler, comment admettre que le Verbe, la parole de Dieu, soit esclave du destin ? Où sont les destins ? Dans le ciel, direz-vous, où ils dépendent du cours et des révolutions des astres. Mais comment encore soumettre à ce destin celui qui a créé le ciel et les astres, alors que votre volonté à vous-même, si vous êtes conduit par la sagesse, s'élève bien au-dessus des astres. Est-ce parce que, vous avez appris que le corps de Jésus-Christ a vécu sous le ciel, que vous voulez soumettre sa puissance à l'influence des cieux ? Comprenez donc que « son heure n'était pas encore venue, » non pas l'heure où il souffrirait la mort malgré lui. mais l'heure où il daignerait l'accepter volontairement.
Origène. (Traité 19) Toutes les fois que l'Évangéliste mentionne cette circonstance : « Jésus parla de la sorte en tel lieu, » si vous voulez y faire attention, vous découvrirez que ce n'est pas sans raison qu'il s'exprime ainsi. Le Trésor était l'endroit où se conservait l'argent destiné au service du temple et à la subsistance des pauvres ; les pièces de monnaie sont les paroles divines qui sont marquées à l'effigie du grand roi. Or, chacun doit concourir à l'édification de l'Église, en déposant dans le trésor spirituel tout ce qui peut contribuer à l'honneur de Dieu, au bien général ; et puisque tous les Juifs déposaient leurs offrandes volontaires dans le trésor, il était juste aussi que Jésus mît son offrande dans le trésor, c'est-à-dire les paroles de la vie éternelle. Personne n'osa se saisir de la personne du Sauveur, tandis qu'il parlait dans le temple, parce que ses discours étaient plus forts que ceux qui voulaient s'emparer de lui, car il n'y a aucune faiblesse dans ceux qui sont les instruments et les organes du Verbe de Dieu.
Saint Bède. Ou bien encore, Jésus parle dans le parvis du Trésor, parce qu'il parlait aux Juifs en paraboles, et il commença à ouvrir le trésor, lorsqu'il découvrit à ses disciples les mystères des cieux. Or, le trésor était une dépendance du temple, parce que toutes les prophéties figuratives de la loi et des prophètes avaient le Sauveur pour objet.