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Lc 11, 21-23
21 Quand l'homme fort et bien armé garde son palais, tout ce qui lui appartient est en sécurité.
22 Mais si un plus fort intervient et triomphe de lui, il lui enlève l'équipement de combat qui lui donnait confiance, et il distribue tout ce qu'il lui a pris.
23 Celui qui n'est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse.
Saint Cyrille d’Alexandrie. (Commentaire grec.) Notre-Seigneur voulant confondre ses accusateurs par le nombre et l’évidence des raisons, emploie une comparaison des plus claires, pour prouver à ceux qui ne veulent pas fermer obstinément les yeux, qu’il a triomphé du prince de ce siècle par la puissance qui lui est naturelle : " Lorsque le fort armé garde sa maison, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 42,sur S. Matth.) Il appelle le démon le fort armé, non qu’il tienne cette force de sa nature, mais pour exprimer la tyrannie qu’il exerçait depuis si longtemps par suite de notre faiblesse. — Saint Cyrille d’Alexandrie.(Jn 12.) En effet, avant l’avènement du Sauveur, il se jetait avec une violence inouïe sur les troupeaux qui n’étaient pas à lui, mais à Dieu, comme pour les emmener dans sa propre bergerie.
Théophylacte. Les armes du démon sont les différentes espèces de péchés dans lesquelles il mettait toute sa confiance pour asservir les hommes à son empire. — Saint Bède. Sa maison, c’est le monde entier qui est fondé sur le mal, (1 Jn 5, 19), et sur lequel le démon régnait en maître, jusqu’à l’avènement du Sauveur, parce qu’il habitait sans opposition dans le cœur des infidèles, mais il a été vaincu par la puissance bien supérieure de Jésus-Christ, qui a délivré les hommes de son esclavage, et l’a honteusement chassé : " Mais il en survient un plus fort que lui, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. C’est en effet lorsque le Verbe du Dieu très-haut, source de toute puissance, et le Seigneur des vertus (cf. Ps 23, 10 ; 47, 9 ; 58, 6 ; 79, 19. 20 ; 83, 2, 4, 9, 13 ; 88, 9), a daigné se faire homme, qu’il s’est emparé du démon, et lui a enlevé ses armes. — Saint Bède. Ses armes sont la ruse, les fourberies, le mensonge, que met en œuvre sa méchanceté ; ses dépouilles sont les hommes qu’il trompe et séduit. — Saint Cyrille d’Alexandrie. En effet, ceux qu’il retenait depuis longtemps dans les liens de l’ignorance de Dieu et de l’erreur, ont été appelés par les saints Apôtres à la connaissance de la vérité, et offerts à Dieu le Père, par la foi qu’ils avaient en son Fils. — Saint Basile. (Comment. sur Is 18.) On peut aussi entendre par ces dépouilles qu’il a distribuées, les anges fidèles, qu’il a préposés à la garde des hommes. — Saint Bède. Jésus-Christ vainqueur a distribué les dépouilles, (ce qui est le propre des triomphateurs), lorsqu’il a mené captive la captivité elle-même, et répandu ses dons sur les hommes, en établissant les uns apôtres, les autres évangélistes, ceux-ci prophètes, ceux-là pasteurs et docteurs. (Ep 4.)
Saint Jean Chrysostome. (hom. 42.) Le Sauveur donne enfin une quatrième réponse, en ajoutant : " Celui qui n’est pas avec moi, est contre moi, " paroles dont voici le sens : Je veux donner les hommes à Dieu, Satan veut le contraire ; comment donc celui qui, loin de se joindre à moi, dissipe ce qui m’appartient, pourrait-il s’entendre avec moi au point de joindre ses efforts aux miens pour chasser les démons ? " Et celui qui n’amasse point avec moi, dissipe au lieu d’amasser. " — Saint Cyrille d’Alexandrie. C’est-à-dire : Je suis venu pour réunir les enfants de Dieu que le démon avait dispersés, et Satan qui n’est pas avec moi, s’efforce de disperser de nouveau ceux que j’ai cherché à recueillir et à sauver. Comment donc. celui qui s’oppose à tous mes desseins, pourrait-il me communiquer son pouvoir ? — Saint Jean Chrysostome. (hom. 42.) Si donc on est ennemi quand on refuse de joindre ses efforts à ceux d’un autre, à plus forte raison quand on y met obstacle. Le Sauveur semble aussi avoir en vue les Juifs dans cette allégorie, et il les range avec le démon, parce qu’eux aussi se déclaraient contre lui, et dispersaient ceux qu’il rassemblait.

Lc 11, 24-26
24 Quand l'esprit mauvais est sorti d'un homme, il parcourt les terres desséchées en cherchant un lieu de repos. Et comme il n'en trouve pas, il se dit : 'Je vais retourner dans ma maison, d'où je suis sorti.'
25 En arrivant, il la trouve balayée et bien rangée.
26 Alors, il s'en va, et il prend sept autres esprits encore plus mauvais que lui, ils y entrent, et ils s'y installent. Ainsi, l'état de cet homme est pire à la fin qu'au début. »
Saint Cyrille d’Alexandrie. (Commentaire grec.) Notre-Seigneur fait voir ensuite comment le peuple juif en est venu à se faire de semblables idées sur le Christ : " Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, " etc. Dans saint Matthieu, le Sauveur applique aux Juifs cette comparaison en termes exprès " C’est ce qui arrivera à cette génération criminelle, " (Mt 12, 45.) En effet, lorsqu’ils vivaient en Égypte, en se conformant aux usages des Égyptiens, ils étaient la demeure de l’esprit mauvais, il en fut chassé lorsqu’ils immolèrent l’agneau qui était la figure du Christ, et qu’ils marquèrent leurs portes de son sang pour échapper à l’ange exterminateur. (Ex 12)
Saint Ambroise. Dans ce seul homme, se trouve donc figuré tout le peuple juif qui avait été délivré de l’esprit mauvais par la loi. Cependant comme les cœurs des Gentils, arides d’abord, mais pénétrés ensuite de la rosée de l’Esprit saint par le baptême, ne pouvaient offrir au démon un lieu de repos, parce qu’ils croyaient en Jésus-Christ, et que Jésus-Christ est une flamme dévorante pour les esprits impurs, il revint vers le peuple juif : " Et comme il n’en trouve point, il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. " — Origène. (Commentaire grec.) C’est-à-dire : Je retournerai vers les enfants d’Israël qui n’ont en eux rien de divin, qui sont comme déserts, et m’offrent un endroit où je puis habiter. " Et lorsqu’il y est rentré, il la trouve nettoyée et parée. " — Saint Ambroise. Mais sous cette pureté extérieure et apparente, l’intérieur n’en demeurait que plus souillé ; car elle ne pouvait ni se purifier de ces souillures, ni éteindre le feu des passions dans les eaux de la fontaine sacrée ; aussi l’esprit impur s’empressait-il de rentrer dans cette maison, avec sept esprits plus mauvais que lui : " Alors il s’en va prendre sept esprits plus méchants que lui, et entrant dans cette maison, ils en font leur demeure. " Juste punition du crime que ce peuple sacrilège avait commis en violant la semaine de la loi, et le mystère du huitième jour. Ainsi de même que la grâce se répand avec abondance sur nous par les sept dons de l’Esprit saint, toute la malice des démons s’empare aussi de ce peuple par ces sept esprits impurs ; car le nombre sept, dans l’Écriture, exprime ordinairement l’universalité.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 44 sur S. Matth.) Les démons qui habitent les âmes des Juifs sont pires que les premiers. Autrefois, ils traitaient avec cruauté les prophètes ; aujourd’hui, c’est au Seigneur lui-même que s’adressent leurs outrages, aussi en ont-ils été punis bien plus sévèrement par Vespasien et par Tite, qu’ils ne l’avaient été en Égypte et lors de la captivité de Babylone : " Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. " Autrefois encore, ils étaient gouvernés par la divine Providence et par la grâce de l’Esprit saint, mais aujourd’hui cette protection toute paternelle leur fait défaut, et par suite, ils sont dans un dénuement complet de vertu, et en proie à des peines plus déchirantes et à toute la violence des démons.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Le dernier état devient pire que le premier, selon cette parole de l’apôtre saint Pierre : " Il eût mieux valu pour eux ne jamais connaître la voie de la vérité, que de s’en écarter après l’avoir connue.
Saint Bède. On peut encore entendre ces paroles de tous les hérétiques, de tous les schismatiques, et même des mauvais catholiques qui, à l’époque de leur baptême, avaient été délivrés de l’esprit immonde. Ce mauvais esprit parcourt alors les lieux arides, c’est-à-dire, qu’en tentateur habile et rusé, il examine les cœurs des fidèles qui ont été purifiés de toutes les pensées impures et dangereuses, pour voir s’il peut y imprimer la trace de ses pas maudits. Il dit : " Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. " Ces paroles doivent nous faire craindre que les fautes, que nous regardions comme à jamais effacées, ne profitent de notre négligence pour reprendre sur nous leur funeste empire. Il trouve cette maison nettoyée, c’est-à-dire purifiée par la grâce du baptême des souillures du péché ; mais complètement dénuée de l’ornement des bonnes œuvres. Les sept mauvais esprits qu’il prend avec lui, représentent l’universalité des vices. Ces esprits sont plus mauvais que lui, parce que cette maison non seulement aura les sept vices directement opposés aux sept vertus spirituelles, mais elle voudra encore, par un sentiment d’hypocrisie, paraître avoir ces vertus.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 44.) Ce n’est pas seulement aux Juifs, mais à nous-mêmes, que s’appliquent les paroles suivantes : " Le dernier état de cet homme devient pire que le premier. " En effet, si après avoir été éclairés et délivrés de nos fautes passées, nous retournons à nos habitudes vicieuses, le châtiment qui attend ces nouvelles fautes sera bien plus terrible.
Saint Bède. On peut encore dire que Notre-Seigneur n’a dans ces paroles d’autre but, que d’établir la distinction qui sépare ses œuvres de celles du démon, c’est-à-dire que le caractère du Sauveur est de purifier tout ce qui est souillé, tandis que celui du démon est de s’empresser de souiller encore davantage ce que Jésus a purifié.

Lc 11, 27-28
27 Comme Jésus était en train de parler, une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire : « Heureuse la mère qui t'a porté dans ses entrailles, et qui t'a nourri de son lait ! »
28 Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »
Saint Bède. Tandis que les scribes et les pharisiens tentent le Seigneur, et blasphèment contre ses œuvres, une simple femme proclame avec une foi vraiment admirable le mystère de son incarnation : " Lorsqu’il parlait ainsi, une femme, élevant la voix du milieu du peuple, lui dit : " Heureuses les entrailles qui vous ont porté, " etc. C’est ainsi qu’elle confond tout ensemble, les calomnies des princes des Juifs et la perfidie des hérétiques futurs. En effet, de même que les Juifs, par leurs blasphèmes contre les œuvres de l’Esprit saint, niaient que le Sauveur fût le vrai Fils de Dieu, ainsi les hérétiques, en niant par la suite que par la coopération de l’Esprit saint, Marie, toujours vierge, ait contribué à former la chair du Fils de Dieu, n’ont pas voulu reconnaître que le Fils de l’homme fût le Fils véritable du Père, de même nature que lui. Mais si la chair du Verbe de Dieu fait homme, est étrangère à la chair de la Vierge mère, pourquoi proclamer bienheureuses les entrailles qui l’ont porté, et les mamelles qui l’ont allaité. Quelle raison de croire qu’il ait été nourri de son lait, si l’on ne veut admettre qu’il ait été conçu de son sang, puisque selon les médecins, le lait et le sang ont une seule et même source. Or, ce bonheur n’est pas le partage exclusif de celle qui a mérité d’enfanter corporellement le Verbe de Dieu, mais encore de tous ceux qui s’appliquent à concevoir spirituellement par la foi ce même Verbe, à l’enfanter et à le nourrir dans leur cœur, et dans celui du prochain, par la pratique des bonnes œuvres : " Mais Jésus lui répondit : Bien plus heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique. "
Saint Jean Chrysostome. (hom. 45 sur S. Matth.) En parlant de la sorte, le Sauveur ne reniait pas sa mère, mais il montrait qu’il n’eût servi de rien à Marie de l’avoir mis au monde, si elle n’eût d’ailleurs été le modèle de toutes les vertus. Or, s’il n’y avait aucun avantage pour Marie d’avoir donné le jour à Jésus-Christ, sans les vertus qui ornaient d’ailleurs son âme, n’espérons rien absolument des vertus d’un père, d’un frère ou d’un fils, si nous ne faisons aucun effort pour les imiter.
Saint Bède. La Mère de Dieu est heureuse pour avoir été dans le temps l’instrument de l’incarnation du Verbe, mais elle est bien plus heureuse pour avoir gardé inviolablement et éternellement son saint amour. Ces paroles sont une condamnation des sages d’entre les Juifs qui, au lieu d’écouter la parole de Dieu et de la mettre en pratique, en faisaient un objet de négations et de blasphèmes.
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