Lc 12, 8-12
8 Je vous le déclare : Celui qui se sera prononcé pour moi devant les hommes, le Fils de l'homme se prononcera aussi pour lui devant les anges de Dieu.
9 Mais celui qui m'aura renié en face des hommes sera renié en face des anges de Dieu.
10 Et celui qui dira une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné.
11 Quand on vous traduira devant les synagogues, les puissances et les autorités, ne vous tourmentez pas pour savoir comment vous défendre ou comment parler.
12 Car l'Esprit Saint vous enseignera à cette heure même ce qu'il faudra dire. »
Saint Bède. Après avoir déclaré que toutes nos œuvres, que toutes nos pensées les plus secrètes seront révélées ; Notre-Seigneur ajoute que cette révélation aura lieu, non pas au milieu d’une assemblée ordinaire, mais en présence de la cité céleste, devant le Juge et le Roi éternel des siècles : " Or, je vous le dis, quiconque m’aura confessé devant les hommes, " etc. — Saint Ambroise. Le Sauveur insère ici admirablement tout ce qui petit rendre la foi plus vive, eu lui donnant la force pour fondement et pour base ; car de même que la foi est le stimulant du courage, la force est le plus ferme appui de la foi. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 35, sur S. Matth.) Dieu ne se contente donc pas de la foi intérieure, il en demande la confession extérieure et publique, et nous excite ainsi à une plus grande confiance et à un plus grand amour. Et comme cet enseignement est utile à tous, il parle en général : " Quiconque m’aura confessé devant les hommes, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Saint Paul dit dans son Épître aux Romains : " Si vous confessez de bouche que Jésus est. le Seigneur, et si vous croyez de cœur que Dieu l’a ressuscité après la mort, vous serez sauvé. " Tous les mystères du Christ sont compris dans ces paroles. En effet, il faut d’abord reconnaître que le Verbe qui est sorti du Père, c’est-à-dire, son Fils unique, né de sa substance, est le Seigneur de toutes choses, et que son souverain domaine n’est point un domaine usurpé, ni qui vienne d’un principe extérieur, mais qu’il lui vient, comme à son Père, de sa nature même et de son existence. Il faut ensuite confesser que Dieu a ressuscité des morts ce même Seigneur, qui s’est fait homme, et qui a souffert la mort pour nous ; car c’est ainsi qu’il est ressuscité des morts. Quiconque confessera ainsi devant les hommes la divinité et le souverain domaine de Jésus-Christ, le Sauveur, à son tour, le confessera devant les auges de Dieu, lorsqu’il descendra avec les saints anges dans la gloire du Père, à la consommation des siècles.
Eusèbe. Or, qu’y aura-t-il de plus glorieux que de voir le Fils unique, le Verbe de Dieu, rendant témoignage au jour du jugement, et donnant dans son amour une récompense sensible du témoignage qui lui a été rendu sur la terre, à l’âme qu’il aura jugée digne de cette récompense ? Car il ne restera pas en dehors de cette âme, mais il lui rendra témoignage en habitant au milieu d’elle et en l’inondant de sa lumière. Après avoir fortifié ses Apôtres par la douce espérance d’aussi magnifiques promesses, il les affermit encore par des menaces non moins effrayantes : " Mais celui qui m’aura renié devant les hommes, sera renié devant les anges de Dieu. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 35 sur S. Matth.) C’est-à-dire, que le châtiment sera plus sévère et la récompense plus abondante, comme s’il disait : Ici-bas, c’est vous qui me confessez, ou qui me niez, mais au jour du jugement, ce sera moi-même, et ainsi la récompense du bien que vous aurez fait, ou le châtiment du mal que vous aurez commis, vous seront rendus avec usure dans l’autre vie. — Eusèbe. Le Sauveur fait ici cette menace, pour leur faire comprendre combien il est important qu’ils confessent son nom, par la perspective du châtiment qui les attend, châtiment qui consiste à être renié par le Fils de Dieu, c’est-à-dire, par la sagesse de Dieu ; à perdre la vie, à être privé de la lumière, et dépouillé de tous les biens, à souffrir ce châtiment devant le Père, qui est dans les cieux et les anges de Dieu.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Or ceux qui nient Jésus-Christ sont d’abord ceux qui abjurent la foi aux approches de la persécution, il faut y joindre encore les docteurs hérétiques et leurs disciples. — Saint Jean Chrysostome.(comme préc.) Il est encore d’autres manières de renier Jésus-Christ, que saint Paul énumère, lorsqu’il dit : " Ils font profession du connaître Dieu, mais ils le renoncent par leurs actions, " (Tt1, 16) et encore : " Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et particulièrement de ceux de sa maison, il a renoncé à la foi, et il est pire qu’un infidèle, " (1 Tm 5, 8) et enfin : " Fuyez l’avarice, qui est une espèce d’idolâtrie. " (1 Co 2, 5.) Puisqu’il y a plusieurs manières de renier Jésus-Christ, il est évident qu’il y a autant de manières de le confesser, et celui qui aura confessé le Sauveur de ces différentes manières, entendra cette voix si consolante de Jésus-Christ, rendant un glorieux témoignage à tous ceux qui l’auront confessé. Considérez ici la propriété des expressions, dans le texte grec, on lit : " Quiconque aura confessé en moi, " ce qui veut dire que ce n’est point par les forces naturelles, mais à l’aide de la grâce de Dieu, qu’on peut confesser Jésus-Christ. Mais pour celui qui nie, il ne dit point : Celui qui aura nié en moi ; mais : " Celui qui m’aura renié, " car celui qui le nie est privé de la grâce ; il ne laisse pas toutefois d’être coupable, parce qu’il est cause de cette privation de la grâce, et que c’est par sa propre faute qu’elle lui fait défaut. — Saint Bède. De ce que le Sauveur doit un jour renier tous ceux qui l’ont nié sur la terre, il ne s’ensuit pas que le même sort soit réservé à tous indifféremment, à ceux qui l’ont nié de dessein prémédité, et à ceux qui ne l’ont fait que par faiblesse et par ignorance, aussi Notre-Seigneur ajoute : " Et quiconque parle contre le Fils de l’homme, il lui sera remis, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Ces paroles du Sauveur signifient-elles que toute parole injurieuse que nous aurons dites contre un de nos semblables, nous sera pardonnée, si nous nous en repentons, elles n’offrent alors aucune difficulté, puisque Dieu étant naturellement bon, pardonne à ceux qui veulent se repentir, mais si elles doivent s’entendre de Jésus-Christ lui-même, comment celui qui parle contre lui ne sera-t-il pas condamné ? — Saint Ambroise. Par le Fils de l’homme, nous entendons le Christ, qui a été engendré par l’opération du Saint-Esprit, de la Vierge, qui est seule sur la terre la cause de sa naissance temporelle. Or, dirons-nous que l’Esprit saint est plus grand que le Christ, de manière que ceux qui pèchent contre le Christ, puissent obtenir leur pardon, tandis que ceux qui pèchent contre l’Esprit, n’ont aucune miséricorde à attendre ? Mais où il y a unité de puissance, on ne peut établir aucune comparaison.
Saint Athanase. (Traité sur ces par. : Quiconque, etc.) D’anciens auteurs, le savant Origène et l’admirable Théognoste, enseignent qu’on se rend coupable du blasphème contre l’Esprit saint, quand après avoir reçu ce divin Esprit par le baptême, on retourne à ses anciens péchés, et c’est la cause, disent-ils, qui les rend indignes de pardon, suivant ces paroles de saint Paul : " Il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don du ciel, qui ont été faits participants du Saint-Esprit, soient renouvelés par la pénitence. " (He 6.) Chacun de ces deux docteurs motive ainsi son sentiment : Dieu le Père, dit Origène, pénètre et embrasse toutes choses ; la puissance du Fils ne s’étend qu’aux créatures raisonnables, et l’Esprit saint n’habite que les âmes qui l’ont reçu dans le baptême. Lors donc que les catéchumènes ou les gentils se rendent coupables, ils pèchent contre le Fils, qui demeure au milieu d’eux ; ils peuvent cependant obtenir leur pardon, quand ils deviennent dignes du sacrement de la régénération. Au contraire, quand ils retombent dans le péché, après le baptême, leur crime atteint l’Esprit saint, contre lequel ils pèchent après l’avoir reçu ; aussi leur condamnation est-elle irrévocable. Théognoste, de son côté, enseigne que celui qui a franchi le premier et le second degré de culpabilité, mérite un moindre châtiment, mais celui qui franchit le troisième n’a plus de pardon à espérer. Or, suivant lui, le premier et le second degré, c’est la doctrine du Père et du Fils ; le troisième, c’est la participation à l’Esprit saint, conformément à ces paroles du Sauveur : " Lorsque l’Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. " (Jn 16.) Ce n’est pas sans doute, que la doctrine de l’Esprit saint surpasse la doctrine du Fils ; mais le Fils est plein de condescendance pour les âmes imparfaites, tandis que le Saint-Esprit est comme le sceau des âmes arrivées à la perfection. Si donc le blasphème contre l’Esprit saint ne mérite aucun pardon, ce n’est pas que l’Esprit saint soit supérieur au Fils, mais parce que les âmes imparfaites ont droit au pardon, tandis que celles qui sont arrivées à la perfection, ne peuvent apporter aucune excuse. Car il faut reconnaître que le Fils étant dans le Père, il est dans ceux en qui le Père habite, et que l’Esprit saint y est aussi, car la sainte Trinité est indivisible. Ajoutons que si toutes choses ont été faites par le Fils, et ne subsistent que par lui (Jn 1, 3 ; Col 1, 16.17), il est donc lui-même en toutes choses, et ainsi celui qui pèche contre le Fils, pèche nécessairement contre le Père et le Saint-Esprit. Enfin le sacrement de baptême s’administre au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; ceux donc qui retombent dans le péché après le baptême, blasphèment contre la sainte Trinité. Mais, puisque les pharisiens n’avaient pas reçu le baptême, pourquoi les accuse-t-il de blasphème contre le Saint-Esprit, qu’ils n’avaient pas encore reçu, alors surtout qu’il ne les accuse pas de simples péchés, mais de blasphème ? car le péché n’est que la transgression de la loi, tandis que le blasphème est un outrage direct à Dieu lui-même. Et encore, s’il n’y a plus de pardon à espérer pour ceux qui pèchent après le baptême, pourquoi l’Apôtre pardonne-t-il à l’incestueux pénitent de Corinthe. (2 Co 2.) Pourquoi écrit-il aux Galates, qui étaient retournés en arrière, qu’il les enfante de nouveau, jusqu’à ce que Jésus-Christ soit formé en eux ? (Ga 3.) Pourquoi reprochons-nous à Novatien de ne pas admettre la pénitence après le baptême ? Disons donc que l’Apôtre, dans son Épître aux Hébreux, ne détruit pas la pénitence après le baptême, mais il combat la fausse idée des Juifs devenus chrétiens, qu’il pût y avoir des baptêmes multipliés tous les jours pour la rémission des péchés, selon les prescriptions de la loi. Il exhorte donc à la pénitence, mais il déclare qu’il n’y a qu’une seule régénération par le baptême. En méditant ces diverses considérations, je me reporte à l’admirable économie de l’incarnation du Christ qui, étant Dieu s’est fait homme ; qui comme Dieu ressuscitait les morts, et en tant qu’homme, revêtu de notre chair, était soumis à la soif, à la fatigue, à la souffrance. Ceux donc qui, ne considérant en lui que l’homme, le voient sujet à la soif et à la douleur, et tiennent des discours injurieux à son humanité, sont coupables, il est vrai, mais ils peuvent par le repentir obtenir promptement le pardon de leur péché, en s’excusant sur les faiblesses de la nature humaine. Ceux qui au contraire considèrent les œuvres divines de Jésus-Christ, et doutent qu’il ait un corps véritable, pèchent gravement eux-mêmes, cependant le repentir peut encore leur mériter le pardon, parce qu’ils peuvent donner pour excuse la grandeur des œuvres opérées par Jésus-Christ. Mais quand ils attribuent aux démons les œuvres de la divinité, ils prononcent contre eux une sentence de condamnation irrévocable, en donnant an démon un pouvoir divin, et en n’accordant pas au vrai Dieu plus de puissance qu’au démon. C’est à ce degré d’aveuglement et de perfidie, que les pharisiens en étaient arrivés. Le Sauveur opérait sous leurs yeux les œuvres de son Père, il rendait la vie aux morts, la vue aux aveugles, il faisait mille autres prodiges semblables, et ils attribuaient ces œuvres à Béelzébub. Ils auraient pu dire avec autant de raison, en voyant l’ordre du monde, et la Providence qui le gouverne, qu’il a été créé par Béelzébub. Aussi tant qu’ils se sont bornés à ne voir en Jésus-Christ qu’un homme, et à dire d’un esprit incertain et douteux : " N’est-ce pas là le fils du charpentier ? (cf. Mt 13, 55) Et comment sait-il les Écritures, puisqu’il ne les a pas apprises ? " il a supporté leur incrédulité qui était un péché contre le Fils de l’homme. Mais dès qu’ils ont poussé le délire jusqu’à dire que les œuvres de Dieu avaient pour auteur Béelzébub, il ne put les souffrir davantage. C’est ainsi qu’autrefois il avait supporté l’incrédulité de leurs pères, tant qu’ils ne murmuraient que de manquer de pain et d’eau, mais lorsqu’ils eurent fondu le veau d’or et qu’ils lui attribuèrent les bienfaits qu’ils avaient reçus du ciel, Dieu les punit, et par la mort d’un grand nombre d’entre eux, et par la prédiction des châtiments à venir : " Je les punirai, dit-il, au jour de la vengeance, du crime qu’ils ont commis. " (Ex 32, 34.) Le Sauveur prédit le même châtiment aux pharisiens condamnés à brûler éternellement avec le démon, dans le feu qui a été préparé pour lui. Notre-Seigneur ne veut donc point ici établir une comparaison entre le blasphème proféré contre lui et le blasphème contre le Saint-Esprit, comme si le Saint-Esprit était plus grand que lui ; mais des deux blasphèmes qu’ils proféraient contre lui, il veut montrer que l’un est plus grave que l’autre, car ils l’outrageaient en ne voyant en lui qu’un homme, et en attribuant à Béelzébub les œuvres toutes divines qu’il faisait.
Saint Ambroise. Il en est qui pensent que par le Fils et le Saint-Esprit, il faut entendre le Christ, tout en gardant la distinction des personnes et l’unité de substance, parce que le même Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, est appelé l’Esprit dans la sainte Écriture : " L’Esprit de notre bouche, le Christ, le Seigneur. " Il est également saint, puisque le Père est saint, que le Fils est saint, et que l’Esprit est saint. Si donc le Christ est l’un et l’autre, pourquoi cette différence, si ce n’est pour nous apprendre quel crime c’est pour nous que de nier la divinité de Jésus-Christ ? — Saint Bède. On peut encore donner cette explication : Celui qui attribue au démon les œuvres de l’Esprit saint, ne peut espérer de pardon ni en ce monde ni en l’autre, non pas que nous refusions à Dieu de lui pardonner s’il pouvait se repentir, mais parce qu’il est presque impossible à celui qui se rend coupable d’un tel blasphème, non seulement d’obtenir son pardon, mais de faire de dignes fruits de pénitence, selon ces paroles d’Isaïe : " Il les a frappés d’aveuglement, à ce point qu’ils ne pourront se convertir, et obtenir leur guérison " (Is 5). Or, si l’Esprit saint n’était qu’une simple créature et qu’il ne fût pas consubstantiel au Père et au Fils, comment les outrages proférés contre lui entraîneraient-ils un châtiment aussi terrible que celui qui est réservé aux blasphèmes contre Dieu ? (Lm 15, 20.)
Saint Bède. Cependant tous ceux qui nient l’existence de la divinité de l’Esprit saint, ne sont point pour cela coupables de ce crime irrémissible de blasphème, parce qu’ils agissent par ignorance naturelle plutôt que par le principe d’envie diabolique qui animait les principaux d’entre les Juifs. — Saint Augustin. (serm. 2 sur les par. du Seign.) Donnons encore cette autre explication : si le Sauveur s’était exprimé de la sorte : Celui qui se sera rendu coupable de n’importe quel blasphème contre l’Esprit saint, nous devrions entendre toute espèce de blasphème sans exception, mais il se borne à dire : " Celui qui blasphémera contre l’Esprit saint, " c’est-à-dire, celui qui profère, non pas un blasphème quelconque, mais un blasphème de telle gravité, qu’il ne puisse jamais être pardonné. C’est dans le même sens qu’il est dit : " Dieu ne tente personne, " (Jc 1) ce qui doit s’entendre, non pas de toute tentation en général, mais d’un certain genre de tentation. Mais quel est ce blasphème irrémissible contre l’Esprit saint ? Le voici : Le premier bienfait dont les fidèles sont redevables à l’Esprit saint, c’est la rémission des péchés, c’est contre ce don purement gratuit que blasphème le cœur impénitent ; l’impénitence est donc le blasphème contre l’Esprit saint, qui ne sera remis ni en ce monde ni en l’autre, parce que c’est la pénitence seule qui obtient en cette vie la rémission des péchés dont nous devons recueillir les fruits en l’autre. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Après avoir inspiré à ses disciples une crainte salutaire et les avoir préparés. à résister généreusement à ceux qui s’écartent de la vraie foi, il leur recommande de ne point s’inquiéter d’ailleurs de la réponse qu’ils devront faire, parce que l’Esprit saint qui habite dans les âmes bien disposées pour les instruire, leur suggérera ce qu’il convient de répondre : " Lorsqu’on vous conduira dans les synagogues et devant les magistrats, ne vous mettez point en peine comment vous répondrez ni de ce que vous direz. " — La Glose. interl. Le Sauveur dit : " Comment vous répondrez, " quant à la forme de la réponse que vous ferez à ceux qui vous questionneront : " Ni de ce que vous direz, " pour le fond même des choses, que vous exposerez à ceux qui désireront s’instruire. — Saint Bède. En effet, lorsque nous sommes conduits devant les tribunaux pour la cause de Jésus-Christ, nous devons nous contenter d’offrir pour lui notre bonne volonté, pour le reste, la grâce du Saint-Esprit nous assistera dans nos réponses : " Car l’Esprit saint vous enseignera à l’heure même ce qu’il vous faudra dire. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 34 sur S. Matth.) Il est dit ailleurs, il est vrai : " Soyez toujours prêts à répondre pour votre défense à tous ceux qui vous demanderont raison de l’espérance qui est en vous. " (1 P 3, 13) C’est-à-dire, que lorsqu’il s’élève une discussion, une controverse entre amis, nous devons alors réfléchir à ce qu’il nous faut répondre ; mais quand nous sommes traduits devant ces tribunaux, où tout inspire la terreur, il nous entoure comme d’un rempart de sa propre force, et nous donne le courage de parler sans crainte. — Théophylacte. Or, comme notre faiblesse vient de deux causes, ou parce. que nous voulons éviter le martyre. par la crainte du supplice, ou parce que notre ignorance nous empêche de rendre compte de notre foi, le Sauveur combat ces deux causes : la crainte de la douleur, lorsqu’il dit : " Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, " la crainte de l’ignorance, par ces dernières paroles : " Ne soyez point en peine comment vous répondrez ni de ce que vous direz. "
Lc 12, 13-15
13 Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »
14 Jésus lui répondit : « Qui m'a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? »
15 Puis, s'adressant à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie d'un homme, fût-il dans l'abondance, ne dépend pas de ses richesses. »
Saint Ambroise. Tous les enseignements qui précèdent, ont pour but de nous encourager à souffrir pour le nom du Seigneur, ou par le mépris de la mort, ou par l’espérance de la récompense, ou par la menace des supplices éternels, qu’aucune miséricorde ne viendra jamais adoucir. Or, comme l’avarice est une source fréquente de tentations pour la vertu, Notre-Seigneur veut en détruire jusqu’au germe dans notre âme, et à l’appui du précepte qu’il donne, il apporte cet exemple : " Alors, du milieu de la foule, quelqu’un lui dit : Maître, dites à mon frère de partager avec moi notre héritage. " — Théophylacte. Ces deux frères se disputaient pour diviser l’héritage paternel, il fallait donc que l’un cherchât à frauder l’autre. Or, le Sauveur, voulant nous appendre à ne point abaisser notre esprit jusqu’aux choses de la terre, rejette la demande de celui qui l’appelait à diviser cet héritage : " Mais Jésus lui répondit : Homme, qui m’a établi pour vous juger ou pour faire vos partages ? " — Saint Bède. Cet homme veut préoccuper du souci de diviser la terre le Maître qui est venu nous inspirer le goût des joies et de la paix du ciel ; aussi est-ce avec raison que Notre-Seigneur lui donne le nom d’homme ; dans le même sens que ces autres paroles : " Puisqu’il y a parmi vous des jalousies et des contentions, n’est-il pas visible que vous êtes charnels, et que vous vous conduisez comme des hommes. "
Saint Cyrille d’Alexandrie. Lorsque le Fils de Dieu a daigné se rendre semblable à nous, Dieu son Père l’a établi roi et prince sur la sainte montagne de Sion, pour annoncer ses divins commandements (cf. Ph 2, 7 ; Ps 2). — Saint Ambroise. C’est donc avec raison qu’il refuse de s’occuper des intérêts de la terre, lui qui n’est descendu sur la terre que pour nous enseigner les choses du ciel ; il dédaigne d’être le juge des différends et l’arbitre des biens de la terre, lui à qui Dieu a donné le pouvoir de juger les vivants et les morts, et l’appréciation décisive des mérites des hommes. Il faut donc considérer ici, non pas ce que vous demandez, mais à qui vous faites cette demande, et ne pas chercher à détourner à des choses de médiocre importance, celui dont l’esprit est appliqué à des objets d’un intérêt supérieur. Ce frère méritait donc la réponse que lui fit le Sauveur, lui qui voulait que le dispensateur des biens célestes, s’occupât des intérêts périssables de la terre. Ajoutons d’ailleurs que ce n’est point par l’intervention d’un juge, mais par l’affection, qu’un bien patrimonial doit être partagé entre des frères. Enfin les hommes doivent attendre et espérer le patrimoine de l’immortalité plutôt que celui des richesses.
Saint Bède. Notre-Seigneur profite de l’occasion de cette demande inconsidérée pour prémunir par des préceptes et des exemples, la foule et ses disciples, contre le fléau contagieux de l’avarice : " Et s’adressant à tous ceux qui étaient présents, il leur dit : " Gardez-vous avec soin de toute avarice. " Remarquez ces paroles : " De toute avarice, " parce que bien des actions ont une apparence de droiture, mais leur intention vicieuse n’échappe pas à l’œil pénétrant du juge intérieur. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Ou bien encore : " Gardez-vous de toute avarice, grande ou petite, " car l’avarice est tout à fait inutile au témoignage du Seigneur lui-même : " Vous bâtirez des maisons magnifiques, et vous ne les habiterez pas. " (Am 5, 11.) Et ailleurs : " Dix arpents de vigne ne rapporteront qu’une mesure, la terre ne rendra plus que la dixième partie de la semence. " (Is 5, 10.) Le Sauveur donne une autre raison de l’inutilité de l’avarice : " Dans l’abondance même, la vie d’un homme ne dépend pas des biens qu’il possède. " — Théophylacte. Il condamne ici les vains prétextes des avares, qu’on voit entasser des richesses, comme s’ils devaient toujours vivre. Mais l’opulence peut-elle prolonger votre vie ? Pourquoi donc vous dévouer à des inquiétudes certaines pour un repos qui n’est rien moins que certain ? Car il est bien douteux que vous atteigniez la vieillesse pour laquelle vous amassez des trésors.
Lc 12, 16-21
16 Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté.
17 Il se demandait : 'Que vais-je faire ? Je ne sais pas où mettre ma récolte.'
18 Puis il se dit : 'Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j'en construirai de plus grands et j'y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède.
19 Alors je me dirai à moi-même : Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l'existence.'
20 Mais Dieu lui dit : 'Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l'aura ?'
21 Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d'être riche en vue de Dieu. »
Théophylacte. Notre-Seigneur confirme la vérité qu’il vient d’enseigner, que l’abondance des richesses ne peut prolonger la vie humaine, par la parole suivante " Il y avait un homme riche, dont les terres avaient rapporté beaucoup de fruits. " — Saint Basile. (hom. 6 de l’avar.) Notre-Seigneur ne dit pas que cet homme voulut faire aucun bien avec ses grandes richesses, et il rend plus éclatante la longanimité de Dieu, qui étend sa bonté même aux méchants, et fait tomber sa pluie sur les justes et sur les coupables. Or, comment cet homme témoigne-t-il sa reconnaissance à son bienfaiteur ? Il oublie la nature qui lui est commune avec tous les hommes, il ne pense pas qu’il y a obligation pour lui à distribuer aux indigents son superflu ; ses greniers étaient surchargés par l’abondance de ses récoltes, mais son cœur insatiable n’était pas rempli. Il ne voulait rien donner des fruits anciens, tant était grande son avarice ; il ne savait ni recueillir les nouveaux, tant ils étaient abondants, aussi sa prudence est aux abois et ses soucis frappés de stérilité : " Et il s’entretenait lui-même de ces pensées : Que ferai-je ? car je n’ai point où serrer ma récolte. " Il s’inquiète à l’égard des pauvres ; n’est-ce pas là, en effet, ce que dit l’indigent : Que ferai-je ? Comment me procurer la nourriture et le vêtement ? Tel est aussi le langage de ce riche, il est comme accablé sous le poids de ses richesses, dont ses greniers regorgent et dont il ne veut point les laisser sortir pour le soulagement des misérables, semblables à ces gens avides et affamés, qui aimeraient mieux être victimes de leur voracité, que de laisser les restes de leur table aux indigents.
Saint Grégoire le Grand. (Moral., xv, 13.) Ô inquiétudes, qui êtes le fruit de l’abondance et de la satiété ! En disant : " Que ferai-je ? " ne montre-t-il pas clairement qu’il est comme accablé par l’accomplissement de ses désirs, et qu’il gémit, pour ainsi dire, sous le fardeau de ses liens ? — Saint Basile. (comme précéd.) Quoi de plus facile que de dire : J’ouvrirai mes greniers, je réunirai tous les pauvres ; mais non, une seule pensée le préoccupe, ce n’est point de distribuer le trop plein de ses greniers, c’est d’entasser sa nouvelle récolte : " Voici, dit-il, ce que je ferai : Je détruirai mes greniers. " Vous faites là une bonne action, ces greniers d’iniquité méritent d’être détruits ; abattez donc ces greniers d’où la consolation n’est jamais sortie pour personne. Il ajoute : " Et j’en ferai de plus grands. " Et si vous parvenez encore à les remplir, les détruirez-vous de nouveau ? Mais quelle folie que ce travail sans fin ? Vos greniers (si vous voulez), doivent être les maisons des pauvres. Vous me direz : À qui fais-je tort, en gardant ce qui m’appartient ? Car ce riche ajoute : " Et j’y amasserai le produit de mes terres et tous mes biens. " Dites-moi quels sont les biens que vous avez en propre ? De quelle source les avez-vous tirés pour les apporter dans cette vie ? Semblables à un homme qui, arrivant avant l’heure du spectacle, empêcherait les autres d’y venir, et prétendrait avoir la jouissance exclusive de ce qui est destiné au public, les riches regardent comme leur appartenant en propre des biens dont ils se sont emparé, lorsqu’ils étaient la propriété commune de tous les hommes. Si chacun ne prenait que ce qui suffit à ses besoins, et abandonnait tout le superflu aux indigents, il n’y aurait plus ni riche ni pauvre.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Écoutez une autre parole inconsidérée de ce riche : " J’y amasserai tout le produit de mes terres et tous mes biens. " Ne semble-t-il pas qu’il n’est pas redevable à Dieu de ses richesses, et qu’elles sont le fruit de ses travaux ? — Saint Basile. (comme précéd.) Mais si vous reconnaissez que vous les tenez de Dieu, est-ce que Dieu serait injuste en nous distribuant inégalement les biens de la fortune ? Pourquoi êtes-vous dans l’abondance, celui-ci dans la pauvreté, si ce n’est pour vous donner occasion d’exercer une générosité méritoire, à ce pauvre de recevoir un jour le prix glorieux de sa patience ? Or, n’êtes-vous pas un véritable spoliateur, en regardant comme votre propriété ces biens que vous n’avez reçus que pour en faire part aux autres ? Ce pain que vous conservez, appartient à cet homme qui meurt de faim ; cette tunique que vous serrez dans votre garde-robe, appartient à cet autre qui est sans vêtement ; cette chaussure qui dépérit chez vous, est à celui qui marche pieds nus ; cet argent que vous avez enfoui dans la terre, appartient aux indigents ; vous commettez donc autant d’injustices que vous pourriez répandre de bienfaits. — Saint Jean Chrysostome. Mais il se trompe encore en regardant comme des biens véritables, des choses tout à fait indifférentes. Il y a, en effet, des choses qui sont essentiellement bonnes, d’autres essentiellement mauvaises, d’autres enfin qui tiennent le milieu. La chasteté et l’humilité, et les autres vertus sont de véritables biens, et rendent bon celui qui les pratique. Les vices opposés à ces vertus sont essentiellement mauvais, et rendent également mauvais celui qui s’y livre. D’autres choses tiennent le milieu, comme les richesses, tantôt elles servent à faire le bien, l’aumône, par exemple, tantôt elles sont un instrument pour le mal, c’est-à-dire pour l’avarice. Il en est de même de la pauvreté, elle conduit tantôt au blasphème, tantôt à la véritable sagesse, selon les dispositions intérieures des personnes.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Ce ne sont point des greniers permanents, mais de passagère durée, que ce riche construit, et ce qui est une folie plus insigne, il se promet une longue vie : " Et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années. " Ô riche, tes greniers, il est vrai, regorgent de fruits, mais qui peut te garantir plusieurs années de vie ? — Saint Athanase. (contre Antig.) Celui qui vit comme s’il devait mourir chaque jour, à cause de l’incertitude naturelle de la vie, ne commettra point ce péché ; car cette crainte de la mort prémunit contre l’attrait séduisant des voluptés ; mais au contraire, celui qui se promet une longue vie, aspire après les plaisirs de la chair. Écoutez en effet ce riche : " Mon âme, repose-toi, mange, bois, fais bonne chair, " c’est-à-dire fais des repas somptueux. — Saint Basile. (comme précéd.) Ô riche, tu es si oublieux des biens de l’âme, que tu lui donnes en nourriture les aliments du corps ! Si cette âme est vertueuse, si elle est féconde en bonnes œuvres, si elle s’attache à Dieu, elle possède alors de grands biens, et jouit d’une véritable joie ; mais comme tu es tout charnel et esclave de tes passions, tes désirs et tes cris viennent tout entiers du corps et non de l’âme. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 39 sur la Ière Epît. aux Cor.) Il ne convient nullement de se plonger dans les délices, d’engraisser le corps et d’affaiblir l’âme, de lui imposer un lourd fardeau, de l’envelopper dans les ténèbres et de la couvrir d’un voile épais. Lorsque l’homme vit dans les délices, l’âme qui devait être reine, devient esclave, et le corps qui devait obéir, domine et commande. Les aliments sont nécessaires au corps, mais non pas les délices, il faut le nourrir, mais non pas le débiliter et l’amollir. Or, les délices sont nuisibles au corps autant qu’à l’âme ; de fort qu’il était, elles le rendent faible ; à la santé, elles font succéder la maladie ; à l’agilité, la pesanteur ; à la beauté, la laideur ; à la jeunesse, une vieillesse prématurée.
Saint Basile. (comme précéd.) Cet homme a été laissé libre de délibérer sur toutes ces choses, et de faire connaître ses intentions, afin que son avarice insatiable reçût le juste châtiment qu’elle méritait. Tandis, en effet, qu’il parle ainsi dans le secret de son âme, ses pensées et ses paroles sont jugées dans le ciel, d’où lui vient cette réponse : " Insensé ! cette nuit même, on te redemandera ton âme. " Entendez-vous ce nom d’insensé que votre folie vous a mérité, ce ne sont pas les hommes, c’est Dieu lui-même qui vous l’a donné. — Saint Grégoire le Grand. (Moral., XXII, 2. sur ces par. de Jb 26 : " Si j’ai regardé l’or, " etc.) Il fut enlevé cette nuit-là même, lui qui s’était promis de longues années, et tandis qu’il avait amassé des biens considérables pour un grand nombre d’années, il ne voit même pas le jour du lendemain. — Saint Jean Chrysostome. (disc. 2 sur Lazare.) " On te redemandera ton âme, " etc. Peut-être quelques puissances terribles étaient envoyées pour lui redemander son âme ; car si nous ne pouvons sans guide passer d’une ville à une autre, combien plus l’âme, séparée du corps, a-t-elle besoin d’être conduite vers les régions inconnues de l’autre vie. C’est pour cela que l’âme, sur le point de quitter le corps, résiste fortement, et rentre dans les profondeurs du corps ; car toujours la conscience de nos péchés nous fait sentir son aiguillon ; mais c’est surtout lorsque nous devons être traduits devant le tribunal redoutable du juste Juge, que toute la multitude de nos crimes vient se placer sous nos yeux et glacer notre âme d’effroi. Comme des prisonniers sont toujours dans les angoisses, surtout lorsqu’arrive pour eux le moment de paraître devant leur juge ; ainsi l’âme est alors attristée et torturée par le souvenir de ses péchés, mais bien plus encore lorsqu’elle est sortie du corps. — Saint Grégoire le Grand. (Moral., xxv, 2.) Cette âme a été enlevée pendant la nuit, c’est-à-dire dans l’obscurité du cœur ; elle est séparée du corps pendant la nuit, parce qu’elle a fermé les yeux à la lumière de la raison qui aurait pu lui faire prévoir les supplices qu’elle s’exposait à souffrir.
Dieu ajoute : " Et ce que tu as amassé, pour qui sera-t-il ? " — Saint Jean Chrysostome. (Commentaire grec. et hom. 23 sur la Gen.) Car vous laisserez tous ces biens, et non seulement vous n’en retirerez aucun avantage, mais vous serez accablé sous le poids de vos péchés. Toutes ces richesses que vous avez amassées, passeront le plus souvent aux mains de vos ennemis, mais c’est vous qui aurez à en rendre compte.
" Il en est ainsi de celui qui thésaurise pour soi, et qui n’est pas riche selon Dieu. " — Saint Bède. C’est un insensé qui doit être enlevé dans la nuit. Que celui donc qui veut être riche selon Dieu, n’amasse pas de trésors pour lui ; mais qu’il distribue aux pauvres ceux qu’il possède. — Saint Ambroise. Pourquoi, en effet, amasser des richesses dont on ne sait faire aucun emploi ? Pouvons-nous regarder comme nous appartenant des choses que nous ne pouvons emporter avec nous ? La vertu seule nous accompagne au sortir de cette vie, la miséricorde seule nous suit, et nous conduit après la mort dans les tabernacles éternels (Lc 16, 9).