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Lc 15, 8-10
8 Ou encore, si une femme a dix pièces d'argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu'à ce qu'elle la retrouve ?
9 Quand elle l'a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : 'Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la pièce d'argent que j'avais perdue !'
10 De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
Saint Jean Chrysostome. (Commentaire grec.La parabole précédente où le genre humain était comparé à une brebis égarée, nous apprenait que nous sommes les créatures du Dieu très-haut, qui nous a faits, car nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, et nous sommes les brebis de sa bergerie. (Ps 94.) Le Sauveur à cette première parabole en ajoute une seconde, qui nous rappelle que nous avons été faits a l’image et à la ressemblance d’un roi, c’est-à-dire à l’image et à la ressemblance du Dieu tout-puissant, car la drachme est une pièce de monnaie qui porte l’empreinte de la figure du roi : " Ou quelle est la femme qui ayant dix drachmes, si elle en perd une, " etc. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 34, sur les Evang.) Celui dont le pasteur était la figure nous est encore représenté par cette femme ; c’est Dieu lui-même, c’est la sagesse de Dieu. Il a créé les anges et les hommes pour qu’ils puissent le connaître, et il les a faits à sa ressemblance. Il avait dix drachmes, parce qu’il y a neuf chœurs des anges, et que pour rendre complet le nombres des élus, l’homme a été créé le dixième. — Saint Augustin. (quest. Evang., si, 33.) Ou bien ces neuf drachmes comme les quatre-vingt-dix-neuf brebis représentent ceux qui par un sentiment de présomption se préfèrent aux pécheurs repentants, car il manque une unité au nombre neuf pour faire dix, et au nombre quatre-vingt-dix-neuf pour faire cent, et c’est à cette unité qu’il compare tous ceux qui obtiennent la réconciliation par la pénitence. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 34.) Comme la drachme porte l’empreinte d’une figure royale, cette femme a perdu sa drachme, lorsque l’homme qui avait été créé à l’image de Dieu, a perdu par le péché sa ressemblance avec son Créateur. Le Sauveur ajoute : " Si elle en perd une, n’allume-t-elle pas sa lampe ? " etc. Cette femme qui allume sa lampe, c’est la sagesse de Dieu qui s’est manifestée sous une forme humaine, car une lampe est une lumière dans un vase de terre, et cette lumière dans un vase de terre c’est la divinité dans une chair mortelle. Après qu’elle a allumé sa lampe, " elle bouleverse sa maison, " c’est-à-dire qu’aussitôt que la divinité a brillé à nos yeux dans l’humanité dont elle s’était revêtue, notre conscience a été tonte bouleversée. Cette expression, " elle bouleverse toute sa maison, " ne diffère point de cette autre qu’on lit dans certains manuscrits : " elle balaye sa maison ; " car l’âme du pécheur ne peut être purifiée de ses habitudes vicieuses qu’après avoir été profondément remuée par la crainte de Dieu. La maison ainsi mise sens dessus dessous, la drachme se retrouve : " Et elle cherche soigneusement jusqu’à ce qu’elle la trouve, " car c’est grâce à ce trouble salutaire de la conscience, que l’homme répare en lui l’image de son Créateur.
Saint Grégoire de Nazianze. (Disc. 42, 2° sur la fête de Pâques.) Aussitôt qu’il a retrouvé la drachme qu’il avait perdue, il veut faire partager sa joie aux esprits célestes qu’il a établis les ministres de sa miséricorde : " Et lorsqu’elle l’a retrouvée, elle assemble ses amies et ses voisines, " etc. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 34.) En effet les vertus des cieux sont d’autant plus voisines de la divine sagesse qu’elles en sont plus rapprochées par la grâce de la claire vision de Dieu. — Théophylacte. Ou encore : elles sont ses amies, parce qu’elles exécutent ses volontés ; elles sont ses voisines, parce qu’elles ont une nature incorporelle. Ou encore, toutes les vertus célestes sont les amis de Dieu ; ses voisines sont celles qui sont plus rapprochées, c’est-à-dire : les trônes, les chérubins et les séraphins.
Saint Grégoire de Nysse. (De la virginité, chap. 12.) Ou bien dans un autre sens, voici la vérité que Notre-Seigneur a voulu nous enseigner sous la comparaison de cette drachme qui est perdue et que l’on cherche ; c’est que nous ne pouvons retirer aucune utilité des vertus purement extérieures, figurées ici par les drachmes, (les eussions-nous toutes réunies), si notre âme est dépourvue et comme veuve de celle qui seule peut lui donner l’éclat de la ressemblance divine. La première chose qu’il nous ordonne de faire, c’est d’avoir une lampe allumée ; c’est-à-dire la parole divine qui découvre les choses cachées : ou bien encore la lampe de la pénitence. Or, c’est dans sa propre maison, (c’est-à-dire en soi-même et dans sa conscience), qu’il faut chercher cette drachme qu’on a perdue, c’est-à-dire cette image de notre roi qui n’est pas entièrement effacée et perdue, mais qui est cachée sous le fumier, qui figure les souillures de la chair. Il faut enlever ces souillures avec soin, et lorsqu’on les a fait disparaître de la drachme, la sainteté de la vie est alors dans tout son jour ce que l’on cherchait. Il faut donc se réjouir de l’avoir retrouvée et appeler à partager sa joie ses voisines, c’est-à-dire les puissances de notre âme, la partie raisonnable, et la partie irascible ou sensible et toutes les autres puissances de notre âme qui doivent se réjouir dans le Seigneur. Le Sauveur conclut ensuite cette parabole par ces paroles : " Ainsi, je vous le dis, sera la joie parmi les anges de Dieu pour un pécheur qui fait pénitence. Faire pénitence, c’est pleurer les fautes passées, et cesser de commettre celles qu’on déplore ; car celui qui déplore ses fautes anciennes, sans cesser d’en commettre de nouvelles, ne sait pas encore ce que c’est de faire pénitence, ou fait l’hypocrite. Il faut encore bien réfléchir qu’une des satisfactions à offrir au Créateur, c’est de s’interdire même les choses permises, parce qu’on s’est permis des choses défendues, c’est d’être sévère pour soi dans les plus petites circonstances, parce qu’on se rappelle d’avoir été infidèle dans les plus grandes.

Lc 15, 11-16
11 Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient.' Et le père fit le partage de ses biens.
13 Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre.
14 Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère.
15 Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs.
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Saint Ambroise. Saint Luc raconte successivement trois paraboles de Notre-Seigneur, celle de la brebis égarée et ramenée au bercail, celle de la drachme qui était perdue et qui fut retrouvée, et celle du fils qui était mort et qui fut ressuscité, pour que la vue de ces trois remèdes différents nous engage à guérir nos propres blessures. Jésus-Christ, comme un bon pasteur, vous porte sur ses épaules ; l’Église vous cherche comme cette femme qui avait perdu sa drachme ; Dieu vous reçoit comme un tendre père ; dans la première parabole, nous voyons la miséricorde de Dieu ; dans la seconde, les suffrages de l’Église ; dans la troisième, la réconciliation. — Saint Jean Chrysostome. (hom. sur le père et ses deux fils.) Il y a encore entre ces trois paraboles une différence fondée sur les personnes ou les dispositions des pécheurs ; ainsi le père accueille son fils repentant, qu’il a laissé user de sa liberté pour lui faire connaître d’où il était tombé, tandis que le pasteur cherche sa brebis égarée et la rapporte sur ses épaules, parce qu’elle était incapable de revenir ; cette brebis, animal dépourvu de raison, est donc la figure de l’homme imprudent qui, victime de ruses étrangères, s’est égaré comme une brebis. Or Notre-Seigneur commence ainsi cette parabole : Un homme avait deux fils. " Il en est qui prétendent que le plus âgé de ces deux fils figure les anges, et que le plus jeune représente l’homme qui s’en alla dans une région lointaine, lorsqu’il tomba des cieux et du paradis sur la terre, et ils appliquent la suite de la parabole à la chute d’Adam et à son état après qu’il eut péché. Cette interprétation me parait pieuse, mais je ne sais si elle est aussi fondée en vérité. En effet, le plus jeune fils revint de lui-même à la pénitence, au souvenir de l’abondance dont il avait joui dans la maison de son père, tandis que le Seigneur est venu appeler lui-même à la pénitence le genre humain, qui ne songeait même pas à retourner au ciel d’où il était tombé. Ajoutez que l’aîné des deux fils s’attriste du retour et du salut de son frère, tandis que Notre-Seigneur nous déclare que la conversion d’un pécheur est un sujet de joie pour tous les anges. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Suivant d’autres, le fils aîné représente le peuple d’Israël, selon la chair (Rm 9, 6), et celui qui quitte la maison paternelle, la multitude des Gentils.
Saint Augustin. (Quest. év., 2, 33.) Cet homme qui a deux fils représente donc Dieu, père aussi de deux peuples, qui sont comme les deux souches du genre humain, l’une composée de ceux qui sont restés fidèles au culte d’un seul Dieu, et l’autre de ceux qui ont oublié le vrai Dieu, jusqu’à adorer des idoles. Ainsi, c’est dès l’origine du monde et immédiatement après la création des hommes, que l’aîné des fils embrasse le culte du seul et vrai Dieu, et que le plus jeune demande à son père la portion du bien qui devait lui revenir : " Et le plus jeune des deux dit à son père : Mon père, donnez-moi la portion de bien qui doit me revenir. " Ainsi l’âme, séduite par la puissance qu’elle croit avoir, demande à être maîtresse de sa vie, de son intelligence, de sa mémoire, et à dominer par la supériorité de son génie ; ce sont là des dons de Dieu, mais elle les a reçus pour en disposer selon sa volonté. Aussi le père accède à ce désir : " Et il leur partagea leurs biens. " — Théophylacte. Le bien de l’homme, c’est la raison accompagnée du libre arbitre ; tout ce que nous tenons de la main libérale de Dieu, peut aussi être regardé comme notre bien, le ciel, la terre, toutes les créatures, la loi et les prophètes.
Saint Ambroise. Vous voyez que le patrimoine que nous tenons de Dieu est donné à tous ceux qui le demandent, et ne pensez pas que le père ait commis une imprudence en le donnant au plus jeune de ses fils. Pour le royaume de Dieu, nul âge n’est trop faible, et les années ne sont jamais un poids trop lourd pour la foi. D’ailleurs ce jeune homme s’est jugé capable d’administrer ce patrimoine, puisqu’il en demande le libre usage. Et plût à Dieu qu’il ne se fût pas éloigné de son père, il n’eût pas connu l’impuissance de l’âge : " Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant rassemblé tout ce qu’il avait, partit pour une région lointaine, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Le plus jeune fils part pour un pays lointain, ce n’est pont par le changement et la distance des lieux qu’il s’éloigne de Dieu, qui remplit tout de son immensité, mais par les affections du cœur, car le pécheur fuit Dieu pour s’en tenir éloigné. — Saint Augustin. (serm. 34 sur les paroles du Seigneur.) Celui qui veut se rendre semblable à Dieu en conservant toute sa force en lui (Ps 58, 8), ne doit point s’éloigner de Dieu, mais s’attacher étroitement à lui pour conserver l’image et la ressemblance à laquelle il a été fait. Mais s’il veut imiter Dieu d’une manière coupable, et à l’exemple de Dieu, qui ne reconnaît point de maître, vivre indépendant et affranchi de toute autorité, que doit-il arriver ? C’est qu’en s’éloignant de la chaleur il tombera dans l’engourdissement, c’est qu’en s’éloignant de la vérité, il se dissipera dans la vanité. — Saint Augustin. (quest. évang., 2, 33.) C’est peu de jours après, qu’ayant rassemblé tout ce qu’il avait, il part pour une région lointaine, qui est l’oubli de Dieu, c’est-à-dire, que ce fut peu de temps après la création du genre humain, que l’âme voulut à l’aide de son libre arbitre, se rendre maîtresse de sa nature et s’éloigner de son Créateur dans un sentiment exagéré de ses forces, qu’elle perdit d’autant plus vite, qu’elle se sépara de celui qui en était la source. Aussi quelle fut la suite : " Et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. " Il appelle une vie d’excès ou de débauche, une vie de prodigalité, qui aime à se répandre, à errer en liberté et qui se dissipe au milieu des pompes extérieures du monde, cette vie qui fait qu’on poursuit toujours de nouvelles choses, tandis qu’on s’éloigne davantage de celui qui est au-dedans de nous-mêmes : " Et après qu’il eut tout consumé, il survint une grande famine dans ce pays. " Cette famine, c’est l’indigence de la parole de vérité.
" Et il commença à sentir le besoin. " — Saint Ambroise. C’est par une juste punition qu’il tombe dans l’indigence, lui qui a volontairement abandonné les trésors de la sagesse et de la science de Dieu, et la source inépuisable des richesses célestes : " Il alla donc, et s’attacha à un habitant de ce pays-là. " — Saint Augustin. (Quest. évang.) Cet habitant de cette région, c’est quelque puissance de l’air, faisant partie de la milice du démon. (Ep 6, 42.) Cette maison des champs, c’est une des manières dont il exerce sa puissance, comme nous le voyons par la suite : " Il l’envoya dans sa maison des champs pour garder les pourceaux. " Les pourceaux sont les esprits immondes dont le démon est le chef. — Saint Bède. Mener paître les pourceaux, c’est commettre ces actions infâmes qui font la joie des esprits immondes : " Et il désirait se rassasier des caroubes que les pourceaux mangeaient. " — Saint Ambroise. La silique (ou ce que la Vulgate a traduit par ce mot), est une espèce de légume vide au-dedans et assez tendre à l’extérieur, qui remplit le corps sans le fortifier, et qui, par conséquent, est plus nuisible qu’utile. — Saint Augustin. (Quest. évang.) Ces siliques, dont les pourceaux se nourrissaient, sont donc les doctrines du siècle, aussi vaines qu’elles sont sonores, dont retentissent les discours et les poèmes consacrés à la louange des idoles et les fables des dieux qu’adorent les nations et qui font la joie des démons. Ainsi ce jeune homme qui voulait se rassasier, cherchait dans cette nourriture un élément solide et réel de bonheur, et cela lui était impossible : " Et personne ne lui en donnait. "
Saint Cyrille d’Alexandrie. (Commentaire grec.Les Juifs sont souvent accusés dans la sainte Écriture, de crimes multipliés (Is 29, 13 ; Jr 2, 5) ; comment donc peut-on appliquer à ce peuple ces paroles du fils aîné : " Voici tant d’années que je vous sers, et je n’ai jamais manqué à vos commandements ? " Voici donc le sens de cette parabole. Les pharisiens et les scribes ayant accusé le Sauveur d’accueillir avec bonté les pécheurs, il leur proposa cette parabole, dans laquelle il compare Dieu à un homme qui est le père de ces deux frères (c’est-à-dire des justes et des pécheurs) ; le premier degré est celui des justes qui ne se sont jamais écartés des sentiers de la justice ; le second degré comprend les hommes qui ont été ramenés par la pénitence dans les sentiers de la vertu. — Saint Basile. (sur Is 3.) Ce qui donne à l’aîné plus de constance dans le bien, c’est moins son âge avancé et ses cheveux blancs que sa maturité et la gravité du caractère ; et celui qui est ici condamné n’est pas le plus jeune par l’âge, mais celui qui, jeune par sa conduite, suit les inspirations de ses passions. — Tite de Bostra. Le plus jeune de ces deux fils, dont l’esprit n’était pas encore arrivé à la maturité, s’en va donc et demande à son père la portion de l’héritage qui doit lui revenir, afin de n’être plus dans la nécessité de lui être soumis, car nous sommes des êtres raisonnables doués de la faculté du libre arbitre.
Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Le père, dit l’Évangile, leur partagea donc également son bien, c’est-à-dire la science du bien et du mal, source de richesses vraies et durables pour l’âme qui sait en faire un bon usage. En effet, la faculté de la raison que l’homme reçoit de Dieu en naissant est donnée également à tous ceux qui viennent au monde ; mais dans la suite, chacun se trouve avoir plus ou moins de cette faculté de la raison suivant le genre de vie qu’il adopte : l’un, en effet, regarde et conserve comme appartenant à son père, le patrimoine qu’il en a reçu, l’autre en use comme d’un bien qui lui appartient en propre et le dissipe dans tous les excès. Nous avons du reste dans la conduite de ce père une preuve démonstrative du libre arbitre, il ne retient pas le fils qui veut se séparer de lui pour ne point blesser son libre arbitre, il ne force point non plus l’aîné de quitter la maison paternelle, pour ne point paraître le premier auteur des malheurs qui suivraient cette séparation. Or, ce fils s’en va, non point en changeant de lieu, mais par l’éloignement de son cœur : " Il partit, dit l’Évangile, pour une région étrangère et lointaine. " — Saint Ambroise. Quel éloignement plus grand, en effet, que de s’éloigner de soi-même et d’être séparé, non par la distance des contrées, mais par la différence des mœurs ? Celui, en effet, qui se sépare de Jésus-Christ, est un exilé de sa patrie et un habitant du monde. Et il n’est pas surprenant qu’en s’éloignant de l’Église, il ait dissipé son patrimoine. — Tite de Bostra. Aussi donne-t-on le nom de prodigue à celui qui dissipe tout son bien, c’est-à-dire, la droiture de son intelligence, les leçons de la chasteté, la connaissance de la vérité, le souvenir de son père, la pensée de son origine.
Saint Ambroise. Il survint dans cette région une grande disette, non d’aliments, mais de bonnes œuvres et de vertus, privation des plus déplorables. En effet, celui qui s’éloigne de la parole de Dieu, ressent, bientôt l’aiguillon de la faim ; car l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu (Mt 4) ; et celui qui s’éloigne d’un trésor, tombe dans l’indigence. Il commença donc à se trouver dans l’indigence et à souffrir de la faim, parce que rien ne peut suffire à une volonté prodigue. " Il s’en alla donc, et s’attacha à un habitant do ce pays ; " car celui qui s’attache est comme pris au piège ; cet habitant paraît être le prince de ce monde. L’infortuné est envoyé dans cette maison des champs achetée par celui qui s’est excusé de venir au festin royal. (Lc14.) — Saint Bède. Etre envoyé dans une maison des champs, c’est devenir l’esclave des désirs des jouissances de ce monde. — Saint Ambroise. Il garde les pourceaux dans lesquels le démon a prié qu’on le laissât entrer (Mt 8 ; Mc 2 ; Lc 8), et qui vivent dans l’ordure et le fumier. — Théophylacte. Garder les pourceaux, c’est être supérieur aux autres dans le vice, tels sont les corrupteurs, les chefs de brigands, les chefs des publicains, et tous ceux qui tiennent école d’obscénités.
Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Celui qui garde les pourceaux est encore celui qui est dépouillé de toute richesse spirituelle (de la prudence et de l’intelligence), et qui nourrit dans son âme des pensées impures et immondes. Il mange aussi les aliments grossiers d’une vie corrompue, aliments doux à celui qui est dans l’indigence de tout bien ; car les âmes perverties trouvent une certaine douceur dans les plaisirs voluptueux qui énervent et anéantissent les puissances de l’âme ; l’Écriture désigne sous le nom de siliques ces aliments destinés aux pourceaux, et dont la douceur est si pernicieuse (c’est-à-dire les attraits des plaisirs charnels.) — Saint Ambroise. Il désirait remplir son ventre de ces siliques ; parce que ceux qui mènent une vie dissolue, n’ont d’autre souci que de satisfaire pleinement leurs instincts grossiers. — Théophylacte. Mais personne ne peut lui donner cette satiété dans le mal ; car celui qui a ce désir est éloigné de Dieu, et les démons s’appliquent à ce qu’on ne trouve jamais la satiété dans le vice. — La Glose. Ou bien encore, personne ne lui en donnait, car le démon ne donne jamais satisfaction pleine aux désirs de celui dont il s’est emparé, parce qu’il sait qu’il est mort.

Lc 15, 17-24
17 Alors il réfléchit : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
18 Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi.
19 Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.'
20 Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
21 Le fils lui dit : 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...'
22 Mais le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds.
23 Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons.
24 Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête.
Saint Grégoire de Nysse. (comme précéd.) Le plus jeune fils avait traité son père avec mépris en quittant la maison paternelle, et en dissipant tout son patrimoine ; mais lorsque dans la suite il fut brisé par les travaux, réduit à la condition de mercenaire, et à manger la même nourriture que les pourceaux ; instruit par une aussi grande infortune, il revint dans la maison de son père : " Rentrant alors en lui-même, il dit : Combien de mercenaires, dans la maison de mon père, ont du vain en abondance, et moi ici je meurs de faim. " — Saint Ambroise. Il a bien raison de rentrer en lui-même, lui qui s’en est tant éloigné ; car eu retournant à Dieu, on se rend à soi-même, et on s’en sépare quand on se sépare de Jésus-Christ. — Saint Augustin. (Quest. évang., 2, 33.) Il rentra en lui-même, lorsqu’il ramena dans l’intérieur de sa conscience ses affections qu’il avait laissé s’égarer sur toutes ces vanités extérieures qui nous séduisent et nous entraînent.
Saint Basile. (de la préface des régl. dévelop.) On peut distinguer trois degrés d’obéissance d’après leurs différents motifs. Ou bien nous nous éloignons du mal par la crainte des supplices, et nous sommes dans une disposition servile ; ou nous faisons ce qui nous est commandé exclusivement par le désir de la récompense, et nous ressemblons à des mercenaires ; ou enfin nous obéissons par amour pour le bien et pour celui qui nous a donné la loi, et nos dispositions sont celles d’un véritable fils. — Saint Ambroise. Car le fils qui a dans son cœur le gage de l’Esprit saint, ne cherche pas les avantages passagers de la terre, mais il conserve ses droits d’héritier. Il y a aussi de bons mercenaires, tels que ceux que le père de famille envoie travailler à sa vigne. (Mt 20.) Ils ne se nourrissent pas de siliques, mais ont le pain en abondance. — Saint Augustin. (Quest. évang.) Mais comment pouvait-il le savoir, lui qui, comme tous les idolâtres, était tombé dans un si grand oubli de Dieu ? Cette pensée de retour ne lui vint donc qu’à la prédication de l’Évangile. C’est alors que cette âme put déjà s’apercevoir que dans le grand nombre de ceux qui prêchaient la vérité, il en était plusieurs qui n’étaient pas conduits par l’amour de la vérité, mais par le désir d’obtenir les avantages de la terre, quoique cependant ils n’annonçaient pas une autre doctrine, comme font les hérétiques. On les appelle justement mercenaires, parce qu’ils demeurent dans la même maison, et rompent le même pain de la parole ; toutefois, ils ne sont pas appelés à l’héritage éternel, mais ils travaillent pour une récompense purement temporelle.
Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Après que cet enfant prodigue a souffert dans une terre étrangère le digne châtiment de ses égarements, vaincu par l’extrémité de ses malheurs, c’est-à-dire par la famine et la pauvreté, il commence à réfléchir sur la cause de sa détresse, lui qui, sous l’impulsion d’une volonté vicieuse a quitté son père pour des étrangers, sa maison pour l’exil, les richesses pour la pauvreté, l’abondance de tous les biens pour l’extrême indigence. Aussi écoutez cet aveu si expressif : " Et moi ici, je meurs de faim, " c’est-à-dire, moi qui ne suis pas un étranger, mais le fils d’un si bon père, et le frère d’un fils si soumis, moi qui étais libre et de condition noble, je suis devenu plus misérable que les mercenaires en tombant du comble de ma grandeur première dans l’abîme de l’humiliation. — Saint Grégoire de Nysse. Il n’y eut pour lui de retour à sa félicité première, qu’après qu’il fut rentré en lui-même, pour sentir tout le poids de sa misère, et qu’il eut réfléchi sur les paroles de repentir qui suivent : " Je me lèverai, " etc. — Saint Augustin. (Quest. évang.) " Je me lèverai, " parce qu’en effet, il était comme étendu à terre ; " à mon père, " parce qu’il était au service du maître de ces pourceaux. Les autres paroles sont celles du pécheur qui songe à faire pénitence en confessant son péché, mais qui n’en vient pas encore à l’action ; car il ne fait pas encore cet aveu à son père ; il se propose de le faire lorsqu’il se présentera devant lui, Il faut donc bien comprendre le sens de ces paroles : " Venir à son père ; " elles veulent dire être établi par la foi dans l’Église, où la confession peut être légitime et avantageuse. Il prend donc la résolution de dire à son père : " Mon père. " — Saint Ambroise. Qu’il est miséricordieux ce Dieu qui, tout offensé qu’il est, ne dédaigne pas ce nom de père que le pécheur lui donne ! " J’ai péché, " c’est le premier aveu que nous devons faire devant l’auteur de notre nature, le roi de la miséricorde, le confident et le juge de nos fautes. Mais bien que Dieu connaisse toutes choses, il attend néanmoins votre confession extérieure, car la confession de bouche (Rm 10, 10) est nécessaire pour le salut. Celui qui se charge lui-même, allège le poids de l’erreur qui pèse sur lui, et ôte à l’accusateur le désir de l’accuser, en le prévenant par une confession volontaire. C’est en vain, d’ailleurs, que vous voudriez en dérober la connaissance à celui pour qui rien n’est caché, tandis que vous pouvez sans danger avouer ce que vous savez lui être déjà connu. Confessez-vous donc, pour que le Christ intercède en votre faveur, pour que l’Église prie pour vous, pour que le peuple fidèle verse des larmes sur vous. Ne craignez pas de n’être pas exaucé, votre avocat vous assure du pardon ; votre protecteur s’engage à vous donner la grâce ; le témoin de la tendresse de votre père vous promet la réconciliation qu’il vous réserve. Il ajoute : " Contre le ciel et devant vous. " — Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Ces paroles : " Devant vous, " nous apprennent que ce père c’est Dieu, qui seul voit toutes choses, et pour qui les péchés même dont la pensée est comme ensevelie dans le cœur, ne peuvent demeurer cachés.
Saint Augustin. (Quest. évang.) Mais ce péché contre le ciel est-il le même que le péché commis sous les yeux de Dieu, dans ce sens que le ciel serait la majesté sublime du Père ? Ou bien faut-il entendre : J’ai péché contre le ciel en présence des âmes saintes qui l’habitent, et devant vous dans le secret de ma conscience ? — Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Ou bien encore faut il entendre par le ciel Jésus-Christ ? car celui qui pèche contre le ciel, qui malgré son élévation est cependant un élément visible, pèche contre l’homme, dont le Fils de Dieu s’est revêtu pour notre salut. — Saint Ambroise. Ou encore ces paroles veulent dire que le péché diminue dans l’âme les dons célestes de l’Esprit saint ; ou que nous n’aurions pas dû nous séparer du sein de la Jérusalem céleste qui est notre mère. Or, après être tombé si bas, il doit se garder de s’élever, aussi ajoute-t-il : " Je ne suis plus digne d’être appelé votre fils, " mais afin que cette humiliation volontaire lui obtienne la grâce dont il déclare n’être point digne, il ajoute : " Traitez-moi comme un de vos mercenaires. " — Saint Bède. Il n’ose aspirer à l’affection dont jouit un fils qui ne peut douter que tout ce qui est à son père ne soit à lui, il se contente de demander la condition d’un mercenaire prêt à servir pour son salaire, et encore déclare-t-il qu’il ne peut obtenir cette condition que par l’indulgence de son père.
Saint Grégoire de Nysse. Le Saint-Esprit, nous décrit les égarements et le retour de cet enfant prodigue, pour nous apprendre comment nous devons déplorer les égarements de notre cœur. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 14 sur l’Epît. aux Rom.) Aussitôt qu’il a pris cette résolution, source pour lui de tous les biens : " J’irai vers mon Père, " il franchit sans tarder la distance qui le sépare de lui : " Et se levant, il vint vers son pore. " Imitons son exemple, ne soyons pas effrayés de la longueur du chemin ; car pourvu, que nous le voulions, le retour sera prompt et facile ; il suffit que nous nous détachions du péché qui nous a éloignés de la maison paternelle. Mais voyez la tendresse de ce bon père pour ceux qui reviennent à lui : " Comme il était encore loin, son père le vit, " etc. — Saint Augustin. (Quest. évang.) Avant même qu’il comprit ce qu’était Dieu, dont il était si éloigné, mais qu’il commençait à chercher avec amour, son père le vit. L’Écriture nous dit avec raison que Dieu ne voit point les impies et les superbes, comme s’ils n’étaient pas présents à ses yeux ; car il n’y a que ceux qu’on aime dont on puisse dire qu’on les a toujours devant les yeux.
Saint Jean Chrysostome. (Commentaire grec.Le père comprit le repentir de son fils, il n’attendit point qu’il eût fait l’aveu de ses fautes, et il prévint ses désirs par les effets de sa miséricorde : " Et il fut touché de compassion. " — Saint Grégoire de Nysse. La volonté de confesser ses égarements suffit pour apaiser son père, le déterminer à aller à sa rencontre et à couvrir son cou de ses baisers : " Il accourut, se jeta à son cou, et le baisa. " C’est la figure du joug spirituel imposé aux lèvres de l’homme par la tradition évangélique qui a mis fin aux observances légales. — Saint Jean Chrysostome. (hom. sur le pèr. et ses deux enfants.) Or, que signifie cette condescendance du père qui va à la rencontre de son fils ? c’est que nos péchés étaient un obstacle insurmontable qui nous empêchait d’arriver jusqu’à Dieu par nos propres forces. Mais pour lui qui pouvait parvenir jusqu’à notre infirmité, il est descendu jusqu’à nous ; et il baise cette bouche d’où était sortie la confession dictée par un cœur repentant, et que ce bon père a reçue avec tant de joie.
Saint Ambroise. Il vient donc à votre rencontre, parce qu’il entend le langage des secrètes pensées de votre cœur ; et alors que vous êtes encore bien loin, il accourt au-devant de vous pour lever tous les obstacles : il embrasse son fils avec effusion, (car il vient à sa rencontre dans sa prescience, et l’embrasse dans sa tendresse), et se jette à son cou par un élan d’amour paternel, pour relever ce fils si abattu, et redresser vers le ciel celui qui était accablé sous le poids de ses péchés, et courbé vers les choses de la terre. Aussi j’aime mieux être le fils égaré que la brebis perdue, car si la brebis est retrouvée par le pasteur, le fils est comblé d’honneur par son père. — Saint Augustin. (quest. Evang.) Ou bien encore, il accourt et se jette à son cou : parce que ce père n’a pas quitté son Fils unique dans lequel il est accouru jusque dans notre lointain pèlerinage ; car Dieu était dans Jésus-Christ se réconciliant le monde. (2 Co 5.) Il tombe sur son cou, c’est-à-dire, qu’il. abaisse pour l’étreindre son bras, qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ (1 Co 124 ; Is 53, 1 ; Lc 1). Il le console par la parole de la grâce qui lui donne l’espérance de la rémission de ses péchés ; c’est ainsi qu’au retour de ses longs égarements, il lui donne le baiser d’amour paternel. Une fois entré dans l’Église, il commence la confession de ses péchés ; mais sans la faire aussi complète qu’il se l’était proposé : " Et le Fils lui dit : Mon Père, j’ai péché contre le ciel et à vos yeux, je ne suis plus digne d’être appelé votre fils. " Il veut obtenir de la grâce de Dieu ce dont il avoue que ses fautes le rendent indigne, car il n’ajoute pas ce qu’il s’était proposé de dire : Traitez-moi comme un de vos mercenaires. " Lorsqu’il était sans pain, il désirait la condition des mercenaires, mais il la dédaigne avec une noble fierté après qu’il a reçu le baiser de son père.
Saint Jean Chrysostome. (Commentaire grec.Le père n’adresse point la parole à son fils, mais à ses serviteurs, parce que le pécheur repentant est tout entier à la prière, et ne reçoit pas une réponse verbale, mais prouve intérieurement les effets puissants de la miséricorde divine : " Et le père dit à ses serviteurs : Apportez vite sa robe première et l’en revêtez. " — Théophylacte. Ces serviteurs, ce sont ou les anges qui servent à Dieu de ministres, ou les prêtres qui par le baptême et la parole sainte revêtent l’âme en Jésus-Christ Car nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons revêtu Jésus-Christ. " (Ga 3, 27.) — Saint Augustin. (quest. Evang.) Ou bien cette robe première, c’est la dignité qu’Adam a perdue par son péché : les serviteurs qui l’apportent, sont les prédicateurs de la réconciliation. — Saint Ambroise. Ou bien cette robe, c’est le vêtement de la sagesse dont les apôtres couvrent la nudité de notre corps ; cette robe première, c’est le premier degré de la sagesse, parce qu’il en est une autre pour laquelle il n’y a point de mystère. L’anneau est le signe d’une foi sincère et l’emblème de la vérité : Et mettez-lui un anneau au doigt. " — Saint Bède. C’est-à-dire, dans l’action, afin que ses œuvres fassent éclater sa foi, et que la foi à son tour confirme les œuvres. — Saint Augustin. (quest. Evang.) Ou bien l’anneau au doigt c’est le. gage de l’Esprit saint, à cause de la participation à la grâce dont le doigt est comme la figure. — Saint Jean Chrysostome. (hom. sur le Père et ses deux enf.) On bien il commande de lui mettre au doigt un anneau, comme le symbole du signe du salut, ou plutôt comme un signe d’alliance, et un gage de l’union que Jésus-Christ contracte avec l’Église son épouse, et aussi avec l’âme repentante qui s’unit avec Jésus-Christ par l’anneau de la foi,
Saint Augustin. (quest. Evang.) La chaussure qu’on lui met aux pieds figure la préparation à la prédication de l’Évangile qui consiste à ne point s’approcher de trop près des choses de la terre : Et mettez-lui une chaussure aux pieds. " — Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Ou bien il commande de lui mettre une chaussure aux pieds, soit pour protéger ses pas, et donner à sa marche plus de fermeté dans les sentiers gus. sauts de ce monde, soit comme symbole de la mortification des membres, car tout le cours de notre vie est comparé au pied dans les Écritures (Jb 23, 11 ; Ps 25, 12 ; Pv 3, 23 ; Si 6, 25 ; Si 1, 20), et les chaussures sont comme un symbole de mortification, puisqu’elles sont faites avec des peaux d’animaux qui sont morts. Le père commande ensuite d’amener le veau gras et de le tuer pour le festin qu’il fait préparer : " Et amenez le veau gras, " c’est-à-dire Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi appelé à cause du sacrifice de son corps immaculé ; et parce qu’il est une victime si riche et si excellente, qu’elle suffit à la rédemption du monde entier. Ce n’est pas le père lui-même qui met à mort le veau gras, mais il le laisse immoler à d’autres, car c’est par la permission du Père, et le consentement du Fils que ce dernier a été crucifié par les hommes. — Saint Augustin. (quest. Evang.) Ou bien le veau gras est le Seigneur qui dans son incarnation a été rassasié d’opprobres. Il commande qu’on l’amène, c’est-à-dire qu’on l’annonce, et qu’en l’annonçant on rende la vie aux entrailles épuisées de ce fils mourant de faim ? Il ordonne aussi de le mettre à mort, c’est-à-dire de prêcher sa mort, car il est vraiment immolé pour celui qui croit à son immolation et à sa mort.
" Mangeons et réjouissons-nous. " — Saint Ambroise. Mangeons la chair du veau gras, parce que c’était la victime que le prêtre offrait pour ses péchés. Notre-Seigneur nous représente son Père se livrant à la joie d’un festin, pour nous montrer que le salut de notre âme est la nourriture de son Père, et que la rémission de nos péchés est sa joie. — Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Le père se réjouit du retour de son fils, et en signe de joie fait un festin avec le veau gras ; ainsi le Créateur se réjouit des fruits de miséricorde produits par l’immolation de son fils, et l’acquisition du peuple fidèle est pour lui comme un festin de joie : " Car mon fils que voici était mort, et il revit, il était perdu, et il est retrouvé. " — Saint Athanase. Celui-là seul meurt qui a existé : ainsi les Gentils n’existent plus, le chrétien seul est vivant. On peut encore entendre ces paroles du genre humain : Adam a existé, et nous avons tous existé en lui, il est mort, et tous sont morts en lui, l’homme est donc réparé dans cet homme qui était mort. On peut aussi les appliquer à celui qui fait pénitence, car il ne peut mourir sans avoir auparavant vécu, quant aux gentils ils ont reçu la vie par la grâce aussitôt qu’ils eurent embrassé la foi, tandis que celui qui tombe dans le péché, revient à la vie par la pénitence. — Théophylacte. Si l’on n’a égard qu’à l’excès de ses vices, il était mort sans espoir de retour ; mais si l’on considère la nature humaine, qui est sujette à la mutabilité, et peut se convertir du vice à la vertu, il était simplement perdu, car c’est un moindre mal de se perdre que de mourir. Tout homme ainsi rappelé à la vie et purifié de ses crimes participe au veau gras et devient une cause de joie pour son père et pour ses serviteurs, c’est-à-dire pour les anges et pour les prêtres : " Et ils commencèrent à faire grande chère. " — Saint Augustin. (quest. Evang.) Ces festins de joie et cette fête se célèbrent aujourd’hui par toute l’Église répandue dans tout l’univers, car ce veau gras qui est le corps et le sang du Seigneur, est offert à Dieu le Père, et nourrit toute la maison.
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