Lc 20, 1-8
1 Un jour où Jésus, dans le Temple, instruisait le peuple et proclamait la Bonne Nouvelle, survinrent les chefs des prêtres et les scribes avec les anciens.
2 Ils lui demandèrent : « Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou bien qui est celui qui t'a donné cette autorité ? »
3 Il leur répliqua : « Moi aussi, je vais vous poser une question. Dites-moi :
4 Le baptême de Jean venait-il du ciel, ou des hommes ? »
5 Ils firent en eux-mêmes ce raisonnement : « Si nous disons : 'Du ciel', il va dire : 'Pourquoi n'avez-vous pas cru à sa parole ?'
6 Si nous disons : 'Des hommes', tout le peuple va nous lapider, car il est persuadé que Jean est un prophète. »
7 Et ils répondirent qu'ils ne savaient pas d'où il venait.
8 Alors Jésus leur dit : « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela. »
Saint Augustin. (De l’acc. des Evang., 2, 69.) Saint Luc ayant raconté comment Jésus avait chassé du temple les vendeurs et les acheteurs, passe sous silence qu’il retournait chaque jour à Béthanie, et revenait le lendemain à Jérusalem, ne dit rien du figuier qu’il dessécha, ni de la réponse qu’il fit à ses disciples étonnés sur la vertu de la foi (Mt 21, 21 ; Mc 11, 28), et au lieu de suivre par ordre les événements de chaque jour, il continue ainsi son récit : " Un de ces jours-là, " etc., paroles qui doivent s’entendre du jour où saint Matthieu et saint Marc placent les mêmes faits. — Eusèbe. Tandis que les principaux d’entre les Juifs auraient dû être dans l’admiration devant la doctrine tonte céleste du Sauveur, et reconnaître à ses paroles comme à ses actions qu’il, était le Christ prédit par les prophètes, ils ne cherchent qu’à soulever le peuple contre lui et à entraver son enseignement : " Et ils lui parlèrent de la sorte : Dites-nous par quelle autorité vous faites ces choses, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. C’est-à-dire, d’après la loi de Moïse, il n’y a que ceux qui sont de la tribu de Lévi, qui aient reçu le droit d’enseigner et le pouvoir de remplir les fonctions sacrées dans le temple ; or, comme vous êtes de la tribu de Juda, vous usurpez évidemment les fonctions qui nous ont été confiées. Mais, ô pharisien ! si vous connaissiez les Écritures, vous vous rappelleriez qu’il est le prêtre selon l’ordre de Melchisédech, qui doit offrir à Dieu ceux qui croient en lui par le moyen d’un culte bien supérieur à la loi. Pourquoi donc vous tourmenter de ce qu’il a chassé et banni des parvis sacrés des coutumes qui n’avaient leur raison d’être que dans les sacrifices prescrits par la loi, puisqu’il vient appeler les hommes à la véritable justification par la foi.
Saint Bède. Ou encore : Quand ils font au Sauveur cette question : Par quelle autorité faites-vous ces choses ? ils doutent que ce soit par la puissance de Dieu, et veulent faire entendre que ses œuvres sont les œuvres du démon. D’ailleurs, en ajoutant : Qui vous a donné cette puissance, ils nient ouvertement qu’il soit le Fils de Dieu, puisqu’ils attribuent les miracles qu’il opère à une puissance autre que la sienne. Notre-Seigneur pouvait confondre cette atroce calomnie par une réponse péremptoire, mais il préfère leur adresser une question pleine de sagesse pour les confondre et les condamner par leur silence ou par leur propre réponse : " Jésus leur répondit : Moi aussi, je vous ferai une question, " etc. — Théophylacte. Il veut leur prouver qu’ils ont toujours résisté à l’Esprit saint, et qu’ils ont refusé de croire non seulement à Isaïe dont ils ne se souvenaient plus, mais à Jean-Baptiste qui avait paru récemment au milieu d’eux, Il leur adresse donc à son tour une question pour leur faire entendre que s’ils n’ont point voulu croire au témoignage que lui rendait Jean-Baptiste, un si grand prophète, et qui jouissait parmi eux d’une si grande considération, ils ne le croiraient pas davantage lui-même lorsqu’il leur dirait par quelle puissance il fait ces choses.
Eusèbe. Le Sauveur demande non pas quelle était l’origine de Jean-Baptiste, mais d’où venait son baptême ? — Saint Cyrille d’Alexandrie. Et ils ne rougirent pas de reculer devant la vérité, car n’est-ce pas Dieu qui avait envoyé Jean comme une voix qui criait : " Préparez la voie du Seigneur (Is 40, 3 ; Mt 3, 3 ; Mc 1, 3 ; Lc, 3, 4). " Or, ils craignirent de dire la vérité de peur de s’attirer cette réponse : Pourquoi donc n’y avez-vous pas cru ? Et ils n’osent d’ailleurs blâmer le saint précurseur, non par un sentiment de crainte de Dieu, mais par crainte du peuple : " Et ils faisaient en eux-mêmes cette réflexion : Si nous répondons : Du ciel, il dira : Pourquoi donc n’y avez-vous pas cru ? " — Saint Bède. C’est-à-dire : Celui qui de votre aveu a reçu du ciel le don de prophétie, m’a rendu témoignage, et vous avez appris de lui par quelle puissance je fais ces choses : " Et si nous répondons : Des hommes, tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean était un prophète. " Ils comprirent donc que quelle que fût leur réponse, ils tomberaient dans un piège ; car ils craignaient d’être lapidés ; mais plus encore peut-être de confesser la vérité : " Ils lui répondirent donc qu’ils ne savaient d’où il était. " Ils n’ont pas voulu avouer ce qu’il savaient ; par un juste retour Notre-Seigneur ne veut pas leur dire non plus ce qu’il sait : " Et moi, leur dit Jésus, je ne vous dirai pas non plus par quelle autorité je fais ces choses. " Il y a deux raisons en effet qui autorisent à cacher la connaissance de la vérité : lorsque celui qui demande à la connaître n’a pas assez d’intelligence pour comprendre ce qu’il demande, ou qu’il est indigne de la connaître par la haine ou le mépris qu’il affecte pour la vérité.
Lc 20, 9-18
9 Il se mit à dire au peuple la parabole que voici : « Un homme planta une vigne, il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage pour très longtemps.
10 Le moment venu, il envoya son serviteur auprès des vignerons afin que ceux-ci lui remettent ce qui lui revenait du produit de la vigne. Mais les vignerons renvoyèrent le serviteur, après l'avoir frappé, sans rien lui donner.
11 Le maître recommença, en envoyant un autre serviteur ; celui-là aussi, après l'avoir frappé et insulté, ils le renvoyèrent sans rien lui donner.
12 Le maître recommença, en envoyant un troisième serviteur ; mais après l'avoir blessé, ils le jetèrent dehors.
13 Le maître de la vigne dit alors : 'Que vais-je faire ? J'enverrai mon fils bien-aimé : peut-être le respecteront-ils !'
14 En le voyant, les vignerons firent entre eux ce raisonnement : 'Voici l'héritier. Tuons-le, pour que l'héritage soit à nous.'
15 Et, après l'avoir jeté hors de la vigne, ils le tuèrent. Qu'est-ce que le maître de la vigne fera donc à ces gens ?
16 Il viendra, fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d'autres. »
Les auditeurs dirent à Jésus : « Jamais de la vie ! »
17 Mais lui, posant son regard sur eux, leur dit : « Que signifie donc ce qui est écrit ?
La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre angulaire.
18 Tout homme qui tombera sur cette pierre
sera brisé ;
celui sur qui elle tombera,
elle le pulvérisera ! »
Eusèbe. Les princes des Juifs s’étant trouvés réunis dans le temple, Jésus leur prédit sous le voile de cette parabole les excès auxquels ils allaient se porter contre lui, et la destruction de leur nation qui devait en être le châtiment : " Alors il commença à dire au peuple cette parabole : Un homme planta une vigne, " etc. — Saint Augustin. (acc. des Evang., 2, 70.) Saint Matthieu, pour abréger, passe sous silence cette circonstance rapportée par saint Luc : que le Sauveur raconta cette parabole, non seulement aux principaux d’entre les Juifs qui l’avaient interrogé sur sa puissance, mais encore à tout le peuple. — Saint Ambroise. La plupart des interprètes diffèrent sur la signification de la vigne dont parle ici Notre-Seigneur, mais il faut s’en tenir à l’explication d’Isaïe, qui dit clairement que la vigne du Dieu des armées, c’est la maison d’Israël. (Is 5.) Quel autre que Dieu a planté cette vigne ? — Saint Bède. Cet homme qui a planté cette vigne est le même qui, dans une autre parabole, loue des ouvriers pour travailler à sa vigne. — Eusèbe. Mais dans la parabole d’Isaïe c’est à la vigne que le Seigneur adresse ses reproches ; ici au contraire, ce n’est pas à la vigne, mais aux vignerons : " Il la loua à des vignerons, c’est-à-dire, aux anciens du peuple, aux princes des prêtres et aux grands de la nation. — Théophylacte. Ou bien encore : tout homme est à la fois la vigne et je vigneron, car chacun de nous se cultive lui-même. Or, après avoir ainsi confié sa vigne aux vignerons, il s’en alla, c’est-à-dire qu’il les laissa faire à leur gré : " Puis il s’en alla pour longtemps en voyage. " — Saint Ambroise. Ce n’est pas que le Seigneur se transporte d’un lieu dans un autre, lui qui est toujours présent partout, mais parce qu’il fait sentir plus particulièrement sa présence à ceux qui l’aiment, et son absence à ceux qui l’oublient. Il fut longtemps absent, pour que la demande de ce qui lui était dû ne parût point prématurée ; car plus la générosité à fait preuve d’indulgence, plus la résistance est inexcusable.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Ou encore : Dieu fut absent de sa vigne pendant une longue suite d’années, parce qu’en effet depuis qu’il apparut au milieu du feu sur le mont Sinaï (Ex 19), il ne manifesta plus sa présence d’une manière sensible. Cependant il ne cessa d’envoyer sans interruption à son peuple des prophètes et des justes pour lui rappeler ses devoirs : " Le temps de la vendange étant venu, il envoya un de ses serviteurs aux vignerons, afin qu’ils lui donnassent du fruit de la vigne. " — Théophylacte. Il dit : " Du fruit de la vigne, " parce qu’il ne réclamait pas la totalité, mais seulement une partie des fruits ; car qu’est-ce que Dieu peut gagner de nous, si ce n’est la connaissance que nous avons de lui et qui encore tourne à notre avantage ? — Saint Bède. C’est à dessein qu’il parle du fruit et non du revenu de la vigne, car elle ne produisit jamais aucun revenu. Or, le premier serviteur que Dieu envoya, fut Moïse, qui pendant quarante ans (Ps 94, 19) demanda aux vignerons quelque fruit de la loi qu’il leur avait donnée ; mais au contraire : " Il fut affligé à cause d’eux, car ils aigrirent son esprit " (Ps 105, 32) : " Mais eux l’ayant battu, dit Notre-Seigneur, le renvoyèrent les mains vides. "
Saint Ambroise. Il leur envoya encore plusieurs autres serviteurs que les Juifs renvoyèrent avec toute sorte d’outrages, et sans en avoir tiré aucun profit : " Il envoya encore un autre serviteur, " etc. — Saint Bède. Cet autre serviteur, c’est David qui fut envoyé de Dieu après la promulgation de toutes les observances de la loi, pour exciter par les chants harmonieux des psaumes ; les ouvriers de la vigne à la pratique des bonnes œuvres. Mais au lieu de l’écouter, ils dirent : " Quelle part avons-nous avec David, et qu’attendons-nous du fils d’Isaïe ? " (2 R 20, 1 ; 3 R 12, 16) : " Et ayant aussi battu et chargé d’outrages ce second serviteur, ils le renvoyèrent les mains vides. " Cependant le maître ne s’en tint pas là : " Il en envoya un troisième, " c’est-à-dire le chœur des prophètes, qui ne cessèrent de faire entendre au peuple leurs enseignements et leurs réclamations. Mais quel est celui des prophètes que ce peuple n’ait persécuté ? " Ils le blessèrent, et le jetèrent dehors. " Notre-Seigneur, dans ces trois serviteurs différents, a voulu comprendre les docteurs de la loi mosaïque ; interprétation qu’il autorise lui-même lorsqu’il dit dans un autre endroit : " il est nécessaire que tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes s’accomplisse. " (Lc 24, 44.)
Théophylacte. Après que les prophètes eurent souffert tous ces outrages, Dieu résolut d’envoyer son Fils. Alors le maître de la vigne dit : " Que ferai-je ? " — Saint Bède. Si le Seigneur s’exprime ici en termes dubitatifs, ce n’est point par ignorance de ce qu’il doit faire, (car qu’est-ce que Dieu peut ignorer ?) mais il emploie cette forme dubitative pour laisser à l’homme le libre usage de sa volonté. — Saint Cyrille d’Alexandrie. (Commentaire grec.) Le maître de la vigne parait délibérer en lui-même sur ce qu’il doit faire, non pas qu’il manque de serviteurs, mais parce qu’après avoir tenté tous les moyens de sauver les hommes, sans qu’ils en aient jamais profité, il a eu recours à un moyen qui surpasse tous les autres : " J’enverrai mon fils bien aimé, peut-être qu’en le voyant ils le respecteront. " — Théophylacte. S’il parle de la sorte, ce n’est pas qu’il ignorât qu’ils le traiteraient plus cruellement encore qu’ils n’avaient traité les prophètes, mais parce que le fils avait plus de droits à leurs respects que les serviteurs, et qu’ils mettraient le comble à leurs crimes en refusant de lui obéir et en le mettant à mort. S’il emploie encore ici la forme dubitative, c’est donc pour qu’on ne pût dire que la prescience divine avait été la cause de leur désobéissance.
Saint Ambroise. Les Juifs perfides voulant se défaire du Fils unique que Dieu leur envoyait, et qu’ils refusaient de reconnaître pour héritier, le chassèrent en le reniant, et le mirent à mort en l’attachant à une croix : " Les vignerons l’ayant vu, dirent en eux-mêmes : Voici l’héritier, tuons-le, afin que l’héritage soit pour nous. " Jésus-Christ est tout à la fois l’héritier et le testateur ; l’héritier, parce qu’il a survécu à sa propre mort, et que nos progrès dans le bien sont comme les biens héréditaires qu’il reçoit en vertu des testaments qu’il a faits en notre faveur. — Saint Bède. Notre-Seigneur prouve ici de la manière la plus évidente que ce n’est point par ignorance, mais par envie que les princes des Juifs ont crucifié le Fils de Dieu. Car ils comprirent que c’était à lui que s’appliquaient ces paroles du Roi-prophète : " Je vous donnerai les nations pour héritage, " (Ps 2.) " Et l’ayant jeté hors de la vigne, ils le tuèrent. " En effet, " Jésus, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors la porte de la ville. " (He 13.) — Théophylacte. Comme nous avons expliqué plus haut la vigne du peuple juif plutôt que de la ville de Jérusalem, peut-être serait-il plus naturel de dire ici que le peuple a mis à mort le Fils hors de la vigne, dans ce sens que le Fils de Dieu n’a point souffert par ses mains, parce qu’en effet, il ne le fit pas mourir de ses propres mains, mais le livra à Pilate et aux mains des Gentils. Il en est qui par la vigne entendent la sainte Écriture, ce fut pour avoir, refusé d’y croire qu’ils mirent le Seigneur à mort, et c’est pour cela qu’il est dit qu’ils le firent mourir hors de la vigne, c’est-à-dire hors de l’Écriture. — Saint Bède. Ou bien encore : il a été jeté hors de la vigne avant d’être mis à mort, parce qu’il a été repoussé du cœur des infidèles avant d’être attaché à la croix.
Saint Jean Chrysostome. C’est par un dessein de miséricorde et non par oubli ou indifférence que Dieu a envoyé Jésus-Christ après les prophètes. En effet, Dieu ne précipite pas l’exécution de ses œuvres, mais son amour use à notre égard d’une grande condescendance ; n’est-il pas vrai que si les Juifs ont maltraité le fils qui venait après les serviteurs, à plus forte raison ne l’auraient-ils pas écouté tout d’abord ? Comment auraient-ils pu entendre des enseignements plus élevés, eux qui ne voulaient même pas entendre les plus simples ?
Saint Ambroise. Le Sauveur leur adresse ensuite une question pour qu’ils prononcent eux-mêmes leur condamnation : " Que leur fera donc le maître de la vigne ? " — Saint Basile. (sur le chap. 6 d’Isaïe.)Il leur parle de la sorte comme à des criminels qui n’ont rien à opposer à la justice de leur condamnation. Or, c’est le propre de la miséricorde divine de ne jamais punir sans avertir, sans prédire les châtiments dont les coupables sont menacés pour exciter en eux un repentir salutaire : " Il viendra et exterminera ces vignerons et donnera sa vigne à d’autres. " — Saint Ambroise. Il annonce que le maître de la vigne viendra, parce que le Fils a la même majesté et la même puissance que le Père, ou parce que dans les derniers temps il fera sentir plus sensiblement sa présence pour répondre aux désirs des hommes.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Les principaux d’entre les Juifs ont donc été rejetés comme rebelles à la volonté du Seigneur, et pour avoir laissé stérile la vigne qui leur avait été confiée. La culture de cette vigne a été donnée aux prêtres du Nouveau-Testament. Or, dès qu’ils comprirent l’application de cette parabole, ils voulurent s’y soustraire : " Ce qu’ayant entendu, ils lui dirent : À Dieu rie plaise. " Et cependant ils n’en devinrent pas meilleurs, par suite de leur opiniâtreté et de leur résistance à la foi en Jésus-Christ.
Théophylacte. Le récit de saint Matthieu paraît tant soi peu différent, puisqu’à cette question du Seigneur : " Que fera donc aux vignerons le maître de la vigne ? " les Juifs répondent : " Il fera périr misérablement ces misérables. " (Mt 21.) Cependant il n’y a ici aucune contradiction, et les deux récits sont également vrais. En effet, les Juifs ont d’abord rendu cette sentence ; puis, quand ils comprirent le but de cette parabole, ils se récrièrent et dirent : " À Dieu ne plaise, " comme saint Luc le raconte ici. — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 4, 70.) Ou bien encore, dans la multitude qui entourait le Sauveur, il en était qui lui avaient demandé astucieusement par quelle puissance il faisait ces choses ; il en était aussi qui, sans aucun artifice et de bonne foi, l’avaient acclamé en disant : " Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. " Et ce sont ces derniers qui ont pu dire : " Il fera périr misérablement ces misérables, et donnera sa vigne à d’autres. " On peut aussi attribuer cette parole au Seigneur, soit qu’il l’ait dite véritablement, soit à cause de l’union de ses membres avec leur chef. D’autres aussi ont pu répondre à ceux qui prononçaient cette sentence : " À Dieu ne plaise, " parce qu’ils comprenaient que cette parabole était dirigée contre eux.
" Mais Jésus les regardant, dit : Qu’est-ce donc que cette parole de l’Écriture : " La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue le sommet de l’angle ? " — Saint Bède. C’est-à-dire, comment s’accomplira cette prophétie, si ce n’est lorsque le Christ que vous avez rejeté et mis à mort, sera prêché aux Gentils, qui croiront en lui, et que, comme une pierre angulaire, il se bâtira un seul temple avec les deux peuples. — Eusèbe. Le Christ est comparé ici à une pierre à cause de son corps d’une nature terrestre ; cette pierre a été détachée de la montagne sans la main d’aucun homme, selon la vision de Daniel (Dn 2, 34), parce qu’il est né d’une vierge : cette pierre n’est ni d’argent ni d’or, parce qu’il n’a point paru comme un roi resplendissant de gloire, mais comme un homme humble et méprisé ; aussi ceux qui bâtissaient l’ont rejeté. — Théophylacte. Les princes du peuple l’ont rejeté, lorsqu’ils ont dit " Cet homme ne vient pas de Dieu. "(Jn 7, 16.) Et cependant cette pierre était si utile et d’un si grand choix, qu’elle est devenue le sommet de l’angle. — Saint Cyrille d’Alexandrie. L’angle, dans le langage de la sainte Écriture, représente l’union des deux peuples Juif et Gentil dans une même foi (Ep 2 ; 1 P 2), car de ces deux peuples le Sauveur n’a formé lui-même qu’un seul homme nouveau, et les réunissant tous deux en un seul corps, les a réconciliés à Dieu. Il est donc une pierre de salut pour l’angle qu’il a construit, mais il devient une cause de ruine pour les Juifs qui s’opposent à cette union spirituelle des deux peuples.
Théophylacte. Notre-Seigneur distingue ici deux condamnations ou deux ruines des Juifs : la ruine de leurs âmes, lorsque Jésus-Christ leur a été un objet de scandale, et il y fait allusion par ces paroles : " Quiconque tombera sur cette pierre sera brisé ; " la ruine de leur nation et sa dispersion dans tout l’univers, qui eurent pour cause cette pierre qu’ils avaient rejetée, comme l’indique le Sauveur : " Et celui sur qui elle tombera elle l’écrasera " (ou le réduira en poussière). En effet, les Juifs ont été dispersés loin de la Judée, dans tout l’univers, comme la paille qui est emportée par le vent. Et remarquez l’ordre des événements, d’abord le crime énorme qu’ils ont commis contre Jésus-Christ, et puis à la suite la juste vengeance de Dieu. — Saint Bède. Ou encore, celui qui pèche, mais qui néanmoins continue de croire en Jésus-Christ, tombe sur la pierre et s’y brise, mais la pénitence lui ouvre encore une voie de salut ; celui au contraire sur qui tombera cette pierre (parce qu’il l’a rejetée), elle l’écrasera comme un vase dont il ne restera pas même un fragment pour aller puiser un peu d’eau. Ou bien encore, ceux qui tombent sur lui sont ceux qui le méprisent et qui ne périssent pas encore entièrement, mais qui sont brisés, en sorte qu’ils ne peuvent plus marcher droit. Mais pour ceux sur lesquels il tombe, il descendra du ciel pour leur infliger le juste châtiment de leurs crimes, et ils seront écrasés comme la poussière que, le vent disperse de dessus la face de la terre. (Ps 1.)
Saint Ambroise. Cette vigne est encore notre image, Dieu le Père est le laboureur, Jésus-Christ est la vigne, nous sommes les branches. (Jn 15.) C’est à juste titre que le peuple chrétien est appelé la vigne du Christ, ou parce qu’il porte sur le front le signe de la Croix, soit parce que son fruit n’est cueilli que dans la dernière saison de l’année, soit parce que dans l’Église, les pauvres et les riches, les serviteurs et les maîtres sont placés indistinctement comme les ceps de la vigne. De même que la vigne se marie aux arbres autour desquels elle s’enlace, ainsi le corps est étroitement uni à l’âme. Le vigneron diligent prend soin de cultiver et de tailler cette vigne, pour retrancher la trop grande abondance de feuilles et cette stérile ostentation de paroles qui paralyse la force naturelle de la vigne et empêche son fruit de parvenir à sa maturité. Enfin la vendange de cette vigne se fait par tout l’univers, puisqu’elle est répandue jusqu’aux extrémités du monde. — Saint Bède.(sur S. Marc.) Ou encore, dans le sens moral, Dieu donne à chaque fidèle la vigne à cultiver, lorsqu’il lui confie le soin de faire fructifier le baptême qu’il a reçu. Il lui envoie cm premier, un second, un troisième serviteur, lorsqu’il lui fait lire la loi, les psaumes et les prophètes. Le serviteur qu’il envoie est couvert d’outrages et déchiré de coups, lorsqu’on méprise ou qu’on blasphème la parole qu’on entend ; et on met à mort l’héritier (autant qu’on peut le faire), lorsqu’on foule aux pieds le Fils de Dieu par ses péchés. (He 6.) Le mauvais vigneron ayant reçu le châtiment qu’il mérite, la vigne est confiée à un autre, lorsque l’humble fidèle s’enrichit du don de la grâce que le superbe a méprisé.
Lc 20, 19-26
19 Les scribes et les chefs des prêtres cherchaient à mettre la main sur Jésus à l'instant même ; mais ils eurent peur du peuple. (Ils avaient bien compris que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole.)
20 Ils se mirent alors à le guetter et lui envoyèrent des espions. Ceux-ci jouaient le rôle d'hommes justes pour le prendre en défaut en le faisant parler, afin de le livrer au pouvoir et à l'autorité du gouverneur.
21 Ils l'interrogèrent ainsi : « Maître, nous le savons : tu parles et tu enseignes avec droiture, et tu ne fais pas de différence entre les hommes, mais tu enseignes le vrai chemin de Dieu.
22 Nous est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à l'empereur ? »
23 Mais Jésus, pénétrant leur fourberie, leur dit :
24 « Montrez-moi une pièce d'argent. De qui porte-t-elle l'effigie et la légende ? - De l'empereur César », répondirent-ils.
25 Il leur dit : « Alors rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
26 Ils furent incapables de le prendre en défaut devant le peuple en le faisant parler, et, tout étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Les princes des prêtres, comprenant que cette parabole s’appliquait à eux, et instruits de ce qui devait leur arriver, auraient dû renoncer à leurs mauvais desseins ; mais loin de là, ils cherchent l’occasion de les mettre à exécution : " Les princes des prêtres cherchaient à se saisir de lui, " etc. Ils ne sont point retenus par ce commandement de la loi : " Tu ne feras périr ni l’innocent ni le juste. " (Ex 23.) Et s’ils ajournent l’accomplissement de leurs criminels desseins, c’est par crainte du peuple : " Mais ils craignaient le peuple. " Ils mettent la crainte des hommes au-dessus de la crainte de Dieu. Or, quel motif leur fit concevoir ce coupable projet ? le voici : " Car ils comprirent que cette parabole s’appliquait à eux. " — Saint Bède. (sur S. Marc.) En cherchant à faire mourir le Sauveur, ils confirmaient la vérité de ce qu’il avait dit dans cette parabole, car il était l’héritier dont la mort injuste devait être vengée par le châtiment des meurtriers, et ils étaient eux-mêmes ces méchants vignerons, qui cherchaient à faire mourir le Fils de Dieu. La même chose se renouvelle encore tous les jours dans l’Église, lorsqu’un chrétien qui ne l’est que de nom, n’a aucune affection pour l’unité de la foi et de la paix dans l’Église, quoiqu’il rougisse ou qu’il craigne de la combattre, à cause de la multitude des fidèles dont il est environné. Les princes des prêtres voulaient se saisir de la personne de Jésus et ne pouvant le faire par eux-mêmes, ils cherchaient à le livrer aux mains du gouverneur : " C’est pourquoi l’épiant, ils lui envoyèrent des gens apostés, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Ils paraissaient agir avec légèreté, mais au fond ils agissaient avec une malice réfléchie, ils oubliaient que Dieu a dit : " Qui est celui-là qui prétend dérober à Dieu le secret de ses desseins ? " (Jb 42.) Ils viennent trouver le Sauveur comme un homme ordinaire : " Pour le surprendre dans ses paroles. "
Théophylacte. Ils voulurent tendre un piège au Seigneur, et ils y tombèrent eux-mêmes les premiers. Écoutez, en effet, leur question astucieuse : " Et ils vinrent donc ainsi l’interroger : Maître, nous savons que vous parlez et que vous enseignez avec droiture. " — Saint Bède. (de Saint Jérôme. sur S. Matth.) Par cette flatterie mensongère et cette question insidieuse, ils veulent le forcer à déclarer qu’il craint plus Dieu que César : " Et vous ne faites acception de personne, mais vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité. " En parlant ainsi, ils veulent l’amener à dire qu’on ne doit pas payer le tribut, afin que les satellites du gouverneur, qui étaient présents, selon les autres Évangélistes, se saisissent de lui, comme cherchant à soulever le peuple contre les Romains. C’est pour cela qu’ils lui font cette question : " Nous est-il permis de payer le tribut à César, ou non ? " Il y avait, en effet, une grande division d’opinions parmi le peuple, les uns soutenaient qu’à raison de la paix et de la sécurité, dont toute la nation jouissait sous les Romains, on devait leur payer le tribut ; les pharisiens, au contraire, prétendaient que le peuple de Dieu, qui donnait déjà la dîme et les prémices, ne devait pas être soumis à des lois qui venaient des hommes. — Théophylacte. Ils épiaient donc la réponse qu’il allait faire : s’il faisait une obligation de payer le tribut à César, le peuple l’accuserait de vouloir réduire la nation en servitude ; s’il défendait, au contraire, de le payer, on le dénoncerait au gouverneur comme rebelle. Mais Jésus échappe au piège qu’ils lui tendent : " Considérant leur démarche astucieuse, il leur dit : Pourquoi me tentez-vous ? Montrez-moi un denier, quelle image et quel nom porte-t-il ? " — Saint Ambroise. Notre-Seigneur nous apprend ici avec quelle circonspection nous devons répondre aux hérétiques ou aux Juifs, comme il nous l’a recommandé ailleurs : " Soyez prudents comme des serpents. " (Mt 10.)
Saint Bède. Ceux qui pensent que le Seigneur interrogeait par ignorance, doivent reconnaître ici que Jésus pouvait parfaitement savoir de qui cette monnaie portait l’image, cependant il interroge les Juifs pour leur répondre d’après leurs propres paroles : " Ils lui répondirent : De César. " Ce César n’est pas César Auguste, mais Tibère ; car tous les empereurs romains, depuis le premier, Caius César, ont porté le nom de César. Notre-Seigneur résout la difficulté qu’ils lui ont proposée, d’après leur réponse : " Et il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. " — Tite de Bostra. Comme s’il leur disait : Vous me tentez par vos paroles, conformez votre conduite à vos œuvres ; vous avez accepté la domination de César, vous jouissez des avantages qu’elle vous procure, rendez-lui donc le tribut, et à Dieu la crainte qui lui est due ; car Dieu ne vous demande point votre argent, mais votre foi. — Saint Bède. Rendez aussi à Dieu ce qui appartient à Dieu, c’est-à-dire les dîmes, les prémices, les offrandes et les victimes. — Théophylacte. Et remarquez qu’il ne dit pas : " Donnez, " mais : " Rendez, " parce que c’est une dette qu’il nous faut payer. Le prince vous protège contre vos ennemis, il assure la tranquillité de votre vie, vous lui devez donc en retour le tribut qu’il exige de vous. Cette pièce de monnaie, même que vous lui payez, c’est de lui que vous la tenez, rendez donc au roi, la monnaie qui vient du roi. Dieu vous a donné aussi l’intelligence et la raison, rendez-lui ces biens, en vous gardant de devenir rendre semblable aux animaux (cf. Ps 48, 12, 21), et en prenant, au contraire, la raison pour guide dans toutes vos actions. — Saint Ambroise. Si donc vous ne voulez point vous rendre tributaire de César, ne désirez posséder aucune chose du monde. C’est avec raison qu’il veut qu’on rende d’abord à César ce qui lui appartient ; car on ne peut se donner au Seigneur sans avoir tout d’abord renoncé au monde. Quelle grave responsabilité de promettre à Dieu et de ne rien donner ! Les obligations souscrites par la foi, sont plus pressantes que les obligations qui ont pour objet une somme d’argent.
Origène. (hom. 39 sur S. Luc.) Ce passage a aussi un sens mystique. En effet, il y a deux images dans l’homme, l’une qu’il a reçue de Dieu, comme il est écrit dans la Genèse : " Faisons l’homme à notre image, " l’autre qui est l’image de son ennemi, et que le péché et la désobéissance ont comme gravée sur son âme, lorsqu’il s’est laissé gagner et entraîner par les séductions du prince de ce monde. Car de même qu’une pièce de monnaie porte l’image du roi de la terre, ainsi celui qui fait les œuvres du prince des ténèbres, porte en lui l’image de celui dont il fait les œuvres. Le Sauveur dit donc : " Rendez à César ce qui est à César, " c’est-à-dire : Effacez cette image terrestre, afin que, retraçant en vous l’image céleste, vous puissiez rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est-à-dire, l’aimer de tout votre cœur, car c’est là ce que Dieu demande de vous, comme Moïse le disait à son peuple (Dt 10, 12.) Or, Dieu nous le demande, ce n’est pas qu’il en ait besoin, mais parce qu’il veut rendre profitable à notre salut ce que nous lui avons donné.
Saint Bède. Une réponse aussi sage aurait dû les déterminer à croire en lui ; ils se contentent d’admirer comment leur ruse n’avait pu réussir à le faire tomber dans le piège : " Et ils ne purent reprendre aucune de ses paroles devant le peuple, et ayant admiré sa réponse, ils se turent. " — Théophylacte. Le but principal qu’ils se proposaient était de le prendre en défaut en présence du peuple, mais ils ne purent y parvenir, tant sa réponse était pleine de sagesse.