Lc 21, 12-19
12 Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom.
13 Ce sera pour vous l'occasion de rendre témoignage.
14 Mettez-vous dans la tête que vous n'avez pas à vous soucier de votre défense.
15 Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction.
16 Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d'entre vous.
17 Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom.
18 Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
19 C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 35 sur les Evang.) Comme les calamités que le Sauveur vient de prédire, ne viennent pas de l’injustice de Dieu qui les envoie, mais sont un juste châtiment des crimes du monde, Notre-Seigneur fait connaître ces attentats des hommes pervers : " Avant que toutes ces choses arrivent, ils se saisiront de vous, " etc., c’est-à-dire, le trouble s’emparera des cœurs des hommes avant qu’il s’étende aux éléments ; on saura ainsi, lorsque l’ordre de la nature sera bouleversé, quelle tribulation en est la cause ? car bien que la fin du monde soit une conséquence des éléments qui le composent, le Sauveur nous fait connaître que les hommes qui vivront alors seront justement écrasés sous ses ruines en punition de leurs crimes énormes. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Ou encore, Notre-Seigneur veut parler ici des persécutions que ses disciples eurent à souffrir des Juifs, qui les jetèrent en prison et les traînèrent devant les tribunaux avant la prise de Jérusalem par les Romains. C’est ainsi que saint Paul fut envoyé à Rome pour être jugé par César, et qu’il comparut devant Festus et Agrippa.
" Et ce sera pour vous une occasion de rendre témoignage. " Le grec porte : " Pour le martyre (εις μαρτυριον), c’est-à-dire, d’obtenir la gloire du martyre. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 35.) Ou bien encore, pour être en témoignage contre eux, parce qu’ils vous ont persécutés et mis à mort, ou parce qu’ils n’ont pas imité dans leur vie les exemples que vous leur avez donnés, ou parce que ces exemples qui ont été pour les élus un principe de vie, sont devenus pour les méchants une cause de mort sans excuse. Mais ces terribles prédictions pouvaient jeter le trouble dans le cœur de ceux qui les entendaient, le Sauveur ajoute donc pour les consoler : " Gravez cette pensée dans vos cœurs, de ne point préméditer ce que vous devrez répondre. " — Théophylacte. Comme les Apôtres étaient sans instruction et sans lettres, Notre-Seigneur leur recommande de ne point se troubler lorsqu’ils sont appelés à rendre compte de leur conduite devant les sages du monde, et il en donne la raison : " Car je mettrai moi-même sur vos lèvres des paroles et une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront résister et qu’ils ne pourront contredire, " c’est-à-dire, vous recevrez à l’instant de moi l’éloquence et la sagesse, de sorte que tous vos ennemis, quand ils réuniraient tous leurs efforts, ne pourront vous résister, ni par leur sagesse (c’est-à-dire, par la force des raisonnements), ni par l’éloquence et par l’élégance du langage. Il en est beaucoup, en effet, qui ont un grand fond de sagesse, mais qui, faciles à troubler, voient se confondre toutes leurs idées lorsque le moment est venu de les exposer. Tels ne furent point les Apôtres, qui reçurent le double don de la sagesse et de la parole. — Saint Grégoire le Grand. Le Sauveur semble leur dire : Ne vous effrayez pas, vous marchez au combat, mais c’est moi qui combats pour vous ; vous prononcez les paroles, mais c’est moi qui les forme sur vos lèvres. — Saint Ambroise. Tantôt c’est Jésus-Christ qui parle par la bouche de ses disciples, tantôt c’est le Père (Mt 16), tantôt enfin l’Esprit saint. (Mt 10) Ces divers passages, loin de se contredire, s’accordent parfaitement, car ce que l’un dit, les trois le disent également, parce que la Trinité n’a qu’une seule et même voix.
Théophylacte. Après leur avoir ainsi parlé, pour dissiper la crainte que pouvait leur inspirer leur ignorance, il les prémunit contre un autre danger non moins important, qui aurait pu aussi jeter le trouble dans leurs cœurs, s’il les avait surpris à l’improviste : " Vous serez même trahis et livrés par vos pères, par vos frères, par vos amis, et on en fera mourir plusieurs d’entre vous. " — Saint Grégoire le Grand. (hom. 35.) Les épreuves les plus cruelles nous viennent de ceux sur l’affection desquels nous croyions pouvoir compter, parce qu’aux souffrances extérieures viennent se joindre alors la douleur de l’affection que nous avons perdue. — Saint Grégoire de Nysse. Considérons quelle était alors la situation de la société. Dans toutes les familles divisées par la différence de religion, on était suspect les uns aux autres. Le fils encore idolâtre trahissait ses parents devenus chrétiens ; le père, obstiné dans son infidélité, devenait l’accusateur de son fils qui avait embrassé la foi. Tous les âges étaient exposés à la persécution, et les femmes elles-mêmes, n’en étaient pas à l’abri par la faiblesse naturelle de leur sexe.
Théophylacte. Notre-Seigneur leur prédit ensuite la haine universelle dont ils seront l’objet : " Et vous serez haïs de tout le monde à cause de mon nom. " — Saint Grégoire le Grand. (Hom. 35.) Mais comme ces prédictions qui leur montrent une mort cruelle en perspective ont quelque chose d’effrayant et de redoutable, il les console aussitôt par l’espérance des joies de la résurrection : " Cependant il ne se perdra pas un seul cheveu de votre tête, " c’est-à-dire : Pourquoi craindriez-vous de voir périr ce que vous ne pouvez perdre sans douleur, puisque même ce qui peut vous être retranché sans vous causer aucune souffrance, ne peut périr ? — Saint Bède. Ou bien encore : Il ne périra pas un seul cheveu de la tête des disciples, parce que non seulement les grandes actions et les paroles des saints, mais encore leurs moindres pensées recevront de Dieu leur juste récompense.
Saint Grégoire le Grand. (Moral., 5, 13.) Celui qui pratique la patience dans l’adversité, puise sa force contre toutes les tribulations, par le même principe qui lui fait remporter la victoire sur lui-même : " Vous posséderez vos âmes dans la patience. " Qu’est-ce que posséder son âme, c’est mener une vie entièrement irréprochable, et comme du haut d’une forteresse, dominer par la vertu tous les mouvements de son cœur. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 35.) Ainsi nous possédons nos âmes par la patience, parce qu’en nous dominant nous-mêmes, nous commençons à être les maîtres de ce que nous sommes. La possession de l’âme dépend de la vertu de patience, parce que la patience est la racine et la gardienne de toutes les vertus. Or, la patience consiste à supporter avec calme les épreuves qui nous viennent d’autrui, et à ne nourrir aucun ressentiment contre ceux qui en sont la cause.
Lc 21, 20-24
20 Lorsque vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, sachez alors que sa dévastation est toute proche.
21 Alors, ceux qui seront en Judée, qu'ils s'enfuient dans la montagne ; ceux qui seront à l'intérieur de la ville, qu'ils s'en éloignent ; ceux qui seront à la campagne, qu'ils ne rentrent pas en ville,
22 car ce seront des jours où Dieu fera justice pour accomplir toute l'Écriture.
23 Malheureuses les femmes qui seront enceintes et celles qui allaiteront en ces jours-là, car il y aura une grande misère dans le pays, une grande colère contre ce peuple.
24 Ils tomberont sous le tranchant de l'épée, ils seront emmenés en captivité chez toutes les nations païennes ; Jérusalem sera piétinée par les païens, jusqu'à ce que le temps des païens soit achevé.
Saint Bède. Jusqu’ici Notre-Seigneur a prédit les événements qui arriveraient pendant les quarante années qui devaient suivre, mais sans qu’il fût question de la ruine définitive des Juifs, il en vient maintenant à la destruction de cette malheureuse nation, et aux ruines qu’amoncellera l’armée romaine : " Lorsque vous verrez une armée environner Jérusalem, sachez que la désolation est proche. " — Eusèbe. (Ch. des pèr. gr.) Il appelle cette ruine la désolation de Jérusalem, parce qu’elle ne sera plus rebâtie par ses habitants, ni reconstituée selon les prescriptions de la loi, et que personne, après le siège et la désolation qui doivent avoir lieu, ne doit espérer ion rétablissement, comme au temps du roi des Perses, d’Antiochus le Grand, et aussi comme au temps de Pompée.
Saint Augustin. (Lettre 80 à Hésych.) Saint Luc rapporte ici ces paroles du Seigneur, pour nous faire comprendre que ce fut lors du siège de Jérusalem qu’eut lieu l’abomination de la désolation prédite par le prophète Daniel, et dont saint Matthieu (Mt 24) et saint Marc (Mc 13) ont parlé. — Saint Ambroise. Les Juifs crurent que cette abomination de la désolation s’était alors vérifiée, parce que les Romains avaient jeté une tête de porc dans le temple, pour insulter aux observances judaïques. — Eusèbe. Or, le Seigneur, prévoyant que la ville devait être désolée par la famine, avertissait ses disciples de ne point s’y réfugier lors du siège, comme dans un lieu sûr et protégé de Dieu, mais de s’en éloigner bien plutôt, et de s’enfuir vers les montagnes : " Alors que ceux qui sont dans la Judée, s’enfuient vers les montagnes. " — Saint Bède. L’histoire ecclésiastique (Eusèbe, 3, 5) rapporte qu’aux approches de la ruine de Jérusalem, tous les chrétiens qui étaient dans la Judée en sortirent, sur l’avis qu’ils avaient reçu du Seigneur, et allèrent habiter au delà du Jourdain, la ville de Pella, jusqu’à ce que la désolation. de la Judée fût consommée. — Saint Augustin.(Lettre 80 à Hésych.) Au lieu de ces paroles, nous lisons dans saint Matthieu et dans saint Marc : " Que celui qui sera sur le toit, ne descende pas dans sa maison ; " salut Marc ajoute : " Et n’y entre point pour en emporter quelque chose. " Saint Luc, au contraire : " Et que ceux qui sont au milieu d’elle s’en retirent. "
Saint Bède. Mais comment ceux qui sont au milieu de Jérusalem pourront-ils en sortir lorsqu’elle sera investie par une armée ? Pour résoudre ces difficultés, il faut rapporter ces paroles, non pas au temps même du siège, mais à celui qui le précéda immédiatement, lorsque les soldats romains commencèrent à se répandre sur les frontières de la Galilée ou de la Samarie. — Saint Augustin. (comme précéd.) Saint Matthieu et saint Marc disent : " Et que celui qui sera dans les champs, n’en revienne pas pour prendre son vêtement. " Saint Luc est plus explicite : " Et que ceux qui sont dans les régions voisines n’y entrent point ; car ce sont les jours de la vengeance dans lesquels doivent s’accomplir toutes les prédictions qui ont été faites. " — Saint Bède. Ces jours de la vengeance sont les jours où Dieu vengera le sang du Seigneur que les Juifs ont répandu.
Saint Augustin. (comme précéd.) Saint Luc continue ensuite comme les deux autres Évangélistes : " Malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices en ces jours-là ". C’est ainsi que cet Évangéliste fait disparaître toute ambiguïté, et nous rend certains que ce que le Sauveur a dit de l’abomination de la désolation, doit se rapporter non pas à la fin du monde, mais au temps du siège de Jérusalem. — Saint Bède. Notre-Seigneur dit : " Malheur aux femmes qui seront grosses (aux, approches de la captivité), ou à celles qui nourriront ou qui allaiteront, parce qu’il leur sera bien difficile de fuir avec ce précieux, mais lourd fardeau, qu’elles porteront dans leur sein ou dans leurs bras. " — Théophylacte. Quelques-uns pensent que Notre-Seigneur fait ici allusion aux mères qui allèrent jusqu’à manger leurs enfants, selon le récit de l’historien Josèphe.
Saint Jean Chrysostome. (cont. les détract. de la vie mon.) Le Sauveur donne la raison de ce qu’il vient de dire : " Car la terre sera accablée de maux, et la colère du ciel tombera sur ce peuple. " En effet, les Juifs virent fondre sur eux un si grand déluge de maux, qu’aucun désastre ne pourra jamais être comparé aux calamités qu’ils éprouvèrent alors, au témoignage du même historien. — Eusèbe. (Ch. des pèr. gr.) Lorsque les Romains arrivèrent et s’emparèrent de Jérusalem, une multitude innombrable de Juifs périrent par le glaive, selon la prédiction du Sauveur : " Ils tomberont sous le tranchant du glaive. " Néanmoins, un plus grand nombre furent victimes de la famine. Ces tristes événements arrivèrent d’abord sous Tite et Vespasien, et ensuite sous le règne de l’empereur Adrien, quand il fut interdit aux Juifs de rentrer dans leur patrie : " Ils seront emmenés captifs dans toutes les nations. " En effet, les Juifs furent dispersés dans tout l’univers, et se répandirent jusqu’aux extrémités de la terre, et tandis que la Judée est habitée par des étrangers, ils sont les seuls qui ne puissent remettre le pied dans leur patrie : " Et Jérusalem sera foulée aux pieds par les Gentils, jusqu’à ce que le temps des nations soit accompli. " — Saint Bède. C’est ce mystère dont veut parler l’Apôtre, lorsqu’il dit : " Une partie d’Israël est tombée dans l’aveuglement, jusqu’à ce que la multitude des nations soit entrée, et que tout le peuple d’Israël fût ainsi sauvé. " Lorsqu’il aura enfin obtenu le salut qui lui a été promis, il pourra légitimement espérer de rentrer dans sa patrie.
Saint Ambroise. Dans le sens figuré, l’abomination de la désolation est l’avènement de l’Antéchrist, parce qu’il doit souiller l’intérieur des âmes par ses abominations sacrilèges, et selon la prédiction littérale de l’Écriture (2 Th 2, 3, 4), s’asseoir dans le temple pour usurper le trône de la divine majesté. Il est aussi l’objet du sens spirituel de ces paroles, parce qu’il voudra imprimer dans les âmes les traces profondes de sa perfidie, en cherchant à prouver par les Écritures qu’il est le Christ. Alors approchera la désolation, parce que la plupart succomberont honteusement, et abandonneront la véritable religion. Alors aussi ce sera le jour du Seigneur ; car de même que son premier avènement a eu pour objet de nous racheter de nos iniquités, le second aura pour fin de réprimer les coupables efforts de ceux qui voudraient entraîner les fidèles dans l’erreur et l’infidélité. Il y a encore un autre Antéchrist, c’est le démon qui s’efforce d’assiéger Jérusalem (c’est-à-dire l’âme pacifique), avec l’armée de sa loi tyrannique. Or, quand le démon se trouve au milieu du temple, c’est l’abomination de la désolation. Mais lorsque la présence spirituelle du Christ vient à nous éclairer de sa lumière au milieu de nos tentations, le démon s’éloigne, et la justice commence à régner. Il y a encore un troisième Antéchrist, c’est Arius et Sabellius, et tous ceux qui cherchent à nous séduire pour nous perdre. Les femmes qui sont enceintes, dont le Sauveur déplore le triste sort, sont les chrétiens qui flattent les instincts de la chair, dont la marche est ralentie et entravée par la mollesse, qui sont stériles pour la vertu, et n’ont de fécondité que pour le vice. Ceux mêmes qui sont pour ainsi dire comme en travail de bonnes œuvres, et qui n’eu ont encore produit aucune, ne sont pas à l’abri de cet anathème. Il en est, en effet, qui conçoivent par un sentiment de crainte de Dieu, mais tous n’enfantent pas ; quelques-uns font, pour ainsi parler, comme avorter la parole de Dieu, et la rejettent avant de l’enfanter ; d’autres portent le Christ dans leur sein, mais il n’est pas encore formé. Ainsi l’âme qui enfante la justice, enfante le Christ. Hâtons-nous aussi d’allaiter nos enfants, pour n’être pas surpris par le jour du jugement ou de la mort. Il en sera ainsi, si vous conservez dans votre cœur toutes les paroles de la justice, sans attendre le temps de la vieillesse, et si dès votre premier âge vous vous hâtez de concevoir la sagesse et de la nourrir, en la préservant de la corruption des sens. À la fin du monde, les nations qui auront embrassé la foi, soumettront toute la Judée par le glaive de la parole spirituelle, qui est comme un glaive à deux tranchants. (Ap 1, 16 ; 19, 15.)
Lc 21, 25-27
25 Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête.
26 Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées.
27 Alors, on verra le Fils de l'homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire.
Saint Bède. Notre-Seigneur annonce ensuite successivement ce qui doit arriver, lorsque les temps des nations seront accomplis " Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. " — Saint Ambroise. Saint Matthieu explique plus clairement quels seront ces signes : " Alors, dit-il, le soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel. " — Eusèbe. (Ch. des pèr. gr.) En effet, lorsque la consommation de cette vie mortelle et corruptible sera venue, la figure de ce monde passera, selon l’expression de l’Apôtre, (1 Co 7) pour faire place à un monde nouveau, dans lequel, au lieu des astres visibles, Jésus-Christ lui-même brillera comme l’astre et le roi de ce monde nouveau, et l’éclat de la gloire de sa divinité sera si grand, que le soleil qui nous éclaire maintenant, la, lune, et les autres astres disparaîtront en présence de cette incomparable lumière. — Saint Jean Chrysostome. (Ch. des pèr. gr.) Aussitôt que le soleil se lève, la lune et les étoiles sont comme éclipsés ; ainsi lorsque le Christ apparaîtra dans sa gloire, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel, c’est-à-dire que ces astres seront dépouillés de leur premier vêtement, pour se revêtir d’une lumière plus éclatante.
Eusèbe. Le Sauveur expose ensuite ce qui doit arriver après que les astres du ciel seront obscurcis, et quelles seront les angoisses de tous les peuples de la terre : " Et sur la terre, les nations seront dans l’abattement et dans la consternation, " etc. Il semble vouloir nous dire que le principe de la transformation de l’univers viendra de la suppression de l’élément liquide, qui sera dévoré par le feu ou gelé par le froid, de sorte qu’on n’entendra plus le bruit de la mer, que ses flots ne viendront plus mouiller les sables du rivage, par suite de cette excessive sécheresse, et qu’alors les autres parties du monde, ne recevant plus ces vapeurs humides, produites par les eaux, seront transformées. Comme l’avènement du Sauveur doit combattre et renverser les prodiges de l’ennemi de Dieu, c’est-à-dire de l’Antéchrist, ses premières vengeances commenceront par ce fléau de la sécheresse, qui sera si grande, qu’on n’entendra plus ni le bruit des tempêtes de la mer, ni le frémissement de ses flots soulevés ; ce qui jettera dans les plus terribles angoisses les hommes qui survivront : " Les hommes sècheront de frayeur dans l’attente de ce qui doit arriver dans tout l’univers. " Quels seront ces nouveaux fléaux qui doivent fondre sur l’univers, c’est ce que nous apprend la suite des paroles du Sauveur : " Les vertus des cieux seront ébranlées. "
Théophylacte. Ou encore : Lorsque le monde du firmament sera bouleversé, les éléments terrestres devront ressentir les mêmes secousses : " Et sur la terre les nations seront dans l’abattement, " etc. Comme s’il voulait dire : Les mugissements de la mer seront si épouvantables, et ses rivages seront battus par de si violentes tempêtes, que les peuples seront dans l’angoisse, (c’est-à-dire dans une détresse universelle), jusqu’à sécher de frayeur dans l’attente des maux dont le monde entier sera menacé : " Les hommes sécheront de frayeur dans l’attente de ce qui doit arriver à tout l’univers. "
Saint Augustin. (Lettre 80, à Hésych.) Mais, direz-vous, nos calamités nous forcent de reconnaître que la fin des temps est venu, puisque les prédictions du Sauveur ont revu leur accomplissement, car n’est-il pas certain qu’il n’y a aucun peuple, aucune contrée qui ne soit actuellement dans l’angoisse et la tribulation ? Or, si ces calamités qui pèsent en ce moment sur le genre humain, sont des signes certains de la venue prochaine du Seigneur, pourquoi l’Apôtre nous dit-il au contraire : " Lorsque les hommes diront : Nous sommes dans la paix et la sécurité ? " (1 Th 5.) Avec un examen plus sérieux des prédictions du Sauveur, nous découvrirons qu’elles n’ont point encore reçu leur accomplissement ; mais qu’il faut le différer jusqu’au temps où la tribulation s’étendra à tout l’univers, c’est-à-dire à l’Église qui sera persécutée dans le monde entier, et non à ses persécuteurs qui diront : " Nous sommes dans la paix et la sécurité. " Or, nous voyons au contraire que les malheurs de notre temps, que nous regardons comme les grandes calamités qui doivent précéder la fin du monde, sont communs aux deux royaumes de Jésus-Christ et du démon. Les bons et les méchants en sont également victimes, et au milieu de ces épreuves déchirantes, les hommes continuent à se plonger partout dans les excès de la table et de la débauche. Est-ce là sécher de frayeur ? n’est-ce pas plutôt brûler des ardeurs de la volupté ?
Théophylacte. Ce ne sont pas seulement les hommes qui trembleront devant ces terribles épreuves auquel le mondé sera soumis, les anges eux-mêmes seront saisis d’étonnement à la vue des bouleversements épouvantables de l’univers : " Car les vertus des cieux seront ébranlées. " — Saint Grégoire le Grand. Quelles sont ces vertus des cieux, si ce n’est les anges, les dominations, les principautés et les puissances ? Ils apparaîtront visiblement à nos yeux à l’avènement du juge sévère de nos âmes, pour exiger rigoureusement de nous ce que notre Créateur invisible supporte maintenant avec tant de miséricorde. — Eusèbe. Ajoutons que le Fils de Dieu devant venir dans sa gloire pour confondre la superbe tyrannie du fils du péché (2 Th 2, 3), environné des anges du ciel qui lui serviront de ministres, les portes du ciel depuis si longtemps fermées s’ouvriront pour nous laisser contempler les splendeurs du ciel. — Saint Jean Chrysostome. (Lettre 2, à Olymp.) Ou bien encore, les vertus des cieux, quoiqu’elles n’aient la conscience d’aucune faute, seront ébranlées, c’est-à-dire qu’elles perdront leur assurance. — Saint Bède. C’est ce qui est écrit dans le livre de Job : " Les colonnes du ciel tremblent, et sont saisies d’effroi devant un seul signe de sa volonté, " or, si les colonnes tremblent, que feront les planches légères ? Que deviendra le roseau du désert, lorsque les cèdres du paradis sont ébranlés ? — Eusèbe. Ou encore : Les vertus des cieux, sont les esprits qui gouvernent les diverses parties du monde visible ; ils s’ébranleront alors pour s’élever à un état meilleur, car ils seront déchargés du ministère qu’ils remplissent par ordre de Dieu auprès des créatures visibles qui sont encore soumises à la corruption. — Saint Augustin. (À Hésych.) Cependant, afin qu’on ne puisse dire que Notre-Seigneur a donné comme signes extraordinaires de son second avènement des choses qui arrivaient fréquemment dans le monde avant son premier avènement, et pour ne point nous exposer à la risée de ceux qui ont lu dans l’histoire des peuples le récit de calamités plus nombreuses et plus grandes, je crois qu’il vaut mieux appliquer ces prédictions à l’Église. En effet, l’Église est le soleil, la lune et les étoiles ; et c’est d’elle qu’il est dit : " Vous êtes belle comme la lune, éclatante comme le soleil ; " (Ct 6) et elle cessera de briller sous les violences inouïes de ses persécuteurs. — Saint Ambroise. Par suite de l’apostasie d’un grand nombre, la clarté de la foi sera obscurcie par les nuages de l’infidélité, car le soleil de justice croît ou décroît pour moi, en raison de ma foi ; et de même que dans ses révolutions mensuelles, la lune perd sa clarté à mesure que la terre s’interpose entre elle et le soleil, de même la sainte Église ne peut plus emprunter aux rayons de Jésus-Christ, l’éclat de sa divine lumière, lorsque les vices de la chair viennent s’interposer entre elle et la lumière céleste. En effet, presque toujours dans les persécutions l’amour de cette vie devient un obstacle à la lumière de ce soleil divin. Les étoiles (c’est-à-dire les personnages célèbres) tombent des cieux, lorsque la violence de la persécution redouble. Tout cela doit s’accomplir, jusqu’à ce que le nombre des enfants de l’Église soit complet, car la persécution est la pierre de touche qui fait reconnaître les bons et les mauvais. — Saint Augustin. (À Hésych.) Notre-Seigneur ajoute : " Et sur la terre les nations seront dans l’abattement et la consternation ; " Les nations ne sont pas les nations qui seront bénies dans celui qui sortira d’Abraham (Gn 12, 3 ; 23, 18 ; et Mt 25, 32), mais les peuples qui au dernier jour seront placés à la gauche.
Saint Ambroise. L’agitation et les angoisses des esprits seront si grandes que la multitude des crimes dont le souvenir se réveillera par la crainte du jugement, desséchera pour nous la source de la rosée divine. Or, de même que l’avènement du Seigneur est ardemment attendu afin que sa présence se fasse sentir dans toute l’humanité comme dans tout l’univers, et que cette présence se manifeste à tous ceux qui reçoivent le Christ avec toutes les affections de leur cœur ; de même les vertus des cieux recevront à l’avènement du Sauveur, une augmentation de grâce et seront comme ébranlées par la plénitude de la divinité qui se communiquera de plus près à elles. Ces vertus des cieux peuvent encore être celles qui racontent la gloire de Dieu, et qui s’ébranlerait pour contempler le Christ, lorsqu’il épanchera sur elle une plus grande abondance de ses grâces. — Saint Augustin. (À Hésych.) Ou bien encore : Les vertus des cieux seront ébranlées, parce que la persécution des impies sera si violente qu’elle ébranlera les plus forts dans la foi.
" Alors ils verront le Fils de l’homme venant sur une nuée. " — Théophylacte. Aussi bien les infidèles que les fidèles, car il sera plus resplendissant que le soleil, lui et sa croix, de sorte que tous le connaîtront. — Saint Augustin. (comme précéd.) Ces paroles : " Il viendra sur une nuée, " peuvent s’entendre de deux manières : ou il viendra dans son Église comme dans une nuée lumineuse, ainsi qu’il ne cesse de venir dans le temps présent ; mais il viendra avec une grande puissance et une grande majesté, parce que sa puissance et sa majesté se manifesteront avec plus d’éclat aux yeux des saints pour leur donner la force qui doit les faire triompher de la violence de la persécution. Ou bien il viendra dans ce même corps avec lequel il est assis à la droite de son Père, et nous devons croire en effet, qu’il viendra non seulement dans le même corps, mais sur une nuée, parce qu’il reviendra des cieux comme il y est remonté ; or, ce fut une nuée qui le déroba aux yeux de ses disciples (Ac 1, 11). — Saint Jean Chrysostome. (Commentaire grec.) Nous voyons dans l’Écriture que Dieu apparaît toujours au milieu d’une nuée, selon ces paroles : " Les nuées sont autour de lui, et l’obscurité l’environne. " (Ps 17.) Le Fils de l’homme aussi viendra sur les nuées comme Dieu et Seigneur, non plus en cachant sa divinité, mais au milieu d’une gloire digne de Dieu, c’est pourquoi il ajoute : " Avec une grande puissance et majesté. " — Saint Cyrille d’Alexandrie. Il faut sous-entendre : Avec une grande majesté. Dans son premier avènement, il a voulu paraître revêtu de notre infirmité et de notre bassesse, mais lorsqu’il reviendra, pour la seconde fois, ce sera avec la puissance qui lui est propre. — Saint Grégoire le Grand. Ceux qui n’ont pas voulu l’écouter dans son état d’humiliation, le verront alors dans sa puissance et dans sa gloire, et ils ressentiront d’autant plus les effets de sa colère que leurs cœurs auront résisté davantage aux avarices de sa miséricorde.