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Lc 2, 29-32
29 « Maintenant, ô Maître,
tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix,
selon ta parole.
30 Car mes yeux ont vu ton salut,
31 que tu as préparé à la face de tous les peuples :
32 lumière pour éclairer les nations païennes,
et gloire d'Israël ton peuple. »
Origène. (hom. 15.) S’il suffit à une femme malade de toucher simplement le bord du vêtement de Jésus pour être guérie, que devons-nous penser de Siméon, qui tint ce divin enfant dans ses bras ? Quelle dut être sa joie de porter dans ses bras celui qui était venu pour briser les chaînes des captifs, et qui seul, il le savait, pouvait le tirer de la prison de son corps avec l’espérance de la vie future ? " Et il bénit Dieu en disant : C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur. " — Théophylacte. En disant : Seigneur, il reconnaît qu’il est le maître de la mort et de la vie, et il proclame la divinité de l’enfant qu’il reçoit dans ses bras. — Origène. Il semble dire : Tant que je ne tenais pas le Christ dans mes bras, j’étais captif et je ne pouvais briser mes liens. — Saint Basile. (hom. sur l’act. de gr.) Si vous examinez les paroles des justes, vous trouverez que tous gémissent sur les misères de ce monde, et sur la triste prolongation de cette vie : " Malheur à moi, dit David, parce que mon exil s’est prolongé. " (Ps 119.) — Saint Ambroise. Considérez ce juste qui désire voir tomber les murs épais de la prison de son corps pour commencer à être avec Jésus-Christ. Mais que celui qui veut sincèrement sa délivrance, vienne dans le temple, qu’il se rende à Jérusalem, qu’il attende la venue du Christ du Seigneur, qu’il reçoive dans ses mains le Verbe de Dieu, et qu’il le tienne embrassé pour ainsi dire dans les bras de sa foi ; alors les liens se briseront, et il ne verra point la mort, parce qu’il aura vu de ses yeux celui qui est la vie.
Commentaire grec. Siméon bénit Dieu de ce que surtout les promesses qui lui avaient été faites, avaient reçu leur plein accomplissement, car il mérita de voir de ses yeux et de porter dans ses bras celui qui était la consolation d’Israël, c’est pour cela qu’il dit : " Selon votre parole, " c’est-à-dire, lorsque j’aurai vu l’accomplissement de ce qui m’a été promis. Mais maintenant que j’ai contemplé la présence visible de celui qui était l’objet de mes désirs, vous pouvez délivrer votre serviteur qui ne sera ni effrayé des approches de la mort, ni troublé par aucune pensée de défiance ou d’incertitude ; aussi ajoute-t-il : " En paix. " — Saint Grégoire de Nysse. Dès que Jésus-Christ a détruit le péché qui nous rendait les ennemis de Dieu et qu’il nous a réconciliés avec son Père, les saints quittent cette vie dans une profonde paix. — Origène. Quel est celui, en effet, qui sort de ce monde en paix, si ce n’est celui qui a compris que Dieu était en Jésus-Christ, se réconciliant le monde (2 Co 5), qui n’a rien en lui de contraire à Dieu, mais qui, par ses bonnes œuvres, a établi dans son âme une paix parfaite ? — Commentaire grec. Il lui avait été promis qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur, et il montre l’accomplissement de cette promesse dans les paroles suivantes : " Parce que mes yeux ont vu le Sauveur que vous nous donnez. " — Saint Grégoire de Nysse. Bienheureux les yeux et de votre âme et de votre corps, ceux-ci, parce qu’ils ont joui de la présence visible de Dieu ; ceux-là, parce que sans s’arrêter à ce spectacle visible, ils ont été éclairés des splendeurs de l’Esprit et ont reconnu le Verbe de Dieu dans une chair mortelle, car ce Sauveur que vos yeux ont vu, c’est Jésus lui-même, dont le nom seul annonce le salut à la terre. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Or l’avènement du Christ était ce mystère qui a été révélé dans les derniers temps, mais qui avait été préparé dès l’origine du monde, c’est pour cela que Siméon ajoute : Que vous avez préparé devant la face de tous les peuples, " etc. — Saint Athanase. Il veut parler ici du salut que Jésus-Christ est venu apporter à l’univers entier. Comment donc est-il dit plus haut que Siméon attendait la consolation d’Israël ? C’est que l’Esprit saint lui avait fait connaître, que le peuple d’Israël recevrait sa consolation, lorsque le salut serait révélé à tous les peuples de la terre. — Commentaire grec. Considérez la pénétration de ce saint et auguste vieillard : avant qu’il fût honoré de cette bienheureuse vision, il attendait la consolation d’Israël, mais aussitôt qu’il a contemplé l’objet de ses espérances, il s’écrie qu’il a vu le salut de tous les peuples, car les splendeurs qui environnent ce divin enfant l’inondent d’une si vive lumière, que les événements qui doivent arriver dans la suite des temps lui sont pleinement révélés. — Théophylacte. C’est d’une manière significative que Siméon dit : " Devant la face de tous les peuples, " car l’incarnation du Sauveur devait apparaître à tous les hommes. Il ajoute que ce salut sera la lumière des nations et la gloire d’Israël : " Pour être la lumière qui éclairera les nations. " — Saint Athanase. En effet, avant l’avènement de Jésus-Christ, les nations étaient plongées dans les plus profondes ténèbres, privées qu’elles étaient de la connaissance du vrai Dieu. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Mais Jésus-Christ, par son incarnation, est devenu la lumière de ceux qui étaient ensevelis dans les ténèbres de l’ignorance et de l’erreur, et sur lesquels la main du démon s’était appesantie ; et ils ont été appelés par Dieu le Père à la connaissance de son Fils, qui est la vraie lumière. — Saint Athanase. Le peuple d’Israël était éclairé, quoique faiblement, par la loi, aussi le vieillard Siméon ne dit pas que le Sauveur est venu leur apporter la lumière, mais il ajoute : " Pour être la gloire d’Israël, votre peuple. " Il rappelle le souvenir de l’histoire des anciens temps, alors que Moise sortait de ses entretiens avec Dieu, la figure toute rayonnante de gloire ; ainsi après avoir eux-mêmes contemplé la divine lumière que répand l’humanité du Verbe, ils devaient rejeter le voile ancien pour être transformés en la même image de clarté en clarté, et de gloire en gloire. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Car bien qu’un certain nombre d’entre eux se soient montrés rebelles, cependant ceux que Dieu s’est réservés ont été sauvés, et sont parvenus à la gloire par Jésus-Christ notre Seigneur. Les saints Apôtres qui ont éclairé tout l’univers de la lumière de leur céleste doctrine, ont été les prémices de ce peuple. Jésus-Christ lui-même a été personnellement la gloire du peuple d’Israël, parce qu’il a daigné sortir de ce peuple selon la chair, lui qui comme Dieu est le maître de tous les hommes et béni dans tous les siècles. — Saint Grégoire de Nysse. Siméon dit avec dessein : " De votre peuple, " parce que non seulement il en a été adoré, mais il a voulu naître de ce peuple selon la chair. — Saint Bède. Il dit qu’il sera la lumière des nations, avant d’ajouter : " Et la gloire d’Israël, " parce que tout Israël ne sera sauvé que lorsque la multitude des nations sera entrée dans l’Église (Rm 11).

Lc 2, 33-35
33 Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qu'on disait de lui.
34 Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division.
35 - Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. - Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre. »
Commentaire grec. Chaque fois que la connaissance des choses surnaturelles revient à la mémoire, chaque fois aussi elles produisent dans l’âme un nouveau sentiment d’admiration et d’étonnement : " Et le père et la mère de Jésus étaient dans l’admiration des choses que l’on disait de lui. " — Origène. (hom. 19.) Des choses qui avaient été annoncées par l’ange et publiées par la multitude de l’armée céleste, aussi bien que par les bergers et par Siméon lui-même. — Saint Bède. Joseph est appelé le père du Sauveur, non qu’il soit véritablement son père (comme les photiniens l’ont osé blasphémer), mais parce que Dieu voulait qu’il passât aux yeux de tous pour son père, afin de sauvegarder la réputation de Marie. — Saint Augustin. Il peut être appelé d’ailleurs le père de Jésus dans le même sens qu’il est appelé l’époux de Marie, sans avoir avec elle aucun rapport charnel, et par le seul fait de l’union conjugale ; et à ce titre il est son père d’une manière plus étroite que s’il l’avait adopté pour son enfant. Car pourquoi refuser à Joseph le nom de père de Jésus-Christ, parce qu’il ne l’avait ras. engendré, alors qu’il pourrait être appelé très-bien le père d’un enfant qu’il aurait adopté, sans même que son épouse en fût la mère ? — Origène. Si l’on désire une raison plus élevée, voici ce que l’on peut répondre : La suite de la généalogie descend de David à Joseph ; or, on ne verrait pas trop pourquoi le nom de Joseph s’y trouve, puisqu’il n’est pas le père du Sauveur ; il est donc appelé le père du Seigneur, pour ne point déranger l’ordre de la généalogie.
Commentaire grec. Après avoir offert à Dieu un juste tribut de louanges, Siméon bénit à leur tour ceux qui ont apporté l’enfant au temple : " Et Siméon les bénit. " Cette bénédiction s’adresse à tous les deux, mais il réserve pour la mère de Jésus la prédiction des secrets divins. La bénédiction commune à Joseph et à Marie, respecte les droits que lui donne son titre de père ; mais la prédiction que Siméon fait à Marie sente proclame hautement qu’elle est la véritable mère de Jésus : " Et il dit à Marie, sa mère, " etc. — Saint Ambroise. La grâce de Dieu se répand sur tous avec abondance par la naissance du Sauveur, et si le don de prophétie est refusé aux incrédules, il est accordé aux justes ; Siméon prophétise que Jésus est venu pour la ruine et la résurrection de plusieurs. — Origène. (hom. 17.) D’après l’explication la plus simple, on peut dire que Jésus-Christ est venu pour la ruine des infidèles et pour le salut de ceux qui croient. — Saint Jean Chrysostome. (ch. des Pèr. gr.) La lumière, bien qu’elle fatigue et trouble les yeux débiles, mie laisse pas d’être toujours la lumière ; ainsi le Sauveur ne cesse point d’être Sauveur, quoiqu’un grand nombre d’hommes se perdent. Leur ruine, en effet, n’est point son œuvre, elle est l’œuvre de leur folie. Aussi sa puissance éclate à la fois dans le salut des bons, et dans la ruine des méchants ; car plus le soleil est brillant, plus il éblouit et trouble les yeux affaiblis.
Saint Grégoire de Nysse. (Commentaire grec.Considérez attentivement avec quel heureux choix d’expressions il fait ressortir cette distinction ; la révélation du salut doit se faire devant tout le peuple, mais la ruine et le salut ne sont le partage que d’un grand nombre. Dieu, en effet, se propose le salut de tous les hommes, et leur élévation à une gloire toute divine, mais le salut et la perte dépendent de la volonté d’un grand nombre, de ceux qui embrassent la foi, et de ceux qui la rejettent. Or, il n’y a rien d’absurde à croire que ceux qui sont abattus, et que les incrédules soient relevés. — Origène. Un interprète trop subtil objectera peut-être que nul ne peut tomber s’il n’était préalablement debout ; qu’il me dise donc quel est celui que le Sauveur a trouvé debout, et pour la ruine duquel il serait venu. — Saint Grégoire de Nysse. Le saint vieillard Siméon veut donc ici parler d’une ruine entière et profonde, c’est-à-dire que le châtiment des coupables ne devait pas être, après l’accomplissement du mystère de l’incarnation et la prédication de l’Évangile, le même qu’il était avant la venue du Sauveur. Et il a surtout en vue les enfants d’Israël qui devaient perdre tous les biens dont ils jouissaient, et encourir des châtiments plus terribles que toutes les autres nations, parce qu’ils ont refusé de recevoir celui que leurs prophètes avaient annoncé, celui qui a été adoré parmi eux, celui qui est né du milieu d’eux. Ils sont donc particulièrement menacés de ruine, non seulement parce qu’ils n’ont rien à espérer pour le salut de leurs âmes, mais parce qu’ils verront l’entière destruction de leur ville et de ses habitants. Au contraire, la résurrection est promise à tous ceux qui croient, tant à ceux qui sont comme abattus sous le joug de la loi et qui seront relevés de cette servitude, qu’à ceux qui sont ensevelis avec Jésus-Christ, et qui ressusciteront avec lui. — Idem. (serm. sur la renc. du Seig.) De l’admirable concordance de ces paroles avec les oracles prophétiques, apprenez que c’est un seul et même Dieu, un seul et même législateur qui a parlé dans les prophètes et dans le Nouveau Testament. En effet, les prophètes ont annoncé que le Christ serait une pierre de chute, une pierre de scandale (Ps 117, 22 ; Mt 21, 42 ; Is 8, 14 ; Rm 9, 33), afin que ceux qui croient en lui ne soient pas confondus. Il est donc une cause de ruine pour ceux qui sont scandalisés de l’humilité de sa chair, et un principe de résurrection pour ceux qui ont reconnu la certitude de l’accomplissement des conseils divins.
Origène. Il y a encore ici une leçon plus élevée à l’adresse de ceux qui se récrient contre le Dieu créateur en disant : " Voyez quel est ce Dieu de la loi et des prophètes : C’est moi, dit-il, qui fais mourir, et c’est moi qui rend la vie. " (Dt 32.) Or, si à cause de ces paroles vous le traitez de juge cruel et de créateur barbare, il est on ne peut plus évident que Jésus est son fils ; car l’Écriture ne s’explique pas autrement à son égard, en disant qu’il est venu pour la fume et la résurrection de plusieurs. — Saint Ambroise. C’est-à-dire qu’il est venu pour apprécier et juger les mérites des justes et des pécheurs, et nous décerner, en juge équitable et intègre, des châtiments ou des récompenses, selon la nature de nos œuvres. — Origène. (hom. 17.) Il n’est peut-être pas inutile de remarquer que le Sauveur n’est pas venu à l’égard de tous pour la ruine et pour la résurrection, entendues dans le même sens. En effet, comme je me tenais debout dans le péché, il a été d’abord dans mon intérêt de tomber, et de mourir au péché ; et les prophètes eux-mêmes, quand une vision auguste se révélait à leurs yeux, tombaient la face contre terre, afin de se purifier davantage de leurs péchés par cette chute volontaire. Le Sauveur vous accorde d’abord la même grâce. Vous étiez pécheur ; que le pécheur qui est en vous, tombe et meure, pour que vous puissiez ressusciter et dire : " Si nous mourons avec lui, nous vivrons aussi avec lui. " (2 Tim 2.) — Saint Jean Chrysostome. Or, la résurrection, c’est une vie toute nouvelle ; lorsqu’un impudique devient chaste, un avare miséricordieux, un homme violent, plein de douceur, c’est une véritable résurrection, où nous voyons le péché frappé de mort, et la justice ressuscitée.
" Et en signe que l’on contredira. " — Saint Basile. La croix est appelée par l’Écriture, dans un sens véritable, un signe de contradiction ; car il est dit que Moïse fit un serpent d’airain, et l’éleva pour être un signe. (Nb 21.) — Saint Grégoire de Nysse. (Commentaire grec.L’ignominie se trouve ici mêlée à la gloire. Ce signe nous offre, à nous chrétiens, ce double caractère de contradiction, lorsque les uns n’y voient qu’un objet de dérision et d’horreur ; de gloire, lorsqu’il est pour les autres un signe auguste et vénérable. Peut-être aussi est-ce Jésus-Christ lui-même qui est ce signe, lui qui est supérieur à toute la nature, et l’auteur de tous les signes miraculeux. — Saint Basile. En effet, un signe est comme un indice qui nous fait connaître une chose mystérieuse et cachée ; les plus simples voient le signe extérieur, mais il n’est compris que de ceux qui ont l’intelligence exercée. — Origène. (hom. 17.) Or, tout ce que l’histoire évangélique nous raconte de Jésus-Christ est contredit, non pas, sans doute, par nous qui croyons en lui, et qui savons que tout ce qui est écrit de lui est la vérité, mais par les incrédules, pour lesquels tout ce que l’Écriture nous rapporte du Sauveur est un signe et un objet de contradiction.
Saint Grégoire de Nysse. Cette prédiction concerne le Fils, mais elle s’adresse aussi à sa mère qui partage tous ses dangers comme toutes ses gloires, et le vieillard Siméon ne lui prédit pas seulement des joies, mais des afflictions et des douleurs : " Et votre âme sera percée d’un glaive. " — Saint Bède. Nous ne voyons dans aucune histoire que Marie ait fini ses jours par le glaive, d’ailleurs ce n’est pas l’âme, mais le corps qui est accessible aux coups mortels du glaive. Il nous faut donc entendre ici ce glaive dont le Psalmiste a dit : " Ils ont un glaive sur leurs lèvres (Ps 58), et c’est ce glaive, c’est-à-dire la douleur que Marie éprouva de la passion du Sauveur, qui transperça son âme. Car bien qu’elle sût que Jésus-Christ, comme Fils de Dieu, mourait, parce qu’il le voulait, et qu’elle ne doutât nullement qu’il triompherait de la mort, cependant elle ne put voir crucifier le propre fils de ses entrailles sans un vif sentiment de douleur. — Saint Ambroise. Ou bien peut-être Siméon veut-il nous apprendre par ces paroles, que Marie n’ignorait point le secret des célestes mystères ; car le Verbe de Dieu est vivant et efficace, et plus pénétrant que le glaive le plus aigu et le plus tranchant (Hb 4.) — Saint Augustin. (Quest. sur l’Anc. et le Nouv. Test., chap. 73). Ou bien enfin, peut-être veut-il signifier que Marie elle-même, par laquelle s’est accompli le mystère de l’incarnation, a eu à la mort du Seigneur, et sous l’impression de la douleur comme un moment de doute et d’hésitation, en voyant le Fils de Dieu réduit à ce degré d’humiliation qui le faisait mourir sur une croix. Et de même qu’un glaive qui ne fait qu’effleurer un homme, lui donne un vif sentiment de crainte, mais sans le blesser ; ainsi le doute lui inspira un vif sentiment de tristesse, mais sans donner la mort, parce qu’il ne s’arrêta pas dans son âme, mais la traversa seulement comme une ombre.
Saint Grégoire de Nysse. La mère de Jésus n’est point la seule dont le vieillard Siméon nous prédit les sentiments au temps de la passion du Sauveur ; il ajoute : " Afin que les pensées cachées dans le cœur de plusieurs soient découvertes. " Cette manière de parler indique tout simplement le fait qui doit arriver, et nullement la cause qui le produit. En effet, à la suite de tous ces événements, le voile qui couvrait les intentions d’un grand nombre, fut découvert ; les uns reconnaissaient un Dieu dans celui qui mourait sur la croix, les autres, malgré cet affreux supplice, ne cessaient de l’accabler d’injures et d’outrages. Ou bien ces paroles signifient qu’au temps de la passion, on vit à découvert les pensées d’un grand nombre de cœurs, à qui la résurrection inspira ensuite de meilleurs sentiments ; car le doute de quelques instants fit bientôt place à une certitude inébranlable. Peut-être encore le mot révélation a ici le sens d’illumination, comme dans beaucoup d’autres endroits de l’Écriture. — Saint Bède. Jusqu’à la fin du monde, l’âme de l’Église est toujours traversée par le glaive de la plus amère tribulation, lorsqu’elle voit, en gémissant, que le signe de la foi est en butte aux contradictions des méchants, lorsqu’à la prédication de la parole de Dieu, elle en voit un grand nombre ressusciter à la vie avec Jésus-Christ, mais un grand nombre aussi tomber des hauteurs de la foi dans l’abîme de l’incrédulité ; lorsque, pénétrant les pensées cachées dans le cœur d’une multitude de chrétiens, elle s’aperçoit que là où elle avait semé la bonne semence de l’Évangile, l’ivraie des vices l’emporte sur cette bonne semence, et quelque fois l’étouffe et la remplace entièrement. — Origène. (hom. 17.) Il y avait dans les hommes bien des pensées mauvaises qui ont été révélées, pour être détruites par celui qui a voulu mourir pour nous ; car tant qu’elles demeuraient cachées, il était impossible de les détruire entièrement. Si donc nous avons péché, nous devons dire avec le Roi-prophète : " Je n’ai point caché mon iniquité " (Ps 31, 3 ; cf. Job 31, 33) ; car si nous découvrons nos péchés, non seulement à Dieu, mais à ceux qui ont le pouvoir de guérir les blessures de notre âme, nos péchés seront complètement effacés.

Lc 2, 36-38
36 Il y avait là une femme qui était prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser.
37 Demeurée veuve après sept ans de mariage, elle avait atteint l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s'éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
38 S'approchant d'eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
Saint Ambroise. Siméon avait prophétisé, une femme mariée avait prophétisé, une vierge avait prophétisé ; il fallait qu’une veuve aussi eût part à ce don de prophétie, pour que chaque condition, comme chaque sexe fût représenté dans cette circonstance : " Il y avait aussi une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, " etc. — Théophylacte. L’Évangéliste entre dans tous les détails qui peuvent nous faire connaître cette sainte prophétesse, il nous dit quel était son père, sa tribu, et semble produire de nombreux témoins qui connaissaient son père et sa tribu. — Saint Grégoire de Nysse. (serm. sur la renc. du Seig.) Ou bien peut-être alors, d’autres personnes portaient le même nom. Il fallait donc, pour la désigner plus clairement, dire quel était son père, sa famille et sa condition.
Saint Ambroise. Anne, par le mérite d’une longue viduité et par ses vertus, se présente avec tous les titres qui la rendent digne d’annoncer le Rédempteur de tous les hommes : " Elle était avancée en âge, elle n’avait vécu que sept ans avec son mari, " etc. — Origène. (hom. 17.) Ce n’est point fortuitement et sans mérite de sa part que l’Esprit saint avait fixé en elle sa demeure. La première et la plus excellente grâce, c’est la grâce de la virginité ; mais si une femme n’a pu y atteindre, et qu’elle vienne à perdre son mari, qu’elle reste veuve, et qu’elle soit dans cette disposition, non seulement après la mort de son mari, mais lorsqu’il vit encore ; ainsi, en supposant même qu’elle ne devienne pas veuve, Dieu couronnera sa bonne volonté et sa généreuse résolution. Voici donc le langage qu’elle doit tenir : Je fais vœu, je promets, si ce malheur m’arrive (ce que je suis loin de désirer), de ne plus songer qu’à rester veuve et chaste toute ma vie. C’est donc à juste titre que cette sainte femme mérita de recevoir l’esprit de prophétie, parce que tant d’années passées dans la pratique de la chasteté, dans les jeûnes et dans les prières, l’avaient élevé à ce haut degré de sainteté : " Elle ne quittait point le temple, servant Dieu, " etc. — Saint Grégoire de Nysse. Nous voyons par cette énumération qu’elle possédait toutes les autres vertus. Et voyez quelle conformité de vertus avec Saint Siméon. Ils étaient ensemble dans le temple, ils furent tous deux, au même moment, jugés dignes du don de prophétie : " Et, survenant à cette même heure, elle louait le Seigneur, " c’est-à-dire qu’elle lui rendait grâce en voyant le salut du monde au milieu du peuple d’Israël, et elle proclamait que Jésus était à la fois Rédempteur et le Sauveur de tous les hommes : " Et elle parlait de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël. " Mais comme la prophétesse Anne parle peu du Christ, et en termes peu précis, l’Évangéliste n’a pas cru devoir rapporter ses propres expressions. Peut-être pourrait-on dire que Siméon a parlé le premier, parce qu’il représentait la loi (car son nom veut dire obéissance), tandis qu’Anne (suivant l’interprétation de son nom), représentait la grâce. Le Christ se trouvait entre les deux, il laisse donc mourir avec la loi le vieillard Siméon, tandis qu’il prolonge la vie de cette sainte veuve qui représente la vie de la grâce.
Saint Bède. Dans le sens allégorique, Anne est la figure de l’Église qui, dans la vie présente, est comme veuve par la mort de son époux. Le nombre des années de sa viduité représente la durée du pèlerinage de l’Église loin du Seigneur. En effet, sept fois douze font quatre-vingt-quatre. Or, le nombre sept exprime la suite des siècles (qui sont compris dans l’espace de sept jours), et le nombre douze se rapporte à la perfection de la doctrine apostolique. On peut donc dire, soit de l’Église universelle, soit de toute âme fidèle qui, dans tout le cours de sa vie, demeure fidèle à la doctrine des Apôtres, qu’elle a servi le Seigneur pendant quatre-vingt-quatre ans. Les sept ans qu’elle avait passés avec son mari rentrent aussi dans cette interprétation ; car c’est par suite d’un privilège particulier à la majesté du Seigneur, de sa vie mortelle, que le nombre de sept années a été choisi pour exprimer la perfection. La prophétesse Anne est également favorable à ces significations mystérieuses, qui ont l’Église pour objet ; car Anne veut dire sa grâce, elle est fille de Phanuel, qui signifie face de Dieu, elle est de la tribu d’Aser, qui veut dire bienheureux.
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