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Lc 3, 10-14
10 Les foules lui demandaient : « Que devons-nous faire ? »
11 Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même ! »
12 Des publicains (collecteurs d'impôts) vinrent aussi se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? »
13 Il leur répondit : « N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
14 À leur tour, des soldats lui demandaient : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde. »
Saint Grégoire le Grand. (hom. 20.) Ces paroles de Jean-Baptiste prouvent qu’il avait fait naître un trouble salutaire dans l’âme de ses auditeurs, puisqu’ils viennent lui demander ce qu’ils doivent faire : " Et la foule l’interrogeait, " etc. — Origène. (hom. 23.) Trois sortes d’hommes viennent demander à Jean ce qu’ils doivent faire pour être sauvés ; les uns que l’Écriture appelle le peuple ou la foule, les autres qui sont les publicains, et les troisièmes qu’elle comprend sous le nom de soldats. — Théophylacte. Or, il recommande aux publicains et aux soldats de s’abstenir de tout mal, mais quant au peuple, qu’il regarde comme moins enclin au mal, il prescrit la pratique des bonnes œuvres : " Il leur répondit : Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n’en a point, " etc. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 20.) La tunique est d’un usage plus nécessaire que le manteau ; aussi un des fruits principaux de la pénitence est de nous faire partager avec le prochain non seulement les choses extérieures plus ou moins utiles, mais celles qui nous sont le plus nécessaires, comme la tunique dont nous sommes vêtus, les aliments qui soutiennent notre existence : " Et que celui qui a de quoi manger fasse de même. " — Saint Basile. (Commentaire grec.Nous apprenons de là l’obligation où nous sommes de donner pour Dieu tout notre superflu à ceux qui sont dans l’indigence, parce que c’est Dieu qui nous a donné tout ce que nous possédons.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 20.) Il est écrit dans la loi : " Vous aimerez votre prochain comme vous-même. " Donc on n’aime pas son prochain, quand on ne partage pas même son nécessaire avec celui qui se trouve dans l’extrême besoin. Il est commandé de partager avec le prochain une des deux tuniques que l’on possède, car si on n’en avait qu’une à partager, elle ne pourrait servir de vêtement à aucun des deux. Nous pouvons juger par toutes ces recommandations, de quel prix sont les œuvres de miséricorde, puisqu’elles tiennent le premier rang parmi les dignes fruits de pénitence. — Saint Ambroise. Chaque condition a ses devoirs particuliers, la pratique de la miséricorde est un devoir commun à tous les hommes, et c’est pour tous les hommes une obligation rigoureuse de donner à celui qui est dans l’indigence. La miséricorde comprend pour ainsi dire toutes les vertus ; cependant la pratique de la miséricorde a ses règles, et doit se mesurer sur les moyens et les ressources de chacun, elle n’oblige pas à se dépouiller entièrement de ce qu’on possède, mais à le partager avec celui qui n’a rien.
Origène. (hom. 23.) Ce passage renferme un sens plus profond : en effet, de même que nous ne pouvons servir deux maîtres, de même nous ne devons pas avoir deux tuniques, dont l’une serait le vêtement du vieil homme, et l’autre le vêtement de l’homme nouveau. Nous devons au contraire dépouiller le vieil homme et revêtir celui qui est nu, car l’un a Dieu dans son cœur, et l’autre en est privé. Il est écrit que nous devons précipiter nos péchés au fond de la mer ; nous devons également repousser loin de nous nos fautes et nos vices, et les rejeter pour ainsi dire sur celui qui en a été pour nous la cause. — Théophylacte. Il en est qui voient dans ces deux tuniques l’esprit et la lettre de l’Écriture. Jean recommande à celui qui possède l’un et l’autre, d’instruire les ignorants et de leur enseigner an moins la lettre de la sainte Écriture.
Saint Bède. La puissance de la parole de Jean-Baptiste était si grande, qu’elle forçait les publicains et les soldats eux-mêmes à venir lui demander ce qu’ils devaient faire pour être sauvés : " Des publicains vinrent aussi, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24 ou 25.) Qu’elle est grande la puissance de la vertu, puisqu’elle amène les riches du monde à venir demander à celui qui n’a rien le chemin du vrai bonheur ? — Saint Bède. Le saint Précurseur leur recommande de n’exiger rien au delà de ce qui leur est prescrit : " Il leur dit : N’exigez rien de plus de ce qui vous a été prescrit. " On appelait publicains ceux qui levaient les impôts, qui avaient la charge de collecteurs des contributions ou des revenus publies, et on donnait ce nom par extension à ceux qui cherchaient à augmenter leurs richesses par le négoce et les affaires. Jean-Baptiste leur fait à tous un précepte de s’abstenir de toute fraude, et en réprimant ainsi tout désir de s’emparer du bien d’autrui, il les amène à partager leurs propres biens avec le prochain : " Et des soldats vinrent aussi l’interroger, " etc. Il leur donne cette règle de juste et sage modération, de ne dépouiller jamais injustement ceux qu’ils doivent défendre et protéger par état : " Et il leur dit : Abstenez-vous de toute concussion (ou de toute violence), ne commettez aucune injustice (par des voies frauduleuses), et contentez-vous de votre paie. — Saint Ambroise. Il enseigne par là que la milice reçoit une paie légalement établie, de peur qu’en laissant aux soldats de pourvoir à leur subsistance, on n’ouvre ainsi la porte au pillage. — Saint Grégoire de Nazianze(Disc. 9 contr. Jul.) Il donne ici le nom de paie à la solde impériale et au traitement assigné par la loi à ceux qui étaient en place. — Saint Augustin. (contr. Faust., liv. 22, ch. 7.) Jean-Baptiste savait que les soldats, lorsqu’ils font la guerre, ne sont pas des homicides, mais les exécuteurs de la loi, qu’ils ne sont point les vengeurs des injures particulières, mais les défenseurs du salut public. Autrement il leur eût répondu : Dépouillez-vous de vos armes, et quittez le service militaire, ne frappez, ne blessez, ne tuez personne. Qu’y a-t-il en effet de coupable dans la guerre ? Est-ce de donner la mort aux uns pour laisser les autres régner en paix après la victoire ? Condamner la guerre à ce point de vue n’est point un acte de religion, mais de lâcheté. Ce qui est justement condamné dans les guerres, c’est le désir de nuire, c’est la cruauté dans la vengeance, c’est d’avoir une âme impitoyable, implacable, c’est la férocité dans le combat, c’est la fureur de dominer et autres excès semblables. Or c’est pour punir ces excès ou les violences de ceux qui se révoltent, soit contre Dieu, soit contre le commandement d’une autorité légitime, que les bons eux-mêmes font la guerre, lorsqu’ils se trouvent dans des circonstances telles que l’ordre et la justice leur font un devoir ou de commander de prendre les armes, ou d’obéir à ce commandement.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 25 sur S. Matth.) En traçant ces règles si simples de conduite aux publicains et aux soldats, Jean-Baptiste voulait les élever à une perfection plus grande, mais comme ils n’en étaient pas encore capables, il leur donne des préceptes plus faciles, car s’il leur avait proposé tout d’abord les obligations d’une vie plus parfaite, ils n’y auraient donné aucune attention, et seraient demeurés privés de la connaissance des devoirs plus ordinaires et plus faciles.

Lc 3, 15-17
15 Or, le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n'était pas le Messie.
16 Jean s'adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l'eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu.
17 Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. »
Origène. (hom. 23.) Il était juste que Jean fût environné de plus d’honneurs que les autres hommes, lui dont la vie était plus parfaite que celle de tous les autres mortels. Aussi les Juifs avaient-ils pour lui une bien légitime prédilection, mais qui cependant était par trop exagérée : " Or, comme tout le peuple flottait dans ses pensées, et que tous se demandaient dans leurs cœurs s’il ne serait pas le Christ. " — Saint Ambroise. Quoi de plus insensé que de refuser de croire, lorsqu’il vint lui-même en personne, celui qu’ils voulaient reconnaître dans la personne d’un autre ? Ils pensaient que le Messie devait naître d’une femme, et ils ne veulent pas croire qu’il ait pu naître d’une Vierge, et cependant le signe que Dieu avait donné de l’avènement du Sauveur, c’était l’enfantement d’une Vierge et non celui d’une femme.
Origène. (hom. 25.) L’affection a ses périls, si elle franchit les justes bornes. Quand on aime quelqu’un, on doit considérer attentivement la nature et les motifs de son affection, et la proportionner au mérite de celui qu’on aime, car si l’on dépasse la mesure et les limites de la charité, celui qui aime comme celui qui est aimé se rendent coupables. — Commentaire grec. Aussi Jean ne pensa pas à se glorifier de l’opinion que tous avaient de lui, et ne parut jamais désirer d’être le premier ; loin de là, il fit toujours profession de l’humilité la plus profonde : " Mais Jean répondit, " etc. — Saint Bède. Comment put-il répondre à ceux qui pensaient dans leurs cœurs qu’il pouvait être le Christ ? C’est que non seulement telle était leur pensée, mais qu’ils lui avaient député des prêtres et des lévites pour lui demander s’il était le Christ, comme le raconte un autre Évangéliste.
Saint Ambroise. Ou bien, c’est que Jean lisait dans le secret des cœurs, mais considérez de qui lui venait cette prérogative, car la grâce de Dieu seule peut révéler ce qu’il y a de plus caché dans le fond des cœurs, et non la puissance de l’homme qui reçoit bien plus de lumières du secours d’en haut, que de ses facultés naturelles. Or, il répondit aussitôt et sans hésiter qu’il n’était pas le Christ, lui qui n’exerçait qu’un ministère extérieur et visible. L’homme, en effet, est un composé de deux natures, c’est-à-dire, de l’âme et du corps ; la partie visible est consacrée par une action visible, la partie invisible reçoit une consécration intérieure et invisible. Ainsi l’eau lave le corps et le purifie, mais l’Esprit purifie l’âme de ses fautes, quoique l’eau elle-même soit comme pénétrée du souffle de la grâce divine. Le baptême de la pénitence est donc différent du baptême de la grâce, celui-ci opère par ces deux choses réunies, l’eau et l’Esprit ; celui-là par l’eau seulement : l’œuvre de l’homme c’est de faire pénitence de ses fautes, c’est la part exclusive de Dieu de réaliser la grâce du mystère. Aussi Jean-Baptiste repoussant tout désir ambitieux de grandeur, déclare, non par ses paroles, mais par ses œuvres, qu’il n’est pas le Christ, c’est pour cela qu’il ajoute : " Un autre va venir plus puissant que moi, " etc. En disant : " Plus puissant que moi, " il n’établit point une comparaison, car aucune comparaison n’est possible entre le Fils de Dieu et un homme, mais il veut simplement dire que s’il y en a beaucoup parmi les anges et les hommes qui aient de la puissance, le Christ seul est plus puissant qu’eux tous. Enfin, il est si loin de vouloir faire une comparaison, qu’il ajoute : " Dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de la chaussure. " — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 2, 12.) Saint Matthieu dit au contraire : " Dont je ne suis pas digne de porter la chaussure. " S’il y a quelque intérêt à donner un sens différent à ces deux locutions : " Porter la chaussure, " ou : Dénouer les cordons de la chaussure, " de manière qu’un Évangéliste ait rapporté la première de ces deux locutions, et l’autre la seconde, il faut admettre que tous deux ont dit la vérité. Si au contraire, en parlant de la chaussure du Seigneur, Jean-Baptiste ne s’est proposé que de faire ressortir la supériorité du Christ et son humble dépendance, ces deux locutions figurées, rapportées l’une par saint Matthieu et l’autre par saint Luc, expriment la même vérité, et ont pour but de faire ressortir la profonde humilité du saint Précurseur.
Saint Ambroise. Ces paroles : " Je ne suis pas digne de porter sa chaussure, " signifient encore que le ministère et la grâce de la prédication ont été confiés aux Apôtres qui ont aux pieds la chaussure de l’Évangile (Ep 6, 15). Cependant on peut dire que Jean-Baptiste s’exprime de la sorte, parce qu’il représente la personne du peuple juif.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 7.) Jean-Baptiste se déclare indigne de dénouer la courroie de sa chaussure, comme s’il disait : Je ne puis découvrir les pieds du Rédempteur puisque je ne puis prendre le nom d’époux qui ne m’appartient pas. C’était la coutume, en effet, chez les anciens, que lorsqu’un homme ne voulait point prendre la femme qu’il devait épouser, celui qui devenait alors son époux ôtait la chaussure du premier qui l’avait refusée (cf. Dt 25) ; ou bien encore, comme les chaussures sont faites avec la peau des animaux qui sont morts, Notre-Seigneur, par son incarnation, est venu dans le monde portant aux pieds les dépouilles mortelles de notre nature corruptible. La courroie de la chaussure est comme le nœud du mystère. Jean-Baptiste ne peut donc dénouer la courroie de la chaussure du Sauveur, parce qu’il est incapable de pénétrer le mystère de l’incarnation que l’esprit prophétique seul lui a fait connaître.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 11.) Il venait de déclarer que son baptême n’était qu’un baptême d’eau, il montre maintenant l’excellence du baptême institué par le Christ : " Pour lui, il vous baptisera dans l’Esprit saint et le feu, exprimant ainsi par cette métaphore l’abondance de la grâce, car il ne dit pas : Il vous donnera l’Esprit saint, mais : " Il vous baptisera dans l’Esprit saint. " Il ajoute : " Et dans le feu, " pour montrer toute la puissance de la grâce. Et de même que Jésus-Christ exprime sous la figure de l’eau (cf. Jn 4, 14) la grâce de l’Esprit saint, c’est-à-dire, la pureté qu’elle produit et l’ineffable consolation dont elle inonde les âmes qui en sont dignes ; ainsi Jean-Baptiste, sous l’image du feu, veut exprimer la ferveur et la pureté que la grâce produit dans l’âme avec la destruction complète du péché. — Saint Bède. Sous la figure du feu, on peut encore entendre l’Esprit saint qui embrase par l’amour et tout à la fois éclaire par la sagesse les cœurs qu’il remplit de sa présence, et c’est pour exprimer cette vérité que les Apôtres ont reçu le baptême de l’Esprit sous l’image d’un feu visible. Il en est qui expliquent ce passage en disant que le baptême de l’Esprit est pour le temps présent, et le baptême du feu pour la vie à venir ; en ce sens que de même que nous puisons une nouvelle naissance dans l’eau et l’Esprit saint pour la rémission de tous nos péchés, de même nous serons purifiés de nos fautes plus légères par le baptême de feu du purgatoire. — Origène. (hom. 24.) De même encore que Jean-Baptiste attendait sur les bords du fleuve du Jourdain ceux qui venaient demander son baptême, qu’il repoussait les uns, en les appelant : " Race de vipères, " et recevait les autres qui faisaient l’aveu sincère de leurs péchés, ainsi le Seigneur Jésus se tiendra sur les bords du fleuve de feu près du glaive flamboyant. Tout homme qui, au sortir de cette vie voudra entrer dans le paradis et aura besoin d’être purifié, sera baptisé dans ce bain de feu avant d’être introduit dans le paradis. Quant à celui qui ne portera point le signe des premiers baptêmes, il ne pourra être baptisé dans ce baptême de feu.
Saint Basile. (traité de l’Esprit saint, ch. 2.) De ces paroles de Jean-Baptiste : " Il vous baptisera dans l’Esprit saint. " N’allez pas conclure que la seule invocation de l’Esprit saint rend le baptême parfait, car pour les signes sacrés qui nous confèrent la grâce, nous devons suivre dans toute leur intégrité les règles de la tradition. Vouloir y ajouter ou en retrancher quelque chose, c’est se retrancher de la vie éternelle, car nous baptisons au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, pour conformer notre baptême à notre croyance. — Commentaire grec. Ces paroles : " Il vous baptisera dans l’Esprit saint, " signifient donc l’abondance de la grâce et la richesse du bienfait. Mais parce qu’on pourrait croire que c’est le propre de la puissance et de la volonté du Créateur de répandre ses bienfaits, tandis qu’il n’entre nullement dans ses attributs de punir les rebelles ; Jean-Baptiste ajoute : " Il tient le van en sa main, " nous enseignant ainsi qu’il est aussi sévère pour venger les prévaricateurs qu’il est magnifique pour récompenser la vertu. Le van signifie la promptitude dans l’exécution du jugement, car en un instant, sans aucun débat, sans aucun délai, il séparera les damnés de la société des élus.
Saint Cyrille d’Alexandrie. (Trés., 2, 4) En ajoutant : " Et il nettoiera son aire, " Jean-Baptiste nous apprend que Jésus-Christ est le souverain Maître de l’Église. — Saint Bède. L’aire est en effet la figure de l’Église de la terre, où il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Cette aire se nettoie en partie dans la vie présente, lorsqu’un mauvais chrétien est retranché de l’Église par le jugement sacerdotal, en punition de ses fautes publiques et scandaleuses ; ou bien lorsque après sa mort il est condamné au tribunal de Dieu pour des crimes secrets ; et elle sera nettoyée entièrement à la fin du monde, quand le Fils de l’homme enverra ses anges pour faire disparaître de son royaume tous les scandales. — Saint Augustin. Le van, que le Seigneur tient en sa main, signifie qu’à lui seul appartient le droit de discerner les mérites des hommes, parce qu’en effet, lorsqu’on vanne le blé dans l’aire, le souffle de l’air fait comme une espèce de discernement du bon grain d’avec le mauvais : " Et il amassera le froment dans son grenier, " etc. Par cette comparaison, le Seigneur nous enseigne qu’au jour du jugement, il fera le discernement des mérites solides et des véritables fruits de vertu d’avec la légèreté stérile de toutes ces actions vaines, aussi chétives que présomptueuses, et placera dans la demeure des cieux les hommes d’une vertu parfaite. Or, les hommes qui sont des fruits parfaits sont ceux qui ont été jugés dignes de ressembler à celui qui a été semé comme un grain de blé pour produire ensuite des fruits plus abondants. (Jn 12.) — Saint Cyrille d’Alexandrie. La paille, au contraire, est l’emblème des âmes indolentes et vaines, et dont la mobilité flotte à tout vent de péché. — Saint Basile. Les chrétiens de cette espèce ne laissent pas d’être utiles à ceux qui sont jugés dignes du royaume des cieux, soit en leur communiquant les dons spirituels, soit en leur donnant des secours extérieurs, bien qu’ils ne le fassent point par un motif d’amour de Dieu ou de charité du prochain.
Origène. (hom. 26) Comme le blé ne peut être séparé de la paille que par le mouvement de l’air, le juste juge est représenté tenant à la main un van, qui fait connaître que les uns sont de la paille et les autres du froment. En effet, lorsque vous n’étiez qu’une paille légère (c’est-à-dire incrédule), la tentation vous a fait voir ce que vous étiez sans le savoir, mais lorsque vous avez supporté courageusement les épreuves, la tentation ne vous rend pas fidèle et patient, mais elle fait éclater la vertu qui était au dedans de votre âme.
Saint Grégoire de Nysse. Il est utile de se rappeler que les biens qui nous sont promis et que Dieu tient en réserve pour ceux qui vivent saintement, dépassent de beaucoup toutes les explications que nous pouvons en donner ; car ni l’œil de l’homme n’a vu, ni son oreille n’a entendu, ni son cœur n’a compris l’excellence de ces biens. Il en est de même des châtiments réservés aux pécheurs, ils n’ont aucune proportion avec les peines sensibles de cette vie. Nous les exprimons sans doute par les noms dont nous faisons usage dans notre langue, mais quelle distance les sépare de nos peines ordinaires ! car lorsque vous entendez parler de feu, et que l’Évangéliste ajoute : " inextinguible, " aussitôt votre attention se porte sur un feu tout différent du nôtre, auquel ne convient point cette expression. — Saint Grégoire le Grand. (Moral., 15, 17.) Expression merveilleuse et étonnante pour désigner le feu de l’enfer. En effet, notre feu matériel ne peut être entretenu que par la quantité de bois qu’on y jette, et il ne dure qu’à la condition d’être toujours alimenté ; au contraire, le feu de l’enfer, quoiqu’il soit matériel et qu’il brûle corporellement les réprouvés qui y sont précipités, n’est point alimenté par le bois, mais une fois créé, il dure toujours et ne s’éteint jamais.

Lc 3, 18-20
18 Par ces exhortations et bien d'autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
19 Hérode, prince de Galilée, avait reçu des reproches de Jean au sujet d'Hérodiade, la femme de son frère, et au sujet de tout ce que lui, Hérode, avait fait de mal.
20 À tout le reste il ajouta encore ceci : il fit enfermer Jean Baptiste en prison.
Origène. Jean-Baptiste avait annoncé Jésus-Christ, il avait prêché le baptême de l’Esprit saint et les autres vérités que nous rapporte le récit évangélique. Mais il en prêchait d’autres encore, comme nous le voyons par ces paroles : " Il disait beaucoup d’autres choses au peuple dans les discours qui lui faisait. — Théophylacte. Ses exhortations contenaient la bonne doctrine, et l’auteur sacré les appelle avec raison l’Évangile. — Origène. De même que nous lisons dans l’Évangile selon saint Jean, qu’il fit encore beaucoup d’autres discours, et beaucoup d’autres miracles ; ainsi ces paroles de saint Luc doivent nous faire comprendre que Jean-Baptiste enseignait encore des vérités d’une trop haute portée pour pouvoir être rapportées par écrit. Nous sommes remplis d’admiration pour Jean-Baptiste, parce qu’il est le plus grand de tous ceux qui sont nés de la femme, parce que son éminente vertu l’a élevé à une si haute renommée, que plusieurs ont pensé qu’il était le Christ, mais qu’il parut bien plus admirable encore de n’avoir ni craint Hérode ni redouté la mort : " Mais Hérode le Tétrarque ayant été repris, " etc.
Eusèbe. (hist. ecclés., 1, 43.) Cet Hérode est appelé Tétrarque pour le distinguer de l’autre Hérode qui régnait sur la Judée lors de la naissance du Christ : ce dernier était roi, l’autre n’était que tétrarque. Or, il avait pour femme la fille d’Arétas, roi d’Arabie, avec laquelle il avait contracté une union sacrilège, puisqu’elle était la femme de son frère Philippe, et qu’elle en avait eu des enfants ; car ces sortes d’unions n’étaient permises qu’à ceux dont les frères étaient morts sans postérité. C’est de ce crime que Jean-Baptiste avait repris Hérode. D’abord ce prince se rendit attentif aux paroles du saint Précurseur, pleines à la fois de sévérité et de douceur, mais la passion qu’il avait pour Hérodiade le portait à mépriser les reproches de Jean-Baptiste, c’est pourquoi il le fit mettre en prison : " Il ajouta ce crime à tous les autres, dit l’Évangéliste, et fit mettre Jean en prison. "
Saint Bède. Ce ne fut point à l’époque dont il est ici question que Jean-Baptiste fut fait captif, mais d’après l’Évangile selon saint Jean ce fut après que le Sauveur eut opéré quelques miracles, et après que la renommée de son baptême se fut répandue au loin. Cependant, saint Luc place ici la captivité du saint Précurseur, pour faire ressortir toute la méchanceté d’Hérode, qui, voyant la foule accourir à la prédication de Jean, les soldats croire à sa parole, les publicains se convertir, tout le peuple recevoir le baptême, à l’encontre de tous les autres, non seulement ne fait aucun cas des paroles de Jean-Baptiste, mais le charge de chaînes et le jette en prison. — La Glose. C’est avant que saint Luc ait commencé le récit des actions de Jésus, qu’il raconte la captivité de Jean, pour nous montrer qu’il va s’appliquer uniquement à raconter les événements qui se sont passés depuis l’année où Jean-Baptiste fut jeté dans les fers ou mis à mort.
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