Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Lc 5, 33-39
33 On disait un jour à Jésus : « Les disciples de Jean jeûnent souvent et font des prières ; de même ceux des pharisiens. Au contraire, tes disciples mangent et boivent ! »
34 Jésus leur dit : « Est-ce que vous pouvez faire jeûner les invités de la noce, pendant que l'Époux est avec eux ?
35 Mais un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé : ces jours-là, ils jeûneront. »
36 Et il dit pour eux une parabole : « Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf pour le coudre sur un vieux vêtement. Autrement, on aura déchiré le neuf, et le morceau ajouté, qui vient du neuf, ne s'accordera pas avec le vieux.
37 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, il se répandra et les outres seront perdues.
38 Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves.
39 Jamais celui qui a bu du vieux ne désire du nouveau. Car il dit : 'C'est le vieux qui est bon.'«
Saint Cyrille d’Alexandrie. (Commentaire grec.Jésus-Christ ayant répondu à leur première question, ils passent à un autre point, et veulent lui montrer que les disciples et Jésus lui-même ne prennent aucun soin d’observer la loi : " Alors ils lui demandèrent : Pourquoi les disciples de Jean jeûnent-ils, etc., tandis que les vôtres mangent ? " etc., c’est-à-dire : Vous mangez avec les publicains et avec les pécheurs, bien que la loi défende toute communication avec ceux qui sont impurs (Lv 15), et vous excusez cette transgression par un motif de miséricorde ; mais pourquoi donc ne jeûnez-vous pas comme tous ceux qui conforment leur conduite aux prescriptions de la loi ? Les saints jeûnent, il est vrai, pour réprimer leurs passions par la mortification du corps ; mais Jésus-Christ n’avait pas besoin du jeûne pour s’élever à la perfection de la vertu, puisque, comme Dieu, il était inaccessible à tout entraînement des passions. Le jeûne n’était pas plus nécessaire à son humanité, puisqu’elle participait à la grâce qui était en lui, et y puisait une force qui la maintenait au même degré de vertu. Si donc le Sauveur se soumit à un jeûne de quarante jours, ce ne fut point pour réprimer en lui les passions, mais pour donner aux hommes charnels une leçon et une règle de mortification. — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 2, 27.) Evidemment saint Luc paraît faire entendre que cette question fut adressée au Sauveur de différents côtés, et qu’elle embrassait plusieurs personnes ; comment donc saint Matthieu s’exprime-t-il de la sorte : " Alors les disciples de Jean s’approchèrent et dirent : Pourquoi, tandis que les pharisiens et nous nous jeûnons souvent, vos disciples ne jeûnent-ils pas ? " si ce n’est parce que les disciples de Jean étaient présents, et que tous à l’envi s’empressèrent de faire cette objection.
Saint Augustin. (Quest. évang., 2, 18.) Il y a deux sortes de jeûnes, le jeûne de l’affliction pour obtenir de Dieu le pardon des péchés ; et le jeûne de la joie, où l’âme est d’autant moins sensible aux plaisirs de la chair, qu’elle jouit en plus grande abondance des délices spirituelles. Or, le Sauveur, interrogé pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas, s’explique successivement sur ces deux sortes de jeûne, et d’abord sur le jeûne de la tribulation : " Il leur répondit : Pouvez-vous faire jeûner les fils de l’Époux, tandis que l’Époux est avec eux ? " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 31 sur S. Matth.) Comme s’il leur disait : Le temps actuel est un temps de joie et d’allégresse, pourquoi donc vouloir y mêler la tristesse ? — Saint Cyrille d’Alexandrie. La manifestation de notre Sauveur dans ce monde fut comme une véritable fête, il venait célébrer des noces toutes spirituelles avec notre nature, pour la rendre féconde, de stérile qu’elle était ; les fils de l’Époux sont donc tous ceux qui sont appelés par la loi nouvelle de l’Évangile, et non les scribes et les pharisiens qui ne considèrent que l’ombre de la loi. — Saint Augustin. (de l’harm. des Evang., 2, 27.) La réponse du Sauveur d’après saint Luc : " Pouvez-vous faire jeûner les amis de l’Époux, " donne à entendre que ceux qua lui faisaient cette question, feraient pleurer et jeûner les fils de l’Époux, parce qu’ils devaient être un jour les auteurs de la mort de l’Époux.
Saint Cyrille d’Alexandrie. En établissant qu’il ne convient pas aux fils de l’Époux de s’affliger, alors qu’ils célèbrent une fête toute spirituelle, Notre-Seigneur ne veut point détruire le jeûne, aussi fait-il cette réserve : " Mais viendront des jours où l’Époux leur sera enlevé ; ils jeûneront en ces jours-là ". — Saint Augustin. (Quest evang, 2, 18 ) C’est-à-dire ils seront dans la désolation, dans la tristesse et les larmes, jusqu’à ce que la joie et la consolation leur aient été rendues par l’Esprit saint. — Saint Ambroise. Ou bien encore, le jeûne, dont Notre Seigneur ajourne ici la pratique, n’est pas celui qui mortifie la chair et réprime les penchants de la concupiscence (car ce jeûne, au contraire, nous rend agréables à Dieu), mais il veut dire que nous ne pouvons jeûner, nous qui possédons le Christ, et qui sommes nourris de sa chair et de son sang. — Saint Basile. (Commentaire grec.Ou encore, les fils de l’Époux ne peuvent jeûner, c’est-à-dire se priver de la nourriture de l’âme, mais ils doivent vivre de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. — Saint Ambroise. Mais quels sont donc ces jours dans lesquels le Christ nous sera enlevé, alors que lui-même nous dit : " Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles ? " Non, personne ne peut vous enlever le Christ, si vous-même ne commencez par vous détacher de lui. — Saint Bède. Tant que l’Époux est avec nous, nous sommes dans la joie, et nous ne pouvons ni jeûner, ni pleurer ; mais quand nos péchés nous séparent de lui, c’est alors qu’il faut recourir au jeûne et nous condamner aux larmes.
Saint Athanase. Disons enfin que Notre-Seigneur veut parler ici du jeûne de l’âme, comme le prouvent les paroles suivantes : " Il leur proposa aussi cette comparaison : Personne ne met à un vieux vêtement un morceau pris à un vêtement neuf. " Il appelle le jeûne un vêtement vieux, dont l’Apôtre nous exhorté à nous dépouiller, lorsqu’il dit : " Dépouillez-vous du vieil homme et de ses actes. " (Col 3.) Toute la suite des préceptes de Notre-Seigneur concourt donc à établir cette vérité que nous ne devons pas mêler les actes du vieil homme avec ceux du nouveau. — Saint Augustin.(Quest. évang., 2, 18.) On peut encore donner cette autre explication : Après avoir reçu le don de l’Esprit saint, quoi de plus convenable que les fils de l’Époux déjà renouvelés dans la vie spirituelle, pratiquent le jeûne qui s’accomplit sans la joie ? Avant qu’ils aient reçu l’Esprit saint, le Sauveur les compare à des vêtements vieux auxquels il ne faut pas coudre un morceau de drap neuf, c’est-à-dire un fragment de la doctrine qui a pour objet la tempérance de la loi nouvelle ; car alors la doctrine est comme divisée et rompue par ce fragment, puisque le jeûne qu’elle prêche est un jeûne général, qui interdit non seulement le désir des aliments, mais toute joie qui vient des plaisirs de la terre. Notre-Seigneur ne veut pas que l’on donne ce fragment de doctrine, qui a pour objet les aliments, à ceux qui sont encore esclaves des anciennes coutumes, autrement il se fera mie déchirure, et ce fragment de doctrine nouvelle ne pourra s’unir avec ce qui est vieux. Le Sauveur les compare encore à des outres : " De même personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres. " — Saint Ambroise. il nous fait voir la fragilité de la condition humaine, en comparant nos corps aux dépouilles des animaux morts. — Saint Augustin. (Quest. évang.) Il compare les Apôtres à des outres déjà vieilles, parce qu’ils se rompent sous l’effort du vin nouveau des préceptes spirituels qu’ils ne peuvent contenir : " Autrement le vin nouveau rompra les outres et se répandra, et les outres seront perdues. " Ils étaient déjà devenus des outres neuves, lorsqu’après l’ascension du Seigneur, l’Esprit saint vint les renouveler, en leur inspirant le désir de ses divines consolations, l’esprit de prière et d’espérance : " Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves, et l’un et l’autre sont conservées. " — Saint Bède. Le vin nous donne des forces à l’intérieur ; le vêtement couvre extérieurement notre corps ; les bonnes œuvres que nous faisons en dehors et qui font luire notre lumière devant les hommes, sont donc le vêtement ; et la ferveur de la foi, de l’espérance et de la charité, est comme le vin. On peut dire encore que les vieilles outres sont les scribes et les pharisiens, tandis que le fragment de drap neuf et le vin nouveau sont les préceptes de l’Évangile. — Saint Grégoire de Nysse. (disc. sur Abrah.) Le vin nouveau, par la fermentation qui lui est naturelle, chasse au dehors, par un mouvement qui tient également à sa nature, l’écume et la lie impure qu’il contient. Ce vin, c’est le Nouveau Testament, que les outres anciennes, vieillies par leur incrédulité, ne peuvent contenir ; bien plus, elles se rompent par la force de l’excellence de la doctrine, et laissent ainsi s’écouler la grâce de l’Esprit saint ; car la sagesse n’entre pas dans une âme qui veut le mal. (Sg 1.) — Saint Bède. On ne doit donc point donner les sacrements des mystères nouveaux à une âme qui n’est pas renouvelée et qui persévère encore dans son ancienne malice. Ceux encore qui veulent mêler la pratique du christianisme aux préceptes de la loi (Ga 3), mettent le vin nouveau dans de vieilles outres. " Et personne, venant de boire du vin vieux, n’en veut aussitôt du nouveau, car il dit : Le vieux est meilleur. " Notre-Seigneur veut parler ici des Juifs qui, pénétrés de la saveur de la vie ancienne, n’avaient que du dégoût pour les préceptes de la loi de grâce ; et qui, souillés par les traditions de leurs ancêtres, étaient incapables de goûter la douceur des enseignements spirituels.

Lc 6, 1-5
1 Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs de blé ; ses disciples arrachaient et mangeaient des épis, après les avoir froissés dans leurs mains.
2 Des pharisiens lui dirent : « Pourquoi faites-vous ce qui n'est pas permis le jour du sabbat ? »
3 Jésus leur répondit : « N'avez-vous pas lu ce que fit David un jour qu'il eut faim, lui et ses compagnons ?
4 Il entra dans la maison de Dieu, prit les pains de l'offrande, en mangea, et en donna à ses compagnons, alors que les prêtres seuls ont la permission d'en manger. »
5 Jésus leur disait encore : « Le Fils de l'homme est maître du sabbat. »
Saint Ambroise. Ce n’est pas seulement par ses enseignements, mais par sa conduite et par ses actes, que Notre-Seigneur commence à dépouiller l’homme des observances de l’ancienne loi. " Or, un jour de sabbat, appelé le second-premier, comme Jésus passait le long des blés, ses disciples cueillaient des épis, " etc. — Saint Bède. L’importunité de la foule ne laissait pas aux disciples le temps de manger, et comme ils éprouvaient le besoin de la faim, ils l’apaisent en mangeant les épis qu’ils froissent entre leurs mains, preuve d’une vie simple et austère, qui, loin de chercher des mets apprêtés, se contente des aliments les plus simples. — Théophylacte. C’était, dit l’Évangéliste, le sabbat second-premier, parce que les Juifs donnaient le nom de sabbat à toutes les fêtes. En effet, le mot sabbat signifie repos. Or, il arrivait souvent qu’une fête tombait la veille du sabbat, et on appelait ce jour sabbat à cause de la fête ; puis alors le véritable jour du sabbat était appelé second-premier, comme étant le second après la fête qui avait précédé. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 40 sur S. Matth.) Il y avait alors une double fête, celle du jour même du sabbat et celle de la solennité qui lui succédait, et à laquelle on donnait aussi le nom de sabbat. — Saint Isidore. Il appelle ce sabbat second-premier, parce que c’était le second jour de Pâque, et le premier des Azymes. En effet, on immolait la pâque le soir, et le jour suivant on célébrait la fête des Azymes. Ce qui rend cette explication plus vraisemblable, c’est que nous voyons les Apôtres arracher des épis et les manger ; car dans cette époque de l’année, les épis s’inclinent sous le poids des grains qu’ils contiennent. — Saint Épiphane. (contre les hérés., liv. I, ch. xxx.) Ils passaient donc le long des champs de blé un jour de sabbat, et ils mangeaient des épis pour montrer que la loi du sabbat a cessé d’exister depuis la venue du grand sabbat, c’est-à-dire de Jésus-Christ, qui nous a donné le repos après les fatigues que nos crimes nous avaient causées.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Les pharisiens et les scribes, dans leur ignorance des saintes Écritures, conspiraient entre eux pour accuser les disciples de Jésus-Christ : " Alors quelques-uns des pharisiens leur dirent : Pourquoi faites-vous ce qu’il n’est pas permis de faire ? " etc. Mais dites-moi vous-mêmes, lorsque la table est servie devant vous le jour du sabbat, hésitez-vous à rompre le pain ? Pourquoi donc reprenez-vous les autres ? — Saint Bède. Il en est qui prétendent que ce reproche fut fait à Notre-Seigneur en personne, mais il a pu très-bien être fait par différentes personnes et au Sauveur lui-même, et à ses disciples ; et quoiqu’il en soit, c’était surtout à lui que le reproche s’adressait.
Saint Ambroise. Or, le Seigneur accuse à son tour les défenseurs de la loi, de ne pas connaître ce que la loi renferme, et il leur cite à l’appui l’exemple de David : " Jésus leur répondit : N’avez-vous pas lu, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Comme s’il disait : La loi de Moïse fait cette recommandation expressément : " Jugez selon la justice, ne faites point acception de personnes dans vos jugements ; " pourquoi donc accusez-vous mes disciples, vous qui ne cessez d’exalter David comme un saint et comme un prophète, bien qu’il n’ait pas observé le commandement de Moïse ? — Saint Jean Chrysostome.(hom. 40 sur S. Matth.) Remarquez que, lorsque Notre-Seigneur prend la défense de ses serviteurs (c’est-à-dire de ses disciples), il cite à l’appui l’exemple de simples serviteurs, celui de David et des prêtres, mais quand il répond à ses propres accusateurs, il en appelle à l’exemple de son Père, comme lorsqu’il dit : " Mon Père agit sans cesse, et moi j’agis aussi (Jn 5, 17). "
Théophylacte. Il leur répond encore d’une autre manière : " Et il ajouta : Le Fils de l’homme est maître même du sabbat ; " comme s’il disait : Je suis maître du sabbat, et j’en dispose à mon gré, et comme législateur, j’ai le pouvoir de supprimer le sabbat. Jésus-Christ était appelé Fils de l’homme, parce que tout Fils de Dieu qu’il était, il a daigné devenir miraculeusement Fils de l’homme et en porter le nom par amour pour les hommes. — Saint Jean Chrysostome. D’après saint Marc, Notre-Seigneur justifie ses disciples par une considération propre à tous les hommes : " Le sabbat, leur dit-il, a été fait pour les hommes, et non l’homme pour le sabbat. " Donc il faut mettre le sabbat au-dessous de l’homme, plutôt que de placer l’homme sous le joug du sabbat,
Saint Ambroise. Cette action des disciples renferme un grand mystère. Le champ de blé, c’est le monde entier ; la moisson, dont ce champ est couvert, c’est la prodigieuse fécondité des saints répandus dans le champ du genre humain ; les épis sont les fruits de l’Église ; les Apôtres en font tomber les grains et les mangent, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent de nos progrès dans la vertu, en séparant de leur enveloppe extérieure les œuvres et les fruits de l’âme pour les faire paraître à la lumière de la foi par les miracles éclatants de leurs œuvres. — Saint Bède. Ils broient les épis dans leurs mains, c’est-à-dire qu’ils font mourir le vieil homme dans ceux qu’ils veulent unir au corps de Jésus-Christ, en les séparant de toute intention terrestre. — Saint Ambroise. Les Juifs croyaient que c’était là une action défendue le jour du sabbat ; mais Jésus-Christ, en venant apporter le bienfait inestimable de la grâce nouvelle, voulait désigner à la fois le repos de la loi et le travail de la grâce. C’est dans un dessein tout particulier que saint Luc appelle ce jour le sabbat second-premier, et non premier-second, parce qu’en effet, le sabbat établi par la loi, qui était le premier, est supprimé, et celui qui était le second par ordre de temps est devenu le premier. Il est donc appelé second par ordre de temps, et premier, à cause de l’excellence de l’opération de la grâce ; car le sabbat qui délivre du châtiment est supérieur à celui qui prescrit la punition. Ou encore, ce sabbat est le premier dans les desseins éternels de Dieu, et le second par ordre d’institution. David, qui fuit avec ses compagnons, est dans la loi la figure de Jésus-Christ qui se dérobe avec ses disciples à la connaissance et aux poursuites du prince du monde. Mais pourquoi ce fidèle observateur et ce zélé défenseur de la loi mange-t-il lui-même de ces pains, et en donne-t-il à ceux qui étaient avec lui (alors que les prêtres seuls pouvaient en manger) ? C’était pour nous montrer par cette action, que la nourriture réservée jusqu’alors aux prêtres, deviendrait la nourriture des peuples, ou bien que tous nous devions imiter les vertus de la vie sacerdotale, ou enfin que tous les enfants de l’Église sont de véritables prêtres. En effet, nous recevons l’onction sainte qui nous consacre prêtres pour nous offrir nous-mêmes à Dieu comme des hosties spirituelles. (1 2)
Mais puisque le sabbat a été fait pour les hommes, et que leur utilité demandait que l’homme ne fût plus soumis au jeûne prolongé d’une faim mortelle (lui qui avait été si longtemps privé des fruits de la terre), la loi, loin d’être détruite, reçoit ici son accomplissement.

Lc 6, 6-11
6 Un autre jour de sabbat, Jésus était entré dans la synagogue et enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était paralysée.
7 Les scribes et les pharisiens observaient Jésus afin de voir s'il ferait une guérison le jour du sabbat ; ils auraient ainsi un motif pour l'accuser.
8 Mais il connaissait leurs pensées, et il dit à l'homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi, et reste debout devant tout le monde. » L'homme se leva et se tint debout.
9 Jésus leur dit : « Je vous le demande : Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal ? de sauver une vie, ou de la perdre ? »
10 Alors, promenant son regard sur eux tous, il dit à l'homme : « Étends ta main. » Il le fit, et sa main redevint normale.
11 Quant à eux, ils furent remplis de fureur et ils discutaient entre eux sur ce qu'ils allaient faire à Jésus.
Saint Ambroise. Notre-Seigneur passe à des œuvres différentes ; il venait pour sauver l’homme tout entier, il commence par le guérir partiellement, un membre après l’autre : " Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans la synagogue pour y enseigner. " — Saint Bède. Il choisit de préférence le jour du sabbat, pour enseigner et pour guérir, non seulement afin d’annoncer ainsi le sabbat spirituel, mais aussi parce que le peuple se trouvait réuni en plus grand nombre. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Il enseignait des vérités qui surpassaient l’intelligence, et il ouvrait à ceux qui l’entendaient la voix du salut, qu’il venait apporter au monde ; et ensuite il donnait pour appui à sa doctrine les œuvres de sa toute-puissance : " Et il y avait là un homme dont la main droite était desséchée. "
Saint Bède. Le Maître vient de justifier par un exemple des plus louables la conduite de ses disciples, accusés de violer le jour du sabbat ; ses ennemis l’observent maintenant lui-même pour le calomnier : " Or, les scribes et les pharisiens l’observaient pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat, " tout disposés à l’accuser de cruauté et d’impuissance, s’il ne le guérissait point, ou de violer le sabbat s’il le guérissait : " Afin dit l’Évangéliste, d’avoir sujet de l’accuser. " — Saint Cyrille d’Alexandrie. Tel est bien le caractère de l’homme envieux, il nourrit en lui-même sa douleur avec les louanges qu’il entend donner aux autres ; mais le Seigneur connaît toutes choses et pénètre le secret des cœurs : " Or comme il connaissait leurs pensées, il dit à l’homme qui avait la main desséchée : Levez-vous, et tenez-vous là debout au milieu, et se levant, il se tint debout. " Peut-être le Sauveur voulait-il exciter la commisération de ces pharisiens cruels, et amortir le feu de la passion qui les dévorait.
Saint Bède. Cependant Notre-Seigneur, voulant prévenir l’accusation qu’ils préparaient contre lui, leur reproche de mal interpréter les prescriptions de la loi, eux qui croyaient qu’on devait s’interdire même les bonnes œuvres le jour du sabbat, tandis que la loi ne défend que les œuvres serviles, c’est-à-dire les œuvres mauvaises : " Alors Jésus leur dit : Je vous le demande, est-il permis de faire du bien le jour du sabbat ? " — Saint Cyrille d’Alexandrie. Cette question était pleine d’opportunité. En effet, s’il est permis de faire le bien le jour du sabbat, et que rien ne s’oppose à ce que la miséricorde de Dieu vienne au secours de ceux qui souffrent, cessez donc de réunir vos accusations calomnieuses contre Jésus-Christ. Si au contraire, il n’est pas permis de faire du bien le jour du sabbat, et si la loi défend de sauver les âmes, vous devenez l’accusateur de la loi. De plus, si nous voulons examiner les motifs de l’institution du sabbat, nous trouverons qu’il a été établi dans un but de miséricorde. En effet, Dieu commande le repos le jour du sabbat, " afin, dit-il, que votre serviteur, votre servante et vos animaux puissent se reposer. " (Ex 2022.) Or, celui qui a compassion du bœuf et des autres animaux, pourrait-il être sans pitié pour un homme qui souffre d’une maladie cruelle ? — Saint Ambroise. La loi était dans le temps présent la figure de la vie future, où nous nous reposerons en nous abstenant de toute œuvre corporelle, mais non des bonnes œuvres, telle que la louange de Dieu. — Saint Augustin. (Quest. évang., 2, 7.) Lorsque Notre-Seigneur eut guéri cet homme, il fait cette question aux pharisiens : " Est-il permis de sauver l’âme ou de la laisser périr ? " Il parle de la sorte, parce qu’il opérait ses miracles pour établir la foi qui est le salut de l’âme ; ou encore, parce que la guérison de la main droite était le symbole du salut de l’âme qui, en cessant de faire des bonnes œuvres, avait pour ainsi dire la main droite desséchée ; ou bien enfin, l’âme ici est prise pour l’homme tout entier, comme lorsqu’on dit : " Il y avait là tant d’âmes (Gn 46, 27). "
Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 235.) On peut se demander comment, d’après saint Matthieu, ce sont les pharisiens qui demandent à Notre-Seigneur s’il est permis de guérir le jour du sabbat, tandis que, d’après saint Luc, c’est le Sauveur lui-même qui leur fit cette question. Nous répondons que les pharisiens ont pu très-bien demander les premiers à Notre-Seigneur, s’il était permis de guérir le jour du sabbat ; et que lui-même ensuite connaissant leurs pensées, et sachant qu’ils cherchaient une occasion de l’accuser, plaça au milieu d’eux cet homme qu’il voulait guérir, et leur adressa la question que saint Marc et saint Luc mettent dans sa bouche.
" Et les ayant tous regardés, " etc. — Tite de Bostra. Il attire par là les regards de tous ceux qui sont présents, il concentre en même temps toute leur attention sur l’œuvre qu’il va faire, et il dit à cet homme : " Étendez votre main, " je vous le commande, moi qui ai créé l’homme, cet homme qui avait la main paralysée, obéit, et il est guéri sur le champ : " Il l’étendit, et elle fut guérie, " etc. Ce miracle qui aurait dû les remplir d’admiration, ne fait qu’augmenter leurs mauvaises dispositions : " Mais eux, remplis de fureur, se consultaient sur ce qu’ils feraient de Jésus. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 41.) Et comme le rapporte saint Matthieu, ils s’en vont et tiennent conseil pour le faire mourir. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Vous êtes témoin, pharisien, des œuvres divines de sa toute-puissance, vous le voyez guérir les malades par une vertu toute céleste, et, par un noir sentiment d’envie, vous conspirez pour le faire mourir.
Saint Bède. Cet homme représente le genre humain frappé de stérilité pour le bien, et dont la main a été comme desséchée pour s’être étendue vers le fruit que mangea notre premier père. Nous voyons cette main paralysée jusqu’au milieu de la synagogue ; car plus le don de la science est grand, plus aussi la transgression de la loi est coupable. — Saint Ambroise. Vous avez entendu les paroles du Sauveur : " Étendez votre main. " C’est le remède général qu’il propose à tous les hommes. Vous donc qui croyez avoir la main saine, craignez que l’avarice ou le sacrilège ne vienne à la fermer ; étendez-la continuellement pour secourir le prochain, pour protéger la veuve, pour délivrer de l’injustice celui que vous voyez sous le poids d’une accusation inique ; étendez-la vers le pauvre qui vous supplie, étendez-la vers Dieu pour vos péchés : c’est ainsi qu’il faut étendre la main, et c’est ainsi qu’elle est guérie.
suivant