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Mc 11, 1-11
1 Jésus et ses disciples approchent de Jérusalem, de Bethphagé et de Béthanie, près du mont des Oliviers. Jésus envoie deux de ses disciples :
2 « Allez au village qui est en face de vous. Dès l'entrée, vous y trouverez un petit âne attaché, que personne n'a encore monté. Détachez-le et amenez-le.
3 Si l'on vous demande : 'Que faites-vous là ?' répondez : 'Le Seigneur en a besoin : il vous le renverra aussitôt.'«
4 Ils partent, trouvent un petit âne attaché près d'une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachent.
5 Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu'avez-vous à détacher cet ânon ? »
6 Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire.
7 Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s'assoit dessus.
8 Alors, beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux, d'autres, des feuillages coupés dans la campagne.
9 Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
10 Béni le Règne qui vient, celui de notre père David. Hosanna au plus haut des cieux ! »
11 Jésus entra à Jérusalem, dans le Temple. Il inspecta du regard toutes choses et, comme c'était déjà le soir, il sortit avec les Douze pour aller à Béthanie.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 66 sur S. Matth.) Après avoir donné des preuves suffisantes de sa puissance divine, et alors que sa croix se dressait devant ses yeux, le Sauveur donne à toutes ses actions un caractère de publicité plus grande qui devait redoubler la fureur de ses ennemis. Bien des fois il s'était rendu à Jérusalem, mais jamais avec l'éclat dont il environne aujourd'hui son entrée dans cette ville. — Théophylacte. Ses ennemis, s'ils le veulent, pourront reconnaître sa gloire, et par l'accomplissement des prophéties dont il est l'objet, apprendre qu'il est le vrai Dieu ; s'ils s'y refusent, leur incrédulité malgré tant de prodiges éclatants, leur attirera un jugement bien plus redoutable. C'est cette entrée triomphale que l'Évangéliste décrit en ces termes : " Lorsqu'ils approchaient de Jérusalem et de Béthanie, " etc. — Saint Bède. Béthanie est une bourgade ou une petite ville bâtie sur le flanc de la montagne des Oliviers, et c'est là qu'eut lieu la résurrection de Lazare. L'Évangéliste nous apprend comment et pourquoi le Sauveur envoya ses disciples : " Et il leur dit : Allez à ce village, " etc. — Théophylacte. Voyez que de circonstances particulières dans cette prédiction : ils trouveront un ânon. " À l'entrée du village, vous trouverez, " etc. On voudra leur défendre de le détacher : " Et si quelqu'un vous dit : Que faites-vous ? dites-lui, " etc., on les laissera libres alors de l'emmener : " Et aussitôt il le laissera etc. Et toutes ces choses arrivèrent comme il l'avait prédit : " Et s'en étant allés, ils trouvèrent l'ânon qui était attaché dehors, auprès d'une porte, entre deux chemins, et ils le délièrent. " — Saint Augustin. (De l'acc. des Evang., 2, 66.) Saint Matthieu parle d'une ânesse et de son ânon, les autres Évangélistes ne disent rien de l'ânesse. Il n'y a ici aucune contradiction, dès lors qu'on peut admettre les deux circonstances de ce fait ; quand même chacun des Évangélistes n'en rapporterait qu'une des deux. A plus forte raison n'y a-t-il aucune difficulté, lorsqu'un Évangéliste rapporte une circonstance, et que l'autre les raconte toutes deux.
" Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent : Que faites vous ? pourquoi déliez-vous cet ânon ? Ils leur répondirent comme Jésus le leur avait ordonné, et ces gens le leur laissèrent emmener, " c'est-à-dire, l'ânon.—Théophylacte. Ces hommes, habitants de la campagne et occupés aux travaux des champs, n'auraient certainement pas donné cette permission, si une influence divine ne les eût dirigés, et comme forcés de laisser aller cet ânon.
" Ils amenèrent donc l'ânon à Jésus, ils le couvrirent de leurs vêtements, et il monta dessus. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 66.) Nôtre-Seigneur n'avait pas besoin, sans doute, de monter sur cet ânon pour aller du mont des Oliviers à Jérusalem, puisqu'il avait bien parcouru à pied la Judée et toute la Galilée ; cette action était donc figurative. " Un grand nombre étendaient leurs vêtements le long de la route. " — Saint Jérôme. Sous les pieds de l'ânon ; " d'autres coupaient des branches d'arbres et en jonchaient le chemin, " beaucoup plus pour la décoration de la route et comme symbole que par nécessité. " Et ceux qui marchaient devant, et ceux qui suivaient, criaient : Hosanna ! " etc. Tant que le peuple ne fut point corrompu, il eut le sentiment de ce qu'il devait faire ; il honore Jésus suivant la mesure de son pouvoir, et pour le louer, il emprunte l'hymne de David et chante Hosanna ! ce qui, selon quelques-uns, signifie : Sauvez-moi ; selon d'autres : Hymne. Le premier sens me paraît plus vraisemblable, car on lit dans le psaume 117 : " Ô Seigneur, sauvez-moi ! " en hébreu : Hosanna. — Saint Bède. Hosanna est un mot hébreu, composé de deux autres mots, l'un entier, l'autre altéré. Sauvez-moi, se dit en hébreu, hosi le mot anna est comme l'interjection delà prière ; interjection qui répond à l'interjection latine, hélas ! — Saint Jérôme. Ils crient hosanna, c'est-à-dire, sauvez-moi, pour lui demander que les hommes soient sauvés par ce Sauveur béni, par ce vainqueur, qui vient au nom du Seigneur (c'est-à-dire, de son Père), car c'est du Père que le Fils prend son nom, comme c'est du Fils que le Père reçoit le sien.
Saint Jean Chrysostome. Ils rendent donc gloire à Dieu, en s'écriant : " Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! " Ils bénissent aussi le royaume de Jésus-Christ ; en ajoutant : Béni soit le règne de notre Père David qui va commencer ! — Théophylacte. Le royaume de David, dans leur pensée, était le royaume du Christ, parce que le Christ descendait de la race de David, et aussi parce que David signifie celui qui est puissant de la main. Qui a mieux mérité cette qualification que le Sauveur, dont la main a opéré tant et de si éclatants prodiges ? — Saint Jean Chrysostome. Aussi les prophètes donnent-ils souvent à David le nom de Christ, parce que le Christ devait descendre de David. — Saint Bède. Nous voyons dans l'Évangile de saint Jean, Jésus s'enfuir sur la montagne, lorsque les Juifs voulurent le faire roi. Aujourd'hui qu'il vient à Jérusalem pour y souffrir, il accepte ce titre de roi, sous lequel il est acclamé, pour établir clairement que le royaume qu'il veut fonder n'est point un royaume temporel et terrestre, mais un royaume éternel dans les cieux, et qu'il devait entrer en possession de ce royaume par le mépris de la mort. Il faut remarquer ici la conformité des acclamations de la foule avec ces paroles de Gabriel : " Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, " c'est-à-dire, qu'il devait appeler à ce royaume céleste, par ses paroles et par ses actions, cette nation autrefois soumise à l'autorité temporelle de David. — Saint Jean Chrysostome. Enfin, la multitude rend gloire à Dieu, en ajoutant : " Hosanna au plus haut des cieux ! c'est-à-dire, hymne et gloire au Dieu de toutes choses qui habite les hauteurs des cieux. — Saint Jérôme. Ou bien, hosanna (c'est-à-dire, sauvez-moi), dans les hauteurs des cieux comme dans les profondeurs de la terre, que les justes s'élèvent dans les cieux sur les ruines des anges, et que ceux qui habitent la surface ou les profondeurs de la terre soient également sauvés.
Dans le sens mystique, le Seigneur approche de Jérusalem, qui est la vision de la paix, le siège d'une félicité éternelle et immuable, et selon l'Apôtre, la mère de tous les croyants. (Ga 4) — Saint Bède. Béthanie veut dire maison d'obéissance, c'est-à-dire, qu'avant sa passion, il s'était préparé par ses enseignements dans l'âme d'un grand nombre une maison d'obéissance. Béthanie est située sur le versant de la montagne des Oliviers, figure de l'onction des dons spirituels et de là lumière de la science et de la piété, par lesquels le Sauveur anime et réchauffe l'Église. Il envoie ses disciples dans le village qui est devant eux, c'est-à-dire, qu'il a chargé les docteurs de pénétrer par la prédication de l'Évangile dans toutes les forteresses où l'ignorance du monde semblait s'être réfugiée. — Saint Jérôme. Les disciples de Jésus-Christ sont appelés, ils sont envoyés deux à deux, parce que la charité ne peut s'exercer, si on est seul. " Malheur à celui qui est seul, dit la sainte Écriture " (Qo 4). Ce sont deux hommes qui dirigent les Hébreux dans leur sortie de l'Égypte ; deux hommes qui rapportent de la terre sainte la grappe de raisin, pour enseigner à ceux qui sont placés à la tête des autres, à joindre toujours l'action à la science, à tirer des deux tables les deux commandements (Ex 32, 5 ; 30, 18 ; 25 ; 39 ; 3 R 8, 7), à se purifier dans les deux fontaines, à porter l'arche du Seigneur sur deux bâtons, et afin qu'ils apprennent à connaître le Dieu assis entre deux chérubins, lui offrant le double hommage de l'esprit et du cœur (1 Co 14).
Théophylacte. Cet ânon n'était pas nécessaire au Sauveur, il l'envoie chercher pour donner à entendre qu'il devait bientôt appeler à lui les gentils. — Saint Bède. Cet ânon libre et indompté est la figure du peuple des nations ; personne ne l'avait encore monté, c'est-à-dire, qu'aucun sage docteur n'avait encore, par des enseignements utiles, imposé à ce peuple le frein de la discipline, pour préserver sa langue des paroles coupables, ou le forcer d'entrer dans l'étroit sentier de la vie. — Saint Jérôme. Ils trouvèrent cet ânon attaché devant la porte en dehors, emblème du peuple des gentils retenu dans les liens du péché devant la porte de la foi, en dehors de l'Église. — Saint Ambroise. (sur S. Luc, 9, 19.) Ou bien, ils le trouvèrent attaché devant la porte, c'est-à-dire, que tout homme qui n'est pas avec Jésus-Christ et qui demeure dehors, est sur la voie, mais celui qui est en Jésus-Christ ne reste pas dehors. L'Évangéliste ajoute qu'on le trouva entre deux chemins, où tout le monde passe, dans un lieu dont personne ne pouvait revendiquer la propriété ; il était là, sans étable, sans nourriture, sans crèche. Quelle misérable servitude que celle qui n'a aucun droit certain ! On est l'esclave de plusieurs maîtres quand ou ne dépend pas d'un seul, les étrangers lient pour assurer leur possession, le maître légitime met en liberté pour conserver, car les bienfaits sont des liens beaucoup plus puissants que les chaînes. — Saint Bède. On peut dire encore qu'il était dans un carrefour, parce qu'il ne se tenait pas dans le chemin certain de la foi et de la vérité, mais qu'il suivait au gré de l'erreur les sentiers innombrables et douteux des sectes diverses. — Saint Bède. On bien encore ces deux chemins sont la figure du libre arbitre qui hésite entre la vie et la mort (Si 15, 18). — Théophylacte. Ou enfin " dans un carrefour, " c'est-à-dire, dans cette vie ; or, ce sont les disciples qui le délient par le baptême et par la foi. — Saint Jérôme. " Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent : Que faites-vous ? Comme s'ils disaient : Qui peut remettre les péchés ? " — Théophylacte. Ou bien ceux qui veulent s'opposer aux disciples sont les démons dont les Apôtres, plus forts qu'eux, ont triomphé. — Saint Bède. Ou bien ce sont ces maîtres de l'erreur qui s'opposèrent aux docteurs qui venaient apporter le salut aux gentils ; mais lorsque le Sauveur eut fait éclater la puissance de la foi en son nom, le peuple des croyants, libre des attaques de ses ennemis, fut amené au Seigneur qu'il portait déjà dans son cœur. Les vêtements dont les Apôtres couvrent cet animal, représentent ou la doctrine des vertus, ou le don d'interpréter les Écritures, ou la variété des dogmes de l'Église ; les cœurs des hommes autrefois nus et glacés, sont couverts de ces vêtements pour devenir des sièges dignes de Jésus-Christ. — Saint Jérôme. Ou bien encore, ces vêtements dont ils couvrent l'ânon, c'est la robe première d'immortalité (Lc 15, 28) dont se revêtent les gentils par le baptême. Jésus monte sur cet ânon, c'est-à-dire, qu'il commence à régner sur eux pour substituer à l'empire du péché dans une chair voluptueuse, celui de la justice, de la paix et de la joie dans l'Esprit saint (Rm 6, 12 ; 14, 17). " Un grand nombre étendent leurs vêtements le long du chemin sous les pieds de l'ânon. " Que figurent les pieds ? les derniers d'entre les fidèles que l'Apôtre établit pour juger leurs frères. " (1 Co 6) Ils ne sont pas jugés dignes de servir de siège au Seigneur, mais cependant ils sont instruits par Jean-Baptiste, comme les soldats, de leurs devoirs. (Lc 3) — Saint Bède. Ou bien encore, cette multitude qui étend ses vêtements le long du chemin, ce sont les saints martyrs qui se dépouillent du vêtement de leur chair pour préparer la voie par leur sang aux fidèles moins avancés dans le service de Dieu. Celle multitude est encore la figure de ceux qui domptent leurs corps par la mortification, pour ouvrir à Dieu le chemin de leur âme, ou offrir de saints exemples à ceux qui veulent marcher sur leurs traces. Ceux qui coupent des rameaux ou des branches d'arbres, représentent ceux qui recueillent dans les écrits des Pères la doctrine de vérité qui s'y trouve semée, et par une prédication pleine d'humilité, la répandent sur la voie de Dieu dans l'âme de l'auditeur qui vient les entendre. — Théophylacte. Il nous faut aussi joncher de rameaux enlevés aux arbres le chemin de notre vie, c'est-à-dire, imiter les saints, car les arbres figurent les saints, et celui qui imite leurs vertus, coupe des rameaux de ces arbres. — Saint Jérôme. Les justes fleuriront comme le palmier (Ps 91), leur racine est petite, mais leurs fleurs et leurs fruits sont très étendus. Comme ils sont la bonne odeur de Jésus-Christ (2Co 2), ils étendent sur la voie des commandements de Dieu leur bonne renommée ; ceux qui marchaient en avant, sont les prophètes, et ceux qui suivaient, les Apôtres. — Saint Bède. Or, comme tous les élus, ceux qui pouvaient être alors dans la Judée aussi bien que ceux qui sont maintenant dans l'Église, ont cru et croient encore au médiateur de Dieu et des hommes, ceux qui précèdent, comme ceux qui suivent, crient tous ensemble : Hosanna ! — Théophylacte. Il n'y a que les actes dont la fin répond au commencement qui soient vraiment à la louange de Dieu. Il en est dont la vie passée offre des commencements de bien, mais les années suivantes ont donné un démenti à celles qui précédaient, et n'ont point eu pour fin la gloire de Dieu.

Mc 11, 12-14
12 Le lendemain, quand ils quittèrent Béthanie, il eut faim.
13 Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il y trouverait quelque chose ; mais, en s'approchant, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas la saison des figues.
14 Alors il dit au figuier : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples écoutaient.
Saint Bède. Le temps de sa passion n'étant pas éloigné, Nôtre-Seigneur voulut se rapprocher du lieu où il devait souffrir, pour bien établir qu’il mourait par un effet de sa volonté : " Et Jésus entra à Jérusalem dans le temple. " À peine entré dans la ville, il se dirige vers le temple ; il nous donne ainsi un grand exemple de religion et nous apprend qu'en arrivant dans un endroit où se trouve une maison de prières, nous devons nous empresser de nous y rendre. Remarquons encore que la pauvreté du Sauveur était si grande et qu'il recherchait si peu la faveur des hommes, que dans une si grande ville il ne trouve personne qui le reçût, aucun endroit où il pût se retirer. Il est oblige d'aller dans une pauvre campagne demander l'hospitalité à Lazare et à ses sœurs, car Béthanie était le village qu'ils habitaient. " Et ayant observé toutes choses (c'est-à-dire, si quelqu'un lui offrirait un asile), comme déjà l'heure était avancée, " etc. Il ne fit pas seulement cela une fois, mais pendant les cinq jours qui s'écoulèrent depuis son entrée à Jérusalem jusqu'à sa passion ; il enseignait toute la journée dans le temple, et sortait de Jérusalem le soir pour aller passer la nuit sur la montagne des Oliviers.
" Le lendemain, comme il sortait de Béthanie, il eut faim. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 68 surS. Matth.) Comment se fait-il que le Sauveur avait faim dès le matin, comme le raconte saint Matthieu, si ce n'est par une permission divine qui était la suite de son incarnation. " Et voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il s'avança pour voir s'il ne trouverait pas quelque fruit. " II est évident que l'Évangéliste conforme son récit à la pensée des disciples, qui croyaient que Jésus s'approchait du figuier dans ce dessein, et qu'il avait maudit en figuier parce qu'il n'y avait trouvé pas de fruit. " Mais après s'en être approché, il n'y trouva que des feuilles, car ce n'était pas le temps des fruits. Et il dit au figuier, que jamais nul ne mange plus de ton fruit. " Il maudit donc ce figuier, dans l'intérêt des disciples, pour affermir leur confiance. Jusque là, en effet, il avait partout semé les bienfaits sous ses pas, et n'avait puni personne ; il importait donc qu'il donnât un exemple de sa puissance vindicative pour apprendre aux disciples qu'il aurait pu dessécher de la même manière les Juifs ses persécuteurs ; mais il ne voulut pas exercer sur les hommes cet acte de sévérité, c'est sur un arbuste qu'il l'a fait éclater. Nous voyons par là que c'est justement pour ce motif qu'il s'approche du figuier, et non parce qu'il avait faim. Et qui serait assez ignorant pour supposer qu'il pût éprouver de si grand matin le besoin de la faim ? Qui d'ailleurs l'empêchait de satisfaire ce besoin avant de sortir de la maison ? On ne peut dire non plus que c'est la vue des fruits qui excitait son appétit, car ce n'était point la saison des figues ; et puis s'il avait faim, pourquoi ne pas chercher un autre aliment au lieu de demander des figues à un figuier qui ne pouvait lui en donner. Quelle peine encore pouvait mériter un figuier de ne point porter de fruits avant la saison ? Toutes ces circonstances autorisent suffisamment cette conclusion que le Sauveur voulait donner un exemple de sa puissance, pour prévenir l'abattement où sa passion devait jeter ses disciples. — Théophylacte. Son dessein était de leur prouver qu'il pouvait exterminer en un moment, s'il l'eût voulu, ceux qui devaient le crucifier. Dans le sens mystique, Nôtre-Seigneur entre dans le temple, et en sort aussitôt pour montrer qu'il allait l'abandonner, comme une solitude déserte, et exposée à la dévastation des voleurs.
Saint Bède. Il observe avec attention tous les cœurs et ne trouvant pas où reposer la tête dans ces contradicteurs de la vérité, il se retire chez les fidèles et fixe sa demeure parmi ceux qui lui obéissent, car Béthanie signifie maison d'obéissance. — Saint Jérôme. C'est le matin qu'il vient vers les Juifs, et c'est au soir du monde qu'il nous visite. — Saint Bède. Les actions du Sauveur sont paraboliques comme ses discours. Ainsi la faim semble le presser de chercher sur un figuier des figues, dont la saison, il le savait bien, n'était pas encore venue ; et cependant il le frappe d'une stérilité perpétuelle, pour montrer que le peuple juif ne pouvait être sauvé par des feuilles sans fruit, c'est-à-dire, par les paroles de justice qui étaient sur ses lèvres, sans être accompagnées des bonnes œuvres, mais qu'il serait arraché et jeté au feu. Nôtre-Seigneur donc, pressé par la faim, c'est-à-dire, plein du désir de sauver le genre humain, voit un figuier, c'est-à-dire, le peuple juif couvert de feuilles, c'est-à-dire, des oracles de la loi et des prophètes, il cherche à lui faire produire le fruit des bonnes œuvres par ses enseignements, ses reproduis, ses miracles, et ne trouvant pas ce fruit, il condamne le figuier. Vous aussi, si vous ne voulez pas être condamné par Jésus-Christ au jour du jugement, gardez-vous d'être un arbre stérile, mais empressez-vous d'offrir à Jésus-Christ pauvre, le fruit de piété qu'il nous demande. — Saint Jean Chrysostome. On peut encore dire que le Sauveur a maudit ce figuier sur lequel il n'avait point trouvé le fruit qu'il demandait avant le temps, parce que tous ceux qui accomplissent les commandements de la loi, celui-ci, par exemple : " Vous ne commettrez point d'adultère, " sont dits porter des fruits dans leur temps. Celui, au contraire, qui non content d'éviter l'adultère, pratique la virginité, ce qui est beaucoup plus parfait, s'élève au plus haut degré des vertus. Or, le Seigneur exige des parfaits la pratique, non-seulement des devoirs ordinaires, mais des vertus supérieures à ce qu'exigent les commandements.

Mc 11, 15-19
15 Ils arrivent à Jérusalem. Alors Jésus entra dans le Temple et se mit à expulser ceux qui vendaient et ceux qui achetaient dans le Temple. Il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes,
16 et il ne laissait personne traverser le Temple en portant quoi que ce soit.
17 Il enseignait, et il déclarait aux gens : « L'Écriture ne dit-elle pas : Ma maison s'appellera maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. »
18 Les chefs des prêtres et les scribes apprirent la chose, et ils cherchaient comment le faire mourir. En effet, ils avaient peur de lui, car toute la foule était frappée par son enseignement.
19 Et quand le soir tombait, Jésus et ses disciples s'en allaient hors de la ville.
Saint Bède. Ce que Nôtre-Seigneur a fait en figure eu maudissant le figuier stérile, il le fait plus clairement en chassant du temple les impies, car le figuier n'était point coupable de ne point porter de fruit avant le temps, mais bien les prêtres. " Et ils vinrent de nouveau à Jérusalem, et lorsqu'il fut entré dans le temple " etc. Il est à croire qu'on ne vendait et qu'on n'achetait dans le temple que les choses nécessaires aux sacrifices ; si donc le Seigneur ne peut souffrir qu'on traite dans sa maison les affaires temporelles dont il est permis de s'occuper ailleurs, quel sera son courroux lorsqu'il verra s'accomplir dans des lieux qui lui sont consacrés, des actes qui partout ailleurs sont des crimes : " Et les tables des banquiers. " — Théophylacte. Il appelle banquiers (nummularios) les changeurs de monnaie, car le nummus était une petite monnaie de cuivre, " Et les sièges de ceux qui vendaient des colombes. " — Saint Bède. Comme le Saint-Esprit a paru sur la tête du Sauveur sous la forme d'une colombe (Mt 3, 2 ; Mc 1, 10 ; Lc 3, 2), les dons de ce divin Esprit sont justement figurés par les colombes. On vend donc la colombe lorsqu'on donne pour de l'argent l'imposition des mains, par laquelle nous recevons l'Esprit saint. Jésus renverse les sièges de ceux qui vendent des colombes pour nous apprendre que ceux qui font trafic des grâces spirituelles, sont privés du ministère sacerdotal, soit devant Dieu, soit devant les hommes. — Théophylacte. Celui qui livre au démon par le péché la grâce et l'innocence de son baptême, vend sa colombe, et mérite pour cela d'être chassé du temple.
" Et il ne souffrait pas que personne transportât aucun objet par le temple. " — Saint Bède. Il veut parler de ces objets qu'on n'apportait dans le temple que pour en trafiquer. Gardons-nous de croire, en effet, que le Sauveur ait banni du temple ou qu'il ait défendu d'y introduire les vases ou autres objets consacrés au culte de Dieu. Nous voyons ici une figure du jugement que Nôtre-Seigneur devait exercer plus tard, en chassant de l'Église les pécheurs obstinés, et leur interdisant à tout jamais de revenir troubler l'Église par les châtiments éternels dont il les frappe. Quant aux péchés qui se glissent dans les cœurs des fidèles, la componction dont Dieu est l'auteur les efface, et la grâce divine les préserve de toute rechute.
" Et il les instruisait en leur disant : Ma maison sera une maison de prière pour toutes les nations, " etc. — Saint Jérôme. Ce sont les paroles d'Isaïe (Is 56, 7), " mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. " — Saint Bède. C'est pour toutes les nations, et non pas seulement pour la seule nation juive ou pour la seule ville de Jérusalem, et ce n'est nullement une maison de taureaux, de boucs ou de béliers, mais une maison de prière. — Théophylacte. Le Sauveur appelle le temple une caverne de voleurs à cause du gain qu'on y réalisait. Il est, en effet, une espèce de voleurs qui se réunissent dans ce dessein, et il leur donne le nom de voleurs, parce qu'ils ne vendaient les animaux destines aux sacrifices que par le désir effréné du gain. — Saint Bède. Ils n'étaient dans le temple qu'à cette fin de persécuter extérieurement ceux qui ne donnaient pas, ou de faire mourir spirituellement ceux qui donnaient. L'âme et la conscience des fidèles sont aussi le temple et la maison de Dieu ; lorsqu'elles donnent naissance à des pensées coupables et nuisibles au prochain, ces pensées sont comme des voleurs dans une caverne. Le cœur des fidèles devient donc une caverne de voleurs lorsqu'il abandonne la simplicité qui est le caractère propre de la sainteté, pour se livrer à des actes préjudiciables au prochain.
Saint Augustin. (De l'acc. des Evang., 2, 67.) Saint Jean place ce fait à une époque toute différente (Jn 2), d'où il est clair qu'il y a eu, non un seul fait, mais deux faits semblables dans la vie du Sauveur ; Jean raconte le premier dans l'ordre chronologique, et les trois autres le dernier. — Théophylacte. C'est ce qui rend les Juifs beaucoup plus coupables, de ne s’être point corrigés après que cet acte de sévérité s'était répété plusieurs fois sous leurs yeux. — Saint Augustin. (De l'acc. des Evang., 2, 68.) Saint Marc lui-même ne suit pas le même ordre que saint Matthieu ; mais comme saint Matthieu établit cette liaison dans son récit : " Et les ayant quittés, il sortit de la ville, et s'en alla à Béthanie, " (Mt 21), et que c'est le lendemain matin, en revenant à Jérusalem que Jésus maudit le figuier, il est vraisemblable que cet Évangéliste a suivi plus exactement l'ordre chronologique sur le fait des vendeurs et des acheteurs chassés du temple. Saint Marc a donc passé d'abord sous silence ce que Jésus fit le premier jour lorsqu'il fut entré dans le temple, et se l'étant rappelé, il l'a raconté après l'histoire du figuier, sur lequel le Sauveur ne trouva que des figues, ce qui eut lieu le second jour, au témoignage des deux Évangélistes. — La Glose. Or, quel fruit produisit la réprimande du Sauveur dans les ministres du temple, l'Évangéliste nous l'apprend : " Ce qu'ayant entendu, les princes des prêtres et les scribes cherchaient un moyen de le perdre. " Ils accomplissaient ainsi cet oracle du prophète : " Ils ont haï celui qui les reprenait dans les assemblées publiques, et ils ont eu en abomination celui qui leur parlait dans la droiture et la vérité. " (Am 5) La crainte seule leur fit ajourner l'exécution de leur criminel dessein : " Car ils le craignaient, parce que tout le peuple admirait sa doctrine. " En effet, il les enseignait comme ayant autorité, et non comme leurs scribes et les pharisiens.
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