Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Mc 14, 22-25
22 Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. »
23 Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
24 Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude.
25 Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. »
Saint Bède. Toutes les cérémonies de l'ancienne pâque étant terminées, Jésus en vient à la nouvelle ; et à la chair et au sang de l'agneau, il substitue le sacrement de son corps et de son sang : " Et tandis qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain, pour prouver qu'il était celui à qui le Seigneur a dit avec serment (He 5-7) : Vous êtes prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech. " (Ps109)
" Et l’ayant béni, il le rompit. " — Théophylacte. C'est-à-dire qu'il rendit grâces avant de le rompre, c'est ce que nous faisons nous-mêmes, en y ajoutant d'autres prières. — Saint Bède. Il rompt lui-même le pain qu'il présente à ses disciples, pour montrer que la fraction de son corps était la suite d'un plan qu'il avait tracé lui-même. Il bénit le pain, parce qu'en effet, il a, conjointement avec le Père et le Saint-Esprit, rempli d'une vertu divine la nature qu'il a prise pour souffrir. Il bénit le pain et le rompt, et montre ainsi qu'il a daigné soustraire à la mort l'humanité dont il s'est revêtu, faire éclater la puissance d'immortalité qui est en elle, et nous enseigner qu'il la ressusciterait promptement dans sa personne.
" Et il leur dit : Prenez, ceci est mon corps. "— Théophylacte. C'est-à-dire ce que je vous donne maintenant, ce que vous recevez de mes mains. Le pain n'est pas seulement la figure du corps de Jésus-Christ, mais il est changé au corps de Jésus-Christ lui-même ; car Nôtre-Seigneur a dit : " Le pain que je donnerai est ma chair. " Cependant nous ne voyons point la chair de Jésus-Christ à cause de notre faiblesse ; le pain et le vin sont des aliments accommodés à notre usage ; si la chair et le sang nous étaient présentés dans leur état naturel, nous n'aurions pu nous résoudre à les prendre. Aussi Notre-Seigneur, pour condescendre à notre faiblesse, conserve les apparences du pain et du vin, mais change le pain et le vin en sa chair et en son sang. — Saint Jean Chrysostome. (serm. sur la trah. de Judas.) Et maintenant encore, Jésus-Christ est encore là, c'est lui-même qui a orné cette table, c'est lui encore qui la consacre. Ce n'est point l'homme qui change les dons offerts au corps et au sang de Jésus-Christ, c'est Jésus-Christ lui-même qui a été crucifié pour nous. Les paroles sortent de la bouche du prêtre, mais elles reçoivent leur consécration de la puissance et de la grâce de Dieu. C'est par cette parole : " Ceci est mon corps, " que les dons offerts sont consacrés, et de même que ces paroles : " Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre, " n'ont été dites qu'une fois (Gn 9, 1), et produisent cependant leurs effets dans tous les temps pour la génération des êtres par l'intermédiaire de la nature ; ainsi cette parole du Sauveur n'a été dite qu'une fois, et cependant jusqu'à ce jour, et jusqu'à l'avènement du Sauveur, elle donne au sacrifice toute sa force sur tous les autels de l'Église catholique.
Saint Jérôme. Au sens mystique, le Seigneur donne à son corps qui est l'Église actuelle, la forme de pain. On s'unit à ce corps par la foi, il est béni par la multiplication de ses membres, il est rompu par les souffrances, il est donné dans les exemples de vertu, reçu par l'enseignement, il se change dans le calice au sang de Jésus-Christ mêlé d'eau et de vin, pour nous purifier de nos fautes, et tout à la fois pour nous racheter des supplices que nous avons mérités. C'est par le sang de l'agneau que les maisons des Hébreux sont préservées de l’ange exterminateur, et leurs ennemis sont ensevelis dans les eaux de la mer ; c'étaient des symboles figuratifs de l'Église de Jésus-Christ, " Et prenant le calice, il rendit grâces et le leur donna. " C'est par la grâce, en effet, et non point par nos mérites que nous avons été sauvés. — Saint Grégoire le Grand. (Mor., 2, 24.) Nous le voyons à l'approche de sa passion, prendre du pain et rendre grâces. Celui qui a pris sur lui la peine due aux châtiments des autres, rend grâces à Dieu ; celui dont la vie n'offre pas l'ombre d'une faute, bénit humblement dans sa passion. En supportant avec tant de patience les châtiments dus aux forfaits des autres, il veut nous enseigner comment nous devons supporter les châtiments que méritent nos propres iniquités, et ce que doit faire le serviteur que Dieu châtie, alors que lui, l'égal de son Père, lui rend grâces des souffrances qu'il endure. — Saint Bède. Le vin du calice du Seigneur est mêlé d'eau et figure ainsi que nous devons demeurer en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en nous, car au témoignage de saint Jean, les eaux représentent les peuples. Il n'est permis à personne d'offrir ou du vin seul, ou de l'eau seule, une telle offrande semblerait vouloir séparer la tête des membres, et signifier ou que Jésus-Christ a pu souffrir sans l'amour de notre rédemption, ou que nous pouvons être sauvés, et mériter d'être offerts à Dieu sans nous unir à sa passion.
" Et ils en burent tous. " — Saint Jérôme. Heureuse ivresse, satiété salutaire, qui daigne communiquer à l'âme une sobriété d'autant plus grande qu'elle est plus abondante. — Théophylacte. Quelques auteurs prétendent que Judas n'a point participé aux divins mystères, mais qu'il sortit avant que le Seigneur les eût distribués à ses disciples. D'autres, au contraire, soutiennent qu'il reçut le corps sacré du Sauveur. — Saint Jean Chrysostome. (serm. sur la trah. De Judas) Jésus-Christ offrait son sang à celui-là même qui allait le vendre, afin qu'il pût y puiser la rémission de ses péchés, s'il avait voulu renoncer à son impiété. — Saint Jérôme. Judas but donc à ce calice du salut, mais il ne fut point rassasié et n'éteignit point la soif que produit le feu éternel, parce qu'il reçut indignement les mystères de Jésus-Christ ; car son sacrifice ne peut purifier ceux qui se sont traînés dans le bourbier infect de la cruauté, et que des pensées dépourvues de raison précipitent dans le crime. — Saint Jean Chrysostome. (serm. sur la trah. de Judas.) Qu'il n'y ait donc aucun Judas à la table du Seigneur ; ce sacrifice est une nourriture spirituelle. Or, de même que la nourriture corporelle, lorsqu'elle trouve l'estomac chargé d'humeurs contraires, ne fait que le rendre plus malade ; ainsi cette nourriture spirituelle, lorsqu'elle entre dans une âme souillée par le péché, rend sa perte plus certaine, non par l'effet de sa nature, mais par la mauvaise disposition de celui qui la reçoit. Que l'âme soit donc pure de toute souillure, que cette pureté s'étendent jusqu'aux pensées, parce que c'est ici le sacrifice de toute pureté.
" Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance." — Saint Bède. Nôtre-Seigneur établit ici le caractère qui distingué la nouvelle alliance de l'ancienne, qui fut consacrée par le sang des boucs et des taureaux, que Moïse répandait sur le peuple en disant : " Voici le sang de l'alliance que le Seigneur a faite avec vous. " (Ex 24, 8.) " Qui sera répandu pour plusieurs. " — Saint Jérôme. Car il ne purifie pas tous les hommes de leurs péchés.
" En vérité je vous le dis : Je ne boirai plus, " etc. — Théophylacte. C'est-à-dire, je ne boirai plus de ce vin jusqu'à la résurrection, il appelle sa résurrection son royaume, parce que c'est alors qu'il a régné en vainqueur sur la mort. Après sa résurrection, il but et mangea avec ses disciples, leur prouvant ainsi qu'il était bien le même qui avait souffert. Le vin qu'il boit alors est nouveau, c'est-à-dire qu'il le boit d'une manière différente et toute nouvelle ; car il n'a plus un corps passible qui ait besoin de nourriture, son corps est à la fois immortel et incorruptible ; voici donc l'explication de ces paroles : la vigne, c'est le Seigneur lui-même ; le fruit de la vigne, ce sont les mystères, et l'intelligence secrète qu'en donne celui qui enseigne la science à l'homme (Ps 92) Or, dans le royaume de Dieu, c'est-à-dire dans le siècle futur, il boira avec ses disciples les mystères et la sagesse, en nous enseignant, en nous révélant alors des vérités nouvelles dont il nous dérobe ici-bas la connaissance. — Saint Bède. Ou bien dans un autre sens, cette vigne du Seigneur c'est la synagogue au témoignage d'Isaïe : " La vigne du Seigneur des armées, nous dit-il, c'est la maison d'Israël. " (Is 5) C'est donc au moment où le Sauveur marche de lui-même au devant de sa passion, qu'il dit à ses disciples : " Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, " c'est-à-dire en d'autres termes : Je ne me complairai plus dans les cérémonies charnelles de la synagogue, parmi lesquelles l'immolation de l'agneau pascal tenait le premier rang ; car voici venir le temps de ma résurrection, voici venir ce jour où en possession du royaume de Dieu, élevé sur les hauteurs d'une gloire immortelle, je serai avec vous comblé de joie à la vue du salut de ce peuple régénéré aux sources de la grâce spirituelle.
Saint Jérôme. Remarquons que Nôtre-Seigneur change la nature du sacrifice, mais sans changer le temps où il était offert. Il nous apprend ainsi a ne jamais célébrer la cène au seigneur, avant le quatorzième jour de la lune. Celui qui célébrerait la résurrection le quatorzième jour serait obligé de célébrer la cène au onzième, ce qui ne s'est jamais fait ni sous la loi ancienne, ni sous la loi nouvelle.

Mc 14, 26-31
26 Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
27 Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.
28 Mais, après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
29 Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
30 Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois. »
31 Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous disaient de même.
Théophylacte. Ils avaient rendu grâces avant de boire le calice du salut, ils rendent grâces après l'avoir bu : " Et après le cantique d'actions de grâces, ils s'en allèrent sur la montagne des Oliviers. " Apprenez ici à rendre aussi grâces à Dieu avant et après vos repas. — Saint Jérôme. Cet hymne est un cantique de louanges au Seigneur, comme il est dit au Psaume 21, 28-32 : " Les pauvres mangeront et seront rassasiés, et ceux qui chercheront le Seigneur célébreront ses louanges. " Et encore : " Tous les grands de la terre mangeront et adoreront. " Le Sauveur nous enseigne encore qu'il était doux et désirable pour lui de mourir pour nous, puisqu'au moment d'être livré à ses ennemis, il offre à Dieu un hymne de louanges. II nous apprend enfin, lorsque nous sommes surpris par l'affliction, à ne point nous laisser aller à la tristesse, mais à rendre grâces à Dieu, qui se sert de la tribulation pour opérer le salut d'un grand nombre. — Saint Bède. On peut encore voir dans cet hymne le cantique d'actions de grâces que rapporte saint Jean, et où le Sauveur élevant les yeux au ciel, priait pour lui, pour ses disciples, et pour tous ceux qui devaient croire en lui.(Jn 17)
Théophylacte. Jésus se retire sur une montagne, afin que ses ennemis le trouvant seul, pussent s'emparer de lui sans aucun tumulte. Car s'ils s'étaient saisi de lui au milieu de la ville, la multitude aurait pu s'agiter, et ses ennemis auraient trouvé dans cette agitation un juste motif de le mettre à mort, sons le prétexte qu'il cherchait à soulever le peuple. — Saint Bède. Au sens mystique, c'est dans un dessein plein de sagesse que Notre-Seigneur conduit ses disciples sur la montagne des Oliviers, après les avoir nourris et fortifiés des saints mystères ; il nous apprend ainsi qu'après avoir reçu les divins sacrements, nous devons nous élever à des vertus plus hautes, à des grâces plus sublimes de l'Esprit saint, vertus et grâces par lesquelles nos cœurs sont comme consacrés. — Saint Jérôme. Notre-Seigneur Jésus-Christ tombe au pouvoir de ses ennemis sur le mont des Oliviers, du haut duquel il monta au ciel, pour nous apprendre que nous aussi nous montons au ciel du milieu de nos veilles, de nos prières et de nos souffrances, lorsque nous les acceptons sans résistance.
Saint Bède. Le Sauveur prédit à ses disciples l'épreuve qui les attend, afin que quand elle sera venue, ils ne désespèrent point de leur salut, mais qu'ils cherchent leur délivrance dans le repentir : " Et Jésus leur dit : Je vous serai à tous un sujet de scandale pendant cette nuit. " — Saint Jérôme. Tous succombent, mais tous ne restent pas sous le coup de cette chute. Est-ce que celui qui tombe ne se relèvera jamais ? dit le psalmiste. (Ps 40) Il est de la nature humaine de tomber, mais il est diabolique de ne point se relever. —Théophylacte. Dieu permit cette chute dans ses Apôtres, pour les guérir d'une confiance trop grande en eux-mêmes, et afin que cette prédiction ne parût point reposer sur une simple apparence, il l'appuie sur ce témoignage du prophète Zacharie : " Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. " Saint Bède. Cette prophétie est conçue en d'autres termes dans Zacharie, et c'est le prophète lui-même qui dit à Dieu : " Frappez le pasteur, et les brebis seront dispersées " (Za 13, 7). — Saint Jérôme. Le prophète demande la passion du Seigneur, le Père répond à ces prières : " Je frapperai le Pasteur, " le Fils est envoyé par son Père, et il est frappé, c'est-à-dire qu'il est incarné et souffre les douleurs de sa passion. — Théophylacte. Le Père dit : " Je frapperai le Pasteur, " parce qu'il l'abandonne aux coups de ses ennemis ; il donne le nom du brebis à ses disciples à cause de leur innocence et de leur éloignement de toute malice. Le Sauveur se hâte d'ajouter des prédictions plus consolantes : " Mais après que je serai ressuscité, j'irai avant vous eu Galilée. " — Saint Jérôme. Il leur promet donc avec certitude qu'il ressuscitera, pour ne point éteindre toute espérance dans leur cœur, " Or Pierre lui dit : Quand vous seriez pour tous les autres un sujet de scandale, vous ne le serez point pour moi. " Voici un oiseau sans ailes qui veut s'élever dans les airs, mais le corps appesantit l'âme, et donne à la crainte tout humaine de la mort une force qui triomphe de la crainte de Dieu. —Saint Bède. La promesse de Pierre lai était inspirée par l'ardeur de la foi, et la prédiction du Seigneur, par la connaissance qu'il avait de l'avenir : " Et Jésus lui repartit : En vérité je vous le dis, " etc.
Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 3, 2.) Tous les Évangélistes rapportent la prédiction que le Sauveur fît à Pierre, qu'il le renierait avant que le coq chantât, mais le récit de saint Marc est plus circonstancié. Aussi quelques-uns, faute d'attention sérieuse, prétendent que saint Marc ne peut se concilier ici avec les autres Évangélistes ; car, disent-ils, Pierre a renié trois fois son maître ; et si ce triple renoncement a commencé après le premier chant du coq, le récit des trois Évangélistes n'est pas conforme à la vérité, puisqu'ils rapportent que le Seigneur a déclaré à Pierre, qu'avant que le coq chantât, il le renierait trois fois. Maintenant si les trois renoncements de saint Pierre ont eu lieu avant que le coq ait commencé à chanter, pourquoi Nôtre-Seigneur aurait-il dit, d'après saint Marc : " Avant que le coq ait chanté deux fois, vous me renierez trois fois. " Nous répondons que le triple renoncement de saint Pierre ayant commencé avant le chant du coq, les trois Évangélistes ont considéré, non pas le moment où il devait être consommé, mais celui où il devait se produire et commencer, c'est-à-dire, avant le chant du coq, bien qu'on puisse dire que dans les dispositions intérieures de Pierre, ce triple renoncement eut lieu tout entier avant le chant du coq ; saint Marc, au contraire, raconte plus en détail ce qui se passa entre chaque renoncement. — Théophylacte. Voici donc comme on peut l'entendre : Pierre nia une première fois, et le coq chanta ; puis il nia une seconde et une troisième fois, et le coq chanta pour la seconde fois.
Saint Jérôme. Ce coq, messager de la lumière, figure l'Esprit saint, dont la voix se fait entendre à nous par les prophètes et par les Apôtres, à l'occasion de ce triple renoncement, pour nous appeler à répandre des larmes amères sur nos chutes multipliées, sur nos pensées coupables à l'égard de Dieu, sur nos discours blessants pour le prochain et sur les fautes commises contre nous-mêmes.
Saint Bède. Nous voyons ici la foi de Pierre et la vivacité de son amour pour son divin Maître : " Mais il insistait encore davantage : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerai point. " — Théophylacte. Les autres disciples firent preuve de la même ardeur, de la même intrépidité : " Et tous les autres en dirent autant. " Mais en cela ils contredisaient aussi la vérité que Jésus-Christ venait de leur prédire.

Mc 14, 32-42
32 Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Restez ici ; moi, je vais prier. »
33 Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.
34 Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Demeurez ici et veillez. »
35 S'écartant un peu, il tombait à terre et priait pour que, s'il était possible, cette heure s'éloigne de lui.
36 Il disait : « Abba... Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »
37 Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n'as pas eu la force de veiller une heure ?
38 Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. »
39 Il retourna prier, en répétant les mêmes paroles.
40 Quand il revint près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis. Et ils ne savaient que lui dire.
41 Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer. C'est fait ; l'heure est venue : voici que le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs.
42 Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. »
La Glose. Après nous avoir raconté la prédiction du Seigneur sur le scandale dont il devait être l'occasion pour ses disciples, l'Évangéliste rapporte la prière qu'il fit, on le croit, pour ses disciples. Et tout d'abord il nous décrit le lieu qu'il choisît pour prier : " Ils allèrent ensuite en un lieu appelé Gethsémani. " — Saint Bède. On voit encore aujourd'hui ce lieu de Gethsémani, où le Seigneur fit sa prière. Il est situé au pied du mont des Oliviers, et le mot Gethsémani signifie vallée féconde ou vallée de l'abondance. Nôtre-Seigneur, en choisissant une montagne pour prier, nous enseigne à quelle sublimité de pensées et d'intentions nous devons nous élever dans la prière ; et en priant dans la vallée de la fécondité, il nous apprend à pratiquer toujours l'humilité dans nos prières et la fécondité de l'amour intérieur ; car c'est en descendant lui-même dans la vallée de l'humilité et en suivant les inspirations de son extrême charité qu'il a souffert la mort pour nous. — Saint Jérôme. C'est aussi dans cette vallée d'abondance qu'il fut assailli par des taureaux chargés de graisse. (Ps 31) " Et il dit à ses disciples : Demeurez ici tandis que je prierai. " II sépare de lui dans la prière ceux qui doivent en être séparés dans sa passion ; il prie, et ils dorment accablés sous le poids de leur cœur.
Théophylacte. Nôtre-Seigneur avait coutume de se retirer seul pour prier, et il nous apprend ainsi à chercher le silence et la solitude lorsque nous devons prier : " Et il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean. " Il prend seulement avec lui les trois disciples qui ont été témoins de sa gloire sur le Thabor, pour associer à ses tristesses ceux qu'il avait associés à sa gloire, et que ces tristesses mêmes fussent pour eux une preuve de la vérité de son humanité : " Et il commença à se troubler et à être accablé d'ennui. " Par là même qu'il avait pris l'humanité tout entière, il en avait pris toutes les passions, la crainte, l'ennui, la tristesse, car les hommes ont un éloignement naturel pour la mort : " Et il leur dit : Mon âme est triste jusqu'à la mort. " — Saint Bède. Tout Dieu qu'il est, il s'est revêtu de notre corps, il fait donc voir en lui la fragilité de la chair, pour détruire par ce seul fait l'impiété de ceux qui refusent de croire au sacrement de l'Incarnation. Dès lors, en effet, qu'il s'est uni à un corps semblable au nôtre, il a dû en prendre toutes les propriétés, toutes les faiblesses naturelles, comme la faim, la soif, les angoisses, la tristesse ; car pour la divinité elle ne peut éprouver la moindre altération de ces diverses impressions. — Théophylacte. Il en est qui entendent ces paroles dans ce sens : " Je m'attriste, non de la mort que je dois endurer, mais de ce que les Israélites, mes compatriotes, vont me crucifier, et seront par là même exclus du royaume de Dieu, " — Saint Jérôme. Il nous enseigne aussi la crainte et la tristesse dont nous devons être pénétrés en présence du jugement de la mort, car nous ne pouvons dire par nous-mêmes, mais par Jésus-Christ seul : " Le prince de ce monde vient, et il n'a aucun droit sur moi. "
" Demeurez ici et veillez. " Le sommeil auquel il leur défend de se livrer n'est point le sommeil ordinaire dont il ne pouvait être question aux approches du combat, mais le sommeil de l'infidélité et de la langueur de l'esprit. Il s'éloigne un peu de ses disciples et se prosterne la face contre terre, pour faire paraître l'humiliation de son âme jusque dans la posture humiliée du corps : " Et s'en allant un peu plus loin, il se prosterna la face contre terre, priant que s'il était possible, cette heure s'éloignât de lui, " etc. — Saint Augustin. (De l'acc. des Evang., 3, 4.) Il ne dit pas à Dieu : Si vous pouvez le faire, mais : " Si cela peut se faire. " Car la volonté de Dieu est la mesure de son pouvoir. Ces paroles : " Si cela est possible, " reviennent donc à celles-ci : " Si vous le voulez. " Et afin qu'on ne puisse soupçonner qu'il porte ici atteinte à la puissance de son Père, il nous explique aussitôt quel sens il faut donner aux paroles qui précèdent : " Et il dit : Mon Père, tout vous est possible " preuve évidente qu'il est question, non de l'impuissance du Père, mais de sa volonté dans ces paroles : " Si cela est possible. " Suivant saint Marc, Notre-Seigneur joint au nom de père le mot abba, qui signifie en hébreu Père. Peut-être a-t-il fait usage de ces deux mots dans une intention mystérieuse, et pour nous apprendre qu'il se livrait à cette tristesse, comme représentant de son corps mystique, qui est l'Église, dont il est devenu comme la pierre angulaire qui réunit les deux peuples ; les hébreux, au nom desquels il prononce le mot abba, et les gentils qui disent à Dieu : " Père. " — Saint Bède. Il demande à Dieu que ce calice s'éloigne de lui, prouvant ainsi qu'il était véritablement homme : " Détournez de moi ce calice. " Mais se rappelant aussitôt le but de sa mission, il veut accomplir l'œuvre pour laquelle il a été envoyé, et il s'écrie : " Néanmoins que votre volonté s'accomplisse et non la mienne. " Si la mort peut être détruite sans que la nature humaine reçoive en moi le coup de la mort, que ce calice s'éloigne ; mais comme ce triomphe ne peut être obtenu que par ma mort, qu'il soit fait comme vous le voulez et non comme je veux. Il en est beaucoup qui s'attristent aux approches de la mort ; qu'ils aient une grande droiture de cœur, qu'ils évitent la mort dans la mesure du possible ; mais s'ils ne peuvent l'éviter, qu'ils répètent les paroles que Nôtre-Seigneur n'a prononcées que pour nous. — Saint Jérôme. Le Sauveur nous y enseigne encore à être obéissants à nos parents jusqu'à la fin de notre vie, et à préférer leur volonté à la nôtre, " Et il vint, et il les trouva endormis. " Leur âme est endormie comme leur corps. Cependant le Seigneur qui revient les trouver après sa prière et les trouve tous endormis, n'adresse de reproche qu'à Pierre : " Et il dit à Pierre : Simon, vous dormez ; vous n'avez pu veiller une heure avec moi ? " C'est-à-dire : " Vous qui n'avez pu veiller une heure avec moi, comment pouvez-vous mépriser la mort, vous qui avez promis de mourir avec moi ? " Veillez et priez, afin que vous n'entriez point dans la tentation de me renier. — Saint Bède. Il ne leur dit pas : Priez, afin de ne pas être tentés, mais priez, afin de ne pas entrer en tentation, c'est-à-dire, de ne point succomber à la tentation. — Saint Jérôme. Or celui qui entre en tentation est celui qui néglige de prier.
" L'esprit est prompt, et la chair est faible. " — Théophylacte. C'est-à-dire votre esprit rejette avec ardeur la pensée de me renier, et voilà pourquoi vous faites cette promesse ; mais votre chair est si faible, que si Dieu, que vous priez, ne la fortifie, vous succomberez à la tentation. — Saint Bède. Le Sauveur réprime ici la présomption téméraire de ceux qui s'imaginent pouvoir tout ce qui leur vient à l'esprit ; plus, au contraire, l'ardeur de notre âme nous donne de confiance, plus la fragilité de la chair doit nous inspirer de crainte. Tout ce passage est directement opposé à l'erreur de ceux qui ne veulent reconnaître dans le Sauveur qu'une opération et qu'une volonté ; car il établit clairement l'existence des deux volontés, de la volonté humaine qui refuse de souffrir à cause de la faiblesse de la chair, et de la volonté divine, qui marche avec ardeur au delà des souffrances.
" Et il s'en alla pour la seconde fois, et fît sa prière dans les mêmes termes. — Théophylacte. Cette seconde prière prouve qu'il était véritablement homme. " Et étant retourné vers eux, il les trouva endormis. " Cependant il leur adresse de vifs reproches ; " Car leurs yeux étaient appesantis par le sommeil, et ils ne savaient que lui répondre. " Devant ce spectacle de la faiblesse humaine, apprenons à ne pas promettre des choses qui nous sont impossibles, lorsque nous sommes appesantis par le sommeil. Il retourne une troisième fois pour faire la même prière. " II revint enfin la troisième fois, et il leur dit : Dormez maintenant et reposez-vous. " II ne s'émeut pas contre eux qui après les premiers reproches ont aggravé leur faute, mais il leur dit avec une espèce d'ironie : " Dormez maintenant et reposez-vous, " parce qu'il savait que le traître disciple approchait. Ce qu'il ajoute, prouve évidemment le dessein ironique de ses paroles : " C'en est assez, l'heure est venue, voici que le Fils de l'homme va être livré entre les mains des pécheurs. Il leur reproche ironiquement leur sommeil, et semble leur dire : C'est bien maintenant le temps de dormir au moment où l'ennemi s'approche. " Levez-vous, continue-t-il, marchons, celui qui doit me trahir n'est pas loin. " Ce n'est pas pour leur faire prendre la fuite qu'il leur tient ce langage, mais pour les entraîner avec lui au-devant de ses ennemis. — Saint Augustin. (de l'accord des Evang., 3, 4.) Ou bien encore, comme il avait dit : " Dormez maintenant et reposez-vous, " il ajoute : " C'en est assez, " et puis il continue : " L'heure est venue, voici que le Fils de l'homme va être livré. Il faut donc admettre qu'après ces paroles : " Dormez et reposez-vous, " le Seigneur garda quelque temps le silence pour donner aux Apôtres le temps de dormir, et qu'il leur dit ensuite : " L'heure est venue, " après ces autres paroles : " C'est assez, " sous-entendez, dormir. — Saint Jérôme. Le sommeil auquel les disciples se laissent aller par trois fois, nous représente les trois morts ressuscites par Nôtre-Seigneur, le premier dans sa maison ; le second, lorsqu'on le conduisait au tombeau ; le troisième dans le tombeau même.
suivant