Mc 1, 4-8
4 Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
5 Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui. Tous se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en reconnaissant leurs péchés.
6 Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
7 Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales.
8 Moi, je vous ai baptisés dans l'eau ; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint. »
Saint Jérôme. Selon la prophétie d'Isaïe qui précède, Jean prépare la voie du Seigneur par la foi, le baptême et la pénitence. Il rend droits les sentiers, par cet extérieur austère, ce vêtement de poils de chameau, cette ceinture de cuir, ces sauterelles et ce miel sauvage et ce langage plein d'humilité. Aussi, est-il écrit : " Jean parut dans le désert, " car Jean, aussi bien que Jésus cherche ce qui a été perdu dans le désert, lui-même, où Satan a remporté la victoire, il est vaincu à son tour ; l'homme se relève là où il est tombé. Jean signifie grâce de Dieu, or, c'est par la grâce que commence ce récit évangélique. En effet, le mot qui suit est celui-ci : baptisant ; et c'est par le baptême que la grâce nous est donnée, puisqu'il remet gratuitement les péchés. Mais ce qui est consommé par l'Époux c'est le paranymphe de l'Époux qui le commence. Ainsi les catéchumènes, c'est-à-dire, ceux que l'on instruit, reçoivent-ils du prêtre les premiers éléments de la foi, et de l'évêque l'onction du saint-chrême, et c'est là ce qu'expriment les paroles suivantes : " Il prêchait le baptême de la pénitence. " — Saint Bède. Il est évident que Jean n'a pas seulement prêché le baptême de la pénitence, mais qu'il l'a administré à un certain nombre ; mais il n'a pu donner le baptême pour la rémission des péchés, car la rémission des péchés ne nous est accordée que dans le baptême de Jésus-Christ. II est donc écrit : " II prêchait le baptême de la pénitence " pour la rémission des péchés, parce que ne pouvant donner le baptême qui remet véritablement les péchés, il en était du moins le prédicateur ; et de même qu'il était le précurseur du Verbe incarné par sa prédication, ainsi il précédait et figurait par son baptême, qui ne pouvait remettre le péché, le baptême de la pénitence où les péchés nous sont pleinement remis. — Théophylacte. Ou bien encore : Quoique le baptême de Jean ne pût remettre les péchés, cependant il les conduisait à la pénitence. Il prêchait donc son baptême de pénitence, et cette prédication conduisait à la rémission des péchés. En d'autres termes, ceux qui recevaient Jésus-Christ avec des sentiments de pénitence, le recevaient pour la rémission de leurs péchés.
Saint Jérôme. C'est par Jean, en sa qualité d'ami de l'époux que l'épouse est présentée à Jésus-Christ comme autrefois Rébecca fut présentée à Isaac par Eliézer, son intendant (Gn 24) : " Et toute la Judée, continue l'Évangéliste, sortait pour venir à lui, " car la gloire et la louange marchent devant lui (Ps 95, 6), c'est-à-dire, devant l'Époux. Celle en effet qui se hâte de descendre de son chameau, c'est l'Église qui maintenant s'abaisse et s'humilie à la vue du véritable Isaac, Jésus-Christ son époux. Le mot Jourdain, signifie descente étrangère, parce que étrangers à l'égard de Dieu, éloignés de lui par l'orgueil, mais humiliés dans les eaux du baptême, nous sommes relevés jusqu'aux cieux.— Saint Bède. Ce qui suit : " Confessant leurs péchés, " enseigne clairement, à ceux qui désirent le baptême, l'obligation de confesser leurs péchés, et de promettre de mener une vie plus sainte.
Saint Jean Chrysostome. Jean qui prêchait le baptême de la pénitence, en portait les signes dans son vêtement comme dans sa nourriture. " Et Jean était vêtu de poils de chameau. " Il était vêtu de poils de chameau et non de laine. Les poils de chameau sont la marque de l'austérité du vêtement, la laine signifie plutôt une vie molle et sensuelle. La ceinture de cuir qu'il portait comme Élie, est le symbole de la mortification (cf. 4 R 1). Et ce qui suit : " II se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, " annonce un habitant du désert, qui ne recherche pas les mets délicieux, mais qui satisfait simplement aux nécessités de la vie matérielle. — Saint Jérôme. Le vêtement de Jean, sa nourriture, tout son genre de vie représente la vie austère des prédicateurs, et la vocation future des nations au bienfait de la grâce divine dont Jean est le symbole par son nom aussi bien que leur union intérieure et extérieure avec Jésus-Christ, car les poils de chameau signifient les riches parmi les nations ; et la ceinture de cuir, les pauvres qui sont morts au monde ; les sauterelles vagabondes, ce sont les vrais sages du siècle qui, abandonnant aux Juifs leurs pailles arides, emportent comme sur leurs chars, le froment mystérieux, et, dans l'ardeur de leur foi, s'élancent vers les hauteurs. Par le miel sauvage, il faut entendre les fidèles saintement inspires qui s'engraissent du produit d'une forêt inculte. — Théophylacte. Ou bien : Le vêtement de poils de chameau était le signe extérieur de la douleur qui, comme l'insinue Jean-Baptiste, doit pénétrer un cœur pénitent, car le sac ou le cilice est le symbole de la douleur. La ceinture signifiait la mortification du peuple juif. La nourriture de Jean n'est pas seulement la preuve de son abstinence, mais encore de l'aliment spirituel dont le peuple se nourrissait alors, non qu'il pût encore élever bien haut ses pensées, mais il essayait de s'élever et il retombait bien vite à terre. Ainsi en est-il de la sauterelle qui saute et retombe aussitôt. Le peuple se nourrissait à ta vérité d'un miel composé par les abeilles, c'est-à-dire, par les prophètes, mais sans être préparé et à l'état sauvage, car les Juifs avaient bien les Écritures, comme un miel précieux, mais ils n'en avaient qu'une faible intelligence.
Saint Grégoire le Grand. (Moral., 31, 12). Ou bien, par ce genre de nourriture, Jean-Baptiste figurait le Seigneur dont il était le précurseur. En effet, lorsqu'il est venu pour nous racheter, la gentilité stérile jusqu'alors, fut à sa bouche comme un miel sauvage, et lorsqu'il s'est incorporé la nation juive, il s'est nourri en quelque sorte de sauterelles qui s'élancent par bonds subits et retombent soudain à terre. Les Juifs, en effet, semblaient vouloir s'élancer lorsqu'ils promettaient d'accomplir les préceptes du Seigneur, mais ils retombaient à terre, lorsque par leurs œuvres, ils reniaient ces divins oracles, c'est-à-dire qu'ils bondissaient en paroles, et qu'ils retombaient à terre par leurs œuvres. — Saint Bède. Le vêtement et la nourriture de Jean peuvent aussi exprimer la nature de sa vie intérieure. Il portait des vêtements grossiers et austères parce qu'il ne flattait pas les pécheurs dans leur conduite déréglée, mais les reprenait par de rigoureuses invectives ; il portait une ceinture de cuir autour des reins parce qu'il crucifia sa chair avec ses vices et ses convoitises (Ga 5, 24). Il mangeait du miel sauvage, parce que sa prédication respirait je ne sais quelle douceur qui ravissait la multitude, et lui faisait croire qu'il était peut-être le Christ (Lc 3) ; mais cette prédication eut un résultat plus désirable et le peuple finit par comprendre qu'il n'était pas le Christ, mais le précurseur et le prophète du Christ. Et, en effet, la qualité du miel, c'est la douceur, le propre des sauterelles, c'est un vol rapide. L'Évangéliste ajoute : " Et il prêchait ainsi : II en vient un après moi qui est plus puissant que moi. " — La Glose. Il tient ce langage pour combattre l'opinion de la foule qui croyait qu'il était le Christ, et il annonce que le Christ est plus puissant que lui, parce qu'il remettrait les pêches, ce qu'il ne pouvait faire lui-même. — Saint Jérôme. Quel est celui qui est plus puissant que la grâce qui lave et efface les péchés (et dont Jean est le symbole), celui qui remet les péchés septante fois sept fois (Mt 18, 21 ; 3 ; Ap 7, 4 ; 14, 1). La grâce du baptême apparaît la première, il est vrai, mais elle ne remet les péchés qu'une fois, tandis que la miséricorde s'exerce à l'égard des pécheurs depuis Adam jusqu'à Jésus-Christ pendant soixante-dix-sept générations et sur cent quarante-quatre mille personnes.
Saint Jean Chrysostome. On aurait pu le soupçonner en parlant ainsi de vouloir se comparer à Jésus-Christ, il ajoute donc : " Lui dont je ne suis pas digne, etc. " Or, délier sa chaussure comme le dit ici saint Marc, n'est pas la même chose que de porter sa chaussure, selon l'expression de saint Matthieu. Et, en effet, les Évangélistes suivant le cours de leur récit, et sans se tromper en quoique ce soit, disent que saint Jean a employé ces deux termes qui ont un sens différent. Les commentateurs l'expliquent l'un et l'autre de plusieurs manières : la courroie ce sont les cordons qui retiennent la chaussure ; il use de cette expression pour faire ressortir l'excellence du pouvoir du Christ, et la grandeur de sa divinité comme s'il disait : " Je ne suis pas digne d'être rangé au nombre de ses serviteurs. " C'est une grande faveur, en effet, de se prosterner en quelque sorte aux pieds du Christ, pour étudier ce qui a rapport à sa nature corporelle, pour considérer ici-bas l'image de ses perfections divines, et dénouer (pour ainsi dire), chacune des merveilles inexplicables du mystère de l'Incarnation. — Saint Jérôme. La chaussure se place à l'extrémité du corps : ainsi le Sauveur s'est incarné pour accomplir toute justice, à l'extrémité des temps. C'est pour cela que le Prophète dit (Ps. 49 ; 107) : " J'étendrai mes pas jusqu'à l'Idumée. " — Saint Grégoire le Grand. La chaussure se fait avec la dépouille d'animaux morts : ainsi le Seigneur venant dans le monde, par son incarnation, apparaît pour ainsi dire avec cette chaussure, Lui qui a élevé jusqu'à sa divinité la dépouille de notre nature mortelle corruptible. Dans un autre sens : c'était un usage chez les anciens que lorsqu'un homme refusait de recevoir pour épouse celle qui lui revenait de droit, son plus proche parent l'épousait alors par droit de parenté, et lui déliait la chaussure. Jean-Baptiste se déclare donc à juste titre indigne de dénouer les cordons de la chaussure du Sauveur, comme s'il disait ouvertement : Je ne puis délier la chaussure du Christ, parce que je me reconnais indigne de prendre le titre d'époux. — Théophylacte. On peut encore l'entendre ainsi : Tous ceux qui venaient trouver Jean-Baptiste et qui recevaient son baptême, étaient délivrés des liens de leurs péchés par la pénitence, et en vertu de leur foi en Jésus-Christ. Jean-Baptiste dénouait donc les cordons, c'est-à-dire les liens du péché" mais il ne put dénouer la chaussure de Jésus-Christ parce qu'il ne trouva pas en lui l'ombre même du péché.
Saint Bède. Saint Jean ne proclame point encore la divinité, la filiation divine du Seigneur, mais il le présente seulement comme un homme plus puissant que lui ; car ses auditeurs, encore grossiers, ne pouvaient pénétrer les profondeurs d'un si grand mystère et comprendre que le Fils éternel de Dieu eût daigné se faire homme dans le sein d'une vierge, et prendre une seconde naissance pour venir dans le monde ; mais il fallait les initier peu à peu, par la connaissance de son humanité glorifiée, à la foi de son éternelle divinité. Néanmoins, il leur déclare en termes voilés que celui qu'il annonce est véritablement Dieu, en leur disant : " Je vous baptise dans l'eau ; mais lui vous baptisera dans le Saint-Esprit, " car qui peut douter qu'un autre que Dieu puisse donner la grâce de l'Esprit saint. — Saint Jérôme. Quel rapport y a-t-il donc entre l'eau et le Saint-Esprit qui était porté sur les eaux ? (Gn 1) L'eau, c'est le signe mystérieux de l'homme ; l'Esprit, c'est le signe mystérieux de Dieu. — Saint Bède. Nous sommes baptisés dans l'Esprit saint, non seulement lorsqu'au jour du baptême nous sommes purifiés de nos péchés dans cette source, de vie , mais chaque jour, lorsque, parla grâce de ce même Esprit, nous sommes enflammés d'un saint zèle pour l'accomplissement de la volonté de Dieu.
Mc 1, 9-11
9 Or, à cette époque, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain.
10 Au moment où il sortait de l'eau, Jésus vit le ciel se déchirer et l'Esprit descendre sur lui comme une colombe.
11 Du ciel une voix se fit entendre : « C'est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j'ai mis tout mon amour. »
Saint Jérôme. L'évangéliste saint Marc, comme le cerf qui aspire aux sources d'eaux vives, bondit dans la plaine et sur le sommet des collines ; comme l'abeille ruisselante de miel effleure et déguste le sommet des fleurs, et il nous montre aussitôt Jésus qui vient de Nazareth : " Et il arriva qu'en ces jours-là, " etc. — Saint Jean Chrysostome. Jésus-Christ devait instituer un autre baptême ; cependant il vient recevoir celui de Jean qui, rapproché du sien, était bien incomplet, et qui d'ailleurs différait du baptême des Juifs et tenait pour ainsi dire le milieu entre ces deux baptêmes. Il voulait nous apprendre, par la nature même de ce baptême, qu'il n'était point baptisé pour la rémission des péchés, ni comme ayant besoin de recevoir le Saint-Esprit ; car le baptême de Jean ne conférait aucune de ces deux grâces. Mais il fut baptisé pour se faire connaître à tous, afin que tous pussent croire en lui et pour accomplir toute justice, c'est-à-dire les préceptes du Seigneur, puisqu'ils commandaient entre autres choses de recevoir le baptême du Prophète. — Saint Bède. Il fut baptisé d'une part pour sanctionner, par l'autorité de son exemple, le baptême de Jean ; il voulut aussi sanctifier l'eau du Jourdain et signifier par la descente de la colombe la venue du Saint-Esprit dans les eaux régénératrices des fidèles : " Et comme il sortait de l'eau, dit l'Évangéliste, il vit les deux ouverts et l'Esprit saint descendant sous la forme d'un colombe et demeurant sur lui. "
Or, les cieux sont ouverts, non dans ce sens que les éléments se replient sur eux-mêmes, mais ils sont ouverts aux yeux de l'âme, comme ils le furent pour Ézéchiel dans la vision qu'il raconte au commencement de ses prophéties. Si Jésus-Christ vit les cieux ouverts après son baptême, c'est en notre faveur que fut opéré ce prodige, nous à qui la porte du royaume céleste est ouverte par le bain de la régénération. — Saint Jean Chrysostome. Ou encore, c'était pour montrer que la sanctification dos hommes prenait sa source dans le ciel, et l'union étroite des choses de la terre avec les choses du ciel. " Le Saint-Esprit descendit sur lui, " non pas qu'il vint en lui pour la première fois, mais pour faire comprendre que le Christ, qui était baptisé par Jean, était pour ainsi dire signalé du doigt à la foi de tous les hommes ! — Saint Bède. La descente visible du Saint-Esprit sur Jésus-Christ dans son baptême est le signe de la grâce spirituelle qui devait nous être conférée dans le baptême. — Saint Jérôme. C'est là cette onction du Christ incarné, c'est-à-dire le Saint-Esprit lui-même, onction dont il est dit (Ps 44) : " Dieu, votre Dieu, vous a sacré d'une huile de joie qui vous met au-dessus de tous ceux qui doivent la partager. "
Saint Bède. Il convenait que l'Esprit saint descendît sous la forme de la colombe, qui est simple, sans fiel, sans malice, afin de nous faire comprendre par cette figure qu'il cherche les cœurs simples et qu'il dédaigne d'habiter dans les cœurs impies. — Saint Jérôme. L'Esprit saint descend sous la forme d'une colombe par cette autre raison que dans le Cantique des Cantiques, le divin Époux dit à l'Église : Mon épouse, mon amie, ma chérie, ma bien-aimée, ma colombe. Elle est épouse dans les patriarches, amie dans les prophètes, intime dans Marie et Joseph, bien-aimée dans Jean-Baptiste, colombe dans le Christ et les Apôtres, à qui Jésus dit : " Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes. " — Saint Bède. La colombe se reposa sur la tête de Jésus pour ne point laisser penser que cette voix du Père céleste, s'adressait à Jean et non au Seigneur. Saint Marc ajoute très-justement : " Elle demeura sur lui, " car c'est par un privilège particulier à Jésus-Christ que l'Esprit saint, dont il est rempli, ne s'en sépare jamais. La grâce du Saint-Esprit, au contraire, est conférée aux fidèles pour opérer des miracles et des prodiges, et peut ensuite leur être ôtée. Il n'y a d'exception que pour les œuvres de piété et de justice, pour l'amour de Dieu et du prochain où la grâce du Saint-Esprit leur est toujours présente. Lorsque Jésus vient à Jean comme les autres, pour recevoir son baptême, la voix du Père nous enseigne qu'il ost le vrai Fils de Dieu qui baptisera dans le Saint-Esprit : " Et cette parole se fit entendre du ciel : Vous êtes mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toute mes complaisances. " Ces paroles n'apprennent pas au Fils de Dieu ce qu'il ignorait jusque là, mais nous enseignent ce que nous devons croire nous-mêmes.— Saint Augustin. (De l'accord, des Evang., 5, 4.) Saint Matthieu rapporte que la voix fit entendre ces paroles : " Celui-ci est mon fils bien-aimé, " pour montrer leur rapport avec ces autres : " Celui-ci est mon Fils, " et faire comprendre à ceux qui les entendaient que Jésus était vraiment le Fils de Dieu. Et si vous voulez savoir laquelle de ces deux locutions la voix céleste a fait entendre, choisissez celle qu'il vous plaira, pourvu que vous admettiez que les deux Évangélistes, tout en différant dans l'expression, ne diffèrent nullement dans la pensée, Que Dieu se soit complu en son Fils, c'est ce qui ressort de cette parole : "J'ai mis en vous mes complaisances. " — Saint Bède. Cette même voix nous enseigne aussi que par l'eau du baptême et l'Esprit sanctificateur, nous pouvons devenir enfants de Dieu. Le mystère de la Trinité nous est aussi révélé dans ce baptême : Le Fils est baptise ; l'Esprit saint descend sous la forme d'une colombe, et on entend la voix du Père qui rend témoignage à son Fils.
Saint Jérôme. Dans le sens moral : Nous sortons de l'instabilité (Ct 1-3 ; Is 66, 2) de ce monde, et, attirés par le parfum et la beauté des fleurs, nous courons avec le jeune âge à la suite de l'époux. De même aussi, dans le sacrement de baptême, nous puisons avec la grâce de la rémission de nos péchés, l'amour de Dieu et du prochain, et nous élevant sur les ailes de l'espérance, nous contemplons, avec les yeux d'un cœur pur, les secrets des cieux. Nous recevons ensuite l'Esprit saint dans un cœur contrit et humilié, l'Esprit saint qui descend dans les âmes amies de la simplicité et de la douceur, et qui fait sa demeure dans une âme où règne une charité persévérante. Cotte parole du Seigneur descend aussi du ciel sur nous, enfants chéris de Dieu (Mt 5) : " Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu ; " et alors le Père, avec le Fils et le Saint-Esprit, mettent en nous leur complaisance, lorsque nous devenons un seul et même esprit avec Dieu.
Mc 1, 12-13
12 Aussitôt l'Esprit pousse Jésus au désert.
13 Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 13 sur S. Matth.) Jésus-Christ, qui dans toutes ses notions comme dans toutes ses épreuves se proposait notre instruction , commence après son baptême par habiter le désert, et il y combat contre le démon, afin que tout chrétien, après son baptême, apprît à supporter patiemment de plus fortes tentations, ne se laissât point troubler comme si elles lui arrivaient contre son attente ; mais qu'après en avoir vaillamment soutenu le choc, il en demeurât vainqueur. Dieu permet il est vrai les tentations pour beaucoup d'autres motifs, mais il les permet aussi pour faire connaître que la tentation relève l'homme et l'honore. Le démon, en effet, ne s'attaque qu'à celui qu'il voit environné d'un plus grand éclat. " Et aussitôt, dit l'Évangéliste, l'Esprit le poussa dans le désert. " II nous montre Jésus, non pas allant simplement, mais comme chassé dans le désert, afin de nous faire comprendre qu'il obéissait ici aux secrets de la divine Providence. Par là aussi, l'Évangéliste nous apprend que l'homme ne doit pas s'exposer lui-même à la tentation, mais que si nous y sommes poussés par une cause étrangère, la victoire nous est assurée. — Saint Bède. Il pouvait s'élever quelque doute sur la nature de cet Esprit qui poussait Jésus dans le désert ; saint Luc commence donc par dire très à propos que Jésus revint du Jourdain tout rempli du Saint-Esprit, et il ajoute aussitôt : " Et il était poussé par l'Esprit dans le désert, afin que personne ne pût s'imaginer que l'esprit immonde ait eu quelque puissance sur celui qui, rempli du Saint-Esprit, allait et agissait d'après sa propre volonté.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 13.) L'Esprit le poussa donc dans le désert : Jésus-Christ se proposait de provoquer les tentations du démon ; il lui en fournit donc l'occasion, non-seulement par la faim qu'il endure, mais encore par le lieu qu'il choisit pour demeure, car le démon attaque de préférence ceux qui vivent dans la solitude. — Saint Bède. Il se retira aussi dans le désert pour nous enseigner à fuir les séductions du monde, la société des méchants, et à observer fidèlement tous les divins préceptes. Il est tenté seul par le démon pour nous faire comprendre que a tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ souffrent persécution. " (2 Tm 3.) " Et il était dans le désert pendant quarante jours et pendant quarante nuits, et il était tenté par Satan. " Or, il est tenté quarante jours et quarante nuits pour nous apprendre que tant que nous serons ici-bas le Seigneur, soit que la prospérité (figurée par les jours) nous sourie, soit que nous soyons exposés aux coups de l'adversité (représentée par la nuit), en tout temps l'ennemi est là et ne cesse d'entraver nos pas par ses tentations. Les quarante jours et les quarante nuits représentent toute la durée des siècles. Le monde au milieu duquel nous servons Dieu peut en effet se diviser en quatre parties : il y a dix préceptes par l'observation desquels nous luttons contre l'ennemi, et dix répété quatre fois font quarante.
" Et il était avec les bêtes sauvages. " — Saint Jean Chrysostome. L'Évangéliste nous fait ici le tableau de ce désert : II n'y avait pas trace d'homme, et il était rempli de bêtes sauvages : " Et les anges le servaient. " Car après sa tentation, et sa victoire sur le démon, Jésus opéra le saint des hommes, et comme dit l'Apôtre (He 1) : " Les anges sont envoyés pour remplir leur ministère en faveur de ceux qui reçoivent l'héritage du salut. " II faut remarquer ici que les anges viennent se mettre au service de ceux qui sont vainqueurs de la tentation. — Saint Bède. Remarquons encore que Jésus-Christ demeure au milieu des bêtes sauvages en tant qu'homme, et qu'il se sert du ministère des anges comme Dieu. Et nous aussi, lorsque dans la solitude d'une vie sainte, notre cœur reste pur, malgré le contact des mœurs corrompus des hommes charnels, nous méritons l'assistance des anges qui, après notre délivrance des liens du corps, nous transporteront au séjour de l'éternelle béatitude. — Saint Jérôme. Ou bien, les bêtes de la terre sont en paix avec nous comme dans l'arche de Noé, les animaux purs avec les animaux impurs (Gn 7), lorsque la chair cesse de convoiter contre l'esprit (Ga 5, 17). Les anges, après cela, sont envoyés pour nous servir et pour apporter aux cœurs vigilants les oracles et les consolations célestes.