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Mc 8, 34-39
34 Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive.
35 Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera.
36 Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier en le payant de sa vie ?
37 Quelle somme pourrait-il verser en échange de sa vie ?
38 Si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les anges. »
Saint Bède. Après que Nôtre-Seigneur a prédit à ses disciples le mystère de sa passion et de sa résurrection, il les exhorte conjointement avec la multitude à imiter les exemples qu'il leur donnera dans sa passion : " Et appelant le peuple avec ses disciples, il leur dit : Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce lui-même. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 56 sur S. Matth.) Jésus semble dire à Pierre : Vous me reprochez d'aller volontairement au-devant des souffrances. Or, je vous déclare qu'en cela vous faites une chose-nuisible, mais que vous-même vous ne pouvez être sauvé que par les souffrances et par la mort. Il leur dit : " Si quelqu'un veut venir après moi, " c'est-à-dire je vous appelle à la possession de biens qui doivent être l'objet des désirs de tous les hommes, et non pas comme vous le pensez, à souffrir des choses pénibles et intolérables. En effet, celui qui cherche à forcer la volonté l'empêche souvent de se déterminer ; mais celui qui laisse à son auditeur toute sa liberté l'attire bien plus sûrement. Or, on se renonce soi-même quand on professe une souveraine indifférence pour son corps, et qu'on est disposé à souffrir avec patience les coups ou tout autre mauvais traitement semblable. — Théophylacte. Celui qui, par exemple, renonce son frère ou son père, n'éprouve aucun sentiment de pitié au d'indignation, bien qu'il les voie couverts de blessures et mis à mort ; telle est l'indifférence, tel le mépris que nous devons professer pour notre corps ; qu'il soit aussi couvert de plaies et l'objet des plus mauvais traitements ; nous ne devons pas nous en mettre en peine. — Saint Jean Chrysostome. Remarquez que le Sauveur ne dit pas que l'homme doit s'épargner lui-même, mais ce qui est bien plus considérable, qu'il doit se renoncer comme s'il n'avait rien de commun avec lui-même, qu'il doit s'exposer aux dangers et les supporter, comme si un autre que lui en était la victime. Et c'est vraiment là s'épargner soi-même, de même que les parents font preuve d'indulgence envers leurs enfants lorsqu'on les remettant entre les mains de leurs maîtres, ils leur recommandent de ne point les épargner. Or, jusqu'où doit aller ce renoncement ? Le voici : " Et qu'il porte sa croix, " c'est-à-dire jusqu'à la mort la plus ignominieuse. — Théophylacte. La croix était alors un supplice honteux et infâme, parce qu'on n'y attachait que d'insignes malfaiteurs.
Saint Jérôme. Ou bien encore, Notre-Seigneur agit comme un pilote habile qui, prévoyant la tempête lorsque le temps est calme, veut y préparer ses matelots, et c'est dans ce sens qu'il leur dit : " Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce lui-même, " etc. — Saint Bède. En effet, nous nous renonçons nous-mêmes lorsque nous évitons toutes les actions qui appartenaient au vieil homme, et que nous nous efforçons de pratiquer cette sainte nouveauté à laquelle nous sommes appelés. Nous portons notre croix, ou lorsque nous mortifions notre corps par la privation des biens sensibles, ou lorsque notre esprit s'attriste en compatissant aux maux du prochain.
Théophylacte. Mais il ne suffit pas de porter sa croix, il faut s'élever à une vertu plus grande : " Et qu'il me suive. " — Saint Jean Chrysostome. Ce n'est pas sans raison que Nôtre-Seigneur ajoute cette recommandation, car il peut arriver que tout en portant sa croix, on ne suive pas Jésus-Christ, lorsque, par exemple, ce n'est pas pour Jésus-Christ qu'on souffre. Suivre Jésus-Christ, c'est marcher véritablement à sa suite, c'est se conformer à sa mort, c'est mépriser ces puissances, ces princes dos ténèbres sous l'empire desquels on se livrait au péché avant l'avènement de Jésus-Christ : " Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie pour l'amour de moi et de l'Évangile la sauvera. " Jésus semble leur dire : " C'est dans une pensée toute d'indulgence que je vous fais cette recommandation, car celui qui veut trop ménager son fils devient la cause de sa perte, et celui qui ne le ménage pas le sauve. Il nous faut donc être continuellement préparés à la mort, car si dans les combats où la vie naturelle est enjeu, le plus brave soldat est celui qui a fait le sacrifice de sa vie (bien que personne ne puisse le ressusciter après sa mort), à combien plus forte raison eu doit-il être ainsi dans les combats spirituels, où nous avons l'espérance certaine de la résurrection, et l'assurance ; que qui sacrifie son âme la sauve. — Rémig. L'âme doit s'entendre ici de la vie présente, et non de la substance même de l'âme. — Saint Jean Chrysostome. Comme Nôtre-Seigneur avait dit : " Celui qui voudra sauver son âme la perdra, " et qu'on aurait pu croire qu'il était égal de la sauver ou de la perdre, il ajoute : " Et que sert à l'homme de gagner le monde entier, et de se perdre soi-même ? " C'est-à-dire : ne dites pas qu'un homme a sauvé sa vie, parce qu'il a échappé au supplice de la croix, car quand même à la conservation de son âme, c'est-à-dire de cette vie, il joindrait la conquête du monde entier, quel fruit lui en reviendra-t-il, s'il vient à perdre son âme ? En a-t-il une autre qu'il puisse donner en échange ? On peut recevoir pour une maison une somme d'argent, mais celui qui vient à perdre son âme ne peut donner une autre âme en échange. C'est avec dessein que le Sauveur se sert de cette expression ; " Et que donnera l'homme en échange de soi-même ? " Car Dieu a donné en échange pour notre salut le sang précieux de Jésus-Christ. — Saint Bède. Ou bien cette recommandation est pour les temps de persécution, où Dieu demande le sacrifice de notre vie. Dans les temps de paix, nous devons mortifier les désirs terrestres, et c'est ce que veulent dire les paroles suivantes : " Que sert à l'homme de gagner tout l'univers ? " Mais souvent une fausse honte nous empêche d'exprimer de vive voix les sentiments que nous avons dans notre âme, et c'est contre ce sentiment coupable que le Sauveur s'élève en disant : " Celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, " etc. — Théophylacte. Ne regardons pas comme suffisante la foi qui est renfermée dans l'âme ; Dieu demande de plus la confession extérieure, car si l'âme est sanctifiée par la foi, c'est par la profession de foi extérieure que le corps est lui-même sanctifié.
Saint Jean Chrysostome. Celui qui est pénétré de ces divins enseignements attend avec un vif désir le moment où il pourra sans aucune honte confesser Jésus-Christ. Le Sauveur appelle génération adultère celle qui a osé abandonner Dieu, son véritable époux, qui n'a point suivi la doctrine de Jésus-Christ, mais qui s'est rendue l'esclave des démons, et a reçu d'eux les semences de l'impiété, et c'est pour cela qu'il l'appelle génération criminelle. Celui donc qui, au milieu de cette génération, aura nié le légitime empire de Jésus-Christ et les paroles du Dieu qu'il nous a révélées dans son Évangile, recevra le juste châtiment de son impiété, en entendant lors du second avènement ces paroles terribles : " Je ne vous connais pas. " — Théophylacte. Celui, au contraire, qui aura confessé que Jésus crucifié est son Dieu, Jésus-Christ aussi le reconnaîtra pour sien, non pas en cette vie où Jésus est regardé comme pauvre et misérable, mais dans sa gloire et au milieu de la multitude des anges. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 32 sur les Evang.) II en est quelques-uns qui confessent sans difficulté Jésus-Christ, parce qu'ils voient que tout le monde est devenu chrétien ; car si le nom de Jésus-Christ n'était pas environné d'une si grande gloire, l'Église ne compterait pas tant de fidèles qui font profession de lui appartenir. La foi légitime et véritable ne doit donc pas consister seulement dans ce témoignage extérieur que l'on peut donner sans rougir au milieu de tout un peuple qui fait profession de christianisme. Mais même dans les temps de paix, nous aurons des occasions du nous faire connaître à nous-mêmes ; nous craignons souvent le mépris du prochain, nous regardons comme une faiblesse de supporter patiemment les outrages ; s'il s'élève un différend avec un de nos frères, nous rougissons défaire les premières avances, car le cœur étant dominé par les affections charnelles ne peut rechercher la gloire qui vient des hommes, sans repousser la vertu d'humilité.
Théophylacte. Notre-Seigneur venait de parler de sa gloire ; il veut montrer à ses disciples que ce ne sont pas là de vaines promesse : " Et il ajouta : En vérité, je vous le dis, parmi ceux qui sont ici quelques-uns ne goûteront point la mort qu'ils n'aient vu le royaume de Dieu venant dans sa puissance. " C'est-à-dire : II en est quelques-uns (Pierre, Jacques et Jean) qui ne mourront pas, avant que je leur ai découvert dans ma transfiguration, une image de la gloire dont je serai environné lors de mon second avènement. En effet, la transfiguration était comme l'annonce du second avènement où Jésus-Christ et les saints paraîtront au milieu d'une gloire éclatante. — Saint Bède. C'est par un dessein providentiel plein de bonté que Dieu fait apercevoir cl goûter pour quelques instants aux apôtres une partie des joies de l'éternité, afin de les encourager au milieu des épreuves qui les attendent. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 57 sur S. Matth.) Le Sauveur ne fait pas connaître le nom de ceux qui devaient l'accompagner sur le Thabor, pour ne pas éveiller dans l'âme des autres disciples un sentiment de jalousie. Mais il ne laisse pas de prédire cet événement pour les rendre plus attentifs à contempler ce mystère. — Saint Bède. Ou bien encore le royaume de Dieu, c'est l'Église de la terre. Quelques-uns des Apôtres devaient prolonger leur vie assez longtemps pour voir de leurs yeux l'établissement de l'Église, élevée sur les ruines de la gloire du monde. Il fallait, en effet, donner aux disciples encore grossiers quelques consolations pour la vie présente, afin de les rendre plus forts pour l'avenir. — Saint Jean Chrysostome. Dans le sens allégorique, la vie, c'est Jésus-Christ, et la mort, le démon. Celui qui persévère dans le péché, goûte la mort, de même que tout homme qui s'attache à une doctrine bonne ou mauvaise, goûte le pain de la vie ou de la mort, c’est un moindre mal de voir la mort ; c'est un mal plus grand de la goûter, un plus grand encore de la suivre, et le plus grand de tous les malheurs de s'en rendre l'esclave.

Mc 9, 1-7
1 Et il leur disait : « Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu venir avec puissance. »
2 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.
3 Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
4 Élie leur apparut avec Moïse, et ils s'entretenaient avec Jésus.
5 Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
6 De fait, il ne savait que dire, tant était grande leur frayeur.
7 Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »
Saint Jérôme. Après avoir confirmé le grand mystère de la croix, Jésus révèle la gloire de la résurrection, afin que, témoins de l'état triomphant de sa résurrection future, ses Apôtres fussent à l'épreuve des opprobres de la croix. " Et six jours après, " etc. — Saint Jean Chrysostome. Saint Luc, en disant : " Huit jours après, " n'est point en contradiction avec, saint Marc ; car il comprend dans ces huit jours celui où si-lit cette prédiction et celui où elle s'accomplit. Or, pourquoi le Sauveur laissa-t-il s'écouler un intervalle de six jours ? C'était afin que dans cet intervalle le désir des Apôtres devînt plus vif et leur inspirai une vigilance et une attention plus grande pour les grandes choses qu'ils allaient contempler. — Théophylacte. Le Sauveur prend avec lui les trois têtes du collège apostolique : Pierre, qui a proclamé la divinité de Jésus et qui brûle d'amour pour lui ; Jean, le disciple bien-aimé ; enfin Jacques, le prédicateur courageux et le théologien que sa sainteté rendait tellement odieux aux Juifs qu'Hérode le fit mourir pour leur être agréable.
Saint Jean Chrysostome. Ce n'est pas dans une maison que Jésus révèle sa gloire à ses disciples ; il les conduit sur une haute montagne qui, par son élévation, était le symbole de la sublimité de la grandeur qu'il allait manifester. — Théophylacte. Jésus-Christ les conduit à l'écart, parce qu'il allait leur révéler des vérités mystérieuses. Le mot transfiguration ne signifie pas que les traits de sa figure furent modifiés ; son visage resta le même, mais resplendit d'une lumière que la parole humaine ne peut exprimer. — Saint Jean Chrysostome. Qu'on ne s'imagine donc pas voir un jour dans le ciel, soit dans la personne du Sauveur, soit dans celle des saints qui partageront l'éclat de sa gloire une transformation quelconque dans les traits du visage ; une clarté resplendissante viendra simplement s'ajouter à leur nature. — Saint Bède. Le Sauveur, dans sa transfiguration, n'a rien perdu de sa nature corporelle ; il nous a seulement découvert quelle sera la gloire que la résurrection devait communiquer, soit à son corps, soit aux nôtres. Après le jugement, tous les élus le verront tel qu'il a apparu à ses Apôtres sur le Thabor.
" Ses vêtements devinrent éclatants, " etc.— Saint Grégoire le Grand. (Moral., 22, 7.) C'est-à-dire que les justes qui auront brillé sur la terre de l’éclat d'une vie sainte seront unis intimement au Sauveur dans la clarté immortelle du ciel ; car les vêtements figurent ici les justes que Jésus s'est attaché.
" Élie leur apparut avec Moïse. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 57 sur S. Matth.) Notre-Seigneur fait paraître Moïse et Élie, pour plusieurs raisons. L'opinion du peuple était que Jésus était Élie ou un des prophètes. Le Sauveur se montre à ses Apôtres conjointement avec Moïse et Élie pour leur apprendre la différence qui sépare le Maître de ses serviteurs. — Les Juifs avaient reproché à Jésus-Christ de violer la loi : ils l'avaient traité de blasphémateur, s'attribuant la gloire de Dieu son Père ; il fait paraître deux hommes célèbres par des vertus opposées à ces deux crimes : Moïse, qui a donné la loi ; Élie, qui a été l'Apôtre zélé de la gloire de Dieu, et la présence de ces deux hommes prouve que Jésus ne s'est rendu coupable ni contre Dieu, ni contre la Loi. — Moïse, qui a subi la mort, Élie qui en a été préserve jusqu'alors, déclarent en se rendant à l'appel du Sauveur qu'il est le Maître de la vie et de la mort. Leur présence signifie encore que l'enseignement des prophètes a été l'introduction à la doctrine de Jésus-Christ. Enfin elle met en évidence l'union des deux Testaments, ci montre comment, lors de la résurrection générale, les Apôtres se joindront aux prophètes et s'avanceront d'un commun accord au-devant de leur commun Maître.
" Et Pierre dit à Jésus : Maître, il fait bon pour nous d'être ici," etc. Saint Bède. L'humanité transfigurée de Jésus et la présence de deux saints pendant un instant seulement a tant de charmes que Pierre s'efforce par ses prières d'obtenir la prolongation de ce bonheur ; que sera donc la félicité du ciel, où nous contemplerons la Divinité elle-même au milieu des chœurs angéliques. " Car il ne comprenait point ce qu'il disait. " Quoique Pierre, plongé dans un étonnement qu'explique la faiblesse de la nature humaine, ne sache pas ce qu'il dit, ses paroles ne laissent pas de manifester les sentiments de son âme : Car s'il ne comprend point ce qu'il dit, c'est parce qu'il oublie que le royaume que Dieu a promis à ses saints n'est point sur la terre, mais dans le ciel ; c'est qu'il ne s'est point rappelé que tant qu'ils seront enveloppés d'un corps mortel, ni lui ni les autres Apôtres ne pourront entrer en participation de cette vie immortelle ; c'est qu'il a oublié enfin que dans la maison du Père céleste toute construction humaine est inutile. Ajoutons qu'aujourd'hui encore ce serait une folie de prétendre faire une distinction entre la loi, les prophètes et l'Évangile, puisque ces trois objets forment un tout indivisible.
Saint Jean Chrysostome. Pierre ne comprenait pas non plus que la transfiguration n'avait pour objet que de donner à ceux qui en étaient les témoins une preuve de la véritable gloire du ciel ; que Moïse n'était point présent en corps et en urne ; que ce qui se passait là était une leçon donnée aux chrétiens qui devaient un jour s'éloigner du monde et habiter dans le désert. " La frayeur les avait jetés hors d'eux-mêmes. " — Saint Jean Chrysostome. Cette frayeur avait fait sortir leur âme de son état ordinaire pour l'élever dans une région supérieure ; ils voyaient de leurs yeux Moïse et Élie, mais en même temps leur âme, comme soustraite par la contemplation aux impressions des sens, était tout absorbée par un sentiment tout céleste.
Théophylacte. Ou bien Pierre craint de descendre de la montagne, parce que le temps approchait où Jésus-Christ devait être crucifié, et il lui dit : " II nous est bon de demeurer ici, " dit-il, et de ne point nous aller mêler de nouveau à ce peuple. Si sa fureur contre votre personne les fait monter ici, nous comptons sur la puissance de Moïse lui a triomphé des Égyptiens, et sur celle d'Élie qui à sa parole a vu le feu descendre du ciel et consumer cinquante hommes. — Origène. (Traité. sur S. Matth.) C'est de lui-même que saint Marc dit : " Pierre ne comprenait point ce qu'il disait. " Ces paroles signifient que dans l'égarement où se trouvait son esprit, Pierre était sans doute poussé par un esprit étranger, peut-être par cet esprit môme qui fit de lui un objet de scandale pour Jésus-Christ, lorsqu'il entreprit de détourner son divin Maître de souffrir la mort qui devait sauver le monde ; cet esprit séducteur veut encore ici, sous l'apparence du bien, détourner Jésus-Christ d'avoir compassion de la misère dus hommes, de venir à eux et de mourir pour les sauver.
Saint Bède. Pierre avait demandé une tente matérielle ; Dieu lui donne pour abri un nuage, il lui apprend ainsi qu'après la résurrection les élus sont abrités sous les rayons glorieux de l'Esprit saint, et non plus sous le toit d'une habitation faite par la main des hommes. " Et il survint une nuée qui les couvrit. " Ils ont fait une demande indiscrète, et ils ne méritent pas que le Sauveur leur réponde ; c'est Dieu le Père, qui répond à la place de son Fils : " Une voix sortit de la nuée, et fit entendre ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 57 sur S. Matth.) C'est afin de bien persuader aux Apôtres que cette voix venait de Dieu lui-même, qu'elle sort d'une nuée dans laquelle Dieu avait coutume d'apparaître. Ces paroles : " Voici mon Fils bien-aimé, " attestent que le Père et le Fils ont une même volonté, et que, sauf la filiation, le Fils ne fait qu'un avec le Père qui l'a engendré. — Saint Bède. Ce grand prophète qui, d'après la parole de Moïse (Dt18), doit venir au monde, et dont l'enseignement doit être écouté par tout homme qui veut être sauvé, c'est lui qui est venu, revêtu de notre chair et dont Dieu le Père recommande à ses disciples d'écouter la doctrine : " Et aussitôt, regardant autour d'eux, ils ne virent plus personne. " Le Fils vient d'être révélé, les serviteurs disparaissent aussitôt, afin que la parole du Père ne parût point s'adresser à eux (Ex 13, 21 ; 16, 10 ; 19, 9 ; 34, 9 ; 40, 32 ; Lv 16, 2 ; Nb 11, 25 ; 12, 5 ; Dt 31, 15).
Théophylacte. Dans le sens mystique, après la consommation de ce inonde qui a été fait en six jours, Jésus, si nous sommes ses disciples, nous transportera sur une montagne élevée, c'est-à-dire dans le ciel, et là nous jouirons de la magnificence de sa gloire divine. — Saint Bède. Les vêtements du Seigneur, ce sont les saints qui, au ciel, brilleront d'un éclat tout nouveau. Le foulon, c'est celui à qui le Psalmiste adresse cette prière : " Lavez-moi de plus en plus clé mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché ; " (Ps 1) car Dieu ne peut donner à ses fidèles sur la terre l'éclat qu'il leur réserve dans le ciel. — Rémig. (sur S. Matth.) Ou bien par le foulon, nous pouvons entendre les saints prédicateurs et ceux qui purifient les âmes sur la terre ; aucun d'eux ne peut vivre si saintement que la pureté de son âme ne soit ternie par quelque tache ; mais après la résurrection, ils seront purifiés de toutes les souillures du péché. La grâce de Dieu les revêtira d'une sainteté que ni les rigueurs de la pénitence, ni les exemples, ni l'enseignement des prédicateurs ne pourraient leur donner.—Saint Jean Chrysostome. Ou bien encore, ces vêtements blancs, ce sont les écrits des Évangélistes et des Apôtres, écrits plus lumineux que tous les écrits des hommes, dont les interprètes ne pourront jamais atteindre la clarté. — Origène. (Traité 3 sur S. Matth.) Enfin, nous pouvons désigner sous le nom de foulons sur la terre les sages de ce monde qui embellissent de l'éclat de leur génie leurs honteuses inventions ou leurs dogmes menteurs ; mais jamais les ressources de leur art ne pourront réaliser une œuvre égale à la parole qui enseigne aux ignorants la splendeur des pensées divines renfermées dans les Écritures, qui sont méprisées pourtant d'un si grand nombre.
Saint Bède. La présence de Moïse et d'Élie, dont l'un a subi la mort (Dt 34) et l'autre a été transporté vivant dans le ciel (IV R 2) est le symbole de la gloire future de tous les saints. Le jour du jugement les trouvera ou vivants dans leurs corps, ou sur le point de sortir du tombeau où la mort les retenait depuis longtemps ; tous régneront avec Jésus-Christ. — Théophylacte. Ou bien leur présence signifie que dans la gloire céleste nous verrons la loi et les prophètes s'entretenant avec Jésus-Christ ; c'est-à-dire nous contemplerons la conformité des événements avec les prédictions inspirées par Jésus-Christ à Moïse et aux autres prophètes, et nous entendrons la voix du Père qui nous fera connaître son Fils en nous disant : " Celui-ci est mon Fils, " et en même temps une nuée lumineuse, c'est-à-dire l'Esprit saint, source de toute sagesse, nous couvrira de son ombre.
Saint Bède. Il est à remarquer que le mystère de la sainte Trinité qui avait d'abord été révélé au baptême de Nôtre-Seigneur dans le Jourdain, est ici proclamé de nouveau dans sa glorification sur le Thabor, Dieu nous apprend ainsi que nous verrons et que nous louerons après la résurrection la gloire que nous professons par la foi dans le baptême. Et ce n'est pas sans raison que l'Esprit saint, qui avait d'abord apparu sous la forme d'une colombe, manifeste ici sa présence dans une nuée éclatante ; il veut nous enseigner dans quelle éclatante lumière nous contemplerons l'objet de notre foi, si nous avons fidèlement pratiqué ses enseignements dans la simplicité de notre cœur. Pendant que la voix du Père céleste se faisait entendre sur son Fils, les disciples ne voient plus que Jésus seul, parce qu'en effet, lorsque Jésus se sera manifesté à ses élus, Dieu sera tout en tous, comme le dit saint Paul (1 Co 15) : " De même que le Fils ne fait qu'un avec le corps, Jésus-Christ brillera éternellement en tout, et ne fera plus qu'un avec ses saints.

Mc 9, 8-12
8 Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
9 En descendant de la montagne, Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu'ils avaient vu, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts.
10 Et ils restèrent fermement attachés à cette consigne, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d'entre les morts ».
11 Ils l'interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d'abord ? »
12 Jésus leur dit : « Certes, Élie viendra d'abord pour remettre tout en place. Mais alors, pourquoi l'Écriture dit-elle, au sujet du Fils de l'homme, qu'il souffrira beaucoup et sera méprisé ?
Origène. (sur S. Matth.) Après la manifestation du mystère de la gloire sur la montagne, alors que les disciples en descendent, Jésus leur recommande de ne publier sa transfiguration qu'après le triomphe île sa mort et de sa résurrection. " Comme les disciples descendaient de la montagne, Jésus leur défendit, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 57 sur S. Matth.) Le Sauveur ne se borne pas à leur ordonner le silence ; il leur fait entendre qu'il doit souffrir la mort et que tel est le motif du silence qu'il leur recommande. — Théophylacte. Les hommes se seraient scandalisés d'entendre raconter des choses si glorieuses de celui qu'ils devaient voir mourir sur une croix : il ne convenait donc pas de leur faire connaître avant sa passion la gloire qui devait la suivre ; après la résurrection au contraire, ce mystère n'avait plus rien d'incroyable pour eux. — Saint Jean Chrysostome. Les Apôtres, qui ignoraient le mystère de la résurrection, conservèrent la parole qu'ils avaient entendue, et elle fut pour eux un objet de discussion : " Ils retinrent cette parole en eux-mêmes. " — Saint Jérôme. Cette observation, qui est personnelle à saint Marc, signifie que quand la mort aura été absorbée dans la victoire, tout ce qui aura précède sera mis en oubli (1 Co 15, 54 ; Is 65, 17 ; 25, 8 ; Ap 21, 4).
" Et ils demandèrent à Jésus : Que veulent donc dire, " etc. — Saint Jean Chrysostome. Voici, ce me semble, l'intention des Apôtres, en faisant au Sauveur cette question : " Nous avons vu Élie avec vous, mais nous vous avons vu avant de voir Élie ; et cependant les scribes enseignent qu'Élie apparaîtra avant le Messie ; ils nous ont donc trompés. " — Saint Bède. Ou bien les Apôtres, regardant la transfiguration, dont ils viennent d'être les témoins sur la montagne, comme la transformation glorieuse de Jésus-Christ, ils lui disent : Si c'est ici votre avènement glorieux, comment no voyons-nous pas votre précurseur ? Élie, en effet, avait disparu. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 58 sur S. Matth.) Et Jésus répond à leur question dans les paroles suivantes : " Lorsque Élie viendra, " etc. Il leur apprend donc qu'Élie viendra avant le second avènement ; car les Écritures distinguent deux avènements, l'un qui a déjà eu lieu, et l'autre qui doit s'accomplir plus tard. Or, le Sauveur déclare qu'Élie sera le précurseur de ce second avènement. — Saint Bède. Élie rétablira toutes choses, comme Malachie l'a annoncé (Ma 4) : " Je vous enverrai mon prophète Élie, qui réconciliera le cœur des pères avec leurs enfants, et le cœur des enfants avec leurs pères ; " il acquittera aussi envers la mort, la dette dont sa vie prolongée a différé le paiement. — Théophylacte. Le Sauveur combat ici l'opinion des pharisiens, qui prétendaient qu'Élie était le précurseur du premier avènement, et il en fait voir les inconvénients : " Et comment il est écrit, " etc., c'est-à-dire, lorsque Élie de Thesbé viendra, il pacifiera les Juifs, et les amènera à la foi, et c'est ainsi qu'il sera le précurseur du second avènement. Mais s'il doit être le précurseur du premier avènement, comment expliquer ce que dit l'Écriture, que le Fils de l'homme doit souffrir ? Car de deux choses l'une : ou Élie n'est pas le précurseur du premier avènement, elles Écritures sont véridiques ; ou il l'est réellement, et les Écritures ne disent pas la vérité, lorsqu'elles déclarent qu'il faut d'abord que le Christ souffre, puisqu'elles ajoutent qu'Élie doit tout rétablir, qu'il ne restera plus un seul Juif incrédule, que tous ceux qui l'entendront, ajouteront foi à sa prédication. — Saint Bède. Ou bien, ces paroles de Jésus, " comment est-il écrit, " etc., signifient de même qu'il est écrit dans un grand nombre de prophéties, que le Christ doit souffrir, de même quand Élie viendra, il sera l'objet du mépris des impies qui lui feront souffrir mille outrages.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 58 sur S. Matth.) Le Sauveur vient d'affirmer qu'Élie serait le précurseur du dernier avènement ; il déclare en même temps que c'est Jean-Baptiste qui a été le précurseur du premier. " Mais je vous dis qu'Élie est déjà venu. " II donne à Jean le nom d'Élie, non qu'il eut été Élie en personne, mais parce qu'il avait rempli le ministère d'Élie et qu'il avait été le précurseur du premier avènement, comme Élie le sera du second. — Théophylacte. Jean avait été comme Élie, un censeur sévère, et, plein de zèle, un ami de la solitude ; mais les Juifs ont été moins dociles à sa parole qu'ils ne le seront à celle d'Élie ; ils l'ont mis à mort au milieu d'une fête criminelle, eu lui tranchant la tête, " ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu. " — Saint Jean Chrysostome. Ou bien encore, ce sont les disciples qui demandent à Jésus le sens de cette parole de l'Écriture, que le Fils de l'homme doit souffrir ; " et Jésus leur répond : Jean est venu pour remplir un ministère semblable à celui d'Élie, et comme Élie, les Juifs l'ont maltraité ; de même le Fils de l'homme doit souffrir, comme les Écritures l'ont prédit. "
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