Mc 9, 43-49
43 Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas.
44 45 Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.
46 47 Si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,
48 là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas.
49 Car tout homme sera salé au feu.
Saint Bède. Notre-Seigneur vient de nous recommander de ne point scandaliser ceux qui croient en lui ; il nous avertit maintenant de nous tenir en garde contre ceux qui tenteraient de nous scandaliser, c’est-à-dire qui, par leurs paroles ou leurs exemples, nous pousseraient à notre ruine en nous faisant commettre le péché : " Si votre main est pour vous une occasion de péché, dit-il, coupez-la. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 60 sur S. Matth.) Ce n'est pas des membres de notre corps que le Sauveur veut parler ici, mais de nos amis intimes, qui nous sont aussi chers et aussi nécessaires que les membres de notre corps ; rien de plus nuisible, en effet, qu'une liaison dangereuse. — Saint Bède. Ce que le Sauveur appelle notre main, c'est notre intime ami dont tous les jours nous réclamons les bons offices. Si cet ami veut attenter à la vie de notre âme, brisons tous les liens qui nous attachent à lui, car si durant cette vie nous nous attachons à un méchant, nous périrons éternellement avec lui ; c'est la vérité qu'expriment les paroles qui suivent : " II vaut mieux pour vous entrer dans la vie ayant un membre de moins. " — La Glose. Cet homme à qui il manque un membre, c'est celui qui est privé du secours d'un ami ; il vaut mieux, sans avoir d'ami, jouir de la vie éternelle, que d'être précipité avec cet ami dans les flammes de l'enfer. — Saint Jérôme. Ou bien il vaut mieux entrer dans la vie éternelle étant mutilé, c'est-à-dire sans ce pouvoir, objet de vos désirs ambitieux, que d'être précipité avec vos deux mains dans le feu éternel. Le pouvoir a deux mains, l'humilité et l'orgueil ; retranchez celle de l'orgueil, et ne vous réservez que celle d'une autorité humble et modeste.
Saint Jean Chrysostome. Le Sauveur cite à l'appui ce témoignage du prophète Isaïe (Is 66, 24) : " Ou le ver qui les ronge ne meurt point, ou le feu ne s'éteint jamais. " Ce ver n'est pas un ver extérieur et sensible ; c'est la conscience qui déchire l'âme coupable, parce qu'elle n'a point fait le bien. Chacun sera alors son propre accusateur, par le souvenir de ce qu'il aura fait pendant sa vie ; c'est en ce sens que le ver ne meurt point. — Saint Bède. Le ver, c'est la douleur poignante qui accuse au-dedans ; le feu, c'est le supplice qui tourmente au dehors. Ou bien on peut voir dans le ver la pourriture de l'enfer, et dans le feu son ardeur dévorante. — Saint Augustin. (Cité de Dieu, 21, 9.) Ceux qui prétendent que le feu et le ver désignent seulement le châtiment particulier de l'âme et non celui du corps, disent que les réprouvés sépares de Dieu sont brûlés par la douleur à laquelle est en proie une âme qui ressent un repentir tardif et infructueux ; cette douleur intérieure, disent-ils, est parfaitement représentée par le feu, selon les paroles de l'Apôtre (2 Co 11) : " Qui est scandalisé sans que je brûle ? " et par le ver, d'après ces paroles des Proverbes (Pr 25) : " Comme la teigne dévore les vêtements et le ver le bois, de même le chagrin déchire le cœur de l'homme. " Ceux qui soutiennent qu'il y a dans l'enfer un supplice pour l'âme, et un autre pour le corps, disent que le feu est la peine du corps, et que celle de l'âme est la douleur qui est semblable à un ver qui ronge. Cette interprétation est plus vraisemblable ; car il serait absurde de prétendre que dans l'enfer le corps ou l'âme seront exempts de souffrances. Cependant j'aime mieux penser que ces deux peines se rapportent au corps, plutôt que de soutenir qu'on ne peut lui faire application ni de l'une, ni de l'autre. Donc dans ces paroles de l'Évangile, il n'est pas question du supplice de l'âme ; on le déduit seulement comme conséquence, le corps ne pouvant souffrir sans que l'âme elle-même soit soumise à la douleur. Que chacun adopte l'interprétation qui lui paraît la plus probable ; qu'il dise que le feu est le supplice du corps, et le ver celui de l'âme, en conservant au feu son sens naturel, et prenant le ver dans un sens figuré ; ou bien qu'il applique au corps l'un et l'autre supplice. Car la toute-puissance du Créateur peut permettre miraculeusement que les êtres animés vivent dans le feu, qu'ils brûlent sans se consumer, qu'ils y souffrent sans mourir.
" Et si votre pied vous scandalise, coupez-le, " etc. — Saint Bède. Le pied figure un ami, parce qu'il nous sert pour marcher et qu'il n'existe que pour notre utilité. " Et si votre œil vous scandalise, " etc. L'œil aussi représente un ami utile, vigilant, habile à découvrir les moindre dangers. — Saint Augustin. (De l'acc. des Evang., 4, 6.) Une vérité ressort de ces paroles, c'est que souvent des hommes dévoués au nom chrétien, avant même d'appartenir à la grande famille chrétienne, rendent plus de services que d'autres qui, portant le titre de chrétiens et nourris des sacrements de l'Église, donnent cependant de si mauvais conseils qu'ils entraînent avec eux dans la damnation éternelle ceux qui ont le malheur de les écouter. Ce sont ces hommes que Nôtre-Seigneur compare aux membres du corps, à la main ou à l'œil qui scandalisent ; il veut que ces hommes soient impitoyablement retranchés du corps, c'est-à-dire de l'unité de l'Église, de sorte que nous entrions sans eux dans la vie, au lieu d'être précipités avec eux dans la mort éternelle. Les retrancher du corps, c'est refuser son assentiment à leurs mauvais conseil, c'est-à-dire à leurs scandales. Si leur perversion vient à se manifester aux âmes fidèles avec qui ils sont en relation, il faut briser tout lien avec eux et les exclure de la participation aux sacrements. Si au contraire ils ne sont connus que d'un petit nombre, si le plus grand nombre ignore leurs dispositions criminelles, il faut les tolérer avec patience, mais sans participer en rien à leur vie criminelle, et d'un autre côté, sans sacrifier pour eux la communion avec les bons.
Saint Bède. Nôtre-Seigneur, qui vient trois fois de suite de parler de ver et de feu, pour nous déterminer à éviter ce terrible supplice, ajoute : " Tout homme sera salé par le feu. " Le ver naît de la corruption de la chair et du sang ; aussi sale-t-on la chair des animaux qu'on vient de tuer, afin que le sang étant absorbé, elle ne puisse produire de vers. Aussi tout ce qui est salé est à l'abri de la putréfaction. Mais ce qui est salé par le feu, c'est-à-dire couvert de feux assaisonnés de sel, non-seulement éloigne les vers, mais consume la chair elle-même. La chair et le sang produisent donc les vers, en ce sens que la volupté charnelle qui n'est pas repoussée par l'assaisonnement de la chasteté produit pour les impudiques la corruption éternelle. Voulez-vous éviter la puanteur de cette corruption ? Assaisonnez les membres de votre corps du sel de la continence, et que le sel de la sagesse préserve votre âme de toute souillure d'erreurs ou de vices ; car le sel signifie la douceur de la sagesse, et le feu la grâce du Saint-Esprit. Ces paroles : " Tout homme sera salé par le feu, " signifient donc que tout élu doit se préserver par la sagesse spirituelle de la corruption de la concupiscence charnelle. Ou bien il s'agit ici du feu de la tribulation qui aide le juste à perfectionner ses œuvres par la patience (Jc 3, 3).
Saint Jean Chrysostome. Ces paroles ont quelque analogie avec celle de saint Paul (1 Co 3) : " Le feu éprouvera l'ouvrage de chacun. " Les paroles qui suivent sont tirées du Lévitique (Lv 2) : " Et toute victime sera assaisonnée de sel. " — Saint Jérôme. La victime du Seigneur, c'est le genre humain tout entier ; ici-bas, il est assaisonné du sel de la sagesse, jusqu'à ce que la corruption du sang (qui conserve la pourriture et engendre les vers) soit détruite et qu'il soit purifié dans l'autre monde par les flammes du purgatoire. — Saint Bède. Nous pouvons encore considérer le cœur des élus comme l'autel de Dieu ; les hosties et les sacrifices qui doivent être offerts sur cet autel sont les bonnes œuvres des fidèles. Le sel doit entrer dans tous les sacrifices, c'est-à-dire qu'aucune œuvre n'est parfaitement bonne, si le sel de la sagesse ne l'a purifiée de la corruption de la vaine gloire ou des autres pensées mauvaises ou inutiles. — Saint Jean Chrysostome. Ou bien ces paroles signifient que toute victime que nous offrons, soit la prière adressée à Dieu, soit l'aumône faite au prochain doit être salée de ce feu divin, dont le Sauveur a dit : " Je suis venu apporter le feu sur la terre. "(Lc 12, 49.) Il ajoute : " Le sel est bon, " c'est-à-dire le feu de l'amour divin ; mais si le sel s'affadit, c'est-à-dire s'il perd la saveur qui lui est propre, et à laquelle il doit d'être bon, comment lui rendrez-vous cette saveur ? Il y a en effet des sels qui ont de la saveur, image des âmes qui possèdent la plénitude de la grâce ; et il y a des sels fades, qui figurent les âmes où ne règne pas l'amour de la paix.
Saint Bède. Ou bien le sel est bon, c'est-à-dire il est bon d'entendre fréquemment la parole de Dieu et de préserver les secrets de son cœur à l'aide du sel de la sagesse spirituelle.— Théophylacte. Comme le sel conserve les chairs et empêche les vers de s'engendrer ; ainsi la parole de celui qui enseigne, si elle a la puissance de dessécher les mauvaises humeurs, réprime les convoitises des hommes charnels, et empêche ce ver qui ronge éternellement de s'engendrer au fond de leur cœur. Mais si cette parole est fade, c'est-à-dire si elle n'a pas la puissance de dessécher et de conserver, où est le sel qui donnera l'assaisonnement ? - Saint Jean Chrysostome. Ou bien, selon saint Matthieu, ce sont les Apôtres de Jésus-Christ qui sont le sel de la terre, en la préservant de la pourriture qu'y introduit l'idolâtrie et la corruption du péché. On peut encore entendre ces paroles en ce sens que chacun de nous est un sel dans la mesure de grâces qu'il reçoit. Aussi l'Apôtre unit-il la grâce et le sel, quand il dit : " Que vos paroles soit assaisonnées de sel dans la grâce de Dieu. " (Col 4) Enfin, Jésus-Christ est lui même un sel ; il a pu préserver la terre entière et produire même un grand nombre d'autres sels ; ceux de ces sels qui viendraient à se corrompre (car des sels bons aujourd'hui peuvent changer et devenir eux-mêmes des germes de pourriture), il faut les jeter dehors. — Saint Jérôme. Ou bien le sel affadi, c'est l'homme qui aime l'exercice du pouvoir, et qui n'ose réprimander le vice. Aussi le Sauveur dit-il : " Conservez en vous le sel, " etc., de manière que l'amour du prochain tempère l'amertume de la correction, et qu'il soit lui-même assaisonné par le sel de la justice. — Saint Grégoire le Grand. (sur Ézéchiel.) Ou bien le divin Maître a ici en vue ces hommes qui, élevés au-dessus de leurs frères par une science plus profonde, se séparent de leur société, et qui s'éloignent d'autant plus de la vertu de charité qu'ils font de plus grands progrès dans la science. — Saint Grégoire le Grand. (Pastoral.) Celui qui vient parler le langage de la science doit veiller soigneusement à ce que ses paroles ne brisent pas l'unité parmi les auditeurs, et à ne pas rompre imprudemment ce lien de l'unité en prétendant à la réputation de savant. — Théophylacte. Ou bien encore, celui qui s'attache au prochain par le lien de la charité a le sel recommandé par le Sauveur et par conséquent la paix avec son frère. — Saint Augustin. (De l'acc. des Evang. 4, 6.) Saint Marc rapporte toutes ces paroles de Nôtre-Seigneur comme ayant été dites sans interruption les unes après les autres ; il en rapporte quelques-unes qu'on ne trouve dans aucun des trois autres Évangélistes, d'autres qui sont rapportées soit par saint Matthieu, soit par saint Luc, mais dans des circonstances différentes et dans un tout autre ordre. Je pense donc que Nôtre-Seigneur renouvelle ici les recommandations qu'il avait faites dans d'autres circonstances , parce qu'elles se rapportaient parfaitement à la défense qu'il venait de faire à ses disciples, de ne point empêcher un homme qui ne marchait pas avec eux ù sa suite de faire des miracles en son nom.
Mc 10, 1-12
1 En partant de là, Jésus arrive en Judée et en Transjordanie. De nouveau, la foule s'assemble près de lui, et de nouveau, il les instruisait comme d'habitude.
2 Des pharisiens l'abordèrent et pour le mettre à l'épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? »
3 Jésus dit : « Que vous a prescrit Moïse ? »
4 Ils lui répondirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d'établir un acte de répudiation. »
5 Jésus répliqua : « C'est en raison de votre endurcissement qu'il a formulé cette loi.
6 Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme.
7 À cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère,
8 il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un.
9 Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ! »
10 De retour à la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur cette question.
11 Il leur répond : « Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d'adultère envers elle.
12 Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d'adultère. »
Saint Bède. Jusqu'ici saint Marc a rapporté les actions et les enseignements du Sauveur dans la Galilée ; il va maintenant nous présenter le récit de ce qu'il a fait, enseigné et souffert dans la Judée : d'abord, au delà du Jourdain à l'Orient : " Et Jésus étant parti de ce lieu, se dirigea vers les confins de la Judée, " etc. Puis en deçà du Jourdain, à Jéricho, à Béthanie, à Jérusalem. Tout le pays habité par les Juifs, porte le nom général de Judée, nom qui le distingue des nations voisines ; mais ou donne spécialement le nom de Judée à la partie méridionale de ce pays, pour la distinguer de la Samarie, de la Galilée, de la Décapole, et des autres provinces du même royaume. — Théophylacte. Jésus-Christ visite la Judée, dont il s'était souvent éloigné à cause de la jalousie des Juifs, parce que c'est là que sa passion devait s'accomplir. Cependant il ne s'avance pas encore jusqu'à Jérusalem, mais il demeure sur les confins, pour utiliser son ministère en faveur du peuple simple et sans malice, tandis que la malveillance des Juifs faisait de Jérusalem un centre de complots criminels. " Et le peuple, dit l'Évangéliste, s'assembla autour de lui, " etc.
Saint Bède. Remarquez comme le peuple et les pharisiens sont animés d'intentions différentes ; le peuple s'assemble pour recueillir l'enseignement, et obtenir la guérison de ses malades, comme nous le rapporte saint Matthieu ; les pharisiens s'approchent du Sauveur pour le tenter et le perdre. " Les pharisiens s'approchant, " etc. — Théophylacte. Les pharisiens n'ont garde de s'éloigner de Jésus, dans la crainte que le peuple ne croie en lui, ils l'entourent continuellement, persuadés qu'ils viendront à bout de l'embarrasser et de le confondre par leurs questions. Celle qu'ils lui font eu ce moment, cache un double piège. Que le Sauveur réponde qu'il est permis, ou qu'il est défendu à un homme marié de renvoyer sa femme, ils ont à lui opposer un texte de la loi de Moïse, qui le contredit et le condamne. Mais Jésus, qui est la sagesse même, leur fait une réponse qui échappe aux filets dans lesquels ils veulent le faire tomber. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 63 sur S. Matth.) À cette question : " Est-il permis ? " II ne répond pas aussitôt, non, cela n'est pas permis ; ce qui aurait amené de l'agitation parmi eux, mais il veut leur opposer d'abord le texte de la loi, afin de les forcer à donner eux-mêmes la réponse qu'il se disposait à leur faire. " II leur répondit : Que vous a ordonné Moïse ? Moïse, disent-ils, a permis à l'homme de renvoyer sa femme, en lui donnant un écrit de répudiation. " Ils apportent cette permission donnée par Moïse, ou à cause de la question du Sauveur, ou pour soulever contre lui la colère de la multitude ; car les Juifs regardaient ce point comme indifférent, et rien n'était plus ordinaire parmi eux que cette conduite qu'ils croyaient autorisée par la loi.
Saint Augustin. (de l'acc. des Evang., 2, 62.) Peu importe à la vérité, que ce soit les Juifs qui, comme le rapporte saint Matthieu, entendant le Sauveur proclamer l'indissolubilité du mariage, et appuyer sa décision sur le texte même de la loi, l'aient interrogé sur l'écrit de répudiation autorisé par Moïse ; ou bien qu'il les ait amenés lui-même à lui faire cette réponse en les questionnant sur cet acte de répudiation, comme le dit saint Marc. L'intention du divin Maître était de n'expliquer l'autorisation accordée par Moïse, qu'après que les Juifs auraient l'eux-mêmes cité ce texte de la loi. Dès lors que les deux Évangélistes nous ont également fait connaître l'intention des personnes (intention qui doit déterminer le sens des paroles), peu importe une variante dans la manière de s'exprimer. On peut dire d'ailleurs avec saint Marc, que les Juifs commencèrent par demander au Sauveur s'il est permis de renvoyer son épouse, et qu'il leur demande à son tour ce que Moïse leur a ordonné ; sur la réponse qu'ils lui font, que Moïse le permettait en donnant un acte de répudiation, Nôtre-Seigneur leur répond, comme le rapporte saint Matthieu, en leur rappelant la loi donnée par Moïse, où l'on voit l'institution divine de l'union de l'homme et de la femme ; et c'est après cette réponse du Sauveur, qu'ils seraient revenus à leur première question, et lui auraient demandé : " Quel est donc le sens de l'autorisation donnée par Moïse. "
Saint Augustin. (contre Fauste, 19, 26.) Certes, il était loin d'approuver le divorce, le législateur qui réprimait la fougue d'un esprit trop prompt à désirer la séparation par la sage lenteur que demande la rédaction d'un acte ; car chez les Hébreux, les scribes seuls avaient le droit d'écrire l'hébreu. C'était donc devant ces sages interprètes de la loi, à qui il appartenait de dissuader d'une séparation trop peu fondée, que devait se présenter celui à qui la loi ne permettait de renvoyer sa femme qu'en lui donnant un acte de répudiation. Ceux qui pouvaient seuls rédiger cet acte, trouvaient dans la nécessité où on était de recourir à leur ministère, une occasion de donner un conseil utile, et de travailler à rétablir entre l'homme et la femme l'affection et la concorde. Si la haine était si forte, qu'il fut impossible de l'éteindre ou de l'apaiser, l'acte était rédigé, la loi jugeant que la séparation était devenue nécessaire, puisque la haine avait atteint un degré qui ne permettait pas aux conseils de la sagesse de rappeler les époux aux sentiments d'affection qu'ils se doivent mutuellement. Voilà pourquoi le Sauveur répond : " C'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse a fait cette ordonnance. " Quelle dureté, en effet, que celle qui ne se laissait ni vaincre ni adoucir, soit par les difficultés de cet acte, soit par les conseils des hommes justes et sages, qui cherchaient à faire renaître ou à réveiller dans ce cœur l'affection conjugale ? — Saint Jean Chrysostome. Ou bien ces paroles : " À cause de la dureté de votre cœur, " signifient, qu'une âme libre de toute colère et de désirs mauvais, serait capable de supporter la femme la plus méchante ; mais si ces passions viennent à se développer et à exercer leur empire dans l’âme, elles deviendront le germe d'une infinité de maux, qui rendront souverainement odieux tout rapport entre les époux. Cette réponse justifie Moïse, qui leur avait donné cette loi et retourne contre eux l'accusation qu'ils semblaient porter contre lui. Mais comme l'explication que le Sauveur venait de donner, pouvait leur paraître sévère, il ramène leur attention sur la loi qui fut donnée dès l'origine. " Au commencement que le monde fut créé, Dieu forma un homme et une femme. " — Saint Bède. Il ne dit pas un seul homme et plusieurs femmes, ce qui était le but et la fin du divorce, mais " un seul homme et une seule femme, " pour exprimer l'unité du lieu conjugal. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 62 sur S. Matth.) Si l'intention de Dieu eût été que l'homme put renvoyer sa femme pour en épouser une autre, il aurait créé plusieurs femmes en même temps qu'un seul homme. Mais au contraire, non-seulement Dieu unit l'homme à une seule femme, mais il veut que, pour s'attacher plus complètement à elle, il abandonne même les auteurs de ses jours : " L'homme abandonnera son père et sa mère, dit Dieu par la bouche d'Adam, et il s'attachera à son épouse ; " cette expression, " il s'attachera, " indique assez nettement l'indissolubilité du mariage. — Saint Bède. Il faut dire la même chose de l'expression suivante, " il s'attachera à son épouse " et non à ses épouses.
" Et ils seront deux dans une seule chair. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 62.) C'est-à-dire, que, sortis d'une même racine, ils ne feront qu'un même corps. " C'est pourquoi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. " — Saint Bède. La gloire et le bonheur du mariage est de faire de deux personnes une même chair ; et l'union de l'esprit avec un corps chaste, produit l'unité de l'esprit.
Saint Jean Chrysostome. (Ibid.) Nôtre-Seigneur tire enfin de ce qu'il vient de dire cette redoutable conclusion. Il ne dit pas seulement : " Ne séparez pas, " mais " que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. " — Saint Augustin. (contre Fauste, 19, 29.) Les Juifs, en usant de la faculté du divorce, prétendaient s'appuyer sur l'autorisation donnée par Moïse ; et le Sauveur leur démontre que, d'après les livres de Moïse, l'homme ne doit point se séparer de sa femme. C'est ainsi que nous aussi, chrétiens, nous apprenons par le témoignage de Jésus-Christ lui-même, que c'est Dieu qui a créé et uni l'homme et la femme. Les Manichéens, qui ont nié cette vérité, sont condamnés, non-seulement par les livres de Moïse, mais par l'Évangile lui-même. — Saint Bède. Il n'appartient donc pas à l'homme de séparer l'homme de la femme ; c'est le droit de Dieu seul, qui les avait unis lui-même, en ne faisant de l'homme et de la femme qu'une seule chair. Quand l'homme abandonne sa première femme, par le seul désir d'en épouser une autre, c'est lui-même qui fait la séparation ; mais c'est Dieu qui en est l'auteur, lorsque cette séparation n'a pour motif que le désir de mieux servir le Seigneur, en ayant une femme comme n'en ayant pas. — Saint Jean Chrysostome. Si c'est un crime de séparer les deux créatures que Dieu lui-même a unies, c'en est un beaucoup plus grand de chercher à séparer l'Église de Jésus-Christ, à qui Dieu l'a unie.
Théophylacte. La réponse de Jésus-Christ aux pharisiens n'a pas résolu complètement les doutes des disciples, aussi l'interrogent-ils à leur tour : " Ses disciples l'interrogèrent encore dans la maison sur le même objet. " — Saint Jérôme. L'Évangéliste dit que les Apôtres l'interrogèrent une seconde fois, parce que leur question n'est que la répétition de celle des pharisiens, et qu'elle a pour objet l'état du mariage. Et cette répétition n'est pas inutile ; car la réponse que renouvelle le Verbe, loin de produire l'ennui, est un nouveau stimulant pour la faim et la soif. " Ceux qui me mangent, auront encore faim, et ceux qui ne boivent auront encore soif. " (Qo 24) Quand une âme a une fois goûte les enseignements de la sagesse, plus doux que le miel, son amour fait qu'elle y trouve une saveur délicieuse. Aussi le Sauveur s'empresse-t-il de renouveler l'instruction qu'il vient de donner : " Quiconque renvoie sa femme pour en épouser une autre, commet un adultère à son égard. " — Saint Jean Chrysostome. Habiter avec une femme qui n'est pas la sienne, voilà ce que le Sauveur appelle un adultère ; cette seconde femme ne peut être la sienne après qu'il a abandonné la première ; il commet donc le crime d'adultère avec elle, c'est-à-dire, avec la seconde ; il en est de même de la femme à l'égard de son mari. Et si la femme se sépare de son mari et en épouse un autre, elle devient adultère. Séparée de son mari, elle ne peut donner ce nom à un autre homme, auquel elle s'unit. La loi avait défendu l'adultère public, mais le Sauveur proclame que tout adultère, ne fût-il ni public, ni connu d'un grand nombre de personnes, est contraire à la loi naturelle.
Saint Bède. Saint Matthieu est plus explicite encore : " Quiconque abandonnera sa femme, hors le cas de fornication. " La séparation ne peut donc avoir lieu que pour deux causes ; la fornication, c'est la raison charnelle, ou la crainte de Dieu, c'est le motif spirituel qui en a déterminé un grand nombre à une séparation mutuelle. Mais aucun motif approuvé de Dieu ne peut autoriser un homme à s'unir à une autre femme, tant que vit la première.
Saint Jean Chrysostome. Saint Matthieu, en disant que Notre-Seigneur donna ces enseignements aux pharisiens, ne contredit pas saint Marc, qui rapporte qu'ils furent donnés aux disciples, car ils ont très bien pu être donnés aux uns d'abord, et ensuite aux autres.
Mc 10, 13-16
13 On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher ; mais les disciples les écartèrent vivement.
14 Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent.
15 Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas. »
16 Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Théophylacte. Après nous avoir fait connaître la malice des pharisiens qui tentaient le Sauveur, l'Évangéliste nous montre la foi vive de la multitude, persuadée que par la seule imposition des mains, Jésus-Christ attirerait les bénédictions sur les enfants qu'ils lui présentaient. " Alors on lui présenta de petits enfants, afin qu'il les touchât. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 63 sur S. Matth.) Les disciples repoussaient ceux qui présentaient ces enfants, par égard pour la dignité de Jésus-Christ. " Les disciples repoussaient par de rudes paroles ceux qui les lui présentaient. " Mais le Sauveur voulant enseigner à ses disciples à fuir toute pensée d'orgueil, et à fouler aux pieds toute hauteur mondaine, accueille ces petits enfants, et déclare que le royaume des cieux leur appartient : " Et il leur dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez point, " etc. — Origène. (Traité 1 sur S. Matth.) Si un disciple qui fait profession de la foi catholique, voit qu'on offre au Sauveur ceux que le monde considère comme des insensés, des hommes ignorés et misérables qui sont appelés pour cette raison de petits enfants, qu'il se garde bien de s'y opposer en accusant d'indiscrétion ceux qui veulent les présenter au Sauveur. Puis il exhorte ses disciples qui sont déjà des hommes faits à condescendre à tout ce qui peut être utile aux enfants, à se faire enfants avec les enfants pour les signer à Dieu, à l'exemple de celui qui étant Dieu lui-même, s'est humilié jusqu'à se faire enfant. " Car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 62.) En effet, l'âme de l'enfant est libre de toute passion, et nous devons faire par le travail de la volonté ce qu'il fait eu suivant l'impulsion de la nature. — Théophylacte. Aussi ne dit-il pas : " Le royaume des cieux leur appartient, " mais " il appartient à ceux qui leur ressemblent, " c'est-à-dire, à ceux qui par des efforts constants parviennent à l'innocence et à la simplicité que les enfants ont par nature. L'enfant n'a point de haine, il agit sans malice, châtié par sa mère il revient près d'elle, il préfère aux vêtements des rois les habits grossiers dont elle le couvre ; ainsi, le chrétien docile aux inspirations de l'Église, sa mère, ne met rien au-dessus d'elle, pas même la volupté, cette reine, qui en asservit un si grand nombre. " Je vous le dis en vérité, ajoute le Sauveur, quiconque ne recevra point le royaume de Dieu, comme un petit enfant, n'y entrera point. " — Saint Bède. C'est-à-dire, si vous n'avez point l'innocence et la pureté de cœur d'un enfant, vous ne pourrez entrer dans le royaume de Dieu. Dans une autre sens, Nôtre-Seigneur nous commande de recevoir comme un enfant le royaume de Dieu, c'est-à-dire, la doctrine de l'Évangile. Voyez l'enfant qui apprend, il ne contredit pas l'enseignement de ses maîtres, il ne cherche ni raison. ni discours pour leur résister, mais il reçoit avec docilité leurs leçons, et leur obéit avec respect. Ainsi devons-nous recevoir la parole de Dieu en lui obéissant avec simplicité et sans résistance.
" Et les ayant embrassés il les bénit en leur imposant les mains. " — Saint Jean Chrysostome. Admirez comme il les embrasse pour les bénir ; il semble dans sa bonté vouloir ramener jusque dans son sein sa créature qui s'en était séparée dès le commencement par sa chute ; il impose les mains aux enfants, comme signe de l'action de la puissance divine. La coutume d'imposer les mains existait avant lui, mais jamais elle n'avait eu l'efficacité que le Sauveur lui communique. Car il était Dieu, mais comme homme, il se conformait aux actions extérieures en usage parmi les hommes. — Saint Bède. Il embrasse et bénit es enfants pour nous apprendre que c'est sur les humbles d'esprit qu'il se plaît à verser sa bénédiction, sa grâce et son amour.