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Mt 20, 17-19
17 Au moment de monter à Jérusalem, Jésus prit à part les Douze et, pendant la route, il leur dit :
18 « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort
19 et le livreront aux païens pour qu'ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient, et, le troisième jour, il ressuscitera. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 65.) Notre-Seigneur, en quittant la Galilée, ne vint pas immédiatement à Jérusalem ; mais il opéra d’abord un grand nombre de miracles, confondit les pharisiens, donna à ses disciples les leçons de la perfection chrétienne et leur fit connaître la récompense qui lui était réservée. Maintenant qu’il est sur le point de se rendre à Jérusalem, il leur parle de nouveau de sa passion : " Et Jésus, s’en allant à Jérusalem, prit en particulier les douze, " etc. — Origène. (Traité 11 sur S. Matth.) Judas se trouvait encore au nombre des douze Apôtres, car il était peut-être encore digne d’apprendre en particulier avec les autres coque son maître devait souffrir. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Le salut des hommes repose tout entier dans la mort de Jésus-Christ, et cette mort doit être le premier et le plus digne sujet de nos actions de grâces. Le Sauveur annonce en secret à ses Apôtres le mystère de sa passion, parce que c’est dans les meilleurs vases qu’on renferme les plus précieux trésors. Si d’autres avaient entendu prédire la passion du Christ, il est probable que cette prédiction aurait troublé les hommes à cause de l’imperfection de leur foi, et les femmes par suite de la faiblesse naturelle à leur sexe, faiblesse qui leur fait verser des larmes dans de semblables circonstances. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 65.) Ce n’est pas que le Sauveur n’ait parlé de ce mystère à la foule ; mais c’est d’une manière voilée, comme dans ces paroles : " Détruisez ce temple " (Jn 2) ; et dans ces autres : " il ne leur sera pas donné d’autre signe que celui du prophète Jonas. " (Mt 12.) Au contraire, il en parle clairement à ses disciples : " Voici que nous allons à Jérusalem, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Cette expression : " Voici " marque l’intention formelle que les disciples gardent dans leurs cœurs le souvenir de cette prédiction. " Voici que nous allons à Jérusalem, " c’est-à-dire : Remarquez que c’est volontairement que je vais à la mort, et, lorsque vous me verrez suspendu à la croix, gardez-vous de croire que je ne sois qu’un homme ; " car, s’il est dans la nature de l’homme de mourir, il n’est point dans sa nature de vouloir marcher de lui-même à la mort.
Origène. Cet exemple doit nous apprendre, à nous qui connaissons bien souvent les épreuves qui nous attendent, que nous devons nous-mêmes nous offrir au danger ; mais, comme le Sauveur nous dit ailleurs : " Lorsqu’on vous poursuivra dans une ville, fuyez dans une autre, celui qui est sage en Jésus-Christ doit discerner le temps où il doit aller au-devant de la persécution et celui où il peut la fuir.
Saint Jérôme. Bien souvent il avait parlé à ses disciples de sa passion ; mais comme les entretiens nombreux qu’il avait eus avec eux sur d’autres sujets avaient pu leur faire oublier ce qu’il leur en avait dit, avant d’aller à Jérusalem avec eux, il les prépare à cette grande épreuve, pour qu’il ne fussent pas scandalisés lorsqu’ils seraient eu présence de la persécution et de l’ignominie de la croix. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) En effet, lorsque la tentation nous trouve préparés, elle nous paraît bien plus légère que si elle nous avait surpris tout d’un coup. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 65.) Il leur fait encore cette prédiction pour leur apprendre que c’est après l’avoir prévu, après l’avoir voulu, qu’il endurera les souffrances de sa passion. Mais tandis qu’au commencement il ne leur avait prédit que sa mort seule, lorsqu’il les trouve bien préparés, il va plus loin et leur annonce qu’il sera livré aux Gentils. — Raban Maure. En effet, Judas livra Jésus aux Juifs, et ceux-ci à leur tour le livrèrent à Pilate, c’est-à-dire au pouvoir des Romains. Or, le Seigneur ne voulut point des prospérités de ce monde, mais il leur préféra les souffrances, pour nous apprendre, à nous dont la chute avait eu pour cause l’attrait du plaisir, par quelles amertumes nous pour-lions nous relever ; c’est pour cela qu’il ajoute : " Afin qu’ils le traitent avec dérision, qu’ils le fouettent et le crucifient. " — Saint Augustin. (Cité de Dieu, 18, 49.) Par sa passion, il nous enseigne ce que nous devons souffrir pour la vérité, et par sa résurrection ce que nous devons espérer dans l’éternité : " Et le troisième jour, il ressuscitera. " — Saint Jean Chrysostome. (homélie 66.) Il s’exprime de la sorte pour que leur âme, attristée par la perspective de ses souffrances, se repose dans l’espérance de la résurrection : " Il ressuscitera le troisième jour. " — Saint Augustin. (De la Trinité, 4, 3.4.) Une seule mort, celle du Sauveur selon le corps, nous a sauvés de deux morts, et sa seule résurrection a été pour nous le principe de deux résurrections différentes. Or, cette relation d’un à deux vient du nombre trois, qui se compose de ces deux premiers nombres. — Origène. Nous ne voyons pas que les disciples aient rien dit ou rien fait en entendant cette triste révélation des souffrances de Jésus-Christ ; ils se rappelaient les paroles du Seigneur à Pierre, et ils craignaient de s’attirer un semblable et peut-être plus sévère reproche. Et maintenant, voici que les scribes, qui se flattent de connaître les saintes Écritures, condamnent Jésus à mort et le flagellent par leurs accusations, et ils le crucifient pour faire disparaître sa doctrine ; mais après avoir paru succomber un instant, il se relève et apparaît à ceux qui ont reçu le pouvoir de le voir et de le reconnaître.

Mt 20, 20-23
20 Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de lui avec ses fils et se prosterna pour lui faire une demande;
21 Il lui dit: " Que voulez-vous? " Elle lui dit: " Ordonnez que mes deux fils, que voici, siègent l'un à votre droite, l'autre à votre gauche, dans votre royaume. "
22 Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. »
23 Il leur dit : « Ma coupe, vous y boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder ; il y a ceux pour qui ces places sont préparées par mon Père. »
Saint Jérôme. Le Seigneur venait de terminer son discours en disant : " Et il ressuscitera le troisième jour. " Cette femme s’imagine donc que son règne commencerait aussitôt après sa résurrection, et avec la vivacité de désirs naturelle à son sexe, elle veut jouir de ce qu’elle voit déjà comme présent, sans penser à ce qui doit arriver dans l’avenir : " Alors la mère des enfants de Zébédée s’approcha, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Cette mère des enfants de Zébédée est Salomée, dont un autre Évangéliste (Mc 15, 16) nous fait connaître le nom, femme vraiment pacifique, qui a enfanté les enfants de la paix. Nous pouvons juger ici du mérite et de la gloire de cette femme qui, non contente de voir ses enfants quitter leur père, abandonne elle-même son mari pour suivre Jésus-Christ ; car son mari pouvait vivre sans elle, mais pour elle, elle ne pouvait obtenir le salut sans Jésus-Christ. On peut admettre, d’ailleurs, que Zébédée était mort dans l’espace de temps qui s’écoula de la vocation des Apôtres à la passion du Sauveur. C’est donc alors que cette femme d’un sexe faible et accablée par l’âge, marchait à la suite de Jésus-Christ ; car la foi ne vieillit point, et la piété ne connaît point la fatigue. L’affection naturelle pour ses enfants lui, donne la hardiesse de faire au Sauveur une demande. " Elle l’adora en lui témoignant qu’elle voulait lui demander quelque chose, " c’est-à-dire elle commence par lui rendre ses hommages pour assurer le succès de sa demande. " Il lui dit : Que voulez-vous ? " S’il lui fait cette question, ce n’est point qu’il ignore ce qu’elle désire, mais il veut lui montrer tout ce que la demande qu’elle allait lui adresser avait de déraisonnable. " Et elle lui dit : Ordonnez que mes deux enfants soient assis, " etc.
Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 2, 64.) Saint Matthieu met dans la bouche de la mère la demande qui, d’après saint Marc, a été faite par les enfants de Zébédée eux-mêmes, parce qu’elle n’a été auprès du Seigneur que l’interprète de leurs désirs, et ainsi saint Marc, pour abréger, leur attribue cette demande. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 65.) Ces deux disciples se voyaient plus honorés que les autres, ils avaient entendu dire au Sauveur : " Vous serez assis sur douze trônes, " ils demandent donc d’occuper les premiers. Ils savaient bien qu’ils étaient plus élevés en dignité que les autres auprès de Jésus-Christ, mais ils craignaient que Pierre n’obtint la primauté sur eux. Aussi un autre Évangéliste nous rapporte que, comme ils approchaient de Jérusalem, ils s’imaginaient que le royaume de Dieu allait s’établir, c’est-à-dire un royaume visible, preuve évidente qu’ils ne demandaient rien de spirituel, et qu’ils n’avaient aucune idée d’un royaume plus élevé. — Origène.(traité 12 sur S. Matth.) Dans les cours des rois de la terre, on regarde comme un grand honneur d’être assis près du roi, il n’est donc pas étonnant que cette femme, dans la simplicité et l’inexpérience de son sexe, ait cru pouvoir faire au Sauveur une semblable demande. Ses deux enfants eux-mêmes, qui étaient encore bien imparfaits, et n’avaient pas des pensées fort élevées du règne du Christ, partagèrent les idées de leur mère sur la destinée de ceux qui seront assis avec Jésus. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ou bien dans un autre sens, nous ne prétendons pas que la demande de cette femme soit légitime, mais nous disons qu’elle désirait pour ses enfants, non pas les biens de la terre, mais les biens du ciel. Elle ne partageait pas les sentiments des autres mères, qui aiment le corps de leurs enfants, et ne font aucun cas de leur âme, et qui désirent les voir réussir et prospérer en ce monde, sans avoir aucun souci de ce qu’ils auront à souffrir dans l’autre ; elles montrent ainsi qu’elles sont les mères des corps, mais non des âmes de leurs enfants. Je pense donc que ces deux frères ayant entendu le Seigneur prédire sa passion et sa résurrection, se dirent en eux-mêmes dans le sentiment de foi qui les animait : voici que le roi du ciel va descendre dans le royaume des enfers pour détruire l’empire de la mort ; lorsque sa victoire sera consommée, que lui restera-t-il, que de recevoir les honneurs et la gloire de la royauté ? — Origène. C’est, en effet, après qu’il a détruit le péché qui régnait dans nos corps mortels et toute la puissance des esprits de malice, que Jésus-Christ reçoit parmi les hommes les honneurs de la souveraineté, ce qui est pour lui s’asseoir sur le trône de sa gloire. Dieu agit en toute puissance à sa droite et à sa gauche, en ne souffrant aucun mal en sa présence. Parmi ceux qui s’approchent de Jésus-Christ, ceux qui sont les plus élevés, sont à sa droite ; ceux qui sont au-dessous, sont à sa gauche. Par la droite du Christ, peut-être peut-on comprendre toute créature invisible ; et par la gauche toute créature visible et corporelle. Dans le nombre de ceux qui s’approchent du Christ, les uns prennent la droite, c’est-à-dire les choses intelligibles, les autres la gauche, c’est-à-dire les choses sensibles.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Comment celui qui s’est donné lui-même aux hommes, pourrait-il ne pas leur donner part à la gloire de son royaume ? La négligence de celui qui prie est donc seule coupable, là où la miséricorde de celui qui donne ne peut être mise en doute. Les deux frères se dirent probablement à eux-mêmes : Si nous nous adressons directement au maître, peut-être notre démarche fera mauvaise impression sur l’âme de nos frères ; car bien qu’ils ne puissent être vaincus par une jalousie toute charnelle, régénérés qu’ils sont par l’esprit, cependant ils peuvent encore y être accessibles dans ce qui reste en eux de charnel. Envoyons donc notre mère à notre place, elle priera pour nous en son nom ; si l’on trouve sa démarche répréhensible, elle en obtiendra facilement le pardon ; si au contraire, elle est accueillie, elle obtiendra plus facilement ce qu’elle demande pour ses enfants ; car le Seigneur, qui a rempli le cœur des mères d’amour pour leurs enfants, exaucera plus facilement une prière inspirée par l’affection maternelle. Voilà pourquoi le Seigneur, qui connaît le secret des cœurs, ne répond pas à la prière que cette femme lui adresse, mais à la pensée de ses enfants qui la lui avaient dictée. Car si leur désir était bon, leur demande était inconsidérée. Et, toutefois, bien que leur prière ne dût pas être exaucée, elle ne méritait pas d’être humiliée, parce qu’elle avait pour principe un grand amour du Seigneur. Aussi ne les réprimande-t-il que de leur ignorance : " Mais Jésus répondit : Vous ne savez ce que vous demandez. " — Saint Jérôme. Il n’est pas étonnant que le Sauveur les reprenne de leur ignorance, puisqu’il est dit de Pierre lui-même : " Il ne savait pas ce qu’il disait. " (Lc 9.) — Saint Jean Chrysostome. (hom. sur S. Matth.) Souvent, en effet, le Seigneur permet que ses disciples aient des pensées, tiennent des discours répréhensibles, pour y trouver l’occasion d’expliquer les règles de la vie chrétienne ; car il sait que leur erreur ne peut leur nuire tant que leur maître est avec eux, et la doctrine qu’il leur expose devient une source d’édification, non-seulement dans le présent, mais pour l’avenir. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 66.) Or, en s’exprimant de la sorte, il leur fait comprendre qu’ils ne demandent rien de spirituel, et que s’ils avaient su ce qu’ils demandaient, jamais ils n’auraient songé à en faire l’objet d’une prière dont l’accomplissement surpasse le pouvoir des puissances célestes. — Saint Hilaire. (can. 20.) Ils ne savent encore ce qu’ils demandent, parce que la gloire réservée aux Apôtres ne pouvait faire l’objet d’aucune discussion, après qu’il leur avait prédit si clairement qu’ils devaient juger le monde. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ou bien, vous ne savez ce que vous demandez, c’est-à-dire : Je vous ai appelés à ma droite de la gauche où vous étiez (cf. Mt 25, 33), et vous, de votre propre choix, vous vous hâtez de repasser à la gauche. Aussi est-ce pour cela, peut-être, que cette demande se négociait par le moyen d’une femme ; le démon recourut à ses armes habituelles, à la femme, pour séparer ces deux frères de leur maître par la suggestion de leur mère, comme il avait dépouillé Adam par le moyen de sa femme. Mais la ruine ne pouvait plus arriver jusqu’aux saints par une femme, depuis que le salut de tous les hommes était sorti par les mains d’une femme. Ou bien encore, ces paroles : " Vous ne savez ce que vous demandez, " nous apprennent que nous devons penser non-seulement à la gloire que nous voulons obtenir, mais à éviter la ruine dont le péché nous menace. Ainsi dans les guerres qui ont lieu sur la terre, celui qui ne pense qu’aux dépouilles et aux richesses de la victoire, triomphe difficilement, ils auraient donc dû faire cette prière : " Donnez-nous le secours de votre grâce, afin que nous puissions triompher de tout mal. "
Raban Maure. Ils ne savaient pas encore ce qu’ils demandaient, eux qui voulaient obtenir du Seigneur le trône de gloire qu’ils n’avaient pas encore mérité. La perspective d’une si grande gloire avait pour eux de l’attrait, mais il leur fallait auparavant prendre la voie du travail qui pouvait seule les y conduire ; c’est pour cela qu’il ajoute : " Pouvez-vous boire le calice ? " — Saint Jérôme. Le mot calice, dans le style des Écritures, signifie souffrance, comme dans le Ps 115 : " Je prendrai le calice du salut ; " et le Roi-Prophète explique aussitôt quel est ce calice : " La mort de ses saints est précieuse aux yeux de Dieu. ". — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Notre-Seigneur savait qu’ils étaient disposés à le suivre jusque dans ses souffrances, mais il leur fait cette question pour nous apprendre que personne ne peut régner avec lui sans avoir participé à sa passion ; car un trésor aussi précieux ne peut s’acquérir à vil prix (cf. 2 Tm 2, 12 ; Rm 8, 17). Or, la passion du Sauveur, ce n’est pas seulement la persécution des Gentils, mais toute violence que nous souffrons en combattant contre le péché. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 66.) Il leur dit donc : " Pouvez-vous boire ? " etc., c’est-à-dire : " Vous me parlez de gloire et de couronnes, et moi je vous parle de combats et de fatigues, car le temps des récompenses n’est pas encore venu. " Par la manière dont il leur fait cette question, il les encourage et les attire ; il ne leur dit pas : Pourrez-vous répandre votre sang ? mais : " Pouvez-vous boire le calice ? " et il ajoute : " Que je dois boire, " pour enflammer plus vivement leurs désirs par ce rapprochement. — Saint Hilaire. (can. 20.) Or, les deux disciples qui avaient déjà la liberté et la constance du martyre, promettent de boire ce calice. " Ils lui dirent : Nous le pouvons. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ou bien ils font cette réponse moins par confiance dans leur propre force que par ignorance de leur fragilité ; car la tentation de la souffrance et de la, mort paraît légère à ceux qui ne l’ont pas éprouvée. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 65.) Ou bien encore, ils promettent de boire ce calice par le désir qu’ils en ont ; car ils n’auraient jamais parlé de la sorte, si ce qu’ils demandaient n’avait été l’objet de leur attente. Or, le Seigneur leur prédit des biens du plus grand prix, c’est-à-dire qu’ils seront rendus dignes de souffrir le martyre.
" Il leur répartit : il est vrai que vous boirez le calice que je boirai. " Origène. Jésus-Christ ne leur dit pas : Vous pouvez boire mon calice, mais les yeux fixés sur la perfection à laquelle ils devaient atteindre, il leur dit : " Il est vrai que vous boirez mon calice. " — Saint Jérôme. On se demande dans quel sens les deux enfants de Zébédée, Jacques et Jean, ont bu le calice du martyre, puisque d’après l’Écriture, Jacques seul fut décapité par Hérode (Ac 12), et que Jean mourut de mort naturelle. Mais puisque nous lisons dans l’histoire ecclésiastique que Jean fut plongé dans une chaudière d’huile bouillante, et qu’il fut exilé dans l’île de Pathmos, nous voyons qu’il eut vraiment l’esprit du martyre, et qu’il but le calice du confesseur de la foi, calice que burent aussi les trois enfants dans la fournaise, bien que leur persécuteur n’ait pas répandu leur sang.
Saint Hilaire. (can. 20.) Notre-Seigneur, tout en louant la foi qui les anime, leur déclare qu’ils seront associés à ses souffrances, mais que Dieu, son Père, avait disposé en faveur d’autres de l’honneur de s’asseoir à sa droite et à sa gauche : " Mais pour ce qui est d’être assis à ma droite et à ma gauche, " etc. Dans notre opinion, cet honneur n’est pas tellement réservé à d’autres, que les Apôtres n’y aient point de part, eux qui, assis sur les sièges des patriarches, jugeront les douze tribus d’Israël. Autant que l’Évangile nous permet de le conclure, nous verrons assis aux côtés du Sauveur Moise et Elle, au milieu desquels il parut sur la montagne dans tout l’éclat de sa gloire. (Mt 18 ; Mc 9 ; Lc 9.) — Saint Jérôme. Quant à moi, telle n’est pas mon opinion, mais je pense que le Sauveur ne nomme pas ceux qui seront assis dans le royaume des cieux, dans la crainte que cette désignation spéciale de quelques-uns, ne parût une exclusion pour les autres. En effet, la gloire du royaume des cieux ne dépend pas seulement de celui qui la donne, mais aussi de celui qui la reçoit ; car Dieu ne fait acception de personne, et celui qui se rendra digne de ce royaume, recevra ce que Dieu a préparé, non pas à la personne, mais à la vie sainte et pure. Si donc vous vous rendez dignes par vos vertus du royaume des cieux, vous en serez mis en possession. Cependant il ne leur dit pas : Vous ne serez pas assis à ma droite, pour ne pas les couvrir de confusion, ni : Vous y serez assis, pour ne pas froisser les autres disciples. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 65.) Ou bien dans un autre sens, cette place est inaccessible, non-seulement aux hommes, mais encore aux anges ; car saint Paul nous déclare en ces termes qu’elle est l’apanage exclusif du Fils unique : " À qui, parmi les anges, a-t-il jamais dit : Asseyez-vous à ma droite ? " C’est donc uniquement par condescendance pour ceux qui l’interrogent, et non pour établir que quelques-uns des saints seraient assis à ses côtés, qu’il répond à leur question ; car le Seigneur leur répond : " Vous mourrez, en effet, pour moi, mais cela ne suffit pas pour : que vous obteniez la première place ; car s’il s’en trouve un autre qui joint au martyre une vertu plus parfaite, mon amour pour vous ne peut aller jusqu’à lui enlever la première place pour vous la donner. " Mais il ne veut pas que l’on croie que c’est impuissance de sa part, aussi ne dit-il pas simplement : Ce n’est point à moi de donner, mais : " Ce n’est point à moi de vous le donner, " cela est réservé à ceux à qui mon Père l’a préparé, c’est-à-dire à ceux qui peuvent briller par l’éclat de leurs bonnes œuvres. — Rémig. Ou bien encore : " Ce n’est point à moi de vous le donner, c’est-à-dire de le donner à des orgueilleux comme vous, mais cela est réservé aux humbles de cœur auxquels mon Père céleste l’a préparé. " — Saint Augustin. (de la Trinité, 1, 12.) Ou bien enfin, le Seigneur répond à ses disciples comme homme revêtu de la forme de serviteur : " Mais pour ce qui est d’être assis à ma droite, ce n’est point à moi de vous le donner, " etc. Or, ce que le Père a préparé, le Fils l’a également préparé ; car le Fils et le Père ne sont qu’un.

Mt 20, 24-28
24 Les dix autres avaient entendu, et s'indignèrent contre les deux frères.
25 Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir.
26 Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ;
27 et celui qui veut être le premier sera votre esclave.
28 Ainsi, le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 65.) Tant que Jésus-Christ n’a fait qu’exprimer sa volonté à l’égard des deux disciples, les autres Apôtres n’éprouvèrent aucun sentiment de peine ; ils ne s’indignent que lorsqu’il les reprend : " Et les dix autres ayant entendu, " etc. — Saint Hilaire. Ce n’est pas sur la mère qu’ils font retomber la témérité d’une pareille demande, mais sur les enfants qui, paraissant ignorer ce qu’ils étaient, se sont laissé dominer par une ambition aussi démesurée. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 65.) Ils comprirent que cette demande venait des deux frères, quand le Sauveur leur adressa ce reproche. Jusque-là, lorsqu’ils avaient vu les marques particulières d’honneur qu’il leur donnait, comme dans sa transfiguration, quelle que fût la peine qu’ils en ressentaient intérieurement, ils n’osaient pas la faire paraître au dehors, par respect pour leur divin Maître. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) La demande des deux disciples avait été toute charnelle, la tristesse des dix autres fut de même nature, car s’il est blâmable de vouloir s’élever au-dessus des autres, il est on ne peut plus glorieux d’accepter que d’autres soient élevés au-dessus de nous.
Saint Jérôme. Toutefois le divin Maître ne reproche ni leur ambition aux deux disciples, ni leur indignation jalouse aux dix autres : " Mais Jésus les appela à lui, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 66.) Comme il les voit dans le trouble, il les appelle à lui pour les consoler en leur adressant la parole de plus près, car les deux frères s’étaient séparés de la société des dix Apôtres pour se rapprocher du Seigneur et lui parler en particulier. Or, il apaise les sentiments de leur âme, non plus comme précédemment, en plaçant un petit enfant au milieu d’eux, mais par un exemple tout opposé : " Vous savez, leur dit-il, que les princes des nations dominent sur elles. " — Origène. C’est-à-dire : Vous savez que, non contents de gouverner leurs sujets, ils aspirent à une domination tyrannique ; mais pour vous, qui êtes mes disciples, il n’en sera pas de la sorte, car, si les choses matérielles sont soumises à la nécessité, les choses spirituelles dépendent de la volonté. Ceux donc qui sont revêtus d’une puissance toute spirituelle doivent faire reposer toute leur autorité sur l’affection de ceux qui leur sont soumis, plutôt que sur la crainte des châtiments extérieurs. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 66.) Il leur montre en même temps que c’est le propre des nations idolâtres d’ambitionner la primauté, et par cette comparaison il apaise l’agitation de leur âme. — Saint Jean Chrysostome.(sur S. Matth.) C’est une chose louable de désirer le travail du ministère, car le travail dépend en partie de notre volonté, aussi bien que la récompense qui la suit ; mais c’est une vanité que d’ambitionner l’honneur des premières dignités, parce qu’elles dépendent de la volonté de Dieu. Aussi, quand bien même nous obtiendrions cet honneur, nous ne savons pas si nous méritons la couronne de justice. En effet, l’Apôtre ne sera pas trouvé digne d’éloges aux yeux de Dieu pour avoir été apôtre, mais pour avoir bien rempli les devoirs de l’apostolat ; de même ce n’est pas aux mérites qui ont précédé sa vocation que l’Apôtre doit l’honneur de l’apostolat ; mais il a été jugé digne de ce ministère, d’après les dispositions de son âme. Disons encore que les premières dignités vont au devant de ceux qui les fuient, et fuient ceux qui les recherchent. Ce qu’il faut désirer, ce n’est donc point un rang plus élevé, mais une vie plus vertueuse. C’est donc pour éteindre l’ambition des deux frères et l’indignation des autres Apôtres, que le Sauveur établit cette différence entre les princes du monde et les chefs de l’Église, et il montre ainsi que le pouvoir ecclésiastique ne doit être ni recherché par celui qui ne l’exerce pas, ni envié à celui qui en est revêtu. Les princes du monde semblent n’être établis que pour faire peser leur domination sur leurs inférieurs, les réduire en servitude, les dépouiller et les exploiter jusqu’à la mort au profit de leur propre gloire et de leur utilité personnelle. Les princes de l’Église, au contraire, ne sont placés à sa tête que pour servir leurs inférieurs, leur distribuer tout ce qu’ils ont reçu de Jésus-Christ, pour veiller aux intérêts des fidèles au détriment de leurs intérêts personnels, et ne point reculer devant la mort même pour les sauver. Il n’est donc ni juste, ni utile de désirer la puissance et les honneurs dans l’Église, car quel est l’homme tant soit peu sage qui voudrait se soumettre de lui-même à une si grande servitude et au danger effrayant de rendre compte pour toute l’Église, à moins qu’il n’ait perdu toute crainte des jugements de Dieu, et qu’il ne veuille faire un abus indigne de la puissance ecclésiastique en la transformant en un pouvoir tout séculier ?
Saint Jérôme. Jésus termine en se proposant comme exemple pour faire rougir par ses actions ceux que ses paroles laisseraient insensibles : " Comme le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi. " — Origène. Les anges et Marthe l’ont servi, il est vrai ; il n’est cependant pas venu pour être servi, mais pour servir, et il poussa si loin cette servitude à l’égard des autres, qu’il accomplit les paroles suivantes : " Et pour donner sa vie en mourant pour la rédemption de plusieurs, " qui ont cru en lui. Mais comme il a été le seul qui fût libre entre les morts (Ps 87), et plus fort que toute la puissance de la mort, il a par là même affranchi de la mort tous ceux qui ont voulu le suivre. Les princes de l’Église doivent donc imiter Jésus-Christ qui se rendait accessible, ne dédaignait pas de parler aux femmes, d’imposer les mains sur les petits enfants, et de laver les pieds à ses disciples pour les engager à en faire autant à leurs frères. Mais, malgré cet exemple, nous offrons dans notre conduite le spectacle d’un orgueil qui va au delà de l’orgueil des princes du monde ; car, soit que nous ne voulions pas comprendre, soit que nous méprisions le précepte de Jésus-Christ, nous voulons, comme les rois de la terre, nous faire précéder par des gardes, nous cherchons à nous rendre redoutables et de difficile accès, surtout à l’égard des pauvres ; nous n’avons pour les autres et nous ne voulons pour nous-mêmes aucune marque d’affabilité.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 66.) Donc, à quelque degré que vous puissiez vous humilier, jamais vous ne descendrez aussi bas que votre Sauveur et votre Dieu.
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