Mt 21, 17-22
17 Alors il les quitta et sortit de la ville en direction de Béthanie, où il resta pour la nuit.
18 Le lendemain matin, en revenant vers la ville, il eut faim.
19 Voyant un figuier au bord de la route, il s'en approcha, mais il n'y trouva rien d'autre que des feuilles, et il lui dit : « Plus jamais aucun fruit ne viendra de toi. » Et à l'instant même, le figuier se dessécha.
20 En voyant cela, les disciples s'étonnèrent et dirent : « Comment se fait-il que le figuier s'est desséché à l'instant même ? »
21 Alors Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : si vous avez la foi et si vous ne doutez pas, vous ne ferez pas seulement ce que j'ai fait au figuier ; vous pourrez même dire à cette montagne : 'Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer', et cela se produira ;
22 tout ce que vous demanderez dans votre prière avec foi, vous le recevrez. »
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) On triomphe plus facilement de la malice en lui cédant qu’en essayant de lui résister ; car les discours, loin de l’éclairer, la rendent plus violente. Aussi le Seigneur cherche-t-il a apaiser, en s’éloignant, ceux que ses paroles n’ont pu calmer : « Et les ayant laissés là, il sortit de la ville, et s’en alla à Béthanie. » — Saint Hilaire. Nous devons conclure de là que Notre-Seigneur était si pauvre, et d’ailleurs si éloigné de flatter personne, que dans une si grande ville, il ne trouva pas un seul hôte, une seule demeure, et qu’il fut obligé de se retirer dans un petit bourg, chez Lazare et ses sœurs ; ce bourg qu’ils habitaient, s’appelait Béthanie. « Et il y demeura, » ajoute le texte sacré. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Afin de trouver le repos du corps là où il jouissait du repos de l’âme, car c’est un des caractères des saints d’aimer à se fixer dans les maisons où brille, non le luxe des splendides festins, mais l’éclat de la vertu et de la sainteté.
Saint Jérôme. Lorsque les ténèbres de la nuit furent dissipées, le Seigneur étant revenu à Jérusalem, éprouva le besoin de la faim. « Le matin, dit l’Évangéliste, comme il retournait dans la ville, il eut faim ? » et il donnait ainsi la preuve qu’il s’était vraiment revêtu de la nature humaine. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 67.) Car en laissant son corps souffrir ce qui est dans sa nature, il prouvait qu’il était sujet à la souffrance. — Saint Bède. Remarquez le zèle toujours croissant de cet ouvrier infatigable, il retourne le matin à la ville pour y prêcher de nouveau, et gagner quelques âmes à son Père. — Saint Jérôme. Or, le Seigneur, avant de souffrir à la vue du peuple et de porter le scandale de la croix, voulut raffermir l’âme de ses disciples par un miracle qui précédât ses humiliations. « Et voyant un figuier, il s’en approcha. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 67.) Ce n’est point parce qu’il avait faim, qu’il s’en approchait, mais dans l’intérêt de ses disciples, car comme il répandait partout ses bienfaits, sans jamais châtier personne, et qu’il fallait cependant donner des exemples de sa justice toute-puissante, il choisit, non pas les hommes, mais un arbre pour en établir la vérité. — Saint Hilaire. (can. 21.) C’est en cela qu’il nous donne une preuve de sa bonté. En effet, lorsqu’il voulut prouver par des exemples qu’il venait sauver le monde, il fit sentir les effets de sa toute-puissance aux corps des hommes, établissant ainsi l’espérance des biens futurs, et le salut des âmes par la guérison des maux de cette vie ; mais maintenant qu’il veut donner un exemple de sa sévérité contre les rebelles opiniâtres, c’est en faisant mourir un arbre qu’il nous donne l’image des châtiments futurs : « Et il lui dit : Qu’éternellement, aucun fruit ne naisse de toi. » — Saint Jérôme. Ou « dans aucun temps ; » car le mot grec peut recevoir l’un et l’autre sens.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 67.) Ce fut seulement dans l’opinion des disciples que ce figuier avait été maudit, parce qu’il ne portait point de fruit ; mais pourquoi donc fut-il maudit ? pour l’instruction des Apôtres, qui apprenaient ainsi que le Sauveur pourrait mettre à mort ceux qui le crucifièrent. Il est dit, en effet : « Et au même moment le figuier se sécha. » Ce ne fut pas sur un autre arbuste, mais sur celui de tous qui a le plus de sève qu’il fit ce miracle, pour le rendre plus éclatant. Or, lorsque vous voyez que des plantes ou des animaux sont l’objet de semblables prodiges, ne demandez pas comment ce figuier a été desséché avec justice, si ce n’était pas le temps des fruits ; cette question serait de la dernière folie, puisque dans de semblables objets, il ne peut être question ni de faute ni de peine, mais considérez attentivement ce miracle, et admirez la puissance de celui qui l’opère. C’est ce que font les disciples : « Ce que les disciples ayant vu, ils furent saisis d’étonnement, » etc. — La Glose. Le Créateur ne commet pas d’injustice à l’égard de celui à qui appartient un objet quelconque, en usant de sa créature comme il l’entend pour l’utilité des autres. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 67.) Or, pour vous apprendre que c’est pour l’utilité de ses disciples, c’est-à-dire pour exciter en eux une grande confiance, qu’il a opéré ce miracle, écoutez ce qu’il ajoute : « Alors Jésus leur dit : Je vous le dis en vérité, si vous avez de la foi, » etc. — Saint Jérôme. Les chiens des Gentils aboient contre nous, en affirmant que les Apôtres n’ont pas eu la foi, puisqu’ils n’ont pu transporter des montagnes. Nous leur répondons que Notre-Seigneur a fait un grand nombre de miracles qui ne sont pas rapportés par les Évangélistes, et nous croyons également que les Apôtres ont opéré des prodiges de cette nature, mais que les auteurs sacrés n’ont pas rapportés, pour ne pas donner aux infidèles une nouvelle occasion de contredire les vérités chrétiennes. Demandons leur, en effet, s’ils croient ou non aux miracles écrits dans l’Évangile, et, en voyant leur incrédulité à cet égard, nous serons autorisés à conclure qu’ils n’auraient pas cru davantage à de plus grands prodiges.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 67.) Or, c’est à la prière et à la foi que le Seigneur attribue cette puissance, et c’est pour cela qu’il dit de nouveau : « Toutes les choses que vous demanderez. » —Origène. Car les disciples de Jésus-Christ ne demandent rien qui ne soit digne d’être demandé, et pleins de foi dans leur divin : Maître, ils ne demandent que des biens supérieurs aux biens périssables et mortels. — Raban Maure. Or, toutes les fois que nos prières ne sont pas exaucées, cela vient de ce que nous avons demandé des choses contraires à notre salut ; ou de ce que les mauvaises dispositions de notre âme nous ont rendu indignes d’obtenu ce que nous demandions pour les autres ; ou bien enfin, Dieu diffère de nous accorder l’effet de notre prière, pour accroître nos désirs, et nous faire recevoir d’une manière plus parfaite les grâces que nous demandons.
Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 2, 68.) Remarquons que les disciples s’étonnèrent de ce que le figuier s’était desséché, et que le Seigneur leur fit connaître l’efficacité de la foi, non pas le deuxième jour où il maudit cet arbre, mais le troisième jour, comme saint Marc le rapporte. En effet, cet Évangéliste raconte que le second jour, Notre-Seigneur chassa les marchands du temple, ce qu’il avait omis le premier jour ; le second jour, il dit que le soir étant venu, Jésus sortit de la ville, et que le lendemain matin les Apôtres virent en passant le figuier desséché. D’après le récit de saint Matthieu, au contraire, tout se serait passé le second jour. Lors donc que cet Évangéliste dit : « Et aussitôt le figuier fut desséché ; » et que passant tout les événements du second jour, il ajoute immédiatement : « Ce qu’ayant vu les disciples, ils furent saisis d’étonnement, » il faut l’entendre en ce sens que ce n’est pas le même jour que le Seigneur vit et maudit le figuier que les disciples furent dans l’étonnement. En effet, ce n’est pas au moment qu’ils le virent desséché que le figuier se dessécha, mais aussitôt qu’il eût été maudit ; car ils ne le virent pas se desséchant, mais tout à fait desséché, et c’est ce qui leur fit comprendre qu’il s’était desséché tout d’un coup, à la parole de leur divin Maître.
Origène. (traité 16 sur S. Matth.) Dans le sens mystique, le Seigneur, ayant quitté les princes des prêtres et les scribes, sort de la Jérusalem terrestre, ce qui fut la cause de sa ruine. Il vient à Béthanie, la maison de l’obéissance, c’est-à-dire dans l’Église. Lorsqu’il s’y est reposé, après avoir jeté les premiers fondements de l’Église, il retourne dans la ville qu’il avait quittée auparavant, et c’est en y retournant qu’il eut faim. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Or, si la faim qu’il éprouvait avait été naturelle et avait eu pour objet la nourriture du corps, il ne l’aurait pas ressentie le matin ; cette faim du matin, c’est donc la faim du salut des âmes. — Saint Jérôme. Cet arbre qu’il rencontre dans le chemin, c’est la synagogue ; elle était le long du chemin, parce qu’elle avait la loi, mais elle ne croyait pas à la voie véritable qui est Jésus-Christ.
Saint Hilaire. (can. 21.) Elle est comparée au figuier, parce que les Apôtres, qui furent les premiers d’entre les Juifs pour croire en Jésus-Christ, précéderont les autres, comme des figues précoces, par la gloire et 1 époque de leur résurrection. — Saint Jean Chrysostome. La figue, qui renferme une multitude de grains sous une même enveloppe, est comme la réunion de la multitude des fidèles. Or, le Seigneur ne trouve sur le figuier que des feuilles, c’est-à-dire les traditions pharisaïques, et toutes les prétentions orgueilleuses de la loi, sans aucun fruit de vérité. — Origène. Et comme cet arbre, pris au figuré, était pour ainsi dire animé, Notre-Seigneur lui dit, comme s’il était capable de l’entendre : « Que jamais fruit ne naisse de toi. » C’est ainsi que la synagogue des Juifs est frappée de stérilité, et qu’elle demeurera sans fruits jusqu’à la fin du monde, jusqu’à ce que la multitude des nations soit entrée dans l’Église, Ce figuier s’est desséché pendant que Jésus-Christ était encore sur la terre, et les Apôtres, voyant avec les yeux de l’âme ce mystère de la foi frappé de stérilité, furent saisis d’étonnement, et immédiatement, en fidèles disciples de Jésus-Christ, et sans la moindre hésitation, ils abandonnent la synagogue qui se dessèche aussitôt, parce que les Apôtres portent aux Gentils toute la sève vivifiante de la grâce. De même encore lorsqu’ils amènent quelqu’un à la foi, on peut dire qu’ils transportent une montagne, c’est-à-dire Satan, et la précipitent dans la mer, c’est-à-dire dans l’abîme. — Saint Jean Chrysostome. (hom.67.) Ou bien la mer signifie la grande confusion du monde où se trouvent des eaux Salées, c’est-à-dire des peuples impies. — Raban Maure. Car Satan se venge d’être chassé du milieu des élus en se déchaînant avec plus de fureur Contre les réprouvés. — Saint Augustin. (Quest. évang., 1, 29.) Ou bien, c’est le langage que le serviteur de Dieu doit tenir à la montagne de l’orgueil pour la repousser loin de lui. Ou bien encore, comme c’est par les Apôtres que l’Évangile a été prêché, le Seigneur, qui est appelé la montagne, a été jeté par les Juifs au milieu des Gentils comme au sein de la mer. — Origène. Tout homme aussi qui se rend docile à la parole de Dieu, est Béthanie, et Jésus-Christ repose dans son cœur. Il abandonne les méchants et les pécheurs, mais lorsqu’il sera au milieu des justes, il ira encore vers d’autres sans quitter les premiers ; car il n’abandonne pas Béthanie en venant à Jérusalem. Or, le Seigneur éprouve toujours le besoin de la faim dans les justes, et désire se nourrir en eux des fruits de l’Esprit saint, qui sont à la fois la charité, la joie et la paix (Ga 5). Ce figuier, qui n’avait que des feuilles sans porter de fruits, était près du chemin. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) C’est-à-dire dans le monde ; car celui qui vit selon le monde ne peut produire les fruits de la justice. — Origène. Or, si le Seigneur vient au milieu des tentations et des épreuves pour recueillir des fruits, et qu’il rencontre un chrétien qui n’ait que la profession extérieure de la foi, c’est-à-dire des feuilles sans fruits, ce chrétien est bientôt frappé de stérilité, et perd même jusqu’au caractère extérieur du christianisme. Tout disciple peut dessécher ainsi un figuier en lui montrant qu’il est tout à fait vide de la sève vivifiante de Jésus-Christ. C’est ainsi que Pierre dit à Simon le Magicien : « Votre cœur n’est pas droit devant Dieu. » Il vaut bien mieux qu’un figuier trompeur qui n’a que l’apparence de la vie, et qui ne porte aucun fruit, soit frappé de stérilité par la parole des disciples de Jésus-Christ, que de tromper et de dérober par un faux semblant de religion la confiance des cœurs simples et innocents. Il y a aussi dans tout cœur incrédule une montagne proportionnée à son incrédulité, et que la parole seule des disciples de Jésus-Christ peut faire disparaître.
Mt 21, 23-27
23 Jésus était entré dans le Temple, et, pendant qu'il enseignait, les chefs des prêtres et les anciens du peuple l'abordèrent pour lui demander : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t'a donné cette autorité ? »
24 Jésus leur répliqua : « À mon tour, je vais vous poser une seule question ; et si vous me répondez, je vous dirai, moi aussi, par quelle autorité je fais cela :
25 Le baptême de Jean, d'où venait-il ? du ciel ou des hommes ? » Ils faisaient en eux-mêmes ce raisonnement : « Si nous disons : 'Du ciel', il va nous dire : 'Pourquoi donc n'avez-vous pas cru à sa parole ?'
26 Si nous disons : 'Des hommes', nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. »
27 Ils répondirent donc à Jésus : « Nous ne savons pas ! » Il leur dit à son tour : « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Les prêtres, témoins de l’entrée si glorieuse de Jésus-Christ dans le temple, furent en proie à une violente jalousie, et ne pouvant contenir dans leur âme l’ardeur de cette passion qui les dévorait, ils la laissent éclater dans leurs paroles : « Et lorsqu’il fut entré dans le temple, les princes des prêtres et les anciens du peuple vinrent le trouver. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 67.)Ils ne peuvent calomnier ses miracles, ils l’attaquent sur la défense qu’il a faite de vendre dans le temple, comme s’ils lui disaient : Est-ce que vous occupez la chaire des docteurs ? est-ce que vous avez reçu la consécration sacerdotale pour déployer une si grande autorité ? — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Par les paroles qui suivent : « Et qui vous a donné ce pouvoir ? » ils reconnaissent qu’il y a plusieurs dignités qui ont le droit de conférer sur la terre la puissance extérieure ou même la puissance spirituelle, et ils semblent dire au Sauveur : « Vous n’êtes pas d’une famille sacerdotale ; ni le sénat ni César ne vous ont investi de ce pouvoir. » S’ils avaient cru que tout pouvoir vient de Dieu, ils ne lui auraient jamais fait cette question : « Qui vous a donné ce pouvoir ? » Car tout homme juge les autres d’après lui-même ; le fornicateur ne peut croire qu’il existe un homme chaste ; l’homme chaste, au contraire, ne croit pas facilement à la fornication, c’est ainsi que celui que Dieu n’a point établi prêtre, ne croit pas qu’il puisse y avoir de sacerdoce qui vienne de Dieu. — Saint Jérôme. Ou bien, on peut dire qu’ils renouvellent ici la même calomnie qu’ils avaient faite autrefois lorsqu’ils disaient : « C’est par Béelzébub, prince des démons, qu’il chasse les démons. » En effet, ces paroles : « Par quelle autorité faites-vous ces choses ? » ne sont-elles pas un doute formel que ce soit au nom de la puissance de Dieu, et ne laissent-elles pas sous-entendre que c’est au nom du démon que Jésus opère ces merveilles ? Ils ajoutent : « Et qui vous a donné ce pouvoir ? » et ils nient par là ouvertement qu’il soit le Fils de Dieu, en croyant que c’est par une puissance étrangère et non par sa propre vertu qu’il opère des miracles. Or, Notre-Seigneur pouvait réfuter les calomnies de ceux qui le tentaient, par une réponse claire et sans réplique ; mais il aime mieux leur poser une question pleine de prudence, pour qu’ils trouvent leur condamnation, ou dans leur silence ou dans leur science prétendue. « Jésus leur répondit : J’ai moi-même une question à vous faire. » — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.)Ce n’est pas dans le dessein que leur réponse les rende plus dociles, mais pour les embarrasser et les empêcher de le questionner davantage ; car il avait lui-même donné le précepte de ne pas donner les choses saintes aux chiens. D’ailleurs, eût-il répondu à leur question, c’eût été sans résultat ; car les ténèbres, dont la volupté est environnée, ne lui permettent pas de se laisser pénétrer par la lumière. Il faut éclairer celui qui interroge pour s’instruire ; mais pour celui qui ne questionne que pour tendre des pièges, il suffit de le confondre par une réponse pleine de sens, sans lui faire connaître les secrets du mystère qu’il veut pénétrer. Le Seigneur les embarrasse donc dans la question qu’ils lui ont faite par celle qu’il leur adresse, et comme ils ne pouvaient échapper à cette difficulté, il ajoute : « Et si vous m’y répondez, je vous dirai par quelle autorité je fais ceci. » Or, voici la question qu’il leur pose : « Le baptême de Jean, d’où était-il ? du ciel ou des hommes ? » — Saint Augustin. (traité 5 sur S. Jean.) Jean reçut le pouvoir de baptiser de celui qu’il baptisa lui-même par la suite, et ce baptême qu’il avait reçu le pouvoir de donner, est appelé ici le baptême de Jean. Il est le seul qui ait reçu une telle faveur, et aucun juste avant lui, aucun juste après lui n’a reçu le pouvoir de donner un baptême qui portât son nom. Car Jean vint baptiser dans l’eau de la pénitence pour préparer les voies au Seigneur, mais sans purifier les âmes, ce que ne peut faire un simple mortel.
Saint Jérôme. Or, nous voyons dans ces paroles suivantes : « Mais ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, » le conseil qu’ils tinrent sous l’inspiration de leur malice. S’ils répondaient ; le baptême de Jean venait du ciel, il. était naturel de leur répliquer : « Pourquoi donc n’avez-vous pas reçu ce baptême de Jean ? » S’ils répondaient, au contraire, que ce baptême était d’invention humaine, et n’avait rien de divin, ils craignaient de soulever une sédition parmi le peuple ; car il s’était porté en foule pour recevoir le baptême de Jean, et le regardait comme un prophète. Cette faction d’impiété lui répondit donc, et pour mieux cacher ses intentions perfides, elle a recours à cet aveu plein d’humilité, qu’elle ne savait que répondre. « Ils répondirent donc à Jésus : Nous ne savons. » Cette réponse était un véritable mensonge, et il semble que le Seigneur aurait dû leur rendre la pareille, en leur disant : « Ni moi non plus je ne sais pas. » Mais la vérité est incapable de mensonge. « Il leur répondit donc : Je ne vous dirai point non plus par quelle autorité je fais ceci. » Il leur démontre ainsi qu’ils le savent fort bien, mais qu’ils ne veulent pas répondre, et qu’il sait aussi que répondre, mais qu’il ne veut pas le faire, parce que eux-mêmes ne veulent pas dire ce qu’ils savent.
Origène. (Traité XVII Sur S. Matth.) On trouvera peut-être qu’il était ridicule de demander à Jésus par quelle autorité il faisait ces choses, car il était impossible qu’il répondît que c’était au nom du démon. L’homme de péché (2 Th 2), lui-même, ne pourrait répondre, ce qui serait vrai cependant, qu’il agit par la puissance du démon. Dira-t-on que les princes des prêtres ne lui faisaient cette question que pour l’intimider, comme lorsque nous voyons un homme qui entreprend sur notre terrain des choses qui ne nous conviennent pas, nous lui disons pour l’effrayer et le faire cesser : « Qui vous a commandé d’agir ainsi ? » Mais alors, pourquoi le Sauveur leur a-t-il dit : « Répondez d’abord à ma question, et je vous dirai, moi aussi, par quelle autorité je fais ces choses. » Voici donc l’explication vraisemblable de ce passage. On distingue, en général, deux pouvoirs opposés ; l’un qui vient de Dieu, et l’autre qui vient de Satan ; mais, dans les cas particuliers, il faut en admettre un plus grand nombre. Ainsi ce n’était pas la même puissance qui agissait dans les prophètes, lorsqu’ils faisaient des miracles, mais cette puissance était différente dans les différents prophètes. Peut-être cette puissance était moindre pour des choses moins importantes, et plus grande pour de plus grandes circonstances. Or, les princes des prêtres, voyant Jésus opérer une foule de prodiges, voulaient apprendre de sa bouche de quelle espèce et de quelle nature était la puissance au nom de laquelle il agissait. Ceux qui avaient fait des miracles avaient commencé d’agir à l’aide d’un pouvoir limité, et à mesure qu’ils avançaient ils avaient reçu une puissance plus grande ; mais, pour le Sauveur, il a opéré tous ses miracles par la seule et même puissance qu’il a reçue de son Père. Or, comme les princes des prêtres n’étaient pas dignes d’entendre de tels mystères, Jésus ne veut pas leur répondre, et, au contraire il les interroge lui-même. — Raban Maure. Il y a deux raisons de cacher la vérité à ceux qui semblent la chercher, lorsque celui qui interroge est incapable de la comprendre, ou bien lorsque la haine ou le mépris de la vérité le rendent indigne qu’on lui explique ce qu’il demande.
Mt 21, 28-32
28 Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne.'
29 Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas.' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla.
30 Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur !' et il n'y alla pas.
31 Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ».
Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.
32 Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole.
Saint Jérôme. Après les avoir confondus de la sorte, Notre-Seigneur leur propose une parabole destinée à les convaincre d’impiété et à leur montrer que le royaume de Dieu doit être donné aux Gentils, et il la commence en ces termes : « Mais que vous en semble ? » — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Il choisit pour juges ceux qu’il accuse comme coupables, afin de leur ôter toute espérance d’être absous après qu’ils se seront condamnés eux-mêmes. Il faut avoir une grande confiance dans la justice d’une cause pour en remettre la décision à l’adversaire lui-même. Or, c’est sous les emblèmes des paraboles que Jésus retrace leur conduite, afin qu’ils ne comprennent pas que c’est contre eux-mêmes qu’ils vont prononcer une sentence de condamnation : Et il leur dit : « Un homme avait deux fils, » etc. Quel est cet homme, si ce n’est Dieu le Créateur de tous les hommes ? Cependant, quoique maître et souverain par nature, il aime mieux être aimé comme père que craint comme maître et seigneur. L’aîné de ces deux enfants, c’est le peuple des Gentils, et le second, le peuple juif ; car les Gentils descendaient de Noé (Gn 10), tandis que les Juifs avaient Abraham pour père. « Et s’adressant au premier, il dit : Mon fils, allez-vous-en aujourd’hui, » etc. ; aujourd’hui, c’est-à-dire pendant la durée de la vie présente. Or, Dieu lui a parlé, non pas extérieurement comme un homme, mais intérieurement comme Dieu, en répandant l’intelligence dans son âme. Travailler à la vigne, c’est pratiquer la justice, et je ne sais s’il y a un seul homme qui puisse la pratiquer dans toute son étendue. — Saint Jérôme. C’est d’abord au peuple des Gentils que Dieu dit par la voix de la loi naturelle : « Allez et travaillez à ma vigne, » c’est-à-dire : ne faites jamais à un autre ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fit. Mais sa réponse fut pleine d’orgueil. « Et son fils lui répondit : « Je ne veux pas y aller. » — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) En effet, les nations qui ont abandonné Dieu dès le commencement pour se livrer au culte des idoles et à toutes sortes de péchés semblent dire dans leur cœur : « Nous ne voulons pas accomplir la justice de Dieu. » — Saint Jérôme. Mais ensuite, lors de l’avènement du Sauveur, le peuple des Gentils fit pénitence et travailla dans la vigne de Dieu, et répara par l’activité de son travail l’indocilité de sa réponse, comme nous le voyons dans la suite de la parabole : « Mais après, étant touché de repentir, il y alla. »
« Il vint ensuite trouver l’autre et lui fit le même commandement. Celui-ci répondit : J’y vais, Seigneur. » — Saint Jérôme. Ce second fils, c’est le peuple juif qui répondit à Moïse : « Nous ferons toutes les choses que le Seigneur nous a dites. » (Ex 24) — Saint Jean Chrysostome. (sur. S. Matth.) Mais ils se détournèrent ensuite de Dieu et se rendirent coupables de mensonge envers lui, selon ces paroles du roi-prophète : « Des fils rebelles ont menti contre moi, » et c’est ce qui est exprimé par ces mots : « Et il n’y alla point. » Le Sauveur leur fait ensuite cette question : « Lequel des deux a fait la volonté de son père ? Le premier, lui dirent-ils. » Voyez comme ils ont prononcé leur propre condamnation, en reconnaissant que c’est l’aîné des enfants, le peuple des Gentils qui a fait la volonté de son père ; car il est bien mieux de ne pas promettre d’accomplir les commandements de Dieu et de l’accomplir, en effet, que de faire des promesses et d’y être infidèle. —Origène. (Traité 18 sur S. Matth.) On peut donc admettre que le Seigneur, dans cette parabole, a voulu parler de ceux qui ne promettent rien ou presque rien, et qui accomplissent cependant de grandes choses, et condamner ceux qui font de grandes promesses et n’en accomplissent aucune. — Saint Jérôme. Il est bon de remarquer que dans les exemplaires authentiques on lit, non pas « le dernier, » mais « le premier, » et ainsi les Juifs sont condamnés par leur propre jugement. Mais, en supposant qu’il faille lire : « Le dernier, » comme le portent quelques manuscrits, l’interprétation est claire, et nous dirons que les Juifs, tout en comprenant la vérité, ont usé de détours à son égard, et n’ont pas voulu dire ce qu’ils pensaient ; comme nous les voyons refuser de dire ce qu’ils savaient fort bien que le baptême de Jean venait du ciel.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Notre-Seigneur confirme pleinement leur jugement : « Et Jésus leur dit : Je vous dis en vérité que les publicains et les femmes de mauvaise vie vous devanceront dans le royaume de Dieu, » c’est-à-dire : ce n’est pas seulement le peuple des Gentils, mais les publicains et les femmes prostituées qui valent mieux que vous. — Raban Maure. On peut entendre par le royaume de Dieu l’Évangile et l’Église actuelle, dans laquelle les nations ont précédé les Juifs, car elles ont embrassé bien plutôt la foi. — Origène. Toutefois on ne peut conclure de ce fait que les Juifs n’entreront pas un jour dans le royaume de Dieu, mais ce ne sera que lorsque la plénitude des nations y sera entrée que tout Israël sera sauvé (Rm 11). — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Je pense que les publicains représentent ici tous les pécheurs, et les femmes de mauvaise vie, toutes les femmes pécheresses ; car l’avarice est le péché le plus commun chez les hommes, comme la volupté sensuelle chez les femmes. La femme demeure chez elle comme renfermée dans le repos, et le désordre prend sa source surtout dans l’oisiveté. L’homme, au contraire, dont la vie se passe toute entière parmi les préoccupations d’affaires de tout genre, tombe plus facilement dans le péché d’avarice ; mais il est moins exposé aux désordres de la volupté, à moins qu’il ne soit de mœurs tout à fait dissolues, car les soins et les soucis des affaires particulières aux hommes sont presque toujours un préservatif contre la volupté, qui est par conséquent le vice des jeunes gens inoccupés. Or, le Sauveur donne les raisons de ce qu’il vient de dire en ajoutant : « Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous ne l’avez pas cru. » — Raban Maure. Jean vint pour prêcher la voie de la justice, car il montra du doigt le Christ, qui est la consommation de la loi (Rm 10, 4). Ou bien il marcha d’une manière si éclatante dans la voie de la justice, que sa vie sainte et vénérable fit une profonde impression sur le cœur des pécheurs : « Les publicains et les femmes de mauvaise vie, au contraire, l’ont cru. » Considérez combien la vie sainte d’un prédicateur donne de force à sa prédication, puisqu’elle triomphe des cœurs les plus indomptés. « Pour vous, qui avez vu (la conversion de ces grands pécheurs), vous n’avez pas été touchés de repentir, ni portés à le croire. » C’est-à-dire : Les publicains et les femmes pécheresses ont fait ce qu’il y a de plus difficile en croyant, et pour vous, vous n’avez même pas fait pénitence, ce qui était beaucoup plus facile. Cette explication que nous avons donnée d’après un grand nombre d’interprètes me paraît renfermer une contradiction ; car, si par ces deux enfants il faut entendre les Juifs et les Gentils, après que les prêtres ont répondu à la question qui leur était faite que c’est le premier qui a fait la volonté de son père, Jésus-Christ aurait dû conclure en ces termes : « Je vous dis en vérité, les Gentils vous précéderont dans le royaume de Dieu, » tandis qu’il s’exprime de cette manière « Les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume de Dieu, » ce qui paraît indiquer plutôt le sort des gens de basse condition que celui des Gentils. Mais on peut, comme nous l’avons dit, entendre ce passage en ce sens : Le peuple des Gentils l’emporte tellement sur vous aux yeux de Dieu, que les publicains eux-mêmes et les femmes de mauvaise vie lui sont plus agréables que vous. — Saint Jérôme. Aussi en est-il qui pensent que cette parabole a pour objet non pas les Gentils et les Juifs, mais simplement les pécheurs et les justes. Ils se fondent sur ce que les pécheurs, après avoir refusé de servir Dieu en commettant le mal, ont ensuite reçu de Jean-Baptiste le baptême de pénitence, tandis que les pharisiens, qui faisaient profession de justice et qui se vantaient de leur fidélité à la loi de Dieu, méprisèrent le baptême de Jean et ne voulurent pas accomplir ses préceptes. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Jésus leur a proposé cette parabole, parce que ce n’est point pour connaître la vérité, mais pour lui tendre un piège qu’ils lui ont adressé cette question : « Par quelle autorité faites-vous ces choses ? » Or, comme il y en avait un grand nombre qui avaient cru parmi le peuple, il leur propose cette parabole des deux fils pour leur montrer que les hommes du peuple, qui ont toujours mené la vie séculière valent mieux que les prêtres qui ont toujours fait profession de servir Dieu. En effet, les hommes du peuple finissent quelquefois par se repentir et par revenir à Dieu, tandis que les prêtres confirmés dans l’impénitence ne cessent de pécher contre Dieu. Or, l’aîné de ces deux enfants, c’est le peuple, car le peuple n’est pas pour les prêtres, mais ce sont les prêtres qui sont établis pour le peuple.