Mt 23, 13
13 Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le Royaume des cieux devant les hommes ; vous-mêmes n'y entrez pas, et ceux qui essayent d'y entrer, vous ne leur permettez pas d'entrer !
Origène. (Traité 25 sur S. Matth.) Jésus-Christ, comme le vrai Fils de Dieu qui avait donné la loi, pour imiter les bénédictions qui terminent la publication de la loi, a proclamé aussi les béatitudes de ceux qui parviennent au salut ; de même ici, pour imiter les malédictions qui se trouvent également dans la loi, il prononce des malédictions contre les pécheurs (cf. Dt 28, 3-6) : »Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! » Que ceux qui sont obligés d’avouer que ces malédictions prononcées ici contre les pécheurs sont un effet de la bonté de Dieu, comprennent que les malédictions de la loi n’ont point d’autre cause. Ce n’est pas celui qui prédit ces malheurs qui fait que les pécheurs les encourent ; mais ce sont leurs péchés qui les rendent dignes des châtiments que Dieu leur prédit pour les ramener au bien. C’est ainsi qu’un père qui reprend son fils a souvent des paroles de malédiction à la bouche, non qu’il désire que son fils s’en rende digne par ses vices, mais parce qu’il veut au contraire les détourner de dessus sa tête. Or, Notre-Seigneur donne la raison de cette malédiction : « Parce que vous fermez le royaume des cieux, » etc. Ces deux choses sont indissolublement unies, et il suffit, pour être exclu du royaume des cieux, qu’on empêche les autres d’y entrer. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Le royaume des cieux ce sont les Écritures, qui contiennent la science du royaume des cieux ; la porte des cieux c’est l’intelligence qui les fait comprendre. Ou bien, le royaume des cieux c’est le bonheur du ciel ; la porte c’est Jésus-Christ, par lequel on entre dans ce bonheur ; les portiers ce sont les prêtres, qui ont reçu le pouvoir d’enseigner et d’interpréter les Écritures ; la clef c’est la science des Écritures, science qui ouvre aux hommes la porte de la vérité ; ouvrir cette porte c’est interpréter les Écritures dans leur sens véritable. Or, remarquez qu’il ne dit pas : Malheur à vous, qui n’ouvrez pas, » mais qui fermez. » Donc les Écritures ne sont pas fermées, bien qu’elles renferment des obscurités.
Origène. (traité 25.) Les pharisiens et les scribes n’entraient donc pas, ni ne voulaient écouter celui qui a dit : « Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé. » Et non-seulement ils n’entraient pas, mais ils ne laissaient pas entrer ceux qui auraient pu croire aux prédictions que la loi et les prophètes avaient pu faire sur le Christ, et ils leur fermaient la porte en leur inspirant la plus grande terreur. Non contents de ne pas croire en Jésus-Christ, ils contestaient l’autorité de sa doctrine, dénaturaient le sens des prophéties dont il était l’objet, et blasphémaient toutes ses actions comme l’œuvre du mensonge et du démon. Or, tous ceux qui, par leur mauvaise conduite, donnent au peuple l’exemple de la transgression, et qui, par leurs scandales, causent aux faibles un tort irréparable, ferment aux hommes le royaume des cieux. Ce péché se rencontre parmi les simples fidèles, mais surtout parmi les docteurs qui enseignent en toute justice la saine doctrine de l’Évangile, mais qui sont loin de pratiquer ce qu’ils enseignent. Ceux, au contraire, qui prennent soin de conformer leur conduite à leur enseignement, ouvrent aux hommes le royaume des cieux, et en y entrant les premiers ils excitent les autres à y entrer à leur suite. Mais il en est beaucoup qui, tout en voulant entrer dans le royaume des cieux, ne permettent pas aux autres d’y entrer avec eux : ce sont ceux qui, sans raison, et par un sentiment de jalousie, excommunient ceux qui valent mieux qu’eux, et qui, par cette conduite, ne leur permettent pas l’entrée de ce royaume. Mais ceux qui savent contenir leur âme dans la modération, triomphent de cette tyrannie par leur patience, et quoiqu’on les écarte, ils entrent et possèdent l’héritage du royaume. Il n’en est pas moins vrai que ceux qui, par un excès de témérité, se sont donné la mission d’enseigner avant d’avoir appris, et qui se traînent à la suite des fables juives, en décriant ceux qui s’appliquent à découvrir le sens relevé des Écritures, ferment aux hommes, autant qu’il est en eux, la porte du royaume des cieux.
Mt 23, 14
14 15 Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul converti, et quand vous y avez réussi, vous en faites un homme voué à la géhenne, deux fois pire que vous !
Saint Jean Chrysostome. (hom. 73.) Notre-Seigneur, poursuivant ses invectives contre les pharisiens, leur reproche leur voracité, et ce qui est plus affreux encore, d’arracher, non pas aux riches, mais aux veuves, de quoi satisfaire leurs appétits insatiables, et d’aggraver ainsi l’indigence qu’ils auraient dû soulager. « Malheur à vous, scribes et pharisiens, qui dévorez les maisons des veuves, »etc. — La Glose. C’est-à-dire, malheur à vous qui n’avez d’autre but dans votre superstition que de vous enrichir en dépouillant le peuple sur lequel vous dominez. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Les femmes sont généralement imprudentes, et ne pèsent pas avec la raison tout ce qu’elles voient ou tout ce qu’elles entendent. Elles sont, de plus, faibles, et tournent facilement du bien au mal, ou du mal au bien. Les hommes sont plus prudents et plus fermes ; aussi les hypocrites, qui affectent les dehors de la sainteté, cherchent surtout à exploiter les femmes, parce qu’elles sont incapables de découvrir leurs ruses hypocrites, et suivent en aveugles leur direction par un motif de conscience et de religion. Mais c’est principalement des veuves qu’ils trafiquent, d’abord parce qu’une femme est moins facile à tromper lorsqu’elle a son mari pour conseiller, et qu’ensuite étant en puissance de mari, elle ne peut disposer aussi facilement de ses biens. Or, en couvrant ainsi de confusion les prêtres juifs, le Seigneur avertit les prêtres chrétiens de n’avoir point de relations plus fréquentes avec les veuves qu’avec les autres ; car si l’intention n’est pas mauvaise, cette conduite autorise toujours les mauvais soupçons.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 73.) Mais la manière dont ils exerçaient leurs rapines était bien plus coupable encore. « En faisant de longues prières. » Tout homme qui fait le mal est digne de châtiment, mais celui qui cherche à couvrir du voile de la religion le mal qu’il fait, mérite une peine bien plus rigoureuse ; aussi le Sauveur ajoute : « C’est pour cela que vous serez jugés plus sévèrement. » — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) D’abord parce que vous êtes pleins d’iniquité, et parce qu’ensuite vous vous couvrez du masque de la sainteté, et que vous colorez votre avarice des apparences de la religion, et que vous remettez ainsi les armes de Dieu entre les mains du démon, en faisant aimer l’iniquité sous le voile de la piété. — Saint Hilaire. (can. 24.) Ou bien, comme ils ferment l’entrée du royaume des cieux, en continuant à parcourir en maîtres et à exploiter les maisons des veuves, ils subiront un jugement plus rigoureux, parce qu’ils porteront la peine de leurs propres péchés et de l’ignorance d’autrui. — La Glose. Ou bien, ils seront condamnés plus sévèrement, parce que le serviteur qui connaît la volonté de son maître, et qui ne l’exécute point, sera frappé de plusieurs coups. (Lc 12.)
Mt 23, 15
14 15 Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul converti, et quand vous y avez réussi, vous en faites un homme voué à la géhenne, deux fois pire que vous !
Saint Jean Chrysostome. (hom. 73.) À ces reproches, le Seigneur en ajoute encore d’autres, il accuse les pharisiens d’être impuissants pour convertir la multitude, puisqu’ils se donnent tant de mal pour convertir un seul homme, et non-seulement d’abandonner, mais de perdre ceux qu’ils ont convertis, en les corrompant par les exemples de leur vie dépravée : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites qui parcourez la mer, » etc. — Saint Hilaire. Ils parcourent la mer et la terre, c’est-à-dire qu’ils blasphèment en tous lieux l’Évangile de Jésus-Christ en soumettant quelques prosélytes au joug de la loi par opposition à la justification qui vient de la foi. Ces prosélytes étaient ceux qui passaient de l’idolâtrie dans la synagogue, et dont cet unique prosélyte dont parle le Sauveur, représente le petit nombre ; car, même après la prédication de Jésus-Christ, leur doctrine n’a pas entièrement perdu son autorité, mais tout homme qui embrasse la foi des Juifs, devient un enfant de l’enfer. — Origène. Or, tous ceux qui font profession de judaïsme depuis la venue du Sauveur, apprennent à partager les sentiments de ceux qui s’écrièrent alors : « Crucifiez-le, » c’est pour cela qu’il ajoute : « Et après qu’il est devenu votre prosélyte, vous faites de lui un fils d’enfer deux fois plus que vous. » — Saint Hilaire. Il devient digne d’une peine deux fois plus grande, et pour n’avoir pas reçu la rémission des péchés qu’il a commis précédemment, et pour être entré dans la société des persécuteurs de Jésus-Christ. — Saint Jérôme. Ou bien, le zèle des pharisiens et des scribes à parcourir toute la terre, avait pour but de faire un prosélyte parmi les Gentils, pour mêler un étranger incirconcis au peuple de Dieu. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ils ne l’instruisaient pas dans un sentiment de miséricorde ou dans le désir de le sauver, mais c’était par avarice, afin qu’il augmentât le nombre de ceux qui fréquentaient la synagogue, et par là même le revenu des sacrifices ; ou enfin par un motif de vaine gloire. Comment, en effet, celui qui s’enfonce lui-même dans l’abîme du mal, peut-il délivrer un autre de ses péchés ? Peut-on avoir plus de miséricorde pour autrui que pour soi-même ? C’est donc par ses œuvres qu’un homme prouve qu’il veut en convertir un autre ou en vue de Dieu, ou par un motif de vanité. — Saint Grégoire le Grand. (Moral., 31, 7.) Les hypocrites, dont la conduite est toujours mauvaise, ne laissent pas d’enseigner une doctrine saine et d’engendrer, par là, des enfants à la foi et à la pratique du bien, mais ils sont incapables de les nourrir par l’exemple d’une vie vertueuse ; car plus ils s’identifient eux-mêmes avec les intérêts et les choses de la terre, plus aussi ils laissent tomber par leur négligence ceux qu’ils avaient enfantés dans une vie toute terrestre, et c’est ainsi qu’ayant le cœur endurci, ils ne donnent aux enfants qu’ils ont engendrés, aucune marque de la tendresse qui leur est due.
C’est pour cela que Notre-Seigneur dit ici de ces hypocrites : « Et lorsque vous avez fait un prosélyte, vous en faites un fils de l’enfer. » — Saint Augustin. (contre Faust, 16, 29.) Et cela, non parce que les prosélytes recevaient la circoncision, mais parce qu’ils imitaient les mœurs corrompues de ceux dont le Sauveur avait défendu à ses disciples de suivre les exemples par ces paroles : « Ils sont assis sur la chaire de Moïse, » etc., paroles où nous voyons à la fois d’un côté, l’honneur extraordinaire qu’il rend à la chaire de Moïse, qui forçait pour ainsi dire les docteurs corrompus qui y étaient assis, à enseigner la vérité, et de l’autre, malgré cela, la damnation du prosélyte qui devenait fils de l’enfer, non pas en obéissant aux enseignements de la loi, mais en imitant la conduite de ceux qui l’instruisaient. Or, il devient fils d’enfer deux fois plus qu’eux, parce qu’il n’observait pas une loi qu’il avait embrassée de son, propre choix. — Saint Jérôme. Ou bien dans un autre sens, lorsqu’il était païen, son erreur était simple et ordinaire, mais maintenant qu’il voit les mœurs dépravées de ceux qui sont devenus les maîtres, il comprend qu’ils détruisent par leur conduite la force de leurs enseignements, et retourne à ce qu’il avait rejeté, redevient païen et prévaricateur, et digne d’un châtiment plus rigoureux. — Saint Jean Chrysostome. sur S. Matth.) Ou bien encore, peut-être que lorsqu’il suivait le culte des idoles, il pratiquait la justice au moins par respect humain, tandis qu’étant devenu juif, il est entraîné par les exemples de ses maîtres pervers, et devient plus mauvais qu’eux. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 73.) En effet, lorsqu’un maître est vertueux, ses disciples imitent ses vertus, mais s’il leur donne l’exemple du mal, ils vont plus loin que lui dans la carrière du vice. — Saint Jérôme. Ce prosélyte est appels fils de l’enfer comme on dit : fils de perdition, fils de ce siècle. Tout homme est appelé fils de celui dont il fait les œuvres. — Origène. Ce passage nous apprend qu’il y aura une différence dans les tourments de ceux qui tomberont dans les enfers, puisque l’un est appelé simplement fils de l’enfer, et l’autre, fils de l’enfer deux fois plus que lui. Or, il faut considérer si l’on ne devient pas fils de l’enfer en général (comme le Juif ou le Gentil), ou en particulier par les différentes espèces de péchés, de telle sorte, que d’un côté le juste verrait sa gloire s’augmenter en proportion du nombre de ses bonnes œuvres, et le pécheur ses supplices se multiplier selon la multitude de ses péchés.