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Mt 27, 11-14
11 On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l'interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C'est toi qui le dis. »
12 Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l'accusaient, il ne répondit rien.
13 Alors Pilate lui dit : « Tu n'entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »
14 Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné.
Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 7 et 8.) Après avoir achevé de raconter ce qui concerne le traître Judas, saint Matthieu reprend la suite de son récit : " Or, Jésus comparut devant le gouverneur. " — Origène. Considérez combien celui que Dieu le Père a établi le juge de toute créature, s’est humilié en consentant à comparaître devant un homme qui était alors un simple juge de la terre de Judée, et à s’entendre adresser une question que Pilate lui fait pour se moquer de lui, ou sans croire à la vérité qu’elle contient. " Et le gouverneur l’interrogea en ces termes : Êtes-vous le roi des Juifs ? " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) Pilate interroge Jésus sur ce qui était le sujet continuel des récriminations de ses ennemis ; car comme ils savaient que Pilate n’avait nul souci des questions purement légales, ils formulent contre lui une accusation en matière politique. — Origène. Ou bien, la proposition de Pilate est affirmative, et c’est ce qui lui fit écrire au-dessus de sa croix : " Roi des Juifs. " (Jn 18) Or, en répondant au prince des prêtres, Jésus avait condamné indirectement le doute exprimé par sa question, tandis qu’il se contente de confirmer la proposition de Pilate par ces paroles : " Vous le dites. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) Jésus confesse qu’il est roi, mais roi du ciel, comme nous le lisons plus clairement dans un autre évangile : " Mon royaume, dit-il, n’est pas de ce monde " (Jn 18), afin que Pilate et les Juifs soient inexcusables d’insister sur ce chef d’accusation. — Saint Hilaire. Ou bien, lorsque le grand-prêtre lui a demandé s’il était le Christ, il lui a répondu " Vous l’avez dit, " parce qu’il avait dû apprendre de la loi, que le Christ demeurait éternellement (Jn 12, 34 ; Ps 109 ; 116 ; Is 10, 9), mais ici que cette même question : " Êtes-vous le roi des Juifs ? " lui est faite par un homme qui ne connaît pas la loi, il lui répond : " Vous le dites, " parce que c’est par la foi de leur confession actuelle que les Gentils obtiennent le salut. — Saint Jérôme. Remarquez que Jésus satisfait en partie à la question de Pilate qui le jugeait malgré lui, tandis qu’il garde un silence absolu devant les anciens et les princes des prêtres qu’il regarde comme indignes de toute réponse : " Et comme les princes des prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. " — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 2, 8.) Saint Luc nous apprend quels sont les crimes dont ils l’accusèrent. " Et ils commencèrent à l’accuser en disant : " Nous avons trouvé cet homme qui pervertissait le peuple, qui empêchait de payer le tribut à César, et qui se disait le Christ roi. Il importe peu à la vérité des faits qu’ils soient rapportés dans un ordre plutôt que dans un autre, ou qu’un Évangéliste passe sous silence ce que l’autre raconte. — Origène. À ces nouvelles accusations, Jésus ne répond pas plus qu’il n’a fait à la première ; car la parole de Dieu ne devait plus se faire entendre aux Juifs comme elle s’était autrefois révélée par le moyen des prophètes. D’ailleurs, Pilate lui-même n’était pas digne de réponse, lui qui n’avait point d’opinion constante et arrêtée sur la personne de Jésus-Christ, mais qui se laissait entraîner aux idées les plus opposées. " Alors Pilate lui dit : Vous n’entendez pas de combien de choses ils vous accusent. " — Saint Jérôme. Celui qui méprise ainsi Jésus-Christ est un païen, mais il en fait retomber la responsabilité sur le peuple juif. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) Or, il parlait de la sorte, parce qu’il voulait le délivrer, en profitant d’une réponse qui l’aurait justifié." Mais Jésus ne répondit à aucun de ces griefs, de sorte que le gouverneur en était dans l’étonnement. " Malgré tant d’épreuves évidentes qu’ils avaient de sa puissance, de sa douceur et de son humilité, ils ne laissent pas de conspirer contre lui, et de l’accabler sous le poids de leurs injustes accusations. C’est pour cela qu’il ne leur répond rien, ou s’il leur répond quelquefois, c’est en peu de mots, et pour qu’on ne put qualifier d’opiniâtreté son silence absolu. Ou bien, Jésus ne voulut rien répondre, dans la crainte qu’en se justifiant, il ne fût mis hors de cause par le gouverneur, et que les biens immenses que la croix devait produire, ne fussent ainsi différés. — Origène. Or, le gouverneur s’étonne de la constance de Jésus, lui qui savait, peut-être, qu’il avait le pouvoir de le condamner à mort, et qui le voyait tranquille, calme dans la sagesse, et d’une dignité que rien ne pouvait troubler. Voilà ce qui l’étonne grandement, car il regardait comme un prodige surprenant que Jésus, sous le coup d’une sentence capitale, fût sans crainte et sans trouble devant la mort, qui inspire à tous les hommes une si grande terreur.

Mt 27, 15-26
15 Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.
16 Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.
17 La foule s'étant donc rassemblée, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus qu'on appelle le Messie ? »
18 Il savait en effet que c'était par jalousie qu'on l'avait livré.
19 Tandis qu'il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste, car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »
20 Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.
21 Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! »
22 Il reprit : « Que ferai-je donc de Jésus, celui qu'on appelle le Messie ? » Ils répondirent tous : « Qu'on le crucifie ! »
23 Il poursuivit : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu'on le crucifie ! »
24 Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre ; alors il prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je ne suis pas responsable du sang de cet homme : cela vous regarde ! »
25 Tout le peuple répondit : « Son sang, qu'il soit sur nous et sur nos enfants ! »
26 Alors il leur relâcha Barabbas; et, après avoir fait flageller Jésus, il le remit (aux soldats) pour être crucifié.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) Comme Jésus n’avait répondu aux accusations des Juifs rien qui permit à Pilate de le renvoyer déchargé des crimes qu’on lui reprochait, il a recours à un autre expédient pour le délivrer. " Or, le gouverneur avait coutume au jour de la fête de Pâques d’accorder au peuple la délivrance de celui des prisonniers qu’il demandait. " — Origène. C’est ainsi que les gouvernements accordent quelques grâces aux nations qu’ils ont conquises, jusqu’à ce qu’ils les aient complètement assujetties à leur joug. Cependant cette coutume existait autrefois chez les Juifs ; car nous voyons Saül acquiescer è la demande qui lui est faite par tout le peuple, de ne pas faire mettre à mort son fils Jonathan. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) Pilate voulut profiter de cette coutume pour essayer de délivrer Jésus-Christ, et pour ne pas laisser aux Juifs l’ombre même d’excuse, il met en parallèle de Jésus un homicide déclaré. " Il y avait alors un criminel fameux, nommé Barrabas. " L’Évangéliste ne se contente pas de le qualifier de voleur, mais il l’appelle un voleur insigne, c’est-à-dire connu par sa scélératesse. — Saint Jérôme. Barrabas, d’après l’Évangile, selon les Hébreux, veut dire le fils de leur maître, et il avait été condamné pour cause d’homicide et de sédition. Or, Pilate leur offre de délivrer, à leur choix, Barrabas ou Jésus, ne doutant pas qu’ils ne choisissent Jésus. " Les ayant donc assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous délivre de Barrabas ou de Jésus qui est appelé Christ ? " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 86). C’est comme s’il leur disait : Si vous ne voulez pas l’absoudre comme innocent, du moins graciez-le comme coupable à l’occasion de cette grande fête ; en effet, ils auraient dû le délivrer malgré des crimes manifestes, à combien plus forte raison devant des accusations aussi peu fondées. Mais voyez comme les choses sont renversées ; c’est le peuple qui ordinairement demande la grâce des condamnés, et le pouvoir qui la leur accorde ; ici, c’est le contraire qui arrive ; l’autorité fait cette demande au peuple, et le peuple n’en devient que plus acharné à sa proie.
La Glose. L’Évangéliste nous apprend pourquoi Pilate travaillait à délivrer le Sauveur : " Car il savait que c’était par envie qu’ils l’avaient livré. " — Rémig. Saint Jean nous fait connaître la cause de cette envie, en nous racontant ce qu’ils se disaient entre eux : " Voici que tout le monde le suit, et si nous le laissons ainsi, tous finiront par croire eu lui. " (Jn 11.) Il faut remarquer qu’au lieu de ce que nous lisons dans saint Matthieu : " Ou Jésus qui est appelé Christ ? " Saint Marc dit : " Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ? " Car les rois des Juifs seuls recevaient l’onction, et le nom de christ à cause de cette onction.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) L’Évangéliste ajoute une autre circonstance qui aurait dû les rappeler tous à des sentiments plus modérés : " Et pendant qu’il siégeait sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : Ne vous embarrassez pas dans l’affaire de ce juste, " et le songe de cette femme vient ajouter un grand poids aux preuves de faits déjà si imposants. — Raban Maure. Remarquons que le tribunal est le siège des juges, le trône, celui des rois, et la chaire celui des docteurs. Or, la femme d’un païen comprit dans un songe et dans une vision, ce que les Juifs ne voulurent ni croire ni comprendre en plein jour. — Saint Jérôme. Il faut observer aussi que Dieu s’est souvent servi de songes pour révéler la vérité aux Gentils, et que Pilate et sa femme, confessant l’innocence du Seigneur, personnifient en eux le témoignage rendu à Jésus-Christ par les Gentils. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) Mais pourquoi n’était-ce point à Pilate lui-même que ce songe fut envoyé ? Parce que sa femme en était plus digne que lui, ou bien, parce qu’on aurait cru moins facilement Pilate, ou bien enfin, parce qu’il n’en aurait point parlé. C’est donc par un dessein particulier de Dieu qu’une femme a eu cette vision dans un songe, pour qu’elle arrivât à la connaissance de tous. Et non-seulement elle a cette vision, mais elle en est étrangement tourmentée : " J’ai beaucoup souffert dans un songe à cause de lui. " Dieu le permet ainsi, afin que l’affection de Pilate pour sa femme le détournât de consentir à la condamnation de Jésus. L’heure même où cette vision avait eu lieu venait encore à l’appui, car c’était cette nuit là même. — Saint Augustin. C’est ainsi que Dieu épouvante le juge dans la personne de sa femme, et afin qu’il ne se rende point, par sa sentence, complice du crime des Juifs, il trouve son propre jugement dans la vision et dans les inquiétudes de sa femme ; il est jugé, lui qui a le pouvoir de juger, et il souffre le premier avant qu’il en fasse souffrir un autre. — Raban Maure. Ou bien dans un autre sens, le démon comprend enfin que Jésus-Christ va lui arracher ses dépouilles, il reprend donc le plan qu’il avait suivi dès le commencement, en introduisant la mort dans le monde par une femme, et il veut encore, par l’entremise d’une autre femme, arracher Jésus des mains des Juifs pour ne point perdre, par sa mort, l’empire de la mort qu’il avait sur tous les hommes.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) Tant de motifs réunis ne peuvent fléchir les ennemis du Sauveur, parce que l’envie les avait complètement aveuglés. Aussi cherchent-ils à corrompre le peuple en le rendant complice de leur noire méchanceté " Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barrabas, et de faire périr Jésus. — Origène. Voyons donc maintenant comment le peuple juif se laisse persuader par les anciens et par les docteurs de la loi, et entraîner à concourir à la mort de Jésus.
" Le gouverneur donc, reprenant la parole, leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre ? " — La Glose. L’Évangéliste dit ici que Pilate répondit, parce qu’il a pu répondre, en effet, soit à l’avertissement que sa femme lui avait donné, soit à la demande du peuple qui voulait, selon l’usage, qu’on lui délivrât quelqu’un dans ce jour de fête. — Origène. Or, la foule, comme une troupe de bêtes féroces qui suivent la voie large, demanda. qu’on lui délivrât Barrabas : " Et ils répondirent : Barrabas. " Voilà pourquoi cette nation est déchirée par des séditions, des homicides, des brigandages, crimes que plusieurs de ses enfants commettent extérieurement, et dont tous se rendent coupables dans leur âme. Car là où Jésus n’est pas, il n’y a que disputes et combats ; là, au contraire, où il est, se trouvent tous les biens et la paix. Tous ceux encore qui sont semblables aux Juifs, ou dans leur croyance ou dans leur vie, veulent la délivrance de Barrabas ; car tout homme qui fait le mal, délivre en lui-même Barrabas, et y tient Jésus captif ; celui au contraire qui fait le bien, a dans son âme Jésus-Christ libre de tout lien, et y tient Barrabas enchaîné. Pilate, cependant, voulut leur inspirer la honte d’une si flagrante injustice : " Et il leur dit : Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé Christ ? " Ce n’est pas pour ce seul motif qu’il leur fait cette question, mais pour voir jusqu’où irait leur cruelle impiété. Or, ils ne rougissent pas d’entendre Pilate proclamer que Jésus est le Christ, et ils ne mettent plus de bornes à leur sacrilège : " Ils s’écrièrent tous : Qu’il soit crucifié. " Ils comblent ainsi la mesure de leurs crimes, non-seulement en demandant la vie d’un homicide, mais encore en demandant la mort d’un juste et la mort ignominieuse de la croix (Sg 2, 20). — Raban Maure. Les crucifiés, attachés au bois de la croix par des clous qui leur traversaient les pieds et les mains, mouraient d’une mort prolongée, et vivaient-longtemps encore sur cet instrument de supplice. Ce n’était pas, toutefois, pour prolonger leur vie, mais pour retarder leur mort, afin de prolonger leurs souffrances, qu’on leur infligeait ce supplice. Mais tandis que. les Juifs ne pensaient qu’à faire souffrir à Jésus la mort la plus honteuse, ils lui préparaient, sans le comprendre, le genre de mort que le Seigneur avait lui-même choisie ; car il devait placer la croix elle-même sur le front des fidèles comme le trophée de sa victoire sur le démon.
Saint Jérôme. Pilate ne se rend pas encore à cette cruelle réponse des Juifs, mais sous l’impression de l’avertissement que sa femme lui a donné : " Ne vous mêlez pas de l’affaire de ce juste, " il insiste de nouveau. " Le gouverneur lui dit : Mais quel mal a-t-il fait ? " Pilate décharge ainsi Jésus de toute accusation. " Mais ils se mirent à crier encore plus fort : Qu’il soit crucifié, " accomplissant ainsi cette prédiction du Roi-prophète. " Un grand nombre de chiens m’ont environné ; l’assemblée des méchants m’a assiégé (Ps 20), " et cette autre de Jérémie : " Ceux qui étaient mon héritage, sont devenus pour moi comme le lion dans la forêt, ils ont élevé leur voix contre moi. " (Jr 12.) — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 3, 8.) Pilate discuta longtemps avec les Juifs, dans le désir de délivrer Jésus, ce que saint Matthieu nous indique en ces quelques mots : " Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte ne faisait qu’augmenter, " réflexion qui prouve que Pilate avait fait les plus grands efforts (bien que l’Évangéliste n’entre pas dans le détail) pour arracher Jésus à leur fureur.
" Il prit de l’eau, et se lava les mains devant le peuple en disant : Je suis innocent du sang de ce juste, " etc. — Rémig. C’était la coutume chez les anciens, quand un homme voulait prouver son innocence, qu’il se fit apporter de l’eau et se lavât les mains devant le peuple.
Saint Jérôme. Pilate se fit apporter de l’eau conformément à ces autres paroles du Roi-prophète : " Je laverai mes mains parmi les innocents, " et il semble dire par là à haute voix " Pour moi, j’ai voulu délivrer l’innocent, mais comme une sédition est prête d’éclater, et qu’on veut m’accuser du crime de haute trahison contre César, je suis innocent du sang de ce juste. " Ainsi ce juge, que l’on force de rendre une sentence de mort contre le Seigneur, ne condamne point celui qui lui est présenté, mais il confond ceux qui l’amènent devant son tribunal, en proclamant l’innocence de celui qu’ils veulent crucifier. Il ajoute : " À vous d’en répondre, " c’est-à-dire : Je suis l’exécuteur des lois, mais c’est votre voix qui répand le sang innocent : " Et tout le peuple répondit : Que son sang soit sur nous, " etc. Cette imprécation pèse encore aujourd’hui sur les Juifs, et le sang du Seigneur s’attache à eux jusqu’à ce jour.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 86.) Considérez d’ailleurs jusqu’où va leur fureur aveugle et insensée ; leur impiété, et la funeste passion de l’envie qui les domine, ne leur permet plus de voir leurs plus chers intérêts, ils se dévouent eux-mêmes à la malédiction en s’écriant : " Que son sang soit sur nous, " et ils appellent cette malédiction jusque sur leurs enfants : " Et sur nos enfants. " Cependant le Dieu plein de miséricorde n’a pas ratifié entièrement leur jugement ; car il en a choisi parmi eux et parmi leurs enfants qui ont fait pénitence, un Paul par exemple, et ces milliers de Juifs qui embrassèrent la foi dans la ville de Jérusalem (Ac 2, 41 ; 4, 4).
Saint Léon le Grand. (serm. 8 sur la passion.) Le crime des Juifs surpasse de beaucoup la faute de Pilate, mais il ne laisse pas toutefois d’être coupable, lui qui sacrifie ses convictions personnelles pour se rendre complice du crime d’autrui : " Alors il leur accorda la délivrance de Barrabas, et après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié. " — Saint Jérôme. Pilate ne fit en cela qu’exécuter la loi romaine, qui ordonnait de flageller d’abord celui qui devait être crucifié. Jésus fut donc livré aux soldats pour être flagellé, et les coups de fouets déchirèrent le corps si saint, et cette poitrine où Dieu reposait. — Saint Augustin. Voici qu’on s’apprête à flageller le Seigneur, voici qu’on le frappe, sa peau se déchire sous la violence des coups de fouets, et ces coups, que la cruauté multiplie, laissent sur ses épaules leurs traces sanglantes. Ô douleur ! Un Dieu est là étendu devant l’homme, et il souffre le châtiment des vils criminels, lui en qui on n’a pu trouver aucune trace de péché. — Saint Jérôme. Or, tout cela s’est fait, parce qu’il est écrit : " De nombreux coups de fouets sont réservés aux pécheurs "(Ps 31), et que cette flagellation nous en délivre. Pilate, en se lavant les mains, proclame que les œuvres des Gentils sont purifiées, et que nous devenons étrangers à l’impiété des Juifs.
Saint Hilaire. (can. 33.) À l’instigation des prêtres, le peuple choisit Barrabas, dont le nom signifie le fils du père. Ce nom est une prophétie de la future infidélité des Juifs, qui préféreront à Jésus-Christ, l’antéchrist le fils du péché. — Saint Jérôme. Barrabas, l’homme qui excitait des séditions, et qui est délivré à la demande des Juifs, est la figure du démon qui règne jusqu’à présent sur eux, et leur rend ainsi toute paix impossible.

Mt 27, 27-30
27 Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde.
28 Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d'un manteau rouge.
29 Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s'agenouillaient en lui disant : « Salut, roi des Juifs ! »
30 Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête.
Saint Augustin. (De l’harm. des Evang., 3, 9.) Après les accusations portées contre Jésus-Christ nous arrivons, par une suite naturelle, au récit de la passion proprement dite que saint Matthieu commence ainsi : " Alors les soldats du gouverneur amenèrent Jésus dans le prétoire, et rassemblèrent autour de lui toute la cohorte. " — Saint Jérôme. Comme Jésus avait été appelé roi des Juifs, et que les scribes et les prêtres lui avaient fait un crime d’avoir voulu usurper le pouvoir sur le peuple d’Israël, les soldats, pour se moquer de lui, le dépouillent de ses vêtements et le couvrent d’un manteau d’écarlate, pour figurer le manteau bordé de rouge que portaient les anciens rois. Pour diadème, ils lui placent sur la tête une couronne d’épines ; pour sceptre royal, ils lui donnent un roseau, et ils se prosternent devant lui comme devant un roi, ce que l’Évangéliste nous raconte en ces termes : " Et après lui avoir ôté ses habits, ils le couvrirent d’un manteau d’écarlate, " etc. — Saint Augustin. (De l’harmonie des Evang., 3, 9.) Ainsi s’explique ce que dit saint Marc, qu’on le revêtit de pourpre, car c’est en place du manteau de pourpre qu’ils le couvrirent de ce manteau d’écarlate pour se moquer de lui ; et il y a en effet une certaine pourpre, dont la couleur se rapproche tout à fait de l’écarlate. Il peut se faire aussi que saint Marc veuille parler de la pourpre qui se trouvait dans ce manteau, quoiqu’il fût de couleur écarlate.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 87.) Comment pourrons-nous encore être sensibles aux outrages que nous pourrions recevoir, après que Jésus-Christ s’est soumis à d’aussi indignes traitements ? C’était bien là le dernier degré de l’outrage, car ce n’était pas une petite partie de lui-même, mais tout son corps, qui était exposé à ces indignités : la tête, par la couronne d’épines, par le roseau et les soufflets ; le visage, par les crachats dont on le couvrait ; les joues, par les soufflets qu’ils y déchargeaient, tout le corps, par la flagellation et la nudité à laquelle il fut exposé ; les mains, par le roseau qu’ils lui donnèrent pour sceptre, comme s’ils eussent craint d’omettre la moindre partie de ce que l’audace la plus effrontée peut suggérer
Saint Augustin. (De l’harm. des Evang., 3, 9.) Il est certain que saint Matthieu a rapporté ces tristes détails, comme par récapitulation, et non comme ayant eu lieu après que Pilate eut livré Jésus aux Juifs pour être crucifié, car saint Jean les place avant que Jésus fût abandonné aux Juifs par Pilate.
Saint Jérôme. Quant à nous, nous donnons à toutes ces circonstances une signification spirituelle. De même que Caïphe fit cette prophétie sans savoir ce qu’il disait " Il faut qu’un seul homme meure pour tous, " de même les Juifs, dans tout ce qu’ils entreprirent contre Jésus, nous offrent a nous, qui avons la foi, bien qu’ils aient eu une intention toute différente, de mystérieux symboles. Jésus, dans ce manteau d’écarlate, porte toutes les œuvres sanguinaires des Gentils ; par sa couronne d’épines, il détruit l’antique malédiction ; par son roseau, il tue toutes les bêtes venimeuses ; ou bien, il tient ce roseau à la main, pour écrire l’action sacrilège des Juifs. — Saint Hilaire. (can. 33.) Le Seigneur, ayant pris sur lui toutes les infirmités de notre corps, se présente à nous, sous ce manteau d’écarlate, couvert du sang de tous les martyrs qui ont mérité de régner avec lui. Il est aussi couronné d’épines, c’est-à-dire de tous les péchés des peuples qui le transpercent, et lui forment une couronne de victoire ; ce roseau représente la faiblesse et l’infirmité des nations, à qui le Sauveur communique, en les prenant par la main, une force toute divine. On le frappe à la tête avec ce roseau, c’est-à-dire que les nations faibles et infirmes, soulevées par la main de Jésus-Christ, se reposent en Dieu le Père, qui. est la tête du Christ. — Origène. Ou bien, ce roseau est un symbole mystérieux de la confiance que nous avions dans le roseau de l’Égypte (4 R 18, 21) ou de quelque autre puissance contraire à Dieu, avant que nous ayons embrassé la foi. Jésus-Christ prend ce roseau pour en triompher sur le bois de la croix ; c’est avec ce roseau qu’ils frappent la tête du Seigneur Jésus, car la puissance ennemie dirige toujours ses coups contre Dieu le Père, qui est la tête du Sauveur. — Rémig. Ou bien, dans un autre sens, ce manteau d’écarlate figure la chair du Seigneur, qui nous apparaît comme rouge, à cause du sang qu’il a répandu, et, la couronne d’épines, nos péchés, qu’il a pris sur lui, parce qu’il s’est revêtu d’une chair semblable à celle du péché. — Raban Maure. Ceux-là donc frappent la tête de Jésus-Christ avec un roseau, qui, osant s’élever contre sa divinité, s’efforcent d’appuyer leur erreur sur l’autorité des Saintes Écritures écrites avec un roseau ; ceux qui lui crachent au visage sont ceux qui repoussent, avec des paroles de blasphèmes, la présence de sa grâce, et nient que Jésus soit venu revêtu d’une chair mortelle. Enfin, ceux-là lui rendent des honneurs mensongers, qui croient en lui, et ne témoignent que du mépris pour lui par la perversité de leur conduite. — Saint Augustin. (Quest. Evang., 3, vers la fin.) Ils ont dépouillé le Sauveur dans sa passion, de ses vêtements, et l’ont revêtu d’un manteau de couleur, et, en cela, ils figurent les hérétiques, qui soutiennent que le corps de Jésus-Christ n’est point véritable, mais purement fantastique.
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