Mt 27, 62-65
62 Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée, les chefs des prêtres et les pharisiens s'assemblèrent chez Pilate,
63 en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : 'Trois jours après, je ressusciterai.'
64 Donne donc l'ordre que le tombeau soit étroitement surveillé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : 'Il est ressuscité d'entre les morts.' Cette dernière imposture serait pire que la première. »
65 Pilate leur déclara : « Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez. »
Saint Jérôme. Il ne suffisait pas aux princes des prêtres d’avoir crucifié le Dieu Sauveur ; il fallait encore qu’ils gardassent son tombeau, et qu’autant qu’il était en eux ils lui fissent violence pour l’empêcher de ressusciter. " Or, le lendemain, c’est-à-dire le jour d’après la préparation du sabbat " etc. — Raban Maure. Le mot parasceve veut dire préparation, et ce nom était donné au sixième jour pendant lequel on préparait tout ce qui était nécessaire pour le sabbat, comme il était recommandé pour la manne : " Le sixième jour, vous en recueillerez le double. " C’est le sixième jour que l’homme a été créé, et c’est le septième que Dieu s’est reposé. Ainsi, Jésus est mort le sixième jour, et il s’est reposé le septième dans le tombeau.
Saint Jérôme. Ce n’est pas assez pour les princes des prêtres d’avoir commis un immense forfait en mettant le Seigneur à mort, il faut encore que leur malice empoisonnée se répande sur lui après sa mort, qu’ils déchirent sa réputation, et qu’ils traitent de séducteurs celui dont ils connaissent l’innocence : Ils disent donc à Pilate : " Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur, lorsqu’il vivait encore, a dit " etc. Ils agissent ici comme Caïphe, qui avait prophétisé précédemment, sans savoir ce qu’il disait : " Il est avantageux qu’un seul homme périsse pour tout le peuple " (Jn 11). En effet, Jésus-Christ était un séducteur, qui ne faisait point passer de la vérité à l’erreur, mais du mensonge à la vérité, du vice à la vertu, de la mort à la vie.
Rémig. Ils prétendent qu’il a dit : " Je ressusciterai après trois jours " parce qu’il avait fait autrefois cette prédiction : " De même que Jonas resta trois jours et trois nuits dans le sein de la baleine, " etc. (Mt 12). Mais il nous faut examiner comment il a ressuscité trois jours après sa mort. Il en est quelques-uns qui ont voulu compter trois heures de nuit pour une nuit, et pour un jour l’aurore qui suivit les ténèbres ; mais ils n’ont point compris la portée du langage figuré. Dans ce langage, le sixième jour où Jésus-Christ a souffert comprend la nuit précédente, vient ensuite la nuit du samedi avec le jour qui la suit, et la nuit du dimanche comprend le jour qui vient après. C’est ainsi qu’il est vrai de dire que le Sauveur est ressuscité trois jours après sa mort. — Saint Augustin. (Serm. sur la Pass.) Il est ressuscité trois jours après sa mort, pour montrer le consentement que toute la Trinité avait donné à la passion du Fils de Dieu, et ces trois jours sont une figure de la Trinité qui avait créé l’homme au commencement, et qui la répare à la fin par la passion de Jésus-Christ.
" Commandez donc que le sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour. " — Raban Maure. Les disciples de Jésus-Christ étaient des voleurs dans un sens spirituel, parce qu’ils faisaient servir à l’usage de 1’Église les écrits de l’Ancien et du Nouveau Testament, qu’ils avaient enlevés aux Juifs coupables d’ingratitude, et qu’ils leur ont enlevé le Sauveur, pendant qu’ils dormaient du sommeil de l’infidélité, pour le transmettre aux Gentils qui devaient croire en lui. — Saint Hilaire. Cette crainte qu’on enlève le corps, cette garde du sépulcre, ce sceau qu’ils y apposent sont un témoignage de leur folie et de leur incrédulité qui les portent à sceller le sépulcre de celui à la voix duquel ils avaient un vu mort sortir plein de vie du tombeau. — Raban Maure. En ajoutant : " Et cette dernière erreur serait pire que la première, " ils disent vrai à leur insu, car le mépris de la grâce de la pénitence fut pour les Juifs pire que l’erreur causée par leur ignorance. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 88.) Voyez encore comment, sans le vouloir, ils concourent à la démonstration de la vérité, car cette mesure qu’ils firent prendre devint une preuve péremptoire de la résurrection : car, puisque le tombeau fut gardé, aucune fraude n’a été possible, et s’il n’y a pas eu de fraude, il est donc certain et incontestable que le Seigneur est ressuscité. Or, voici ce que leur répond Pilate : " Pilate leur dit : Vous avez des gardes, allez, gardez-le comme vous l’entendrez. " — Raban Maure. Il semble leur dire : Qu’il vous suffise de m’avoir fait consentir à la mort de l’innocent ; pour le reste, soyez seuls responsables de votre coupable erreur. " Ils s’en allèrent donc, et, pour s’assurer du sépulcre, ils eu scellèrent la pierre et y mirent des gardes. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 89.) Pilate ne voulut pas que le sceau fût mis sur le sépulcre par les soldats seulement, car les Juifs auraient pu dire alors que les soldats avaient laissé les disciples enlever le corps du Seigneur, et détruire ainsi la foi en sa résurrection ; mais ils n’oseraient maintenant l’avancer, puisqu’ils ont eux-mêmes scellé le sépulcre.
Mt 28, 1-7
1 Après le sabbat, à l'heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l'autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus.
2 Et voilà qu'il y eut un grand tremblement de terre ; l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus.
3 Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme la neige.
4 Les gardes, dans la crainte qu'ils éprouvèrent, furent bouleversés, et devinrent comme morts.
5 Or l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié.
6 Il n'est pas ici, car il est ressuscité, comme il l'avait dit. Venez voir l'endroit où il reposait.
7 Puis, vite, allez dire à ses disciples : 'Il est ressuscité d'entre les morts ; il vous précède en Galilée : là, vous le verrez !' Voilà ce que j'avais à vous dire. »
Saint Augustin. (serm. sur la résurrect.). Après les insultes et les coups, après le fiel mêlé de vinaigre, après les douleurs et le supplice de la croix, le corps renouvelé du Sauveur renaît du sein même du trépas, la vie sort du tombeau où elle était cachée, le salut ressuscite au milieu de la mort où il a puisé une splendeur plus éclatante. — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Une question qui n’est pas sans importance est de savoir l’heure précise à laquelle les femmes vinrent au sépulcre ; car comment concilier ce que dit saint Matthieu : " Le soir du sabbat, " etc., avec le récit de saint Marc : " Et le premier jour de la semaine, de grand matin, Marie Magdeleine et une autre Marie vinrent voir le sépulcre. " Nous répondons que saint Matthieu, par le soir, qui est la première partie de la nuit, a voulu exprimer toute la nuit vers la fin de laquelle les femmes vinrent au sépulcre. Comme elles ne pouvaient exécuter auparavant leurs pieux desseins à cause du jour de sabbat, saint Matthieu désigne par le mot nuit, la partie de cette nuit où il leur fut permis de les accomplir. Cette expression " Le soir du sabbat, " revient donc à celle-ci : " La nuit du sabbat, " c’est-à-dire la nuit qui suit le jour du sabbat, et ce qui suit le prouve assez : " Lorsque le premier jour de la semaine commençait à luire. " Ce qui ne serait point vrai, si nous ne comprenions parle mot soir, que la première partie, que le commencement de la nuit ; car ce n’est pas au commencement de la nuit qu’on voit luire l’aurore du premier jour de la semaine, c’est dans le cours de la nuit elle-même, alors qu’elle se dispose à faire place à la lumière, et on sait que l’usage de l’Écriture est d’exprimer le tout par la partie. Le mot soir signifie donc ici la nuit, à l’extrémité de laquelle on voit poindre l’aurore, et c’est à l’aurore naissante que les saintes femmes vinrent au sépulcre. — Saint Bède. Ou bien dans un autre sens, ce que dit S. Matthieu, que les femmes vinrent au tombeau le soir du sabbat, lorsque le premier jour de la semaine commençait à peine à luire, doit s’entendre eu ce sens qu’elles se disposèrent à partir le soir, mais qu’elles n’arrivèrent au tombeau qu’à l’aurore du premier jour de la semaine ; c’est-à-dire qu’elles préparèrent, le soir, les parfums dont elles voulaient embaumer le corps du Seigneur, mais elles ne portèrent au tombeau, que le matin, ces parfums préparés de la veille. S. Matthieu, voulant abréger, s’est exprimé ici d’une manière plus obscure, mais les autres Évangélistes ont rapporté plus clairement les faits dans l’ordre où ils se sont passés. Lorsque le Seigneur fut enseveli le sixième jour, les saintes femmes quittèrent le tombeau et préparèrent les parfums et les aromates, alors qu’il leur était permis de le faire, elles suspendirent leur travail le jour du sabbat pour obéir aux prescriptions de la loi, comme saint Luc le dit en propres termes. Mais lorsque le jour du sabbat fut passé, et que le retour de la nuit leur permit de reprendre leur travail, pleines d’une tendre charité, elles se hâtèrent d’acheter les parfums qu’elles n’avaient pas eu le temps de préparer entièrement, comme le rapporte saint Marc, pour venir embaumer Jésus, et c’est de grand matin qu’elles arrivent au tombeau. — Saint Jérôme. Ou bien encore, que les Évangélistes racontent que les femmes sont venues à des heures différentes, ce n’est pas un signe qu’ils se contredisent, comme l’objectent les impies, mais une preuve du pieux empressement de ces saintes femmes, qui les porte à visiter souvent le sépulcre, et ne leur permet pas d’être longtemps éloignées du tombeau du Seigneur.
Rémig. Il faut aussi se rappeler que dans le sens mystique, S. Matthieu a voulu nous apprendre quel honneur le triomphe de Jésus-Christ sur la mort, et sa glorieuse résurrection avaient fait rejaillir sur cette nuit sacrée, et c’est pour cela qu’il dit : " Le soir du sabbat, " etc. Car d’après la marche naturelle du temps, le soir n’aboutit pas immédiatement au jour, mais s’obscurcit, au contraire, jusqu’à la nuit complète ; l’Évangéliste veut donc nous montrer par ces paroles que le Seigneur a fait de toute de cette nuit, parla splendeur de sa résurrection, une nuit de clarté et d’allégresse. — Saint Bède. Depuis le commencement du monde jusque là, la marche naturelle du temps était que le jour précédât la nuit, parce que l’homme, ayant perdu par son péché la lumière du paradis, était tombé dans les ténèbres et dans les douleurs de ce monde. Mais maintenant par une raison pleine de sagesse, le jour vient après la nuit ; car, par la foi en la résurrection, nous passons des ténèbres du péché et de l’ombre de la mort à la lumière de la vie par l’effet de la grâce de Jésus-Christ. — Saint Pierre Chrysologue. (serm. sur la passion.) Jésus-Christ ne vient pas détruire, mais éclairer le jour du sabbat : " Je ne suis pas venu détruire la loi, a-t-il dit, mais l’accomplir. " Dieu éclaire ce jour pour lui donner la splendeur qui convient au jour du Seigneur, et le faire briller dans toute l’Église, alors que dans la synagogue il était couvert des ténèbres que les Juifs répandaient autour de lui. — Suite. " Marie Magdeleine vint, " etc. La femme accourt le soir pour obtenir son pardon, elle qui avait couru le matin vers le crime ; elle avait puisé dans le paradis l’esprit d’incrédulité, elle se hâte de venir puiser la foi au sépulcre du Sauveur, elle s’efforce d’arracher la vie du sein même de la mort, après qu’elle avait trouvé la mort au sein même de la vie. Or, l’Évangéliste ne dit point : Elles vinrent, mais : " Elle vint. " Sous le même nom, elles viennent deux, non par hasard, mais par une raison mystérieuse. Marie Magdeleine vient elle-même, mais elle vient toute autre, un bienheureux changement s’est opéré en elle, non pas dans son nom, mais dans sa vie, non pas dans son sexe, mais dans les dispositions de son âme. Ces femmes, appelées toutes deux Marie, précèdent les Apôtres, et portent pour ainsi dire le symbole des Églises au tombeau du Seigneur. Marie est le nom de la mère de Jésus-Christ, ce même nom est porté simultanément par deux femmes comme figure de l’unité de l’Église qui est composée de deux peuples, c’est-à-dire des Gentils et des Juifs. Or, Marie vint au sépulcre comme au sein qui devait enfanter la résurrection, d’où Jésus-Christ devait naître de nouveau à la foi, comme il était né du sein de sa mère à cette vie mortelle ; de manière que le sépulcre fermé rendit à la vie éternelle celui que le chaste sein d’une vierge avait enfanté à la vie présente. C’est une preuve éclatante de sa divinité d’avoir laissé intacte et ferme le sein de la Vierge qui lui avait donné le jour, comme aussi d’être sorti avec son corps de ce tombeau qu’il laisse également fermé.
" Et voici qu’il se fit un grand tremblement de terre, " etc. — Saint Jérôme. Notre-Seigneur, tout à la fois Fils de Dieu, et Fils de l’homme, selon sa double nature divine et humaine, donne tour à tour des signes, tantôt de sa grandeur, tantôt de son humilité ; ainsi dans cet endroit, quoique celui qui a été crucifié et qui a été enseveli soit homme, cependant tous ces prodiges qui éclatent au dehors, proclament qu’il est en même temps Fils de Dieu. — Saint Hilaire. (can. dern. sur S. Matth.) Ce tremblement de terre, c’est la puissance de résurrection que déploie en ressuscitant le Seigneur des vertus célestes, lorsqu’après avoir émoussé l’aiguillon de la mort, et éclairé ses profondes ténèbres, il fait trembler les enfers et les saisit d’épouvante. — Saint Jean Chrysostome. (hom, 89.) Ou bien, ce tremblement de terre eut lieu pour tirer les saintes femmes de leur sommeil ; car elles étaient venues pour embaumer le corps, et comme il était nuit, il est probable que quelques-unes d’entre elles s’étaient endormies. — Saint Bède. La terre tremble, lorsque le Seigneur ressuscite du tombeau, comme elle a tremblé lorsqu’il était mort sur la croix, et nous annonce qu’il faut que les cœurs des hommes, pour se convertir, soient pénétrés d’une crainte salutaire par la foi que nous devons avoir d’abord en sa passion, puis en sa résurrection. — Saint Jérôme. Si la terre a ainsi tremblé, alors que le Seigneur ressuscitait pour la justification des saints, combien plus tremblera-t-elle lorsqu’il se lèvera pour punir les pécheurs, selon cette parole du prophète : " La terre a tremblé, lorsque le Seigneur se levait pour le jugement. " (Ps 75) Comment pourra-t-elle soutenir la présence de Dieu, elle qui n’a pu soutenir la présence d’un ange ? " Et un ange du Seigneur descendit du ciel. " Du moment que Jésus-Christ ressuscite, et que la mort est détruite, le commerce se rétablit entre le ciel et la terre, et la femme qui avait reçu autrefois du démon un conseil de mort, entend sortir de la bouche d’un ange des paroles de vie. — Saint Hilaire. C’est un effet insigne de la miséricorde de Dieu, d’employer au moment où son Fils ressuscita des enfers le ministère de ses anges, et il devient ainsi lui-même comme le héraut de la première résurrection en la faisant annoncer par un de ceux qui sont les ministres habituels de la volonté de son Père. — Saint Bède. Jésus-Christ étant tout à la fois Dieu et homme, jamais le ministère et le service des anges, auquel il avait droit comme Dieu, ne lui a fait défaut dans le cours de sa vie mortelle : " Il s’approcha, et renversa la pierre, " non pas pour ouvrir un passage par où le Seigneur put sortir du tombeau, mais prouver, au contraire, qu’il en était déjà sorti ; car celui qui a pu venir au monde sans ouvrir par sa naissance le sein d’une vierge, a bien pu, en ressuscitant à une vie immortelle, sortir du monde en laissant fermé le tombeau qu’il quittait.
Rémig. Cette pierre renversée signifie que les mystères de Jésus-Christ qui étaient couverts par la lettre de la loi, sont maintenant dévoilés ; car la loi a été écrite sur la pierre, et cette pierre en est la figure. — Saint Pierre Chrysologue. Il ne dit pas : Il roula la pierre, mais : " Il la renversa ; " car la pierre, roulée à l’entrée du tombeau, était une preuve de la mort de Jésus-Christ, tandis qu’étant renversée, elle est une démonstration de sa résurrection. L’ordre naturel des choses est ici renversé ; le tombeau dévore la mort elle-même, et non le cadavre ; la demeure de la mort devient un séjour vivifiant ; nous voyons ici un sein d’un nouveau genre, il reçoit un mort et rend un vivant : " Et il était assis sur la pierre. " Il était assis sans être sujet à aucune fatigue ; mais comme docteur de la foi, pour annoncer la résurrection ; et il était assis sur la pierre pour que la solidité de cette chaire put affermir la foi des croyants. L’ange posait les fondements de la foi sur cette pierre sur laquelle Jésus-Christ devait fonder son Église. — Ou bien cette pierre du tombeau peut être considérée comme une figure de la mort qui pesait sur tous les hommes ; et l’ange assis sur la pierre nous représente Jésus-Christ qui a triomphé de la mort par sa puissance. — Saint Bède. (hom. 1.) L’ange qui est venu annoncer au monde l’avènement du Seigneur se tint debout avec raison, déclarant par cette attitude que le Seigneur était venu pour combattre le prince de ce monde, tandis que le héraut de la résurrection nous est représenté assis, pour marquer que le Sauveur était monté sur son trône éternel après avoir triomphé de l’auteur de la mort. Il était assis sur la pierre renversée, qui fermait précédemment l’entrée du sépulcre, pour nous apprendre qu’il avait fait tomber par sa puissance les portes de l’enfer. — Saint Augustin. (De l’acc. des Evang., 3, 24.) On sera peut-être surpris de ce que, d’après le récit de saint Matthieu, l’ange était assis sur la pierre du sépulcre qu’il avait renversée, tandis que saint Marc nous dit que les femmes étant entrées dans ce sépulcre, virent un jeune homme assis à la droite. Mais on peut répondre que saint Matthieu n’a point parlé de l’ange qu’elles virent en entrant dans le sépulcre, ni saint Marc de celui qui était assis sur la pierre, de manière qu’elles virent deux anges, et entendirent séparément de leur bouche ce qu’ils venaient leur apprendre de Jésus. Ou bien encore, ces paroles : " Elles entrèrent dans le tombeau, " doivent s’expliquer d’un mur de clôture, dont il est probable que le tombeau était entouré, ou d’un endroit particulier qui se trouvait devant la pierre dans laquelle on avait creusé le tombeau, de manière que les saintes femmes aient pu dans ce même endroit, voir assis, à droite, l’ange qui, d’après S. Matthieu était assis sur la pierre.
" Son visage brillait comme l’éclair, " etc. — Saint Pierre Chrysologue. L’éclat du visage est distinct de la blancheur des vêtements ; son visage est comparé à l’éclair, et ses vêtements à la neige, parce que l’éclair vient du ciel, et que la neige vient de la terre, c’est pour cela que le prophète a dit : " Louez le Seigneur du sein de la terre, feu, grêle, neige, " etc. (Ps 147) L’ange conserve sur son visage l’éclat de sa nature céleste, et ses vêtements figurent la faveur qu’il nous fait d’entrer en communion avec notre nature. L’aspect de cet ange qui s’adresse aux saintes femmes est donc tempéré de manière que des yeux mortels puissent supporter la douce clarté de ses vêtements, et que l’éclat de son visage leur fassent craindre et révérer en lui l’envoyé de celui qui les a créées. — IDEM. Mais pourquoi ces vêtements, là où il n’y a aucune nécessité de se couvrir ? C’est que l’ange figure ici, par avance, la forme et la figure que nous devons avoir dans la résurrection, alors que l’homme sera revêtu d’un corps éclatant. — Saint Jérôme. Par ce vêtement blanc, l’ange nous représente encore la gloire de Jésus-Christ triomphant. — Saint Grégoire le Grand. (hom. sur la Pâq.) Ou bien dans un autre sens, la foudre produit le tremblement et la crainte ; la neige frappe par sa blancheur. Or, comme le Dieu tout-puissant est à la fois terrible pour les pécheurs, et plein de douceur pour les justes, l’ange, témoin de sa résurrection, doit apparaître avec un visage éclatant et des vêtements blancs comme la neige, afin que son aspect épouvante à la fois les méchants, et calme les craintes des âmes pieuses : " Les gardes en furent tellement saisis de frayeur, " etc. La crainte et l’anxiété les glacent d’effroi, parce qu’ils n’avaient pas la confiance qu’inspire l’amour, et ils devinrent comme morts, parce qu’ils ne voulurent pas croire la vérité de la résurrection. — Saint Pierre Chrysologue. Car ils gardaient le tombeau par un instinct de cruauté, et non par un sentiment de piété. Or, celui que sa conscience abandonne et que le remord accable, ne peut rester debout : Voilà pourquoi l’ange renverse les impies, tandis qu’il adresse la parole aux âmes justes pour les consoler.
" Et l’ange s’adressant aux femmes, " etc. — Saint Jérôme. Les gardes, glacés d’effroi, sont là étendus immobiles comme des morts, et cependant ce n’est pas à eux, mais aux saintes femmes, que l’ange adresse des paroles de consolation : " Pour vous, ne craignez pas, " comme s’il leur disait Qu’ils craignent ceux qui persévèrent dans leur incrédulité, mais pour vous qui cherchez Jésus crucifié, apprenez qu’il est ressuscité et qu’il a accompli les prédictions qu’il a faites : " Car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. " — Saint Pierre Chrysologue. Elles cherchaient encore celui qui avait été crucifié et qui était mort, car la cruelle tempête de la passion avait troublé leur foi, et le poids de cette épreuve les avait tellement abattues qu’elles cherchaient, dans le tombeau, le Dieu du ciel. " Il n’est point ici. " — Raban Maure. Il n’y est point présent corporellement, lui qui se trouve cependant partout par la présence de sa majesté : " Il est ressuscité comme il l’avait dit. " — Saint Jean Chrysostome.(hom. 89.) L’ange semble leur dire : Si vous ne voulez pas me croire, souvenez-vous de ses paroles. Il leur donne ensuite une autre preuve en ajoutant : " Venez et voyez le lieu où avait été mu le Seigneur. " — Saint Jérôme. Si ne croyez pas à mes paroles, vous en croirez du moins au sépulcre qui est vide. — Saint Jérôme. L’ange rappelle donc d’abord le nom de Jésus-Christ, puis sa croix et sa passion ; mais il ne tarde pas à parler de sa résurrection, et bientôt il proclame qu’il est le Seigneur. Ainsi, après de si grands supplices, après le tombeau, l’ange n’hésite pas à reconnaître Jésus-Christ pour son Dieu, pourquoi donc l’homme prétend-il ou que Dieu s’est amoindri en se faisant homme, ou que sa puissance lui a fait défaut dans sa passion ? L’ange dit : " Qui a été crucifié, " et il montre le lieu où on avait mis le corps du Sauveur, afin qu’on ne pût croire que c’était un autre et non pas lui-même qui était ressuscité d’entre les morts. Or, puisque le Seigneur a voulu ressusciter dans la même chair et donner des preuves si évidentes de sa résurrection, pourquoi l’homme croirait-il qu’il doit ressusciter dans une chair différente de la sienne ? Est-ce que le serviteur aurait du dédain pour sa chair, alors que le Seigneur n’a pas voulu changer celle qu’il a reçue de nous ? — Raban Maure. Mais une aussi grande joie n’est pas destinée à rester cachée dans vos cœurs ; vous devez publier cette heureuse nouvelle à ceux qui partagent votre amour pour Jésus-Christ. " Et hâtez-vous d’aller dire à ses disciples qu’il est ressuscité. " — Saint Pierre Chrysologue. Comme s’il disait : Femme qui est maintenant guérie, reviens trouver cet homme, et persuade-lui la foi, toi qui lui a persuadé autrefois l’incrédulité ; porte à l’homme la preuve de la résurrection, toi qui lui as donné autrefois le conseil qui l’a perdu. " Voici qu’il sera avant vous en Galilée " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 89.) L’ange ajoute ces paroles, pour leur ôter toute crainte de danger qui aurait pu être. un obstacle à la foi. — Saint Jérôme. Il vous précédera dans la Galilée, c’est-à-dire au sens mystique, dans le bourbier des nations, là où il n’y avait auparavant qu’erreur ténébreuse et terrain glissant, et où on ne pouvait poser le pied avec sûreté. " C’est là que vous le verrez ; je vous en avertis par avance. — Saint Bède. C’est avec raison que le Seigneur apparaît à ses disciples dans la Galilée, lui qui avait déjà passé de la mort à la vie, de la corruption à l’incorruptibilité, car le mot Galilée signifie transmigration. Heureuses femmes, qui méritèrent d’annoncer au monde le triomphe de la résurrection. Plus heureuses encore les âmes qui, au jour du jugement, mériteront d’entrer dans la joie de la bienheureuse résurrection, tandis que les méchants seront saisis d’épouvante.
Mt 28, 8-10
8 Vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s'approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui.
10 Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront. »
Saint Hilaire. (can. 41) L’ange avait à peine cessé de parler aux saintes femmes que Jésus se présenta devant elles, afin qu’en annonçant aux disciples, qui étaient dans l’attente, la nouvelle de la résurrection, elles pussent leur transmettre ses paroles en même temps que celles de l’ange. — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 13, 24.) L’Évangéliste dit qu’elles sortirent du tombeau, c’est-à-dire de l’enclos en forme de jardin, qui se trouvait devant le sépulcre creusé dans le roc. — Saint Jérôme. Leur âme était partagée entre deux sentiments, la crainte et la joie, produites, l’une par la grandeur du miracle, l’autre par le désir de voir Jésus ressuscité, et ces deux sentiments réunis leur faisaient presser leur marche " Et elles coururent annoncer cette nouvelle aux disciples. " Elles allaient trouver les Apôtres, afin que la semence de la foi fût répandue par leur ministère. Un zèle aussi ardent, un empressement aussi marqué les rendait dignes que le Seigneur ressuscité vînt à leur rencontre : " En même temps, Jésus se présenta devant elles et leur dit : Je vous salue. " — Raban Maure. Il nous apprend ainsi qu’il va, par sa grâce, au-devant de ceux qui commencent à marcher dans la voie des vertus, et leur donne de parvenir au salut éternel. — Saint Jérôme. Les femmes sont les premières qui méritent d’entendre cette parole : " Le salut soit à vous, " et nous sommes ainsi affranchis dans la personne des femmes de la malédiction encourue par Eve la première femme.
Saint Pierre Chrysologue. Nous voyons, dans ces femmes, une figure parfaite de l’Église, car, en s’adressant à ses disciples, Jésus-Christ leur reproche leurs doutes et les rassure contre leurs appréhensions, tandis qu’en venant au-devant de ces saintes femmes, il ne les effraye pas par le spectacle de sa puissance, mais les prévient par l’ardeur de sa charité, car c’est à lui-même qu’il souhaite le salut dans la personne de l’Église, avec laquelle il ne fait qu’un seul corps. — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Nous concluons de la lecture comparée des Évangélistes que les anges ont adressé deux fois la parole aux saintes femmes dans leur visite au tombeau : la première fois lorsqu’elles virent l’ange dont parle saint Matthieu et saint Marc, et la seconde lorsqu’elles virent les deux dont parlent saint Luc et saint Jean. Le Seigneur leur parla également deux fois, d’abord lorsque Marie le prit pour le jardinier, et, une seconde fois, lorsqu’il vint à leur rencontre, dans le chemin, pour affermir leur courage et dissiper toutes leurs craintes par cette seconde manifestation. — Saint Pierre Chrysologue. Mais, d’un côté, Jésus ne permet pas à Marie de le toucher, ici, au contraire, il accorde aux saintes femmes, non-seulement de le toucher, mais de tenir embrassés ses pieds : " Elles s’approchèrent, et, embrassant ses pieds, elles l’adorèrent. " — Raban Maure. Nous avons dit plus haut qu’il est ressuscité sans ouvrir son tombeau, pour nous apprendre que ce même corps, qui avait été déposé après sa mort dans un tombeau fermé, était revêtu d’immortalité, Il présente maintenant ses pieds aux pieux embrassements des saintes femmes, pour leur prouver qu’il a une véritable chair, qui peut être touchée par les hommes. — Saint Pierre Chrysologue. Ces femmes tiennent embrassés les pieds de Jésus-Christ, parce qu’elles sont, dans l’Église, la figure de la prédication évangélique, et qu’elles ont mérité cet honneur par leur pieux empressement ; et elles étreignent ainsi, par la foi, les pieds de leur Sauveur, pour obtenir l’honneur de connaître la divinité toute entière. Celle au contraire qui, sur la terre, pleure le Seigneur, et qui cherche comme mort, dans le sépulcre, celui dont elle ne sait pas qu’il règne dans les cieux avec son Père, entend de sa bouche ces paroles : " Ne me touchez pas. " Il n’y a aucune difficulté que ce soit la même Marie, qui, d’un côté, élevée au sommet de la foi, touche les pieds de Jésus-Christ et l’étreint de toute la force d’un saint amour, et qui, de l’autre, abattue sous le poids de l’infirmité de la chair et de la faiblesse naturelle à son sexe, est agitée par le doute et ne mérite point de toucher son Créateur. D’un côté, sa foi est un symbole ; de l’autre, ses doutes viennent de la faiblesse de son sexe. Ici, il faut voir l’action de la grâce divine ; là, l’infériorité de la nature humaine, car, lorsque nous parvenons à la connaissance des choses divines, nous vivons pour Dieu ; mais, lorsque nous avons des goûts terrestres, notre aveuglement vient de nous-mêmes. Ces saintes femmes embrassèrent les pieds du Seigneur, pour apprendre ainsi que, dans un sens figuré, la tête de Jésus-Christ était l’homme, que, pour elles, elles étaient à ses pieds, et qu’elles devaient suivre et non précéder en Jésus-Christ l’homme qui leur était donné. Le Sauveur leur répète ce que l’ange leur avait dit, pour augmenter en elles la confiance que le discours de l’ange leur avait inspirée.
" Alors Jésus leur dit : Ne craignez point. " — Saint Jérôme. Nous pouvons remarquer, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, que toutes les fois que Dieu favorise les hommes d’une vision plus auguste, il commence par bannir la crainte, pour que les hommes puissent entendre dans le calme de leur âme les paroles qu’il veut leur adresser. — Saint Hilaire. Nous voyons reproduit ici, mais dans un sens contraire, la marche suivie dans le grand événement qui a été la cause de notre perte ; c’est par une femme que la mort est entrée dans le monde, ce sont des femmes aussi qui, les premières, méritent de voir et d’annoncer la gloire de la résurrection, et c’est pour cela que le Seigneur ajoute : " Allez, et dites à mes frères qu’ils se rendent en Galilée ; c’est là qu’ils me verront. " — Saint Pierre Chrysologue. Il appelle ses frères ceux qu’il s’est unis par les liens du corps qu’il a pris ; il appelle ses frères ceux que, dans sa bonté, il a fait ses cohéritiers, lui l’héritier de Dieu ; il appelle ses frères ceux qu’il a adoptés pour les enfants de son Père. — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Chaque fidèle doit être attentif à rechercher dans quel dessein mystérieux le Seigneur commande, et par l’ange et par lui-même à ses disciples, d’aller pour le voir, non pas dans l’endroit où il devait d’abord se manifester, mais dans la Galilée, où il a été vu plus tard. Le mot Galilée signifie à la fois transmigration et révélation ; or, que nous donne à comprendre la première signification, si ce n’est que la grâce de Jésus-Christ devait passer du peuple d’Israël aux Gentils, auxquels les Apôtres n’auraient jamais confié le dépôt de la prédication évangélique, si le Seigneur lui-même ne leur avait préparé la voie dans le cœur des hommes ? C’est ce que veulent dire ces paroles : " Il vous précédera en Galilée. " Celles qui suivent : " C’est là que vous le verrez, " signifient : C’est là que vous trouverez ses membres ; c’est là que vous reconnaîtrez son corps vivant dans la personne de ceux qui vous recevront. Si l’on donne au mot Galilée le sens de révélation, ce mot signifiera qu’il faut comprendre Jésus-Christ, non plus dans la forme de serviteur, mais dans cette nature qui le rend l’égal de son Père. Cette révélation, comme une véritable Galilée, aura lieu " lorsque nous lui serons semblables, et que nous le verrons tel qu’il est. " Ce sera là aussi la plus heureuse transmigration, celle de cette vie à l’éternité.