Mt 3, 7-10
7 Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
8 Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,
9 et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
10 Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Saint Grégoire le Grand. (Pastoral., partie 3, dans le Prologue.) Le discours de ceux qui enseignent doit varier suivant les auditeurs ; il faut qu’il réponde aux dispositions de chacun d’eux, sans s’écarter cependant des règles de l’édification commune. — La Glose. Il était donc nécessaire que l’Évangéliste, après nous avoir rapporté les enseignements que saint Jean donnait à la multitude, nous fît connaître les instructions qu’il adressait à ceux qui paraissaient plus avancés, et c’est pour cela qu’il ajoute : " Or voyant beaucoup de Pharisiens, " etc. Saint Isidore. (Liv. des Etymol. ou des Origines, liv. 8, chap. 4.) Les Pharisiens et les Sadducéens sont divisés entre eux. Le nom de Pharisiens, d’étymologie hébraïque, signifie divisé, parce que les Pharisiens mettent au-dessus de tout la justice qui vient des traditions et des observances légales ; ils sont donc regardés comme divisés du reste du peuple par cette manière d’entendre la justice. Le nom de Sadducéen veut dire juste et ils se donnent ainsi un nom qu’ils ne méritent pas, eux qui nient la résurrection des morts et qui prétendent que l’âme meurt avec le corps. Ils n’admettent que les cinq livres de la loi, et rejettent les oracles des prophètes.
La Glose. Jean voyant venir à son baptême ces hommes qui étaient les premiers d’entre les Juifs, leur dit : " Race de vipères, qui vous a montré à fuir la colère qui doit tomber sur vous ? " — Rémig. C’est la coutume des écrivains sacrés de donner aux hommes le nom de ceux dont ils imitent les œuvres, comme on le voit en ce passage : " Ton père est Amorrhéen. " Ainsi les Pharisiens sont appelés race de vipères, parce qu’ils imitent les mœurs des vipères. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Tel qu’un médecin habile qui voyant un malade, connaît à la couleur seule de son visage la nature de sa maladie ; ainsi Jean-Baptiste découvre aussitôt les pensées mauvaises des Pharisiens qui s’approchent de lui ; ils disaient probablement en eux-mêmes : Allons, confessons nos pêchés ; il ne nous impose aucune œuvre difficile, faisons-nous baptiser, et nos péchés nous seront pardonnés. Insensé, lorsque l’estomac a digéré une nourriture corrompue, peut-il se passer de médecine ? Ainsi après la conversion, après le baptême, faut-il prendre les plus grands soins pour l’entière guérison des blessures que le péché a faites à l’âme. " Race de vipères, " leur dit-il : en effet les morsures des vipères ont ce caractère particulier que celui qui en est atteint court aussitôt chercher de l’eau, et s’il n’en trouve pas, il meurt de sa blessure. Or saint Jean les appelle race de vipères, parce qu’après s’être rendus coupables de fautes mortelles, ils accouraient à son baptême pour échapper par l’eau, comme des vipères, au danger de mort qu’ils portaient en eux. Il les appelle encore race de vipères, parce que les vipères déchirent en naissant le sein de leurs mères, et que les Juifs, en ne cessant de persécuter les prophètes, ont aussi déchiré le sein de la Synagogue leur mère. Enfin les vipères ont un extérieur brillant et nuancé de diverses couleurs, tandis qu’au dedans elles sont remplies de venin ; et c’est ainsi qu’eux-mêmes offraient comme peinte sur leur visage toute la beauté de la vertu.
Rémig. Lorsque saint Jean dit : " Qui vous a enseigné à fuir la colère qui doit venir ? ", il faut donc entendre si ce n’est Dieu. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) " Qui vous a enseigné ? " Est-ce le prophète Isaïe ? Non : s’il avait été votre maître, vous ne placeriez pas votre espérance dans l’eau seule du baptême, mais encore dans les bonnes œuvres, car c’est lui qui a dit : " Lavez-vous, purifiez-vous, faites disparaître le mal de vos âmes, apprenez à bien faire. " Est-ce David qui a dit aussi : " Lavez-moi, et je serai plus blanc que la neige ? " Non, car il ajoute ensuite : " Le sacrifice que Dieu demande, c’est un cœur contrit. " Si donc vous étiez les disciples de David, vous approcheriez du baptême en gémissant. — Rémig. Si on lit au futur : " Qui vous apprendra, " le sens sera : Quel sera le docteur, quel sera le prédicateur qui vous enseignera le moyen d’échapper à la colère de la damnation éternelle ? — Saint Augustin. (Cité de Dieu, liv. 9, chap. 5.) Lorsque l’Écriture nous dit que Dieu se met en colère, ce n’est point qu’il soit soumis à la faiblesse de nos passions, et qu’elles excitent le trouble dans son âme, c’est uniquement à cause d’une certaine ressemblance de ses actions avec les nôtres, et le mot exprime simplement l’effet de la vengeance, et non pas le mouvement violent qui l’accompagne ordinairement. — La Glose. Si donc vous voulez éviter cette colère, faites de dignes fruits de pénitence. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 20 sur les Evang.) Remarquons que saint Jean n’exige pas seulement des fruits de pénitence, mais de dignes fruits de pénitence. En effet celui qui n’a fait aucune chose défendue peut légitimement jouir des choses permises, mais celui qui est tombé dans le péché doit d’autant plus se retrancher ce qui est permis qu’il se souvient de s’être livré plus entièrement aux choses défendues. C’est donc à la conscience de chacun qu’il s’adresse pour qu’on cherche d’autant plus à s’enrichir de bonnes œuvres par la pénitence qu’on a subi de plus grandes pertes par les fautes qu’on a commises. Mais les Juifs, tout fiers de la noblesse de leur origine, ne voulaient pas s’avouer pécheurs, parce qu’ils descendaient de la race d’Abraham. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 10 sur S. Matth.) Il ne veut par leur défendre de se dire enfants d’Abraham, mais de mettre toute leur confiance dans ce titre, sans s’appliquer aux vertus solides de l’âme. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) À quoi sert un sang illustre à celui dont les mœurs sont dépravées, et en quoi peut nuire une naissance obscure à celui dont les vertus sont le plus bel ornement ? Il vaut mieux pour un homme être la gloire de ses parents qui seront fiers d’avoir un tel fils, que de tirer sa propre gloire de ceux qui lui ont donné le jour. Ne vous glorifiez donc pas en disant : Nous avons Abraham pour père, mais rougissez plutôt d’être ses descendants, sans être les héritiers de ses vertus ; car celui qui ne ressemble pas à son père passe pour être le fruit de l’adultère. Par ces paroles : " Et ne dites pas, " il condamne donc la vaine gloire qu’on veut tirer de son origine.
Raban Maure. Comme ce héraut de la vérité venait appeler les hommes à la pénitence, il les exhorte à l’humilité, sans laquelle il n’y a point de repentir possible, et il ajoute : " Je vous le déclare, Dieu pourrait de ces pierres susciter des enfants d’Abraham. " — Raban Maure. L’histoire rapporte que Jean prêchait dans cet endroit du Jourdain où douze pierres tirées du lit de ce fleuve furent dressées par l’ordre du Seigneur (Jos 4, 2.8). Or on peut supposer que Jean-Baptiste indiqua ces pierres lorsqu’il dit ces paroles : " Dieu est assez puissant pour susciter de ces pierres mêmes des enfants d’Abraham. " — Saint Jérôme. Par là il montre la puissance de Dieu, qui après avoir tiré le monde du néant pouvait encore se créer un peuple en donnant la vie aux pierres les plus dures. Car les premiers éléments de la foi consistent à croire que la puissance de Dieu n’a point de bornes. Or que des pierres donnent naissance à des hommes, c’est un prodige semblable à celui qui fit naître Isaac de Sara, naissance à laquelle le prophète fait allusion en ces termes : " Rappelez dans votre esprit la roche dont vous avez été tirés. " En rappelant cette prophétie aux Juifs, saint Jean leur apprend qu’il peut encore maintenant opérer un semblable prodige. — Raban Maure. Ou bien dans un autre sens on peut dire que ces pierres figurent les Gentils qui adoraient des idoles de pierre. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Remarquez encore que la pierre est dure à travailler ; mais lorsqu’on a su en tirer parti, l’ouvrage qui en résulte est indestructible : ainsi les Gentils n’ont embrassé la foi qu’avec difficulté, mais depuis ils n’ont cessé d’y persévérer. — Saint Jérôme. Lisez Ézéchiel (Ez 11, 49) : " Je vous ôterai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. "La pierre signifie ce qui est dur, la chair ce qui est tendre. — Raban Maure. Dieu a donc tiré de ces pierres des enfants d’Abraham, car les Gentils en croyant en Jésus-Christ fils d’Abraham, sont devenus eux-mêmes les enfants d’Abraham par cette union avec son Fils.
Suite. " Déjà la cognée est à la racine de l’arbre. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) La cognée est cette colère si aiguisée de la fin des temps, qui doit opérer de si grands retranchements dans le monde entier. Mais si elle est déjà placée à la racine de l’arbre, pourquoi ne coupe-t-elle pas ? Parce que les arbres dont il s’agit sont doués de raison et qu’il est à leur pouvoir de faire le bien ou de ne pas le faire ; en voyant la cognée appliquée à leur racine, ils peuvent craindre d’être coupés et se hâtent de porter des fruits. La menace de la colère qui est la cognée placée à la racine, bien qu’elle ne fasse rien aux méchants, sert donc au moins à séparer les bons des méchants. — Saint Jérôme. Ou bien encore cette hache est la prédication de l’Évangile, d’après le prophète Jérémie, qui compare la parole du Seigneur à une hache qui coupe la pierre (Jr 23, 29). — Saint Grégoire le Grand. (hom. 20). Ou bien la hache figure notre Rédempteur, car de même qu’elle se compose d’un manche et d’un fer, ainsi le Sauveur est un composé de la divinité et de l’humanité ; on peut le toucher et le tenir par son humanité, mais sa divinité est comme le fer tranchant de la hache. Cette hache est placée à la racine de l’arbre, car, bien qu’il attende avec patience, on voit ce qu’elle doit faire, et que tout arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Eu effet, tout homme pervers qui refuse de produire ici-bas les fruits des bonnes œuvres, trouve déjà préparé pour lui le feu de l’enfer qui doit le consumer. Saint Jean nous dit que la cognée est appliquée à la racine de l’arbre, et non pas aux branches. En effet, lorsque les enfants des méchants disparaissent, ce sont les branches de l’arbre stérile qui sont retranchées ; mais, lorsque toute la famille disparaît avec le père, l’arbre infructueux est coupé à la racine de manière que cette race dépravée ne puisse plus pousser le moindre rejeton. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 2 sur S. Matth.) En disant tout arbre, Jean-Baptiste exclut la supériorité qui vient de la noblesse, de l’origine, et il semble dire : Quand vous seriez descendant d’Abraham, vous n’échapperez pas au châtiment, si vous demeurez stérile. — Raban Maure. On distingue quatre espèces d’arbres : l’arbre complètement stérile et qui est la figure des païens ; celui qui porte des feuilles, mais pas de fruits, image de l’hypocrite ; celui qui a des feuilles, qui porte des fruits, mais des fruits vénéneux, symbole de l’hérétique ; enfin, celui qui est couvert de feuilles et produit de bons fruits, et qui représente les vrais catholiques. — Saint Grégoire le Grand. Donc tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu, parce que celui qui a négligé de produire le fruit des bonnes œuvres est réservé au feu de l’enfer, qui doit le réduire en cendres.
Mt 3, 11-12
11 Moi, je vous baptise dans l'eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ;
12 il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. »
La Glose. Après avoir développé dans les paroles précédentes ce qu’il n’avait fait qu’indiquer en commençant, sur la nécessité de faire pénitence, Jean-Baptiste devait expliquer avec la même clarté ce qu’il avait dit du royaume de Dieu qui était proche, et c’est ce qu’il fait dans les paroles qui suivent : " Je vous baptise dans l’eau pour la pénitence, " etc. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 7 sur les Evang.) Jean baptise, non dans l’esprit, mais dans l’eau, parce qu’il ne peut effacer les péchés : il lave les corps dans l’eau, mais il ne peut purifier les âmes par le pardon. — Saint Jean Chrysostome. (hom.10 sur S. Matth.) Puisque la victime n’avait pas encore été offerte (cf. Hb 10, 12), que le péché n’était pas expié, et que l’Esprit saint n’était pas encore descendu sur l’eau, comment donc pouvait-on obtenir la rémission des péchés ? Nous répondons que tout le malheur des Juifs venait de ce qu’ils ne sentaient pas qu’ils étaient pécheurs, Jean était donc envoyé pour leur faire connaître leurs péchés et leur rappeler la nécessité de faire pénitence.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 7.) Mais pourquoi celui qui ne peut remettre les péchés donne-t-il le baptême ? C’est pour continuer à remplir son ministère de précurseur ; sa naissance avait précédé celle du Sauveur, son baptême devait précéder également le baptême du Seigneur. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ou bien Jean fut envoyé pour baptiser afin de découvrir à ceux qui venaient recevoir son baptême la présence de Fils de Dieu dans une chair mortelle, comme il l’atteste lui-même : " Je suis venu baptiser dans l’eau pour le manifester en Israël. ". (Jn 1) — Saint Augustin. (Traité sur saint Jean). Ou bien encore il baptise, parce qu’il fallait que le Christ fût baptisé. Mais pourquoi le Christ seul n’a-t-il pas été baptisé par Jean-Baptiste, si l’objet de la mission de Jean-Baptiste était de baptiser le Christ ? Si le Seigneur seul avait reçu le baptême de Jean, bien des personnes auraient cru que le baptême de Jean était supérieur au baptême du Christ, puisque le Christ seul avait été jugé digne de le recevoir. — Raban Maure. Ou bien enfin il baptise pour séparer par ce signe extérieur les pénitents de ceux qui ne voulaient point se repentir, et pour les conduire ainsi jusqu’au baptême du Seigneur.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Comme c’était pour préparer la venue du Christ qu’il baptisait, il annonce à ceux qui vont recevoir son baptême que le Christ doit bientôt paraître, et leur fait connaître en ces termes la supériorité de sa puissance : " Celui qui vient après moi est plus puissant que moi. " — Rémig. Remarquons que le Christ est venu après Jean de cinq manières : par sa naissance, par sa prédication, par son baptême, par sa mort, par sa descente aux enfers ; et c’est avec raison que Jean-Baptiste déclare que le Seigneur est plus puissant que lui, parce que Jean-Baptiste n’était qu’un homme, et que le Christ était Dieu et homme tout à la fois. — Raban Maure. Ces paroles de Jean reviennent à celles-ci : Je suis fort pour inviter les hommes à la pénitence ; lui, au contraire, est fort pour remettre les péchés ;je suis fort pour prêcher le royaume des cieux, lui pour le donner ; je suis fort pour baptiser dans l’eau, lui pour baptiser dans l’esprit. — Saint Jean Chrysostome. (Hom. 2 sur S. Matth.) Quand je vous dis qu’il est plus fort que moi, n’allez pas penser que je veuille par là établir entre lui et moi la moindre comparaison, car je ne suis pas digne de prendre place parmi ses serviteurs et de lui rendre le plus petit et le dernier des offices. C’est pour cela qu’il ajoute : " Je ne suis pas digne de porter sa chaussure. " — Saint Hilaire. Il laisse aux Apôtres la gloire de porter par toute la terre la prédication de l’Évangile, parce qu’il était réservé à leurs pieds sacrés l’aller annoncer aux hommes la paix de Dieu. — Saint Jean Chrysostome. (Sur S. Matth.) Ou bien encore les pieds du Christ peuvent figurer les chrétiens, principalement les Apôtres et les autres prédicateurs de l’Évangile, du nombre desquels était Jean-Baptiste. Les chaussures sont les infirmités dont Dieu couvre les prédicateurs ; tous donc portent les chaussures du Christ ; Jean lui-même les portait, mais il se déclarait indigne de les porter, pour montrer la supériorité de la grâce de Jésus-Christ sur ses propres mérites. — Saint Jérôme. Nous lisons dans un autre évangile (Jn 1) : " Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de sa chaussure. " Nous voyons d’un côté l’humilité, de l’autre le ministère du saint précurseur ; car le Christ est l’époux et Jean se déclare indigne de dénouer les cordons de sa chaussure, afin que la maison de l’époux ne soit pas appelée, comme on le voit dans la loi de Moïse (Dt 25) et par l’exemple de Ruth (Rt 4), la maison de celui qui a perdu sa chaussure.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Comme personne ne peut donner un bien qui soit au-dessus de lui, ni faire un autre plus qu’il n’est lui-même, Jean-Baptiste ajoute : " C’est lui qui vous baptisera dans le feu et dans l’Esprit saint. " Jean-Baptiste étant corporel ne peut donner un baptême spirituel ; il baptise dans l’eau qui est un corps. C’est le corps qui baptise avec un élément corporel ; le Christ, au contraire, est esprit parce qu’il est Dieu ; l’Esprit saint est lui-même esprit, l’âme est esprit aussi ; c’est donc l’esprit qui baptise avec l’esprit. Or, le baptême de l’esprit est souverainement utile, car l’esprit entrant dans l’âme l’embrasse, l’entoure comme d’un mur inexpugnable, et ne permet pas que les convoitises charnelles prévalent contre elle. Il n’empêche pas les désirs de la chair de naître dans l’âme, mais il garde l’âme pour l’empêcher d’y consentir. Le Christ est juge aussi, il baptise donc dans le feu, c’est-à-dire dans les tentations. Celui qui n’est qu’un homme ne peut baptiser dans le feu, car celui-là seul a le pouvoir de tenter, qui est assez puissant pour récompenser. Ce baptême de la tribulation ou du feu consume la chair et détruit en elle les germes de la concupiscence ; ce ne sont pas les peines spirituelles que la chair redoute, mais les peines corporelles ; aussi, Dieu n’épargne pas à ses serviteurs les tribulations de la chair, afin qu’étant dominée par la crainte des peines qu’elle éprouve, elle cesse de désirer le mal. Vous voyez donc que l’esprit repousse les concupiscences et ne permet pas qu’elles soient victorieuses, tandis que le feu en consume jusqu’aux racines. Saint Jérôme. Ou bien : " Dans l’Esprit saint et le feu, " en ce sens que le feu c’est l’Esprit saint lui-même, car lorsqu’il descendit il se reposa sur chacun des Apôtres sous la forme de langues de feu... Et alors fut accomplie cette parole du Seigneur : " Je suis venu apporter le feu sur la terre, " Ou bien peut-être, nous sommes baptisés actuellement dans l’Esprit saint, et nous le serons plus tard dans le feu, selon cette parole de l’Apôtre : " Le feu éprouvera l’ouvrage de chacun. " — Saint Jean Chrysostome. (Hom. 11). Il ne dit pas : Il vous donnera l’Esprit saint, mais : Il vous baptisera dans l’Esprit saint, exprimant par cette figure l’abondance de la grâce. Il nous enseigne encore par là qu’il n’a besoin que de notre seule volonté dans la foi et non pas de nos sueurs et de nos travaux pour nous justifier, et qu’il nous est aussi facile d’être renouvelés et rendus meilleurs qu’il l’est d’être baptisé. Cette comparaison du feu nous montre l’énergie de la grâce, qui ne peut être vaincue ; nous voyons aussi que le Christ doit rendre en un instant ses serviteurs semblables aux grands prophètes des temps anciens et il a recours à cette comparaison parce que plusieurs des visions prophétiques ont eu lieu sous la figure du feu.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Il est donc évident que le baptême du Christ ne détruit pas le baptême de Jean, mais qu’il le renferme ; celui qui est baptisé au nom de Jésus-Christ reçoit les deux baptêmes de l’eau et de l’esprit ; car le Christ, qui était esprit, a pris un corps afin de pouvoir donner un baptême à la fois corporel et spirituel. Quant au baptême de Jean, il ne renfermait pas celui du Christ, car ce qui est moindre ne peut contenir ce qui est plus grand. Aussi l’apôtre ayant rencontré des habitants d’Éphèse qui avaient reçu le baptême de Jean, il les baptisa de nouveau au nom du Christ (Ac 19), parce qu’ils n’avaient pas été baptisés dans l’esprit. Jésus-Christ lui-même baptisa de nouveau ceux qui avaient reçu le baptême de Jean, comme ce dernier nous l’apprend : " Pour moi, je vous baptise dans l’eau ; mais pour lui, il vous baptisera dans le feu. " Cependant on ne peut dire que Jésus rebaptisait, car il ne baptisait qu’une fois en réalité ; le baptême du Christ étant supérieur à celui de Jean, ce n’était pas un baptême renouvelé, c’était un nouveau baptême, parce que l’ancien trouvait sa fin en Jésus-Christ. — Saint Hilaire. (can. 2 sur S. Matth.) En disant : " Il vous baptisera dans l’Esprit saint et le feu, " Jean-Baptiste indique les cieux époques différentes du salut et du jugement de tous les hommes, car ceux qui ont été baptisés dans l’Esprit saint doivent un jour passer par le feu du jugement ; c’est pour cela qu’il ajoute : " Il a son van en la main. " — Raban Maure. Par le van, (ou la pelle), on doit entendre le discernement qui suivra le jugement, et que le Seigneur a dans sa main ou en son pouvoir, car le Père a donné tout jugement à son Fils.
Suite. " Et il nettoiera son aire. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) L’aire c’est l’Église ; le grenier, le royaume du ciel ; le champ, le monde. Le Seigneur en envoyant comme des moissonneurs ses apôtres et les autres prédicateurs, a retranché du monde toutes les nations, et les a réunies dans l’aire de son Église. C’est là que nous devons être battus, vannés, comme le blé. Or tous les hommes se plaisent dans les jouissances charnelles comme le grain dans la paille ; mais le chrétien fidèle, et dont le fond du cœur est bon, à la plus légère atteinte de la tribulation laisse là les plaisirs des sens et court se jeter dans les bras du Seigneur ; au contraire, celui dont la foi est médiocre le fait à peine sous le poids de grandes tribulations. Pour l’infidèle qui est absolument dénué de foi, quelque grandes que soient ses épreuves, il ne pense pas à recourir à Dieu. Lorsque le grain a été battu, il est étendu sur l’aire, confondu avec la paille, et on a besoin de le vanner pour l’en séparer. C’est ainsi que dans une seule et même Église les fidèles sont confondus avec les infidèles. Or la persécution s’élève comme un souffle violent, afin que le van du Christ, en les agitant fortement, sépare entièrement ceux qui étaient déjà séparés par leurs œuvres. Et remarquez qu’il ne dit pas simplement : " Il nettoiera son aire, " mais " il la nettoiera parfaitement ; " car il faut que l’Église soit éprouvée de mille manières avant d’être entièrement purifiée. Les Juifs sont les premiers qui l’ont pour ainsi dire vannée, puis sont venus les Gentils, et après eux les hérétiques ; l’Antéchrist viendra en dernier lieu. Lorsque le souffle du vent est faible, tout le grain n’est pas vanné ; il n’y a que les pailles les plus légères qui soient secouées, les plus pesantes restent sur l’aire. Ainsi qu’une légère tentation vienne à souffler, les plus mauvais seuls se retirent ; mais qu’une violente tempête s’élève, on voit disparaître ceux qui paraissaient les plus stables ; c’est pourquoi les grandes épreuves sont nécessaires à l’Église pour la purifier entièrement. — Rémig. Dieu purifie aussi son aire, c’est-à-dire son Église, dès cette vie, soit lorsque le jugement des prêtres retranche les méchants du sein de l’Église, soit lorsque la mort les enlève de cette terre.
Raban Maure. L’aire sera entièrement nettoyée à la fin des temps, lorsque le Fils de l’homme enverra ses anges, et qu’il fera disparaître tous les scandales de son royaume. — Saint Grégoire le Grand. (Moral. liv. 34, ch. 5.) Après avoir été battu pendant la vie présente, où il gémit sous la paille, le grain en sera parfaitement séparé par le van du dernier jugement, de manière que ni les pailles ne suivront le blé dans le grenier, ni le blé lui-même ne tombera dans le feu qui doit consumer les pailles ; c’est ce que nous apprennent les paroles suivantes : " Il ramassera son blé dans le grenier et brûlera la paille dans un feu lui ne s’éteindra jamais. " — Saint Hilaire. Le froment, c’est-à-dire les œuvres parfaites des fidèles sera recueilli dans les greniers célestes et les pailles, c’est-à-dire les actions vaines et stériles des hommes, seront brûlées par le feu du jugement. — Raban Maure. Il y a cette différence entre la paille et l’ivraie, que la paille sort de la semence du blé, et l’ivraie d’une semence étrangère. Les pailles représentent donc ceux qui ont été imprégnés de la sève vivifiante des sacrements, mais qui n’ont aucune consistance ; et l’ivraie ceux que leurs œuvres et leurs croyances ont totalement séparés de la destinée des chrétiens. — Rémig. Ce feu qui ne s’éteint pas, c’est la peine de la damnation éternelle elle est ainsi appelée, soit parce qu’elle ne cesse de tourmenter sans les faire mourir ceux qu’elle dévore, soit pour la distinguer du feu du purgatoire, dont la durée n’a qu’un temps et qui doit s’éteindre un jour.
Saint Augustin. (De l’acc. des Ev. liv, 2, chap. 12.) Si l’on demande ici quelles sont les vraies paroles de Jean-Baptiste, celles que lui prête saint Matthieu, ou bien celles que lui fait dire saint Marc ou saint Luc, nous répondrons que cette difficulté ne doit pas arrêter un instant celui qui fait cette observation judicieuse que toutes ces maximes sont nécessaires pour faire connaître la vérité, quelle que soit d’ailleurs leur expression. Nous devons conclure de là qu’il ne faut pas regarder comme mensonger le récit tout différent, sous le rapport de la forme et de l’expression, que plusieurs personnes peuvent faire d’un même fait qu’elles ont vu ou entendu. Celui qui prétend que l’Esprit saint aurait dû accorder par sa puissance aux apôtres le privilège de ne varier en rien ni sur le choix des mots, ni sur leur nombre, ni sur la place qu’ils occupent, ne comprend pas que plus l’autorité des Évangélistes est grande et plus elle doit servir à fortifier la tranquillité de tout homme qui dit vrai. Mais lorsqu’un Évangéliste dit : " Je ne suis pas digne de porter sa chaussure, " et un autre : " Je ne suis pas digne de délier sa chaussure, la différence ne porte pas seulement sur l’expression, mais sur le fait lui-même. On peut donc rechercher avec raison laquelle de ces deux expressions est sortie de la bouche de Jean-Baptiste. Car la vraie est celle dont s’est servi le saint précurseur et celui qui lui en prête une autre, sans être pour cela coupable de mensonge, sera nécessairement accusé d’oubli en disant une chose pour une autre. Or on ne peut admettre dans les Évangélistes aucune erreur, qu’elle ait pour cause le mensonge ou un simple oubli. Si donc on doit regarder ces deux expressions comme réellement différentes, il faut dire que Jean s’est servi de toutes les deux, ou dans des temps différents, ou successivement dans la même circonstance. Mais si saint Jean, en parlant de la chaussure de Jésus, n’a voulu exprimer autre chose que l’élévation du Sauveur et sa propre bassesse, quelle que soit l’expression qu’ait employée l’Évangéliste qui au moyen de cette comparaison des chaussures diversement présentée en a fait ressortir la même leçon d’humilité, il a exprimé la même pensée que le saint précurseur, et ne s’est pas écarté de son intention. C’est donc une règle utile, et qu’on ne peut trop se rappeler, qu’il n’y a point de mensonge dans un auteur qui rend la pensée de celui qui fait l’objet de son récit, quand même il lui prêterait des expressions dont il ne s’est pas servi, car il a évidemment la même intention que celui dont il rapporte les paroles.
Mt 3, 13-15
13 Alors Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
14 Jean voulait l'en empêcher et disait : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! »
15 Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire.
La Glose. Après avoir été annoncé au monde par la prédication de son précurseur, Jésus qui depuis longtemps menait une vie cachée voulut enfin, se manifester aux hommes, comme l’indique le texte sacré : " Alors Jésus vînt de la Galilée au Jourdain trouver Jean pour être baptisé. "
Rémig. Dans ces paroles l’Évangéliste vous décrit les personnes, les lieux, le temps, et la nature du ministère. Le temps, par ce mot : " alors. " — Raban. C’est-à-dire à l’âge de trente ans, pour nous apprendre que personne ne doit être élevé au sacerdoce ou chargé de la prédication à moins qu’il ne soit d’un âge mûr. C’est à trente ans que Joseph prit le gouvernement de l’Égypte ; c’est à ce même âge que David commença à régner, et qu’Ézéchiel reçut l’esprit prophétique (cf. Gn 41, 6 ; 2 R 5, 4 ; Ez 1, 1). — Saint Jean Chrysostome. (Hom. 10 sur S. Matth.) Comme la loi devait être abrogée après ce baptême, Jésus qui pouvait expier les péchés de tous les hommes reçoit le baptême à cet âge, afin qu’en le voyant ainsi fidèle à l’observation de la loi, personne ne pût l’accuser de l’avoir abrogée parce qu’il n’avait pu l’accomplir.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Math.) " Alors, " c’est-à-dire au moment même que Jean venait de prêcher la pénitence, pour confirmer sa prédication, et recevoir le témoignage qu’il devait lui rendre. De même que le soleil n’attend pas pour se lever que l’étoile du matin ait disparu, mais qu’il se lève alors qu’elle est encore sur l’horizon, et qu’il éclipse sa blanche clarté par l’éclat de ses rayons, ainsi le Christ n’a pas attendu que Jean eût achevé sa carrière, mais il s’est manifesté au monde pendant que son précurseur enseignait encore.
Rémig. Les personnes sont désignées par ces paroles : " Jésus vint à Jean, " c’est-à-dire Dieu vint trouver l’homme, le Seigneur son serviteur, le roi son soldat, la lumière celui qui n’était qu’une lampe. Les lieux témoins des événements par ces autres paroles : " De la Galilée au Jourdain. " Le nom de Galilée signifie transmigration. Celui donc qui veut être baptisé doit, pour ainsi parler, émigrer des vertus aux vices, et s’humilier en s’approchant pour recevoir le baptême, car le mot Jourdain veut dire descente. — Saint Augustin. L’Écriture rapporte plusieurs prodiges dont ce fleuve avait été souvent le théâtre entre autres celui qu’elle rappelle en ces termes : " Le Jourdain est retourné en arrière. " Autrefois, c’étaient les eaux qui retournèrent en arrière ; maintenant ce sont les péchés ; et de même que le prophète Élie avait séparé les eaux du Jourdain, ainsi, dans ce même fleuve le Christ a opéré la séparation des péchés.
Rémig. L’Évangéliste nous fait connaître le ministère de Jean par ces paroles " Pour qu’il fût baptisé par lui. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ce n’était pas pour recevoir par la vertu de ce baptême la rémission de ses péchés, mais afin de sanctifier à jamais les eaux pour ceux qui devaient être baptisés dans la suite. — Saint Augustin. Si le Sauveur a voulu recevoir le baptême, ce n’est point pour y venir puiser la pureté de l’âme, mais afin de purifier les eaux pour notre propre sanctification. C’est depuis qu’il a été plongé dans l’eau qu’il lui a communiqué la puissance de laver tous les péchés. Et ne soyez pas surpris de voir l’eau, substance corporelle, parvenir jusqu’à l’âme pour la purifier ; elle y parvient certainement et pénètre dans toutes les profondeurs de la conscience. Elle est par elle-même subtile et déliée ; mais, devenue plus subtile encore par la bénédiction du Christ, elle traverse les sources cachées de la vie et pénètre par sa douce rosée jusqu’aux endroits les plus secrets de l’âme. Car le cours des bénédictions du ciel est plus pénétrant que le cours secret des eaux : aussi la bénédiction qui découle du baptême du Sauveur est comme un fleuve spirituel qui comble toutes les profondeurs des abîmes et remplit les veines de toutes les sources.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Jésus vient recevoir ce baptême, parce que s’étant revêtu de notre nature, il veut en accomplir toutes les conditions mystérieuses. Car, bien qu’il ne fût pas pécheur, il avait cependant pris une nature de péché, et. quoique n’ayant pas besoin pour lui de ce baptême, la nature humaine demandait qu’il le reçût pour les autres. — Saint Augustin. (serm. sur l’Epiph.) Il voulut encore être baptisé pour donner l’exemple de ce qu’il commandait aux autres, et parce que, comme un bon maître, il cherchait moins à prêcher sa doctrine par ses paroles qu’à la rendre vivante dans ses œuvres. — Saint Augustin. (Traité 5 sur saint Jean). Il s’abaissa donc jusqu’à recevoir le baptême de Jean, pour apprendre aux serviteurs avec quel empressement ils doivent courir au baptême du Seigneur, quand lui-même ne dédaigne pas de recevoir celui du serviteur. — Saint Jérôme. Un autre motif enfin de son baptême, c’était de donner par cet acte un témoignage d’approbation au baptême de Jean.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 12 sur S. Matth.) Comme le baptême de Jean était un baptême de pénitence, et qu’il était établi pour la déclaration des péchés, de peur qu’on vînt à supposer que le Christ s’approchait du Jourdain pour cette raison, le précurseur s’écrie en le voyant : " C’est moi qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Comme s’il disait : Que je sois baptisé par vous, cela se conçoit parfaitement, c’est pour me rendre juste et digne du ciel ; mais que moi je vous baptise, quelle peut en être la raison ? Tout bien descend du ciel sur la terre, et ne monte pas de la terre au ciel. — Saint Hilaire. (chap. 2 sur S. Matth.) En un mot, Jean ne peut consentir à le baptiser comme Dieu, et Jésus lui-même lui enseigne qu’il le doit être comme homme : " Jésus lui répondant, lui dit : Laissez-moi faire pour cette heure. " — Saint Jérôme. Remarquez la justesse de cette parole : " Laissez-moi faire pour cette heure. " Jésus voulait signifier par là qu’il devait être baptisé dans l’eau par Jean et que lui-même devait baptiser Jean dans l’esprit. Ou bien dans un autre sens : Laissez-moi faire pour cette heure, et puisque j’ai pris la condition et la forme d’un esclave, il est juste que j’en subisse toutes les humiliations ; sachez du reste qu’au jour du jugement vous recevrez mon baptême. Ou bien enfin ces paroles signifient : Il est un autre baptême dont je dois être baptisé (cf. Lc 12) ; vous me baptisez dans l’eau, afin que je vous baptise un jour pour moi dans votre sang. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) En dehors des livres apocryphes qui le disent expressément, nous avons ici une preuve que plus tard Jésus baptisa Jean-Baptiste. " Laissez-moi faire pour cette heure, " afin que j’accomplisse la justice du baptême, non pas en paroles, mais par des œuvres ; que je le reçoive d’abord avant de le prêcher. C’est le sens des paroles suivantes : " c’est ainsi qu’il faut que nous accomplissions toute justice. " Elles ne signifient pas : Alors que je serai baptisé j’accomplirai toute justice, mais de même que j’ai accompli la justice du baptême par mes œuvres et ensuite par mes prédications, ainsi je le ferai de toute autre justice, d’après cette parole : " Jésus commença à faire, et ensuite il enseigna. " Ou bien encore : Il nous faut accomplir toute justice comme la justice du baptême, c’est-à-dire en me soumettant aux conditions de la nature humaine, car c’est ainsi qu’il satisfait à la condition imposée à tout homme de naître, de croître, etc. — Saint Hilaire. (can. 2sur S. Matth.) Lui seul pouvait accomplir toute justice, parce que c’est par lui seul que la loi pouvait être accomplie. — Saint Jérôme. Il ne dit pas la justice de la loi ou de la nature, pour que nous comprenions que ce mot les renferme toutes deux. — Rémig. Ou bien enfin : C’est ainsi qu’il faut accomplir toute justice, c’est-à-dire donner l’exemple de l’accomplissement de toute justice dans le baptême, sans lequel on ne peut entrer dans le royaume du ciel ; ou bien donner aux superbes cet exemple d’humilité afin qu’ils ne dédaignent pas d’être baptisés par mes membres les plus humbles, en me voyant baptisé par vous qui êtes mon serviteur. — Rémig. La véritable humilité est celle qui a pour compagne l’obéissance. Aussi " Jean ne lui résista plus, " c’est-à-dire qu’il consentit enfin à le baptiser.