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Catéchèse du 13 janvier 2021
21. La prière de louange
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous poursuivons notre catéchèse sur la prière, et nous nous consacrons aujourd'hui à la dimension de la louange.
Nous partons d'un passage critique de la vie de Jésus. Après les premiers miracles et la participation des disciples à l'annonce du Royaume de Dieu, la mission du Messie traverse une crise. Jean-Baptiste est pris d'un doute et lui fait parvenir ce message – Jean est en prison: « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 3) ; Il sent cette angoisse de  ne pas savoir s'il s'est trompé dans son annonce. Il y a toujours dans la vie des moments sombres, des moments de nuit spirituelle, et Jean traverse l'un de ces moments. Il règne une certaine hostilité dans les villages sur le lac, où Jésus avait accompli de nombreux signes prodigieux (cf. 11, 20-24). A présent, précisément en ce moment de déception, Matthieu rapporte un fait véritablement surprenant : Jésus n'élève pas une lamentation vers le Père, mais un hymne de jubilation : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25). C'est-à-dire en pleine crise,  en pleine obscurité dans l'âme de tant de personnes, comme Jean-Baptiste,  Jésus bénit le Père, Jésus   loue le Père. Mais pourquoi ?
Avant tout il le loue pour ce qu'il est : « Père,  Seigneur du ciel et de la terre ». Jésus se réjouit dans son esprit parce qu'il sait et il sent que son Père est le Dieu de l'univers, et inversement, le Seigneur de tout ce qui existe est le Père, « mon Père ». C'est de cette expérience de se sentir « fils du Très-Haut » que jaillit la louange. Jésus se sent fils du Très-Haut.
Puis Jésus loue le Père parce qu'il privilégie les petits. C'est ce dont il fait lui-même l'expérience, en prêchant dans les villages : les « sages » et les « intelligents » sont suspicieux et fermés, font des calculs; tandis que les « petits » s'ouvrent et accueillent le message. Cela ne peut qu'être la volonté du Père, et Jésus s'en réjouit. Nous aussi nous devons nous réjouir et louer Dieu parce que les personnes humbles et simples accueillent l'Evangile. Je me réjouis quand je vois ces gens simples, ces gens humbles qui vont en pèlerinage, qui vont prier, qui chantent, qui louent, des gens auxquels il manque peut-être beaucoup de choses, mais l'humilité les conduit à louer Dieu. Dans l'avenir du monde et dans les espérances des Eglises, il y a toujours les « petits » : ceux qui ne se considèrent pas meilleurs que les autres, qui sont conscients de leurs limites et de leurs péchés, qui ne veulent pas dominer les autres, qui, en Dieu le Père, se reconnaissent tous frères.
Donc, en ce moment d'échec apparent, où tout est obscur, Jésus prie en louant le Père. Et sa prière nous conduit aussi, nous lecteurs de l'Evangile, à juger de manière différente nos échecs personnels, les situations où nous ne voyons pas clairement la présence et l'action de Dieu, quand il semble que prévaut le mal et qu'il n'existe aucune façon de l'arrêter. Jésus, qui a pourtant tant recommandé la prière de demande, précisément au moment où il aurait eu un motif de demander des explications au Père,  se met en revanche à le louer. Cela semble une contradiction, mais c'est là, la vérité.
A qui sert la louange ? A nous ou à Dieu ? Un texte de la liturgie eucharistique nous invite à prier Dieu de cette manière, il dit:  « Tu n'as pas besoin de notre louange, et pourtant c'est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n'ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi, par le Christ notre Seigneur » (Missel romain, préface commune IV). En louant, nous sommes sauvés.
La prière de louange nous sert à nous aussi. Le Catéchisme la définit ainsi : « Elle participe à la béatitude des cœurs purs qui l’aiment dans la foi avant de le voir dans la Gloire » (n. 2639). Paradoxalement, elle doit être pratiquée non seulement quand la vie nous remplit de bonheur, mais surtout dans les moments difficiles, dans les moments sombres quand le chemin grimpe. Cela aussi est le temps de la louange, comme Jésus, qui dans les moments sombres, loue le Père. Parce que nous apprenons qu'à travers cette montée, ce sentier difficile, ce sentier fatigant, ces passages difficiles, on arrive à voir un panorama nouveau, un horizon plus ouvert. Louer est comme respirer de l'oxygène pur : cela purifie ton âme, porte ton regard au loin, ne te laisse pas prisonnier dans les moments difficiles et sombres des difficultés.
Il y a un grand enseignement dans la prière qui depuis huit siècles, n'a jamais cessé de vibrer, et que saint François composa vers la fin de sa vie : le « Cantique de frère soleil » ou « des créatures ». Le « Poverello » ne la composa pas dans un moment de joie, de bien-être, mais au contraire au milieu des difficultés. François est désormais presque aveugle, et il ressent dans son âme le poids d'une solitude qu'il n'avait jamais éprouvée auparavant : le monde n'a pas changé depuis le début de sa prédication, certains se laissent encore déchirer par les querelles, et de plus, il perçoit les pas de la mort qui se font plus proches. Ce pourrait être le moment de la déception de cette déception  extrême, et de la perception de son échec. Mais à cet instant de tristesse, en cet instant sombre, François prie : « Loué sois-tu, mon Seigneur... ». Il prie en louant. François loue Dieu pour tout, pour tous les dons de la création, et aussi pour la mort, qu'il appelle avec courage « sœur », « sœur mort ». Ces exemples des saints, des chrétiens, et aussi de Jésus, de louer Dieu dans les moments difficiles, nous ouvrent  les portes d'un chemin très grand vers le Seigneur et nous purifient toujours. La louange purifie toujours.
Les saints et les saintes nous montrent que l'on peut toujours louer, dans le bien et dans le mal, parce que Dieu est l'Ami fidèle.  Tel est le fondement de la louange : Dieu est l'Ami fidèle, et son amour  ne fait jamais défaut. Il est toujours à nos côtés, Il nous attend toujours. Quelqu'un disait : « C'est la sentinelle qui est à tes côtés et qui te fait aller de l'avant dans la sécurité ». Dans les moments difficiles et obscurs, trouvons le courage de dire : « Béni sois-tu, ô Seigneur ». Louer le Seigneur, cela nous fera beaucoup de bien.

Je suis heureux de saluer les personnes de langue française ! En cette année consacrée à Saint Joseph, qu’au milieu de nos joies et de nos crises, nos cœurs soient toujours habités par l’esprit de louange.
A tous, je donne ma bénédiction !




Catéchèse du 20 janvier 2021
La prière pour l’unité des chrétiens
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans cette catéchèse, je m’arrêterai sur la prière pour l’unité des chrétiens. En effet, la semaine qui va du 18 au 25 janvier est consacrée en particulier à cela, à invoquer de Dieu le don de l’unité pour dépasser le scandale des divisions entre les croyants en Jésus. Celui-ci, après la Dernière Cène, a prié pour les siens, «pour que tous soient un» (Jn 17,21). C’est sa prière avant la Passion, nous pourrions dire son testament spirituel. Remarquons cependant que le Seigneur n’a pas commandé l’unité aux disciples. Il ne leur a même pas tenu un discours pour en motiver l’exigence. Non, il a prié le Père pour nous, pour que nous soyons un. Cela signifie que nous ne sommes pas suffisants à nous seuls, avec nos forces, pour réaliser l’unité. L’unité est avant tout un don, c’est une grâce à demander par la prière.
Chacun de nous en a besoin. En effet, nous nous apercevons que nous ne sommes même pas capables de sauvegarder l’unité en nous-mêmes. L’apôtre Paul ressentait également en lui un conflit déchirant: vouloir le bien et être enclin au mal (cf. Rm 7,19). Il avait ainsi saisi que la racine de nombreuses divisions qui sont autour de nous – entre les personnes, en famille, dans la société, entre les peuples et aussi entre les croyants – est en nous. Le Concile Vatican II affirme que «les déséquilibres qui travaillent le monde moderne sont liés à un déséquilibre plus fondamental qui prend racine dans le cœur même de l’homme. C’est en l’homme lui-même, en effet, que de nombreux éléments se combattent. […] En somme, c’est en lui-même qu’il souffre d’une division, et c’est de là que naissent au sein de la société tant et de si grandes discordes» (Gaudium et spes, n. 10). La solution aux divisions n’est donc pas de s’opposer à quelqu’un, car la discorde engendre la discorde. Le vrai remède commence en demandant à Dieu la paix, la réconciliation, l’unité.
Cela vaut tout d’abord pour les chrétiens: l’unité ne peut venir que comme fruit de la prière. Les efforts diplomatiques et les dialogues académiques ne suffisent pas. Jésus le savait et il nous a ouvert la voie, en priant. Notre prière pour l’unité est, ainsi, une humble mais confiante participation à la prière du Seigneur, qui a promis que chaque prière faite en son nom sera écoutée par le Père (cf. Jn 15, 7). Nous pouvons alors nous demander: “Est-ce que je prie pour l’unité?”. C’est la volonté de Jésus, mais si nous passons en revue les intentions pour lesquelles nous prions, nous nous apercevrons probablement d’avoir prié peu, peut-être jamais, pour l’unité des chrétiens. C’est pourtant de celle-ci que dépend la foi dans le monde; en effet, le Seigneur a demandé l’unité entre nous «pour que le monde croie» (Jn 17,21). Le monde ne croira pas parce que nous le convaincrons par de bons arguments, mais il croira si nous aurons témoigné de l’amour qui nous unit et nous rend proche de tous.
En ce temps de grave malaise, la prière est encore davantage nécessaire pour que l’unité prévale sur les conflits. Il est urgent de mettre de côté les particularismes pour favoriser le bien commun, et c’est pourquoi notre bon exemple est fondamental: il est essentiel que les chrétiens poursuivent le chemin vers la pleine unité, visible. Au cours des dernières décennies, grâce à Dieu, de nombreux pas en avant ont été accomplis, mais il faut persévérer dans l’amour et dans la prière, sans perdre confiance et sans se lasser. C’est un parcours que l’Esprit Saint a suscité dans l’Eglise, chez les chrétiens et en nous tous, et sur lequel nous ne reviendrons plus en arrière. Toujours de l’avant !
Prier signifie lutter pour l’unité. Oui, lutter, car notre ennemi, le diable, comme le dit la parole elle-même, est le diviseur. Jésus demande l’unité dans l’Esprit Saint, de faire l’unité. Le diable divise toujours, parce que diviser lui est profitable. Il insinue la division, partout et de toutes les façons, alors que l’Esprit Saint fait toujours converger vers l’unité. Le diable, en général, ne nous tente pas à propos de la haute théologie, mais sur la faiblesse de nos frères. Il est astucieux: il agrandit les erreurs et les défauts des autres, il sème la discorde, il provoque la critique et crée des factions. La voie de Dieu est une autre: il nous prend tels que nous sommes, il nous aime beaucoup, mais il nous aime comme nous sommes et nous prend comme nous sommes; il nous prend différents, il nous prend pécheurs, et il nous pousse toujours à l’unité. Nous pouvons le vérifier sur nous-mêmes et nous demander si, dans les lieux dans lesquels nous vivons, nous alimentons la conflictualité ou si nous luttons pour faire grandir l’unité avec les instruments que Dieu nous a donnés: la prière et l’amour. En revanche, on alimente la conflictualité par le commérage, toujours, en disant du mal des autres. Le commérage est l’arme la plus simple que le diable possède pour diviser la communauté chrétienne, pour diviser la famille, pour diviser les amis, pour diviser toujours. L’Esprit Saint nous inspire l’unité.
Le thème de cette Semaine de prière concerne précisément l’amour: “Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance” (cf. Jn 15,5-9). La racine de la communion est l’amour du Christ, qui nous fait dépasser les préjugés pour voir dans l’autre un frère et une sœur qu’il faut toujours aimer. Alors nous découvrons que les chrétiens d’autres confessions, avec leurs traditions, avec leur histoire, sont des dons de Dieu, sont des dons présents sur les territoires de nos communautés diocésaines et paroissiales. Commençons à prier pour eux et, quand cela est possible, avec eux. Nous apprendrons ainsi à les aimer et à les apprécier. La prière, rappelle le Concile, est l’âme de tout le mouvement œcuménique (cf. Unitatis redintegratio, n. 8). Que la prière soit donc le point de départ pour aider Jésus à réaliser son rêve: que tous soient un.

Je salue cordialement les personnes de langue française. En cette semaine de prière pour l’unité, je vous invite à prier pour les chrétiens des autres confessions, et, lorsque cela est possible, à prier avec eux. Ainsi nous apprendrons à les aimer et à les apprécier. Et que Dieu vous bénisse !




Catéchèse du 27 janvier 2021
22. La prière avec les Saintes Écritures
Chers frères et sœurs, bonjour!
Je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur la prière que nous pouvons faire à partir d’un passage de la Bible. Les paroles de l’Ecriture Sainte n’ont pas été écrites pour rester emprisonnées sur du papyrus, sur du parchemin ou sur du papier, mais pour être accueillies par une personne qui prie, en les faisant germer dans son cœur. La parole de Dieu va au cœur.  Le Catéchisme affirme: «La prière doit accompagner la lecture de la Sainte Ecriture – la Bible ne peut pas être lue comme un roman –-, pour que se noue un dialogue entre Dieu et l’homme» (n. 2653). La prière te porte ainsi, car elle est un dialogue avec Dieu. Ce verset de la Bible a été écrit également pour moi, il y a tant de siècles, pour m’apporter une parole de Dieu. Il a été écrit pour chacun de nous. Cette expérience arrive à tous les croyants: un passage de l’Ecriture, écouté déjà tant de fois, un jour à l’improviste me parle et éclaire une situation que je suis en train de vivre. Mais il faut que moi, ce jour-là, je sois là, au rendez-vous avec cette Parole, que je sois là, à l’écoute de la Parole. Tous les jours, Dieu passe et jette une semence dans le terrain de notre vie. Nous ne savons pas si, aujourd’hui, il trouvera un sol aride, des ronces, ou bien un bon terreau, qui fera grandir ce bourgeon (cf. Mc 4,3-9). Cela dépend de nous, de notre prière, du cœur ouvert avec lequel nous nous approchons des Ecritures pour qu’elles deviennent pour nous Parole vivante de Dieu. Dieu passe, sans cesse, à travers l’Ecriture. Et reprenant ce que j’ai dit la semaine dernière et que disait saint Augustin: «J’ai peur du Seigneur quand il passe». Pourquoi as-tu peur? J’ai peur de ne pas l’écouter, de ne pas m’apercevoir qu’il est le Seigneur. 
A travers la prière a lieu comme une nouvelle incarnation du Verbe. Et c’est nous qui sommes les “tabernacles” où les paroles de Dieu veulent être accueillies et conservées, pour pouvoir visiter le monde. C’est pourquoi nous devons nous approcher de la Bible sans deuxième intention, sans l’instrumentaliser. Le croyant ne cherche pas dans les Saintes Ecritures le soutien pour sa propre vision philosophique ou morale, mais parce qu’il espère une rencontre; il sait que celles-ci, ces paroles, ont été écrites dans l’Esprit Saint, et que c’est donc dans ce même Esprit qu’elles doivent être accueillies, qu’elles doivent être comprises, pour que la rencontre se réalise.
Cela m’agace un peu quand j’entends des chrétiens qui récitent des versets de la Bible comme des perroquets. «Oh, oui, le Seigneur dit ceci…, il veut cela…». Mais toi, as-tu rencontré le Seigneur, ce verset? Ce n’est pas seulement un problème de mémoire: c’est un problème de la mémoire du cœur, celle qui t’ouvre à la rencontre avec le Seigneur. Et ce mot, ce verset, te conduit à la rencontre avec le Seigneur.
Nous lisons donc les Ecritures pour que celles-ci “nous lisent”. Et c’est une grâce de pouvoir se reconnaître dans un personnage ou l’autre, dans cette situation-là ou dans celle-ci. La Bible n’est pas écrite pour une humanité générique, mais pour nous, pour moi, pour toi, pour des hommes et des femmes en chair et en os, des hommes et des femmes qui ont un prénom et un nom, comme moi, comme toi. Et la Parole de Dieu, imprégnée d’Esprit Saint, lorsqu’elle est accueillie avec un cœur ouvert, ne laisse pas les choses comme avant, jamais, elle change quelque chose. C’est la grâce et la force de la Parole de Dieu.
La tradition chrétienne est riche d’expériences et de réflexions sur la prière avec l’Ecriture Sainte. La méthode de la “lectio divina” s’est en particulier affirmée, née dans le domaine monastique, mais désormais également pratiquée par les chrétiens qui fréquentent les paroisses. Il s’agit tout d’abord de lire le passage biblique avec attention, plus encore, je dirais avec “obéissance” au texte, pour comprendre ce qu’il signifie en lui-même. Ensuite, on entre en dialogue avec l’Ecriture, de sorte que ces paroles deviennent un motif de méditation et d’oraison: toujours en adhérant au texte, je commence à m’interroger sur ce qu’il “me dit”. C’est un passage délicat: il ne faut pas glisser dans des interprétations subjectives, mais s’insérer dans le sillage vivant de la Tradition, qui unit chacun de nous à l’Ecriture Sainte. Et le dernier pas de la lectio divina est la contemplation. Dans celui-ci, les paroles et les pensées laissent placent à l’amour, comme entre des amoureux à qui il suffit parfois de se regarder en silence. Le texte biblique reste, mais comme un miroir, comme une icône à contempler. Et c’est ainsi que le dialogue a lieu.
A travers la prière, la Parole de Dieu vient habiter en nous et nous habitons en elle. La Parole inspire de bonnes intentions et soutient l’action; elle nous donne la force, elle nous donne la sérénité, et même quand elle nous met en crise, elle nous apporte la paix. Dans les journées “mauvaises” et confuses, elle assure à notre cœur un noyau de confiance et d’amour qui le protège des attaques du malin.
Ainsi, la Parole de Dieu – je me permets d’utiliser cette expression: se fait chair – chez ceux qui l’accueillent dans la prière. Dans certains textes antiques, apparaît l’intuition que les chrétiens s’identifient tellement avec la Parole que, même si toutes les Bibles du monde brûlaient, on pourrait encore en sauver le “calque” à travers l’empreinte qu’elle a laissée dans la vie des saints. Il s’agit-là d’une belle expression.
La vie chrétienne est à la fois une œuvre d’obéissance et de créativité. Un bon chrétien doit être obéissant, mais il doit être créatif. Obéissant, parce qu’il écoute le Parole de Dieu; créatif, parce qu’il a l’Esprit en lui qui le pousse à la pratiquer, à la poursuivre.  Jésus le dit à la fin d’un de ses discours prononcés en parabole, en utilisant cette comparaison: «Ainsi donc tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor – le cœur – du neuf et du vieux» (Mt 13,52). Les Saintes Ecritures sont un trésor inépuisable. Que le Seigneur accorde à nous tous d’y puiser toujours davantage, à travers la prière. Merci.




Catéchèse du 3 février 2021
23. Prier dans la liturgie
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’histoire de l’Eglise, on a plusieurs fois enregistré la tentation de pratiquer un christianisme intimiste, qui ne reconnaît pas aux rites liturgiques publics leur importance spirituelle. Cette tendance revendiquait souvent la plus grande pureté présumée d’une religiosité qui ne dépendait pas des cérémonies extérieures, considérées comme un poids inutile ou nuisible. Au centre des critiques ne finissait pas une forme rituelle particulière, ou une manière de célébrer déterminée, mais la liturgie elle-même, la forme liturgique de prier.
En effet, on peut trouver dans l’Eglise certaines formes de spiritualité qui n’ont pas su intégrer comme il se doit le moment liturgique. De nombreux fidèles, bien que participant assidument aux rites, en particulier à la Messe dominicale, ont plutôt puisé à d’autres sources, de type dévotionnel, la nourriture pour leur foi et leur vie spirituelle.
Au cours des dernières décennies, on a fait beaucoup de chemin. La Constitution Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II représente le résultat de ce long trajet. Celle-ci réaffirme de manière complète et organique l’importance de la divine liturgie pour la vie des chrétiens, qui trouvent dans celle-ci la médiation objective demandée par le fait que Jésus Christ n’est pas une idée ou un sentiment, mais une Personne vivante, et son Mystère un événement historique. La prière des chrétiens passe à travers des médiations concrètes: l’Ecriture Sainte, les Sacrements, les rites liturgiques, la communauté. Dans la vie chrétienne on ne fait pas abstraction de la sphère corporelle et matérielle, car en Jésus Christ celle-ci est devenue une voie de salut. Nous pourrions dire que nous devons prier également avec notre corps: le corps entre dans la prière.
Il n’existe donc pas de spiritualité chrétienne qui ne soit pas enracinée dans la célébration des saints mystères. Le Catéchisme écrit: «La mission du Christ et de l’Esprit Saint qui, dans la Liturgie sacramentelle de l’Eglise, annonce, actualise et communique le Mystère du salut, se poursuit dans le cœur qui prie» (n. 2655). La liturgie, en elle-même, n’est pas seulement une prière spontanée, mais quelque chose de plus et de plus originel: elle est l’acte qui fonde l’expérience chrétienne tout entière et, donc, également la prière. Elle est un événement, elle est un fait, elle est une présence, elle est une rencontre. Elle est une rencontre avec le Christ. Le Christ est présent dans l’Esprit Saint à travers les signes sacramentels: c’est de là que dérive pour nous, les chrétiens, la nécessité de participer aux mystères divins. J’oserais dire qu’un christianisme sans liturgie est peut-être un christianisme sans Christ. Sans le Christ total. Même dans le rite le plus sobre, comme celui que certains chrétiens ont célébré et célèbrent dans les lieux de détentions, ou dans le secret d’une maison en temps de persécution, le Christ est réellement présent et se donne à ses fidèles.
La liturgie, précisément en raison de sa dimension objective, demande à être célébrée avec ferveur, pour que la grâce répandue pendant le rite ne soit pas dispersée, mais qu’elle atteigne le vécu de chacun. Le Catéchisme l’explique très bien et dit ce qui suit: « La prière intériorise et assimile la liturgie pendant et après sa célébration» (ibid.). De nombreuses prières chrétiennes ne proviennent pas de la liturgie, mais toutes, si elles sont chrétiennes, présupposent la liturgie, c’est-à-dire la médiation sacramentelle de Jésus Christ. Chaque fois que nous célébrons un baptême, ou que nous consacrons le pain et le vin dans l’Eucharistie, ou que nous oignons le corps d’un malade avec l’huile sainte, le Christ est là ! C’est lui qui agit et il est présent comme lorsqu’il guérissait les membres faibles d’un infirme, ou qu’il remettait son testament pour le salut du monde lors de la dernière Cène.
La prière du chrétien fait sienne la présence sacramentelle de Jésus. Ce qui nous est extérieur devient une partie de nous: la liturgie l’exprime même à travers le geste naturel de manger. La Messe ne peut pas seulement être «écoutée»: c’est même une expression erronée, «Je vais écouter la Messe». La Messe ne peut pas être seulement écoutée, comme si nous n’étions que les spectateurs de quelque chose qui glisse sur nous, sans nous faire participer. La Messe est toujours célébrée, et pas seulement par le prêtre qui la préside, mais par tous les chrétiens qui la vivent. Et le centre est le Christ! Nous tous, dans la diversité des dons et des ministères, nous unissons tous à son action, car c’est Lui, le Christ, le protagoniste de la liturgie.
Quand les premiers chrétiens commencèrent à vivre leur culte, ils le firent en actualisant les gestes et les paroles de Jésus, avec la lumière et la force de l’Esprit Saint, afin que leur vie, touchée par cette grâce, devienne un sacrifice spirituel offert à Dieu. Cette approche fut une vraie «révolution». Saint Paul écrit dans la Lettre aux Romains: «Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre» (12,1). La vie est appelée à devenir un culte à Dieu, mais cela ne peut pas se produire sans la prière, en particulier la prière liturgique. Que cette pensée nous aide tous quand nous allons à la Messe: je vais prier en communauté, je vais prier avec le Christ qui est présent. Quand nous allons à la célébration d’un baptême, par exemple, c’est le Christ, présent là, qui baptise. «Mais Père, c’est une idée, une façon de dire»: non, ce n’est pas une façon de dire. Le Christ est présent et dans la liturgie, tu pries avec le Christ qui est à tes côtés.







Catéchèse du 10 février 2021
24. Prier dans la vie quotidienne
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans la catéchèse précédente, nous avons vu que la prière chrétienne est “ancrée” dans la liturgie. Aujourd’hui, nous mettrons en lumière comment de la liturgie, celle-ci revient toujours à la vie quotidienne: dans les rues, dans les bureaux, dans les moyens de transport... Et là, elle continue le dialogue avec Dieu: celui qui prie est comme un amoureux, qui porte toujours dans son cœur la personne aimée, où qu’il se trouve.
En effet, tout est assumé dans ce dialogue avec Dieu: chaque joie devient un motif de louange, chaque épreuve est l’occasion d’une demande d’aide. La prière est toujours vivante dans la vie, comme un feu de braises, même quand la bouche ne parle pas, mais le cœur parle. Chaque pensée, même si elle est apparemment “profane”, peut-être imprégnée de prière. Même dans l’intelligence humaine, il y a un aspect orant; en effet, celle-ci est une fenêtre qui s’ouvre sur le mystère: elle éclaire les quelques pas qui se trouvent devant nous et, ensuite, elle s’ouvre à la réalité tout entière, cette réalité qui la précède et la dépasse. Ce mystère n’a pas un visage inquiétant ou angoissant, non: la connaissance du Christ nous rend confiant que là où nos yeux et les yeux de notre esprit ne peuvent pas voir, il n’y pas le néant, mais il y a quelqu’un qui nous attend, il y a une grâce infinie. Et ainsi la prière chrétienne transmet au cœur humain une espérance invincible: quelle que soit l’expérience qui touche notre chemin, l’amour de Dieu peut la transformer en bien.
A ce propos, le Catéchisme dit: «Nous apprenons à prier à certains moments en écoutant la Parole du Seigneur et en participant à son Mystère pascal, mais c’est en tout temps, dans les événements de chaque jour, que son Esprit nous est offert pour faire jaillir la prière. […] Le temps est entre les mains du Père ; c’est dans le présent que nous le rencontrons, ni hier ni demain, mais aujourd’hui» (n. 2659). Aujourd’hui, je rencontre Dieu, il y a toujours l’aujourd’hui de la rencontre.
Il n’existe pas d’autre jour merveilleux que l’aujourd’hui que nous sommes en train de vivre. Les gens qui vivent pensent toujours à l’avenir : «Mais l’avenir sera meilleur… », mais ils ne prennent pas l’aujourd’hui comme il vient: ce sont des gens qui vivent dans l’imagination, qui ne savent pas saisir l’aspect concret de la réalité. Et l’aujourd’hui est réel, l’aujourd’hui est concret. Et la prière a lieu dans l’aujourd’hui. Jésus vient à notre rencontre aujourd’hui, cet aujourd’hui que nous sommes en train de vivre. Et c’est la prière qui transforme cet aujourd’hui en grâce, ou mieux qui nous transforme: elle apaise la colère, elle soutient l’amour, elle multiplie la joie, elle donne la force de pardonner. A certains moments, il nous semblera que ce n’est plus nous qui vivons, mais que la grâce vit et œuvre en nous au moyen de la prière. Et quand nous avons une pensée de colère, de mécontentement, qui nous conduit vers l’amertume, arrêtons-nous et disons au Seigneur: «Où es-tu? Et où suis-je en train d’aller?». Et le Seigneur est là, le Seigneur nous donnera le mot juste, le conseil pour aller de l’avant sans ce fiel amer de la négativité. Parce que la prière, en utilisant un mot profane, est toujours positive. Toujours. Elle te fait avancer. Chaque jour qui commence, s’il est accueilli dans la prière, est accompagné par le courage, si bien que les problèmes à affronter ne sont plus un obstacle à notre bonheur, mais des appels de Dieu, des occasions pour notre rencontre avec Lui. Et quand quelqu’un est accompagné par le Seigneur, il se sent plus courageux, plus libre et également plus heureux.
Prions donc toujours pour tout et pour tous, également pour nos ennemis. Jésus nous a conseillé cela: « Priez pour vos ennemis». Prions pour nos proches, mais également pour ceux que nous ne connaissons pas; prions même pour nos ennemis, comme je l’ai dit, comme l’Ecriture nous invite souvent à le faire. La prière dispose à un amour surabondant. Prions surtout pour les personnes malheureuses, pour celles qui pleurent dans la solitude et désespèrent qu’il n’y ait plus un amour qui palpite pour elles. La prière accomplit des miracles; et les pauvres ont alors l’intuition, par la grâce de Dieu, que même dans leur situation de précarité, la prière d’un chrétien a rendu présente la compassion de Jésus: en effet, Il regardait avec une grande tendresse les foules fatiguées et égarées comme des brebis sans pasteur (cf. Mc 6, 34). Le Seigneur est – ne l’oublions pas – le Seigneur de la compassion, de la proximité, de la tendresse: trois mots à ne pas oublier, jamais. Parce que c’est le style du Seigneur: compassion, proximité, tendresse.
La prière nous aide à aimer les autres, malgré leurs erreurs et leurs péchés. La personne est toujours plus importante que ses actions, et Jésus n’a pas jugé le monde, mais il l’a sauvé. C’est une vie horrible que celle des personnes qui jugent toujours les autres, qui sont toujours en train de condamner, de juger: c’est une vie horrible, malheureuse. Jésus est venu pour nous sauver: ouvre ton cœur, pardonne, justifie les autres, comprends, sois proche toi aussi  des autres, aie de la compassion, aie de la tendresse comme Jésus.  Il faut aimer tout le monde et chacun, en se rappelant dans la prière que nous sommes tous pécheurs et, dans le même temps, aimés de Dieu un par un. En aimant ainsi ce monde, en l’aimant avec tendresse, nous découvrirons que chaque jour et chaque chose porte caché en lui un fragment du mystère de Dieu.
Le Catéchisme écrit encore:  «Prier dans les événements de chaque jour et de chaque instant est l’un des secrets du Royaume révélés aux "tout-petits", aux serviteurs du Christ, aux pauvres des béatitudes. Il est juste et bon de prier pour que la venue du Royaume de justice et de paix influence la marche de l’histoire, mais il est aussi important de pétrir par la prière la pâte des humbles situations quotidiennes. Toutes les formes de prière peuvent être ce levain auquel le Seigneur compare le Royaume» (n. 2660).
L’homme – la personne humaine, l’homme et la femme – est comme un souffle, comme un fil d’herbe (cf. Ps 144, 4; 103,15). Le philosophe Pascal écrivait: «Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser. Une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer»[1]. Nous sommes des êtres fragiles, mais nous savons prier: c’est notre plus grande dignité, c’est également notre force. Courage. Prier à chaque moment, dans chaque situation, parce que le Seigneur est proche de nous. Et quand une prière est selon le cœur de Jésus, elle obtient des miracles.

[01] Pensées, 186.







Catéchèse du 3 mars 2021
25. La prière et la Trinité (I)
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans notre chemin de catéchèse sur la prière, aujourd’hui et la semaine prochaine nous voulons voir comment, grâce à Jésus Christ, la prière nous ouvre à la Trinité – au Père, au Fils et à l’Esprit –, à la mer immense de Dieu qui est Amour. C’est Jésus qui nous a ouvert le Ciel et projetés dans la relation avec Dieu. C’est Lui qui a fait cela : il nous a ouvert cette relation avec le Dieu Trine : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. C’est ce qu’affirme l’apôtre Jean en conclusion du prologue de son Evangile: «Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître» (1,18). Jésus nous a révélé l’identité, cette identité de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Nous ne savions vraiment pas comment on pouvait prier: quels mots, quels sentiments et quels langages étaient appropriés pour Dieu. Dans cette requête adressée par les disciples au Maître, que nous avons souvent rappelée au cours de ces catéchèses, se trouve tous les tâtonnements de l’homme, ses tentatives répétées, souvent ratées, de s’adresser au Créateur: «Seigneur, enseigne-nous à prier» (Lc 11,1).
Toutes les prières ne sont pas égales, et toutes ne sont pas appropriées: la Bible elle-même atteste du mauvais résultat de nombreuses prières, qui sont repoussées. Parfois, peut-être que Dieu n’est pas content de nos prières et que nous ne nous en apercevons même pas. Dieu regarde les mains de celui qui prie: pour les rendre pures, il ne faut pas les laver, mais il faut plutôt s’abstenir de mauvaises actions. Saint François priait de manière radicale: «Nullu homo ène dignu te mentovare», c’est-à-dire «aucun homme n’est digne de te nommer» (Cantique de frère soleil).
Mais peut-être la reconnaissance la plus émouvante de la pauvreté de nos prières a-t-elle fleuri sur les lèvres de ce centurion romain qui supplia Jésus un jour de guérir son serviteur malade (cf. Mt 8, 5-13). Il se sentait complètement inadapté: il n’était pas juif, c’était un officier de l’armée d’occupation qui était haïe. Mais la préoccupation pour son serviteur lui fait oser, et il dit : « Seigneur, je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri» (v. 8). C’est la phrase que nous répétons nous aussi dans chaque liturgie eucharistique. Dialoguer avec Dieu est une grâce: nous n’en sommes pas dignes, nous n’avons aucun droit à avancer, nous « boitons » avec chaque parole et chaque pensée… Mais Jésus est la porte qui nous ouvre à ce dialogue avec Dieu.
Pourquoi l’homme devrait-il être aimé de Dieu? Il n’y a pas de raisons évidentes, il n’y a pas de proportion… Cela est vrai au point que dans une bonne partie des mythologies, le cas d’un dieu qui se soucie des événements humains n’est pas prévu; ceux-ci sont même pénibles et ennuyeux, tout à fait négligeables. Rappelons-nous de la phrase de Dieu à Son peuple, répétée dans le Deutéronome: «Réfléchis, quel peuple à ses dieux proches de lui, comme vous m'avez Moi proche de vous?». Cette proximité de Dieu est la révélation! Certains philosophes disent que Dieu ne peut que penser à lui-même. C’est plutôt nous les êtres humains qui cherchons à adoucir la divinité et à apparaître agréables à ses yeux. D’où le devoir de « religion », avec son cortège de sacrifices et de dévotions à offrir sans cesse pour gagner les faveurs d’un Dieu muet, un Dieu indifférent. Il n’y a pas de dialogue. C’est seulement Jésus, c’est seulement la révélation de Dieu avant Jésus à Moïse, quand Dieu s’est présenté ; c’est seulement la Bible qui nous a ouvert le chemin du dialogue avec Dieu. Rappelons-nous : « Quel peuple a ses dieux proches de lui comme tu m’as Moi proche de toi ? ». Cette proximité de Dieu nous ouvre au dialogue avec Lui.
Nous n’aurions jamais eu le courage de croire à un Dieu qui aime l’homme, si nous n’avions pas connu Jésus. La connaissance de Jésus nous a fait comprendre cela, nous a révélé cela.  C’est le scandale que nous trouvons inscrit dans la parabole du père miséricordieux, ou dans celle du pasteur qui va à la recherche de la brebis perdue (cf. Lc 15). Nous n’aurions pas pu concevoir des récits de ce genre, pas même les comprendre, si nous n’avions pas rencontré Jésus. Quel Dieu est disposé à mourir pour les hommes? Quel Dieu aime toujours et patiemment, sans avoir la prétention d’être aimé en retour? Quel Dieu accepte le terrible manque de reconnaissance d’un fils qui lui demande son héritage en avance et s’en va de la maison en gaspillant tout? (cf. Lc 15,12-13).
C’est Jésus qui révèle le cœur de Dieu. Jésus nous raconte ainsi à travers sa vie dans quelle mesure Dieu est Père. Tam Pater nemo: Personne n’est Père comme Lui. La paternité qui est proximité, compassion et tendresse.  N’oublions pas ces trois mots qui sont le style de Dieu: proximité, compassion et tendresse. C’est la manière d’exprimer sa paternité avec nous. Nous imaginons avec difficulté et de très loin l’amour dont la Très Sainte Trinité est riche, et quelle immensité de bienveillance réciproque existe entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Les icônes orientales nous laissent entrevoir quelque chose de ce mystère qui est l’origine et la joie de tout l’univers.
Il nous était surtout impossible de croire que cet amour divin se serait dilaté, en abordant sur notre rivage humain: nous sommes le terme d’un amour qui n’a pas d’égal sur la terre. Le Catéchisme explique: «La sainte Humanité de Jésus est donc le chemin par lequel l’Esprit Saint nous apprend à prier Dieu notre Père» (n. 2664). Et cela est la grâce de notre foi. Nous ne pouvions vraiment pas espérer de plus haute vocation: l’humanité de Jésus – Dieu s’est fait proche en Jésus – a rendu la vie de la Trinité elle-même disponible pour nous, a ouvert, a ouvert en grand cette porte du mystère de l’amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit.







Catéchèse du 10 mars 2021
Catéchèse sur le Voyage apostolique en Irak
Chers frères et sœurs, bonjour!
Ces derniers jours, le Seigneur m’a permis de visiter l’Irak, réalisant un projet de saint Jean-Paul II. Jamais un Pape n’avait été sur la terre d’Abraham; la Providence a voulu que cela ait lieu maintenant, comme signe d’espérance après des années de guerre et de terrorisme et au cours d’une dure pandémie.
Après cette visite, mon âme est remplie de gratitude. Gratitude à l’égard de Dieu et de tous ceux qui l’ont rendue possible: le président de la République et le gouvernement de l’Irak; les patriarches et les évêques du pays, avec tous les ministres et les fidèles des Eglises respectives; les autorités religieuses, à partir du grand ayatollah Al-Sistani, avec lequel j’ai eu une rencontre inoubliable dans sa résidence à Nadjaf.
J’ai ressenti avec force le sens pénitentiel de ce pèlerinage: je ne pouvais pas m’approcher de ce peuple martyrisé, de cette Eglise martyre, sans prendre sur moi, au nom de l’Eglise catholique, la croix qu’ils portent depuis des années; une grande croix, comme celle placée à l’entrée de Qaraqosh. Je l’ai ressenti de manière particulière en voyant les blessures encore ouvertes des destructions, et plus encore en rencontrant et en écoutant les témoins qui ont survécu aux violences, aux persécutions, à l’exil… Et, dans le même temps, j’ai vu autour de moi la joie d’accueillir le messager du Christ; j’ai vu l’espérance de s’ouvrir à un horizon de paix et de fraternité, résumé par les paroles de Jésus qui étaient la devise de la visite: «Vous êtes tous frères» (Mt 23, 8). J’ai retrouvé cette espérance dans le discours du président de la République, je l’ai retrouvée dans les nombreux saluts et témoignages, dans les chants et dans les gestes des personnes. Je l’ai lue sur les visages lumineux des jeunes et dans les yeux vifs des personnes âgées. Les gens qui attendaient le Pape depuis cinq heures, debout… ; également des femmes avec de enfants dans les bras… Ils attendaient et dans leurs yeux on lisait l’espérance.
Le peuple irakien a le droit de vivre en paix, il a le droit de retrouver la dignité qui lui appartient. Ses racines religieuses et culturelles sont millénaires: la Mésopotamie est un berceau de civilisations; Bagdad a été une ville de première importance dans l’histoire, qui a accueilli pendant des siècles la bibliothèque la plus riche du monde. Et qu’est-ce qui l’a détruite? La guerre. La guerre est toujours le monstre qui, au fil des époques, se transforme et continue à dévorer l’humanité. Mais la réponse à la guerre n’est pas une autre guerre, la réponse aux armes ne sont pas d’autres armes. Et je me suis demandé: qui vend les armes aux terroristes? Qui vend aujourd’hui les armes aux terroristes, qui accomplissent des massacres dans d’autres lieux, pensons à l’Afrique par exemple? C’est une question à laquelle je voudrais que quelqu’un réponde. La réponse n’est pas la guerre mais la réponse est la fraternité. Tel est le défi pour l’Irak, mais pas seulement: c’est le défi pour les nombreuses régions en conflit et, en définitive, c’est le défi pour le monde entier: la fraternité. Serons-nous capables de créer la fraternité entre nous, de créer une culture de frères? Ou continuerons-nous la logique commencée par Caïn, la guerre? La fraternité.
C’est pourquoi nous nous sommes rencontrés et nous avons prié, chrétiens et musulmans, avec des représentants d’autres religions, à Ur, où Abraham reçut l’appel de Dieu, il y a environ quatre mille ans. Abraham est notre père dans la foi, parce qu’il écouta la voix de Dieu qui lui promettait une descendance, qu’il quitta tout et partit. Dieu est fidèle à ses promesses et aujourd’hui encore, il guide nos pas de paix, il guide les pas de ceux qui marchent sur la Terre avec le regard tourné vers le Ciel. Et à Ur, alors que nous étions ensemble sous ce ciel lumineux, le même ciel dans lequel notre père Abraham nous vit, nous sa descendance, il nous a semblé que retentissait encore dans nos cœurs cette phrase: Vous êtes tous frères.
Un message de fraternité est venu de la rencontre ecclésiale dans la cathédrale syro-catholique de Bagdad, où quarante-huit personnes furent tuées en 2010, dont deux prêtres, au cours de la célébration de la Messe. L’Eglise en Irak est une Eglise martyre et dans ce temple, qui porte inscrit dans la pierre le souvenir de ces martyrs, a retenti la joie de la rencontre: mon émerveillement d’être parmi eux se fondait avec leur joie d’avoir le Pape avec eux.
De Mossoul et de Qaraqosh, sur le fleuve du Tigre, près des ruines de l’antique Ninive, nous avons lancé un message de fraternité. L’occupation de l’EI a causé la fuite de milliers et de milliers d’habitants, parmi lesquels de nombreux chrétiens de diverses confessions et d’autres minorités persécutées, en particulier les Yézidis. L’antique identité de cette ville a été abîmée. A présent, on cherche avec difficulté à reconstruire; les musulmans invitent les chrétiens à revenir, et ensemble ils restaurent les églises et les mosquées. La fraternité est là. Et s’il vous plaît, continuons à prier pour nos frères et sœurs si éprouvés, pour qu’ils aient la force de recommencer. En pensant aux nombreux Irakiens émigrés, je voudrais leur dire: vous avez tout quitté, comme Abraham; comme lui, sauvegardez la foi et l’espérance, et soyez des artisans d’amitié et de fraternité là où vous êtes. Et, si vous le pouvez, revenez.
Un message de fraternité est venu des deux célébrations eucharistiques: celle de Bagdad, en rite chaldéen, et celle d’Erbil, ville où j’ai été reçu par le président de la région  et par son premier ministre, par les autorités – je remercie les nombreuses personnes qui sont venues me recevoir – et j’ai également été reçu par le peuple. L’espérance d’Abraham et de sa descendance s’est réalisée dans le mystère que nous avons célébré, en Jésus, le Fils que Dieu le Père n’a pas épargné, mais a donné pour le salut de tous: à travers sa mort et sa résurrection, Il nous a ouvert le passage vers la terre promise, vers la vie nouvelle où les larmes sont séchées, les blessures guéries, les frères réconciliés.
Chers frères et sœurs, louons Dieu pour cette visite historique et continuons à prier pour cette Terre et pour le Moyen-Orient. En Irak, malgré le fracas de la destruction et des armes, les palmiers, symbole du pays et de son espérance, ont continué à pousser et à porter du fruit. Il en est ainsi pour la fraternité: comme le fruit des palmiers, elle ne fait pas de bruit, mais elle est fructueuse et nous fait grandir. Que Dieu, qui est paix, accorde un avenir de fraternité à l’Irak, au Moyen-Orient et au monde entier!







Catéchèse du 17 mars 2021
26. La prière et la Trinité (II)
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, nous poursuivons la catéchèse sur la prière comme relation avec la Très Sainte Trinité, en particulier avec l’Esprit Saint.
Le premier don de chaque existence chrétienne est l’Esprit Saint. Ce n’est pas l’un des nombreux dons, mais le Don fondamental. L’Esprit est le don que Jésus avait promis de nous envoyer. Sans l’Esprit, il n’y a pas de relation avec le Christ et avec le Père. Car l’Esprit ouvre notre cœur à la présence de Dieu et l’attire dans ce “tourbillon” d’amour qui est le cœur même de Dieu. Nous ne sommes pas seulement des hôtes et des pèlerins en chemin sur cette terre, nous sommes également des hôtes et des pèlerins dans le mystère de la Trinité. Nous sommes comme Abraham qui, un jour, en accueillant dans sa propre tente trois voyageurs, rencontra Dieu. En vérité, si nous pouvons invoquer Dieu en l’appelant “Abbà - Père”, c’est parce que l’Esprit Saint habite en nous; c’est Lui qui nous transforme en profondeur et nous fait expérimenter la joie émouvante d’être aimés par Dieu comme de vrais enfants. Tout le travail spirituel en nous à l’égard de Dieu est fait par l’Esprit Saint, ce don. Il travaille en nous pour faire avancer notre vie chrétienne vers le Père, avec Jésus.
A cet égard, le Catéchisme dit : « Chaque fois que nous commençons à prier Jésus, c’est l’Esprit Saint qui, par sa grâce prévenante, nous attire sur le Chemin de la prière. Puisqu’il nous apprend à prier en nous rappelant le Christ, comment ne pas le prier lui-même ? C’est pourquoi l’Eglise nous invite à implorer chaque jour le Saint Esprit, spécialement au commencement et au terme de toute action importante» (n. 2670). Voilà quelle est l’œuvre de l’Esprit en nous. Il nous “rappelle” Jésus et nous le rend présent – nous pouvons dire qu’il est notre mémoire trinitaire, il est la mémoire de Dieu en nous –, et il rend Jésus présent, pour qu’il ne se réduise pas à un personnage du passé : c’est-à-dire que l’Esprit apporte Jésus au présent dans notre conscience. Si le Christ était seulement éloigné dans le temps, nous serions seuls et égarés dans le monde. Certes, nous nous rappellerions Jésus, là-bas, éloigné, mais c’est l’Esprit qui l’amène aujourd’hui, maintenant, en ce moment dans notre cœur. Mais tout est vivifié dans l’Esprit: aux chrétiens de chaque temps et de chaque lieu est ouverte la possibilité de rencontrer le Christ. Il existe la possibilité de rencontrer Jésus, mais pas seulement comme un personnage historique. Non: Lui attire Jésus dans nos cœurs, c’est l’Esprit qui nous fait rencontrer le Christ. Il n’est pas éloigné, l’Esprit est avec nous: Jésus éduque encore ses disciples en transformant leur cœur, comme il fit avec Pierre, avec Paul, avec Marie de Magdala, avec tous les apôtres. Mais pourquoi Jésus est-il présent? Parce que c’est l’Esprit qui l’amène en nous.
C’est l’expérience qu’ont vécue tant d’orants: des hommes et des femmes que l’Esprit a formés selon la “mesure” du Christ, dans la miséricorde, dans le service, dans la prière, dans la catéchèse… C’est une grâce de pouvoir rencontrer de telles personnes: on s’aperçoit qu’en elles palpite une vie différente, leur regard voit “au-delà”. Ne pensons pas seulement aux moines, aux ermites; on les trouve également parmi les personnes communes, des gens qui ont tissé une longue histoire de dialogue avec Dieu, parfois de lutte intérieure, qui purifie la foi. Ces témoins humbles ont cherché Dieu dans l’Evangile, dans l’Eucharistie reçue et adorée, sur le visage de leur frère en difficulté, et ils conservent sa présence comme un feu secret.
La première tâche des chrétiens est précisément de maintenir vivant ce feu que Jésus a apporté sur la terre (cf. Lc 12, 49), et quel est ce feu ? C’est l’Amour, l’Amour de Dieu, l’Esprit Saint. Sans le feu de l’Esprit, les prophéties s’éteignent, la tristesse l’emporte sur la joie, l’habitude remplace l’amour, le service se transforme en esclavage. L’image de la lampe allumée à côté du tabernacle, où l’on conserve l’Eucharistie, vient à l’esprit. Même quand l’église se vide et que le soir descend, également quand l’église est fermée, cette lampe reste allumée, elle continue à brûler: personne ne la voit, pourtant elle brûle devant le Seigneur. Ainsi, l’Esprit est toujours présent dans notre cœur, comme cette lampe.
Nous trouvons encore écrit dans le Catéchisme : « L’Esprit Saint, dont l’Onction imprègne tout notre être, est le Maître intérieur de la prière chrétienne. Il est l’artisan de la tradition vivante de la prière. Certes, il y a autant de cheminements dans la prière que de priants, mais c’est le même Esprit qui agit en tous et avec tous. C’est dans la communion de l’Esprit Saint que la prière chrétienne est prière dans l’Eglise» (n. 2672). Il arrive souvent que nous ne prions pas, nous n’avons pas envie de prier, ou bien souvent, nous prions comme des perroquets avec la bouche, mais notre cœur est loin. C’est le moment de dire à l’Esprit: «Viens, viens Esprit Saint, réchauffe mon cœur. Viens et enseigne-moi à prier, enseigne-moi à regarder le Père, à regarder le Fils. Enseigne-moi quelle est le chemin de la foi. Enseigne-moi comment aimer et surtout enseigne-moi à avoir une attitude d’espérance ». Il s’agit d’appeler sans cesse l’Esprit, pour qu’il soit présent dans nos vies.
C’est donc l’Esprit qui écrit l’histoire de l’Eglise et du monde. Nous sommes des pages ouvertes, disponibles à recevoir sa calligraphie. Et en chacun de nous l’Esprit compose des œuvres originales, car il n’y a jamais un chrétien complètement identique à un autre. Dans le domaine infini da la sainteté, l’unique Dieu, Trinité d’Amour, fait fleurir la variété des témoins: tous égaux en dignité, mais également uniques par la beauté que l’Esprit a voulu libérer en chacun de ceux que la miséricorde de Dieu a rendu ses enfants. N’oublions pas, l’Esprit est présent, il est présent en nous. Ecoutons l’Esprit, appelons l’Esprit – c’est le don, le cadeau que Dieu nous a fait – et disons-lui: «Esprit Saint, je ne sais pas quel est ton visage – nous ne le connaissons pas – mais je sais que tu es la force, que tu es la lumière, que tu es capable de me faire avancer et de m’enseigner à prier. Viens Esprit Saint». Voilà une belle prière: «Viens, Esprit Saint».















Catéchèse du 24 mars 2021
27. Prier en communion avec Marie
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, la catéchèse est consacrée à la prière en communion avec Marie, et elle a lieu précisément à la veille de la solennité de l’Annonciation. Nous savons que la voie maîtresse de la prière chrétienne est l’humanité de Jésus. En effet, la confiance typique de la prière chrétienne serait privée de signification si le Verbe ne s’était pas incarné, en nous donnant dans l’Esprit sa relation filiale avec le Père. Nous avons entendu parler, dans la lecture, de ce rassemblement de disciples, les femmes pieuses et Marie, qui prient après l’Ascension de Jésus: c’est la première communauté chrétienne qui attendait le don de Jésus, la promesse de Jésus.
Le Christ est le Médiateur, le pont que nous traversons pour nous adresser au Père (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2674). Il est l’unique Rédempteur : il n’y a pas de co-rédempteurs avec le Christ. Il est le Médiateur par excellence, il est le Médiateur. Chaque prière que nous élevons à Dieu est pour le Christ, avec le Christ et dans le Christ et elle se réalise grâce à son intercession. L’Esprit Saint étend la médiation du Christ à chaque époque et en chaque lieu: il n’y a pas d’autre nom par lequel nous puissions être sauvés (cf. Ac 4,12). Jésus Christ : l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes.
C’est de l’unique médiation du Christ que prennent leur sens et leur valeur les autres références que le chrétien trouve pour sa prière et sa dévotion, la première de toutes étant celle à la Vierge Marie, la Mère de Jésus.
Elle occupe une place privilégiée dans la vie et donc également dans la prière du chrétien, parce qu’elle est la Mère de Jésus. Les Eglises d’Orient l’ont souvent représentée comme l’Odigitria, celle qui “indique la voie”, c’est-à-dire son Fils Jésus Christ. Il me vient à l’esprit cette belle peinture antique de l’Odigitria dans la cathédrale de Bari, simple : la Vierge qui montre Jésus, nu. Ensuite, on lui a mis une tunique pour couvrir cette nudité, mais la vérité est que Jésus est représenté nu, pour indiquer que lui, homme né de Marie, est le Médiateur. Et elle indique le Médiateur: elle est l’Odigitria. Dans l’iconographie chrétienne elle est partout présente, parfois même avec un grand relief, mais toujours en relation avec son Fils et en fonction de Lui. Ses mains, ses yeux, son attitude sont un “catéchisme” vivant et ils signalent toujours le pivot, le centre: Jésus. Marie est totalement tournée vers Lui (cf. CEC, n. 2674). Nous pouvons dire alors qu’elle est plus disciple que Mère. Cette indication, aux noces de Cana: Marie dit: «Faites ce qu’Il vous dira». Elle indique toujours le Christ; elle en est la première disciple.
Tel est le rôle que Marie a joué pendant toute sa vie terrestre et qu’elle conserve pour toujours: être l’humble servante du Seigneur, rien de plus. A un certain moment, dans les Evangiles, elle semble presque disparaître; mais elle revient dans les moments cruciaux, comme à Cana, quand son Fils, grâce à son intervention prévenante, accomplit le premier “signe” (cf.  Jn 2,1-12), et ensuite sur le Golgotha, au pied de la Croix.
Jésus a étendu la maternité de Marie à toute l’Eglise quand il lui a confié le disciple bien-aimé, peu avant de mourir sur la croix. A partir de ce moment-là, nous avons tous été placés sous son manteau, comme on le voit dans certaines fresques ou tableaux médiévaux. Même dans la première antienne latine – Sub tuum praesidium confugimus, sancta Dei Genitrix: la Vierge, comme Mère à laquelle Jésus nous a confiés, nous enveloppe tous; mais comme Mère, pas comme déesse, pas comme co-rédemptrice: comme Mère. Il est vrai que la piété chrétienne lui donne toujours de beaux titres, comme un fils à sa mère: que de belles choses dit un fils à sa mère qu’il aime! Mais faisons attention: les belles choses que l’Eglise et les saints disent de Marie n’ôtent rien à l’unicité rédemptrice du Christ. Il est l’unique Rédempteur. Ce sont des expressions d’amour comme celles d’un fils à sa mère – parfois exagérées. Mais l’amour, nous le savons, nous fait toujours faire des choses exagérées, mais avec amour. 
Nous avons ainsi commencé à la prier en lui adressant certaines expressions, présentes dans les Evangiles: “pleine de grâce”, “bénie entre toutes les femmes ” (cf. CEC, n. 2676s.). Dans la prière de l’Ave Maria est également rapidement apparu le titre “Theotokos”, “Mère de Dieu ”, énoncé par le Concile d’Ephèse. Et de la même manière que dans le Notre Père, après la louange, nous ajoutons la supplique: nous demandons à la Mère de prier pour nous pécheurs, pour qu’elle intercède avec sa tendresse, “maintenant et à l’heure de notre mort ”. Maintenant, dans les situations concrètes de la vie, et au moment final, pour qu’elle nous accompagne – comme Mère, comme première disciple – dans le passage à la vie éternelle.
Marie est toujours présente au chevet de ses enfants qui quittent ce monde. Si quelqu’un se retrouve seul et abandonné, elle est Mère, elle est là tout proche, comme elle était aux côtés de son Fils quand tous l’avaient abandonné.
Marie a été et est présente pendant les jours de la pandémie, auprès des personnes qui ont malheureusement conclu leur chemin terrestre dans une situation d’isolement, sans le réconfort de la proximité de leurs proches. Marie est toujours là, à nos côtés, avec sa tendresse maternelle.
Les prières qui lui sont adressées ne sont pas vaines. Femme du “oui”, qui a promptement accueilli l’invitation de l’Ange, elle répond aussi à nos suppliques, elle écoute nos voix, également celles qui restent enfermées dans notre cœur, qui n’ont pas la force de sortir, mais que Dieu connaît mieux que nous-mêmes. Elle les écoute comme une Mère. Comme toute bonne mère et même davantage, Marie nous défend des dangers, elle se préoccupe pour nous, même quand nous sommes pris par nos occupations et que nous perdons le sens du chemin, mettant en danger non seulement notre santé, mais notre salut. Marie est là, qui prie pour nous, qui prie pour ceux qui ne prient pas. Elle prie avec nous. Pourquoi ? Parce qu’elle est notre Mère.







Catéchèse du 31 mars 2021
Le Triduum pascal
Chers frères et sœurs, bonjour!
Déjà plongés dans le climat spirituel de la Semaine Sainte, nous sommes à la veille du Triduum pascal. De demain à dimanche, nous vivrons les jours centraux de l’Année liturgique, en célébrant le mystère de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Seigneur. Et ce mystère, nous le vivons chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie. Quand nous allons à la Messe, nous n’allons pas seulement prier, non: nous allons renouveler, vivre à nouveau, ce mystère, le mystère pascal. Il est important de ne pas l’oublier. C’est comme si nous allions au Calvaire – c’est la même chose – pour renouveler, pour vivre à nouveau ce mystère pascal.
Le soir du Jeudi Saint, en entrant dans le Triduum pascal, nous revivrons la Messe que l’on appelle in Coena Domini, c’est-à-dire la Messe où l’on commémore la Dernière Cène, ce qui eut lieu là, à ce moment-là. C’est le soir où le Christ a laissé à ses disciples le testament de son amour dans l’Eucharistie, mais pas comme souvenir, mais comme mémorial, comme sa présence éternelle. Chaque fois que l’on célèbre l’Eucharistie, comme je l’ai dit au début, se renouvelle ce mystère de la rédemption. Dans ce sacrement, Jésus a remplacé la victime sacrificielle – l’agneau pascal – par lui-même: son Corps et son Sang nous donnent le salut de l’esclavage du péché et de la mort. Le salut de tout esclavage est là. C’est le soir où Il nous demande de nous aimer en nous faisant les serviteurs les uns des autres, comme Il l’a fait en lavant les pieds des disciples. Un geste qui anticipe l’oblation sanglante sur la croix. En effet, le Maître et Seigneur mourra le jour suivant, pour rendre purs non les pieds, mais les cœurs et toute la vie de ses disciples. Cela a été une oblation de service pour nous tous, car à travers ce service de son sacrifice, il nous a tous rachetés.
Le Vendredi Saint est un jour de pénitence, de jeûne et de prière. A travers les textes de l’Ecriture Sainte et les prières liturgiques, nous serons comme rassemblés sur le Calvaire pour commémorer la Passion et la Mort rédemptrice de Jésus Christ. Dans l’intensité du rite de l’action liturgique, le Crucifix nous sera présenté pour l’adorer. En adorant la Croix, nous revivrons le chemin de l’Agneau innocent immolé pour notre salut. Nous porterons dans notre esprit et dans notre cœur les souffrances des malades, des pauvres, des exclus de ce monde; nous rappellerons les  “agneaux immolés” victimes innocentes des guerres, des dictatures, des violences quotidiennes, des avortements... Devant l’image du Dieu crucifié, nous porterons, dans la prière, les nombreux, trop nombreux crucifiés d’aujourd’hui, qui de Lui uniquement peuvent recevoir le réconfort et le sens de leur souffrance. Et aujourd’hui, il y en a tant: il ne faut pas oublier les crucifiés d’aujourd’hui, qui sont l’image de Jésus Crucifié, et Jésus est en eux.
Depuis que Jésus a pris sur lui les plaies de l’humanité et la mort elle-même, l’amour de Dieu a irrigué nos déserts, a illuminé nos ténèbres.  Car le monde est dans les ténèbres. Faisons la liste de toutes les guerres que l’on combat en ce moment; de tous les enfants qui meurent de faim; des enfants qui ne recoivent pas d’éducation; des peuples entiers détruits par les guerres, par le terrorisme. Des très, très nombreuses personnes qui, pour se sentir un peu mieux, ont besoin de drogue, de l’industrie de la drogue qui tue… C’est une calamité, c’est un désert ! Il y a de petites «îles» du peuple de Dieu,  qu’il soit chrétien ou de toute autre foi, qui conservent dans leur cœur l’envie d’être meilleurs. Mais disons-nous la réalité: dans ce calvaire de mort, c’est Jésus qui souffre dans ses disciples. Au cours de son ministère, le Fils de Dieu avait donné la vie à pleines mains, en guérissant, en pardonnant, en ressuscitant … A présent, à l’heure du Sacrifice suprême sur la croix, il mène à son accomplissement l’œuvre qui lui a été confiée par le Père: il entre dans l’abîme de la souffrance, il entre dans les catastrophes de ce monde, pour racheter et transformer. Et également pour libérer chacun de nous du pouvoir des ténèbres, de l’orgueil, de la résistance à être aimés de Dieu. Et cela, seul l’amour de Dieu peut le faire. Nous avons été guéris par ses plaies (cf. 1 Pt 2,24), dit l’apôtre Pierre, nous avons été régénérés par sa mort, nous tous. Et grâce à Lui, abandonné sur la croix, personne n’est plus jamais seul dans l’obscurité de la mort. Jamais, Il est toujours à nos côtés: il faut seulement ouvrir son cœur et se laisser regarder par Lui.
Le Samedi Saint est le jour du silence : un grand silence enveloppe toute la terre; un silence vécu dans les pleurs et dans l’égarement par les premiers disciples, bouleversés par la mort ignominieuse de Jésus. Alors que le Verbe se tait, alors que la Vie est dans le sépulcre, ceux qui avaient espéré en Lui sont mis à dure épreuve, ils se sentent orphelins, peut-être aussi orphelins de Dieu. Ce samedi est également le jour de Marie: elle aussi le vit dans les pleurs, mais son cœur est plein de foi, plein d’espérance, plein d’amour. La Mère de Jésus avait suivi son Fils tout au long de la voie douloureuse et elle était restée au pied de la croix, l’âme transpercée. Mais quand tout semble fini, elle veille, elle veille dans l’attente en conservant l’espérance dans la promesse de Dieu qui ressuscite les morts. Ainsi, à l’heure la plus sombre du monde, elle est devenue Mère des croyants, Mère de l’Eglise et signe d’espérance. Son témoignage et son intercession nous soutiennent quand le poids de la croix devient trop lourd pour chacun de nous.
Dans les ténèbres du Samedi Saint feront irruption la joie et la lumière avec les rites de la Veillée pascale et, tard dans la soirée, le chant de fête de l’Alleluia. Ce sera la rencontre dans la foi avec le Christ ressuscité et la joie pascale se prolongera tout au long des cinquante jours qui suivront, jusqu’à la venue de l’Esprit Saint. Celui qui avait été crucifié est ressuscité ! Toutes les questions et les incertitudes, les hésitations et les peurs ont fui devant cette révélation. Le Ressuscité nous donne la certitude que le bien triomphe toujours sur le mal, que la vie vainc toujours la mort et que notre destin n’est pas de descendre toujours plus bas, de tristesse en tristesse, mais de nous élever. Le Ressuscité est la confirmation que Jésus a raison en tout: en nous promettant la vie au-delà de la mort et le pardon au-delà des péchés. Les disciples doutaient, ils ne croyaient pas. La première à croire et à voir a été Marie-Madeleine, elle a été l’apôtre de la résurrection qui est allée raconter qu’elle avait vu Jésus, qui l’avait appelée par son nom. Et ensuite tous les disciples l’ont vu. Mais je voudrais m’arrêter sur cela: les gardes, les soldats qui étaient au sépulcre pour empêcher que les disciples viennent et prennent le corps, l’ont vu: ils l’ont vu vivant et ressuscité. Ses ennemis l’ont vu, et ensuite ils ont fait semblant de ne pas l’avoir vu. Pourquoi? Parce qu’ils ont été payés. Là est le vrai mystère de ce que Jésus dit une fois: «Il y a deux maîtres dans le monde, deux, pas plus: deux. Dieu et l’argent. Celui qui sert l’argent est contre Dieu». Et dans ce cas, c’est l’argent qui a transformé la réalité. Ils avaient vu la merveille de la résurrection, mais ils ont été payés pour se taire. Pensons aux nombreuses fois où des hommes et des femmes chrétiens ont été payés pour ne pas reconnaître dans les faits la résurrection du Christ, et n’ont pas fait ce que le Christ nous a demandé de faire, comme chrétiens. 
Chers frères et sœurs, cette année aussi nous vivrons les célébrations pascales dans le contexte de la pandémie. Dans de nombreuses situations de souffrance, en particulier quand ceux qui les endurent sont les personnes, les familles et les populations déjà éprouvées par la pauvreté, des catastrophes ou des conflits, la Croix du Christ est comme un phare qui indique le port aux navires encore au large, dans la mer en tempête. La Croix du Christ est le signe de l’espérance qui ne déçoit pas; et il nous dit que pas même une larme, pas même une plainte ne sont perdues dans le dessein de salut de Dieu. Demandons au Seigneur qu’il nous donne la grâce de le servir et de le reconnaître, et de ne pas nous laisser payer pour l’oublier.

Je salue cordialement les personnes de langue française. La Croix du Christ est comme un phare qui indique le port aux navires qui affrontent encore la tempête. Que cette fête de Pâques soit pour chacun de vous, particulièrement ceux qui souffrent ou traversent une épreuve, un signe sûr d’espérance, et qu’elle vous apporte la paix et la joie.
Que Dieu vous bénisse !