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Mercredi 22 septembre 2021
Le Voyage apostolique à Budapest et en Slovaquie
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, je voudrais vous parler du Voyage Apostolique que j'ai effectué à Budapest et en Slovaquie et qui s'est achevé il y a une semaine, mercredi dernier. Je le résumerais ainsi : c'était un pèlerinage de prière, un pèlerinage aux racines, un pèlerinage d’espérance. Prière, racines, espérance
1. La première étape a été Budapest, pour la messe de clôture du Congrès Eucharistique International, reportée d'un an exactement à cause de la pandémie. Grande a été la participation à cette célébration. Le saint peuple de Dieu, le jour du Seigneur, s’est rassemblé devant le mystère de l'Eucharistie, où il est continuellement engendré et régénéré. Il était embrassé par la Croix qui se dressait au-dessus de l'autel, montrant la même direction indiquée par l'Eucharistie, c'est-à-dire le chemin de l'amour humble et désintéressé, de l'amour généreux et respectueux envers tous, le chemin de la foi qui purifie de la mondanité et conduit à l'essentialité. Cette foi nous purifie toujours et nous éloigne de la mondanité qui nous ruine tous : c'est un ver qui nous détruit de l'intérieur.
Et le pèlerinage de prière s'est achevé en Slovaquie en la fête de Notre-Dame des Douleurs. Là aussi, à Šaštín, au sanctuaire de la Vierge des Sept Douleurs, un grand nombre d'enfants sont venus pour la fête de la Mère, qui est aussi la fête religieuse nationale. C’était pour moi donc un pèlerinage de prière au cœur de l'Europe, commencé avec l'adoration et conclu par la piété populaire. Prier car par-dessus tout c'est à cela que le Peuple de Dieu est appelé : adorer, prier, marcher, faire pèlerinage, faire pénitence, et en tout cela sentir la paix et la joie que nous donne le Seigneur. Notre vie doit être ainsi : adorer, prier, marcher, faire pèlerinage, faire pénitence Et cela revêt une importance particulière sur le continent européen, où la présence de Dieu est diluée – nous le voyons tous les jours : la présence de Dieu est diluée - dans le consumérisme et dans les "vapeurs" d'une pensée unique - une chose étrange mais réelle - qui est le fruit du mélange d'anciennes et de nouvelles idéologies. Et cela nous éloigne de la familiarité avec le Seigneur, de la familiarité avec Dieu. Dans ce contexte également, la réponse qui guérit vient de la prière, du témoignage et de l'amour humble. L’amour humble qui sert. Reprenons cette idée : le chrétien est pour servir.
C'est ce que j'ai vu dans la rencontre avec le peuple saint de Dieu. Qu’est-ce que j’ai vu ? Un peuple fidèle qui a souffert de la persécution athée. Je l'ai également vu sur les visages de nos frères et sœurs juifs, avec lesquels nous nous sommes souvenus de la Shoah. Car il n'y a pas de prière sans mémoire. Il n'y a pas de prière sans mémoire. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que lorsque nous prions, nous devons nous rappeler notre propre vie, la vie de notre peuple, la vie de tant de personnes qui nous accompagnent dans la cité, en tenant compte de ce qu'a été leur histoire. L'un des évêques slovaques, maintenant ancien, m'a dit en me saluant : "J'ai été conducteur de tramway pour me cacher des communistes". Il est brave cet évêque : sous la dictature, dans la persécution, il était conducteur de tramway, puis en secret il a fait son "travail" d'évêque et personne ne le savait. Il en va ainsi dans la persécution. Il n'y a pas de prière sans mémoire. La prière, la mémoire de sa propre vie, de la vie de son propre peuple, de sa propre histoire : faire mémoire et se souvenir. Ça fait du bien et ça aide à prier.
2. Deuxième aspect : ce voyage était un pèlerinage aux racines. En rencontrant les frères évêques, tant à Budapest qu'à Bratislava, j'ai pu vérifier le souvenir reconnaissant de ces racines de la foi et de la vie chrétienne, vivantes dans l'exemple brillant des témoins de la foi, comme le cardinal Mindszenty et le cardinal Korec, et le bienheureux évêque Pavel Peter Gojdič. Des racines qui remontent au IXe siècle, à l'œuvre d'évangélisation des saints frères Cyrille et Méthode, qui ont accompagné ce voyage d’une présence constante. J'ai ressenti la force de ces racines lors de la célébration de la Divine Liturgie dans le rite byzantin, à Prešov, en la fête de la Sainte Croix. Dans les chants, j'ai senti vibrer le cœur du saint peuple fidèle, forgé par tant de souffrances endurées pour la foi.
À plusieurs reprises, j'ai insisté sur le fait que ces racines sont toujours vivantes, pleines de la sève vitale qui est l’Esprit Saint, et que comme telles elles doivent être conservées : non pas comme des pièces de musée, ni idéologisées et exploitées à des fins de prestige et de pouvoir, pour consolider une identité fermée. Non. Cela signifierait les trahir et les stériliser ! Cyrille et Méthode ne sont pas pour nous des figures à commémorer, mais des modèles à imiter, des maîtres dont nous pouvons toujours apprendre l'esprit et la méthode d'évangélisation, ainsi que l'engagement civil - durant ce voyage au cœur de l'Europe, j'ai pensé souvent aux pères de l'Union européenne, comme ils l'ont rêvée, non pas comme une agence pour distribuer les colonisations idéologiques en vogue, non, comme ils l'ont rêvée -. Ainsi comprises et vécues, les racines sont la garantie de l'avenir : d'elles poussent d'épaisses branches d'espérance. Nous aussi, nous avons des racines : chacun de nous a ses propres racines. Nous souvenons-nous de nos racines ? Des parents, des grands-parents ? Et sommes-nous reliés aux grands-parents qui sont un trésor ? "Mais, ils sont vieux...". Non, non : eux te donnent la sève, tu dois aller vers eux et prendre pour grandir et poursuivre. Nous ne disons pas : "Va, et réfugie-toi dans les racines" : non, non. "Va aux racines, prends la sève de là et continue. Va à ta place". N'oubliez pas ceci. Et je vous répète ce que j'ai dit tant de fois, ce très beau dicton : "Tout ce que l’arbre a de fleuri vient de ce qu’il a d’enterré". Tu peux croître dans la mesure où tu es uni à tes racines : la force te vient de là. Si tu coupes les racines, tout ce qui est nouveau, les idéologies nouvelles, cela ne te mène à rien, cela ne te fait pas grandir : tu finiras mal.
3. Le troisième aspect de ce voyage a été un pèlerinage d'espérance. Prière, racines et espérance, les trois traits. J'ai vu tant d'espérance dans les yeux des jeunes, lors de la rencontre inoubliable au stade de Košice. Cela aussi m'a donné de l’espérance, de voir beaucoup, beaucoup de jeunes couples et beaucoup d'enfants. Et j'ai pensé à l'hiver démographique que nous vivons, et à ces pays qui fleurissent de jeunes couples et d'enfants : un signe d'espérance. Surtout en temps de pandémie, ce moment de fête a été un signe fort et encourageant, grâce aussi à la présence de nombreux jeunes couples avec leurs enfants. Tout aussi fort et prophétique est le témoignage de la bienheureuse Anna Kolesárová, une jeune fille Slovaque qui au prix de sa vie a défendu sa dignité contre la violence : un témoignage plus que jamais actuel, malheureusement, car la violence à l'égard des femmes est une plaie ouverte partout.
J'ai vu l'espérance chez tant de personnes qui, discrètement, s’occupent de leur prochain. Je pense aux Sœurs missionnaires de la Charité du Centre Bethléem à Bratislava, de braves petites sœurs, qui accueillent les rejetés de la société : elles prient et servent, elles prient et aident. Et elles prient beaucoup et aident beaucoup, sans prétention. Ce sont les héros de cette civilisation. Je voudrais que tous nous soyons reconnaissants envers Mère Teresa et envers ces religieuses : tous ensemble, un applaudissement pour ces sœurs braves ! Ces sœurs accueillent les personnes sans-abri. Je pense à la communauté Rom et à tous ceux qui travaillent avec elle pour un chemin de fraternité et d'inclusion. Cela a été émouvant de partager la fête de la communauté Rom : une fête simple qui avait la saveur de l'Évangile. Les Roms sont nos frères : nous devons les accueillir, nous devons être proches d'eux comme le font les pères salésiens là-bas à Bratislava, très proches des Roms.
Chers frères et sœurs, cette espérance d’Evangile que j’ai pu voir durant le voyage, se réalise, se fait concrète seulement si elle s’exprime avec une autre parole : ensemble. L’espérance jamais ne déçoit, l’espérance ne va jamais toute seule mais ensemble. À Budapest et en Slovaquie, nous nous sommes retrouvés ensemble avec les différents rites de l'Église Catholique, ensemble avec nos frères et sœurs d'autres Confessions chrétiennes, ensemble avec nos frères et sœurs juifs, ensemble avec les croyants d'autres religions, ensemble avec les plus faibles. C'est la voie à suivre, car l'avenir sera porteur d'espérance si c’est ensemble, non pas tout seul : c’est important.
Et après ce voyage, dans mon cœur c’est un grand "merci". Merci aux Evêques, merci aux Autorités civiles, merci au Président de la Hongrie et à la Présidente de la Slovaquie ; merci à tous les collaborateurs dans l'organisation ; merci aux nombreux bénévoles ; merci à chacun de tous ceux qui ont prié. S’il vous plait, ajoutez encore une prière, afin que les graines semées pendant le Voyage portent de bons fruits. Prions pour cela.










Mercredi 29 septembre 2021
9. La vie dans la foi
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans notre itinéraire pour mieux comprendre l'enseignement de saint Paul, nous rencontrons aujourd'hui un thème difficile mais important, celui de la justification. Qu'est-ce que la justification ? Nous, qui étions des pécheurs, sommes devenus des justes. Qui nous a rendus justes ? Ce processus de transformation est la justification. Nous, devant Dieu, sommes justes. Certes, nous avons nos péchés personnels, mais à la base nous sommes justes. Cela est la justification. On a beaucoup discuté sur cet argument, pour trouver l'interprétation la plus cohérente avec la pensée de l'Apôtre et, comme cela arrive souvent, on en est même parvenu à opposer les positions. Dans la Lettre aux Galates, ainsi que dans celle aux Romains, Paul insiste sur le fait que la justification vient de la foi en Christ. "Mais, Père, je suis juste car je garde tous les commandements !" - Oui : mais ce n'est pas de là que vient la justification. Elle vient en premier. Quelqu'un t’a justifié, quelqu'un t’a fait juste devant Dieu. "Oui, mais je suis pécheur !" - oui : tu es juste, mais pécheur. Mais au fond, tu es juste. Qui t’a fait juste ? Jésus-Christ. Ceci est la justification.
Que se cache-t-il derrière le mot "justification", qui est si décisif pour la foi ? Ce n'est pas facile de parvenir à une définition exhaustive, mais dans l'ensemble de la pensée de Saint Paul, nous pouvons simplement dire que la justification est la conséquence de "la miséricorde de Dieu qui offre le pardon" (Catéchisme de l'Église Catholique, 1990). Et c’est notre Dieu, tellement bon ! Miséricordieux, patient, plein de miséricorde, qui donne continuellement le pardon, continuellement. Lui pardonne, et la justification c’est Dieu qui pardonne dès le commencement à chacun, en Christ. La miséricorde de Dieu qui donne le pardon. Dieu, en effet, par la mort de Jésus, - et ceci nous devons le souligner : par la mort de Jésus - a détruit le péché et nous a donné de manière définitive le pardon et le salut. Ainsi justifiés, les pécheurs sont accueillis par Dieu et réconciliés avec lui. C'est comme un retour à la relation originelle entre le Créateur et la créature, avant que n'intervînt la désobéissance du péché. La justification que Dieu opère nous permet donc de retrouver l'innocence perdue par le péché. Comment la justification a-t-elle lieu ? Répondre à cette question équivaut à découvrir une autre nouveauté dans l'enseignement de Saint Paul : la justification se fait par la grâce. Seulement par la grâce : nous avons été justifiés par pure grâce. "Mais ne puis-je pas, comme certains le font, aller voir le juge et payer pour qu'il me rende justice ?". - Non : on ne peut pas payer pour cela. Un seul a payé pour nous tous : le Christ. Et du Christ qui est mort pour nous vient cette grâce que le Père nous donne à tous : la justification advient par la grâce.
L'Apôtre garde toujours à l'esprit l'expérience qui a changé sa vie : la rencontre avec Jésus ressuscité sur le chemin de Damas. Paul avait été un homme fier, religieux et zélé, convaincu que dans l'observation scrupuleuse des préceptes consistait la justice. Maintenant, toutefois il a été conquis par le Christ, et la foi en Lui l'a transformé en profondeur, lui permettant de découvrir une vérité jusqu'alors cachée : nous ne devenons pas justes par nos propres efforts, non : ce n’est pas nous ; mais c’est le Christ, avec la force de sa grâce, qui nous rend justes. Ainsi, Paul, pour avoir une pleine connaissance du mystère de Jésus, est disposé à renoncer à tout dont il était auparavant riche (cf. Ph 3,7), car il a découvert que seule la grâce de Dieu l'a sauvé. Nous avons été justifiés, nous avons été sauvés par pure grâce, non par nos propres mérites. Et cela nous donne une confiance grande. Nous sommes pécheurs, oui ; mais nous avançons sur le chemin de la vie avec cette grâce de Dieu qui nous justifie chaque fois que nous demandons pardon. Mais pas à ce moment-là, il justifie : nous sommes justifiés, mais il vient nous pardonner une autre fois.
Pour l'Apôtre, la foi a une valeur globale. Elle touche chaque moment et chaque aspect de la vie du croyant : du baptême jusqu'au départ de ce monde, tout est imprégné par la foi en la mort et la résurrection de Jésus, qui donne le salut. La justification par la foi souligne la priorité de la grâce, que Dieu offre à tous ceux qui croient en son Fils sans aucune distinction.
Pourtant nous ne devons pas conclure, de toute façon, que pour Paul la Loi mosaïque n'a plus aucune valeur ; au contraire, elle reste un don irrévocable de Dieu, elle est - écrit l'Apôtre – elle est "sainte" (Rm 7,12). Bien sûr, il est essentiel, dans notre vie spirituelle, d’observer les commandements, - nous l'avons déjà dit plusieurs fois - mais même là nous ne pouvons pas compter sur nos propres forces : elle est fondamentale la grâce de Dieu que nous recevons dans le Christ, cette grâce qui vient de la justification que nous donne le Christ, qui a déjà payé pour nous. De lui, nous recevons cet amour gratuit qui nous permet, à notre tour, d'aimer de manière concrète.
Dans ce contexte, il est également bon de rappeler l'enseignement de l'apôtre Jacques, qui écrit : "L'homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi. - il semblerait que ce soit le contraire, mais ce n'est pas le contraire -.  […] Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte" (Jc 2,24.26). La justification, si elle ne fleurit pas par nos œuvres, sera là, sous terre, comme morte. Elle est là, mais nous devons la mettre en œuvre par nos actions. Ainsi, les paroles de Jacques complètent l'enseignement de Paul. Pour les deux, donc, la réponse de la foi exige donc d’être actifs dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain. Pourquoi "actif dans cet amour" ? Parce que cet amour nous a sauvés tous, nous a justifiés gratuitement, gratis !
La justification nous insère dans la longue histoire du salut, qui montre la justice de Dieu : face à nos chutes continuelles et à nos insuffisances, Lui ne s'est pas résigné, mais a voulu nous rendre justes et l'a fait par la grâce, à travers le don de Jésus-Christ, de sa mort et résurrection. Plusieurs fois j'ai dit comment est la manière d’agir de Dieu, quel est le style de Dieu, et je l'ai dit en trois mots : le style de Dieu est proximité, compassion et tendresse. Toujours Il est proche de nous, il est compatissant et tendre. Et la justification est précisément la plus grande proximité de Dieu avec nous, hommes et femmes, la plus grande compassion de Dieu envers nous, hommes et femmes, la plus grande tendresse du Père. La justification est ce don du Christ, de la mort et de la résurrection du Christ qui nous libère. "Mais, Père, je suis un pécheur, j'ai volé, j'ai..." - oui, oui : mais à la base tu es un juste. Laisse que Christ réalise cette justification. Nous ne sommes pas condamnés, à la base, non : nous sommes justes. Permettez-moi de le dire ainsi : nous sommes saints, à la base. Mais ensuite, par nos actions, nous devenons des pécheurs. Mais, à la base, soit saints : laissons la grâce du Christ prendre le dessus et cette justice, cette justification nous donne la force d’aller de l’avant. Ainsi, la lumière de la foi nous permet de reconnaître combien est infinie la miséricorde de Dieu, la grâce qui agit pour notre bien. Mais cette même lumière nous fait aussi voir la responsabilité qui nous est confiée de collaborer avec Dieu dans son œuvre de salut. La force de la grâce a besoin de s’unir à nos œuvres de miséricorde que nous sommes appelés à vivre pour témoigner combien est grand l’amour de Dieu. Allons de l'avant avec cette confiance : tous nous avons été justifiés, nous sommes justes en Christ. Nous devons mettre en œuvre cette justice par nos actions. Merci.










Mercredi 6 octobre 2021
10. Le Christ nous a libérés
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous reprenons aujourd'hui, notre réflexion sur la lettre aux Galates. Saint Paul y a écrit des paroles immortelles sur la liberté chrétienne. Qu'est-ce que la liberté chrétienne ? Aujourd'hui, nous allons nous concentrer sur ce thème : la liberté chrétienne.
La liberté est un trésor que l’on n’apprécie vraiment que lorsqu'on le perd. Pour beaucoup d'entre nous, habitués à vivre dans la liberté, celle-ci apparaît souvent plus comme un droit acquis que comme un don et un héritage à préserver. Combien de malentendus autour du thème de la liberté, et combien de visions différentes se sont affrontées au cours des siècles !
Dans le cas des Galates, l'Apôtre ne pouvait supporter que ces chrétiens, après avoir connu et accueilli la vérité du Christ, se laissent attirer par des propositions trompeuses, passant de la liberté à l'esclavage : de la présence de Jésus qui libère à l’esclavage du péché et du légalisme et ainsi de suite. Encore aujourd'hui, le légalisme est notre problème, le problème de nombreux chrétiens qui se réfugient dans le légalisme, dans la casuistique. Paul invite donc les chrétiens à tenir bon dans la liberté qu'ils ont reçue par le baptême, sans se laisser remettre sous le " joug de l'esclavage " (Ga 5,1). Paul est à juste titre jaloux de la liberté. Il est conscient que certains "faux frères" – c’est ainsi qu’il les désigne- se sont infiltrés comme des espions pour "épier", comme il l'écrit, "la liberté nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire en esclavage" (Ga 2,4), retourner en arrière, et cela Paul ne peut le tolérer. Une prédication qui entraverait la liberté dans le Christ n’est jamais évangélique : ce serait peut-être pélagien ou janséniste ou quelque chose du genre, mais pas évangélique. On ne peut jamais contraindre quelqu’un, ni le rendre esclave au nom de Jésus qui nous rend libres. La liberté est un don qui nous est donné dans le baptême.
Mais l'enseignement de saint Paul sur la liberté est avant tout positif. L'Apôtre propose l'enseignement de Jésus, que nous trouvons également dans l'Évangile de Jean : "Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres." (8,31-32). L'appel, par conséquent, est avant tout de demeurer en Jésus, source de la vérité qui nous rend libres. La liberté chrétienne repose donc sur deux piliers fondamentaux : premièrement, la grâce du Seigneur Jésus ; deuxièmement, la vérité que le Christ nous révèle et qui est lui-même.
Avant tout, c'est un don du Seigneur. La liberté que les Galates ont reçue - et nous comme eux avec le baptême - est le fruit de la mort et de la résurrection de Jésus. L'Apôtre concentre toute sa prédication sur le Christ, qui l'a libéré des liens de sa vie passée : c'est seulement de lui que jaillissent les fruits de la vie nouvelle selon l'Esprit. En fait, la véritable liberté, la libération de l'esclavage du péché, a jailli de la Croix du Christ.  Nous sommes libres de l’esclavage du péché par la croix du Christ. Là même où Jésus s'est laissé suspendre, s’est fait esclave, Dieu a placé la source de la libération radicale de l'homme. Cela ne cesse de nous étonner : que le lieu où nous sommes dépouillés de toute liberté, à savoir la mort, puisse devenir la source de la liberté. Mais c'est le mystère de l'amour de Dieu : on ne le comprend pas facilement, on le vit. Jésus lui-même l'avait annoncé lorsqu'il dit : "Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau" (Jn 10, 17-18). Jésus réalise sa pleine liberté en se livrant à la mort ; il sait qu'ainsi seulement, il peut obtenir la vie pour tous.
Paul, nous le savons, avait fait l'expérience directe de ce mystère d'amour. C'est pourquoi il dit aux Galates, avec une expression extrêmement audacieuse : "J'ai été crucifié avec le Christ" (Ga 2,19). Dans cet acte d'union suprême avec le Seigneur, il sait qu'il a reçu le plus grand don de sa vie : la liberté. Sur la Croix, en effet, il a cloué "la chair avec ses passions et ses désirs" (5,24). Nous comprenons combien la foi animait l'Apôtre, combien grande était son intimité avec Jésus et si, d'un côté, nous sentons que cela nous manque, de l'autre, le témoignage de l'Apôtre nous encourage à aller en avant dans cette vie de liberté. Le chrétien est libre, doit être libre et est appelé à ne pas retourner à être esclave de préceptes, de choses étranges.
Le deuxième pilier de la liberté est la vérité. Ici aussi, il est nécessaire de se rappeler que la vérité de la foi n'est pas une théorie abstraite, mais la réalité du Christ vivant, qui touche directement le sens quotidien et global de la vie personnelle. Combien de personnes qui n'ont pas étudié, ni même ne savent ni lire ni écrire, mais ont bien compris le message du Christ, ont cette sagesse qui les rend libres. C'est la sagesse du Christ qui est entrée par l'Esprit Saint avec le baptême. Combien de personnes trouvons-nous qui vivent la vie du Christ plus que les grands théologiens par exemple, offrant un grand témoignage de la liberté de l'Évangile. La liberté nous rend libres dans la mesure où elle transforme la vie d'une personne et l'oriente vers le bien. Pour être vraiment libres, nous avons besoin non seulement de nous connaître, au niveau psychologique, mais surtout de faire la vérité en nous-mêmes, à un niveau plus profond. Et là, dans le cœur, nous ouvrir à la grâce du Christ. La vérité doit nous inquiéter - revenons à ce mot très chrétien : l'inquiétude. Nous savons qu'il y a des chrétiens qui jamais ne s'inquiètent : ils vivent toujours de la même manière, il n'y a pas d’impulsion dans leur cœur, il n'y a pas l'inquiétude. Pourquoi ? Car l’inquiétude est le signe que l'Esprit Saint est en train de travailler en nous à l’intérieur, et la liberté est une liberté active, suscitée par la grâce de l'Esprit Saint. C'est pourquoi je dis que la liberté doit nous inquiéter, doit nous poser sans cesse des questions, afin que nous puissions aller toujours plus au fond de ce que nous sommes vraiment. Nous découvrons ainsi que le chemin de la vérité et de la liberté est un chemin difficile qui dure toute la vie. C'est difficile de rester libre, c'est difficile, mais ce n'est pas impossible. Courage, allons-y, ça nous fera du bien. C'est un chemin où nous sommes guidés et soutenus par l'amour qui vient de la Croix : l'amour qui révèle la vérité et nous donne la liberté. Et c'est le chemin du bonheur. La liberté nous rend libres, nous rends joyeux, nous rends heureux.










Mercredi 13 octobre 2021
11. La liberté chrétienne, ferment universel de libération
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans notre itinéraire de catéchèse sur la Lettre aux Galates, nous avons pu nous focaliser sur ce que Saint Paul considère comme le noyau central de la liberté : le fait que, par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, nous avons été libérés de l'esclavage du péché et de la mort. En d'autres termes : nous sommes libres parce que nous avons été libérés, libérés par grâce - et non par paiement -, libéré par l'amour, qui devient la loi suprême et nouvelle de la vie chrétienne. L’amour : nous sommes libres parce que nous avons été libérés gratuitement. C'est précisément le point-clé.
Aujourd'hui, je voudrais souligner comment cette nouveauté de vie nous ouvre à l'accueil de chaque peuple et de chaque culture et, en même temps, ouvre chaque peuple et chaque culture à une liberté plus grande. Saint Paul en fait dit que pour qui adhère au Christ, il n'importe plus d’être juif ou païen. Ce qui compte, c'est seulement "la foi, qui agit par la charité" (Ga 5,6). Croire que nous avons été libérés et croire en Jésus-Christ qui nous a libérés : c'est la foi agissant par la charité. Les détracteurs de Paul - ces fondamentalistes qui étaient arrivés là - l'attaquaient pour cette nouveauté, affirmant qu'il avait pris cette position par opportunisme pastoral, c'est-à-dire pour "plaire à tout le monde", en minimisant les exigences reçues de sa plus étroite tradition religieuse. C’est le même discours des fondamentalistes d'aujourd'hui : l'histoire se répète toujours. Comme on voit, la critique de toute nouveauté évangélique n'est pas seulement de notre époque, mais a une longue histoire. Paul, cependant, ne reste pas silencieux. Il répond avec la parrhésie - c'est un mot grec qui désigne le courage, la force - et s’exprime en disant : "Est-ce par des hommes ou par Dieu que je veux me faire approuver ? Est-ce donc à des hommes que je cherche à plaire ? Si j’en étais encore à plaire à des hommes, je ne serais pas serviteur du Christ !" (Ga 1,10). Déjà dans sa première Lettre aux Thessaloniciens, il s'était exprimé en des termes similaires, disant que dans sa prédication il n'avait jamais usé "de mot de flatterie, ni [...] de motifs intéressés, [...]". Il n'a pas non plus [...] recherché la gloire qui vient des hommes," (1Th 2, 5-6), qui sont les manières de "faire semblant" ; une foi qui n'est pas la foi, c'est la mondanité.
La pensée de Paul se révèle une fois de plus d'une profondeur inspirée. Pour lui, accepter la foi signifie renoncer non pas au cœur des cultures et des traditions, mais seulement à ce qui fait obstacle à la nouveauté et à la pureté de l’Évangile. Parce que la liberté obtenue par la mort et la résurrection du Seigneur n'entre pas en conflit avec les cultures, avec les traditions que nous avons reçues, mieux elle y introduit une liberté nouvelle, une nouveauté libératrice, celle de l'Évangile. La libération obtenue par le baptême, en effet, nous permet d'acquérir la pleine dignité d'enfants de Dieu, de sorte que, tout en restant fermement enracinés dans nos racines culturelles, en même temps nous nous ouvrons à l'universalisme de la foi, qui entre dans chaque culture, en reconnaît les germes de vérité présents et les développe, en portant à sa plénitude le bien qu'elle contient. Accepter que nous avons été libérés par le Christ - sa passion, sa mort, sa résurrection - c'est accepter et apporter la plénitude même aux différentes traditions de chaque peuple. La vraie plénitude.
Dans l'appel à la liberté, nous découvrons le vrai sens de l'inculturation de l'Évangile. Quel est ce vrai sens ? Être capable d’annoncer la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur tout en respectant ce qui est bon et vrai dans les cultures. Ce n'est pas facile ! Les tentations sont nombreuses d'imposer son propre modèle de vie comme s'il était le plus évolué et le plus désirable. Combien d'erreurs ont été commises dans l'histoire de l'évangélisation en voulant imposer un seul modèle culturel ! L'uniformité comme règle de vie n'est pas chrétienne ! L'unité oui, l'uniformité non ! Parfois, on n'a même pas renoncé à la violence pour faire prévaloir son propre point de vue. Pensons aux guerres. L'Église a ainsi été privée de la richesse de tant d'expressions locales qui portent en elles les traditions culturelles de populations entières. Mais c'est exactement le contraire de la liberté chrétienne ! Par exemple, je me souviens de quand s’est établie la manière de faire l'apostolat en Chine avec le Père Ricci ou en Inde avec le Père De Nobili. ... [Quelqu'un disait] : "Et non, ce n'est pas chrétien !". Oui, c'est chrétien, c'est dans la culture du peuple.
En définitive, la vision de la liberté de Paul est éclairée et enrichie par le mystère du Christ, qui dans son incarnation - comme le rappelle le Concile Vatican II - s'est uni d'une certaine manière à tout homme (cf. Constitution pastorale Gaudium et Spes, 22). Et ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'uniformité, il y a au contraire de la variété, mais de la variété unie. D'où le devoir de respecter l'origine culturelle de chaque personne, en la plaçant dans un espace de liberté qui ne soit limité d’aucune imposition dictée par une seule culture prédominante. C'est le sens de se dire catholique, de parler de l'Église catholique : ce n'est pas une dénomination sociologique pour nous distinguer des autres chrétiens. Catholique est un adjectif qui signifie universel. Catholique est un adjectif qui signifie universel : la catholicité, l’universalité. Église universelle, c’est-à-dire catholique, veut dire, veut dire que l'Église a en elle-même, dans sa nature même, l’ouverture à tous les peuples et à toutes les cultures de tous les temps, parce que le Christ est né, est mort et est ressuscité pour tous.
La culture, en revanche, est, par sa nature même, en constante transformation. Pensez à la manière dont nous sommes appelés à proclamer l'Évangile en ce moment historique de grands changements culturels, où une technologie toujours plus avancée semble avoir la suprématie. Si nous prétendions parler de la foi comme nous le faisions dans les siècles passés, nous risquerions de ne plus être compris par les nouvelles générations. La liberté de la foi chrétienne – la liberté chrétienne - n'indique pas une vision statique de la vie et de la culture, mais une vision dynamique, une vision dynamique aussi de la tradition. La tradition croit mais toujours avec la même nature. Nous ne prétendons donc pas être en possession de la liberté. Nous avons reçu un don que nous devons garder. Il s'agit plutôt d'une liberté qui demande à chacun d'entre nous d'être constamment en marche, orienté vers sa plénitude. C'est la condition des pèlerins ; c'est l'état des voyageurs, dans un exode continu : libérés de l'esclavage pour marcher vers la plénitude de la liberté. Et c'est le grand don que nous a fait Jésus-Christ. Le Seigneur nous a libérés de l'esclavage gratuitement et nous a mis sur le chemin pour marcher en toute liberté.



















Mercredi 20 octobre 2021
12. La liberté se réalise dans la charité
Ces jours-ci, nous parlons de la liberté de la foi, en écoutant la Lettre aux Galates. Mais il m’est venu à l’esprit ce que Jésus disait sur la spontanéité et la liberté des enfants, quand cet enfant a eu la liberté de s’approcher et de se comporter comme s’il était chez lui... Et Jésus nous dit: «Vous aussi, si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le -Royaume des cieux». Le courage de s’approcher du Seigneur, d’être ouverts au Seigneur, de ne pas avoir peur du Seigneur: je remercie cet enfant pour la leçon qu’il nous a donnée à tous. Et que le Seigneur l’aide dans ses limites, dans sa croissance, parce qu’il a apporté ce témoignage qui lui est venu du cœur.  Les enfants n’ont pas de traducteur automatique du cœur à la vie: le cœur va de l’avant.
L’apôtre Paul, dans sa Lettre aux Galates, nous introduit dans la grande nouveauté de la foi, lentement. C’est véritablement une grande nouveauté, parce qu’elle ne renouvelle pas seulement certains aspects de la vie, mais nous conduit dans cette «vie nouvelle» que nous avons reçue à travers le baptême. C’est là que s’est déversé sur nous le don le plus grand, celui d’être fils de Dieu. Renés dans le Christ, nous sommes passés d’une religiosité faite de préceptes à la foi vivante,  qui a son centre dans la communion avec Dieu et avec nos frères, c’est-à-dire dans la charité. Nous sommes passés de l’esclavage de la peur et du péché à la liberté des fils de Dieu. Encore une fois le mot liberté.  
Nous cherchons aujourd’hui à mieux comprendre quel est pour l’apôtre le cœur de cette liberté. Paul affirme qu’elle n’est absolument pas «prétexte pour la chair» (Ga 5, 13): c’est-à-dire que la liberté ne signifie pas vivre en libertin, selon la chair, c’est-à-dire selon l’instinct, les envies individuelles et ses pulsions égoïstes; au contraire, la liberté de Jésus nous conduit à être — écrit l’apôtre — «au service les uns des autres» (ibid.). Mais cela est-il de l’esclavage? Et oui, la liberté dans le Christ possède certains «esclavages», des dimensions qui nous conduisent au service, à vivre pour les autres. La véritable liberté, en d’autres termes, s’exprime pleinement dans la charité. Une fois de plus, nous nous trouvons devant le paradoxe de l’Evangile: nous sommes libres en servant, pas en faisant ce que nous voulons. Nous sommes libres en servant, et c’est de là que vient la liberté; nous nous trouvons pleinement dans la mesure où nous nous donnons. Nous nous trouvons pleinement dans la mesure où nous nous donnons, nous avons le courage de nous donner; nous possédons la vie si nous la perdons (cf. Mc 8, 35). Cela est pur Evangile. 
Mais comment s’explique ce paradoxe? La réponse de l’apôtre est aussi simple qu’exigeante: «par l’amour» (Ga 5, 13). Il n’y a pas de liberté sans amour. La liberté égoïste de faire ce que je veux n’est pas une liberté, parce qu’elle tourne sur elle-même, elle n’est pas féconde. C’est  l’amour du Christ qui nous a libérés et c’est encore l’amour qui nous libère du pire des esclavages, celui de notre ego; la liberté croît donc avec l’amour. Mais attention: pas avec l’amour de l'intimité, avec l’amour des feuilletons, pas avec la passion qui cherche simplement ce qui nous convient et ce qui nous plaît, mais avec l’amour que nous voyons dans le Christ, la charité: c’est l’amour qui est vraiment libre et libérateur. C’est l’amour qui resplendit dans le service gratuit, modelé sur celui de Jésus, qui lave les pieds de ses disciples et dit: «Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j’ai fait pour vous» (Jn 13, 15). Servir les uns les autres.
Pour Paul donc, la liberté n’est pas de «faire ce qu’il me plaît». Ce type de liberté, sans fin et sans référence, serait une liberté vide, une liberté de cirque: cela ne va pas. En effet, elle laisse un vide à l’intérieur: combien de fois, après avoir suivi uniquement notre instinct, nous nous apercevons que nous restons avec un grand vide à l’intérieur et que nous avons mal utilisé le trésor de notre liberté, la -beauté de pouvoir choisir le véritable bien pour nous et pour les autres. Seule cette liberté est pleine, concrète, et nous insère pleinement dans la vie réelle de chaque jour. La véritable liberté nous libère toujours, en revanche, quand nous recherchons la liberté de «ce qui me plaît et ne me plaît pas», à la fin nous restons -vides.
Dans une autre lettre, la première aux Corinthiens, l’apôtre répond à ceux qui soutiennent une idée erronée de liberté. «Tout est permis!» disent-ils. «Oui, mais tout n’est pas profitable», répond Paul. «Tout est permis; mais tout n’édifie pas», répond l’apôtre, qui ajoute ensuite: «Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d'autrui» (1 Co 10, 23-24). Telle est la règle pour démasquer toute liberté égoïste. Devant ceux qui sont tentés de réduire la liberté uniquement à leurs propres goûts, Paul place l’exigence de l’amour. La liberté guidée par l’amour est la seule qui rende libres les autres et nous-mêmes, qui sait écouter sans imposer, qui sait aimer sans contraindre, qui édifie et ne détruit pas, qui n’exploite pas les autres pour son propre intérêt et qui leur fait du bien sans rechercher de profit personnel. En somme, si la liberté n’est pas au service — cela est le test  — si la liberté n’est pas au service du bien, elle risque d’être stérile et de ne pas porter de fruit. En revanche, la liberté animée par l’amour conduit vers les pauvres, en reconnaissant dans leur visage celui du Christ. C’est pourquoi le service des uns envers les autres permet à Paul, en écrivant aux Galates, de souligner quelque chose de très important: ainsi, en parlant de la liberté que les autres apôtres lui ont donnée d’évangéliser, il souligne qu’ils ne lui recommandèrent qu’une chose: de se rappeler des pauvres (cf. Ga 2, 10). Cela est intéressant. Quand, après la lutte idéologique entre Paul et les apôtres, ils se sont mis d’accord,  que lui ont dit les apôtres? «Va de l’avant, va de l’avant et n’oublie pas les pauvres», c’est-à-dire que ta liberté de prédication soit une liberté au service des autres, non pas pour toi-même, pour faire ce qu’il te plaît. 
Nous savons en revanche qu’une des conceptions modernes les plus répandues sur la liberté est celle-ci: «Ma liberté finit là où commence la tienne». Mais ici manque la relation, le rapport! C’est une vision individualiste. Au contraire, celui qui a reçu le don de la libération opérée par Jésus ne peut penser que la liberté  consiste à se tenir éloigné des autres, les considérant comme une gêne, il ne peut voir l’être humain retranché sur lui-même, mais toujours inséré dans une communauté. La dimension sociale est fondamentale pour les chrétiens, et leur permet de regarder le bien commun et non l’intérêt privé.
Surtout en ce moment historique, nous avons besoin de redécouvrir la dimension communautaire, pas individualiste, de la liberté: la pandémie nous a enseigné  que nous avons besoin les uns des autres, mais il ne suffit pas de le savoir, il faut le choisir chaque jour concrètement, décider de suivre cette voie. Nous décidons et nous -croyons que les autres ne sont pas un obstacle à ma liberté, mais sont la possibilité de la réaliser pleinement. Parce que notre liberté naît de l’amour de Dieu et croît dans la charité.

Je salue cordialement les personnes de langue française, particulièrement les étudiants du Studium de Notre-Dame de vie, les membres de l’équipe Notre-Dame, les jeunes de Bons-en-Chablais et les fidèles de la paroisse de Martigny en Suisse. Demandons la grâce d’être comblés de l’amour de Dieu afin de faire de notre maison commune un lieu où chacun puisse vivre dignement en ayant accès aux ressources que nous offrent le Créateur. A tous, ma Bénédiction!










Mercredi 27 octobre 2021
13. Le fruit de l'Esprit
La prédication de saint Paul est centrée sur Jésus et sur son mystère pascal. En effet, l’apôtre se présente comme héraut du Christ, et du Christ crucifié (cf. 1 Co 2, 2). Aux Galates, tentés de fonder leur religiosité sur l’observance des préceptes et des traditions, il rappelle le centre du salut et de la foi: la mort et la résurrection du Seigneur. Il le fait en plaçant devant eux le réalisme de la croix de Jésus. Il écrit ceci: «Qui vous a ensorcelés? A vos yeux pourtant ont été dépeints les traits de Jésus Christ en croix!» (Ga 3, 1). Qui vous a ensorcelés pour vous éloigner du Christ crucifié? C’est un mauvais moment pour les Galates…
Aujourd’hui encore, beaucoup recherchent la sécurité religieuse plutôt que le Dieu vivant et vrai, se concentrant sur les rituels et les préceptes plutôt que d’embrasser complètement le Dieu de l’amour. Voilà la tentation des nouveaux fondamentalistes, ceux pour qui le chemin à parcourir semble effrayant et qui n’avancent pas mais reculent parce qu’ils se sentent plus en sécurité: ils recherchent la sécurité de Dieu et non le Dieu de la sécurité. C’est pourquoi Paul demande aux Galates de revenir à l’essentiel, à Dieu qui nous donne la vie dans le Christ crucifié. Il en témoigne en première personne: «Je suis crucifié avec le Christ;  et ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20). Et vers la fin de la Lettre, il affirme: «Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ» (6, 14).
Si nous perdons le fil de la vie spirituelle, si mille problèmes et pensées nous hantent, faisons nôtre le conseil de Paul: plaçons-nous devant le Christ Crucifié, repartons de Lui. Prenons le Crucifix entre nos mains, tenons-le serré sur nos cœurs. Ou alors arrêtons-nous en adoration devant l’Eucharistie, où Jésus est le Pain rompu pour nous, le Crucifié ressuscité, puissance de Dieu qui déverse son amour dans nos cœurs.
Et maintenant, toujours guidés par saint Paul, faisons un pas de plus. Demandons-nous: que se passe-t-il lorsque nous rencontrons Jésus Crucifié dans la prière? Ce qui s’est passé sous la croix se produit: Jésus remet son Esprit (cf. Jn 19, 30), c’est-à-dire qu’il donne sa vie. Et l’Esprit, qui jaillit de la Pâque de Jésus, est le principe de la vie spirituelle. C’est Lui qui change le cœur: pas nos œuvres. C’est Lui qui change le cœur, pas les choses que nous faisons, mais l’action de l’Esprit Saint en nous change nos cœurs! C’est lui qui guide l’Eglise, et nous sommes appelés à obéir à son action, qui souffle où et comme il veut.
D’autre part, c’est précisément le constat que l’Esprit Saint descendait sur tous et que sa grâce opérait sans exclusion qui convainquit même les plus réticents des apôtres que l’Evangile de Jésus était destiné à tous et non à quelques privilégiés. Et ceux qui cherchent la sécurité, un petit groupe, des choses claires comme alors, s’éloignent de l’Esprit, ils ne laissent pas entrer en eux la liberté de l’Esprit. Ainsi, la vie de la communauté est régénérée dans l’Esprit Saint; et c’est toujours grâce à lui que nous nourrissons notre vie chrétienne et que nous menons notre combat spirituel.
Le combat spirituel c’est justement un autre grand enseignement de la Lettre aux Galates. L’apôtre présente deux faces opposées: d’une part les «œuvres de la chair», d’autre part les «fruits de l’Esprit». Quelles sont les œuvres de la chair? Ce sont des comportements contraires à l’Esprit de Dieu. L’apôtre les appelle œuvres de la chair non pas parce qu’il y aurait quelque chose de mal ou de mauvais dans notre chair humaine; au contraire, nous avons vu comment il insiste sur le réalisme de la chair humaine portée par le Christ en croix! La chair, c’est un mot qui désigne l’homme dans sa seule dimension terrestre, enfermé sur lui-même, dans une vie horizontale, où l’on suit les instincts mondains et où l’on ferme la porte à l’Esprit, qui nous élève et nous ouvre à Dieu et aux autres. Mais la chair rappelle aussi que tout cela vieillit, que tout cela passe, pourrit, tandis que l’Esprit donne la vie. Paul énumère donc les œuvres de la chair, qui renvoient à l’usage égoïste de la sexualité, aux pratiques magiques qui sont de l’idolâtrie et à ce qui mine les relations interpersonnelles, comme «la discorde, la jalousie, les dissensions, les divisions, les factions, l’envie…» (cf. Ga 5 , 19-21). Tout cela c’est le fruit — pour ainsi dire — de la chair, d’un comportement qui n’est qu’humain, humain  de façon «maladive», car l’humain a ses valeurs, mais tout cela est «maladif» de façon humaine. 
Le fruit de l’Esprit, d’autre part, est «charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres» (Ga 5, 22), dit Paul. Les chrétiens qui, dans le baptême, «ont revêtus le Christ» (Ga 3, 27), sont appelés à vivre de cette manière. Ce peut être un bon exercice spirituel, par exemple, de lire la liste de saint Paul et de regarder sa propre conduite, pour voir si elle correspond, si notre vie est vraiment selon l’Esprit Saint, si elle porte ces fruits. Ma vie produit-elle ces fruits d’amour, de joie, de paix, de magnanimité, de bienveillance, de bonté, de fidélité, de douceur, de maîtrise de soi? Par exemple, les trois premiers énumérés sont l’amour, la paix et la joie: à cela nous reconnaissons une personne habitée par l’Esprit Saint. Une personne qui est en paix, qui est joyeuse et qui aime: à ces trois traces on voit l’action de l’Esprit.
Cet enseignement de l’apôtre pose un grand défi à nos communautés aussi. Parfois, ceux qui s’approchent de l’Eglise ont l’impression d’être confrontés à une masse dense de commandements et de préceptes: mais non, cela ce n’est pas l’Eglise! Cela peut être n’importe quelle association. Car, en réalité, on ne peut pas saisir la beauté de la foi en Jésus Christ en partant de trop de commandements et d’une vision morale qui, en se développant dans de nombreux courants, peut faire oublier la fécondité originelle de l’amour, nourri par la prière qui donne la paix, et d’un témoignage joyeux. De même, la vie de l’Esprit qui s’exprime dans les sacrements ne peut être étouffée par une bureaucratie qui empêche l’accès à la grâce de l’Esprit, auteur de la conversion du cœur. Et si souvent nous-mêmes, prêtres ou évêques, nous faisons beaucoup de bureaucratie pour donner un sacrement, pour accueillir les gens, qui par conséquent disent: «Non, celui-là ne me plaît pas», et ils s’en vont, et ils ne voient pas en nous, si souvent, la force de l’Esprit qui régénère, qui nous rend nouveaux. Nous avons donc la grande responsabilité d’annoncer le Christ crucifié et ressuscité animés par le souffle de l’Esprit d’amour. Car seul cet amour a la force d’attirer et de changer le cœur de l’homme.