Mercredi 3 novembre 2021
14. Marcher selon l’Esprit
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans le passage de la Lettre aux Galates que nous venons d'écouter, saint Paul exhorte les chrétiens à marcher selon l'Esprit Saint (cf. 5,16.25). Il existe un style : marcher selon le Saint-Esprit. En effet, croire en Jésus signifie le suivre, aller derrière sur son chemin, comme l'ont fait les premiers disciples. Et en même temps, cela signifie éviter le chemin opposé, celui de l'égoïsme, de la recherche de son propre intérêt, que l'Apôtre appelle "le désir de la chair" (v. 16). L'Esprit est le guide de cette marche sur le chemin du Christ, un cheminement merveilleux mais aussi fatigant qui commence au baptême et dure toute la vie. Pensons à une longue randonnée en haute montagne : elle est fascinante, l'objectif nous attire, mais requiert beaucoup d'efforts et de ténacité.
Cette image peut nous être utile pour entrer dans le mérite des paroles de l'Apôtre : "marcher selon l'Esprit", "se laisser guider" par Lui. Ce sont des expressions qui indiquent une action, un mouvement, un dynamisme qui nous empêche de nous arrêter aux premières difficultés, mais nous pousse à faire confiance à la "force qui vient d'en haut" (Pasteur d'Hermas, 43, 21). En suivant ce chemin, le chrétien acquiert une vision positive de la vie. Cela ne signifie pas que le mal présent dans le monde a disparu, ni que les impulsions négatives de l'égoïsme et de l'orgueil ont disparu ; cela signifie plutôt croire que Dieu est toujours plus fort que nos résistances et plus grand que nos péchés. Et ceci est important : croire que Dieu est plus grand, toujours. Plus grand que nos résistances, plus grand que nos péchés.
En exhortant les Galates à suivre cette voie, l'Apôtre se met à leur niveau. Il abandonne le verbe à l'impératif - "marchez" (v. 16) - et il utilise le "nous" à l'indicatif: "marchons selon l'Esprit" (v. 25). Comme pour dire : marchons sur la même ligne et laissons-nous guider par l'Esprit Saint. C'est une exhortation, un mode exhortatif. Cette exhortation Saint Paul la ressent également comme nécessaire pour lui-même. Bien qu'il sache que le Christ vit en lui (cf. 2,20), il est également convaincu qu'il n'a pas encore atteint le but, le sommet de la montagne (cf. Ph 3,12). L'Apôtre ne se place pas au-dessus de sa communauté, il ne dit pas : "Je suis le chef, vous êtes les autres ; j'ai atteint le sommet de la montagne et vous êtes en chemin" - il ne dit pas cela -mais il se place au milieu du cheminement de tous, pour donner l’exemple concret de la nécessité d'obéir à Dieu, en répondant toujours plus et toujours mieux à la direction de l'Esprit. Et comme c'est beau quand on trouve des pasteurs qui marchent avec le [il dit : son] peuple, qui ne se séparent pas ; "Non, je suis plus important, je suis un pasteur". Toi ...", "Je suis prêtre", "Je suis évêque", avec le nez en l'air. Non : des pasteurs qui marchent avec le peuple. C'est tellement beau. Ça fait du bien à l'âme.
Cette "marche selon l'Esprit" n'est pas seulement une action individuelle : elle concerne aussi la communauté dans son ensemble. En effet, construire la communauté en suivant le chemin indiqué par l'Apôtre est enthousiasmant, mais exigeant. Les "convoitises de la chair", "les tentations" - pour ainsi dire - que tous nous avons, c'est-à-dire les envies, les préjugés, les hypocrisies et les ressentiments continuent à se faire sentir, et le recours à des préceptes rigides peut être une tentation facile, mais ce faisant, on s'écarterait du chemin de la liberté et, au lieu de monter au sommet, on retournerait vers le bas. Suivre le chemin de l'Esprit exige tout d'abord que nous fassions de la place à la grâce et à la charité. Faire place à la grâce de Dieu. Ne pas avoir peur. Après avoir fait entendre sa voix de manière sévère, Paul invite les Galates à prendre en charge les difficultés des uns et des autres et, si quelqu'un devait commettre une erreur, à faire preuve de douceur (cf. 5,22). Écoutons ses paroles : " Frères, si quelqu’un est pris en faute, vous, les spirituels, remettez-le dans le droit chemin en esprit de douceur ; mais prenez garde à vous-mêmes : vous pourriez être tentés, vous aussi. Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ." (6,1-2). Une attitude très différente de celle qui consiste à jaser quand on voit quelque chose, jacasser contre cela, n'est-ce pas ? Éplucher [cancaner sur] son prochain. Non, cela n'est pas selon l'Esprit. Selon l'Esprit, c'est avoir cette douceur avec notre frère pour le corriger et veiller sur nous-mêmes pour ne pas tomber dans ces péchés, c'est l'humilité.
En effet, lorsque nous sommes tentés de mal juger les autres, comme c'est souvent le cas, nous devons d'abord réfléchir à notre propre fragilité. Comme il est facile de critiquer les autres ! Mais il y a des gens qui semblent avoir un diplôme en commérage. Tous les jours, ils critiquent les autres. Mais regarde-toi toi-même ! Il est bon de se demander ce qui nous pousse à corriger un frère ou une sœur, et si nous ne sommes pas en quelque sorte coresponsables de son erreur. L'Esprit Saint, en plus de nous faire le don de la douceur, nous invite à la solidarité, à porter les fardeaux des autres. Combien de fardeaux existent-ils dans la vie d'une personne : maladie, manque de travail, solitude, douleur... ! Et tant d'autres épreuves qui nécessitent la proximité et l'amour de nos frères et sœurs ! Les paroles de Saint Augustin peuvent également nous aider lorsqu'il commente ce même passage : " Ainsi donc, frères, si quelqu'un est pris en défaut, [...] corrigez-le de cette manière, avec douceur, avec douceur. Et si vous élevez la voix, aimez intérieurement. Soit que tu encourages, que tu te montres paternel, soit que tu reprennes, que tu sois sévère, aime" (Sermons 163/B 3). Aime toujours. La règle suprême de la correction fraternelle est l'amour : vouloir le bien de nos frères et sœurs. Et il s’agit aussi de tolérer les problèmes des autres, les défauts des autres en silence dans la prière, pour ensuite trouver la méthode adéquate pour l'aider à se corriger. Et ce n'est pas facile. Le moyen le plus simple c’est le bavardage. Raconter des ragots sur l'autre personne [l’éplucher] comme si moi j'étais parfait. Et on ne devrait pas faire comme cela. Douceur. Patience. Prière. Proximité.
Marchons joyeusement et patiemment sur ce chemin, en nous laissant guider par l'Esprit Saint. Merci.
Mercredi 10 novembre 2021
15. Ne nous laissons pas prendre par la fatigue
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous sommes parvenus à la fin de la catéchèse sur la Lettre aux Galates. Tant d'autres éléments contenus dans ce texte de Saint Paul auraient pu faire l'objet d'une réflexion ! La parole de Dieu est une source inépuisable. Dans cette Lettre, l’Apôtre Paul nous a parlé en évangélisateur, en théologien et en pasteur.
Le saint évêque Ignace d'Antioche a une belle expression lorsqu'il écrit : "Il y a un seul maître lequel parla et ce qu'il dit fut réalisé ; mais les choses qu'il a faites en silence sont dignes du Père. Qui possède la parole de Jésus peut aussi entendre son silence" (Ad Ephesios, 15, 1-2). Nous pouvons dire que l'apôtre Paul a su donner voix à ce silence de Dieu. Ses intuitions les plus originales nous aident à découvrir la nouveauté bouleversante dont recèle la révélation de Jésus-Christ. Il a été un véritable théologien, qui a contemplé le mystère du Christ et l'a transmis par son intelligence créatrice. Et il a aussi été capable d'exercer sa mission pastorale auprès d'une communauté perdue et désorientée. Il l'a fait avec différentes méthodes : il a utilisé de temps en temps l'ironie, la rigueur, la douceur... Il a affirmé son autorité d'apôtre, mais en même temps il n'a pas caché les faiblesses de son caractère. La puissance de l'Esprit a vraiment creusé son cœur : la rencontre avec le Christ ressuscité a conquis et transformé toute sa vie, qu'il a entièrement consacrée au service de l'Évangile.
Paul n'a jamais pensé à un christianisme aux traits iréniques, manquant de mordant et d'énergie, au contraire. Il a défendu la liberté apportée par le Christ avec une passion qui nous touche encore aujourd'hui, surtout si l'on pense aux souffrances et à la solitude qu'il a dû endurer. Il était convaincu d'avoir reçu un appel auquel lui seul pouvait répondre ; et il a voulu expliquer aux Galates qu'eux aussi étaient appelés à cette liberté, qui les affranchissait de toute forme d'esclavage, parce qu'elle les rendait héritiers de l'ancienne promesse et enfants de Dieu dans le Christ. Et conscient des risques que comportait cette conception de la liberté, il n'en a jamais minimisé les conséquences. Il était conscient des risques que comporte la liberté chrétienne, mais il n'en a pas minimisé les conséquences. Il a expliqué avec parrhésie, c'est-à-dire avec courage, aux croyants que la liberté n’équivaut pas en fait au libertinage et ne conduit pas à des formes d’autosuffisance présomptueuse. Au contraire, Paul a placé la liberté à l'ombre de l'amour et a établi son exercice cohérent dans le service de la charité. Toute cette vision s'inscrit dans l'horizon de la vie selon l'Esprit Saint, qui porte à son accomplissement la Loi donnée par Dieu à Israël et empêche de retomber sous l'esclavage du péché. La tentation est toujours de retourner en arrière. Une définition des chrétiens, qui se trouve dans les Écritures, dit que nous, les chrétiens, ne sommes pas des gens qui vont en arrière, qui retournent en arrière. Une belle définition. Et la tentation est d’aller en arrière pour être plus sûr ; de revenir uniquement à la Loi, en négligeant la vie nouvelle de l'Esprit. C'est ce que Paul nous enseigne : la vraie Loi a sa plénitude dans cette vie de l'Esprit que Jésus nous a donné. Et cette vie de l'Esprit peut être vécue seulement dans la liberté, la liberté chrétienne. Et c'est l'une des choses plus belles.
Au terme de cet itinéraire catéchétique, il me semble que deux attitudes peuvent naître en nous. D'une part, l'enseignement de l'Apôtre suscite en nous enthousiasme ; nous nous sentons poussés à suivre immédiatement le chemin de la liberté, à "marcher selon l'Esprit". Toujours marcher selon l'Esprit : ça nous rend libres. D'autre part, nous sommes conscients de nos limites, car nous faisons l’expérience chaque jour de la difficulté d'être docile à l'Esprit, de répondre à son action bénéfique. Alors peut s'installer la fatigue qui freine l'enthousiasme. Nous nous sentons découragés, faibles, parfois marginalisés par rapport au style de vie de la mentalité mondaine. Saint Augustin nous suggère comment réagir dans cette situation, en se référant à l'épisode évangélique de la tempête sur le lac. Il dit ainsi : "La foi du Christ dans ton cœur est comme le Christ dans la barque. Tu entends des insultes, tu te fatigues, tu es contrarié, et Christ dors. Réveille le Christ, secoue ta foi ! Même dans la tourmente, tu es capable de faire quelque chose. Secoue ta foi. Le Christ se lève et te parle... Réveille donc le Christ... Croie ce qui a été dit, et il y aura un grand calme dans ton cœur" (Sermons 163/B 6). Dans les moments de difficulté, nous sommes comme - dit ici saint Augustin - dans la barque au moment de la tempête. Et qu'ont-ils fait les Apôtres ? Ils ont réveillé le Christ qui dormait dans la tempête, mais Lui était présent. L’unique chose que nous pouvons faire dans les mauvais moments est de "réveiller" le Christ qui est en nous, mais "endormi" comme dans la barque. C'est vraiment ainsi. Nous devons réveiller le Christ dans notre cœur et alors seulement nous pourrons contempler les choses avec son regard, car il voit au-delà de la tempête. À travers son regard serein, nous pouvons voir un panorama qui, par nous-mêmes, n'est même pas concevable.
Dans ce parcours difficile mais fascinant, l'Apôtre nous rappelle que nous ne devons pas non plus nous lasser de faire le bien. Ne vous lassez pas de faire le bien. Nous devons avoir confiance que l'Esprit vient toujours au secours de notre faiblesse et nous accorde le soutien dont nous avons besoin. Apprenons donc à invoquer plus souvent l’Esprit Saint ! Quelqu'un pourrait dire : "Et comment invoque-t-on le Saint-Esprit ? Parce que je sais comment prier le Père, avec le Notre Père ; je sais comment prier la Vierge avec l'Ave Maria ; je sais comment prier Jésus avec la Prière des Plaies, mais qu'en est-il de l'Esprit ? Quelle est la prière du Saint-Esprit ?". La prière à l'Esprit Saint est spontanée : elle doit venir de ton cœur. Tu dois dire dans les moments de difficulté : " Saint Esprit, viens". Le mot clé est celui-ci : "viens". Mais tu dois le dire avec ton langage, avec tes mots. Viens, parce que je suis en difficulté, viens parce que je suis dans l'obscurité, dans les ténèbres ; viens parce que je ne sais pas quoi faire ; viens parce que je risque de tomber. Viens. Viens. C'est la parole de l'Esprit pour invoquer l'Esprit. Apprenons à invoquer plus souvent l’Esprit Saint. Nous pouvons le faire avec des mots simples, à différents moments de la journée. Et nous pouvons emporter avec nous, peut-être bien dans notre Evangile de poche, la belle prière que l'Église récite à la Pentecôte : " Viens, Esprit Saint, / envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. / Viens, Père des pauvres, / viens, dispensateur des dons, /viens, lumière de nos cœurs. / Consolateur souverain, / hôte très doux de nos âmes, / adoucissante fraîcheur...". Viens. Et ainsi de suite, c'est une prière très belle. Le cœur de la prière est "viens", c'est ainsi que la Vierge et les Apôtres priaient après que Jésus soit monté au Ciel ; ils étaient seuls au Cénacle et invoquaient l'Esprit. Cela nous fera du bien de prier souvent :
Viens, Esprit Saint. Et avec la présence de l'Esprit, nous sauvegardo
ns la liberté. Nous serons libres, des chrétiens libres, non attachés au passé au sens négatif du terme, non liés à des pratiques, mais libres de la liberté chrétienne, celle qui nous fait mûrir. Cette prière nous aidera à marcher dans l'Esprit, dans la liberté et dans la joie, car quand vient l'Esprit Saint, vient la joie, la vraie joie. Que le Seigneur vous bénisse !
Mercredi 17 novembre 2021
Catéchèse sur saint Joseph - 1. Saint Joseph et le milieu dans lequel il a vécu
Chers frères et sœurs, bonjour !
Le 8 décembre 1870, le Bienheureux Pie IX proclama saint Joseph patron de l'Église universelle. A 150 ans de cet évènement, nous vivons une année spéciale dédiée à saint Joseph et dans la Lettre Apostolique Patris corde j'ai rassemblé quelques réflexions sur sa figure. Jamais comme aujourd'hui, en ce temps marqué par une crise mondiale aux diverses composantes, Joseph peut être un soutien, un réconfort et un guide. C'est pourquoi j'ai décidé de lui consacrer une série de catéchèses qui, je l'espère, nous aideront davantage à nous laisser éclairer par son exemple et son témoignage. Durant quelques semaines, nous parlerons de saint Joseph.
Dans la Bible, il y a plus de dix personnages qui portent le nom de Joseph. Le plus important d'entre eux est le fils de Jacob et de Rachel, qui, à travers diverses péripéties, est passé du statut d'esclave à celui de deuxième personnage le plus important d'Égypte après Pharaon (cf. Gn 37-50). Le nom de Joseph en hébreu signifie “Que Dieu augmente, que Dieu fasse grandir”. Il s'agit d'un souhait, d'une bénédiction fondée sur la confiance en la providence de Dieu et se référant particulièrement à la fécondité et à la croissance des enfants. En effet, ce nom même nous révèle un aspect essentiel de la personnalité de Joseph de Nazareth. C'est un homme plein de foi en Dieu, en sa providence : il croit en la providence de Dieu, il a foi en la providence de Dieu. Toutes ses actions relatées dans l'Évangile, sont dictées par la certitude que Dieu "fait croître", que Dieu "augmente", que Dieu "ajoute", c'est-à-dire que Dieu poursuit son dessein de salut. Et en cela, Joseph de Nazareth ressemble beaucoup à Joseph d'Égypte.
Également, les principales références géographiques de Joseph : Bethléem et Nazareth jouent un rôle important dans la compréhension de sa figure.
Dans l'Ancien Testament, la ville de Bethléem est appelée Beth Lechem, c’est-à-dire "Maison du pain", ou encore Ephrata, en raison de la tribu installée sur ce territoire. En arabe, cependant, le nom signifie "Maison de la viande", probablement en raison du grand nombre de troupeaux de moutons et de chèvres dans la région. Ce n'est pas par hasard, en effet, que lors de la naissance de Jésus, les bergers furent les premiers témoins de l'événement (cf. Lc 2, 8-20). À la lumière de l'histoire de Jésus, ces allusions au pain et à la viande renvoient au mystère Eucharistique : Jésus est le pain vivant descendu du ciel (cf. Jn 6,51). Il dira de lui-même : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle" (Jn 6,54).
Bethléem est mentionnée plusieurs fois dans la Bible, à partir du livre de la Genèse. Bethléem est également liée à l'histoire de Ruth et de Noémie, racontée dans le petit mais merveilleux livre de Ruth. Ruth a donné naissance à un fils appelé Obed, qui à son tour a donné naissance à Jessé, le père du roi David. Et c'est de la lignée de David qu'est issu Joseph, le père légal de Jésus. Au sujet de Bethléem, ensuite le prophète Michée a prédit de grandes choses : "Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël." (Mi 5,1). L'évangéliste Matthieu reprendra cette prophétie en la reliant à l'histoire de Jésus comme son accomplissement évident.
En effet, le Fils de Dieu ne choisit pas Jérusalem comme lieu de son incarnation, mais Bethléem et Nazareth, deux villages périphériques, loin des clameurs de la chronique et du pouvoir de l'époque. Pourtant, Jérusalem était la ville aimée du Seigneur (cf. Is 62, 1-12), la « ville sainte » (Dn 3, 28), choisie par Dieu pour y habiter (cf. Za 3, 2 ; Ps 132, 13). C'est là, en effet, qu'habitaient les maîtres de la Loi, les scribes et les pharisiens, les grands prêtres et les anciens du peuple (cf. Lc 2,46 ; Mt 15,1 ; Mc 3,22 ; Jn 1,19 ; Mt 26,3).
C'est pourquoi le choix de Bethléem et de Nazareth nous indique que la périphérie et la marginalité sont privilégiées par Dieu. Jésus n'est pas né à Jérusalem avec toute la cour... non : il est né dans une périphérie et il a passé sa vie, jusqu'à l'âge de 30 ans, dans cette périphérie, faisant le métier de charpentier, comme Joseph. Pour Jésus, les périphéries et les marginalités sont privilégiées. Ne pas prendre au sérieux cette réalité revient à ne pas prendre au sérieux l'Évangile et l'œuvre de Dieu, qui continue à se manifester dans les périphéries géographiques et existentielles. Le Seigneur agit toujours en secret dans les périphéries, même dans notre âme, dans les périphéries de l'âme, des sentiments, peut-être des sentiments dont nous avons honte ; mais le Seigneur est là pour nous aider à avancer. Le Seigneur continue à se manifester dans les périphéries, tant géographiques qu'existentielles. En particulier, Jésus va à la recherche des pécheurs, entre dans leurs maisons, leur parle, les appelle à la conversion. Et on lui reproche aussi cela : " Mais regardez, ce Maître - disent les docteurs de la loi - regardez ce Maître : il mange avec les pécheurs, il se salit, il va chercher ceux qui n'ont pas fait le mal mais qui l'ont subi : les malades, les affamés, les pauvres, les petits derniers. Jésus va toujours vers les périphéries. Et cela doit nous donner une grande confiance, car le Seigneur connaît les périphéries de notre cœur, les périphéries de notre âme, les périphéries de notre société, de notre ville, de notre famille, c'est-à-dire cette partie un peu obscure que nous ne faisons pas voir, peut-être par honte. Mais il va à la recherche également de ceux qui n'ont pas fait le mal mais qui l'ont subi : les malades, les affamés, les pauvres, les plus petits.
À cet égard, la société de l'époque n'est pas très différente de la nôtre. Aujourd'hui aussi, il y a un centre et une périphérie. Et l'Église sait qu'elle est appelée à annoncer la bonne nouvelle à partir des périphéries. Joseph, qui est un charpentier de Nazareth et qui a confiance dans le plan de Dieu pour sa jeune fiancée et pour lui-même, rappelle à l'Église de fixer son regard sur ce que le monde ignore délibérément. Aujourd'hui, Joseph nous enseigne ceci : " Ne pas regarder tant les choses que le monde loue, regarde les recoins, regarde les ombres, regarde les périphéries, ce que le monde ne veut pas ". Il rappelle à chacun d'entre nous de donner de l'importance à ce que les autres rejettent. En ce sens, il est véritablement un maître de l'essentiel : il nous rappelle que ce qui est vraiment précieux n'attire pas notre attention, mais nécessite un discernement patient pour être découvert et valorisé. Découvrir ce qui a de la valeur. Demandons-lui d'intercéder afin que toute l'Église retrouve cette clairvoyance, cette capacité de discerner et cette capacité d'évaluer l'essentiel. Repartons de Bethléem, repartons de Nazareth.
Aujourd'hui, je voudrais adresser un message à tous les hommes et les femmes qui vivent dans les périphéries géographiques les plus oubliées du monde ou qui connaissent des situations de marginalisation existentielle. Puissiez-vous trouver en saint Joseph le témoin et le protecteur vers lequel vous tourner. Nous pouvons nous adresser à lui avec cette prière, une prière "artisanale", mais qui sort du cœur :
Saint Joseph,
toi qui toujours as fait confiance à Dieu,
et as fait tes choix
guidé par sa providence
apprends-nous à ne pas tant compter sur nos projets
mais sur son dessein d'amour.
Toi qui viens des périphéries
aides-nous à convertir notre regard
et à préférer ce que le monde rejette et marginalise.
Réconforte ceux qui se sentent seuls
et soutiens ceux qui travaillent en silence
pour défendre la vie et la dignité humaine. Amen.
Mercredi 24 novembre 2021
Catéchèse sur saint Joseph - 2. Saint Joseph dans l’histoire du salut
Chers frères et sœurs, bonjour !
Mercredi dernier, nous avons commencé le cycle de catéchèse sur la figure de St Joseph - l'année qui lui est consacrée touche à sa fin -. Aujourd'hui, nous poursuivons ce parcours en nous arrêtant sur son rôle dans l’histoire du salut.
Dans les Évangiles, Jésus est désigné comme "fils de Joseph" (Lc 3,23 ; 4,22 ; Jn 1,45 ; 6,42) et "fils du charpentier" (Mt 13,55 ; Mc 6,3). Les évangélistes Matthieu et Luc, en racontant l'enfance de Jésus, accordent une place au rôle de Joseph. Tous deux composent une "généalogie" pour mettre en évidence l'historicité de Jésus. Matthieu, s'adressant surtout aux judéo-chrétiens, part d'Abraham pour arriver à Joseph, défini comme "l'époux de Marie, de qui est né Jésus, appelé le Christ" (1,16). Luc, lui, remonte jusqu'à Adam, en commençant directement par Jésus, qui " était le fils de Joseph ", mais précise : " à ce que l’on pensait " (3,23). Par conséquent, les deux évangélistes présentent Joseph non pas comme le père biologique, mais comme le père à plein titre de Jésus. Par lui, Jésus accomplit l'histoire de l'alliance et du salut entre Dieu et l'homme. Pour Matthieu, cette histoire commence avec Abraham, pour Luc avec l'origine même de l'humanité, c'est-à-dire avec Adam.
L'évangéliste Matthieu nous aide à comprendre que la figure de Joseph, bien qu'apparemment marginale, discrète, en arrière-plan, représente au contraire un élément central de l'histoire du salut. Joseph vit son protagonisme sans jamais vouloir s’imposer sur la scène. Si l'on y réfléchit, " nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues [...]. Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et par des gestes quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant le regard et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous ". (Lett. ap. Patris corde, 1). Ainsi, tous peuvent trouver en saint Joseph, l'homme qui passe inaperçu, l'homme de la présence quotidienne, de la présence discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments difficiles. Il nous rappelle que tous ceux qui sont apparemment cachés ou en "seconde ligne" ont un rôle sans égal dans l'histoire du salut. Le monde a besoin de ces hommes et de ces femmes : des hommes et des femmes en seconde ligne, mais qui soutiennent le développement de notre vie, de chacun de nous, et qui par la prière, par l'exemple, par l'enseignement nous soutiennent sur le chemin de la vie.
Dans l'Évangile de Luc, Joseph apparaît comme le gardien de Jésus et de Marie. Et pour cette raison, il est aussi "le Gardien de l’Église : mais, s'il a été le gardien de Jésus et de Marie, il travaille, maintenant que tu es au ciel, et continue à être le gardien, dans ce cas de l'Église ; parce que l’Église est le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire, et en même temps dans la maternité de l’Église est esquissée la maternité de Marie. Joseph, en continuant de protéger l’Église, - s’il vous plait, n'oubliez pas ceci : aujourd'hui, Joseph protège l'Église, continue de protéger l’Enfant et sa mère" (ibid., 5). Cet aspect des soins prodigués par Joseph est la grande réponse au récit de la Genèse. Lorsque Dieu demande à Caïn de rendre compte de la vie d'Abel, il répond : "Suis-je le gardien de mon frère ?" (4,9). Joseph, par sa vie, semble vouloir nous dire que nous sommes toujours appelés à nous sentir les gardiens de nos frères et sœurs, les gardiens de ceux qui nous sont proches, de ceux que le Seigneur nous confie à travers toutes les circonstances de la vie.
Une société comme la nôtre, que l'on a qualifiée de "liquide", parce qu'elle semble n'avoir aucune consistance. Je corrigerai le philosophe qui a inventé cette définition et dirai : plus que liquide, gazeuse, une société proprement gazeuse. Cette société liquide, gazeuse trouve dans l'histoire de Joseph une indication bien précise sur l'importance des liens humains. En effet, l'Évangile nous raconte la généalogie de Jésus, non seulement pour une raison théologique, mais aussi pour rappeler à chacun de nous que notre vie est faite de liens qui nous précèdent et nous accompagnent. Le Fils de Dieu, pour venir au monde, a choisi la voie des liens, le chemin de l'histoire : il n'est pas descendu dans le monde magiquement, non. Il a suivi le chemin historique que nous suivons nous tous.
Chers frères et sœurs, je pense à tant de personnes qui peinent à trouver des liens significatifs dans leur vie, et c'est précisément pour cette raison qu'elles luttent, qu'elles se sentent seules, qu'elles n’ont pas la force et le courage pour aller de l'avant. Je voudrais conclure par une prière pour les aider, ainsi que nous tous, à trouver en saint Joseph un allié, un ami et un soutien.
Saint Joseph,
toi qui as gardé le lien avec Marie et Jésus,
aide-nous à prendre soin des relations dans nos vies.
Que personne ne ressente ce sentiment d'abandon
qui vient de la solitude.
Que chacun se réconcilie avec sa propre histoire,
avec ceux qui l'ont précédé,
et reconnaisse, même dans les erreurs commises
une manière par laquelle la Providence s'est frayé un chemin,
et le mal n'a pas eu le dernier mot.
Révèle-toi ami avec ceux qui luttent le plus,
et comme tu as soutenu Marie et Jésus dans les moments difficiles,
ainsi soutiens-nous aussi dans notre chemin. Amen.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins du Diocèse de Lyon. Le Seigneur a mis sur notre route des frères et sœurs qui souffrent, qui se sentent seules ou qui ont perdu force et courage. Sachons les reconnaître et que Saint Joseph nous aide à devenir leurs amis et leur soutien sur le chemin de vie. Que Dieu vous bénisse.
Mercredi 1er décembre 2021
Catéchèse sur saint Joseph - 3. Joseph, homme juste et époux de Marie
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous continuons notre parcours de réflexion sur la figure de St Joseph. Aujourd'hui, j'aimerais approfondir le fait qu'il soit " juste " et " fiancé à Marie ", et donner ainsi un message à tous les fiancés et aussi aux nouveaux mariés. De nombreux événements liés à Joseph sont relatés dans les évangiles apocryphes, c'est-à-dire les évangiles non canoniques, qui ont également influencé l'art et divers lieux de culte. Ces écrits, qui ne sont pas dans la Bible - ce sont des récits que la piété chrétienne faisait à cette époque - répondent au désir de combler les silences des Évangiles canoniques, ceux qui sont dans la Bible, qui nous donnent tout ce qui est essentiel pour la foi et la vie chrétienne.
L'évangéliste Matthieu. C'est important : que dit l'Évangile à propos de Joseph ? Pas ce que disent ces évangiles apocryphes, qui ne sont pas mauvais ou maléfiques ; ils sont beaux, mais ils ne sont pas la Parole de Dieu. Au contraire, les évangiles, qui se trouvent dans la Bible, sont la Parole de Dieu. Parmi eux, l'évangéliste Matthieu, qui qualifie Joseph d'homme "juste". Écoutons son récit : "Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret." (1,18-19). Car lorsque la fiancée était infidèle ou tombait enceinte, les fiancés devaient la dénoncer ! Et les femmes de cette époque étaient lapidées à mort. Mais Joseph était juste. Il dit : "Non, je ne le ferai pas. Je vais garder le silence."
Pour comprendre le comportement de Joseph envers Marie, il est utile de se rappeler les coutumes matrimoniales de l'ancien Israël. Le mariage comportait deux phases bien définies. La première s'apparente à des fiançailles officielles, qui impliquent déjà une nouvelle situation : en particulier, la femme, bien que continuant à vivre dans la maison de son père pendant un an, est considérée comme la "femme" de facto du fiancé. Ils ne vivaient pas encore ensemble, mais elle était comme sa femme. Le second acte était le transfert de la mariée de la maison de son père à celle du marié. Cela se déroulait lors d'une procession festive qui parachevait le mariage. Et les amies de la mariée l'accompagnaient là. Selon ces coutumes, le fait qu'"avant d'aller vivre ensemble, Marie s'est trouvée enceinte", exposait la Vierge à l'accusation d'adultère. Et cette culpabilité, selon l'ancienne loi, devait être punie par la lapidation (cf. Dt 22, 20-21). Cependant, dans la pratique juive ultérieure, une interprétation plus modérée s'était imposée, qui n'exigeait que l'acte de répudiation mais avec des conséquences civiles et pénales pour la femme, mais pas la lapidation à mort.
L'Évangile dit que Joseph était " juste " précisément parce qu'il était soumis à la loi comme tout homme Israélite pieux. Mais au fond de lui, son amour pour Marie et sa confiance en elle lui suggèrent une voie qui sauvera le respect de la loi et l'honneur de son épouse : il décide de lui donner l'acte de répudiation en secret, sans tapage, sans la soumettre à une humiliation publique. Il choisit la voie du secret, sans procès et réparation. Mais quelle sainteté en Joseph ! Nous qui, dès que nous avons une petite nouvelle folklorique ou mauvaise sur quelqu'un, dérivons immédiatement au bavardage ! Joseph, lui, garde le silence.
Mais l'évangéliste Matthieu ajoute aussitôt : "Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »". (1,20-21). La voix de Dieu intervient dans le discernement de Joseph et, à travers un songe, lui révèle un sens plus grand que sa propre justice. Et combien est-il important pour chacun de nous de cultiver une vie juste et en même temps de sentir que nous avons toujours besoin de l'aide de Dieu ! Pour être capable d'élargir nos horizons et de considérer les circonstances de la vie d'un point de vue différent et plus large. Souvent, nous nous sentons prisonniers de ce qui nous est arrivé : "Mais regarde ce qui m'est arrivé !" et nous restons prisonniers de la mauvaise chose qui nous est arrivée; mais c'est précisément face à certaines circonstances de la vie, qui semblent dramatiques au départ, que se cache une Providence qui, avec le temps, prend forme et illumine de sens même la douleur qui nous a frappés. La tentation est de s'enfermer dans cette douleur, dans cette pensée des choses pas très agréables qui nous sont arrivées. Et ce n'est pas bon. Cela conduit à la tristesse et à l'amertume. Le cœur amer est si laid.
Cependant, je voudrais que nous prenions le temps de réfléchir sur un détail de cette histoire racontée dans l'Évangile et que nous négligeons souvent. Marie et Joseph sont deux fiancés qui ont probablement cultivé des rêves et des projets pour leur vie future. Dieu semble s’insérer comme à l’improviste dans leur vie et, malgré quelques difficultés initiales, tous deux ouvrent grand leur cœur à la réalité qui s'impose à eux.
Chers frères et sœurs, très souvent, notre vie n'est pas telle que nous l'imaginons. Surtout dans les relations d'amour, d'affection, nous avons du mal à passer de la logique du coup de foudre à celle de l'amour mature. Et il faut passer du coup de foudre à l'amour mature. Vous, les nouveaux mariés, réfléchissez bien à ça. La première phase est toujours marquée par un certain enchantement, qui nous fait vivre immergés dans un monde imaginaire qui ne correspond souvent pas à la réalité des faits. Mais c'est précisément lorsque le coup de foudre semble prendre fin avec ses expectatives que le véritable amour peut commencer. Aimer, en effet, ce n'est pas attendre de l'autre ou de la vie qu'ils correspondent à notre imagination ; c'est plutôt choisir en toute liberté d'assumer la vie telle qu'elle nous est offerte. C'est pourquoi Joseph nous donne une leçon importante, il choisit Marie "les yeux ouverts". Et nous pouvons dire, avec tous les risques. Pensez-y, dans l'Évangile de Jean, un reproche que les docteurs de la loi font à Jésus est le suivant : " Nous ne sommes pas des fils qui viennent de là ", en faisant référence à la prostitution. Mais parce qu'ils savaient comment Marie était tombée enceinte, ils voulaient salir la mère de Jésus. Pour moi, c'est le passage le plus sale, le plus démoniaque de l'Évangile. Et le risque qu’assume Joseph nous donne cette leçon : prendre la vie comme elle vient. Dieu est-il intervenu là ? Je vais la prendre. Et Joseph fait ce que l'ange du Seigneur lui a ordonné : En effet, l'Évangile dit : " Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus." (Mt 1, 24-25). Les fiancés chrétiens sont appelés à témoigner d'un tel amour, qui a le courage de passer de la logique du coup de foudre à celle de l'amour mature. Et c'est un choix exigeant, qui, au lieu d'emprisonner la vie, peut renforcer l'amour pour qu'il soit durable face aux épreuves du temps. L'amour d'un couple se poursuit dans la vie et mûrit chaque jour. L'amour des fiançailles est un peu - si je puis dire - romantique. Vous l’avez tous vécu, mais ensuite commence l’amour mature, au quotidien, le travail, les enfants qui arrivent. Et parfois, le romantisme disparaît un peu. Mais n'y-a-il pas d'amour ? Oui, mais un amour mature. "Mais vous savez, mon père, nous nous disputons parfois..." Cela dure depuis l'époque d'Adam et Eve jusqu'à aujourd'hui : que les époux se disputent est notre pain quotidien. "Mais ne doit-on pas se disputer ?" Oui, oui, on peut. "Et père, mais parfois nous élevons la voix" - "Ça arrive". "Et aussi parfois les plats volent" - "Ça arrive". Mais comment s'assurer que ça ne porte pas atteinte à la vie du mariage ? Écoutez bien : ne terminez jamais la journée sans faire la paix. On s'est disputé, je t'ai dit des choses méchantes, mon Dieu, je t'ai dit des choses pas belles. Mais maintenant le jour se termine : je dois faire la paix. Savez-vous pourquoi ? Parce que la guerre froide du lendemain est très périlleuse. Ne permettez pas que le jour d'après commence en guerre. C'est pourquoi il faut faire la paix avant d'aller se coucher. Retenez-le pour toujours : jamais terminer la journée sans faire la paix. Et cela vous aidera dans votre vie matrimoniale. Ce chemin qui mène du coup de foudre à l'amour mature est exigeant, mais nous devons l’emprunter. La chasteté, la fidélité, le respect et l'écoute ne sont pas des vertus que l'on demande lors des fiançailles pour susciter des sentiments de culpabilité, mais pour indiquer cette direction qui seule peut donner à nos rêves la possibilité de se réaliser et d'être durables.
Et cette fois encore, nous concluons par une prière à Saint Joseph.
Saint Joseph,
toi qui as aimé Marie avec liberté,
et choisi de renoncer à ton imagination pour faire place à la réalité,
aide chacun d'entre nous à se laisser surprendre par Dieu
et à accueillir la vie non pas comme un événement imprévu dont il faut se défendre,
mais comme un mystère qui cache le secret de la vraie joie.
Obtiens à tous les fiancés chrétiens la joie et la radicalité,
tout en gardant toujours à l'esprit
que seuls la miséricorde et le pardon rendent possible l'amour. Amen.
Mercredi 15 décembre 2021
Catéchèse sur saint Joseph - 4. Saint Joseph, homme du silence
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous poursuivons notre parcours de réflexion sur Saint Joseph. Après avoir illustré le milieu dans lequel il a vécu, son rôle dans l'histoire du salut et le fait qu'il soit juste et l'époux de Marie, aujourd'hui je voudrais examiner un autre aspect important de sa figure : le silence. Tant de fois aujourd'hui, nous avons besoin de silence. Le silence est important. Je suis frappé par un verset du Livre de la Sagesse qui a été lu dans la perspective de Noël et qui dit : "Quand la nuit était dans le plus profond silence, là ta parole est descendue sur la terre". Dieu s'est manifesté au moment le plus silencieux. C’est important de réfléchir au silence à notre époque où il semble avoir si peu de valeur.
Les évangiles ne rapportent aucune parole de Joseph de Nazareth, rien, il ne parlait jamais. Cela ne signifie pas qu'il était taciturne, non, il y a une raison plus profonde. Non, il y a une raison plus profonde : par son silence, Joseph confirme ce que saint Augustin a écrit : "A mesure que
grandit en nous le Verbe - le Verbe fait homme -,
les mots diminuent"
[01]. Au fur et à mesure que Jésus - la vie spirituelle - grandit, les mots diminuent. Ce que l'on peut définir en italien "pappagallismo", parler comme des perroquets, continuellement, diminue un peu. Jean Baptiste lui-même, qui est "la voix qui crie dans le désert : "Préparez le chemin du Seigneur"" (Mt 3,1), dit : "Préparez le chemin du Seigneur". (Mt 3,1), dit du Verbe : "Il faut qu'il croisse et que je diminue" (Jn 3,30). Cela signifie que Lui doit parler et que je dois me taire et Joseph par son silence nous invite à laisser place à la Présence de la Parole faite chair, à Jésus.
Le silence de Joseph n'est pas un mutisme, c'est un silence plein d'
écoute, un silence
actif, un silence qui révèle sa grande intériorité "Une parole que le Père prononça, et ce fut son Fils - commente saint Jean de la Croix, - et il parle toujours dans un silence éternel, et dans le silence doit être entendu par l'âme"
[02].
Jésus a grandi dans cette "école", dans la maison de Nazareth, avec l'exemple quotidien de Marie et Joseph. Et il n'est pas surprenant qu'il ait lui-même cherché des espaces de silence dans ses journées (cf. Mt 14,23) et qu'il ait invité ses disciples à faire une telle expérience par exemple: "Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu." (Mc 6,31).
Comme il serait beau que chacun de nous, à l'exemple de saint Joseph, parvienne à retrouver cette
dimension contemplative de la vie ouverte précisément par le silence. Mais nous savons tous par expérience que ce n'est pas facile : le silence nous fait un peu peur, car il nous demande d'entrer en nous-mêmes et de rencontrer la partie la plus vraie de nous-mêmes. Et tant de gens ont peur du silence, ils doivent parler, parler, parler ou écouter, la radio, la télévision ..., mais le silence ils ne peuvent pas l'accepter parce qu'ils ont peur. Le philosophe Pascal observait que "tout le malheur des hommes vient d'une seule chose : ne pas savoir rester tranquille dans une chambre"
[03].
Chers frères et sœurs, apprenons de saint Joseph à cultiver des espaces de silence, d’où puisse émerger une autre Parole c’est-à-dire Jésus, la Parole: celle de l'Esprit Saint qui habite en nous et qui porte Jésus. Il n'est pas facile de reconnaître cette Voix, qui est très souvent confondue avec les milliers de voix des préoccupations, des tentations, des désirs et des espoirs qui nous habitent ; mais sans cet entraînement qui vient précisément de la pratique du silence, même notre parole peut devenir malade. Sans la pratique du silence, notre discours est malade. Au lieu de permettre à la vérité de transparaître, elle peut devenir une arme dangereuse. Car nos paroles peuvent devenir flatterie, vantardise, mensonge, médisance, calomnie. C'est un fait d'expérience que, comme nous le rappelle le Livre du Siracide, "la langue tue plus que l'épée" (28,18). Jésus l'a dit clairement : celui qui dit du mal de son frère ou de sa sœur, celui qui calomnie son prochain, est un meurtrier (cf. Mt 5, 21-22). Il tue avec sa langue. Nous ne le croyons pas, mais c'est vrai. Pensons un peu aux fois où nous avons tué avec notre langue, nous en aurions honte ! Mais ça nous fera tellement de bien, tellement de bien.
La sagesse biblique affirme que "la mort et la vie sont au pouvoir de la langue ; qui aime la parole mangera de son fruit." (Pr 18,21). Et l'apôtre Jacques, dans sa Lettre, développe ce thème ancien de la puissance, positive et négative, de la parole avec des exemples frappants et il dit ceci : "Si quelqu’un ne commet pas d’écart quand il parle, c’est un homme parfait, capable de maîtriser son corps tout entier. [...]Notre langue est une petite partie de notre corps et elle peut se vanter de faire de grandes choses. [...] Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes, qui sont créés à l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction." (3,2-10).
C'est pourquoi nous devons apprendre de Joseph à cultiver le silence : cet espace d'intériorité dans nos journées où nous donnons à l'Esprit la possibilité de nous régénérer, de nous consoler, de nous corriger. Je ne dis pas que nous devons tomber dans le mutisme, non, mais nous devons cultiver le silence. Que chacun d'entre nous regarde à l'intérieur de soi-même : souvent nous faisons un travail et quand nous avons terminé, nous cherchons immédiatement le téléphone portable pour faire autre chose, nous sommes toujours comme ça. Et cela n'aide pas, cela nous fait glisser dans la superficialité. La profondeur du cœur croît avec le silence, un silence qui n'est pas mutisme, comme je l'ai dit, mais qui laisse place à la sagesse, à la réflexion et à l'Esprit Saint. Nous avons parfois peur des moments de silence, mais nous ne devons pas avoir peur ! Le silence nous fera tant de bien. Et le bénéfice pour nos cœurs guérira aussi notre langage, nos mots et surtout nos choix. En fait, Joseph a uni le silence à l'action. Il n'a pas parlé, mais il a agi et nous a ainsi montré ce que Jésus a dit un jour à ses disciples : " Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux." (Mt 7,21). Paroles fécondes quand nous parlons et avons en souvenir cette chanson "Paroles, paroles, paroles..." et rien de substantiel. Silence, parler juste, parfois se mordre un peu la langue, ça fait du bien, au lieu de dire des choses stupides.
Concluons par une prière :
Saint Joseph, homme du silence,
toi qui, dans l'Évangile, n'a prononcé aucune parole,
apprends nous à nous abstenir de paroles vaines,
à redécouvrir la valeur des mots qui édifient, encouragent, consolent, soutiennent.
Sois proche de ceux qui souffrent des mots qui blessent,
comme les calomnies et les médisances,
et aide-nous à toujours unir nos paroles à nos actes. Amen.
____________________________
[01] Discours 288, 5: PL 38, 1307.
[02] Dichos de luz y amor, BAC, Madrid, 417, n. 99.
Mercredi 22 décembre 2021
La naissance de Jésus
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, à quelques jours de Noël, je voudrais évoquer avec vous l'événement que l'histoire ne peut ignorer : la naissance de Jésus.
Afin de se conformer au décret de l'empereur César Auguste leur ordonnant de se faire enregistrer à l'état civil de leur contrée d'origine, Joseph et Marie descendent de Nazareth à Bethléem. Dès leur arrivée, ils cherchent immédiatement un endroit où loger, car la naissance est imminente ; mais malheureusement ils n'en trouvent pas, et Marie est donc contrainte d'accoucher dans une étable (cf. Lc 2, 1-7).
Réfléchissons : le Créateur de l'univers…on ne lui a pas permis d’avoir un lieu pour naître ! Peut-être était-ce une anticipation de ce que l'évangéliste Jean dit : "Il est venu parmi les siens, et les siens ne l'ont pas reçu" (1,11) ; et de ce que Jésus lui-même dira : "Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête." (Lc 9,58).
Ce fut un ange qui annonça la naissance de Jésus à des humbles bergers. Et ce fut une étoile qui indiqua aux Mages le chemin de Bethléem (cf. Mt 2, 1.9-10). L'ange est un messager de Dieu. L'étoile nous rappelle que Dieu a créé la lumière (Gn 1,3) et que cet Enfant sera "la lumière du monde", comme il se nomme lui-même (cf. Jn 8,12.46), la "vraie lumière […] qui éclaire tout homme" (Jn 1,9), qui "brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée." (v. 5).
Les bergers symbolisent les pauvres d'Israël, des personnes humbles qui vivent intérieurement avec la conscience de leur propre faiblesse et qui, pour cette raison, font confiance à Dieu plus que les autres. Ils sont les premiers à voir le Fils de Dieu fait homme, et cette rencontre les change profondément. L'Évangile note qu'ils s'en retournèrent "glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu " (Lc 2, 20).
Autour de l'enfant Jésus nouveau-né se trouvent également les Mages (cf. Mt 2, 1-12). Les évangiles ne nous disent pas qu'ils étaient des rois, ni leur nombre, ni leurs noms. Tout ce dont nous sommes sûrs, c'est que d'un lointain pays d'Orient (on peut penser à la Perse, à Babylone ou à l'Arabie méridionale, à la Perse d’alors), ils sont partis à la recherche du Roi des Juifs, qu'ils identifiaient dans leur cœur à Dieu, car ils disaient vouloir l'adorer. Les Mages représentent les peuples païens, en particulier tous ceux qui, au cours des siècles, ont cherché Dieu et se sont mis à sa recherche. Ils représentent aussi les riches et les puissants, mais seulement ceux qui ne sont pas esclaves de la possession, qui ne sont pas "possédés" par les choses qu'ils pensent posséder.
Le message des évangiles est clair : la naissance de Jésus est un événement universel qui concerne tous les hommes.
Chers frères et sœurs, seule l'humilité est le chemin qui nous conduit à Dieu et, en même temps, précisément parce qu'elle nous conduit à lui, elle nous conduit aussi à l'essentiel de la vie, à son sens le plus vrai, à la raison la plus sûre pour laquelle la vie vaut la peine d'être vécue.
Seule l'humilité nous ouvre à l'expérience de la vérité, de la joie authentique, de la connaissance qui compte. Sans humilité, nous sommes "coupés", nous sommes coupés de la compréhension de Dieu et de la compréhension de nous-mêmes. Il faut être humble pour nous comprendre aussi nous-même, et d'autant plus pour comprendre Dieu. Les Mages pouvaient être des grands selon la logique du monde, mais ils se font petits, humbles, et c'est pour cette raison qu'ils réussissent à trouver Jésus et à le reconnaître. Ils acceptent l'humilité de chercher, de se mettre en route, de demander, de risquer, de se tromper...
Tout homme, au plus profond de son cœur, est appelé à chercher Dieu : tous nous avons cette inquiétude et notre tâche n'est pas d'éteindre cette inquiétude, mais de la laisser grandir car c'est l'inquiétude de la recherche de Dieu ; et, qui avec sa grâce aussi, peut le trouver. Faisons nôtre la prière de saint Anselme (1033-1109) : "Seigneur, apprends-moi à te chercher. Montre-toi, quand je te cherche. Je ne peux pas te chercher si tu ne m'enseignes pas, ni te trouver si tu ne te montres pas. Que je te cherche en te désirant et te désire en te cherchant ! Que je puisse te trouver en te cherchant et t'aimer en te trouvant !" (Proslogion, 1).
Chers frères et sœurs, je voudrais inviter tous les hommes et toutes les femmes dans la grotte de Bethléem pour adorer le Fils de Dieu fait homme. Que chacun de nous s'approche de la crèche à la maison, dans l'église ou ailleurs, et essaie de faire un acte d'adoration, à l'intérieur de soi : "Je crois que tu es Dieu, que cet enfant est Dieu. S'il te plaît, donne-moi la grâce de l'humilité pour que je puisse comprendre".
Au premier rang, pour s'approcher de la crèche et prier, je voudrais mettre les pauvres, que - comme exhortait saint Paul VI - "nous devons aimer, car ils sont en quelque sorte un sacrement du Christ ; en eux - dans les affamés, les assoiffés, les exilés, les nus, les malades, et les prisonniers - il a voulu s'identifier à eux mystiquement. Nous devons les aider, souffrir avec eux, et nous devons aussi les suivre, car la pauvreté est le chemin le plus sûr vers la pleine possession du Royaume de Dieu" (Homélie, 1er mai 1969). Pour cela nous devons demander l'humilité comme une grâce : "Seigneur, que je ne sois pas orgueilleux, que je ne sois pas autosuffisant, que je ne crois pas être le centre de l'univers. Rends-moi humble. Donne-moi la grâce de l'humilité. Et avec cette humilité, je peux te trouver. C'est le seul moyen, hein ? Sans humilité, nous ne trouverons jamais Dieu : nous nous trouverons nous-mêmes. Parce que la personne qui n'a pas d'humilité n'a pas d'horizon devant elle, elle n'a qu'un miroir : elle se regarde elle-même, elle se regarde elle-même. Demandons au Seigneur de briser le miroir et de regarder au-delà, vers l'horizon, là où Il est. Mais ça, c'est lui qui doit le faire : nous donner la grâce et la joie de l'humilité pour prendre ce chemin.
Et ensuite, frères et sœurs, je voudrais accompagner à Bethléem, comme l'étoile l'a fait avec les Mages, tous ceux qui n'ont pas une inquiétude religieuse, qui ne posent pas le problème de Dieu, ou même qui combattent la religion, tous ceux qu'on appelle improprement athées. Je voudrais leur répéter le message du Concile Vatican II : "L'Eglise croit que la reconnaissance de Dieu ne s'oppose en rien à la dignité humaine, puisque cette dignité trouve précisément en Dieu son fondement et sa perfection. [...] L'Église sait parfaitement que son message est en harmonie avec les aspirations les plus secrètes du cœur humain " (Gaudium et spes, 21).
Retournons à la maison avec le souhait des anges : "Paix sur terre aux hommes qu'il aime". Et rappelons-nous toujours : "Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais lui qui nous a aimés [...]. Il nous a aimés le premier" (1 Jn 4,10.19), il nous a cherché. N'oublions pas cela.
Voilà la raison de notre joie : nous avons été aimés, nous avons été recherchés, le Seigneur nous cherche pour nous trouver, pour nous aimer davantage. C'est la raison de la joie : savoir que nous avons été aimés sans aucun mérite, que nous sommes toujours précédés par Dieu dans l'amour, un amour si concret qu'il s'est fait chair et est venu habiter parmi nous, dans cet enfant que nous voyons dans la crèche. Cet amour a un nom et un visage : Jésus. Jésus est le nom et le visage de l'amour qui est au fondement de notre joie. Frères et sœurs, je vous souhaite un joyeux Noël, un bon et saint Noël. Et je souhaite que - oui, [il] y aura des salutations, des réunions de famille, c'est très beau, toujours - mais qu'il y ait aussi la certitude que Dieu vient pour moi. Que chacun dise : Dieu vient pour moi. Avec la conscience que pour chercher Dieu, pour trouver Dieu, pour accepter Dieu, nous avons besoin d'humilité : considérer avec humilité la grâce de briser le miroir de la vanité, de l'orgueil, de nous regarder nous-mêmes. Regarder Jésus, regarder l'horizon, regarder Dieu qui vient chez nous et qui touche notre cœur avec cette inquiétude qui nous conduit à l'espérance. Joyeux et saint Noël !
Mercredi 29 décembre 2021
Catéchèse sur saint Joseph - 5. Saint Joseph, migrant persécuté et courageux
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd’hui, je voudrais vous présenter saint Joseph comme un migrant persécuté et courageux . C’est ainsi que l’évangéliste Matthieu le décrit. Cet événement particulier de la vie de Jésus, qui voit comme protagonistes également Joseph et Marie, est traditionnellement connu comme la «fuite en Egypte» (cf. Mt 2, 13-23). La famille de Nazareth a subi une telle humiliation et a fait l’expérience directe de la précarité, de la peur et de la douleur de devoir quitter sa propre terre. Aujourd’hui encore, tant de nos frères et tant de nos sœurs sont contraints de vivre les mêmes injustices et souffrances. La cause est presque toujours l’arrogance et la violence des puissants. Il en a été également de même pour Jésus.
Le roi Hérode apprend des Mages la naissance du «roi des Juifs» et la nouvelle le bouleverse. Il ne se sent pas en sécurité, il se sent menacé dans son pouvoir. Il réunit donc toutes les autorités de Jérusalem pour s’informer sur le lieu de la naissance, et prie les Mages de le lui indiquer précisément, afin que — dit-il faussement — il puisse lui aussi aller l’adorer. Mais lorsqu’il se rend compte que les Mages sont partis dans une autre direction, il conçoit un plan diabolique: tuer tous les enfants de Bethléem âgés de deux ans et moins, car, selon le calcul des Mages, c’était l’espace de temps où Jésus était né.
Entre-temps, un ange ordonne à Joseph: «Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse. Car Hérode veut chercher l’enfant pour le tuer» (Mt 2, 13). Pensons aujourd’hui aux si nombreuses personnes qui ont cette inspiration: «Fuyons, fuyons, car nous sommes en danger ici». Le plan d’Hérode rappelle celui du Pharaon qui voulait jeter dans le Nil tous les jeunes garçons du peuple d’Israël (cf. Ex 1, 22). Et la fuite en Egypte évoque toute l’histoire d’Israël, depuis Abraham, qui y est resté (cf. Gn 12, 10), jusqu’à Joseph, fils de Jacob, vendu par ses frères (cf. Gn 37, 36) et puis devenu «chef du pays» (cf. Gn 41, 37-57); et à Moïse, qui a libéré son peuple de l’esclavage des Egyptiens (cf. Ex 1, 18).
La fuite de la Sainte Famille en Egypte sauve Jésus, mais n’empêche malheureusement pas Hérode de perpétrer son massacre. Nous sommes donc confrontés à deux personnalités opposées: d’un côté Hérode avec sa férocité et de l’autre côté Joseph avec son attention et son courage. Hérode a voulu défendre son pouvoir, sa «peau », avec une cruauté impitoyable, comme en témoignent également les exécutions d’une de ses femmes, de certains de ses enfants et de centaines d’opposants. C’était un homme cruel: pour résoudre les problèmes, il n’avait qu’une seule recette: «supprimer». Il est le symbole des nombreux tyrans d’hier et d’aujourd’hui. Et pour eux, pour ces tyrans, les gens ne comptent pas: c’est le pouvoir qui compte, et s’ils ont besoin d’espace pour le pouvoir, ils suppriment les gens. Et cela se passe aussi aujourd’hui: nous n’avons pas besoin de revenir à l’histoire ancienne, cela se passe aujourd’hui. C’est l’homme qui devient un «loup» pour les autres hommes. L’histoire regorge de personnalités qui, vivant à la merci de leurs peurs, tentent de les surmonter en exerçant le pouvoir de manière despotique et en accomplissant des actes de violence inhumains. Mais nous ne devons pas penser que nous vivons dans la perspective d’Hérode seulement si nous devenons des tyrans, non! En réalité, c’est une attitude dans laquelle nous pouvons tous tomber, chaque fois que nous essayons de bannir nos peurs par l’arrogance, même si elle n’est que verbale ou faite de petits abus réalisés pour mortifier ceux qui nous entourent. Dans nos cœurs, nous avons aussi la possibilité d’être de petits Hérode.
Joseph est le contraire d’Hérode: tout d’abord, il est «un homme juste» (Mt 1,19), tandis qu’Hérode est un dictateur; de plus, il fait preuve de courage en exécutant l’ordre de l’Ange. On peut imaginer les péripéties qu’il a dû affronter au cours du long et dangereux voyage et les difficultés liées au séjour dans un pays étranger, avec une autre langue: de nombreuses difficultés. Son courage apparaît également au moment de son retour, lorsque, rassuré par l’Ange, il surmonte ses craintes compréhensibles et s’installe avec Marie et Jésus à Nazareth (cf. Mt 2, 19-23). Hérode et Joseph sont deux personnages opposés, qui reflètent les deux faces de l’humanité de toujours. C’est une lieu commun erroné de considérer le courage comme la vertu exclusive du héros. En réalité, la vie quotidienne de chaque personne — la vôtre, la mienne, nous tous — exige du courage: on ne peut pas vivre sans courage! Le courage d’affronter les difficultés quotidiennes. De tous temps et dans toutes les cultures, nous trouvons des hommes et des femmes courageux qui, pour être cohérents avec leurs convictions, ont surmonté toutes sortes de difficultés, enduré l’injustice, la condamnation et même la mort. Le courage est synonyme de force, qui, avec la justice, la prudence et la tempérance, fait partie du groupe des vertus humaines connues sous le nom de vertus « cardinales ».
La leçon que nous laisse aujourd’hui Joseph est la suivante : la vie nous réserve toujours des adversités, cela est vrai, et face à elles nous pouvons aussi nous sentir menacés, avoir peur, mais ce n’est pas en faisant sortir le pire de nous, comme Hérode, que nous pourrons surmonter certains moments, mais plutôt en nous comportant comme Joseph qui réagit à la peur avec le courage de faire confiance à la Providence de Dieu. Aujourd’hui, je crois que nous devons prier pour tous les migrants, tous les persécutés et tous ceux qui sont victimes de circonstances défavorables: qu’elles soient politiques, historiques ou personnelles. Mais pensons aux nombreuses personnes victimes des guerres et qui veulent fuir leur patrie et ne le peuvent pas; pensons aux migrants qui entreprennent cette route pour chercher la liberté et nombreux finissent sur la route ou dans la mer; pensons à Jésus dans les bras de Joseph et Marie, en fuite, et voyons en Lui chacun des migrants d’aujourd’hui. La migration d’aujourd’hui est une réalité face à laquelle nous ne pouvons fermer les yeux. C’est un scandale social de l’humanité.
Saint Joseph,
Toi qui as fait l’expérience de la souffrance de ceux qui doivent fuir
Toi qui as été contraint de fuir
pour sauver la vie des personnes qui te sont chères,
protège tous ceux qui fuient à cause de la guerre,
de la haine, de la faim.
Soutiens-les dans leurs difficultés,
Renforce-les dans l’espérance, et fais-leur rencontrer l’accueil et la solidarité.
Guide leurs pas et ouvres les cœurs de ceux qui peuvent les aider. Amen.