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Mercredi 5 janvier 2022
6. Saint Joseph, le père putatif de Jésus
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, nous méditerons sur Saint Joseph comme père de Jésus. Les évangélistes Matthieu et Luc le présentent comme le père putatif de Jésus et non comme son père biologique. Matthieu le précise, en évitant la formule "engendra", utilisée dans la généalogie pour tous les ancêtres de Jésus ; mais il le définit comme "époux de Marie, de laquelle est né Jésus, appelé le Christ" (1,16). Alors que Luc l'affirme en disant qu'il était le père de Jésus "comme on le croyait" (3,23), c'est-à-dire qu'il apparaissait comme le père.
Pour comprendre la paternité putative ou légale de Joseph, il est nécessaire de garder à l'esprit que dans l'Antiquité, en Orient, l'institution de l'adoption était bien plus courante qu'aujourd'hui. Pensons au cas courant en Israël du "lévirat", formulé comme suit dans le Deutéronome : "Si l’un des frères meurt sans avoir de fils, l’épouse du défunt n’épousera pas quelqu’un d’étranger à la famille ; son beau-frère viendra vers elle et la prendra pour femme ; il accomplira ainsi envers elle son devoir de beau-frère. Le premier-né qu’elle mettra au monde perpétuera le nom du frère défunt ; ainsi, ce nom ne sera pas effacé d’Israël." (25, 5-6). En d'autres termes, le parent de cet enfant est le beau-frère, mais le père légal reste le défunt, ce qui donne au nouveau-né tous les droits héréditaires. L'objectif de cette loi était double : assurer la descendance du défunt et la préservation de la succession.
En tant que père officiel de Jésus, Joseph a exercé le droit d'imposer le nom à son fils, le reconnaissant ainsi légalement. Légalement, il est le père, mais pas biologiquement, il ne l'a pas engendré.
Dans les temps anciens, le nom était l'incarnation de l'identité d'une personne. Changer de nom signifiait se changer soi-même, comme dans le cas d'Abram, dont Dieu a changé le nom en "Abraham", qui signifie "père d'une multitude", "car, dit le Livre de la Genèse, il sera le père d'une multitude de nations" (17,5). Il en va de même pour Jacob, qui est appelé "Israël", ce qui signifie "celui qui lutte avec Dieu", car il a lutté avec Dieu pour le forcer à lui donner la bénédiction (cf. Gn 32,29 ; 35,10).
Mais surtout, donner un nom à quelqu'un ou à quelque chose signifiait affirmer son autorité sur ce qui était nommé, comme l'a fait Adam en donnant un nom à tous les animaux (cf. Gn 2, 19-20).
Joseph savait déjà qu'il y avait un nom préparé par Dieu pour le fils de Marie – le nom de Jésus, c’est son vrai Père Dieu qui le donne, le nom "Jésus", qui signifie "Le Seigneur sauve", comme l'ange lui avait expliqué : "Car il sauvera son peuple de ses péchés" (Mt 1,21). Cet aspect particulier de la figure de Joseph nous permet aujourd'hui une réflexion sur la paternité et la maternité. Et cela me semble très important : penser la paternité aujourd'hui. Parce que nous vivons dans une ère d'orphelinat notoire. C'est curieux : notre civilisation est un peu orpheline, et nous pouvons ressentir cette situation d’orphelin. Que la figure de saint Joseph nous aide à comprendre comment résoudre le sentiment d'orphelin qui nous fait tant souffrir aujourd'hui.
Il ne suffit pas de mettre un enfant au monde pour en être également père ou mère. "On ne naît pas père, mais on le devient. Et on ne le devient pas simplement parce qu'on met un enfant au monde, mais parce qu'on s'occupe de lui de manière responsable. Chaque fois que quelqu'un prend la responsabilité de la vie d'un autre, il exerce en un certain sens sa paternité envers lui" (Ex. Ap. Patris corde). Je pense particulièrement à tous ceux qui s'ouvrent à l'accueil de la vie par la voie de l'adoption, qui est une conduite si généreuse et belle. Joseph nous montre que ce type de lien n'est ni secondaire, ni une réflexion après coup. Ce type de choix fait partie des formes les plus élevées de l'amour, de la paternité et de la maternité. Combien d'enfants dans le monde attendent que quelqu'un s'occupe d'eux! Et combien de conjoints souhaitent être pères et mères mais n'en sont pas capables pour des raisons biologiques ; ou, bien même ayant déjà des enfants, ils veulent partager l'affection de leur famille avec ceux qui en sont restés privés. Nous ne devons pas avoir peur de choisir la voie de l'adoption, d’assumer le "risque" d'accueillir des enfants. Et aujourd'hui, aussi, avec l'orphelinat, il y a un certain égoïsme. L'autre jour, je parlais de l'hiver démographique que nous connaissons aujourd'hui : les gens ne veulent pas avoir d'enfants, ou seulement un et rien de plus. Et beaucoup de couples n'ont pas d'enfants parce qu'ils ne le veulent pas, ou ils n'en ont qu'un seul parce qu'ils n'en veulent plus, mais ils ont deux chiens, deux chats... Oui, les chiens et les chats prennent la place des enfants. Oui, c'est drôle, je comprends, mais c'est la réalité. Et ce déni de la paternité et de la maternité nous rabaisse, nous enlève notre humanité. Et ainsi la civilisation devient plus vieille et sans humanité, parce que l’on perd la richesse de la paternité et de la maternité. Et la patrie souffre, parce qu'elle n'a pas d'enfants et - comme quelqu'un l'a dit avec humour - "et maintenant, qui va payer les impôts pour ma retraite, comme il n'y a pas d'enfants ? Qui va s'occuper de moi ?" : il en riait, mais c'est vrai. Je demande à St Joseph la grâce d'éveiller les consciences et de réfléchir à ceci : avoir des enfants. La paternité et la maternité sont la plénitude de la vie d'une personne. Pensez-y. C'est vrai, il y a une paternité spirituelle pour ceux qui se consacrent à Dieu, et une maternité spirituelle ; mais ceux qui vivent dans le monde et se marient, doivent penser à avoir des enfants, à donner leur vie, parce que ce sont eux qui leur fermeront les yeux, qui penseront à leur avenir. Et aussi, si vous ne pouvez pas avoir d'enfants, pensez à l'adoption. C'est un risque, oui : avoir un enfant est toujours un risque, qu'il soit naturel ou adopté. Mais c’est plus risqué de ne pas en avoir. C’est plus risqué de nier la paternité, de nier la maternité, qu'elle soit réelle ou spirituelle. Un homme et une femme qui ne développent pas volontairement le sens de la paternité et de la maternité passent à côté de quelque chose de principal, d'important. Pensez-y, s'il vous plaît. Je souhaite que les institutions soient toujours promptes à aider dans le sens de l’adoption, en contrôlant sérieusement mais aussi en simplifiant la procédure nécessaire afin que puisse se réaliser le rêve de tant d'enfants qui ont besoin d'une famille, et de tant de conjoints qui souhaitent se donner dans l’amour. Il y a quelque temps, j'ai écouté le témoignage d'une personne, un médecin – une profession importante - il n'avait pas d'enfants et avec sa femme ils ont décidé d'en adopter un. Et le moment venu, on leur en a proposé un en disant : "Mais, nous ne savons pas comment se portera-t-il celui-là. Peut-être aurait-il une maladie". Et lui de rétorquer - il l'avait vu - il affirma : "Si vous m'aviez demandé ça avant que je sois ici, j'aurais peut-être dit non. Mais je l'ai vu : je le prends." C'est le désir d'être un père, d'être une mère même à travers l'adoption. N'ayez pas peur de cela.
Je prie pour que personne ne se sente privée d'un lien d'amour paternel. Et que ceux qui sont malades d'être orphelins aillent de l’avant sans ce sentiment si vilain. Que saint Joseph exerce sa protection et son aide envers les orphelins et qu'il intercède pour les couples qui désirent avoir un enfant. Pour cela, prions ensemble:
Saint Joseph,
toi qui as aimé Jésus d'un amour paternel,
sois proche de tant d’enfants qui sont sans famille
et qui désirent un père et une mère.
Soutiens les conjoints qui ne peuvent pas avoir d'enfants,
Aide-les à découvrir, à travers cette souffrance, un projet plus grand.
Fais que personne ne manque d'un foyer, de l’affection,
d’une personne qui s'occupe d'elle ;
et guéris l'égoïsme de qui se ferme à la vie,
afin qu'il ouvre son cœur à l'amour. Amen.










Mercredi 12 janvier 2022
Catéchèse sur saint Joseph - 7. Saint Joseph le charpentier
Chers frères et sœurs, bonjour !
Les évangélistes Matthieu et Marc définissent Joseph comme "menuisier" ou "charpentier". Nous avons entendu auparavant que les habitants de Nazareth, entendant Jésus parler, demandèrent : « N’est-ce pas le fils du charpentier ? » (13,55 ; cf. Mc 6:3). Jésus a exercé le métier de son père.
Le terme grec tekton, utilisé pour désigner le travail de Joseph, a été traduit de diverses manières. Les Pères latins de l'Église l'ont rendu par "charpentier". Mais n'oublions pas que dans la Palestine de l'époque de Jésus, le bois était utilisé non seulement pour fabriquer des charrues et divers meubles, mais aussi pour construire des maisons, qui avaient des charpentes en bois et des toits en terrasse faits de poutres raccordées par des branches et de la terre.
Par conséquent, le terme "charpentier" ou "menuisier" était une qualification générique, indiquant à la fois les artisans du bois et les travailleurs engagés dans des activités liées à la construction. C'était une profession plutôt difficile, car il fallait travailler avec des matériaux lourds comme le bois, la pierre et le fer. D'un point de vue économique, elle n'assurait pas de grands revenus, comme on peut le déduire du fait que Marie et Joseph, lorsqu'ils présentèrent Jésus au Temple, n'ont offert qu'un couple de tourterelles ou de colombes (cf. Lc 2,24), comme la Loi le prescrivait pour les pauvres (cf. Lv 12,8).
Ainsi, Jésus adolescent a appris ce métier de son père. C'est pourquoi, lorsqu'à l'âge adulte il commença à prêcher, ses voisins étonnés demandèrent : "Mais d’où viennent cette sagesse et ces miracles ?". (Mt 13,54), et ils en étaient choqués (cf. v. 57), parce qu’il était le fils d'un charpentier, mais parlait comme un docteur de la loi, cela les choquait.
Ce fait biographique concernant Joseph et Jésus me fait penser à tous les travailleurs du monde, en particulier ceux qui effectuent des travaux pénibles dans les mines et dans certaines usines ; ceux qui sont exploités par le travail au noir ; les victimes du travail : nous avons vu qu’en Italie récemment, il y en a eu beaucoup; les enfants qui sont forcés de travailler et ceux qui fouillent dans les décharges à la recherche d'un objet à revendre... Je répète ce que j'ai dit : les travailleurs cachés, les travailleurs qui font des travaux pénibles dans les mines et dans certaines usines : pensons à eux. Pensons à ceux qui sont exploités par le travail au noir, qui donnent le salaire de la contrebande, en cachette, sans pension, sans rien. Et si tu ne travailles pas, tu n'as aucune sécurité. Travail au noir. Et aujourd'hui, il y a beaucoup de travail au noir. Pensons aux victimes du travail, qui souffrent d'accidents du travail. Pensons aux enfants qui sont obligés de travailler : c'est terrible ! Un enfant à l'âge de jouer, obligé de travailler comme un adulte ! Les enfants forcés à travailler. Et pensons à ces pauvres, qui fouillent dans les décharges pour trouver quelque chose d'utile à troquer : ils vont dans les décharges... Tous ceux-là sont nos frères et sœurs, qui gagnent leur vie de cette façon : cela ne leur donne pas de dignité ! Pensons-y. Et cela se passe aujourd'hui, dans le monde, cela se passe aujourd'hui. Mais je pense aussi à qui est au chômage, [il dit : mais je pense aussi qu'il est au chômage] : combien de personnes vont frapper à la porte des usines, des entreprises : "Mais, y a-t-il quelque chose à faire ?". - "Non, il n'y en a pas, il n'y en a pas...". Le manque de travail. Et je pense aussi à ceux qui, à juste titre, se sentent blessés dans leur dignité parce qu'ils ne trouvent pas d'emploi. Ils retournent chez eux : "Eh ? As-tu trouvé quelque chose ?" - "Non, rien... je suis allé à Caritas et j'apporte du pain". Ce qui te donne de la dignité, c'est de ne pas ramener du pain à la maison. Tu peux le prendre à la Caritas : non, cela ne te donne pas de dignité. Ce qui te donne la dignité, c'est de gagner du pain, et si nous ne donnons pas à notre peuple, à nos hommes et à nos femmes, la possibilité de gagner du pain, c'est une injustice sociale dans ce lieu, dans cette nation, sur ce continent. Les gouvernants doivent donner à tous la possibilité de gagner leur pain, car ce gain leur donne de la dignité. C'est une onction de dignité, le travail. Et c'est important. Beaucoup de jeunes gens, tant de pères et tant de mères vivent le drame de ne pas avoir un emploi qui leur permette de vivre sereinement. Ils vivent au jour le jour. Et tant de fois, leur quête devient si dramatique qu'ils en viennent à perdre toute espérance et tout désir de vivre. En ces temps de pandémie, de nombreuses personnes ont perdu leur emploi – nous le savons - et certaines, écrasées par un fardeau insupportable, en sont arrivées à mettre fin à leurs jours. Je voudrais aujourd'hui rappeler le souvenir de chacun d'entre eux et de leurs familles. Faisons un instant de silence pour nous souvenir de ces hommes et de ces femmes qui sont désespérés parce qu'ils ne trouvent pas de travail.
On ne tient pas assez compte du fait que le travail est une composante essentielle dans la vie humaine et aussi sur le chemin de sanctification. Le travail n'est pas seulement un moyen de gagner sa vie : c'est aussi un lieu où nous nous réalisons, où nous nous sentons utiles et où nous apprenons la grande leçon du concret, qui aide la vie spirituelle à ne pas devenir du spiritualisme. Mais malheureusement, le travail est souvent otage de l'injustice sociale et, au lieu d'être un moyen d'humanisation, il devient une périphérie existentielle. Je me demande souvent : avec quel esprit faisons-nous notre travail quotidien ? Comment gérons-nous la fatigue ? Considérons-nous que notre activité est liée uniquement à notre propre destin ou également à celui des autres ? En fait, le travail est un moyen d'exprimer notre personnalité, qui est par nature relationnelle. Et le travail est aussi un moyen d'exprimer notre créativité : chacun fait son travail à sa manière, avec son propre style ; le même travail mais avec un style différent.
C’est beau de penser que Jésus lui-même a travaillé et qu'il a appris cet art de saint Joseph. Nous devons aujourd’hui, nous demander ce que nous pouvons faire pour récupérer la valeur du travail ; et quelle contribution nous pouvons apporter, en tant qu'Église, afin qu'il soit libéré de la logique du simple profit et puisse être vécu comme un droit et un devoir fondamentaux de la personne, exprimant et accroissant sa dignité ?
Chers frères et sœurs, pour tout cela, je voudrais aujourd'hui réciter avec vous la prière que saint Paul VI a adressée à saint Joseph le 1er mai 1969 :
Ô Saint Joseph,
Patron de l'Église
toi qui, à côté du Verbe Incarné
travailla chaque jour pour gagner le pain
tirant de Lui la force de vivre et de peiner;
toi qui éprouva l’angoisse des lendemains,
l'amertume de la pauvreté, la précarité du travail :
toi qui fait brillé aujourd'hui, l'exemple de ta personne,
humble devant les hommes
mais très grande devant Dieu,
protège les travailleurs dans leur dure existence quotidienne
empêche-les [il dit : défends-les] de tomber dans le découragement,
la révolte négative,
comme dans les tentations du plaisir;
et maintiens la paix dans le monde,
cette paix qui seule peut garantir le développement des peuples. Amen.










Mercredi 19 janvier 2022
Catéchèse sur saint Joseph - 8. Saint Joseph père dans la tendresse
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, je voudrais approfondir la figure de Saint Joseph comme père de tendresse.
Dans ma Lettre Apostolique Patris corde (8 décembre 2020), j'ai eu l'occasion de réfléchir à cet aspect de la tendresse, un aspect de la personnalité de saint Joseph. En effet, même si les Évangiles ne nous donnent aucun détail sur la manière dont il a exercé sa paternité, nous pouvons être sûrs que le fait qu'il soit un homme "juste" s'est également traduit dans l'éducation donnée à Jésus. « Joseph a vu Jésus grandir jour après jour "en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes." (Lc 2, 52) : C'est ce que dit l'Évangile. Comme le Seigneur le fit avec Israël, il lui a "appris à marcher, a Jésus, en le tenant par la main ; il était pour lui comme le père qui soulève un nourrisson tout contre sa joue ; il se penchait vers lui pour le nourrir" (cf. Os 11, 3-4) » (Patris corde, 2). Elle est belle cette définition de la Bible qui fait voir la relation de Dieu avec le peuple d'Israël. Et nous pensons que c’est la même relation celle de St Joseph avec Jésus.
Les évangiles témoignent que Jésus a toujours utilisé le mot "père" pour parler de Dieu et de son amour. De nombreuses paraboles ont comme protagoniste la figure du père (Cfr Mt 15,13; 21,28-30; 22,2; Lc 15,11-32; Jn 5,19-23; 6,32-40; 14,2;15,1.8.).  L'une des plus célèbres est certainement celle du Père miséricordieux, racontée par l'évangéliste Luc (cf. Lc 15, 11-32). Cette parabole met l'accent par-delà l'expérience du péché et du pardon, sur la manière dont le pardon atteint la personne qui a commis une faute. Le texte dit : « Comme il était encore loin de la maison – le fils pécheur qui s’était éloigné – quand il était encore loin son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. » (v. 20). Le fils s'attendait à une punition, une justice qui, tout au plus, aurait pu lui donner la place d'un des serviteurs, mais il se retrouve enveloppé dans l'étreinte de son père. La tendresse est quelque chose de plus grand que la logique du monde. C'est une façon inattendue de rendre justice. C'est pourquoi nous ne devons jamais oublier que Dieu n'est pas effrayé par nos péchés : mettons-nous cela bien en tête. Dieu n'est pas effrayé par nos péchés, il est plus grand que nos péchés. Il est père, il est amour, il est tendre. Il n'est pas effrayé par nos péchés, nos erreurs, nos chutes, mais il est effrayé par la fermeture de notre cœur – cela oui le fait souffrir – il est effrayé par notre manque de foi en son amour. Il y a une grande tendresse dans l'expérience de l'amour de Dieu. Et c’est beau de penser que la première personne à transmettre cette réalité à Jésus a été Joseph lui-même. Car les choses de Dieu nous parviennent toujours par la médiation d'expériences humaines. Il y a quelque temps - je ne sais pas si je vous l'ai déjà raconté - un groupe de jeunes gens qui font du théâtre, un groupe de jeunes gens pop, "en avance sur leur temps", a été frappé par cette parabole du père miséricordieux et a décidé de faire une œuvre de théâtre pop avec ce sujet, avec cette histoire. Et ils l'ont bien fait. Et tout l'argument est, à la fin, qu'un ami écoute le fils qui s'est éloigné de son père, qui voulait rentrer à la maison mais qui avait peur que son père le mette dehors et le punisse et toutes ces choses. Et l'ami lui dit, dans cet opéra pop : "Envoie un messager et dis que tu veux rentrer chez toi, et si le père le reçoit, qu’il mette un mouchoir à la fenêtre, la fenêtre que tu verras dès que tu prendras le dernier chemin". Cela a été donc fait. Et l'opéra, avec des chants et des danses, continue jusqu'au moment où le fils emprunte le chemin final et l’on voit la maison. Et quand il lève les yeux, il voit la maison pleine de mouchoirs blancs : pleine. Pas une, toutes les fenêtres, trois ou quatre par fenêtre. C'est ça la miséricorde de Dieu. Il n'a pas peur de notre passé, de nos mauvaises choses : non. Il a seulement peur de la fermeture. Donc... nous avons tous des comptes à régler ; mais régler ses comptes avec Dieu est une très belle chose, car nous commençons à parler et Lui nous embrasse. La tendresse.
Nous pouvons donc nous demander si nous avons nous-mêmes fait l'expérience de cette tendresse, et si nous en sommes devenus à notre tour les témoins. Pensons. Car la tendresse n'est pas d'abord une affaire d'émotion ou de sentiment : non. C'est l'expérience de se sentir aimé et accueilli précisément dans notre pauvreté et dans notre misère, et ainsi transformé par l'amour de Dieu.
Dieu ne compte pas seulement sur nos talents : non, mais aussi sur notre faiblesse rachetée. Notre faiblesse est rachetée et Lui s'appuie sur cela. Ce qui fait dire à saint Paul, par exemple, qu'il y a un plan aussi pour sa fragilité. En effet, il écrit à la communauté de Corinthe : « Pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler […] C'est pourquoi par trois fois, j’ai prié le Seigneur d’écarter cela de moi. Et il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (2 Cor 12, 7-9). Le Seigneur ne supprime pas toutes les faiblesses, mais il nous aide à marcher avec les faiblesses, en nous prenant Lui-même par la main. Mais comment ? Oui, Il prend nos faiblesses par la main, nous avec les faiblesses, près de nous. Et c'est ça la tendresse. L'expérience de la tendresse consiste à voir la puissance de Dieu traverser précisément ce qui nous rend plus fragiles ; à condition toutefois de nous convertir du regard du Malin qui « nous pousse à regarder notre fragilité avec un jugement négatif », tandis que l'Esprit Saint « la met en lumière avec tendresse » (Patris corde, 2). « La tendresse est le meilleur moyen de toucher ce qui est fragile en nous » (ibid.). Voyez comment les infirmières et les infirmiers touchent les plaies des malades : avec tendresse, pour ne pas les blesser davantage. C'est ainsi que le Seigneur touche nos blessures, avec la même tendresse. « C’est pourquoi il est important de rencontrer la Miséricorde de Dieu, notamment dans le Sacrement de la Réconciliation », dans la prière personnelle avec Dieu, « en faisant une expérience de vérité et de tendresse. Paradoxalement, le Malin aussi peut nous dire la vérité - lui, c'est un menteur, mais il s'arrange pour nous dire la vérité afin de me conduire au mensonge -, mais s’il le fait, c’est pour nous condamner ». Le Seigneur nous dit la vérité et nous tends la main pour nous sauver. «Nous savons cependant que la Vérité qui vient de Dieu ne nous condamne pas, mais qu’elle nous accueille, nous embrasse, nous soutient, nous pardonne » (cf. ibid.). Dieu pardonne toujours : mettez cela dans la tête et le cœur. Dieu pardonne toujours. C'est nous qui nous fatiguons à demander le pardon. Mais il pardonne toujours. Les choses les plus laides.
Cela nous fait donc du bien de nous contempler dans la paternité de Joseph qui est un miroir de la paternité de Dieu, et de nous demander si nous permettons au Seigneur de nous aimer avec sa tendresse, transformant chacun de nous en hommes et en femmes capables d'aimer de cette manière. Sans cette "révolution de la tendresse" - une révolution de la tendresse est nécessaire ! - et sans cette révolution de la tendresse nous risquons de rester emprisonnés dans une justice qui ne nous permet pas de nous relever facilement et qui confond la rédemption avec la punition. C'est pourquoi, aujourd'hui, je veux me souvenir d'une façon particulière de nos frères et sœurs qui sont en prison. Il est juste que qui a commis une faute paie pour son erreur, mais il est encore plus juste que qui a commis une faute puisse se racheter de son erreur. Il ne peut y avoir de condamnations sans une fenêtre d'espérance. Toute condamnation comporte toujours une fenêtre d'espérance. Pensons à nos frères et sœurs en prison, pensons à la tendresse de Dieu pour eux, et prions pour eux, afin qu'ils trouvent dans cette fenêtre d'espérance un passage vers une vie meilleure.
Et nous concluons avec cette prière :
Saint Joseph, père dans la tendresse,
apprends nous à accepter d’être aimés précisément dans ce qui en nous est plus faible.
Accorde-nous de ne placer aucun obstacle
entre notre pauvreté et la grandeur de l'amour de Dieu.
Suscite en nous le désir de nous approcher de la réconciliation,
pour être pardonnés et aussi rendus capables d'aimer avec tendresse
nos frères et sœurs dans leur pauvreté.
Sois proche de ceux qui ont fait le mal et qui en paient le prix ;
Aide-les à trouver ensemble avec la justice également la tendresse pour pouvoir recommencer.
Et apprends leur que le premier moyen pour recommencer
est de demander sincèrement pardon, pour sentir la caresse du Père.
Merci.
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Mercredi 26 janvier 2022
Catéchèse sur saint Joseph - 9. Saint Joseph, un homme qui “songe”
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, je voudrais méditer sur la figure de saint Joseph comme un homme qui songe. Dans la Bible, comme dans les cultures des peuples anciens, les songes étaient considérés comme un moyen à travers lequel Dieu se révélait (Cfr  Gn 20,3; 28,12; 31,11.24; 40,8; 41,1-32;  Nb 12,6;  1 Sam 3,3-10;  Dn 2; 4;  Job 33,15). Le songe symbolise la vie spirituelle de chacun de nous, cet espace intérieur, que chacun est appelé à cultiver et à garder, où Dieu se manifeste et souvent nous parle. Mais nous devons aussi dire qu'en chacun de nous, il n'y a pas seulement la voix de Dieu : il y a beaucoup d'autres voix. Par exemple, les voix de nos peurs, les voix des expériences passées, les voix des espoirs ; et il y a aussi la voix du malin qui veut nous tromper et nous confondre. Il est donc important d’arriver à reconnaître la voix de Dieu parmi d'autres voix. Joseph démontre qu'il sait cultiver le silence nécessaire et, surtout, prendre les bonnes décisions devant la Parole que le Seigneur lui adresse intérieurement. Aujourd'hui, il serait bon que nous reprenions les quatre songes de l'Évangile dont il est le protagoniste, afin de comprendre comment nous placer devant la révélation de Dieu. L'Évangile nous relate quatre songes de Joseph.
Dans le premier songe (cf. Mt 1, 18-25), l'ange aide Joseph à résoudre le drame qui l'assaille lorsqu'il apprend la grossesse de Marie : "Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés." (v. 20-21). Et sa réponse fut immédiate : "Quand il se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit" (v. 24). Souvent la vie nous met face à des situations que nous ne comprenons pas et qui semblent sans solution. Prier en ces moments-là. Cela signifie laisser que le Seigneur nous indique la chose juste à faire. En fait, très souvent, c'est la prière qui fait apparaitre l'intuition de la porte de sortie, comment résoudre cette situation. Chers frères et sœurs, le Seigneur ne permet jamais qu'un problème survienne sans nous donner également l'aide nécessaire pour y faire face. Il ne nous jette pas dans le four tout seul. Il ne nous jette pas parmi les bêtes. Non. Le Seigneur, quand il nous montre un problème ou nous révèle un problème, il nous donne toujours la perspicacité, l'aide, sa présence, pour nous en sortir, pour le résoudre.
Et le second songe révélateur de Joseph survient lorsque la vie de l'enfant Jésus est en danger. Le message est clair : "Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr." (Mt 2, 13). Joseph obéit sans hésiter : " Il se leva dans la nuit – dit l'Évangile -, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode" (v. 14-15). Dans la vie, tous nous sommes confrontés à des dangers qui menacent notre existence ou celle de ceux que nous aimons. Dans ces situations, prier signifie écouter la voix qui peut faire naitre en nous le même courage que Joseph, pour affronter les difficultés sans succomber.
En Égypte, Joseph attend un signe de Dieu pour pouvoir rentrer chez lui, et c'est le contenu du troisième songe. L'ange lui révèle que ceux qui voulaient tuer l'enfant sont morts et lui ordonne de partir avec Marie et Jésus et de retourner dans sa patrie (cf. Mt 2, 19-20). "Joseph se leva– dit l'Évangile -, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël." (v. 21). Mais durant le voyage du retour, "apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre." (v. 22). Voici donc la quatrième révélation : "Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth" (v. 22-23). La peur aussi fait partie de la vie et nécessite, elle aussi notre prière. Dieu ne nous promet pas que nous n'aurons jamais peur, mais que, avec son aide, la peur ne sera pas le critère de nos décisions. Joseph éprouve la peur, mais Dieu le guide aussi à travers elle. Le pouvoir de la prière apporte la lumière dans des situations d'obscurité.
Je pense en ce moment à tant de personnes qui sont écrasées par le poids de la vie et ne peuvent plus espérer ni prier. Que saint Joseph les aide à s'ouvrir au dialogue avec Dieu, à y trouver lumière, force et paix, aide. Et aussi, je pense aux parents face aux problèmes de leurs enfants. Des enfants atteints de nombreuses maladies, des enfants malades, même avec des maladies chroniques. Quelle douleur il y a là. Les parents qui voient des orientations sexuelles différentes chez leurs enfants ; comment gérer cela et accompagner leurs enfants et ne pas se réfugier dans une attitude condamnatoire. Les parents qui voient leurs enfants partir à cause d'une maladie, et aussi - c'est plus triste, on le lit tous les jours dans les journaux - les enfants qui font une bêtise et finissent dans un accident de voiture. Des parents qui voient leurs enfants qui ne progressent pas à l'école et ne savent comment faire... Autant de problèmes de parents. Pensons-y : comment les aider. Et à ces parents, je dis : n'ayez pas peur. Oui, il y a de la douleur. Beaucoup. Mais pensez au Seigneur, pensez à la façon dont Joseph a résolu les problèmes et demandez à Joseph de vous aider. Ne jamais condamner un enfant. Cela me révèle tant de tendresse - c'était le cas à Buenos Aires - lorsque je prenais le bus et qu'il passait devant la prison. Il y avait une queue de personnes qui devaient entrer pour rendre visite aux prisonniers. Et il y avait là les mères. Et j'ai été tellement touchée par cette mère qui, face au problème d'un fils qui a commis une erreur et qui est en prison, ne le laisse pas seul, s’expose publiquement et l'accompagne. Ce courage ; le courage d'un père et d'une mère qui accompagnent leurs enfants toujours, toujours. Demandons au Seigneur de donner ce courage à tous les pères et mères, comme il l'a donné à Joseph. Et prier, non ? Prier pour que le Seigneur nous aide dans ces moments.
La prière, cependant, n'est jamais un geste abstrait ou intimiste comme veulent le faire ces mouvements spiritualistes plus gnostiques que chrétiens. Non, ce n'est pas ça. La prière est toujours indissolublement liée à la charité. Ce n'est que lorsque nous unissons la prière avec l'amour des enfants pour le cas que je viens d'évoquer ou l'amour pour notre prochain que nous pouvons comprendre les messages du Seigneur. Joseph priait, travaillait et aimait, - trois belles choses pour les parents : prier, travailler et aimer - et pour cela il a toujours reçu ce dont il avait besoin pour affronter les épreuves de la vie. Confions-nous à lui et à son intercession.
Saint Joseph, tu es l’homme qui songe,
apprends-nous à retrouver la vie spirituelle
comme le lieu intérieur où Dieu se manifeste et nous sauve.
Éloigne de nous la pensée que prier soit inutile ;
aide chacun de nous à correspondre à ce que le Seigneur nous indique.
Que nos raisonnements soient irradiés de la lumière de l'Esprit,
notre cœur encouragé par Sa force
et nos peurs sauvées par Sa miséricorde.
Amen.
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Mercredi 2 février 2022
Catéchèse sur saint Joseph - 10. Saint Joseph et la communion des saints
Chers frères et sœurs, bonjour !
Ces dernières semaines, nous avons pu approfondir notre compréhension de la figure de saint Joseph, guidés par les rares mais importantes informations que donnent les Évangiles, et aussi par les aspects de sa personnalité que l'Église, au cours des siècles, a su mettre en valeur à travers la prière et la dévotion. En partant précisément de ce "sens commun" de l'Église qui, dans l'histoire de l'Église, a accompagné la figure de saint Joseph, je voudrais aujourd'hui méditer sur un article important de la foi qui peut enrichir notre vie chrétienne et qui peut également améliorer notre relation avec les saints et avec nos chers défunts : je parle de la communion des saints. Nous disons souvent dans le Credo : "Je crois en la communion des saints". Mais si on demande ce qu'est la communion des saints, je me souviens qu'enfant, je répondais immédiatement : "Ah, les saints communient". C'est quelque chose que... nous ne comprenons pas ce que nous disons. Qu'est-ce que la communion des saints ? Ce n'est pas que les saints communient, ce n'est pas ça : c'est autre chose.
Parfois, même le christianisme peut tomber dans des formes de dévotion qui renvoient à une mentalité plus païenne que chrétienne. La différence fondamentale est que notre prière et notre dévotion de fidèles ne se fondent pas, dans ce cas, sur la foi en un être humain, ou en une image ou un objet, même si nous savons qu'ils sont sacrés. Le prophète Jérémie nous rappelle : "Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un homme [...] Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur" (17,5-7). Même lorsque nous comptons pleinement sur l'intercession d'un saint, ou plus encore de la Vierge Marie, notre foi n'a de valeur que par rapport au Christ. Comme si le chemin vers ce saint ou cette Vierge ne conduisait pas là : non. Il va là, mais en relation à Christ. C'est le lien, Christ est le lien qui nous unit à Lui et les uns aux autres qui a un nom spécifique : ce lien qui nous unit tous, entre nous et nous avec le Christ, c'est la "communion des saints". Ce ne sont pas les saints qui opèrent des miracles, non ! "Ce saint est tellement miraculeux... " : non, arrête : les saints ne font pas de miracles, mais seulement la grâce de Dieu qui agit à travers eux. Les miracles ont été faits par Dieu, par la grâce de Dieu qui agit à travers une personne sainte, une personne juste. Cela doit être clair. Il y a des gens qui disent : "Je ne crois pas en Dieu, je ne sais pas, mais je crois en ce saint". Non, c'est erroné. Le saint est un intercesseur, celui qui prie pour nous et nous le prions, et il prie pour nous et le Seigneur nous donne la grâce : le Seigneur, à travers le saint.
Qu'est-ce donc que la "communion des saints" ? Le Catéchisme de l'Église Catholique affirme : " La communion des saints est précisément l'Église " (n° 946). Quelle belle définition ! "La communion des saints est précisément l'Église". Qu'est-ce que cela signifie ? Que l'Église est réservée aux parfaits ? Non. Cela signifie qu'il s'agit de la communauté des pécheurs sauvés. L'Église est la communauté des pécheurs sauvés. Elle est belle, cette définition. Personne ne peut s'exclure de l'Église, nous sommes tous des pécheurs sauvés. Notre sainteté est le fruit de l'amour de Dieu qui s’est manifesté dans le Christ, qui nous sanctifie en nous aimant dans notre misère et en nous en sauvant. Toujours grâce à Lui, nous formons un seul corps, dit saint Paul, dans lequel Jésus est la tête et nous les membres (cf. 1 Co 12, 12). Cette image du corps du Christ et l’image du corps nous fait comprendre immédiatement ce que signifie être liés les uns aux autres en communion : Écoutons saint Paul, ce qu’il dit : "Si un seul membre souffre - écrit saint Paul - tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps" (1 Co 12, 26-27). Voilà ce que dit Paul : nous sommes tous un seul corps, tous unis par la foi, par le baptême... Tous en communion : unis en communion avec Jésus-Christ. Et c'est la communion des saints.
Chers frères et sœurs, la joie et la tristesse qui touchent ma vie affectent tout le monde, tout comme la joie et la tristesse qui touchent la vie du frère et de la sœur à côté de nous m'affectent également. Je ne peux pas être indifférent aux autres, car nous sommes tous dans un seul corps, en communion. Dans ce sens, même le péché d'une personne individuelle affecte toujours tout le monde, et l'amour de chaque personne individuelle affecte tout le monde. En vertu de la communion des saints, de cette union, chaque membre de l'Église est lié à moi d'une manière profonde : mais je ne dis pas à moi parce que je suis le Pape ; à chacun de nous, il est lié, nous avons été liés et liés d'une manière profonde, et ce lien est si fort qu'il ne peut être rompu pas même par la mort : même pas par la mort. En effet, la communion des saints ne concerne pas seulement les frères et sœurs qui sont à mes côtés en ce moment de l'histoire, ou qui vivent en ce moment de l’histoire, mais concerne aussi ceux qui ont achevé leur parcours, le pèlerinage terrestre et ont franchi le seuil de la mort. Même eux sont en communion avec nous. Pensons-y, chers frères et sœurs : dans le Christ, personne ne peut jamais vraiment nous séparer de ceux que nous aimons parce que le lien est un lien existentiel, un lien fort qui est dans notre nature même ; seule la manière d'être ensemble eux avec chacun d'entre nous change, mais rien ni personne ne peut briser ce lien. "Père, pensons à ceux qui ont renié la foi, qui sont apostats, qui sont les persécuteurs de l'Église, qui ont renié leur baptême : ceux-là aussi sont-ils à la maison ?". Oui, ceux-là aussi. Tous. Les blasphémateurs, tous autant qu'ils sont. Nous sommes frères. C'est la communion des saints. La communion des saints maintient ensemble la communauté des croyants sur la terre et dans le Ciel. Et sur la terre, les saints, les pécheurs, tout le monde.
Dans ce sens, la relation d'amitié que je peux établir avec un frère ou une sœur à côté de moi, je peux aussi l'établir avec un frère ou une sœur qui est au Ciel. Les saints sont des amis avec lesquels nous entrons très souvent en relation d’amitié. Ce que nous appelons dévotion à un saint - je suis très dévoué à ce saint, à cette sainte - ce que nous appelons dévotion est en fait une façon d'exprimer l’amour fondé précisément sur ce lien qui nous unit. De même, dans la vie de tous les jours, on peut dire : "Mais, cette personne a tant de dévotion pour ses vieux parents" : non, c'est une façon d'aimer, une expression de l'amour. Et nous savons tous que nous pouvons toujours nous tourner vers un ami, surtout lorsque nous sommes en difficulté et avons besoin d'aide.  Et nous avons des amis au Ciel. Tous, nous avons besoin d'amis ; tous nous avons besoin de relations significatives qui nous aident à affronter la vie. Jésus aussi avait ses amis, et il s'est tourné vers eux aux moments les plus décisifs de son expérience humaine. Dans l'histoire de l'Église, il y a quelques constantes qui accompagnent la communauté des croyants : tout d'abord, la grande affection et le lien très fort que l'Église a toujours ressenti envers Marie, Mère de Dieu et notre Mère. Mais aussi l'honneur et l'affection particuliers qu'elle a accordés à St Joseph. Au fonds, Dieu lui confie ce qu'il a de plus précieux : son Fils Jésus et la Vierge Marie. C'est toujours grâce à la communion des saints que nous sentons proches de nous, les saints et les saintes qui sont nos patrons, par le nom que nous portons, par exemple, par l'Église à laquelle nous appartenons, par le lieu où nous vivons, et ainsi de suite, même par une dévotion personnelle. Et c’est cette confiance qui doit toujours nous animer en nous tournant vers eux aux moments décisifs de notre vie. Ce n'est pas de la magie, ce n'est pas de la superstition, la dévotion aux saints ; c'est simplement parler à un frère, une sœur qui est devant Dieu, qui a mené une vie juste, une vie sainte, une vie modèle, et qui est maintenant devant Dieu. Et je parle à ce frère, à cette sœur, et je demande son intercession pour les besoins que j'ai.
C'est précisément pour cette raison que je veux conclure cette catéchèse par une prière à saint Joseph à laquelle je suis particulièrement attaché et que je récite chaque jour depuis de nombreuses années, plus de 40 ans. C'est une prière que j'ai trouvée dans un livre de prières des Sœurs de Jésus et de Marie, datant de la fin des années 1700. Elle est très belle, mais plus qu'une prière, c'est un défi à cet ami, à ce père, à notre protecteur qu'est saint Joseph. Ce serait bien que vous appreniez cette prière et puissiez la répéter. Je vais la lire : « Glorieux Patriarche saint Joseph dont la puissance sait rendre possibles les choses impossibles, viens à mon aide en ces moments d’angoisse et de difficulté. Prends sous ta protection les situations si graves et difficiles que je te recommande, afin qu'elles aient une heureuse issue. Mon bien-aimé Père, toute ma confiance est en toi. Toute ma confiance est en toi. Qu'il ne soit pas dit que je t’ai invoqué en vain, et puisque tu peux tout auprès de Jésus et de Marie, montre-moi que ta bonté est aussi grande que ton pouvoir. » Et il se termine par un défi, il s'agit d'un défi à Saint Joseph : " Puisque tu peux tout auprès de Jésus et de Marie, montre-moi que ta bonté est aussi grande que ton pouvoir.". C'est une prière ... Je me confie à St Joseph tous les jours avec cette prière depuis plus de 40 ans : c'est une vieille prière. Amen.
Allez, courage, dans cette communion de tous les saints que nous avons au ciel et sur la terre : le Seigneur ne nous abandonne pas. Merci
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Mercredi 9 février 2022
Catéchèse sur saint Joseph - 11. Saint Joseph, patron de la bonne mort
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans la dernière catéchèse, stimulée une fois encore par la figure de Saint Joseph, nous avons réfléchi sur le sens de la communion des saints. Et c'est précisément à partir de là que je voudrais aujourd'hui approfondir la dévotion particulière que le peuple chrétien a toujours eu pour Saint Joseph, comme patron de la bonne mort. Une dévotion née de la pensée que Joseph soit mort avec l'assistance de la Vierge Marie et de Jésus, avant que ceux-ci ne quittent la maison de Nazareth. Il n'y a pas de données historiques, mais [sic] comme on ne voit plus Joseph dans la vie publique, on pense qu'il est mort là, à Nazareth, dans sa famille. Et pour l’accompagner dans la mort, Jésus et Marie étaient là.
Le pape Benoît XV, il y a un siècle, écrivait que « par Joseph, nous allons directement à Marie, et par Marie à l'origine de toute sainteté, qui est Jésus ». Aussi bien Joseph que Marie nous aident à aller à Jésus. Et encourageant les pratiques pieuses en l'honneur de saint Joseph, il en recommande une en particulier, et disait ceci : « Puisqu'il est considéré à juste titre comme le protecteur le plus efficace des mourants, ayant expiré avec l'assistance de Jésus et de Marie, il sera du ressort des saints pasteurs d'inculquer et de favoriser [...] les pieuses associations qui ont été instituées pour implorer Joseph en faveur des mourants, comme celles "de la Bonne Mort", du "Transit de Saint Joseph" et "pour les Agonisants" ». (Motu proprio Bonum sane, 25 juillet 1920) : c’étaient les associations de l'époque.
Chers frères et sœurs, peut-être certains pensent-ils que ce langage et ce thème ne sont qu'un héritage du passé, mais en réalité notre relation avec la mort ne concerne jamais le passé, mais c’est toujours le présent. Le pape Benoît disait il a quelques jours, en parlant de lui-même, qu'il "se tient devant la porte obscure de la mort". C’est bien de remercier le Pape qui a cette lucidité, à 95 ans, pour nous dire ceci : "Je suis devant l'obscurité de la mort, la porte obscure de la mort". Un bon conseil qu'il nous a donné, n'est-ce pas ? La soi-disant culture "du bien-être " tente d’évacuer la réalité de la mort, mais de manière spectaculaire la pandémie de coronavirus l'a remise en évidence. Cela a été terrible : la mort était partout, et tant de frères et de sœurs ont perdu des êtres chers sans pouvoir être près d'eux, ce qui a rendu la mort encore plus difficile à accepter et à traiter. Une infirmière me racontait qu'elle se trouvait devant une grand-mère en train de mourir de Covid, et qu'elle lui a dit : "Je voudrais dire au revoir aux miens avant de m’en aller". Et l'infirmière, assez courageuse, a sorti son téléphone portable et l'a connectée avec les siens. La tendresse de cet adieu...
Malgré cela, l’on cherche par tous les moyens d’écarter la pensée de notre finitude, s’illusionnant ainsi d’ôter à la mort son pouvoir et chasser la peur. Mais la foi chrétienne n'est pas une façon d'exorciser la peur de la mort, elle nous aide plutôt à l'affronter. Tôt ou tard, tous nous passerons par cette porte...
La vraie lumière qui éclaire le mystère de la mort vient de la résurrection du Christ. Voici la lumière. Et saint Paul écrit : « Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co 15, 12-14). C’est une certitude : Christ est ressuscité, Christ est ressuscité, le Christ est vivant parmi nous. Et c'est la lumière qui nous attend derrière cette porte obscure de la mort.
Chers frères et sœurs, ce n'est que par la foi en la résurrection que nous pouvons regarder l'abîme de la mort sans être submergés par la peur. Non seulement cela, mais nous pouvons redonner un rôle positif à la mort. En effet, la réflexion sur la mort, éclairée par le mystère du Christ, nous aide à regarder d'un œil nouveau toute la vie. Je n'ai jamais vu un camion de déménagement derrière un corbillard ! Derrière un corbillard : jamais vu. Nous irons seuls, sans rien dans les poches du linceul : rien. Parce que le linceul n'a pas de poches. Cette solitude de la mort : c'est vrai, je n'ai jamais vu un camion de déménagement derrière un corbillard.  Il ne sert à rien d'accumuler si un jour nous mourrons. Ce que nous devons accumuler, c'est la charité, la capacité de partager, la capacité de ne pas rester indifférent aux besoins des autres. Ou encore, à quoi bon se disputer avec un frère, ou avec une sœur, un ami, un membre de la famille ou un frère ou une sœur dans la foi si ensuite un jour nous mourrons ? Quel est l'intérêt de se mettre en colère, de se mettre en colère contre les autres ? Face à la mort, tant de questions sont redimensionnées. C’est bon de mourir réconcilié, sans rancune et sans regret ! Je voudrais dire une vérité : tous nous cheminons vers cette porte, tous.
L'Évangile nous dit que la mort arrive comme un voleur, comme le dit Jésus : elle arrive comme un voleur, et même si nous essayons de maîtriser son arrivée, peut-être en planifiant notre propre mort, elle reste un événement avec lequel nous devons compter et devant lequel nous devons aussi faire des choix.
Deux considérations s'imposent à nous, chrétiens. La première est que nous ne pouvons pas éviter la mort, et c'est précisément pour cette raison que, après avoir fait tout ce qui est humainement possible pour guérir la personne malade, il est immoral de s'engager dans l'acharnement thérapeutique (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n. 2278). Cette phrase du peuple fidèle de Dieu, des gens simples : "Laisse-le mourir en paix", "aide-le à mourir en paix" : quelle sagesse ! La deuxième considération concerne la qualité de la mort elle-même, la qualité de la douleur, de la souffrance. En effet, nous devons être reconnaissants pour toute l'aide que la médecine s'efforce d'apporter, afin que, grâce aux "soins palliatifs", toute personne qui s'apprête à vivre la dernière partie de sa vie puisse le faire de la manière la plus humaine possible. Cependant, il faut se garder de confondre cette aide avec des dérives inacceptables qui portent à tuer. Nous devons accompagner les personnes jusqu'à la mort, mais ne pas la provoquer ni favoriser aucune forme de suicide. Je rappelle que le droit aux soins et aux traitements pour tous doit toujours être prioritaire, afin que les plus faibles, notamment les personnes âgées et les malades, ne soient jamais écartés. En effet, La vie est un droit, non la mort, celle-ci doit être accueillie, non administrée. Et ce principe éthique concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens ou les croyants. Mais je voudrais souligner ici un problème social mais réel. Cette "planification" - je ne sais pas si c'est le mot qui convient - mais l'accélération de la mort des personnes âgées. Nous constatons souvent, dans une certaine classe sociale, que les personnes âgées, parce qu'elles n'ont pas les moyens, reçoivent moins de médicaments par rapport à ce dont ils auraient besoin, et c'est inhumain : cela ce n’est pas les aider, cela c’est les pousser plus rapidement vers la mort. Et cela n'est ni humain ni chrétien. Il faut prendre soin des personnes âgées comme d'un trésor de l'humanité : elles sont notre sagesse. Et si elles ne parlent pas, et si elles sont dénuées de sens, mais elles sont le symbole de la sagesse humaine. Ce sont ceux qui nous ont précédés et qui nous ont laissé tant de belles choses, tant de souvenirs, tant de sagesse. S'il vous plaît, n'isolez pas les personnes âgées, ne précipitez pas la mort des personnes âgées. Caresser une personne âgée c’est la même espérance que caresser un enfant, car le début de la vie et la fin sont toujours un mystère, un mystère qu'il faut respecter, accompagner, soigner. Aimer.
Que Saint Joseph nous aide à vivre le mystère de la mort de la meilleure manière possible. Pour un chrétien, la bonne mort est une expérience de la miséricorde de Dieu, qui est proche de nous aussi dans ce dernier moment de notre vie. Également dans la prière de l'Ave Maria, nous demandons à la Vierge d'être près de nous "à l'heure de notre mort". C'est précisément pour cette raison que je voudrais terminer cette catéchèse en priant tous ensemble la Vierge, un Ave Maria pour les mourants, pour ceux qui passent par cette porte obscure, et pour tant de familles qui sont en train de vivre le deuil. Prions ensemble : Ave Maria...










Mercredi 16 février 2022
Catéchèse sur saint Joseph - 12. Saint Joseph, patron de l'Église universelle
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, nous achevons le cycle de catéchèses sur la figure de saint Joseph. Ces catéchèses complètent la lettre apostolique Patris corde, écrite à l'occasion du 150e anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme Patron de l'Église Catholique par le bienheureux Pie IX. Mais que signifie ce titre ? Que signifie que saint Joseph soit le "patron de l'Église" ? Je voudrais y réfléchir avec vous aujourd'hui.
Même dans ce cas également, les évangiles nous fournissent la clé de lecture la plus correcte. En effet, à la fin de chaque épisode dont Joseph est protagoniste, l'Évangile note qu'il prend avec lui l'Enfant et sa mère - il prend avec lui l'Enfant et sa mère - et qu'il fait ce que Dieu lui a ordonné de faire (cf. Mt 1,24 ; 2,14.21). Ainsi est mis en évidence le fait que la tâche de Joseph consiste à protéger Jésus et Marie. Il est leur principal gardien : « En effet, Jésus et Marie sa Mère sont le trésor le plus précieux de notre foi » (S. Rituum Congreg., Decr. Quemadmodum Deus (8 dicembre 1870):  ASS 6 (1870-71), 193; cfr PII IX, Lett. Ap. Inclytum Patriarcham (7 luglio 1871):  l.c., 324-327.) (Lett. ap. Patris corde, 5), et ce trésor est gardé par Saint Joseph.
Dans le plan du salut, on ne peut séparer le Fils de sa Mère, de celle qui « avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la croix » (Lumen Gentium, 58), comme le rappelle le Concile Vatican II.
Jésus, Marie et Joseph sont en un certain sens le noyau primordial de l'Église. Jésus est Homme et Dieu ; Marie, la première disciple, est la Mère ; et Joseph, le gardien. Et nous aussi, « nous devons toujours nous demander si nous défendons de toutes nos forces Jésus et Marie qui sont mystérieusement confiés à notre responsabilité, à notre soin, à notre garde » (Patris corde, 5). Et ici, une très belle marque de la vocation chrétienne : garder. Garder la vie, garder le développement humain, garder l'esprit humain, garder le cœur humain, garder le travail humain... Le chrétien est - on peut le dire - comme Saint Joseph : il doit garder. Être chrétien, ce n'est pas seulement recevoir la foi, confesser la foi, mais garder la vie, sa propre vie, la vie des autres, la vie de l'Église. Le Fils du Très-Haut est venu au monde dans une condition de grande faiblesse : Jésus est né comme ça, faible, chétif. Il a voulu être défendu, protégé, soigné. Dieu a fait confiance à Joseph, tout comme Marie, qui a trouvé en lui l'époux qui l'a aimée et respectée et qui a toujours pris soin d'elle et de l'Enfant. « En ce sens, Joseph ne peut pas ne pas être le Gardien de l’Église, parce que l’Église est le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire, et en même temps dans la maternité de l’Église est esquissée la maternité de Marie. Joseph, en continuant de protéger l’Église, continue de protéger l’Enfant et sa mère, et nous aussi en aimant l’Église nous continuons d’aimer l’Enfant et sa mère » (ibid.).
Cet Enfant est celui qui dira : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Par conséquent, toute personne qui a faim et soif, chaque étranger, chaque migrant, chaque personne sans vêtements, chaque malade, chaque prisonnier est l'"Enfant" dont Joseph prend soin. Et nous sommes invités à prendre soin de ces personnes, de nos frères et sœurs, comme l'a fait Joseph. C'est pourquoi il est invoqué comme protecteur de tous les nécessiteux, les exilés, les affligés, et même les mourants - nous en avons parlé mercredi dernier. Et nous aussi, nous devons apprendre de Joseph à " garder " ces biens : aimer l'Enfant et sa mère ; aimer les Sacrements et le peuple de Dieu ; aimer les pauvres et notre paroisse. Chacune de ces réalités est toujours l'Enfant et sa mère (cf. Patris corde, 5). Nous devons prendre soin, car ainsi nous prenons soin de Jésus, comme l'a fait Joseph.
Nous vivons une époque où il est commun aujourd’hui, et c’est tous les jours de critiquer l’Église, de souligner les incohérences - il y en a tant ! -, de mettre en évidence ses péchés, qui sont en réalité nos incohérences, nos péchés, car depuis toujours l'Église est un peuple de pécheurs qui accèdent à la miséricorde de Dieu. Demandons-nous si, du fond du cœur, nous aimons l’Église, telle qu'elle est : comme elle est. Un peuple de Dieu en marche, avec tant de limites mais avec un si grand désir de servir et d'aimer Dieu. En effet, seul l’amour nous rend capables de dire pleinement la vérité, de manière non partiale ; de dire ce qui ne va pas, mais aussi de reconnaître tout le bien et la sainteté qui sont présentes en elle, dans l'Église à partir précisément de Jésus et de Marie. Aimer l'Église, prendre soin de l'Église et marcher avec l'Église. Mais l'Église n'est pas ce petit groupe qui est proche du prêtre et qui commande à tout le monde, non. L'Église, c'est tout le monde, tout le monde. En marche. Prendre soin les uns des autres, prendre soin réciproquement. Voici une bonne question : moi, lorsque j'ai un problème avec quelqu'un, est-ce que j'essaie de prendre soin de lui, ou est-ce que je le condamne immédiatement, je parle mal de lui, je le détruis ? Prendre soin. Prendre soin.
Chers frères et sœurs, je vous encourage à demander l'intercession de Saint Joseph précisément dans les moments les plus difficiles de votre vie et de celle de vos communautés. Lorsque nos erreurs deviennent un scandale, demandons à saint Joseph de nous donner le courage de faire la vérité, de demander pardon et de recommencer humblement. Là où la persécution empêche l'annonce de l'Évangile, demandons à saint Joseph la force et la patience de savoir supporter les injustices et les souffrances par amour de l’Évangile. Là où les moyens matériels et humains sont rares et nous font faire l'expérience de la pauvreté, surtout lorsque nous sommes appelés à servir les derniers, les sans défense, les orphelins, les malades, les rejetés de la société, prions Saint Joseph afin qu’il soit pour nous Providence. Combien de saints se sont tournés vers lui ! Combien de personnes dans l'histoire de l'Église ont trouvé en lui un protecteur, un tuteur, un père !
Imitons leur exemple et pour cela, tous ensemble, aujourd'hui prions ; prions Saint Joseph avec la prière que j'ai placée en conclusion de la Lettre Patris corde, en lui confiant nos intentions et, de manière particulière, l'Église qui souffre et qui est dans l'épreuve. Et maintenant, vous avez dans vos mains, en différentes langues, je pense en quatre, la prière, et je pense qu'elle sera aussi affichée sur l'écran, donc ensemble, chacun dans sa propre langue, nous pouvons prier saint Joseph. J'attends que vous l'ayez entre les mains... :
Salut, gardien du Rédempteur,
époux de la Vierge Marie.
À toi Dieu a confié son Fils ;
en toi Marie a remis sa confiance ;
avec toi le Christ est devenu homme.
Ô bienheureux Joseph, montre-toi aussi un père pour nous,
et conduis-nous sur le chemin de la vie.
Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage,
et défends-nous de tout mal. Amen.
 










Mercredi 23 février 2022
Catéchèse sur la vieillesse - 1. La grâce du temps et l'alliance des âges de la vie
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous avons conclu les catéchèses sur saint Joseph. Nous commençons aujourd’hui un parcours de catéchèses qui cherche une inspiration dans la Parole de Dieu sur le sens et la valeur de la vieillesse. Faisons une réflexion sur la vieillesse. Depuis plusieurs décennies, cet âge de la vie concerne un véritable « nouveau peuple » que sont les personnes âgées. Nous n’avons jamais été aussi nombreux dans l’histoire humaine. Le risque d’être écartés est encore plus fréquent : jamais aussi nombreux que maintenant, jamais autant de risque que maintenant d’être écartés. Les personnes âgées sont souvent considérées comme « un poids ». Dans la première phase dramatique de la pandémie, ce sont elles qui ont payé le prix le plus élevé. Elles représentaient déjà la partie la plus faible et négligée : nous ne les regardions pas beaucoup vivantes, nous ne les avons même pas vues mourir. J’ai trouvé aussi cette Charte pour les droits des personnes âgées et les devoirs de la communauté : elle a été proclamée par les gouvernements, pas par l’Eglise, c’est une chose laïque : c’est bien, c’est intéressant, pour connaître les droits des personnes âgées. Cela fera du bien de la lire.
Avec les migrations, la vieillesse est parmi les questions les plus urgentes que la famille humaine est appelée à affronter en ce moment. Il ne s’agit pas seulement d’un changement quantitatif ; ce qui est en jeu est l’unité des âges de la vie : c’est-à-dire le point de référence réel pour la compréhension et l’appréciation de la vie humaine dans son intégralité. Nous nous demandons : y a-t-il de l’amitié, y-a-t-il une alliance entre les divers âges de la vie ou bien est-ce que prévalent la séparation et le rejet ?
Nous vivons tous dans un présent où coexistent les enfants, les jeunes, les adultes et les personnes âgées. Mais la proportion a changé : la longévité est devenue de masse et, dans de vastes régions du monde, l’enfance est distribuée à petites doses. Nous avons même parlé de l’hiver démographique. Un déséquilibre qui a de nombreuses conséquences. La culture dominante a comme modèle universel le jeune-adulte, c’est-à-dire un individu qui se construit seul et qui reste toujours jeune. Mais est-il vrai que la jeunesse contient tout le sens de la vie, alors que la vieillesse n’en représente que le dépouillement et la perte ? Est-ce vrai ? Est-ce que seule la jeunesse contient la plénitude de sens de la vie, et la vieillesse est le dépouillement de la vie, la perte de la vie ?  L’exaltation de la jeunesse comme unique âge digne d’incarner l’idéal humain, unie au mépris de la vieillesse vue comme une fragilité, comme une dégradation ou un handicap, a été l’icône dominante des totalitarismes du vingtième siècle. Avons-nous oublié cela ?
L’allongement de la vie influe de façon structurelle sur l’histoire des personnes, des familles et de la société. Mais nous devons nous demander : sa qualité spirituelle et son sens communautaire sont-ils un objet de pensée et d’amour cohérents avec ce fait ? Les personnes âgées devraient-elles demander pardon pour leur obstination à continuer de vivre aux frais des autres ? Ou peuvent-elles être honorées pour les dons qu’elles apportent au sens de la vie de tous ? De fait, dans la représentation du sens de la vie — et précisément dans les cultures dites « développées » — la vieillesse a peu d’incidence. Pourquoi ? Parce qu’elle est considérée comme un âge qui n’a pas de contenus particuliers à offrir, ni de significations propres à vivre. De plus, il manque l’encouragement des personnes à les chercher, il manque l’éducation de la communauté à les reconnaître. En somme, pour un âge qui représente désormais une partie déterminante de l’espace communautaire et qui s’étend à un tiers de toute la vie, il existe — parfois — des projets d’assistance, mais pas des projets d’existence. Des projets d’assistance, oui ; mais pas des projets pour les faire vivre en plénitude. Et cela représente un vide de pensée, d’imagination, de créativité. Dans cette conception, ce qui fait le vide, c’est que l’homme âgé, la femme âgée sont des déchets : dans cette culture du rejet, les personnes âgées représentent des déchets.
La jeunesse est très belle, mais la jeunesse éternelle est une hallucination très dangereuse. Être vieux est tout aussi important — et beau — c’est tout aussi important que d’être jeune. Souvenons-nous en. L’alliance entre les générations, qui restitue à l’humain tous les âges de la vie, est notre don perdu et nous devons le reprendre. Il doit être retrouvé dans cette culture du rejet et dans cette culture de la productivité.
La Parole de Dieu a beaucoup à dire à propos de cette alliance. Nous venons d’écouter la prophétie de Joël : « Vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions » (3, 1). On peut l’interpréter ainsi : quand les personnes âgées résistent à l’Esprit, en enterrant leurs rêves dans le passé, les jeunes n’arrivent plus à voir les choses qui doivent être faites pour ouvrir l’avenir. Quand, en revanche, les personnes âgées communiquent leurs rêves, les jeunes voient bien ce qu’ils doivent faire. Les jeunes qui n’interrogent plus les rêves des anciens, qui foncent tête baissée vers des visions qui ne vont pas plus loin que le bout de leur nez, auront du mal à porter leur présent et à supporter leur avenir. Si les grands-parents se replient sur leurs mélancolies, les jeunes se courberont encore plus sur leurs smartphones. L’écran peut bien rester allumé, mais la vie s’éteint avant l’heure. Le contrecoup le plus grave de la pandémie ne réside-t-il pas précisément dans l’égarement des plus jeunes ? Les personnes âgées ont des ressources de vie déjà vécue auxquelles elles peuvent avoir recours à tout moment. Vont-elles regarder les jeunes perdre leur vision ou vont-elles les accompagner en réchauffant leurs rêves ? Devant les rêves des personnes âgées, que feront les jeunes ?
La sagesse du long chemin qui accompagne la vieillesse à son départ doit être vécue comme une offrande du sens de la vie, et non pas consumée comme inertie de sa propre survie.  Si l’on ne restitue pas à la vieillesse la dignité d’une vie humainement digne, elle est destinée à se renfermer dans un avilissement qui enlève l’amour à tous. Ce défi d’humanité et de civilisation exige notre engagement et l’aide de Dieu. Demandons-le à l’Esprit Saint. Avec ces catéchèses sur la vieillesse, je voudrais encourager chacun à investir ses pensées et ses affections dans les dons qu’elle comporte et dans les autres âges de la vie. C’est un don de maturité, de sagesse. La Parole de Dieu nous aidera à discerner le sens et la valeur de la vieillesse ; que l’Esprit Saint nous accorde également les rêves et les visions dont nous avons besoin. Et je voudrais souligner, comme nous l’avons écouté dans la prophétie de Joël, au début, que l’important est que non seulement la personne âgée occupe la place de sagesse qui lui revient, d’histoire vécue dans la société, mais également qu’il y ait un dialogue, qu’elle interagisse avec les jeunes. Les jeunes doivent interagir avec les personnes âgées, et les personnes âgées avec les jeunes. Et ce pont sera la transmission de la sagesse dans l’humanité. J’espère que ces réflexions seront utiles pour nous tous, pour accomplir cette réalité dont parlait le prophète Joël, que dans le dialogue entre les jeunes et les personnes âgées, les personnes âgées puissent donner leurs rêves et les jeunes puissent les recevoir et les accomplir. N’oublions pas que dans la culture tant familiale que sociale, les personnes âgées sont comme les racines de l’arbre : toute leur histoire est là, et les jeunes sont comme les fleurs et les fruits. Si la sève ne coule pas, s’il n’y a pas cette « perfusion » — pour ainsi dire — des racines, ils ne pourront jamais fleurir.  N’oublions pas ce poète que j’ai mentionné si souvent : « Tout ce que l’arbre a de fleuri vient de ce qu’il a sous terre » (Francisco Luis Bernárdez). Tout ce qu’une société a de beau est en rapport avec les racines des personnes âgées. Pour cela, dans ces catéchèses, je voudrais que la figure de la personne âgée soit mise en évidence, que l’on comprenne bien que la personne âgée n’est pas un déchet : elle est une bénédiction pour une société.