Ressources Catholiques Missel Romain


















Mercredi 14 décembre 2022
Catéchèse sur le discernement - 12. La vigilance
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous entrons à présent dans la phase finale de ce parcours catéchétique sur le discernement. Nous nous sommes d'abord appuyés sur l'exemple de saint Ignace de Loyola ; nous avons ensuite considéré les éléments du discernement - à savoir la prière, la connaissance de soi, le désir et le "livre de la vie" - ; nous nous sommes penchés ensuite sur la désolation et la consolation, qui en constituent la "matière" ; puis nous en sommes parvenus à la confirmation du choix effectué.
Je considère qu'il est nécessaire à ce point de rappeler une attitude essentielle afin de ne pas perdre tout le travail effectué pour discerner le meilleur et prendre la bonne décision, et cette attitude serait celle de la vigilance. Nous avons fait le discernement, consolation et désolation ; nous avons fait un choix... Tout va bien, mais à présent il faut être vigilant : l'attitude de la vigilance. Car le risque est bien là, comme nous l'avons entendu dans le passage de l'Évangile qui a été lu. Le risque est là, et c'est que le " trouble-fête ", c'est-à-dire le Malin, peut tout gâcher, nous faisant retourner au point de départ, voire dans un état encore pire. Et cela arrive, il faut donc être prudent et vigilant. C'est pourquoi il est indispensable d'être vigilant. C'est pourquoi aujourd'hui il me semble opportun de souligner cette attitude, dont nous avons tous besoin pour que le processus de discernement se termine bien et demeure.
En effet, dans sa prédication, Jésus insiste beaucoup sur le fait que le bon disciple est vigilant, qu'il ne s'endort pas, qu'il ne se laisse pas gagner par la présomption quand tout va bien, mais demeure alerte et prêt à accomplir son devoir.
Par exemple, dans l'Évangile de Luc, Jésus dit : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller » (12,35-37).
Être vigilant pour surveiller notre cœur et comprendre ce qui se passe à l'intérieur. Il s’agit de l’état d’âme des chrétiens qui attendent la venue finale du Seigneur ; mais on peut aussi le comprendre comme l'attitude ordinaire à adopter dans la conduite de la vie, afin que nos bons choix, effectués parfois après un discernement exigeant, se réalisent avec persévérance et cohérence et portent du fruit.
Si la vigilance fait défaut, il y a un très fort risque, comme nous l'avons dit, que tout soit perdu. Ce n'est pas un danger d'ordre psychologique, mais d'ordre spirituel, un véritable piège de l'esprit mauvais. Celui-ci, en effet, attend le moment même où nous sommes trop sûrs de nous, c'est le danger : "Je suis sûr de moi, j'ai gagné, maintenant je suis bien...", c'est le moment que le mauvais esprit attend, quand tout va bien, quand tout va "à merveille" et quand nous avons, comme on dit, "le vent en poupe". En effet, dans la petite parabole évangélique que nous avons entendue, il est dit que l'esprit impur, lorsqu'il revient dans la maison d'où il était sorti, " il la trouve inoccupée, balayée et bien rangée" (Mt 12,44). Tout est en place, tout est en ordre, mais où est le maître de maison ? Il n'est pas là. Il n'y a personne pour la surveiller et la garder. C'est là le problème. Le maître de maison n'est pas là, il est sorti, il est distrait ; ou bien il est dans la maison, mais il dort, et donc c'est comme s'il n'était pas là. Il n'est pas vigilant, il n'est pas prudent, car il est trop sûr de lui et a perdu l'humilité de veiller sur son propre cœur. Nous devons toujours veiller sur notre maison, notre cœur et ne pas nous laisser distraire et aller... car là se trouve le problème, comme le disait la parabole.
Donc, l'esprit mauvais peut en profiter et retourner dans cette maison. L'Évangile dit cependant qu'il n'y retourne pas seul, mais en compagnie de " sept autres esprits pires que lui " (v. 45). Une compagnie de malfaiteurs, une bande de délinquants. Mais - demandons-nous - comment est-ce possible qu'ils puissent entrer sans être inquiétés ? Comment se fait-il que le maître ne s'en aperçoive pas ? N'avait-il pas été si doué à faire le discernement et à les chasser ? N'avait-il pas aussi reçu les compliments de ses amis et voisins sur cette maison si belle et élégante, si bien rangée et propre ? Oui, mais peut-être que, précisément à cause de cela, il était trop entiché de la maison, c'est-à-dire de soi-même, et qu'il avait cessé d'attendre le Seigneur, d'attendre la venue de l'Époux ; peut-être que, par peur de détruire cet ordre, il n'accueillait plus personne, il n'invitait plus les pauvres, les sans-abris, ceux qui dérangeaient... Une chose est sûre : il s'agit ici de mauvais orgueil, de la présomption d'avoir raison, de bien faire, d'être en règle. Tant de fois nous entendons : "Oui, j'étais mauvais avant, je me suis converti, et maintenant, la maison est en ordre grâce à Dieu, et tu es tranquille pour cela..."Quand nous avons trop confiance en nous-mêmes et non dans la grâce de Dieu, alors le Malin trouve la porte ouverte. Puis il organise l'expédition et prend possession de cette maison. Et Jésus conclut : " L’état de cet homme-là est pire à la fin qu’au début " (v. 45).
Mais le maître ne s'en aperçoit-il pas ? Non, parce que ce sont les démons polis : ils entrent sans que tu ne t'en rendes compte, ils frappent à la porte, ils sont polis. "Non ça va bien, ok, allez, entrez..." et puis ils finissent par commander dans ton âme. Méfiez-vous de ces diablotins, de ces démons : le diable est poli quand il se fait passer pour un grand seigneur. Car il entre chez nous comme l'un des nôtres pour ensuite se révéler comme il est chez lui. Il faut protéger la maison de cette supercherie des démons bien éduqués. Et la mondanité spirituelle va dans ce sens, toujours.
Chers frères et sœurs, cela semble impossible mais c’est ainsi. Tant de fois nous perdons, nous sommes vaincus dans les batailles, à cause de ce manque de vigilance. Tant de fois, peut-être, le Seigneur a donné tant de grâces et à la fin nous ne sommes pas capables de persévérer dans cette grâce et nous perdons tout, parce que nous manquons de vigilance : nous n'avons pas protégé les portes. Et puis nous avons été trompés par quelqu'un qui vient, éduqué, et entre et bonjour... le diable a ces trucs. Chacun peut également le vérifier en repensant à son histoire personnelle. Il ne suffit pas d’opérer un bon discernement et un bon choix. Non, ce n'est pas suffisant : il faut rester vigilant, conserver cette grâce que Dieu nous a donnée, mais être vigilant, parce que tu peux me dire : " Mais quand je vois un certain désordre, je comprends tout de suite que c'est le diable, que c'est une tentation... " oui, mais cette fois-ci il est déguisé en ange : le diable sait se déguiser en ange, il entre avec des mots courtois, et il te convainc et à la fin la situation est pire qu'au départ... Il faut rester vigilant, veiller sur son cœur. Si aujourd'hui je demandais à chacun d'entre nous et aussi à moi-même : " qu'est-ce qui se passe dans ton cœur ? ". Nous ne pourrions peut-être pas tout dire : nous dirions une ou deux choses, mais pas tout. Veiller sur son cœur, car la vigilance est signe de sagesse, elle est surtout un signe d'humilité, parce que nous avons peur de tomber, et l'humilité est la voie royale de la vie chrétienne.

Je salue cordialement les personnes de langue française. Le temps de l’Avent nous rappelle cette attitude fondamentale du chrétien : la vigilance. Nous attendons la venue du Seigneur, et nous le faisons en demeurant attentifs à nos frères les plus fragiles et qui frappent à la porte de nos cœurs. Nous bâtissons de cette manière avec discernement nos vies, en cohérence avec l’Evangile. Demandons au Seigneur de nous garder éveillés dans l’humilité et la disponibilité. Que Dieu vous bénisse.
* * *









Mercredi 21 décembre 2022
Catéchèse sur le discernement - 13. Quelques aides
Nous poursuivons — elles sont en train de finir — les catéchèses sur le discernement, et ceux qui ont suivi ces catéchèses jusqu'ici pourraient peut-être se dire: mais quelle pratique compliquée que le discernement! En réalité, c'est la vie qui est compliquée et, si nous n'apprenons pas à la lire, dans toute sa  complexité, nous risquons de la gaspiller, de la vivre avec des expédients qui finissent par nous démoraliser.
Lors de notre première rencontre, nous avions constaté que, chaque jour, que nous le voulions ou non, nous accomplissons toujours des actes de discernement, dans ce que nous mangeons, dans ce que nous lisons, au travail, dans nos relations, dans tout. La vie nous place toujours face à des choix, et si nous ne les faisons pas consciemment, à la fin, c'est la vie qui choisit pour nous, en nous emmenant là où nous ne voulons pas aller.
Le discernement, cependant, ne se fait pas seul. Aujourd'hui, nous nous penchons plus spécifiquement sur quelques aides qui peuvent faciliter cet exercice du discernement, indispensable de la vie spirituelle, même si nous les avons déjà rencontrées dans une certaine mesure au cours de ces catéchèses. Mais une synthèse nous aidera beaucoup.
Une première aide indispensable est la comparaison avec la Parole de Dieu et la doctrine de l'Eglise. Elles nous aident à lire ce qui se passe dans nos cœurs, en apprenant à reconnaître la voix de Dieu et à la distinguer des autres voix, qui semblent s'imposer à notre attention, mais qui à la fin, nous laissent confus. La Bible nous avertit que la voix de Dieu retentit dans le calme, dans l'attention, dans le silence. Pensons à l'expérience du prophète Elie: le Seigneur lui parle non pas dans le vent qui fend les pierres, ni dans le feu ou le tremblement de terre, mais il lui parle dans une brise légère (cf. 1 Rois 19, 11-12). C'est une très belle image qui nous fait comprendre comment parle Dieu. La voix de Dieu ne s'impose pas, la voix de Dieu est  discrète, respectueuse, je me permettrais de dire: la voix de Dieu est humble, et, précisément pour cette raison, apaisante. Et c'est seulement dans la paix que nous pouvons entrer au plus profond de nous-mêmes et reconnaître les désirs authentiques que le Seigneur a placés dans nos cœurs. Et tant de fois, il n’est pas facile d’entrer dans cette paix du cœur, parce que nous sommes pris par tant de choses toute la journée... Mais s’il vous plaît, calmons-nous un peu, entrons dans nous-même. Deux minutes, arrêtons-nous. Regardons ce que ressent notre cœur. Faisons cela, frères et sœurs, cela nous aidera tant, parce qu’en ce moment de calme, nous sentons immédiatement la voix de Dieu qui nous dit: «Mais regarde, regarde cela, ce que tu es en train de faire est bon...». Laissons venir la voix de Dieu dans le calme. Il nous attend pour cela.   
Pour le croyant, la Parole de Dieu n'est pas seulement un texte à lire, la Parole de Dieu est une présence vivante, est une œuvre de l'Esprit Saint qui réconforte, instruit, porte la lumière, la force, la fraîcheur et la joie de vivre. Lire la Bible, lire un passage, un ou deux petits passages de la Bible, sont comme des petits télégrammes de Dieu qui arrivent droit au cœur. La Parole de Dieu est un peu — et je n’exagère pas — est un peu un véritable avant-goût du paradis. Et c'est ce qu'a bien compris un grand saint et pasteur, Ambroise, évêque de Milan, qui a écrit: «Quand je lis la divine Ecriture, Dieu retourne se promener dans le Paradis terrestre» (Lett., 49, 3). Avec la Bible, nous ouvrons la porte à Dieu qui se promène. Intéressant...
Cette relation affective avec la Bible, avec l'Ecriture, avec l’Evangile, conduit à vivre une relation affective avec le Seigneur Jésus: n’ayez pas peur de cela! Le cœur parle au cœur, et cela est une autre aide indispensable et non évidente. Souvent, nous pouvons avoir une idée déformée de Dieu, le voir comme un juge maussade, un juge  sévère, prêt à nous prendre en défaut. Jésus, au contraire, nous révèle un Dieu plein de compassion et de tendresse, prêt à se sacrifier pour nous rencontrer, tout comme le père dans la parabole du fils prodigue (cf. Lc 15, 11-32). Un jour, quelqu’un a demandé — je ne sais pas si c’est à sa mère ou à sa grand-mère, on me l’a raconté — «Mais que dois-je faire en ce moment?» - «Ecoute Dieu, Il te dira ce que tu devras faire. Ouvre ton cœur à Dieu»: un beau conseil. Je me souviens un jour, lors d’un pèlerinage de jeunes, qui a lieu une fois par an au sanctuaire de Luján, à 70 km de Buenos Aires: on marche toute la journée pour y arriver; j’avais l’habitude de confesser pendant la nuit. Un jeune homme d’environ 22 ans, couvert de tatouages, s’est approché. «Mon Dieu — ai-je pensé — qu’est-ce qu’il veut?». Et il m’a dit: «Vous savez, je suis venu parce que j’ai un problème grave et je l’ai raconté à ma mère et ma mère m’a dit: “Va voir la Vierge, fais le pèlerinage, et la Vierge te dira”. Et je suis venu. J’ai eu un contact avec la Bible, ici, j’ai écouté la Parole de Dieu et cela m’a touché le cœur et je dois faire cela, cela, cela, cela, cela». La Parole de Dieu touche le cœur et change la vie. Et ainsi, je l’ai vu tant de fois cela, tant de fois. Parce que Dieu ne veut pas nous détruire, Dieu veut que nous soyons plus forts, plus bons chaque jour. Celui qui reste devant le Crucifié ressent une paix nouvelle, apprend à ne pas avoir peur de Dieu, car Jésus sur la croix n'effraie personne, il est l'image de l'impuissance totale et en même temps de l'amour le plus complet, capable d'affronter pour nous toute épreuve. Les saints ont toujours eu une prédilection pour Jésus Crucifié. Le récit de la Passion de Jésus est la voie maîtresse pour affronter le mal sans se laisser submerger par lui: en elle il n'y a pas de jugement, ni même de résignation, parce qu'elle est traversée par une lumière plus grande, la lumière de Pâques, qui  permet de voir dans ces terribles actes un dessein plus grand, qu'aucune entrave, aucun obstacle, aucun échec ne peut rendre vain. La Parole de Dieu te fait toujours regarder de l’autre côté: c’est-à-dire il y a la croix, ici, c’est triste, mais il y a une autre chose, une espérance, une résurrection. La Parole de Dieu t’ouvre toutes les portes parce que Lui, le Seigneur, est la porte. Prenons l’Evangile, prenons la Bible en main: cinq minutes par jour, pas plus. Emportez un Evangile de poche avec vous, dans votre sac, et quand vous serez en voyage prenez-le et lisez-le un peu, pendant la journée, un petit passage, laissez la Parole de Dieu s’approcher de votre cœur. Faites cela et vous verrez comme votre vie changera avec la proximité de la Parole de Dieu. «Oui, Père, mais je suis habitué à lire la Vie des saints»: cela fait du bien, cela fait du bien, mais ne négligez pas la Parole de Dieu. Prenez l’Evangile avec vous, et lisez-le ne serait-ce qu’une minute par jour.  
Il est très beau de penser à la vie avec le Seigneur comme à une relation d'amitié qui grandit jour après jour. Avez-vous pensé à cela? C’est la voie! Pensons à Dieu qui nous aime, il veut que nous soyons des amis! L'amitié avec Dieu a la capacité de changer le cœur; c'est l'un des grands dons de l'Esprit Saint, la piété, qui nous permet de reconnaître la paternité de Dieu. Nous avons un Père tendre, un Père affectueux, un Père qui nous aime, qui nous a toujours aimés: quand on en fait l'expérience, le cœur fond et les doutes, les peurs, les sentiments d'indignité s’effacent. Rien ne peut s'opposer à cet amour de la rencontre avec le Seigneur.
Et cela nous rappelle une autre grande aide, le don de l'Esprit Saint, qui est présent en nous et qui nous instruit, rend vivante la Parole de Dieu que nous lisons, suggère de nouveaux sens, ouvre des portes qui semblaient fermées, indique des chemins de vie là où il ne semblait y avoir que ténèbres et confusion.  Je vous demande: est-ce que vous priez le Saint Esprit? Mais qui est ce grand Inconnu? Nous prions le Père, oui, Notre Père, nous prions Jésus, mais nous oublions l’Esprit! Un jour, en faisant la catéchèse aux enfants, j’ai posé la question: «Qui de vous sait qui est l’Esprit Saint?» Et un enfant a dit: «Moi je sais!» - «Et qui est-il?» - «Le paralytique», m’a-t-il dit! Il avait entendu «le paraclet» et il pensait que c’était un paralytique. Et souvent — cela me fait réfléchir — pour nous, l’Esprit est là, comme si c’était une Personne qui ne compte pas. L’Esprit Saint est ce qui  donne vie à ton âme! Laisse-le entrer. Parlez avec l’Esprit comme vous parlez avec le Père, comme vous parlez avec le Fils: parlez avec l’Esprit Saint — qui n’a rien d’un paralytique! En lui il y a la force de l’Eglise, c’est ce qui te fait avancer. L'Esprit Saint est le discernement en action, la présence de Dieu en nous, il est le plus grand don, cadeau que le Père accorde à ceux qui le demandent (cf. Lc 11, 13). Et comment Jésus l’appelle-t-il? «Le don»: «Restez ici à Jérusalem en attendant le don de Dieu», qui est l’Esprit Saint. Il est intéressant de vivre la vie dans l’amitié avec l’Esprit Saint: Il te change, Il te fait grandir. 
La Liturgie des heures fait débuter les principaux moments de prière de la journée par cette invocation: «O Dieu viens à mon aide, Seigneur à notre secours». «Seigneur, aide-moi!» car seul, je ne peux pas continuer, je ne peux pas aimer, je ne peux pas vivre... Cette invocation au salut est la demande irrépressible qui jaillit du plus profond de notre être. Le discernement a pour but de reconnaître le salut opéré par le Seigneur dans ma vie, il me rappelle que je ne suis jamais seul et que si je lutte, c'est que l'enjeu est important. L’Esprit Saint est toujours avec nous. «O Père, j’ai fait une mauvaise chose, je dois aller me confesser, je ne peux rien faire...». Mais tu as faire une mauvaise chose? Parle à l’Esprit qui est avec toi et dis-lui: «Aide-moi, j’ai fait cette chose très laide». Mais ne pas effacer le dialogue avec l’Esprit Saint. «Père, j’ai commis un péché mortel»: cela n’a pas d’importance, parle avec Lui pour qu’il t’aide à recevoir le pardon. Ne jamais abandonner ce dialogue avec l’Esprit Saint. Et avec ces aides, que le Seigneur nous donne, nous ne devons pas avoir peur. En avant, courage et dans la joie!









Mercredi 28 décembre 2022
Noël avec saint François de Sales
Ce temps liturgique nous invite à nous arrêter et à réfléchir sur le mystère de Noël. Et puisque nous célébrons précisément aujourd'hui le quatrième centenaire de la mort de saint François de Sales, évêque et docteur de l'Eglise, nous pouvons nous inspirer de quelques-unes de ses pensées. Il a beaucoup écrit sur Noël. A cet égard, je suis heureux d'annoncer que la lettre apostolique commémorant cet anniversaire est publiée aujourd'hui. Le titre est «Totum amoris est» (tout est amour), reprenant une expression caractéristique du saint évêque de Genève François de Sales. C'est en effet ce qu'il écrit dans son Traité de l'amour de Dieu: «Dans la sainte Eglise, tout appartient à l'amour, tout est fondé en l'amour, tout aboutit à l’amour et tout est amour» (Ed. Paoline, Milan 1989, p. 80). Il serait beau que nous puissions tous aller sur cette voie de l’amour, si belle.
Essayons donc d'approfondir un peu le mystère de la naissance de Jésus, «en compagnie» de saint François de Sales, ainsi nous unissons les deux commémorations.
Dans l'une de ses nombreuses lettres adressées à sainte Jeanne-Françoise de Chantal, saint François de Sales écrit: «Il me semble voir Salomon sur son grand trône d'ivoire, doré et ouvragé, qui n'eut point d'égal en royaume, comme dit l'Ecriture (1 Rois 10, 18-20); voir, en somme, ce roi qui n'avait pas d'égal en gloire et en magnificence (cf. 1 Rois 10, 23). Mais j'aime cent fois mieux voir le cher petit Enfant dans la crèche, que tous les rois sur leurs trônes» [01] : ce qu’il disait est beau. Jésus, le roi de l'univers, ne s'est jamais assis sur un trône, jamais: il est né dans une étable — nous le voyons représenté ainsi —, enveloppé de langes et couché dans une mangeoire; et à la fin, il est mort sur une croix et, enveloppé dans un linceul, il a été déposé dans le tombeau. En effet, l'évangéliste Luc, en racontant la naissance de Jésus, insiste beaucoup sur le détail de la mangeoire. Cela signifie qu'elle est très importante, non seulement comme détail logistique, mais aussi comme élément symbolique, pour comprendre quoi? Pour comprendre quel genre de Messie est Celui qui est né à Bethléem de la Vierge Marie,  quel genre de Roi: c'est-à-dire, en bref, qui est Jésus. En regardant la mangeoire, en regardant la croix, en regardant sa vie  de simplicité, nous pouvons comprendre qui est Jésus. Jésus est le Fils de Dieu qui nous sauve en se faisant homme, comme nous, en se dépouillant de sa gloire et en s'humiliant (cf. Ph 2, 7-8). Nous voyons concrètement ce mystère dans le point central de la crèche, à savoir l'Enfant couché dans une mangeoire. Tel est «le signe» que Dieu nous donne à Noël: ce fut un signe alors pour les bergers de Bethléem (cf. Lc 2, 12), ça l'est aujourd'hui et ça le sera toujours. Quand les anges annoncent la naissance de Jésus: «Allez le trouver»; et le signe est: vous trouverez un enfant dans une mangeoire. C’est le signe. Le trône de Jésus est la mangeoire ou la rue, au cours de sa vie quand il prêchait, ou la croix à la fin de sa vie: c’est le trône de notre Roi. 
Ce signe nous montre le «style» de Dieu. Et quel est le style de Dieu? Ne l’oublions jamais: le style de Dieu est qu’il est la proximité, la compassion et la tendresse. Notre Dieu est proche, plein de compassion et tendre. On voit ce style de Dieu en Jésus. Avec ce style, Dieu nous attire vers lui. Il ne nous prend pas par la force, il ne nous impose pas sa vérité et sa justice, il ne fait pas de prosélytisme avec nous, non: il veut nous attirer par l’amour, par la tendresse, par la compassion. Dans une autre lettre à une religieuse, toujours dans le contexte de Noël, saint François de Sales écrit: «L'aimant attire le fer et l'ambre attire la paille et le foin. Ou que nous soyons fer par dureté, ou que nous soyons paille par imbécilité, nous devons nous joindre à ce souverain petit enfant» [02]. Nos forces, nos faiblesses, se résolvent uniquement devant la crèche, devant Jésus, ou devant la croix: Jésus dépouillé, Jésus pauvre; mais toujours avec son style de proximité, de compassion et de tendresse. Parfois, nous sommes de «fer», c'est-à-dire que nous sommes durs, rigides, froids. A d'autres moments, nous sommes de «paille», c'est-à-dire fragiles, faibles, inconsistants. Alors Dieu a trouvé le moyen de nous attirer tels que nous sommes: avec l’amour. Pas un amour possessif et égoïste, comme l'est malheureusement si souvent l'amour humain. Son amour est un pur don, une pure grâce, il est entièrement et uniquement pour nous, pour notre bien. Et c’est ainsi, avec cet amour désarmé et aussi désarmant, qu’il nous attire, parce que quand nous voyons cette simplicité de Jésus, nous aussi, nous déposons les armes de l’orgueil et nous allons là, humbles, demander pardon, demander la lumière pour notre vie, pour pouvoir aller de l’avant. N’oubliez pas le trône de Jésus: la mangeoire et la croix, c’est le trône de Jésus.
La pauvreté — et il y a vraiment beaucoup de pauvreté là —, comprise comme le renoncement à toute vanité mondaine, est un autre aspect qui ressort de la crèche. Quand nous voyons l’argent que nous dépensons pour la vanité: beaucoup d’argent pour la vanité mondaine; beaucoup d’efforts, beaucoup de recherches, pour la vanité; tandis que Jésus nous fait voir l’humilité. Saint François de Sales écrit encore: «Mon Dieu! Que cette naissance fait naître de saintes affections dedans nos cœurs! Ainsi surtout, de la parfaite abnégation des biens, des pompes [...] de ce monde. Je ne sais, mais je ne trouve oint de mystère qui mêle si suavement la tendreté avec l’austérité, l'amour avec la rigueur, la douceur avec l’âpreté» [03]. Nous voyons tout cela dans la crèche. Oui, veillons à ne pas tomber dans la caricature mondaine de Noël. Et cela est un problème, parce que Noël est cela. Mais aujourd’hui, nous voyons qu’il y a aussi un «autre Noël», entre guillemets, c’est la caritcature mondaine du Noël, qui réduit le Noël à une fête consumériste et mièvre. Il faut faire la fête, oui, mais cela ne doit pas être Noël, c’est autre chose. Non, l'amour de Dieu n'est pas mièvre, la mangeoire de Jésus nous le montre. L’amour de Dieu n’est pas une bonté hypocrite qui cache la recherche de plaisirs et de conforts. Nos aînés qui avaient connu la guerre et aussi la faim le savaient bien: Noël, c'est la joie et la fête, certes, mais dans la simplicité et l'austérité.
Et concluons par une pensée de Saint François de Sales que j'ai également reprise dans la Lettre apostolique. Il l'a dictée aux Sœurs Visitandines — pensez! — deux jours avant sa mort, le 26 décembre 1622. Et il disait: «Vois-tu l'enfant Jésus dans la crèche? Il reçoit toutes les injures du temps, le froid et tout ce que son Père éternel permet de lui arriver. Il ne refuse points les petits soulagements que sa mère lui donne; il n'est pas écrit qu'il étendit jamais ses mains pour avoir les mamelles de sa Mère, mais laissa tout cela à son soin et prévoyance; ainsi nous ne devons rien désirer ni rien refuser, souffrant tout ce que Dieu nous enverra, le froid et les injures du temps» [04]. Et ici, chers frères et sœurs, il y a un grand enseignement, qui nous vient de l'Enfant Jésus à travers la sagesse de saint François de Sales: ne rien désirer et ne rien refuser, accueillir tout ce que Dieu nous envoie. Mais attention! Toujours et uniquement par amour, parce que Dieu nous aime, parce qu’il veut toujours et uniquement notre bien.
Regardons la mangeoire, qui est le trône de Jésus, regardons Jésus sur les routes de Judée, de Galilée, prêchant le message du Père, et regardons Jésus sur l’autre trône, sur la croix. C’est ce que nus offre Jésus: la voie, mais c’est aussi la voie du bonheur.
A vous tous et à vos familles, Joyeux Noël et bon début de nouvelle Année!
 ______________________________________________________
[01] A la mère de Chantal, Annecy, 25 décembre 1613, in Tutte le Lettere, vol. II (1619—1622), par L. Rolfo, Paoline, Roma 1967, 402-403 (Œuvres de Saint François de Sales, édition complète, Annecy, Tome XVI, 120-121).
[02] A une religieuse, Paris, vers le 6 janvier 1619, dans Tutte le lettere, vol. III (1619—1622), par L. Rolfo, Paoline, Roma 1967, 10 (Œuvres de Saint François de Sales, édition complète, Annecy, Tome XVIII, 334-335).
[03] A une religieuse de l’abbaye de Sainte-Catherine, Annecy, 25 ou 26 décembre 1621, dans Tutte le lettere, vol. III (1619-1622), a cura di L. Rolfo, Paoline, Roma 1967, 615 (Œuvres de Saint François de Sales, édition complète, Annecy, Tome XX, 212).
[04] Trattenimenti spirituali, Paoline, Milano 2000, 463 (F. De Sales, Entretiens spirituels, Œuvres. Textes présentés et annotés par A. Ravier avec la collaboration de R. Devos, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris 1969, 1319).
______________________________________________________









Mercredi 4 janvier 2023
Catéchèse sur le discernement - 14. L’accompagnement spirituel
Avant de commencer cette catéchèse, je voudrais que nous nous joignions à ceux qui, ici près de nous, rendent hommage à Benoît XVI et adresser mes pensées à celui qui fut un grand maître de la catéchèse. Sa pensée vive et aimable n'était pas autoréférentielle, mais ecclésiale, car il a toujours voulu nous accompagner vers la rencontre avec Jésus. Jésus, le Crucifié ressuscité, le Vivant et le Seigneur, a été  le but vers lequel le Pape Benoît nous a conduits, en nous prenant par la main. Qu'il nous aide à redécouvrir dans le Christ la joie de croire et l'espérance de vivre.
Avec cette catéchèse d’aujourd’hui, nous concluons le cycle consacré au thème du discernement, et nous le faisons en complétant le discours sur les aides qui peuvent et doivent le soutenir: soutenir le processus de discernement. L'une d'entre elles est l'accompagnement spirituel, important tout d'abord pour la connaissance de soi, dont nous avons vu qu'elle était une condition indispensable au discernement. Se regarder dans le miroir, seuls, n’aide pas toujours, parce que cela peut altérer l’image. En revanche, se regarder dans le miroir avec l’aide de quelqu’un d’autre, cela aide beaucoup parce que l’autre te dit la vérité — lorsqu’il dit la vérité — et cela t’aide.
La grâce de Dieu en nous agit toujours sur notre nature. En pensant à une parabole évangélique, la grâce peut être comparée à la bonne semence et la nature au terrain (cf. Mc 4, 3-9). Il est important, tout d'abord, de se faire connaître, sans avoir peur de partager les aspects les plus fragiles, là où l'on se découvre plus sensibles, faibles, ou craintifs d'être jugés.  Se faire connaître, se manifester à une personne qui nous accompagne sur le chemin de la vie. Non pas qu’elle décide pour nous, non: mais qu’elle nous accompagne. Parce que la fragilité est, en réalité, notre véritable richesse: nous sommes riches de fragilité, tous; la véritable richesse, que nous devons apprendre à respecter et à accueillir, car, lorsqu’elle est offerte à Dieu, elle nous rend capables de tendresse, de miséricorde, d'amour. Malheur à ces personnes qui ne se sentent pas fragiles: elles sont dures, dictatoriales. En revanche, les personnes qui reconnaissent avec humilité leurs fragilités sont plus compréhensives avec les autres. La fragilité — je peux le dire — nous rend humains. Ce n’est pas par hasard que la première des trois tentations de Jésus dans le désert — celle liée à la faim — cherche à voler la fragilité, en la présentant comme un mal dont se débarrasser, un empêchement à être comme Dieu. Et au contraire, c’est notre trésor le plus précieux: en effet, Dieu, pour nous rendre semblables à Lui, a voulu partager jusqu’au bout notre fragilité. Regardons le Crucifié: Dieu qui est descendu précisément à la fragilité. Regardons la crèche qui arrive dans une grande fragilité humaine. Il a partagé notre fragilité.
Et l'accompagnement spirituel, s'il est docile à l'Esprit Saint, aide à démasquer des malentendus même graves dans la considération que nous avons de nous-mêmes et dans notre relation avec le Seigneur. L'Evangile présente plusieurs exemples de conversations éclairantes et libératrices menées par Jésus. Pensez, par exemple, à celles avec la Samaritaine, que nous lisons, nous lisons, et il y a toujours cette sagesse et tendresse de Jésus; pensons à celle avec Zachée, pensons à celle avec la femme pécheresse, pensons à celle avec Nicodème, avec les disciples d'Emmaüs: Le moyen de s’approcher du Seigneur. Les personnes qui ont  une véritable rencontre avec Jésus n'ont pas peur de lui ouvrir leur cœur, de lui présenter leur vulnérabilité et leur insuffisance, leur fragilité. De cette manière, leur partage de soi devient une expérience de salut, de pardon reçu gratuitement.
Raconter devant une autre personne ce que l'on a vécu ou ce que l'on recherche permet tout d'abord de faire la clarté en soi, en mettant en lumière les nombreuses pensées qui nous habitent et qui nous perturbent souvent avec leurs refrains insistants. Combien de fois, dans les moments sombres, nous viennent de telles pensées: «J'ai tout fait de travers, je ne vaux rien, personne ne me comprend, je n'y arriverai jamais, je suis destiné à l'échec», combien de fois nous est-il arrivé de penser ces choses, et ainsi de suite.
Des pensées fausses et venimeuses, que la confrontation avec les autres aide à démasquer, afin que nous puissions nous sentir aimés et estimés par le Seigneur tels que nous sommes, capables de faire de bonnes choses pour Lui. Nous découvrons avec surprise des façons différentes de voir les choses, des signes de bonté qui ont toujours été présents en nous. C’est vrai, nous pouvons partager nos fragilités avec l’autre, avec celui qui nous accompagne dans la vie, dans la vie spirituelle, le maître de vie spirituelle, que ce soit un laïc ou un prêtre, et dire: «Regarde ce qu’il m’arrive: je n’ai pas de chances, il m’arrive ces choses». Et celui qui accompagne répond: «Oui, nous connaissons tous ces choses». Cela nous aide à  les voir clairement et à voir d’où viennent les racines et ainsi les surmonter. 
Celui ou celle qui accompagne — l’homme ou la femme  qui accompagne — ne remplace pas le Seigneur, ne fait pas le travail à la place de la personne accompagnée, mais marche à ses côtés, l'encourage à lire ce qui se passe dans son cœur, lieu par excellence où le Seigneur parle. L’accompagnant spirituel, que nous appelons directeur spirituel — je n’aime pas ce terme, je préfère accompagnant spirituel, c’est mieux — est celui qui te dit: «Cela va bien, mais regarde ceci, regarde cela», il attire ton attention sur des choses qui passent peut-être; il t’aide à mieux comprendre les signes des temps, la voix du Seigneur, la voix du tentateur, la voix des difficultés que tu n’arrives pas à surmonter. C’est pourquoi il est très important de ne pas marcher seuls. Il y a un proverbe dans la sagesse africaine — car ils ont cette mystique de la tribu — qui dit: «Si tu veux arriver rapidement, va seul; si tu veux arriver en sécurité, va avec les autres», va accompagné, va avec ton peuple. C’est important. Dans la vie spirituelle, il est préférable de se faire accompagner par quelqu’un qui connaît notre vie et nous aide. Et cela est l’accompagnement spirituel.
Cet accompagnement peut être fructueux si, de part et d'autre, on a fait l'expérience de la filiation et de la fraternité spirituelle. Nous découvrons que nous sommes enfants de Dieu au moment où nous découvrons que nous sommes frères, enfants du même Père. C'est pourquoi il est indispensable d’être insérés dans une communauté en chemin. On ne va pas vers le Seigneur seul. Nous ne sommes pas seuls, nous sommes des membres d’un peuple, d’une nation, d’une ville qui marche, d’une Eglise, d’une paroisse, de ce groupe... Une communauté en chemin. On ne va pas vers le Seigneur seuls: cela ne va pas. Nous devons bien le comprendre. Comme dans le récit évangélique du paralytique, nous sommes souvent soutenus et guéris grâce à la foi de quelqu'un d'autre (cf. Mc 2, 1-5) qui nous aide à aller de l’avant, parce que nous avons tous parfois des paralysies intérieures et nous avons besoin de quelqu’un qui nous aide à surmonter ce conflit avec l’autre. Il ne faut pas aller au Seigneur seuls, rappelons-nous en bien; d'autres fois, c'est nous qui prenons cet engagement au nom d'un autre  frère ou d'une sœur, et nous accompagnons cette autre personne. Sans une expérience de filiation et de fraternité, l'accompagnement peut donner lieu à des attentes irréelles, à des malentendus et à des formes de dépendance qui laissent la personne dans un état infantile.  Accompagnement, mais comme fils de Dieu et frères entre nous.
La Vierge Marie est un maître du discernement: elle parle peu, écoute beaucoup, et garde des trésors dans son cœur (cf. Lc 2, 19). Les trois attitudes de la Vierge Marie: parler peu, écouter beaucoup et garder dans son cœur. Et les quelques fois où elle parle, elle laisse une trace. Par exemple, dans l'Evangile de Jean, il y a une phrase très courte prononcée par Marie qui est une consigne pour les chrétiens de tous les temps: «Faites tout ce qu'il vous dira» (cf. 2, 5). C’est curieux; un jour, j’ai entendu une petite vieille, très gentilles, très pieuse, elle n’avait pas étudié la théologie, elle était très simple. Et elle m’a dit: «Savez-vous quel est le geste que fait toujours la Vierge?». Je ne sais pas, elle te câline, elle t’appelle... «Non, le geste que fait la Vierge est celui-ci» [il montre son index]. Je ne comprenais pas, et j’ai demandé:  «Elle indique toujours Jésus». C’est beau cela: la Vierge ne prend rien pour elle, elle indique Jésus. Faites ce que Jésus nous dit: c’est ainsi qu’est la Vierge. Marie sait que le Seigneur parle au cœur de chacun, et elle nous demande de traduire cette parole en actes et en choix. Elle a su le faire plus que quiconque et, de fait, elle est présente dans les moments fondamentaux de la vie de Jésus, surtout à l'heure suprême de sa mort sur la croix.
Chers frères et sœurs, nous finissons cette série de catéchèses sur le discernement: le discernement est un art, un art qui peut s'apprendre et qui a ses propres règles. S’il est bien appris, il permet de vivre l'expérience spirituelle d'une manière toujours plus belle et ordonnée. Avant tout, le discernement est un don de Dieu, qu'il faut toujours demander, sans jamais prétendre être expert et autosuffisant. Seigneur, donne-moi la grâce de discerner dans les moments de la vie ce que je dois faire et ce que je dois comprendre. Donne-moi la grâce de discerner, et donne-moi la personne qui m’aide à discerner. 
La voix du Seigneur est toujours reconnaissable, elle a un style unique, c'est une voix qui apaise, encourage et rassure dans les difficultés. L'Evangile nous le rappelle constamment: «Sois sans crainte» (Lc 1, 30), quelle belle parole que l’ange dit à Marie; «Sois sans crainte», «soyez sans crainte», c’est précisément le style du  Seigneur: «soyez sans crainte». «N'ayez pas peur!», nous répète à nous aussi le Seigneur aujourd’hui: «n’ayez pas peur»: si nous avons confiance en sa parole, nous jouerons bien le jeu de la vie, et nous pourrons aider les autres. Comme le dit le psaume, sa Parole est une lampe pour nos pas et une lumière pour notre chemin (cf. 119.105).

Après demain, nous célébrerons la solennité de l'Epiphanie; comme les Mages, puissiez-vous chercher avec un cœur ouvert le Christ, lumière du monde et Sauveur de l'humanité. J'exhorte chacun à persévérer dans la proximité affectueuse et la solidarité avec le peuple ukrainien tourmenté qui souffre tant et continue de souffrir, en invoquant pour lui le don de la paix. Ne nous lassons pas de prier. Le peuple ukrainien souffre, les enfants ukrainiens souffrent: prions pour eux.
* * *









Mercredi 11 janvier 2023
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 1. L’appel à l’apostolat (Mt 9,9-13)
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, nous commençons un nouveau cycle de catéchèse, consacré à un thème urgent et décisif pour la vie chrétienne : la passion de l'évangélisation, c'est-à-dire le zèle apostolique. Il s'agit d'une dimension vitale pour l'Église : la communauté des disciples de Jésus naît en effet apostolique, elle naît missionnaire, non pas prosélyte, et dès le début nous devions faire cette distinction : être missionnaire, être apostolique, évangéliser n'est pas la même chose que de faire du prosélytisme, rien à voir entre une chose et l'autre. C'est une dimension vitale pour l'Église, la communauté des disciples de Jésus naît apostolique et missionnaire. L'Esprit Saint la configure en sortie - l'Église en sortie, qui sort -, afin qu'elle ne soit pas repliée sur elle-même, mais extravertie, témoin contagieux de la foi de Jésus, également -, résolue à rayonner sa lumière jusqu'aux extrémités de la terre. Il peut se trouver, cependant, que l'ardeur apostolique, le désir d'atteindre les autres à travers la bonne annonce de l'Évangile, diminue, devienne tiède. Parfois, il semble s’éclipser, ce sont des chrétiens repliés sur eux-mêmes, ils ne pensent pas aux autres. Mais quand la vie chrétienne perd de vue l'horizon de l'évangélisation, l'horizon de l'annonce, elle devient malade : elle se referme sur elle-même, elle devient autoréférentielle, elle s'atrophie. Sans zèle apostolique, la foi se flétrit. La mission, est en revanche l'oxygène de la vie chrétienne : elle la tonifie et la purifie. Commençons alors un parcours pour redécouvrir la passion évangélisatrice, en partant des Écritures et de l'enseignement de l'Église, pour puiser le zèle apostolique à ses sources. Puis nous nous approcherons de quelques sources vives, de quelques témoins qui ont ravivé dans l'Église la passion de l'Évangile, afin qu'ils nous aident à rallumer le feu que l'Esprit Saint veut faire brûler toujours en nous.
Et aujourd’hui, je voudrais commencer par un épisode évangélique en quelque sorte emblématique nous l’avons entendu : l'appel de l'apôtre Matthieu, let c’est lui-même qui raconte dans son Évangile, dans le passage que nous avons écouté (cf. 9,9-13).
Tout commence avec Jésus, qui "voit" - dit le texte - "un homme". Peu de gens voyaient Matthieu tel qu'il était : ils le connaissaient comme celui qui était "assis au guichet des impôts" (v. 9). Il était en fait un collecteur d'impôts, c'est-à-dire qu'il collectait les impôts pour le compte de l'empire romain qui occupait la Palestine. En d'autres termes, il était un collaborateur, un traître du peuple. Nous pouvons imaginer le mépris que les gens éprouvaient à son égard, c'était un "publicain", ainsi le désignait-on. Mais, aux yeux de Jésus, Matthieu est un homme, avec ses misères et sa grandeur. Faites attention à cela : Jésus ne s'arrête pas aux adjectifs, Jésus cherche toujours le substantif. " Celui-ci est un pécheur, celui-ci est tel pour lequel... " sont des adjectifs : Jésus va à la personne, au cœur, c'est une personne, c'est un homme, c'est une femme, Jésus va à la substance, au substantif, jamais à l'adjectif, oubliez les adjectifs. Et alors qu'il y a une distance entre Matthieu et son peuple - parce qu'ils voyaient l'adjectif "publicain" - , Jésus s'approche de lui, parce que tout homme est aimé de Dieu : "Même ce malheureux ?" Oui, même ce malheureux, en effet, Il est venu pour ce malheureux, l'Evangile dit : "Je suis venu pour les pécheurs, non pour les justes". Ce regard de Jésus qui est très beau, qui voit l'autre, quel qu'il soit, comme le destinataire de l'amour, est le prélude de la passion évangélisatrice. Tout part de ce regard, que nous apprenons de Jésus.
Nous pouvons nous demander : quel est notre regard sur les autres ? Combien de fois voyons-nous leurs défauts et non leurs besoins ; combien de fois étiquetons-nous les gens par ce qu'ils font ou par ce qu’ils pensent ! Même en tant que chrétiens, nous nous disons : est-il des nôtres ou non ? Ce n'est pas le regard de Jésus : Lui regarde toujours chaque personne avec miséricorde et en fait avec prédilection. Et les chrétiens sont appelés à faire comme le Christ, en regardant comme lui, en particulier ceux que l'on appelle "les lointains". En fait, le récit de l'appel de Matthieu se termine par la déclaration de Jésus : "Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs" (v. 13). Et si chacun de nous se sent juste, Jésus est loin, Lui il se rapproche de nos limites et de nos misères, pour nous guérir.
Tout commence donc par le regard de Jésus qui " vit un homme ", Matthieu. Il s'ensuit - deuxième étape - un mouvement. D'abord le regard, Jésus regarde, puis la seconde étape, le mouvement. Matthieu était assis sur le banc des impôts ; Jésus lui dit : "Suis-moi". Et il " se leva et le suivit " (v. 9). Nous notons que le texte souligne que "il se leva". Pourquoi ce détail est-il si important ? Car à l'époque, celui qui était assis avait autorité sur les autres, qui se tenaient devant lui pour l'écouter ou, comme dans ce cas, pour lui payer un tribut. Celui qui était assis, en somme, avait le pouvoir. La première chose que fait Jésus, c'est de détacher Matthieu du pouvoir : de l'être assis pour recevoir les autres, il le met en mouvement vers les autres, il ne reçoit pas, non : il va vers les autres ; il lui fait abandonner une position de suprématie pour le mettre sur un pied d'égalité avec ses frères et sœurs et lui ouvrir les horizons du service. C'est ce qu’il fait et c'est fondamental pour les chrétiens : nous, disciples de Jésus, nous l'Église, restons-nous assis à attendre que les gens viennent, ou savons-nous nous lever, nous mettre en route avec les autres, chercher les autres ? C'est une position non chrétienne que de dire : "Mais qu'ils viennent, je suis là, qu'ils viennent." Non, toi vas les chercher, toi fais le premier pas.
Un regard - Jésus a regardé -, un mouvement - il se lève - et enfin, une mission. Après s'être levé et avoir suivi Jésus, où Matthieu ira-t-il ? On pourrait imaginer qu'après avoir changé la vie de cet homme, le Maître le conduise vers de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences spirituelles. Non, ou du moins pas immédiatement. D'abord, Jésus se rend chez lui ; là, Matthieu lui prépare " un grand banquet ", auquel " participe une grande foule de publicains " (Lc 5, 29) 'est-à-dire des gens comme lui. Matthieu retourne dans son environnement, mais il y retourne, transformé et avec Jésus. Son zèle apostolique ne commence pas dans un lieu nouveau, pur, et un lieu idéal, lointain, mais là, il commence où il vit, avec les gens qu'il connaît. Voici le message pour nous : nous ne devons pas attendre d'être parfaits et d'avoir parcouru un long chemin derrière Jésus pour témoigner de lui ; notre annonce commence aujourd'hui, là où nous vivons. Et cela ne commence pas en essayant de convaincre les autres, convaincre non : mais en témoignant chaque jour de la beauté de l'Amour qui nous a regardés et nous a relevés, et c'est cette beauté, en communiquant cette beauté qui convaincra les gens, non pas en communiquant nous-mêmes, mais le même Seigneur. Nous sommes ceux qui annoncent le Seigneur, nous ne nous annonçons pas nous-mêmes, ni nous n'annonçons un parti politique, une idéologie, non : nous annonçons Jésus. Nous devons mettre Jésus en contact avec les gens, sans les convaincre, mais en laissant le Seigneur convaincre. Comme nous l'a en effet enseigné le pape Benoît, "L'Eglise ne fait pas de prosélytisme. Elle se développe plutôt par "attraction"" (Homélie lors de la messe inaugurale de la cinquième Conférence générale de l'épiscopat d'Amérique latine et des Caraïbes, Aparecida, 13 mai 2007). N'oubliez pas ceci : quand vous voyez des chrétiens faire du prosélytisme, dresser une liste de personnes à venir... ce ne sont pas des chrétiens, ce sont des païens déguisés en chrétiens mais le cœur est païen. L'Église ne grandit pas par prosélytisme, elle grandit par attraction. Une fois, je me souviens que dans l'hôpital de Buenos Aires, les religieuses qui y travaillaient sont parties parce qu'elles étaient peu nombreuses et qu'elles ne pouvaient pas faire fonctionner l'hôpital, et une communauté de religieuses de Corée est arrivée, disons lundi par exemple, je ne me souviens plus du jour. Elles ont pris la maison des religieuses à l'hôpital et le mardi, elles sont descendues visiter les malades à l'hôpital, mais elles ne parlaient pas un mot d'espagnol, elles ne parlaient que le coréen et les malades étaient heureux, car ils commentaient : " Braves ces religieuses, braves, braves " - Mais que t'a dit la religieuse ? "Rien, mais avec le regard elle m'a parlé, elles ont communiqué Jésus". Non pas communiquer elles-mêmes, mais avec le regard, avec les gestes, communiquer Jésus.  C'est l'attraction, le contraire du prosélytisme.
Ce témoignage attrayant, ce témoignage joyeux est la mission vers laquelle Jésus nous conduit par son regard d'amour et par le mouvement de sortie que son Esprit suscite dans le cœur. Et nous pouvons nous demander si notre regard ressemble à celui de Jésus pour attirer les gens, pour les rapprocher à l'Église. Pensons-y.










Mercredi 18 janvier 2023
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 2. Jésus modèle de l’annonce
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenu à tous !
Mercredi dernier, nous avons ouvert un cycle de catéchèse sur la passion d'évangéliser, c’est-à-dire sur le zèle apostolique qui doit animer l'Église et tout chrétien. Aujourd'hui, nous nous penchons sur le modèle suprême de l'annonce : Jésus. L'Évangile du jour de Noël l'a défini comme le " Verbe de Dieu " (cf. Jn 1, 1). Le fait qu'il soit le Verbe, la parole, nous indique un aspect essentiel de Jésus : il est toujours en relation, toujours en sortie, jamais isolé, toujours en relation, en sortie ; la parole, en effet, existe pour être transmise, communiquée. Il en est de même pour Jésus, Parole éternelle du Père adressée à nous, communiquée à nous. Christ n'a pas seulement les paroles de vie, mais fait de sa vie une Parole, un message : il vit, pour ainsi dire, toujours tourné vers le Père et vers nous. Toujours en regardant le Père qui l'a envoyé et en nous regardant, nous vers qui il a été envoyé.
En effet, si nous regardons ses journées, décrites dans les Évangiles, nous voyons qu'en premier lieu il y a l'intimité avec le Père, la prière, pour laquelle Jésus se lève tôt, quand il fait encore nuit, et va dans des zones désertes pour prier (cf. Mc 1,35 ; Lc 4,42)pour parler avec le Père. Toutes les décisions et tous les choix plus importants il les prend après avoir prié (cf. Lc 6,12 ; 9,18). C'est précisément dans cette relation, dans la prière qui le lie au Père dans l'Esprit, que Jésus découvre le sens de son être d'homme, de son existence dans le monde parce que Lui est en mission pour nous, envoyé par le Père à nous.
À cet égard, le premier geste public qu'Il pose, après les années de vie cachée à Nazareth, est intéressant. Jésus ne fait pas un grand prodige, il ne lance pas un message sensationnel, mais se mêle aux gens qui allaient se faire baptiser par Jean. Il nous offre ainsi la clé de son agir dans le monde : se dépenser pour les pécheurs, en étant solidaire de nous sans distance, dans le partage total de la vie. En effet, en parlant de sa mission, il dira qu'il n’est pas venu "pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie" (Mc 10,45). Chaque jour, après la prière, Jésus consacre toute sa journée à l'annonce du Royaume de Dieu et la consacre aux personnes, en particulier les plus pauvres et les plus faibles, les pécheurs et les malades (cf. Mc 1,32-39). C'est-à-dire que Jésus est en contact avec le Père dans la prière et ensuite il est en contact avec tous les gens pour la mission, pour la catéchèse, pour enseigner le chemin du Royaume de Dieu.
Or, si nous voulons représenter son style de vie par une image, nous n'avons aucune difficulté à la trouver : Jésus lui-même nous l'offre, Jésus lui-même nous l'offre, nous l'avons bien entendu, en se présentant comme le Bon Pasteur, celui qui - dit-il - "donne sa vie pour les brebis" (Jn 10,11), c’est Jésus. En effet, être pasteur n'était pas seulement un travail, qui demandait du temps et beaucoup d'engagement, c'était un véritable mode de vie : vingt-quatre heures sur vingt-quatre, vivre avec le troupeau, l'accompagner au pâturage, dormant parmi les brebis, prenant soin des plus faibles. Jésus, en d'autres termes, ne fait pas quelque chose pour nous, mais donne tout, donne sa vie pour nous. Son cœur est un cœur pastoral (cf. Ez 34,15). Il fait le pasteur avec nous tous.
En effet, pour résumer l'action de l'Église en un mot, le terme "pastoral" est souvent utilisé. Et pour évaluer notre travail pastoral, nous devons nous confronter au modèle, nous confronter avec Jésus, Jésus le bon pasteur. Avant tout, nous pouvons nous demander : l'imitons-nous en nous abreuvant aux sources de la prière, afin que nos cœurs soient en syntonie avec le sien ? L'intimité avec Lui est, comme le suggère le beau volume de l'abbé Chautard, «  l'âme de tout apostolat ». Jésus lui-même a dit clairement à ses disciples : "Sans moi, vous ne pouvez rien faire" (Jn 15,5). Si l'on est avec Jésus, on découvre que son cœur pastoral bat toujours pour qui est perdu, égaré, lointain. Et le nôtre ? Combien de fois notre attitude avec les personnes un peu difficiles ou qui sont un peu difficiles s'exprime par ces mots : " Mais c'est son problème, qu'il se débrouille... ". Mais Jésus n'a jamais dit cela, jamais, mais il est toujours allé à la rencontre des marginaux, des pécheurs. On l'a accusé de cela, d'être avec les pécheurs, parce qu'il leur apportait le salut de Dieu.
Nous avons entendu la parabole de la brebis perdue au chapitre 15 de l'Évangile de Luc (cf. vv. 4-7). Jésus parle aussi de la pièce de monnaie perdue et du fils prodigue. Si nous voulons former notre zèle apostolique, le chapitre 15 de Luc devrait toujours être sous nos yeux. Lisez-le souvent, là nous pourrons comprendre ce qu'est le zèle apostolique. Là, nous découvrons que Dieu ne reste pas à contempler l’enclos de ses brebis, ni ne les menace pour qu'elles ne s'en aillent pas. Au contraire, si quelqu'un sort et se perd, il ne l'abandonne pas, mais la cherche. Il ne dit pas : "Elle est partie, c'est sa faute, c'est son affaire !". Le cœur pastoral réagit d'une autre manière : le cœur pastoral souffre et le cœur pastoral risque. Il souffre : oui, Dieu souffre pour qui s’en va, et en le pleurant, il l’aime d'autant plus. Le Seigneur souffre lorsque nous nous éloignons de son cœur. Il souffre pour ceux qui ne connaissent pas la beauté de son amour et la chaleur de son étreinte. Mais, en réponse à cette souffrance, il ne se renferme pas, mais au contraire prend des risques : il laisse les quatre-vingt-dix-neuf brebis qui sont en sécurité et s'aventure à la recherche de celle qui manque, faisant ainsi quelque chose d’hasardeux et même d'irrationnel, mais en consonnance avec son cœur pastoral, qui éprouve de la nostalgie pour qui s’en est allé. La nostalgie pour ceux qui sont partis est constante en Jésus. Et lorsque nous apprenons que quelqu'un a quitté l'Église, que disons-nous ? "Qu'il se débrouille". Non, Jésus nous enseigne la nostalgie de ceux qui sont partis ; Jésus n'a ni colère ni ressentiment, mais une nostalgie irréductible de nous. Jésus se languit de nous, et c'est le zèle de Dieu.
Et je me demande : nous, avons-nous des sentiments similaires ? Peut-être considérons-nous ceux qui ont quitté le troupeau comme des adversaires ou des ennemis. "Et celui-là ? - Non, il est parti ailleurs, il a perdu la foi, l'enfer l'attend...', et nous sommes tranquilles. En les rencontrant à l'école, au travail, dans les rues de la ville, pourquoi ne pas penser plutôt que nous avons une bonne occasion de leur témoigner la joie d'un Père qui les aime et ne les a jamais oubliés ? Non pas pour faire du prosélytisme, non ! Mais pour que là arrive la Parole du Père, pour marcher ensemble. Évangéliser n'est pas faire du prosélytisme : faire du prosélytisme est une chose païenne, ce n'est ni religieux ni évangélique. Il y a une bonne parole pour ceux qui ont quitté le troupeau, et nous avons l'honneur et la responsabilité d'être ceux qui expriment cette parole. Parce que la Parole, Jésus, nous demande cela, de nous approcher toujours, avec un cœur ouvert, de tous, parce que Lui est comme cela. Peut-être suivons-nous et aimons-nous Jésus depuis si longtemps et ne nous sommes-nous jamais demandé si nous partageons ses sentiments, si nous souffrons et risquons en syntonie avec le cœur de Jésus, avec ce cœur pastoral, proche du cœur pastoral de Jésus ! Il ne s'agit pas de faire du prosélytisme, je l’ai dit, pour que les autres soient "des nôtres”, non, cela n’est pas chrétien : il s’agit d'aimer pour qu'ils soient des enfants heureux de Dieu. Demandons dans la prière la grâce d'un cœur pastoral, ouvert, qui se tienne proche de tous, pour apporter le message du Seigneur et aussi pour sentir pour chacun la nostalgie du Christ. Parce que, sans cet amour qui souffre et qui risque, notre vie ne va pas bien : si nous, chrétiens, n'avons pas cet amour qui souffre et qui risque, nous risquons de ne paître que nous-mêmes. Les pasteurs qui sont pasteurs d'eux-mêmes, au lieu d'être pasteurs du troupeau, sont des coiffeurs de brebis "exquises". Nous ne devons pas être les pasteurs que de nous-mêmes, mais les pasteurs de tous.










Mercredi 25 janvier 2023
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 3. Jésus maitre de l’annonce
Mercredi dernier nous avons réfléchi sur Jésus modèle de l’annonce, sur son cœur de pasteur toujours tendu vers les autres. Aujourd’hui, nous le regardons comme maître de l’annonce . Laissons-nous guider par l’épisode où Il prêche dans la synagogue de son village, Nazareth. Jésus lit un passage du prophète Isaïe (cf. 61, 1-2) et surprend ensuite tout le monde avec une «prédication» très courte, d’une seule phrase, une seule phrase. Et il dit: «Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre» (Lc 4, 21). Voilà la prédication de Jésus: «Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre». Cela signifie que pour Jésus, ce passage prophétique contient l’essentiel de ce qu’il veut dire de lui-même. Donc, chaque fois que nous parlons de Jésus, nous devons retrouver cette première annonce de sa part.
Voyons alors en quoi consiste cette première annonce. Cinq éléments essentiels peuvent être identifiés.
Le premier élément est la joie. Jésus proclame: «L’Esprit du Seigneur est sur moi; [...] il m’a envoyé porter la joyeuse nouvelle aux pauvres» (v. 18), c’est-à-dire une annonce de bonheur, de joie. La joyeuse nouvelle: on ne peut pas parler de Jésus sans joie, car la foi est une merveilleuse histoire d’amour à partager. Témoigner de Jésus, faire quelque chose pour les autres en son nom, c’est dire entre les lignes de sa vie d’avoir reçu un don si beau que nulle parole ne peut l’exprimer. Au contraire, quand manque la joie, l’Evangile ne passe pas, parce qu’il est — la parole elle-même le dit — une bonne annonce, et Evangile veut dire bonne annonce, annonce de joie. Un chrétien triste peut parler de belles choses mais tout cela est vain si l’annonce qu’il transmet n’est pas joyeuse. Un penseur disait: «Un chrétien triste est un triste chrétien»: n’oublions pas cela.
Venons-en au deuxième aspect: la libération . Jésus dit qu’il a été envoyé «pour proclamer aux prisonniers la libération» (ibid.). Cela signifie que celui qui annonce Dieu ne peut pas faire de prosélytisme, non, ne peut pas faire pression sur les autres, mais les soulager: ne pas imposer de fardeaux, mais les décharger; apporter la paix, ne pas apporter la culpabilité. Bien sûr, suivre Jésus implique une ascèse, comporte des sacrifices; après tout, si toute bonne chose l’exige, encore plus la réalité décisive de la vie! Toutefois, celui qui témoigne du Christ montre la beauté de l’objectif, plutôt que la fatigue du chemin. Il nous sera déjà arrivé de raconter à quelqu’un un beau voyage que nous avons fait. Par exemple, nous aurons parlé de la beauté des lieux, de ce que nous avons vu et vécu, pas du temps pour s’y rendre et des files d’attente à l’aéroport, non! Ainsi, toute annonce digne du Rédempteur doit communiquer la libération. Comme celle de Jésus. Aujourd’hui, il y a la joie, parce que je suis venu libérer.
Troisième aspect: la lumière. Jésus dit qu’il est venu apporter «la vue aux aveugles» (ibid.). Il est frappant de constater que dans toute la Bible, avant le Christ, jamais la guérison d’un aveugle n’apparaît, jamais. Il s’agissait en effet d’un signe promis qui viendrait avec le Messie. Mais ici, il ne s’agit pas seulement de la vue physique, mais d’une lumière qui fait voir la vie d’une manière nouvelle. Il y a un «retour à la lumière», une renaissance qui ne se produit qu’avec Jésus. Si nous y réfléchissons, c’est ainsi que la vie chrétienne a commencé pour nous: avec le baptême, qui jadis était appelé précisément «illumination». Et quelle lumière Jésus nous apporte-t-il? Il nous apporte la lumière de la filiation : Il est le Fils bien-aimé du Père, vivant pour toujours; et avec Lui, nous sommes aussi des enfants de Dieu, aimés pour toujours, malgré nos fautes et nos défauts. Alors la vie n’est plus une avancée aveugle vers le néant, non: elle n’est pas une question de chance ou de destin, elle n’est pas quelque chose qui dépend du hasard ou des étoiles, ni même de la santé ou des finances, non. La vie dépend de l’amour, de l’amour du Père, qui prend soin de nous, ses enfants bien-aimés. Comme il est beau de partager cette lumière avec les autres! Avez-vous pensé que la vie de chacun de nous — ma vie, ta vie, notre vie — est un geste d’amour? Est une invitation à l’amour? C’est merveilleux! Mais souvent, nous oublions cela, face aux difficultés, face aux mauvaises nouvelles, et aussi face — et cela est triste — à la mondanité, à la façon mondaine de vivre.
Quatrième aspect de l’annonce: la guérison. Jésus dit être venu «libérer les opprimés» (ibid.). Les opprimés sont ceux qui se sentent écrasés dans la vie par quelque chose qui arrive: les maladies, les difficultés, les fardeaux du cœur, la culpabilité, les erreurs, les vices, les péchés...
Opprimés par cela: pensons par exemple aux sentiments de culpabilité. Combien d’entre nous souffrent de cela? Pensons un peu à un sentiment de culpabilité vis-à-vis de cela, de cette autre chose... Ce qui nous opprime, par-dessus tout, c’est précisément ce mal même qu’aucun médicament ou remède humain ne peut guérir: le péché. Et si quelqu’un a un sentiment de culpabilité pour quelque chose qu’il a fait; et qu’il se sent mal.. Mais la bonne nouvelle est qu’avec Jésus, ce mal ancien, le péché, qui semble invincible, n’a plus le dernier mot. Je peux pécher parce que je suis faible. Chacun de nous peut le faire, mais cela n’est pas le dernier mot. Le dernier mot est la main tendue de Jésus qui te relève du péché. Et, combien de fois fait-il cela? Une fois? Non. Deux? Non. Trois? Non. Toujours. Chaque fois que tu ne vas pas bien, le Seigneur tend toujours la main. Il suffit de s’agripper et de se laisser porter. La bonne nouvelle est qu’avec Jésus, ce mal ancien n’a plus le dernier mot: le dernier mot est la main tendue de Jésus qui te fait avancer. Jésus nous guérit toujours du péché. Et combien dois-je payer pour la guérison? Rien. Il nous guérit toujours et gratuitement. Il invite tous ceux qui sont «fatigués et opprimés» — il le dit dans l’Evangile — il invite à venir à Lui (cf. Mt 11, 28). Ainsi, accompagner quelqu’un à la rencontre de Jésus, c’est l’amener chez le médecin du cœur, qui soulage sa vie. C’est dire: «Frère, sœur, je n’ai pas de réponses à tant de tes problèmes, mais Jésus te connaît, Jésus t’aime, il peut te guérir et rasséréner ton cœur». Celui qui porte des fardeaux a besoin d’une caresse sur son passé. Tant de fois nous entendons: «Mais j’aurais besoin de guérir mon passé... J’ai besoin d’une caresse sur ce passé qui me pèse tant...». Il a besoin de pardon. Et ceux qui croient en Jésus ont précisément cela à donner aux autres: la force du pardon de Dieu, qui li-bère l’âme de toute dette. Frères, sœurs, n’oublions pas: Dieu oublie tout. Comment cela se fait-il? Oui, il oublie tous nos péchés, il ne s’en souvient pas. Dieu pardonne tout parce qu’il oublie nos péchés. Il suffit de s’approcher du Seigneur et il nous pardonne tout. Pensez à quelque chose de l’Evangile, à celui qui a commencé à parler: «Seigneur, j’ai péché!». Ce fils... Et le père lui met la main devant la bouche. «Non, cela va bien, rien...». Il ne le laisse pas finir... Et cela est beau. Jésus nous attend pour nous pardonner, pour nous guérir. Et combien? Une fois? Deux fois? Non. Toujours. «Mais -père, je fais toujours les mêmes choses...» Et lui aussi fera toujours les mêmes choses: te pardonner, t’embrasser. S’il vous plaît, ayons confiance en cela. C’est ainsi que nous aime le Seigneur. Que celui qui porte des poids et a besoin d’une caresse sur le passé, qui a besoin de pardon, qu’il sache que Jésus le fait. Et c’est cela que donne Jésus: libérer l’âme de toute dette. Dans la Bible, on parle d’une année au cours de laquelle on était libéré du fardeau des dettes: le Jubilé, l’année de grâce. Comme si c’était le dernier point de l’annonce.
Jésus dit en effet être venu «proclamer l’année de grâce du Seigneur» (Lc 4, 19). Ce n’était pas un jubilé planifié, comme ceux que nous faisons à présent, où tout est programmé et on pense à comment faire et ne pas faire... non. Mais avec le Christ, la grâce qui rend la vie nouvelle arrive toujours et émerveille toujours. Le Christ est le jubilé de tous les jours, de toute heure, il s’approche de toi pour te caresser, te pardonner. Et l’annonce de Jésus doit toujours apporter l’émerveillement de la grâce .
Cet émerveillement... «Je ne peux pas y croire, j’ai été pardonné, j’ai été pardonnée». Mais notre Dieu est si grand! Car ce n’est pas nous qui faisons de grandes choses, mais c’est la grâce du Seigneur qui, également à travers nous, accomplit des choses imprévisibles. Et ce sont les surprises de Dieu. Dieu est un maître des surprises. Il nous surprend toujours, il nous attend toujours. Nous arrivons, et Lui attend. Toujours. L’Evangile s’accompagne d’un sentiment d’émerveillement et de nouveauté qui a un nom: Jésus.
Qu’il nous aide à le proclamer comme il le souhaite, en communiquant joie, libération, lumière, guérison et émerveillement. C’est ainsi que l’on communique Jésus.
Une dernière chose: cette joyeuse annonce , dont parle l’Evangile, est adressée «aux pauvres» (v. 18). Nous les oublions souvent, pourtant ce sont les destinataires explicitement mentionnés, car ils sont les bien-aimés de Dieu. Souvenons-nous d’eux, et souvenons-nous que, pour accueillir le Seigneur, chacun de nous doit se faire «pauvre intérieurement».
Avec cette pauvreté qui fait dire... «Seigneur, j’ai besoin de pardon, j’ai besoin d’aide, j’ai besoin de force». Cette pauvreté que nous avons tous: se faire pauvre à l’intérieur. Il s’agit de vaincre toute prétention à l’autosuffisance pour se reconnaître comme ayant besoin de la grâce, ayant toujours besoin de Lui. Si quelqu’un me dit: Père, mais quel est le chemin le plus bref pour rencontrer Jésus? Aie besoin. Aie besoin de grâce, aie besoin de pardon, aie besoin de joie. Et il s’approchera de toi.