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Mercredi 27 septembre 2023
Le voyage apostolique à Marseille à l'occasion des Rencontres Méditerranéennes
Chers frères et sœurs, bonjour !
A la fin de la semaine dernière, je me suis rendu à Marseille pour participer à la clôture des Rencontres Méditerranéennes, qui ont réuni des évêques et des maires du pourtour méditerranéen, ainsi que de nombreux jeunes, afin de tourner le regard vers l'avenir. L'événement marseillais s'intitulait d'ailleurs "Mosaïque d'espérance". Tel est le rêve, tel est le défi : que la Méditerranée retrouve sa vocation, être un laboratoire de civilisation et de paix.
La Méditerranée, nous le savons, est un berceau de civilisation, et un berceau, c'est pour la vie ! Ce n’est pas tolérable qu'elle devienne un tombeau, ni une zone de conflit. La mer Méditerranée est ce qui s'oppose le plus au choc des civilisations, à la guerre, à la traite des êtres humains. C'est tout le contraire, parce que la Méditerranée met en relation l'Afrique, l'Asie et l'Europe ; le nord et le sud, l'orient et l'occident ; les personnes et les cultures, les peuples et les langues, les philosophies et les religions. Bien sûr, la mer est toujours en quelque sorte un abîme à franchir, et elle peut aussi devenir périlleuse. Mais ses eaux recèlent des trésors de vie, ses vagues et ses vents portent des navires de toutes sortes.
Depuis sa rive orientale, il y a deux mille ans, est parti l'Évangile de Jésus-Christ.
[Son annonce] naturellement ne se fait pas par magie et n'est pas acquis une fois pour toutes. C'est le fruit d'un parcours où chaque génération est appelée à faire un bout de chemin, en lisant les signes des temps qu’elle vit. 
La rencontre de Marseille fait suite à celles qui se sont tenues à Bari en 2020 et à Florence l'année dernière. Il ne s'agit pas d'un événement isolé, mais d'un pas en avant dans un itinéraire qui trouve son origine dans les "Colloques méditerranéens" organisés par le maire Giorgio La Pira à Florence à la fin des années 1950. Un pas en avant pour répondre, aujourd'hui, à l'appel lancé par saint Paul VI dans son encyclique Populorum Progressio, pour "la promotion d'un monde plus humain pour tous, un monde où tous auront à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns soit un obstacle au développement des autres." (n° 44).
Qu'est-ce qui résulte de l'événement de Marseille ? Un regard sur la Méditerranée que je définirais comme simplement humain, ni idéologique, ni stratégique, ni politiquement correct, ni instrumental, humain, c'est-à-dire capable de tout rapporter à la valeur primordiale de la personne humaine et à sa dignité inviolable. Ensuite en même temps, est apparu un regard d'espérance. C'est aujourd’hui très surprenant : quand on écoute des témoins qui ont vécu des situations inhumaines ou qui les ont partagées, et que c'est d'eux que l'on reçoit une " profession d'espérance ". Et même c’est un regard de fraternité.
Frères et sœurs, cette espérance, cette fraternité ne doit pas "se volatiliser", non, au contraire, elle doit s'organiser, se concrétiser dans des actions à long, moyen et court terme. Afin que les personnes, en toute dignité, puissent choisir d'émigrer ou de ne pas émigrer. La Méditerranée doit être un message d’espérance.
Mais il y a un autre aspect complémentaire : il faut redonner de l'espérance à nos sociétés européennes, spécialement aux nouvelles générations. En effet, comment accueillir les autres si nous n'avons pas nous-mêmes un horizon ouvert sur l'avenir ? Comment des jeunes sans espérance, enfermés dans leur vie privatisée, préoccupés par la gestion de leur précarité, peuvent-ils s'ouvrir à la rencontre et au partage ? Nos sociétés tant de fois malades de l'individualisme, du consumérisme et de l'évasion vide ont besoin de s'ouvrir, d'oxygéner leurs âmes et leurs esprits pour pouvoir lire la crise comme une opportunité et l'affronter de manière positive. 
L'Europe a besoin de retrouver passion et enthousiasme, et à Marseille je peux dire que je les ai trouvés : dans son Pasteur, le Cardinal Aveline, dans les prêtres et les consacrés, dans les fidèles laïcs engagés dans la charité, dans l'éducation, dans le peuple de Dieu qui a manifesté une grande chaleur lors de la Messe au Stade Vélodrome. Je les remercie tous, ainsi que le Président de la République, dont la présence a témoigné de l'attention de la France entière à l'égard de l'événement de Marseille. Que Notre-Dame, que les Marseillais vénèrent sous le nom de Notre-Dame de la Garde, accompagne le chemin des peuples de la Méditerranée, afin que cette région devienne ce qu'elle a toujours été appelée à être : une mosaïque de civilisation et d'espérance.










Mercredi 11 octobre 2023
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 22. Sainte Joséphine Bakhita : témoin de la force transformatrice du pardon du Christ
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans la série de catéchèses sur le zèle apostolique, - nous sommes en train de réfléchir sur le zèle apostolique - aujourd’hui nous nous laissons inspirer par le témoignage de Sainte Joséphine Bakhita, une sainte soudanaise. Malheureusement, depuis des mois, le Soudan est déchiré par un terrible conflit armé dont on parle peu aujourd'hui ; prions pour le peuple soudanais, afin qu'il vive en paix ! Mais la renommée de Sainte Bakhita a franchi toutes les frontières pour rejoindre tous ceux qui sont privés d'identité et de dignité.
Née au Darfour - le Darfour tourmenté ! - en 1869, elle est enlevée de sa famille à l'âge de sept ans et transformée en esclave. Ses ravisseurs l’appelèrent "Bakhita", ce qui signifie "chanceuse". Elle a connu huit maîtres – l’un la vendait à l’autre... Les souffrances physiques et morales qu'elle a subies pendant son enfance l'ont laissée sans identité. Elle a subi la malveillance et la violence : elle avait plus d'une centaine de cicatrices sur le corps. Mais elle-même témoigne : "Comme esclave, je n'ai jamais désespéré, car je sentais une force mystérieuse qui me soutenait".
Face à cela je me demande : quel est le secret de Sainte Bakhita ? Nous savons que souvent la personne blessée blesse à son tour ; l’opprimé devient facilement un oppresseur. Par contre, la vocation des opprimés est de se libérer et de libérer les oppresseurs en devenant des restaurateurs d'humanité. Seulement dans la faiblesse de l’opprimé peut se révéler la puissance de l'amour de Dieu qui libère les deux. Sainte Bakhita exprime très bien cette vérité. Un jour, son tuteur lui fait cadeau d’un petit crucifix, et elle, qui n'avait jamais rien possédé, le garde comme un trésor jalousement. En le regardant, elle éprouve une libération intérieure parce qu'elle se sent comprise et aimée et donc capable de comprendre et d'aimer : ceci est le début. Elle se sent comprise, elle se sent aimée et par conséquent capable de comprendre et d’aimer les autres. En effet, elle dira : "L'amour de Dieu m'a toujours accompagnée d'une manière mystérieuse... Le Seigneur m'a tant aimée : il faut aimer tout le monde... Il faut compatir ! " Ainsi est l’âme de Bakhita. Réellement, compatir signifie à la fois souffrir avec les victimes de tant d'inhumanité dans le monde et avoir pitié de ceux qui commettent des erreurs et des injustices, non pas en les justifiant, mais en les humanisant. C'est la caresse qu'elle nous enseigne : humaniser. Lorsque nous entrons dans la logique de la lutte, de la division entre nous, des mauvais sentiments, l'un contre l'autre, nous perdons l'humanité. Et bien souvent, nous pensons que nous avons besoin d'humanité, d'être plus humains. Et c'est le travail que Sainte Bakhita nous enseigne : humaniser, nous humaniser nous-mêmes et humaniser les autres.
Sainte Bakhita, devenue chrétienne, est transformée par les paroles du Christ qu'elle méditait quotidiennement : "Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font" (Lc 23, 34). C'est pourquoi elle a dit : "Si Judas avait demandé pardon à Jésus, lui aussi aurait trouvé miséricorde". Nous pouvons dire que la vie de Sainte Bakhita est devenue une parabole existentielle du pardon. Que c’est beau de dire d’une personne "elle a été capable, elle a été capable de pardonner toujours". Et elle a été capable de le faire toujours, bien plus : sa vie est une parabole existentielle du pardon. Pardonner parce qu’ensuite nous serons pardonnés. N’oublions pas ceci : le pardon, c’est la caresse de Dieu pour nous tous.
Le pardon l'a rendue libre. Le pardon d'abord reçu à travers l'amour miséricordieux de Dieu, et ensuite le pardon donné a fait d'elle une femme libre, joyeuse, capable d'aimer. 
Bakhita a pu vivre le service non pas comme un esclavage, mais comme l'expression du don gratuit de soi. Et ceci est très important : devenue servante involontairement – elle avait été vendue comme esclave - elle a ensuite choisi librement de se faire servante, de porter sur ses épaules les fardeaux des autres. 
Sainte Joséphine Bakhita, par son exemple, nous montre le chemin pour être finalement libérés de nos esclavages et de nos peurs. Elle nous aide à démasquer nos hypocrisies et nos égoïsmes, à surmonter rancœurs et conflictualités. Et elle nous encourage toujours.
Chers frères et sœurs, le pardon n'enlève rien mais ajoute - qu’est-ce que le pardon ajoute ? - de la dignité : le pardon ne t’enlève rien mais ajoute de la dignité à la personne, il fait porter le regard de soi-même vers les autres, pour les voir aussi fragiles que nous, mais toujours frères et sœurs dans le Seigneur. Frères et sœurs, le pardon est la source d'un zèle qui devient miséricorde et appelle à une sainteté humble et joyeuse, comme celle de Sainte Bakhita.
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Mercredi 18 octobre 2023
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 23. Saint Charles de Foucauld, cœur vibrant de la charité dans la vie cachée
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous poursuivons dans notre rencontre avec certains chrétiens témoins riches de zèle dans l'annonce de l'Évangile. Le zèle apostolique, le zèle pour l’annonce : et nous allons à la rencontre de certains chrétiens qui ont été des exemples de ce zèle apostolique. Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un homme qui a fait de Jésus et de ses frères les plus pauvres la passion de sa vie. Je me réfère à Saint Charles de Foucauld qui, « grâce à son expérience intense de Dieu, a fait un cheminement de transformation jusqu’à se sentir le frère de tous » (Lett. enc. Fratelli tutti, 286).
Et quel a été le "secret" de Charles de Foucauld, de sa vie ? Après avoir vécu une jeunesse loin de Dieu, sans croire à rien sinon qu’à la recherche désordonnée du plaisir, il le confie à un ami non-croyant, auquel, après s'être converti en accueillant la grâce du pardon de Dieu dans la Confession, il révèle la raison de sa vie. Il écrit : « J'ai perdu mon cœur pour Jésus de Nazareth » [01]. Frère Charles nous rappelle ainsi que le premier pas dans l'évangélisation est d'avoir Jésus dans son cœur, c'est de "perdre la tête" pour Lui. Si ce n'est pas le cas, difficilement nous réussissons à le montrer par notre vie. Nous risquons en revanche de parler de nous-mêmes, dans notre groupe d’appartenance, d'une morale ou, pire encore, d'un ensemble de règles, mais pas de Jésus, de son amour, de sa miséricorde. Cela je le vois dans certains nouveaux mouvements qui émergent : ils parlent de leur vision de l'humanité, ils parlent de leur spiritualité et ils se sentent une nouvelle voie... Mais pourquoi ne parlez-vous pas de Jésus ? Ils parlent de beaucoup de choses, d'organisation, de chemins spirituels, mais ils ne savent pas parler de Jésus. Je crois qu'aujourd'hui, il serait bon que chacun d'entre nous se demande : "Est-ce que j'ai Jésus au centre de mon cœur ? Ai-je un peu perdu la tête pour Jésus ?
Charles le fait, au point de passer de l'attraction pour Jésus à l' imitation de Jésus. Conseillé par son confesseur, il se rend en Terre Sainte pour visiter les lieux où le Seigneur a vécu et pour marcher où le Maitre a marché. En particulier, c'est à Nazareth qu'il comprend le devoir de se former à l'école du Christ. Il vit une relation intense avec le Seigneur, passe de longues heures à lire les Évangiles et se sent comme son petit frère. Et connaissant Jésus, nait en lui le désir de le faire connaitre : cela survient toujours ainsi. Lorsque chacun de nous connait plus Jésus, nait le désir de le faire connaitre, de partager ce trésor. En commentant le récit de la visite de la Vierge à Elisabeth, il Lui fait dire, à la Vierge, à lui : « Je me suis donné au monde... portez-moi au monde ». Oui mais comment faire ? Comme Marie dans le mystère de la Visitation : « en silence, par l'exemple, par la vie » [02]. Par la vie, parce que « toute notre existence, écrit frère Charles - doit crier l'Évangile » [03]. Et tant de fois notre existence crie mondanité, crie tant de choses stupides, choses étranges et lui nous dit : “Non, toute notre existence doit crier l'Évangile”.
Il décide alors de s'installer dans des régions lointaines pour crier l'Évangile dans le silence, en vivant dans l'esprit de Nazareth, dans la pauvreté et de manière cachée. Il se rend dans le désert du Sahara, parmi les non-chrétiens, et y arrive en ami et en frère, apportant la douceur de Jésus Eucharistie. Charles laisse que ce soit Jésus à agir silencieusement, convaincu que la "vie eucharistique" évangélise. En effet, il croit que le Christ est le premier évangélisateur. Il reste donc en prière aux pieds de Jésus, devant le tabernacle, environ dix heures par jour, sûr que la force évangélisatrice se trouve là et réalisant que c'est Jésus qui le rend proche de tant de frères lointains. Et nous, je me demande croyons-nous au pouvoir de l'Eucharistie ? Notre sortie vers les autres, notre service, trouve-t-il là, dans l'adoration, son commencement et son accomplissement ? Je suis convaincu que nous avons perdu le sens de l'adoration : nous devons le retrouver, en commençant par nous, personnes consacrées, évêques, prêtres, religieuses et toutes les personnes consacrées. "Perdre" du temps devant le tabernacle, retrouver le sens de l'adoration.
Charles de Foucauld écrivait : « Tout chrétien est un apôtre » [04] et rappelle à un ami qu’ « à côté des prêtres, nous avons besoin de laïcs qui voient ce que le prêtre ne voit pas, qui évangélisent avec une proximité de charité, avec une bonté pour tous, avec une affection toujours prête à se donner » [05]. Les saints laïcs, pas les arrivistes, mais ces laïcs, hommes et femmes qui sont amoureux de Jésus, font comprendre au prêtre qu'il n'est pas un fonctionnaire, qu'il est un médiateur, un prêtre. Combien nous, prêtres, avons besoin d'avoir à nos côtés ces laïcs qui croient sérieusement et qui, par leur témoignage, nous enseignent le chemin. Charles de Foucauld, avec cette expérience laïque, anticipe l'époque du Concile Vatican II, il perçoit l'importance des laïcs et comprend que l'annonce de l'Évangile est la responsabilité du peuple de Dieu tout entier. Mais comment accroître cette participation ? Comme Charles de Foucauld l'a fait : en se mettant à genoux et en accueillant l'action de l'Esprit, qui suscite toujours de nouvelles manières pour s'engager, rencontrer, écouter et dialoguer, toujours dans la collaboration et dans la confiance, toujours en communion avec l'Église et avec les pasteurs.
Saint Charles de Foucauld, figure qui est une prophétie pour notre temps, a témoigné de la beauté de la communication de l'Évangile à travers l' apostolat de la douceur : lui qui se sentait "frère universel" et accueillait tous, nous montre la force évangélisatrice de la douceur, de la tendresse. Ne l’oublions pas, le style de Dieu ce sont trois paroles : proximité, compassion et tendresse. Dieu est toujours proche, toujours compatissant, toujours tendre. Et le témoignage chrétien doit suivre ce chemin : de proximité, de compassion, de tendresse. Et il était ainsi doux et tendre. Il voulait que quiconque le rencontrait voit, à travers sa bonté, la bonté de Jésus. Il disait qu'il était en fait « le serviteur de quelqu’un qui est bien meilleur que moi » [06]. Vivre la bonté de Jésus l’entrainait à tisser des liens fraternels et d'amitié avec les pauvres, avec les Touaregs, avec ceux qui sont les plus éloignés de sa mentalité. Peu à peu, ces liens généraient la fraternité, l'inclusion, l'appréciation de la culture de l'autre. La bonté est simple et demande d'être des gens simples, qui n'ont pas peur de donner un sourire. Et avec son sourire, avec sa simplicité, Frère Charles a témoigné de l'Évangile. Jamais de prosélytisme, jamais : le témoignage. L'évangélisation ne se fait pas par le prosélytisme, mais par témoignage, par attraction. Demandons-nous alors enfin si nous portons en nous et aux autres la joie chrétienne, la douceur chrétienne, la tendresse chrétienne, la compassion chrétienne, la proximité chrétienne. Merci.
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[01] Lettres à un ami de lycée. Correspondance avec Gabriel Tourdes (1874-1915), Paris 2010, 161.
[02] Crier l’Evangile, Montrouge 2004, 49.
[03] M/314 in C. de Foucauld, La bonté de Dieu. Méditations sur les Saints Evangiles (1), Montrouge 2002, 285.
[04] Lettre à Joseph Hours, in Correspondances lyonnaises (1904-1916), Paris 2005, 92.
[05] Ivi, 90.
[06] Carnets de Tamanrasset (1905-1916), Paris 1986, 188.









Mercredi 25 octobre 2023
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 24. Les saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd'hui, je vais vous parler de deux frères très célèbres en Orient, au point d'être appelés "les apôtres des Slaves" : les Saints Cyrille et Méthode. Nés en Grèce au IXe siècle dans une famille aristocratique, ils renoncent à leur carrière politique pour se consacrer à la vie monastique. Mais leur rêve d'une existence retirée est de courte durée. Ils sont envoyés comme missionnaires dans la Grande Moravie, qui comprenait alors divers peuples, déjà en partie évangélisés, mais parmi lesquels persistaient de nombreuses coutumes et traditions païennes. Leur prince demandait un maître pour expliquer la foi chrétienne dans leur langue.
La première tâche de Cyrille et Méthode est donc d'étudier en profondeur la culture de ces peuples. Toujours cette ritournelle : la foi doit être inculturée et la culture doit être évangélisée. Inculturation de la foi, évangélisation de la culture, toujours. Cyrille leur demande s'ils ont un alphabet ; ils lui répondent par la négative. Il réplique : "Qui peut écrire un discours sur l'eau ? En effet, pour annoncer l'Évangile et prier, il fallait un outil adéquat, approprié, spécifique. Il invente donc l'alphabet glagolitique. Il traduit la Bible et les textes liturgiques. Les gens sentent que la foi chrétienne n'est plus "étrangère", mais qu'elle devient leur foi, parlée dans leur langue maternelle. Pensez-y : deux moines grecs qui donnent un alphabet aux Slaves. C'est cette ouverture du cœur qui a enraciné l'Évangile parmi eux. Ils n’avaient pas peur ces deux-là, ils étaient courageux.
Très tôt, cependant, une opposition se fait jour de la part de certains Latins, qui s'estiment dépossédés du monopole de la prédication chez les Slaves, cette lutte à l’intérieur de l’Eglise, toujours ainsi. Leur objection est religieuse, mais seulement en apparence : Dieu ne peut être loué - disent-ils - que dans les trois langues écrites sur la croix, l'hébreu, le grec et le latin. Ceux-ci avaient la mentalité fermée pour défendre leur propre autonomie. Mais Cyrille répond avec force : Dieu veut que chaque peuple le loue dans sa propre langue. Avec son frère Méthode, il s'adresse au Pape qui approuve leurs textes liturgiques en langue slave, les fait placer sur l'autel de l'église de Sainte-Marie-Majeure et chante avec eux les louanges du Seigneur selon ces livres. Cyrille mourut quelques jours plus tard et ses reliques sont toujours vénérées à Rome, dans la Basilique de Saint-Clément. Méthode, quant à lui, est ordonné évêque et renvoyé dans les territoires des Slaves. Là, il devra beaucoup souffrir, il sera même emprisonné, mais, frères et sœurs, nous avons qu’on ne peut enchaîner la Parole de Dieu et elle se répand parmi ces peuples.
En considérant le témoignage de ces deux évangélisateurs, que Saint Jean-Paul II a voulu co-patrons de l'Europe et sur lesquels il a écrit l'Encyclique Slavorum Apostoli, examinons trois aspects importants. 
Tout d'abord, l'unité : les Grecs, le Pape, les Slaves : à cette époque, il y avait en Europe une chrétienté non divisée, qui collaborait pour évangéliser. 
Un second aspect important est l'inculturation, dont j’ai parlé précédemment : évangéliser la culture et l’inculturation met en évidence que l'évangélisation et la culture sont étroitement liées. On ne peut pas prêcher un Évangile abstrait, distillé, non : l'Évangile doit être inculturé et est aussi une expression de la culture.
Un dernier aspect, la liberté. La liberté est nécessaire dans la prédication mais la liberté a toujours besoin du courage, une personne est libre dans la mesure où elle est plus courageuse et ne se laisse pas enchainer par tant de choses qui la privent de sa liberté.
Frères et sœurs, demandons aux saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves, d'être des instruments de "liberté dans la charité" pour les autres. Être créatifs, être constants et être humbles, avec la prière et avec le service.
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Mercredi 8 novembre 2023
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 25. Madeleine Delbrêl. La joie de la foi parmi les non-croyants
Chers frères et sœurs, bonjour !
Au nombre des témoins de la passion pour l'annonce de l'Évangile, ces évangélisateurs passionnés, aujourd'hui je présente la figure d'une femme française du XXe siècle, la vénérable servante de Dieu Madeleine Delbrêl. Née en 1904 et décédée en 1964, elle a été assistante sociale, écrivaine et mystique, elle a vécu pendant plus de trente ans dans les banlieues pauvres et ouvrières de Paris. Eblouie par sa rencontre avec le Seigneur, elle écrit : "Quand nous avons connu la parole de Dieu, nous n'avons pas le droit de ne pas la recevoir ; quand nous l'avons reçue, nous n'avons pas le droit de ne pas la laisser s'incarner en nous ; quand elle s'est incarnée en nous, nous n'avons pas le droit de la garder pour nous : dès lors, nous appartenons à ceux qui l'attendent" (Nous autres, gens des rues, Seuil, coll. «Livre de vie», n. 107, Paris, 1971). Beau : beau ce qu’elle écrit...
Après une adolescence vécue dans l'agnosticisme, - elle ne croyait en rien - à vingt ans environ Madeleine rencontre le Seigneur, frappée par le témoignage d'amis croyants. Elle se met alors à la recherche de Dieu, laissant s’exprimer une soif profonde qu'elle ressentait en elle, et comprend que le "vide qui criait dans son angoisse" c’était Dieu qui la cherchait (Eblouie par Dieu - correspondance 1: 1910-1941 dans Œuvres complètes vol. 1, Nouvelle cité, coll. «Spiritualité», Mont-rouge, 2004). La joie de la foi l'a conduite à mûrir un choix de vie entièrement donnée à Dieu, au cœur de l'Église et au cœur du monde, partageant simplement en fraternité la vie des "gens de la rue".  Poétiquement elle s’'adressait à Jésus, ainsi : « Pour être avec Toi sur Ton chemin, nous devons partir, même quand notre paresse nous supplie de rester. Tu nous as choisis pour être dans un équilibre étrange, un équilibre qui ne peut s'établir et se maintenir que dans le mouvement, que dans l'élan. Un peu comme une bicyclette, qui ne peut tenir debout sans rouler [...] Nous ne pouvons tenir debout qu'en avançant, en se déplaçant, dans un élan de charité ». C'est ce qu'elle appelle la "spiritualité de la bicyclette" (Humour dans l'amour: Méditations et fantaisies dans Œuvres complètes vol. 3, Nouvelle cité, coll. «Spiritualité», Montrouge, 2005). Ce n'est qu'en se mettant en route, en marchant que nous vivons dans l'équilibre de la foi, qui est un déséquilibre, mais c'est comme ça : comme la bicyclette. Si tu t’arrêtes, elle ne tient pas.
Madeleine avait le cœur constamment en éveil et se laisse interpeller par le cri des pauvres. Elle comprenait que le Dieu vivant de l'Évangile devait brûler en nous jusqu'à ce que nous ayons porté son nom à ceux qui ne l'ont pas encore trouvé. Dans cet esprit, tournée vers l'agitation du monde et le cri des pauvres, Madeleine se sent appelée à "vivre entièrement et à la lettre l'amour de Jésus, depuis l'huile du Bon Samaritain jusqu'au vinaigre du Calvaire, lui rendant ainsi amour pour amour [...] afin qu'en l'aimant sans réserve et en se laissant aimer jusqu'au bout, les deux grands commandements de la charité s'incarnent en nous et n'en fassent plus qu'un" (La vocation de la charité, 1, Œuvres complètes XIII, Bruyères-le-Châtel, 138-139).
Enfin, Madeleine Delbrêl nous enseigne encore une chose : qu’en évangélisant, on est évangélisés : en évangélisant, nous sommes évangélisés. C'est pourquoi elle disait, en écho à saint Paul : " malheur à moi si l'évangélisation ne m'évangélise pas ". En évangélisant, on s’évangélise soi-même. Et c’est une belle doctrine.
En contemplant cette femme témoin de l’Evangile, nous apprenons nous aussi que dans toute situation et circonstance personnelle ou sociale de notre vie, le Seigneur est présent et nous appelle à habiter notre temps, à partager la vie des autres, à nous mêler aux joies et aux tristesses du monde. En particulier, elle nous enseigne que même les milieux sécularisés peuvent aider pour la conversion, parce que le contact avec les non-croyants provoque le croyant à une révision continuelle de sa manière de croire et à redécouvrir la foi dans son essentialité (cf. Nous autres, gens des rues, Seuil, coll. «Livre de vie», n. 107, Paris, 1971).
Que Madeleine Delbrêl nous apprenne à vivre cette foi “in moto” - " en mouvement ", disons, cette foi féconde qui fait de tout acte de foi un acte de charité dans l'annonce de l'Évangile. Je vous remercie.
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Mercredi 15 novembre 2023
La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant - 26. L’annonce est joie
Chers frères et sœurs, bonjour !
Après avoir rencontré divers témoins de l'annonce de l’Évangile, je propose de résumer ce cycle de catéchèses sur le zèle apostolique en quatre points, inspirés par l'Exhortation apostolique Evangelii gaudium, qui fête ce mois-ci ses dix ans. Le premier point, que nous examinons aujourd'hui, le premier des quatre, ne peut concerner que l'attitude dont dépend la substance du geste évangélisateur : la joie. Le message chrétien, comme nous l'avons entendu dans les paroles adressées par l'ange aux bergers, est l'annonce d'une « grande joie » (Lc 2,10). Et la raison ? Une bonne nouvelle, une surprise, un bel événement ? Bien plus, une Personne : Jésus ! Jésus est la joie. C’est Lui le Dieu fait homme qui est venu chez nous ! La question, chers frères et sœurs, n'est donc pas de savoir s'il faut l'annoncer, mais comment l'annoncer, et ce "comment" est la joie. Ou nous annonçons Jésus avec joie, ou nous ne l’annonçons pas, parce qu’une autre voie pour l’annoncer n’est pas capable de porter la vraie réalité de Jésus.
C'est pourquoi un chrétien mécontent, un chrétien triste, un chrétien insatisfait ou, pire encore, en proie au ressentiment ou à la rancœur n'est pas crédible. Celui-ci parlera de Jésus mais personne ne le croira ! Une personne m'a dit un jour, en parlant de ces chrétiens : "Mais ce sont des chrétiens à visage de morue !", c'est-à-dire sans aucune expression, ils sont comme ça, et la joie est essentielle. C’est essentiel de veiller sur nos sentiments. L'évangélisation met en œuvre la gratuité, parce qu'elle vient de la plénitude et non de la pression. Et quand on fait une évangélisation - on veut la faire mais cela ne va pas - sur la base d'idéologies, ce n'est pas cela évangéliser, ce n'est pas l'Évangile. L'Évangile n'est pas une idéologie : l'Évangile est une annonce, une annonce de joie. Les idéologies sont froides, toutes. L'Évangile a la chaleur de la joie. Les idéologies ne savent pas sourire, l'Évangile est un sourire, il te fait sourire parce qu'il touche l’âme avec la Bonne Nouvelle.
La naissance de Jésus, dans l'histoire comme dans la vie, est le principe de la joie : pensez à ce qui est arrivé aux disciples d'Emmaüs qui dans la joie ne pouvaient pas croire, et aux autres, puis à l'ensemble des disciples, lorsque Jésus se rend au Cénacle, qui ne pouvaient pas croire à cause de la joie (cf. Lc 24, 13-35). La joie d’avoir Jésus ressuscité. La rencontre avec Jésus apporte toujours de la joie, et si cela ne t'arrive pas, ce n'est pas une vraie rencontre avec Jésus.
Et ce que Jésus fait avec les disciples nous révèle que les premiers à être évangélisés sont les disciples, les premiers qui doivent être évangélisés c’est nous, chrétiens : c’est nous. Et c’est très important. Immergés dans le climat actuel, rapide et confus, même nous en effet nous pouvons nous aussi vivre la foi avec un sens subtil du renoncement, convaincus que l'Évangile n'est plus audible et qu'il ne vaut plus la peine de s’engager pour l'annoncer. Nous pourrions même être tentés par l'idée de laisser "les autres" suivre leur propre chemin. En revanche, c'est précisément le moment de revenir à l'Évangile pour découvrir que le Christ "est toujours jeune et source constante de nouveauté" (Evangelii gaudium, 11). 
Alors, comme les deux d'Emmaüs, on retourne à la vie quotidienne avec l'élan de celui qui a trouvé un trésor : ils étaient joyeux ces deux disciples, parce qu’ils avaient trouvé Jésus et il leur a changé la vie. Et l'on découvre que l'humanité regorge de frères et de sœurs qui attendent une parole d'espérance. L'Évangile est également attendu aujourd'hui : l'humanité d’aujourd’hui est comme l'humanité de tout temps : elle en a besoin, même la civilisation de l'incroyance programmée et de la sécularité institutionnalisée ; et mème, surtout la société qui laisse déserts les espaces du sens religieux a besoin de Jésus. C'est le moment favorable pour l'annonce de Jésus. C'est pourquoi je voudrais redire à tous : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. (ibid., 1) ». N'oublions pas cela. Et si l'un d'entre nous ne perçoit pas cette joie, qu’il se demande s'il a trouvé Jésus. Une joie intérieure. L'Évangile emprunte le chemin de la joie, toujours, c'est la grande annonce. J'invite chaque chrétien, où qu'il soit, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre avec Jésus-Christ. Que chacun d'entre nous prenne aujourd'hui un peu de temps et médite : "Jésus, Tu es en moi : je veux Te rencontrer tous les jours. Tu es une Personne, pas une idée ; Tu es un compagnon de route, pas un programme. Tu es Amour qui résout tant de problèmes. Tu es le principe de l'évangélisation. Toi, Jésus, tu es la source de la joie". Amen.
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